Chapitre 20 · 47 min de lecture · 1 h 1 min d’écoute
Discours XVIII. Instructions aux pécheurs
DISCOURS XVIII.
INSTRUCTIONS AUX PÉCHEURS.
Texte. — « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » — Actes 16:30.
CES paroles sont celles du geôlier de Philippes, la question qu’il posa à Paul et à Silas, alors confiés à sa garde comme prisonniers. Satan s’était opposé de bien des manières à ces serviteurs de Dieu dans leur œuvre de prédication de l’Évangile, et il avait été aussi souvent vaincu et couvert de honte. Mais ici, à Philippes, il imagina un projet nouveau et singulier pour faire échouer leurs travaux. Il y avait à Philippes une certaine femme possédée d’un esprit de divination, autrement dit de l’esprit du diable, et qui procurait un grand profit à ses maîtres par ses prédictions. Le diable poussa cette femme à suivre Paul et Silas par les rues ; et dès qu’ils commençaient à gagner l’attention du peuple, elle survenait et criait : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut, et ils vous annoncent la voie du salut. » C’est-à-dire qu’elle entreprenait d’appuyer les exhortations des prédicateurs et y ajoutait son témoignage, comme pour donner plus de poids à leurs instructions. L’effet fut exactement celui que Satan désirait. Tout le peuple savait que c’était une femme méchante et vile ; et quand on l’entendit chercher à recommander cette prédication nouvelle, on en fut dégoûté, et l’on conclut que tout cela était du même tonneau. Le diable savait qu’il n’y gagnerait rien — que cela servirait plutôt leur cause — de susciter une telle personne pour combattre la prédication des apôtres ou pour parler contre elle. Le temps était passé où cela pouvait réussir. C’est pourquoi il fait un détour et prend le parti opposé ; et, en la poussant à les louer comme serviteurs de Dieu et à rendre en faveur de leurs instructions son témoignage souillé, il amena les gens à supposer que les apôtres étaient de même caractère qu’elle et avaient le même esprit qu’elle ; et ainsi tous leurs efforts étaient réduits à néant. Paul vit que si les choses continuaient ainsi, il serait entièrement déjoué et ne réussirait jamais à fonder une Église à Philippes. Il se retourne donc vers elle et commande à l’esprit impur, au nom de Jésus-Christ, de sortir d’elle. Quand ses maîtres virent que l’espoir de leur gain s’était évanoui, ils soulevèrent une grande persécution, se saisirent de Paul et de Silas, firent grand tapage, les traînèrent devant les magistrats et excitèrent une telle clameur que les magistrats les firent enfermer en prison et leur mirent les pieds dans les ceps.
Ils crurent ainsi avoir étouffé l’agitation. Mais vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient. Cette vieille prison, qui avait si longtemps retenti de blasphèmes et de jurons, résonnait maintenant des louanges de Dieu ; et ces murs, demeurés si fermes, tremblaient à présent sous la puissance de la prière. Les ceps se détachèrent, les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent rompus. Le geôlier fut tiré de son sommeil ; et quand il vit les portes de la prison ouvertes, sachant que si les prisonniers s’étaient échappés il le paierait de sa vie, il tira son épée et allait se tuer. Mais Paul, qui n’avait nulle idée de s’évader en cachette, lui cria aussitôt : « Ne te fais point de mal, nous sommes tous ici. » Et le geôlier demanda de la lumière, entra précipitamment et, tout tremblant, se jeta aux pieds de ses prisonniers, Paul et Silas ; puis il les fit sortir, et dit : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé? »
Dans mon dernier discours, je me suis étendu assez longuement sur les fausses instructions que l’on donne aux pécheurs sous la conviction du péché, sur les fausses consolations qu’on leur administre trop souvent, et sur les directions erronées que reçoivent ces personnes. Mon dessein, ce soir, est de montrer quelles sont les instructions qu’il faut donner aux pécheurs inquiets pour qu’ils soient convertis promptement et efficacement. Ou, en d’autres termes, de vous expliquer quelle réponse il faut faire à ceux qui demandent : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Pour cela, je me propose :
I. De montrer ce qui n’est pas une direction convenable à donner aux pécheurs quand ils posent la question de notre texte.
II. De montrer ce qui est une réponse convenable à cette question. Et,
III. De signaler plusieurs erreurs dans lesquelles les pécheurs inquiets sont enclins à tomber.
I. Je dois montrer quelles directions ne conviennent pas aux pécheurs inquiets.
Jamais question plus importante ne fut posée que celle-ci : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Les hommes ne sont que trop enclins à demander : « Que mangerons-nous? Que boirons-nous? » et l’on peut répondre à cette question de diverses manières sans grand danger. Mais quand un pécheur demande sérieusement : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? », il est d’une importance infinie qu’il reçoive la bonne réponse. Mon désir, ce soir, est de vous dire, à vous qui faites profession de religion, ce qu’il faut répondre à cette question, et de vous dire, à vous qui êtes pécheurs, ce que vous devez faire pour être sauvés.
1. Il ne faut donner au pécheur aucune direction qui le laisse encore dans un fiel amer et dans les liens de l’iniquité. Aucune réponse ne convient qui, s’il s’y conformait, ne le mènerait pas au ciel au cas où il mourrait l’instant d’après.
2. Il ne faut donner aucune direction qui n’inclue pas un changement de cœur, ou un cœur droit, ou une obéissance de cœur à Christ. En d’autres termes, rien ne convient qui n’implique pas que l’on devienne effectivement chrétien. Toute direction qui reste en deçà ne sert de rien. Elle ne le rapprochera pas du royaume, elle ne lui fera aucun bien ; elle l’amènera seulement à différer la chose même qu’il doit faire pour être sauvé. Il faut dire au pécheur clairement, tout de suite, ce qu’il doit faire, sous peine de mourir ; et il ne faut rien lui dire qui n’inclue pas un état de cœur droit. Quoi que vous fassiez, pécheur, si cela n’inclut pas un cœur droit, c’est péché. Que vous lisiez la Bible ou non, c’est péché, tant que vous demeurez dans la rébellion. Que vous alliez au culte ou que vous restiez chez vous, que vous priiez ou non, ce n’est rien que rébellion, à chaque instant. Il est surprenant qu’un pécheur se figure rendre service à Dieu quand il prie et qu’il lit sa Bible. Si un rebelle à ce gouvernement lisait le recueil des lois tout en persistant dans sa rébellion, sans aucune intention d’obéir ; s’il demandait sa grâce tout en gardant en main ses armes de résistance et de guerre, penseriez-vous qu’il rend service à son pays et qu’il oblige celui-ci à lui témoigner de la faveur ? Non, vous diriez que toutes ses lectures et toutes ses prières ne sont qu’une insulte à la majesté du législateur comme de la loi. De même vous, pécheur, tant que vous demeurez dans l’impénitence, vous insultez Dieu et le défiez, que vous lisiez sa parole et priiez, ou que vous n’en fassiez rien. Peu importe le lieu où se trouve votre corps ou l’attitude qu’il prend — à genoux, ou dans la maison de Dieu — tant que votre cœur n’est pas droit, tant que vous résistez au Saint-Esprit et rejetez Christ, vous êtes un rebelle contre votre Créateur.
II. Je dois montrer ce qui est une réponse convenable à cette question : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? »
Et, en général, vous pouvez donner au pécheur n’importe quelle direction, ou lui dire de faire n’importe quoi, pourvu que cela inclue un cœur droit ; et si vous le lui faites comprendre, et qu’il le fasse, il sera sauvé. L’Esprit de Dieu, dans ses luttes avec les pécheurs, adapte ses efforts à l’état d’esprit où il les trouve. Son grand but, en luttant avec eux, est de les déloger de leurs retraites et de les amener à se soumettre à Dieu, sur-le-champ. Or ces objections, ces difficultés et ces états d’esprit sont aussi variés que les situations des hommes, aussi nombreux qu’il y a d’individus. Les caractères individuels offrent une diversité sans fin. Ce qu’il faut faire avec chacun, et la manière dont il doit être converti, dépendent de ses erreurs particulières. Il est nécessaire de discerner ses erreurs, de découvrir ce qu’il comprend et ce qu’il a besoin d’apprendre plus parfaitement, de voir sur quels points l’Esprit de Dieu presse sa conscience, et de presser les mêmes choses, pour l’amener ainsi à Christ. Les directions les plus ordinaires sont les suivantes :
1. Il est généralement à propos, et c’est une direction sûre et convenable, de dire à un pécheur de se repentir. Je dis généralement. Car parfois l’Esprit de Dieu semble diriger l’attention du pécheur moins sur ses propres péchés que sur quelque autre chose. Aux jours des apôtres, les esprits semblent avoir été agités surtout par la question de savoir si Jésus était le vrai Messie. Aussi les apôtres faisaient-ils porter une grande part de leurs instructions sur ce point : prouver qu’il était le Christ. Et chaque fois que des pécheurs inquiets leur demandaient ce qu’ils devaient faire, ils les exhortaient le plus souvent en ces termes : « Croyez au Seigneur Jésus-Christ. » Ils insistaient sur ce point parce que c’était là que l’Esprit de Dieu luttait avec eux, que c’était le sujet qui agitait particulièrement les esprits, et que, par conséquent, ce serait probablement la première chose que ferait une personne en se soumettant à Dieu. Le grand point en litige entre Dieu et le Juif et le Gentil de ce temps-là, c’était de savoir si Jésus-Christ était le Fils de Dieu. C’était là le point disputé. Amener un pécheur à céder sur cette question controversée, c’était le moyen le plus efficace de l’humilier.
À d’autres moments, on trouvera que l’Esprit de Dieu traite avec les pécheurs principalement au sujet de leurs propres péchés. Parfois il traite avec eux au sujet d’un devoir particulier, comme la prière, peut-être le culte de famille. On trouvera le pécheur en train de contester ce point avec Dieu : est-il juste qu’il prie, ou doit-il prier avec sa famille ? J’ai connu des cas frappants de ce genre, où l’individu se débattait sur ce point ; et dès qu’il tombait à genoux pour prier, il cédait son cœur — ce qui montrait que c’était là le point même que l’Esprit de Dieu lui disputait, et le gond sur lequel roulait toute sa controverse avec Dieu. C’était cela, la conversion.
La direction de se repentir est toujours convenable, mais elle ne sera pas toujours efficace, car il peut y avoir quelque autre chose qu’il faut aussi dire au pécheur. Et là où c’est la direction pertinente, les pécheurs ont besoin non seulement qu’on leur dise de se repentir, mais qu’on leur explique ce qu’est la repentance. Depuis qu’on a entouré ce sujet de tant de mysticisme, de fausse philosophie et de fausse théologie, il est devenu nécessaire de dire aux pécheurs non seulement ce que l’on entend par la repentance, mais aussi ce que l’on n’entend pas par là. Des mots qui étaient autrefois clairs et faciles à comprendre sont maintenant si dénaturés qu’il faut les expliquer aux pécheurs, sans quoi ils leur donneront souvent une fausse impression. C’est le cas du mot repentance. Beaucoup supposent que le remords, ou le sentiment de la culpabilité, est la repentance. Alors l’enfer est plein de repentance, car il est plein de remords, inexprimable et éternel. D’autres éprouvent du regret d’avoir fait telle chose, et ils appellent cela s’en repentir. Mais ils regrettent seulement d’avoir péché à cause des conséquences, et non parce qu’ils ont horreur du péché. Ce n’est pas là la repentance. D’autres supposent que la conviction du péché et de vives frayeurs de l’enfer sont la repentance. D’autres considèrent les remontrances de la conscience comme la repentance ; ils disent : « Je ne fais jamais rien de mal sans m’en repentir ; je regrette toujours de l’avoir fait. » D’autres regardent la repentance comme un sentiment de tristesse au sujet du péché. Mais la repentance n’est pas un sentiment involontaire, de quelque espèce ou de quelque degré que ce soit. Il faut montrer aux pécheurs que toutes ces choses ne sont pas la repentance. Non seulement elles s’accordent avec la plus extrême méchanceté, mais le diable pourrait les avoir toutes, et les a sans doute toutes, et pourtant il demeure un diable. La repentance est un changement de pensée à l’égard de Dieu et à l’égard du péché lui-même. Ce n’est pas seulement un changement de vues, mais un changement de la préférence ultime, ou du choix ultime, de l’âme. C’est un changement volontaire, et par conséquent il entraîne un changement de sentiment et d’action envers Dieu et envers le péché. C’est ce que l’on entend naturellement par un changement d’avis sur n’importe quel sujet d’intérêt et d’importance. Nous entendons dire que tel homme a changé d’avis sur la question de l’abolition, par exemple, ou qu’il a changé d’opinion en politique. Tout le monde comprend qu’il s’est opéré en lui un changement dans ses vues, dans ses sentiments et dans sa conduite. C’est là une repentance sur ce sujet-là : c’est un changement de pensée, mais non envers Dieu. La repentance évangélique est un changement de volonté, de sentiment, et de vie, à l’égard de Dieu.
La repentance implique toujours l’horreur du péché. C’est vouloir et sentir comme Dieu le fait à l’égard du péché. Elle implique naturellement l’amour de Dieu et l’horreur du péché. Elle implique toujours l’abandon du péché. Il faut le faire comprendre aux pécheurs. Le pécheur qui se repent n’éprouve pas, en renonçant à ses péchés, ce que les pécheurs impénitents pensent qu’ils devraient éprouver s’ils venaient à embrasser la religion. Les pécheurs impénitents envisagent la religion exactement ainsi : s’ils deviennent pieux, ils seront obligés de s’abstenir des bals et des soirées, obligés de renoncer aux théâtres, ou au jeu, ou à d’autres choses où ils trouvent maintenant leur plaisir. Et ils ne voient pas comment ils pourraient jamais goûter quelque agrément s’ils rompaient avec toutes ces choses. Mais c’est là une vue fort éloignée de la vérité. La religion ne les rend pas malheureux en les privant de choses où ils se plaisent, car le premier pas qu’on y fait est de se repentir, c’est-à-dire de changer de pensée à l’égard de toutes ces choses. Ils ne semblent pas se rendre compte que celui qui s’est repenti n’a plus de penchant pour ces choses : il y a renoncé, et en a détourné son esprit. Les pécheurs s’imaginent qu’ils auraient envie d’aller en de tels lieux et de se mêler à de telles scènes tout autant que maintenant, et que ce serait un sacrifice si continuel qu’ils en seraient malheureux. C’est une grande erreur.
Je sais qu’il y a des professants qui seraient bien aises de retourner à leurs anciennes habitudes, s’ils ne s’en sentaient retenus par la crainte de perdre leur réputation, ou par quelque chose de semblable. Or, écoutez-moi bien. S’ils éprouvent cela, c’est qu’ils n’ont point de religion : ils ne haïssent pas le péché. S’ils regrettent leurs anciennes voies, ils n’ont point de religion, ils ne se sont jamais repentis ; car la repentance consiste toujours dans un changement de choix, de vues et de sentiments. S’ils étaient réellement convertis, au lieu de choisir ces choses, ils s’en détourneraient avec dégoût. Au lieu de convoiter les pots de viande de l’Égypte et de désirer retourner dans leurs anciennes sociétés, leurs soirées, leurs bals et le reste, ils trouvent leur plus grand plaisir à obéir à Dieu.
2. Il faut dire aux pécheurs de croire à l’Évangile. Ici encore, ils ont besoin qu’on le leur explique, et qu’on leur dise ce qui n’est pas la foi, et ce qui l’est. Rien n’est plus commun, quand on dit à un pécheur de croire à l’Évangile, que de l’entendre répondre : « Mais j’y crois. » Le fait est qu’il a été élevé à admettre comme un fait que l’Évangile est vrai, mais il n’y croit pas ; il ne sait rien des preuves qui l’établissent, et toute sa foi n’est qu’un simple assentiment sans preuves. Il le tient pour vrai dans une sorte de sens vague et indéfini, de sorte qu’il est toujours prêt à dire : « Je crois bien à la Bible. » Il est étrange qu’ils ne voient pas qu’ils se trompent en pensant qu’ils croient, car ils doivent bien voir qu’ils n’ont jamais agi d’après ces vérités comme ils agissent d’après les choses qu’ils croient réellement. Pourtant il est souvent fort difficile de les convaincre qu’ils ne croient pas.
Mais le fait est que le pécheur insouciant ne croit pas du tout à l’Évangile. L’idée que le pécheur insouciant est un croyant intellectuel est absurde. Le diable est un croyant intellectuel, et c’est ce qui le fait trembler. Ce qui rend un pécheur inquiet, c’est qu’il commence à être un croyant intellectuel, et c’est ce qui l’émeut. Aucun être, au ciel, sur la terre ou en enfer, ne peut croire intellectuellement les vérités de l’Évangile sans en être ému. Le pécheur inquiet a une foi de même nature que celle des démons, mais il n’en a pas autant, et c’est pourquoi il n’est pas aussi vivement ému. L’homme qui ne sent rien et n’agit en rien en matière de religion est un incrédule, quelles que soient ses professions. Celui qui ne sent rien et ne fait rien ne croit rien. C’est là un fait philosophique.
La foi ne consiste pas dans la conviction intellectuelle que Christ est mort pour vous en particulier, ni dans la croyance que vous êtes chrétien, ou que vous le serez jamais, ou que vos péchés sont pardonnés. Mais la foi est cette confiance en Dieu et en Christ qui remet l’âme tout entière entre ses mains dans toutes ses relations avec nous. C’est une confiance volontaire en sa personne, en sa véracité, en sa parole. Telle fut la foi d’Abraham. Il avait en ce que Dieu disait une confiance qui le poussait à agir comme si c’était vrai. C’est ainsi que l’apôtre l’illustre au onzième chapitre des Hébreux : « La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » Et il continue en l’illustrant par divers exemples. « C’est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été formé » — c’est-à-dire que nous le croyons et que nous agissons en conséquence. Prenez le cas de Noé. Noé fut divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore ; c’est-à-dire qu’il reçut l’assurance que Dieu allait noyer le monde, et il le crut, et agit en conséquence : il construisit une arche pour sauver sa famille, et, ce faisant, il condamna le monde qui ne voulait pas croire ; sa conduite prouva qu’il était sincère. Abraham, lui aussi, fut appelé de Dieu à quitter son pays, avec la promesse qu’il y gagnerait, et il obéit et partit sans savoir où il allait. Lisez tout le chapitre, et vous y trouverez beaucoup d’exemples du même genre. Tout le dessein du chapitre est d’illustrer la nature de la foi et de montrer qu’elle aboutit invariablement à l’action. Il faut expliquer cela au pécheur, et lui faire voir que la foi que l’Évangile exige est justement cette confiance en Christ qui le pousse à agir sur ce qu’il dit comme sur un fait certain. Voilà ce que c’est que croire en Christ.
3. Une autre direction qu’il convient de donner au pécheur, c’est de donner son cœur à Dieu. Dieu dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur. » Mais ici encore il faut une explication, pour lui faire comprendre ce que c’est. Il est étonnant qu’il puisse y avoir là la moindre obscurité. C’est le langage de la vie courante, qui est dans toutes les bouches, et chacun comprend exactement ce qu’il signifie quand on l’emploie au sujet de toute autre chose. Mais dès qu’il s’agit de religion, tous semblent être dans les ténèbres. Demandez à un pécheur, quels que soient son âge ou son instruction, ce que signifie donner son cœur à Dieu, et, si étrange que cela paraisse, il ne sait que répondre. Demandez à une femme ce que c’est que donner son cœur à son mari, ou à un homme ce que c’est que donner son cœur à sa femme, et ils le comprennent. Mais quand il s’agit de donner leur cœur à Dieu, ils sont entièrement aveugles. Je crois avoir posé cette question à plus de mille pécheurs inquiets. Quand je leur disais qu’ils devaient donner leur cœur à Dieu, ils répondaient toujours qu’ils étaient disposés à le faire, parfois même qu’ils désiraient vivement le faire, et ils semblaient même être dans une agonie de désir à ce sujet. Je leur demandais alors ce qu’ils entendaient par donner leur cœur à Dieu, puisqu’ils étaient si disposés à le faire. Et il est bien rare que j’aie reçu d’un pécheur, de quelque âge que ce fût, une réponse juste ou raisonnable. J’ai reçu parfois les réponses les plus étranges qu’on puisse imaginer — tout, sauf ce qu’ils auraient dû dire. Or, donner votre cœur à Dieu, c’est la même chose que donner votre cœur à n’importe qui d’autre ; la même chose que, pour une femme, donner son cœur à son mari. Demandez à cette femme si elle comprend cela. « Oh ! oui, c’est assez clair : c’est placer mes affections sur lui, et m’efforcer de lui plaire en toutes choses. » Fort bien : placez vos affections sur Dieu, et efforcez-vous de lui plaire en toutes choses. Mais hélas ! quand ils en viennent au sujet de la religion, les gens supposent qu’il y a là quelque mystère prodigieux. Certains parlent comme s’ils pensaient qu’il s’agit de retirer de leur poitrine ce faisceau de muscles, cet organe de chair, pour le donner à Dieu. Pécheur, ce que Dieu vous demande, c’est de l’aimer souverainement.
3. Soumettez-vous à Dieu : c’est aussi une direction convenable pour les pécheurs inquiets. Et oh ! combien les pécheurs sont ici encore dans les ténèbres ! On trouve à peine un pécheur qui ne vous dise qu’il est disposé à se soumettre à Dieu. Mais ils ne comprennent pas ce que c’est. Il faut leur dire ce qu’est la vraie soumission. Parfois ils pensent que cela veut dire qu’ils doivent consentir à être damnés. Parfois ils se placent dans cette attitude et l’appellent soumission : ils disent que, s’ils sont élus, ils seront sauvés, et que, sinon, ils seront damnés. Ce n’est pas là la soumission. La vraie soumission, c’est rendre obéissance à Dieu. Supposez qu’un rebelle, en armes contre le gouvernement, soit sommé de se soumettre. Qu’entendrait-il par là ? Eh bien, qu’il doit céder sur le point en litige, déposer les armes et obéir aux lois. C’est exactement ce que signifie, pour un pécheur, se soumettre à Dieu. Il doit cesser sa lutte et son combat contre son Créateur, et prendre l’attitude d’un enfant docile et obéissant, disposé à être et à faire tout ce que Dieu exige. « Me voici, Seigneur ; Seigneur, que veux-tu que je fasse? »
Supposez qu’une compagnie de soldats se soit révoltée, que le gouvernement ait une armée pour les réduire, qu’il les ait refoulés dans une place forte où ils sont à bout de vivres, sans aucun moyen de s’échapper, et qu’ils ne sachent que faire. Supposez que les rebelles se soient réunis dans cette extrémité pour délibérer sur ce qu’il faut faire, et que l’un d’eux se lève et dise : « Eh bien, camarades, je suis convaincu que nous avons eu tort depuis le commencement ; maintenant le salaire de nos actions va nous atteindre, et nous ne pouvons échapper ; quant à rester ici pour y mourir, je suis résolu à n’en rien faire. Je vais me jeter à la merci du commandant en chef. » Cet homme se soumet. Il cesse, dès cet instant, d’être un rebelle dans son cœur, aussitôt qu’il en est venu à cette conclusion. Il en est de même du pécheur quand il cède sur le point en litige et consent dans son cœur à faire et à être tout ce que Dieu exigera. Le pécheur peut être dans le doute sur ce qu’il doit faire, et craindre de se remettre entre les mains de Dieu, pensant que, s’il le fait, Dieu l’enverra peut-être en enfer, comme il le mérite. Mais c’est son affaire de laisser toute cette question à Dieu, de ne plus résister à son Créateur, mais de tout abandonner à Dieu, sans poser de conditions, et de s’en remettre entièrement à la bonté et à la sagesse de Dieu pour décider de ce qui sera fait et pour fixer sa condition future. Jusqu’à ce que vous fassiez cela, pécheur, vous n’avez rien fait qui serve.
5. Une autre direction convenable à donner aux pécheurs, c’est : confessez et abandonnez vos péchés. Cela signifie qu’ils doivent à la fois les confesser et les abandonner. Ils doivent confesser à Dieu leurs péchés contre Dieu, et confesser aux hommes leurs péchés contre les hommes, et les abandonner tous. Un homme n’abandonne pas ses péchés tant qu’il n’a pas fait toute la réparation qui est en son pouvoir. S’il a volé de l’argent, ou frustré son prochain de quelque bien, il n’abandonne pas ses péchés en prenant simplement la résolution de ne plus voler ou de ne plus tromper ; il doit réparer dans toute la mesure de son pouvoir. De même, s’il a calomnié quelqu’un, il n’abandonne pas son péché en disant simplement qu’il ne le fera plus. Il doit réparer. Et de même, s’il a volé Dieu, comme tous les pécheurs l’ont fait, il doit réparer, autant qu’il en a le pouvoir. Supposez qu’un homme ait gagné de l’argent en rébellion contre Dieu, qu’il lui ait refusé son temps, ses talents et son service, qu’il ait vécu et festoyé des largesses de sa providence, et qu’il ait refusé de se dépenser pour le salut du monde : il a volé Dieu. Or, s’il meurt avec le sentiment que cet argent était à lui, et s’il le laisse à ses héritiers sans consulter la volonté de Dieu — eh bien, il est aussi sûr d’aller en enfer que le voleur de grand chemin. Il n’a jamais donné à Dieu aucune satisfaction. Avec toutes ses lamentations et tous ses pieux discours, il n’a jamais confessé SON PÉCHÉ à Dieu, ni abandonné son péché, car il ne s’est jamais senti ni reconnu l’économe de Dieu. S’il refuse de tenir les biens qu’il possède comme l’économe de Dieu ; s’il les considère comme siens, et comme tels les donne à ses enfants, il dit en fait à Dieu : « Ces biens ne sont pas à toi, ils sont à moi, et je les donnerai à mes enfants. » Il a persévéré dans son péché, car il ne renonce pas à la propriété de ce dont il a frustré Dieu.
Que penserait un négociant si son commis salarié prenait tout le capital, ouvrait un magasin à son propre compte et mourait avec ce capital entre les mains ? Un tel homme ira-t-il au ciel ? « Non, dites-vous tous tant que vous êtes, si un tel homme ne va pas en enfer, autant vaudrait qu’il n’y eût point d’enfer. » Dieu se montrerait infiniment injuste s’il laissait impuni un tel personnage. Que dirons-nous donc de l’homme qui a volé Dieu toute sa vie ? Dieu l’avait établi ici comme son commis, pour gérer quelques-unes de ses affaires ; et il est allé voler tout l’argent, il dit qu’il est à lui, il le garde, il meurt, et le donne à ses enfants comme si c’était entièrement son bien légitime. Cet homme va-t-il au ciel ? Cet homme a-t-il abandonné le péché ? Je vous dis que non. S’il ne s’est pas livré lui-même, avec tout ce qu’il a, à Dieu, il n’a pas fait le premier pas sur le chemin du ciel.
6. Une autre direction convenable à donner aux pécheurs, c’est : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir. » Sous l’économie de l’Ancien Testament, c’était là, ou quelque chose d’équivalent, la direction la plus ordinaire. Il n’était pas courant d’appeler les hommes à croire en Christ avant les jours de Jean-Baptiste. Celui-ci baptisait ceux qui venaient à lui du baptême de repentance, et leur ordonnait de croire en celui qui devait venir après lui. Sous Josué, la parole était une chose que tout le peuple comprenait plus facilement qu’il n’eût compris un appel à croire en un Messie lointain ; c’était : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir. » Une autre fois, Moïse leur dit : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité. » La direction était adaptée aux connaissances du peuple. Et elle est bonne aujourd’hui comme elle l’était alors. Les pécheurs sont appelés à choisir — quoi ? S’ils serviront Dieu ou le monde — s’ils suivront la sainteté ou le péché. Qu’on leur fasse comprendre ce que l’on entend par choisir, et ce qu’il faut choisir ; et alors, si la chose se fait du fond du cœur, ils seront sauvés.
Chacune de ces directions, si l’on s’y conforme, constituera une vraie conversion. Les exercices particuliers peuvent varier selon les cas. Parfois le premier exercice dans la conversion est la soumission à Dieu, parfois la repentance, parfois la foi, parfois le choix de Dieu et de son service — bref, ce dont leurs pensées sont occupées à ce moment-là. Si leurs pensées sont dirigées vers Christ à ce moment, le premier exercice sera la foi. Si elles le sont vers le péché, le premier exercice sera la repentance. Si c’est vers leur conduite future, ce sera le choix du service de Dieu. Si c’est vers le gouvernement divin, ce sera la soumission. Il importe de découvrir exactement sur quel point le Saint-Esprit presse le pécheur à ce moment-là, puis de prendre soin de pousser sur ce point. S’il s’agit de Christ, pressez cela ; s’il s’agit de sa conduite future, poussez-le droit à un choix immédiat d’obéir à Dieu.
C’est une grande erreur de supposer qu’un exercice particulier vienne toujours en premier dans la conversion, ou que tout pécheur doive avoir d’abord la foi, ou d’abord la soumission. Ce n’est vrai ni en philosophie ni en fait. Il y a une grande variété dans les exercices des gens. Quel que soit le point saisi entre Dieu et le pécheur, quand le pécheur CÈDE sur ce point, il est converti. Quel que puisse être l’exercice particulier, s’il inclut l’obéissance du cœur à Dieu sur un point quelconque, c’est une vraie conversion. Quand il cède sur un point à l’autorité de Dieu, il est prêt à céder sur tous. Quand il change de pensée et obéit en une chose parce que c’est la volonté de Dieu, il obéira en d’autres choses, dans la mesure où il verra que c’est la volonté de Dieu. Là où existe ce choix droit, chaque fois que l’esprit est dirigé vers un point quelconque du devoir, il est prêt à suivre. Peu importe laquelle de ces directions on donne, pourvu seulement qu’on la rende claire et qu’elle touche au point, de manière à servir d’épreuve de l’obéissance à Dieu. Si elle touche au point que l’Esprit de Dieu débat avec l’esprit du pécheur, de manière à concourir à l’œuvre de l’Esprit et à ne pas détourner l’attention du pécheur du point même en litige, qu’on la rende parfaitement claire, puis qu’on la presse jusqu’à ce que le pécheur cède, et il sera sauvé.
III. Je dois signaler plusieurs erreurs dans lesquelles les pécheurs inquiets sont enclins à tomber au sujet de cette grande question.
1. La première erreur consiste à supposer qu’ils doivent se rendre meilleurs, ou se préparer, de manière à se recommander en quelque façon à la miséricorde de Dieu. Il est étonnant que les pécheurs ne veuillent pas comprendre que tout ce qu’ils ont à faire, c’est d’accepter de Dieu le salut, tout préparé pour eux. Mais tous, savants ou ignorants, recourent d’abord à une voie légale pour obtenir du soulagement. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles ils ne deviennent pas chrétiens sur-le-champ, dès qu’ils commencent à s’occuper de ce sujet. Ils s’imaginent qu’ils doivent être, d’une manière ou d’une autre, préparés pour venir. Il leur faut changer de vêtements et se donner un peu meilleure apparence ; ils ne veulent pas venir tels qu’ils sont, dans leurs haillons et leur pauvreté. Il leur faut avoir quelque chose de plus sur eux avant de pouvoir s’approcher de Dieu. Il faut leur montrer, tout de suite, qu’il leur est impossible d’être en rien meilleurs tant qu’ils ne font pas ce que Dieu exige. À chaque battement de leur pouls, à chaque souffle qu’ils respirent, ils deviennent pires, parce qu’ils persistent dans la rébellion contre Dieu, aussi longtemps qu’ils ne font pas la chose même que Dieu exige d’eux comme la première chose à faire.
2. Une autre erreur consiste à supposer qu’ils doivent souffrir un temps considérable sous la conviction du péché, comme une sorte de châtiment, avant d’être convenablement prêts à venir à Christ. Et ainsi ils prient pour obtenir la conviction. Et ils pensent que s’ils sont écrasés jusqu’à terre par la détresse pendant un temps suffisant, Dieu aura alors pitié d’eux et sera plus disposé à les secourir, en les voyant si misérables. Il faut leur faire comprendre clairement qu’ils ne sont ainsi malheureux et misérables que parce qu’ils refusent d’accepter le soulagement que Dieu leur offre. Prenez le cas de l’enfant obstiné, quand son père se tient au-dessus de lui la verge à la main, et que l’enfant frissonne et pousse des cris. Cet enfant doit-il s’imaginer qu’il gagne quelque chose par son angoisse ? Sa détresse vient de sa conviction ; et va-t-il prier pour avoir plus de conviction ? Cela le rend-il meilleur ? Son père a-t-il plus pitié de lui parce qu’il s’obstine ? Qui ne voit qu’il devient pire tout le temps ?
3. Parfois les pécheurs s’imaginent qu’ils doivent attendre d’autres sentiments avant de se soumettre à Dieu. Ils disent : « Je ne crois pas me sentir encore dans les dispositions voulues pour accepter Christ ; je ne crois pas être encore prêt à être converti. » Il faut leur faire voir que ce que Dieu exige d’eux, c’est de vouloir ce qui est droit. S’ils obéissent et se soumettent par la volonté, les sentiments se régleront d’eux-mêmes en temps voulu. Ce n’est pas une question de sentiment, mais de volonté et d’action.
Les sentiments sont involontaires et n’ont d’autre caractère moral que celui qu’ils tirent de l’action de la volonté, action avec laquelle ils sympathisent. Tant que la volonté n’est pas droite, les sentiments ne le seront pas, naturellement. Le pécheur doit venir à Christ en l’acceptant sur-le-champ ; et il doit le faire, non pour obéir à ses sentiments, mais pour obéir à sa conscience. Obéissez, soumettez-vous, confiez-vous. Abandonnez tout à l’instant, et vos sentiments deviendront ce qu’ils doivent être. N’attendez pas de meilleurs sentiments, mais remettez à Dieu tout votre être sur-le-champ, et cela produira bientôt les sentiments que vous attendez. Ce que Dieu exige de vous, c’est l’acte présent de votre propre esprit, se détournant du péché pour aller à la sainteté, et du service de Satan pour aller au service du Dieu vivant.
4. Une autre erreur des pécheurs consiste à supposer qu’ils doivent attendre que leur cœur soit changé. « Quoi ? disent-ils ; dois-je croire en Christ avant que mon cœur soit changé ? Voulez-vous dire que je dois me repentir avant que mon cœur soit changé ? » Or, la réponse toute simple à tout cela, c’est que le changement de cœur est précisément la chose en question. Dieu exige des pécheurs qu’ils l’aiment. C’est là changer leur cœur. Dieu exige du pécheur qu’il croie à l’Évangile. C’est là changer son cœur. Dieu exige de lui qu’il se repente. C’est là changer son cœur. Dieu ne lui dit pas d’attendre que son cœur soit changé pour ensuite se repentir, croire et aimer Dieu. Le mot même, se repentir, signifie un changement de pensée ou de cœur. Faire l’une quelconque de ces choses, c’est changer votre cœur, et vous faire un cœur nouveau, exactement comme Dieu l’exige.
5. Les pécheurs se mettent souvent dans l’idée qu’ils sont parfaitement disposés à faire ce que Dieu exige. Dites-leur de faire telle ou telle chose, de se repentir, ou de croire, ou de donner leur cœur à Dieu, et ils répondent : « Oh ! oui, j’y suis parfaitement disposé ; je voudrais pouvoir le faire ; je donnerais n’importe quoi pour pouvoir le faire. » Il faut qu’ils comprennent que vouloir vraiment, c’est faire ; mais qu’il y a une différence entre vouloir et désirer. Les gens désirent souvent être chrétiens alors qu’ils ne veulent nullement l’être. Quand nous voyons une chose qui nous paraît être un bien, nous sommes ainsi faits que nous la désirons. Nous la désirons nécessairement quand elle est présente à notre esprit. Nous ne pouvons nous empêcher de la désirer à proportion que sa bonté est présentée à notre esprit. Mais nous pouvons pourtant ne pas vouloir l’avoir, toutes circonstances considérées. Il se peut que nous préférions, tout bien pesé, que celui qui la possède actuellement continue de la posséder. Ou que nous choisissions que notre ami ou notre enfant la possède plutôt que nous-mêmes. Un homme peut désirer aller à Philadelphie pour bien des raisons, tandis que, pour des raisons plus graves encore, il choisit de ne pas y aller. De même, le pécheur peut désirer être chrétien. Il peut voir beaucoup de bonnes choses dans le fait d’être chrétien. Il peut voir que, s’il était chrétien, il serait beaucoup plus heureux, et qu’il irait au ciel à sa mort ; et pourtant il ne veut pas être chrétien. VOULOIR obéir à Christ, c’est être chrétien. Quand un individu choisit effectivement d’obéir à Dieu, il est chrétien. Mais tous les désirs qui n’aboutissent pas à un choix effectif ne sont rien.
6. Le pécheur dira parfois qu’il offre de donner son cœur à Dieu, mais il insinue que Dieu ne le veut pas. Mais c’est absurde. Que demande Dieu ? Eh bien, que vous l’aimiez. Or, dire que vous êtes disposé à donner votre cœur à Dieu, mais que Dieu ne le veut pas, c’est dire que vous êtes disposé à aimer Dieu, mais que Dieu ne veut pas être aimé de vous et ne vous permettra pas de l’aimer. Il importe d’éclaircir tous ces points dans l’esprit du pécheur, afin qu’il n’ait aucun recoin obscur et mystérieux où se reposer, hors d’atteinte de la vérité.
7. Les pécheurs se mettent parfois dans l’idée qu’ils se repentent, alors qu’ils sont seulement convaincus de péché. Chaque fois que l’on trouve le pécheur reposant sur quelque MENSONGE, que la vérité le balaie, si douloureux et si affligeant que ce soit pour lui. S’il a quelque erreur de ce genre, vous devez la lui arracher, à moins que vous ne vouliez qu’il trébuche jusque dans les profondeurs de l’enfer.
8. Les pécheurs sont souvent entièrement occupés à se regarder eux-mêmes, pour voir s’ils ne peuvent trouver là quelque chose, quelque sentiment ou autre, qui les recommande à Dieu. Faute, évidemment, d’une instruction convenable, David Brainard fut longtemps occupé de son état d’âme, cherchant des sentiments qui le recommanderaient à Dieu. Parfois il s’imaginait avoir ces sentiments, et il disait à Dieu dans la prière qu’il se sentait maintenant tel qu’il le devait pour recevoir sa miséricorde ; puis il voyait qu’il s’était entièrement trompé, et avait honte d’avoir dit à Dieu qu’il était dans les dispositions voulues. Ainsi ce pauvre homme, faute d’une instruction exacte, fut poussé presque jusqu’au désespoir ; et il est facile de voir que ses exercices chrétiens, sa vie durant, en furent grandement modifiés, et que sa consolation et son utilité furent bien amoindries par la fausse philosophie qu’il avait adoptée sur ce point. Vous devez détourner le pécheur de lui-même vers quelque autre chose. Supposez qu’il ne cesse de s’examiner jusqu’à tomber dans le désespoir. La conduite à tenir alors, c’est de détourner son attention de lui-même et de lui faire regarder quelque devoir à accomplir, ou de lui faire regarder Christ ; et peut-être, avant qu’il s’en aperçoive, découvrira-t-il qu’il s’est soumis à Dieu. Son attention a été détournée de lui-même pour contempler le caractère raisonnable des exigences de Dieu, ou la suffisance de l’expiation de Christ, ou quelque chose de ce genre ; et, tandis qu’il s’y arrêtait, il a tout simplement donné son cœur, et l’agonie a pris fin.
REMARQUES.
1. Le labeur des pasteurs est grandement accru, et les difficultés sur le chemin du salut sont grandement multipliées, par les fausses instructions que l’on a données aux pécheurs. Il en est résulté que des directions autrefois claires sont devenues obscures. On a enseigné si longtemps aux gens qu’il y a dans la conversion quelque chose de terriblement mystérieux et d’inintelligible qu’ils n’essaient même pas de la comprendre. On a inculqué aux pécheurs ces fausses notions, si bien qu’à présent ils sont partout retranchés derrière ces maximes : « on ne peut pas se repentir », « il faut attendre Dieu », et autres semblables. Autrefois il suffisait, comme nous l’apprenons par la Bible, de dire aux pécheurs de se repentir, ou de leur dire de croire au Seigneur Jésus-Christ. Mais à présent on a parlé de la foi comme d’un principe, au lieu d’un acte, et de la repentance comme de quelque chose de déposé dans l’esprit, au lieu d’un exercice de l’esprit ; et les pécheurs sont dans la perplexité. On accuse les pasteurs de prêcher l’hérésie parce qu’ils osent enseigner que la foi est un exercice et non un principe, et que le péché est un acte et non une partie de la constitution de l’homme. Et les pécheurs sont devenus si sophistiqués que vous devez vous donner beaucoup de peine pour expliquer non seulement ce que vous n’entendez pas, mais ce que vous entendez ; autrement, ils ne manqueront presque jamais de vous mal comprendre, et ils trouveront un faux soulagement à leur inquiétude en rejetant leur devoir sur Dieu, ou bien ils tomberont dans le désespoir, à cause de l’impossibilité supposée de faire ce qui est requis pour leur salut. C’est souvent la plus grande difficulté que de les faire sortir de ces labyrinthes et de ces dédales théologiques où on les a égarés, et de les conduire dans le chemin droit et simple de l’Évangile. Il semble qu’on ait déployé la plus grande ingéniosité pour embrouiller l’esprit des gens et tisser de fausse théologie une toile des plus subtiles, propre à envelopper le pécheur de ténèbres sans fin.
Qui donc, ayant été dans des réveils, n’a rencontré cette interminable suite de sottises qu’on a inculquées, au point qu’il est devenu nécessaire d’être aussi simple que l’A B C, et qu’il faut parler aux personnes les plus instruites exactement comme à des enfants ? Tant on a fait pour embrouiller et abêtir l’esprit des gens dans les choses les plus simples. Dites à un pécheur de croire, et il se retourne vers vous et vous regarde avec ébahissement : « Eh bien ! comme vous parlez ! La foi n’est-elle pas un principe implanté dans l’âme ? et comment puis-je croire avant d’avoir reçu ce principe ? » De même, si un pasteur dit à un pécheur les paroles mêmes qu’employèrent les apôtres lors du grand réveil du jour de la Pentecôte : « Repentez-vous et convertissez-vous, chacun de vous », et qu’on lui réponde comme on l’a appris : « Oh ! je crois bien que vous êtes un arminien ; je ne veux point de votre enseignement arminien ; ne niez-vous pas les influences de l’Esprit ? » Il y a de quoi faire pleurer l’humanité, de voir le brouillard et les ténèbres dont on a entouré les directions claires de l’Évangile, jusqu’à ce que bien des générations se soient vidées dans l’enfer.
2. Ces fausses instructions données aux pécheurs sont infiniment pires que pas d’instructions du tout. Le Seigneur Jésus-Christ trouva plus difficile d’amener le peuple à renoncer à ses fausses notions de théologie qu’à toute autre chose. Telle a été jusqu’à ce jour la grande difficulté avec les Juifs : ils ont reçu de fausses notions en théologie, ils ont perverti la vérité sur certains points, et vous ne pouvez leur faire comprendre les points les plus clairs de l’Évangile. Il en est de même des pécheurs : la chose la plus difficile à faire, c’est de leur ôter ces refuges de mensonge qu’ils tiennent de la fausse théologie. Ils sont si attachés à ces refuges, parce qu’on les dit orthodoxes, et parce qu’ils excusent le pécheur et condamnent Dieu, que c’est la partie la plus embarrassante, la plus difficile et la plus décourageante du labeur d’un pasteur que de les en chasser.
3. Il n’est pas étonnant que l’Évangile ait produit si peu d’effet, encombré comme il l’a été de ces dogmes étranges. La vérité est que fort peu de l’Évangile s’est répandu dans le monde, depuis des centaines d’années, sans être entravé et obscurci par la fausse théologie. On a dit aux gens qu’ils devaient se repentir, et, du même souffle, qu’ils ne pouvaient pas se repentir, si bien que la vérité elle-même a été toute mêlée d’erreur, au point de produire le même effet pratique que l’erreur ; et l’Évangile qu’on a prêché a été un autre Évangile, ou pas d’Évangile du tout.
4. Vous pouvez comprendre ce que signifie panser à la légère la plaie de la fille du peuple de Dieu, et le danger qu’il y a à le faire. Il est très facile, quand des pécheurs sont sous la conviction du péché, de dire quelque chose qui adoucisse le cas et apaise leur inquiétude, de sorte qu’ils obtiendront une fausse espérance, ou bien qu’ils seront convertis avec des vues si obscures qu’ils seront toujours des chrétiens pauvres, faibles, chancelants, pleins de doutes et inefficaces.
5. Beaucoup dépend de la manière dont on traite un homme quand il est sous la conviction du péché. Une grande part de sa consolation et de son utilité futures dépend de la clarté, de la force et de la fermeté avec lesquelles on lui donne les directions de l’Évangile pendant qu’il est sous la conviction. Si ceux qui s’occupent de lui craignent de se servir à fond de la sonde, il sera toujours un chrétien pauvre, maladif et plein de doutes. S’il est converti, il ne fera jamais beaucoup de bien. La vraie méthode, c’est de traiter le pécheur à fond et franchement, de lui arracher toutes les excuses qu’il peut forger, et de lui montrer clairement ce qu’il est et ce qu’il devrait être ; et il bénira Dieu pendant toute l’éternité d’être tombé entre les mains de gens qui ont été si fidèles envers son âme. Faute de ce traitement approfondi et pénétrant, beaucoup sont convertis qui semblent mort-nés. Et la raison en est qu’on ne les a jamais traités avec fidélité. Nous pouvons espérer charitablement qu’ils sont chrétiens, mais la chose reste incertaine et douteuse. Leur conversion semble plutôt un changement d’opinion qu’un changement de cœur. Mais si, lorsqu’un pécheur est sous la conviction du péché, vous y versez la vérité, si vous y enfoncez la sonde, si vous brisez les vieux fondements, si vous balayez ses refuges de mensonge, et si vous vous servez de la parole de Dieu comme d’un feu et comme d’un marteau, vous verrez qu’ils en sortiront avec des vues claires, une foi forte et des principes fermes — non des chrétiens pleins de doutes, boiteux et irrésolus, mais des chrétiens qui suivent pleinement le Seigneur. C’est ainsi qu’on fait des chrétiens forts. Il en a été éminemment ainsi dans beaucoup de réveils de nos jours. J’ai entendu de vieux chrétiens dire des convertis : « Ces convertis sont nés hommes et femmes, tout formés ; ils n’ont jamais été des enfants, mais ils ont, dès le début, toute la clarté de vues et toute la force de foi des vieux chrétiens. Ils semblent comprendre les doctrines de la religion, et savoir ce qu’il faut faire, et comment s’y prendre pour favoriser les réveils, mieux qu’un sur cent des anciens membres de l’Église. »
J’ai connu un jeune homme qui fut converti loin de chez lui. L’endroit où il habitait n’avait ni pasteur, ni prédication, ni religion. Il rentra chez lui trois jours après sa conversion, et se mit aussitôt à l’œuvre pour travailler à un réveil. Il établit des réunions dans son voisinage, il pria et travailla, et un réveil éclata, dont il eut la principale direction au cours d’une œuvre puissante qui convertit la plupart des principaux hommes de l’endroit. La vérité, c’est qu’on l’avait traité de telle manière qu’il savait ce qu’il faisait. Il comprenait le sujet, et savait où il en était lui-même. Il n’était pas sans cesse tourmenté de doutes sur la question de savoir s’il était lui-même chrétien. Il savait qu’il servait Dieu et que Dieu était avec lui, et il marcha donc hardiment et résolument vers son but. Mais si vous entreprenez de faire des convertis sans extirper toutes leurs erreurs et arracher leurs fausses espérances, vous pourrez faire une foule d’hypocrites, ou de chrétiens chétifs et rabougris, toujours pleins de doutes, aisément détournés de l’esprit de réveil, et qui ne valent rien. Le moyen, c’est de les amener droit à la lumière. Quand un homme est converti de cette manière, vous pouvez compter sur lui, et vous savez où le trouver.
7. Les longues périodes de conviction sont généralement dues à une instruction défectueuse. Partout où l’on donne aux pécheurs des instructions claires et fidèles, vous trouverez généralement que les convictions sont profondes et poignantes, mais courtes.
8. Là où l’on donne aux pécheurs convaincus de péché des instructions claires et précises, s’ils ne se soumettent pas bientôt, leurs convictions les quitteront généralement. En pareil cas, les convictions sont généralement courtes. Là où les pécheurs sont trompés par de fausses vues, ils peuvent être tenus en suspens pendant des semaines, peut-être des mois, et parfois des années, dans un état languissant, et à la fin, peut-être, être poussés de force dans le royaume et sauvés. Mais là où la vérité est rendue parfaitement claire à l’esprit du pécheur, et où toutes ses erreurs lui sont arrachées, s’il ne se soumet pas bientôt, son cas est désespéré. Là où la vérité est appliquée à son esprit, et où il résiste directement à la vérité même qui doit le convertir, il n’y a plus rien à faire. L’Esprit le quittera bientôt, car on résiste aux armes mêmes dont il se sert. Là où les instructions ne sont pas claires et sont mêlées d’erreurs, l’Esprit peut lutter même pendant des années, dans sa grande miséricorde, pour faire passer les pécheurs à travers le brouillard des fausses instructions. Mais il n’en est pas ainsi là où leur devoir leur est clairement expliqué, où on les amène droit au point unique de la soumission immédiate, où tous leurs faux prétextes sont démasqués et où le chemin du devoir est rendu parfaitement clair. Alors, s’ils ne se soumettent pas, l’Esprit de Dieu les abandonne, et leur état est presque désespéré.
S’il y a des pécheurs dans cette assemblée, et que vous voyiez clairement votre devoir, PRENEZ GARDE de différer. Si vous ne vous soumettez pas, vous pouvez vous attendre à ce que l’Esprit de Dieu vous abandonne, et vous êtes PERDUS.
8. Une grande partie des directions données aux pécheurs inquiets n’est guère autre chose que la doctrine papiste des indulgences. Le pape vendait autrefois des indulgences pour pécher, et c’est ce qui amena la Réforme sous Luther. Parfois les gens achetaient une indulgence pour pécher pendant un certain temps, ou pour commettre quelque péché particulier, ou un certain nombre de péchés. Or, il y a dans les Églises protestantes une foule de choses qui ne sont guère autre chose que cela. En quoi dire à un pécheur d’attendre en diffère-t-il ? Cela revient à lui dire de continuer encore un peu dans le péché, pendant qu’il attend que Dieu le convertisse. Et qu’est-ce là, sinon une indulgence pour commettre le péché ? Toute direction donnée aux pécheurs qui n’exige pas d’eux qu’ils obéissent immédiatement à Dieu est une indulgence pour pécher. C’est en fait leur donner la liberté de continuer à pécher contre Dieu. De telles directions ne sont pas seulement mauvaises, mais ruineuses et cruelles. Si elles ne perdent pas l’âme — comme sans doute elles le font souvent —, elles diffèrent en tout cas pour le pécheur la jouissance de Dieu et de Christ, et il court grand risque d’être perdu pour toujours en écoutant de telles instructions. Oh ! qu’il est dangereux de donner à un pécheur des raisons de penser qu’il peut attendre un seul instant avant de donner son cœur à Dieu !
9. Autant que j’ai eu l’occasion de l’observer, ceux dont la conversion a été la plus soudaine se sont ordinairement montrés les meilleurs chrétiens. Je sais que l’on a souvent tenu et soutenu le contraire. Mais je suis convaincu qu’il n’y a aucune raison à cela, bien que beaucoup, aujourd’hui encore, regardent comme une circonstance suspecte qu’un homme ait été converti très soudainement. Mais la Bible n’autorise nullement cette supposition. Il n’y a pas, dans toute la Bible, un seul cas rapporté de conviction prolongée. Toutes les conversions qui y sont rapportées sont des conversions soudaines. Et je suis persuadé qu’il n’y aurait jamais eu tant de convictions interminables, aboutissant souvent à rien en fin de compte, s’il n’y avait eu ces perversions théologiques qui ont rempli le monde d’on-ne-peut-pas-isme. Aux jours de la Bible, on disait aux pécheurs de se repentir, et ils le faisaient à l’instant. L’on-ne-peut-pas-isme n’avait pas encore été mis en avant en ce temps-là. C’est cette spéculation sur l’incapacité des pécheurs à obéir à Dieu qui pose le fondement de toutes les angoisses et détresses prolongées, et peut-être de la ruine, par lesquelles tant de personnes sont menées. Quand un pécheur est amené à voir ce qu’il a à faire, et qu’il prend position sur-le-champ, ET LE FAIT, il agit généralement de même par la suite ; et vous trouvez généralement qu’une telle personne persévérera ainsi et se montrera un caractère décidé. Vous ne trouverez pas en lui un de ceux qu’il faut toujours haler vers le devoir, comme un navire, contre vent et marée. Regardez ces professants qu’il faut toujours traîner en avant dans le devoir, et vous trouverez généralement qu’ils n’ont pas reçu de directions claires et conséquentes quand ils ont été convertis ; et très probablement ils seront fort « effrayés de ces conversions soudaines ».
Effrayés des conversions soudaines ! Quelques-uns des meilleurs chrétiens que je connaisse ont été convaincus de péché et convertis en l’espace de quelques minutes. En un quart du temps que j’ai mis à parler, beaucoup d’entre eux furent réveillés, se rangèrent franchement du côté du Seigneur, et ont été depuis lors des lumières brillantes dans l’Église ; et ils ont généralement manifesté en religion la même décision de caractère dont ils firent preuve quand ils se déclarèrent pour la première fois et prirent position du côté du Seigneur.
Chapitre 20 terminé
Discours XVIII. Instructions aux pécheurs