Discours sur les réveils religieux
Discours XVII. Les fausses consolations offertes aux pécheurs

Chapitre 19 · 1 h 10 min de lecture · 1 h 30 min d’écoute

Discours XVII. Les fausses consolations offertes aux pécheurs

DISCOURS XVII.

LES FAUSSES CONSOLATIONS OFFERTES AUX PÉCHEURS.

Texte. — Pourquoi donc m’offrir de vaines consolations? Ce qui reste de vos réponses n’est que perfidie. — Job 21:34.

LES trois amis de Job soutenaient avec insistance que les afflictions qu’il endurait lui étaient envoyées en châtiment de ses péchés, et qu’elles prouvaient de façon décisive qu’il était un hypocrite, et non pas l’homme de bien qu’il faisait profession d’être. Il s’ensuivit une longue discussion, au cours de laquelle Job en appela à toute l’expérience passée pour prouver que les hommes ne sont pas traités en ce monde selon leur caractère, et que cette distinction n’est pas observée dans les dispensations de la Providence. Ses amis soutenaient le contraire, et laissaient entendre que ce monde est lui aussi un lieu de récompenses et de châtiments, où les hommes reçoivent le bien ou le mal selon leurs œuvres. Dans ce chapitre, Job montre, en faisant appel au sens commun, à l’observation commune et à l’expérience, que cela ne peut être vrai, puisque c’est un fait que les méchants prospèrent souvent dans le monde, et cela toute leur vie durant ; il en conclut que leur jugement et leur châtiment doivent être réservés à un état futur. « Le méchant est réservé pour le jour de la ruine », et « ils seront amenés au jour de sa colère ». Et comme ses amis étaient venus le consoler, mais que, se trouvant dans les ténèbres sur ce point fondamental, ils n’avaient pas su comprendre son cas, et ne pouvaient donc lui apporter aucune consolation, mais aggravaient plutôt sa douleur, Job déclara avec insistance qu’il continuerait à chercher sa consolation dans un état futur, et il les reprend en s’écriant, dans l’amertume de son âme : « Pourquoi donc m’offrir de vaines consolations? Ce qui reste de vos réponses n’est que perfidie. »

Mon dessein, aujourd’hui, est de présenter quelques remarques sur les diverses méthodes employées pour consoler les pécheurs inquiets, et je me propose :

I. D’exposer brièvement la nécessité et le but de l’instruction donnée aux pécheurs inquiets.

II. De montrer que les pécheurs inquiets cherchent toujours la consolation. Leur but suprême est d’être consolés dans leur détresse.

III. De signaler quelques-unes des fausses consolations que l’on administre souvent.

I. La nécessité et le but de l’instruction donnée aux pécheurs inquiets.

L’idée même d’inquiétude suppose quelque instruction. Un pécheur ne serait nullement inquiet de son état futur s’il n’avait assez de lumière pour savoir qu’il est pécheur, qu’il est exposé au châtiment et qu’il a besoin de pardon. Or les hommes doivent être convertis, non par une force physique, ni par un changement opéré dans leur nature ou leur constitution par une puissance créatrice, mais par la vérité rendue efficace par le Saint-Esprit. La conversion, c’est céder à la vérité. C’est pourquoi, plus on peut faire porter de vérité sur l’esprit, toutes choses égales d’ailleurs, plus il est probable que la personne sera convertie. Si la vérité n’est pas appliquée à son esprit, il est certain qu’il ne sera pas converti. Si elle l’est, il n’est pas absolument certain qu’elle sera efficace, mais la probabilité est proportionnelle à la mesure dans laquelle la vérité est appliquée. Le grand but, lorsqu’on s’occupe d’un pécheur inquiet, est de dissiper toutes ses difficultés et ses ténèbres, de détruire toutes ses erreurs, de saper le fondement de ses espérances de propre justice, et de balayer jusqu’au dernier vestige de consolation qu’il pourrait trouver en lui-même. Il y a souvent là beaucoup de difficulté, et il faut beaucoup d’instruction. Les pécheurs s’accrochent souvent à leurs faux appuis avec l’étreinte de la mort. Le dernier endroit où un pécheur va jamais chercher du soulagement, c’est Jésus-Christ. Les pécheurs aimeraient mieux être sauvés de n’importe quelle autre manière au monde. Ils aimeraient mieux faire n’importe quel sacrifice, s’imposer n’importe quelle dépense ou endurer n’importe quelle souffrance, plutôt que de se jeter simplement, comme des rebelles coupables et perdus, sur Christ seul pour être sauvés. C’est la toute dernière manière dont ils consentent jamais à être sauvés. Elle ruine toute leur propre justice, et anéantit si complètement leur orgueil et leur contentement d’eux-mêmes qu’ils répugnent extrêmement à l’adopter. Mais il est aussi vrai en philosophie qu’en fait que c’est là, après tout, la seule manière dont un pécheur pourrait trouver du soulagement. Si Dieu entreprenait de soulager les pécheurs et de les sauver sans humilier leur orgueil et sans les détourner de leurs péchés, il ne le pourrait pas. Or le but de l’instruction donnée à un pécheur inquiet doit être de l’amener par le plus court chemin possible à faire cela. Il s’agit de conduire son esprit, par la voie la plus courte, à cette conclusion pratique qu’il n’y a, en fait, aucun autre moyen pour lui d’être soulagé et sauvé que de renoncer à lui-même et de se reposer sur Christ seul. Faire cela avec efficacité demande une grande habileté. Cela demande une connaissance approfondie du cœur humain, une claire intelligence du plan du salut, et une idée précise et définie de la chose même qu’un pécheur DOIT FAIRE pour être sauvé. Savoir le faire efficacement est l’une des qualités les plus rares dans le ministère à l’heure actuelle. Il est affligeant de voir combien peu de pasteurs, et combien peu de ceux qui font profession de religion, ont dans l’esprit une idée assez distincte de la chose à faire pour pouvoir aller vers un pécheur inquiet, lui dire exactement ce qu’il a à faire et comment le faire, lui montrer clairement qu’il n’y a pour lui aucun moyen possible d’être sauvé sinon de faire cette chose même qu’ils lui disent, et lui faire sentir avec certitude qu’il doit la faire, et que, s’il ne fait pas cette chose-là, il sera damné.

II. Je dois montrer que les pécheurs inquiets cherchent toujours la consolation.

Les pécheurs s’imaginent souvent qu’ils cherchent Jésus-Christ, qu’ils cherchent la religion, mais c’est une erreur. Personne n’a jamais cherché la religion en restant pourtant sans religion. Qu’est-ce que la religion ? C’est obéir à Dieu. Chercher la religion, c’est chercher à obéir à Dieu. L’âme qui a faim et soif de la justice est l’âme d’un chrétien. Dire qu’une personne peut chercher à obéir à Dieu sans pourtant lui obéir, c’est une absurdité. Car s’il cherche la religion, il n’est pas un pécheur impénitent. Chercher la religion suppose qu’on est disposé à obéir à Dieu, et être disposé à obéir à Dieu, c’est la religion. C’est une contradiction de dire qu’un pécheur impénitent cherche la religion. Cela revient à dire qu’il cherche à obéir à Dieu et qu’il le désire réellement, mais que Dieu ne le lui permet pas, ou qu’il désire embrasser Jésus-Christ, mais que Christ ne le laisse pas venir. Le fait est que le pécheur inquiet cherche une espérance ; il cherche le pardon, la consolation, la délivrance de l’enfer. Il cherche anxieusement quelqu’un qui le console et qui le fasse se sentir mieux, sans qu’il soit obligé de se soumettre à des conditions aussi humiliantes que celles de l’Évangile. Et son inquiétude et sa détresse ne se prolongent que parce qu’il refuse de se rendre à ces conditions. Malheureusement, les pécheurs inquiets trouvent autant de consolateurs qu’ils en veulent, et à leur goût. Ce sont aussi, tous, de misérables consolateurs : « ce qui reste de leurs réponses n’est que perfidie ». Sans aucun doute, des millions et des millions d’âmes sont maintenant en enfer parce qu’il y avait autour d’elles des gens qui leur ont donné une fausse consolation, qui avaient tant de fausse pitié, ou qui étaient eux-mêmes tellement dans les ténèbres, qu’ils ne voulaient pas les laisser dans l’inquiétude jusqu’à ce qu’elles eussent soumis leur cœur à Dieu ; ils leur ont administré le mensonge, ont soulagé leur détresse de cette manière, et maintenant leurs âmes sont perdues.

III. Je dois signaler plusieurs des manières dont on donne une fausse consolation aux pécheurs inquiets.

Je pourrais presque dire qu’il y a une variété infinie de manières de le faire. Plus j’ai d’expérience, et plus j’observe la manière dont même les gens de bien s’y prennent avec les pécheurs inquiets, plus je suis affligé des sottises et des mensonges sans fin par lesquels ils s’efforcent de consoler leurs amis inquiets, et ainsi, en fait, les trompent et les frustrent par la ruse de leur salut. Cela me rappelle souvent la manière dont les gens se comportent quand quelqu’un est malade. Que l’un de vous tombe malade, de presque n’importe quelle maladie au monde, et vous verrez que chaque personne que vous rencontrez a un remède pour ce mal — une cure certaine, un spécifique, une panacée ; et vous trouverez tout autour de vous un tel monde de charlatanisme que, si vous ne prenez garde de VOUS FERMER À TOUT CELA, vous y laisserez certainement la vie. Un homme doit exercer son propre jugement, car il trouvera autant de remèdes qu’il a d’amis, et chacun tient obstinément à sa propre médecine, et peut-être trouvera mauvais qu’on ne la prenne pas. Et nul doute que ce misérable système de charlatanisme tue un grand nombre de gens.

Cela n’est pas plus vrai des maladies du corps que des maladies de l’esprit. Les gens ont leurs spécifiques, leurs catholicons et leurs panacées pour consoler les âmes en détresse, et, dès qu’ils se mettent à parler avec un pécheur inquiet, ils avancent leurs fausses consolations, si bien que, s’il ne PREND GARDE et ne s’attache à la parole de Dieu, il sera infailliblement trompé, pour sa propre perte. Je me propose de mentionner quelques-uns des mensonges que l’on avance souvent en cherchant à consoler les pécheurs inquiets. Le temps me manquerait, même pour les nommer tous.

Le but direct de bien des gens est de consoler les pécheurs, et ils y sont souvent si appliqués qu’ils ne regardent ni aux moyens ni au genre de consolation. Ils voient leurs amis dans la détresse, ils ont pitié d’eux, ils se sentent pleins de compassion : « Oh ! oh ! je ne puis supporter de les voir dans une telle détresse, il faut que je les console d’une manière ou d’une autre », et ainsi ils essaient d’un moyen, puis d’un autre, et tout cela pour les consoler ! Or Dieu désire qu’ils soient consolés. Il est bienveillant, il a des sentiments de bonté, et son cœur s’émeut pour eux quand il les voit dans une telle détresse. Mais il voit qu’il n’y a qu’un seul moyen de donner à un pécheur une consolation réelle. Il a plus de bienveillance et de compassion que tous les hommes, et il désire les consoler. Mais il a fixé, aussi inébranlables que son trône, les conditions auxquelles il accordera du soulagement à un pécheur. Et il ne les changera pas. Il sait que rien d’autre ne fera au pécheur un bien véritable, car rien ne peut le rendre heureux tant qu’il ne s’est pas repenti de ses péchés, qu’il ne les a pas abandonnés et qu’il ne s’est pas tourné vers Dieu. C’est pourquoi Dieu ne cédera pas. Notre but devrait être le même que celui de Dieu. Nous devrions éprouver de la compassion et de la bienveillance, tout comme lui, et être aussi prêts à consoler, mais en nous assurant que la consolation soit de la bonne sorte. Le fait est que notre premier but devrait être d’amener le pécheur à obéir à Dieu. Sa consolation ne devrait être, pour nous comme pour lui, qu’un but secondaire ; et, tant que nous serons plus soucieux de soulager sa détresse que de le voir cesser d’offenser et de déshonorer Dieu, nous ne sommes pas près, par nos instructions, de lui faire aucun bien réel. C’est là une distinction fondamentale dans la manière de traiter les pécheurs inquiets, mais elle est manifestement négligée par beaucoup, qui semblent n’avoir pas de motifs plus élevés que la sympathie ou la compassion pour le pécheur. Si, en prêchant l’Évangile ou en instruisant les âmes inquiètes, nous ne sommes pas animés d’un haut souci de l’honneur de Dieu, et si nous ne nous élevons pas plus haut que le désir de soulager ceux qui sont dans la détresse, nous n’allons pas plus loin que ne nous mènerait une sympathie ou une compassion naturelle. Pour avoir perdu de vue ce principe, ceux qui font profession de religion se sont souvent égarés, et, lorsqu’ils ont entendu d’autres personnes traiter fidèlement des pécheurs inquiets, ils les ont accusées de cruauté. Il m’est souvent arrivé que des professants m’amènent des pécheurs inquiets en me suppliant de les consoler ; et, quand je sondais leur conscience jusqu’au vif, ils frémissaient, et prenaient parfois le parti des pécheurs. Il est quelquefois impossible de s’occuper efficacement de jeunes gens inquiets en présence de leurs parents, parce que ceux-ci ont beaucoup plus de compassion pour leurs enfants que de souci de l’honneur de Dieu. Tout cela est mal, et, avec de telles vues et de tels sentiments, vous feriez mieux de tenir votre langue que de dire quoi que ce soit aux âmes inquiètes.

1. L’une des manières dont on donne une fausse consolation aux pécheurs en détresse consiste à leur demander : « Qu’avez-vous donc fait ? vous n’êtes pas si mauvais. » On les voit dans la détresse, et l’on s’écrie : « Mais qu’avez-vous donc fait ? » comme s’ils n’avaient jamais rien fait de mal et n’avaient en réalité aucune raison de se sentir dans la détresse. J’ai déjà mentionné le cas d’une dame du monde qui fut réveillée dans cette ville, et qui se rendait chez un pasteur pour s’entretenir avec lui, lorsqu’elle rencontra une amie qui la fit rebrousser chemin et chassa son inquiétude par ce cri : « Qu’avez-vous donc fait pour vous sentir ainsi ? Je suis sûre que vous n’avez jamais commis aucun péché qui doive vous faire sentir ainsi. » Je crois que le rapporteur a passé ce cas sous silence et ne l’a pas mentionné.

J’ai souvent rencontré des cas de ce genre. Une mère dira à son fils, qui est inquiet, quel enfant obéissant il a toujours été, combien il est bon, combien il est gentil, et elle le supplie de ne pas se tourmenter ainsi. De même, un mari dira à sa femme, ou une femme à son mari, combien il ou elle est bon, en demandant : « Qu’avez-vous donc fait ? » Quand ils les voient dans une grande détresse, ils se mettent à les consoler : « Allons, vous n’êtes pas si mauvais. Vous êtes allé entendre ce pasteur effrayant qui fait peur aux gens, et vous vous êtes échauffé. Consolez-vous, car je suis sûr que vous n’avez pas été assez mauvais pour vous sentir dans une telle détresse. » Alors que la vérité est qu’ils ont été bien pires qu’ils ne le pensent. Jamais aucun pécheur ne s’est fait l’idée que ses péchés étaient plus grands qu’ils ne le sont. Jamais aucun pécheur ne s’est fait une idée adéquate du grand pécheur qu’il est. Il n’est pas probable qu’un homme puisse vivre en ayant pleinement sous les yeux ses péchés. Dieu, dans sa miséricorde, a épargné à toutes ses créatures sur la terre le pire des spectacles : un cœur humain mis à nu. La culpabilité du pécheur est beaucoup plus profonde et plus damnable qu’il ne le pense, et son danger est beaucoup plus grand qu’il ne le croit ; et, s’il les voyait tels qu’ils sont, il ne vivrait probablement pas un instant de plus. Un pécheur peut avoir sur ce sujet quelques idées fausses, sans aucun fondement, qui lui causent de la détresse. Il peut penser qu’il a commis le péché irrémissible, ou qu’il a attristé l’Esprit et l’a chassé, ou qu’il a laissé passer par son péché son jour de grâce. Mais dire à la personne la plus morale et la plus naturellement aimable du monde qu’elle est assez bonne, ou qu’elle n’est pas aussi mauvaise qu’elle le pense, ce n’est pas lui donner une consolation raisonnable, c’est la tromper et perdre son âme. Que ceux qui le font prennent garde.

2. D’autres disent aux pécheurs réveillés que « la conversion est une œuvre progressive », et apaisent ainsi leur inquiétude. Quand un homme est dans la détresse parce qu’il se voit si pécheur, et qu’il voit que, s’il ne se tourne pas vers Dieu, il sera damné, c’est un grand soulagement pour lui qu’un ami lui présente l’idée qu’il peut s’améliorer par degrés, et qu’il est maintenant en train d’avancer, petit à petit. On lui dit : « Voyons, vous ne pouvez pas vous attendre à arriver tout d’un coup ; je ne crois pas à ces conversions soudaines ; il faut attendre et laisser la chose agir ; vous avez bien commencé, et peu à peu vous trouverez la consolation. » Tout cela est faux comme l’abîme sans fond. La vérité est que la régénération, ou la conversion, n’est pas une œuvre progressive. Qu’est-ce que la régénération ? Qu’est-elle, sinon le commencement de l’obéissance à Dieu ? Et le commencement d’une chose est-il progressif ? C’est le premier acte d’obéissance véritable à Dieu — la première action volontaire de l’esprit qui soit approuvée de Dieu, ou qui puisse être considérée comme une obéissance à Dieu. Voilà ce qu’est la conversion. Quand on parle de la conversion comme d’une œuvre progressive, c’est une absurdité. On montre par là qu’on en sait tout juste autant sur la régénération ou la conversion que Nicodème. On n’y connaît rien, comme on devrait la connaître, et l’on n’est pas plus apte à diriger une réunion pour les âmes inquiètes, ni à conseiller ou à instruire des pécheurs inquiets, que ne l’était Nicodème.

3. Une autre manière dont on trompe les pécheurs inquiets par une fausse consolation consiste à leur conseiller d’écarter le sujet pour le moment.

Des hommes réputés sages et bons ont prétendu être tellement plus sages que Dieu que, lorsque Dieu agit sur un pécheur par son Esprit et s’efforce de l’amener à une décision immédiate, ils pensent que Dieu le presse trop durement, et qu’il est nécessaire pour eux d’intervenir ; et ils conseilleront à la personne de faire une promenade en voiture, d’aller dans le monde, de s’occuper de ses affaires, ou de faire quelque chose qui soulage un peu son esprit, au moins pour le moment. Ils pourraient tout aussi bien dire à Dieu, en termes clairs : « Ô Dieu, tu es trop dur, tu vas trop vite, tu vas le rendre fou ou le faire mourir ; il ne peut pas le supporter ; pauvre créature, si on le presse ainsi, il va mourir. » C’est exactement ainsi qu’ils prennent parti contre Dieu ; c’est comme s’ils disaient au pécheur lui-même : « Dieu va vous rendre fou si vous n’écartez pas ce sujet, si vous ne résistez pas à l’Esprit et ne le chassez pas de votre esprit. »

Un tel conseil, si c’est vraiment la conviction de péché qui met le pécheur dans la détresse, n’est en aucun cas ni sûr ni permis. Les efforts de l’Esprit pour ramener un pécheur à lui-même ne lui feront jamais de mal et ne le rendront jamais fou. Il peut se faire perdre la raison en résistant, mais c’est un blasphème de penser que l’Esprit de Dieu, béni, sage et bienveillant, agirait jamais avec si peu de soin qu’il dérangerait l’esprit et détruirait l’âme qu’il est venu sanctifier et sauver. La conduite à tenir avec un pécheur, quand les efforts de l’Esprit le jettent dans la détresse, c’est de l’instruire, d’éclaircir ses vues, de corriger ses erreurs, et de lui rendre le chemin du salut si clair qu’il puisse le voir juste devant lui. Non pas d’écarter le sujet, mais d’entrer dans les vues de l’Esprit, et d’apaiser ainsi toutes ces affreuses angoisses que produit la résistance au Saint-Esprit. SOUVENEZ-VOUS que, si un pécheur réveillé écarte volontairement le sujet une seule fois, il est probable qu’il ne le reprendra jamais.

4. Quelquefois, on console un pécheur réveillé en lui disant que la religion ne consiste pas à se sentir mal. J’ai entendu parler un jour d’un docteur en théologie qui donna ce conseil à un pécheur inquiet, au moment même où celui-ci se tordait sous les flèches du Tout-Puissant. Il lui dit : « La religion est joyeuse, la religion n’est pas sombre ; ne soyez pas dans la détresse, consolez-vous, chassez vos craintes, vous ne devriez pas vous sentir si mal », et autres misérables consolations de ce genre, alors qu’en fait cet homme avait une raison infinie d’être dans la détresse, car il résistait au Saint-Esprit et courait le danger de l’attrister et de le chasser pour toujours.

Il est vrai que la religion ne consiste pas à se sentir mal. Mais le pécheur a raison d’être dans la détresse, parce qu’il n’a pas de religion. S’il avait de la religion, il ne se sentirait pas ainsi. S’il était chrétien, il se réjouirait. Mais dire à un pécheur impénitent d’être joyeux ! Autant prêcher cette doctrine en enfer, et dire à ceux qui y sont : « Courage, ici, courage, ne vous sentez pas si mal. »

Le pécheur est au bord même de l’enfer, il est en rébellion contre Dieu, et son danger est infiniment plus grand qu’il ne l’imagine. Oh ! quelle doctrine de démons ! dire à un rebelle contre le ciel de ne pas être dans la détresse ! Qu’est-ce que toute sa détresse, sinon la rébellion elle-même ? Il n’est pas consolé, parce qu’il refuse d’être consolé. Dieu est prêt à le consoler. Ne pensez pas être plus compatissant que Dieu. Il le remplira de consolation en un instant, s’il veut se soumettre. Mais le voilà, luttant contre Dieu, contre le Saint-Esprit et contre sa conscience, jusqu’à être dans une détresse presque mortelle, et il ne veut toujours pas céder ; et voici que quelqu’un arrive : « Oh ! cela me fait de la peine de vous voir si mal ; ne soyez pas dans une telle détresse ; courage, courage ; la religion, ça ne consiste pas à être sombre ; consolez-vous. » Horrible !

5. Tout ce qui enveloppe de mystère le sujet de la religion est propre à donner au pécheur une fausse consolation.

Quand un pécheur est inquiet au sujet de la religion, très souvent, si vous l’enveloppez de mystère, il se sentira soulagé. La détresse du pécheur vient de la pression de l’obligation présente. Éclairez-le sur ce point, rendez-le clair, et, s’il ne veut pas céder, cela ne fera qu’accroître sa détresse. Mais dites-lui que la régénération est entièrement un mystère, une chose qu’il ne peut comprendre ; laissez-le dans un brouillard de ténèbres, et vous soulagez son inquiétude. C’est sa vue claire de la nature et du devoir de la repentance qui produit sa détresse. C’est la lumière qui porte l’angoisse dans son esprit, tant qu’il refuse d’obéir. C’est elle qui fera les tourments de l’enfer. Et elle fera presque un enfer dans le cœur du pécheur ici-bas, pour peu qu’on la rende assez claire. Mais couvrez seulement cette lumière, et son inquiétude deviendra aussitôt beaucoup moins aiguë et moins poignante. Si, au contraire, vous élevez une lumière sûre et claire, si vous la faites resplendir largement sur son âme, et s’il ne veut pas céder, vous allumez dans son sein les tortures de l’enfer.

6. Tout ce qui délivre le pécheur du sentiment de sa culpabilité est propre à lui donner une fausse consolation.

Plus un homme se sent coupable, plus sa détresse est profonde. Tout ce qui diminue le sentiment de sa culpabilité diminue naturellement sa détresse, mais c’est une consolation pleine de mort. Si quelque chose peut l’aider à partager la faute et à en rejeter une partie sur Dieu, cela lui apportera de la consolation, mais c’est un soulagement qui perdra son âme.

7. Lui parler de son incapacité est une fausse consolation. Dites à un pécheur inquiet : « Que pouvez-vous faire ? vous êtes une pauvre et faible créature, vous ne pouvez rien faire. » Vous lui ferez éprouver une sorte d’abattement. Mais ce n’est pas cette angoisse aiguë du remords par laquelle Dieu étreint l’âme lorsqu’il travaille à abattre le pécheur et à l’amener à la repentance.

Si vous lui dites qu’il est incapable d’obéir à l’Évangile, il s’y range tout naturellement comme à un soulagement. Il se dit : « Oui, je suis incapable ; je suis une pauvre et faible créature, je ne puis faire cela, et certainement Dieu ne peut m’envoyer en enfer pour ne pas avoir fait ce que je ne puis faire. » Eh bien, si je croyais que le pécheur fût incapable, je lui dirais franchement : « N’ayez pas peur, vous n’êtes pas coupable de ne pas répondre à l’appel de l’Évangile, car vous en êtes incapable, et Dieu ne vous enverra jamais en enfer pour n’avoir pas fait ce que vous n’avez pas la force de faire. “Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice?” » Je sais qu’il n’est pas ordinaire que ceux qui parlent de l’incapacité du pécheur soient aussi conséquents et poussent leur théorie jusqu’au bout. Mais le pécheur en tire toutes ces conclusions, et il se sent donc soulagé. Tout cela est faux, et toute la consolation qu’on en tire ne fait que lui amasser un trésor de colère pour le jour de la colère.

8. Tout ce qui fait naître dans l’esprit d’un pécheur l’impression qu’il doit être passif en religion est propre à lui donner une fausse consolation.

Donnez-lui l’idée qu’il n’a rien d’autre à faire qu’attendre le temps de Dieu ; dites-lui que la conversion est l’œuvre de Dieu, qu’il doit la lui laisser, et qu’il doit bien prendre garde de ne pas essayer de retirer l’œuvre des mains de Dieu ; il en conclura, comme tout à l’heure, qu’il n’est pas coupable, et il se sentira soulagé. S’il n’a qu’à se tenir tranquille et à laisser Dieu faire l’œuvre, comme un homme se tient tranquille pendant qu’on lui ampute le bras, il se sent soulagé. Mais un tel enseignement est entièrement faux. Si le pécheur doit ainsi se tenir tranquille et laisser Dieu agir, il en conclut aussitôt qu’il n’est pas coupable de ne pas le faire lui-même. Et cette conclusion n’est pas seulement naturelle, mais légitime, car il n’est pas coupable,

Il est vrai qu’il y a un sens dans lequel la conversion est l’œuvre de Dieu. Mais, telle qu’on la présente souvent, c’est faux. Il est vrai aussi qu’il y a un sens dans lequel la conversion est l’acte propre du pécheur. Il est donc ridicule de dire qu’un pécheur est passif dans la régénération, ou passif dans sa conversion, car la conversion est son propre acte. La chose à faire est une chose qui ne peut être faite à sa place. C’est une chose qu’il doit faire, faute de quoi elle ne sera jamais faite.

9. Dire à un pécheur d’attendre le temps de Dieu.

Il y a quelques années, je rencontrai à Philadelphie une femme qui était inquiète au sujet de son âme, et qui était depuis longtemps dans cet état. Je m’entretins avec elle et m’efforçai de connaître son état. Elle me dit bien des choses, et finit par me dire qu’elle savait qu’elle devait consentir à attendre Dieu aussi longtemps qu’il l’avait attendue. Elle me dit que Dieu l’avait attendue pendant un grand nombre d’années avant qu’elle voulût prêter quelque attention à ses appels, et qu’elle croyait maintenant que son devoir était d’attendre le temps où il plairait à Dieu de lui faire miséricorde et de convertir son âme. Et elle me dit que c’était là l’enseignement qu’elle avait reçu. Elle devait être patiente et attendre le temps de Dieu, et peu à peu il lui donnerait du soulagement. Oh ! quelle étonnante folie !

Voici le pécheur en rébellion. Dieu vient, le pardon dans une main et une épée dans l’autre, et dit au pécheur de se repentir et de recevoir le pardon, ou de refuser et de périr. Et voici maintenant un ministre de l’Évangile qui vient dire au pécheur d’« attendre le temps de Dieu ». En réalité, il dit que Dieu n’est pas prêt à le voir se repentir maintenant, qu’il n’est pas prêt à lui pardonner maintenant, et ainsi, en fait, il rejette sur Dieu la faute de son impénitence. Au lieu de montrer la culpabilité du pécheur, qui ne se soumet pas sur-le-champ à Dieu, il montre l’insincérité de Dieu, qui fait une offre alors qu’en fait il n’était pas prêt à accorder la bénédiction.

J’ai souvent pensé que de tels docteurs auraient eu besoin de la réprimande qu’Élie adressa aux prêtres de Baal, quand il les rencontra : « Criez à haute voix, puisqu’il est dieu; il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage; peut-être qu’il dort, et il se réveillera. » Le pasteur qui ose insinuer que Dieu n’est pas prêt, et qui dit au pécheur d’attendre le temps de Dieu, pourrait presque aussi bien lui dire que Dieu, en ce moment, est endormi, ou parti en voyage, et ne peut s’occuper de lui pour l’instant. Misérables consolateurs, en vérité ! Ce n’est guère moins qu’un blasphème outrageant contre Dieu. Combien sont allés au jugement, tout rouges du sang des âmes qu’ils avaient trompées et perdues en leur disant que Dieu n’était pas prêt à les sauver, et qu’ils devaient attendre le temps de Dieu ! Sans aucun doute, une telle doctrine est extrêmement propre à procurer un soulagement momentané à un pécheur inquiet. Elle l’autorise à dire : « Oh ! oui, Dieu n’est pas prêt, je dois attendre le temps de Dieu ; je peux donc vivre dans le péché et en profiter encore quelque temps, jusqu’à ce qu’il soit prêt à s’occuper de moi, et alors j’obtiendrai la religion. »

10. C’est une fausse consolation que de dire à un pécheur inquiet de faire, pour trouver du soulagement, quoi que ce soit qu’il puisse faire sans soumettre son cœur à Dieu.

Un pécheur inquiet est souvent disposé à faire n’importe quoi d’autre, sauf la chose même que Dieu exige de lui. Il est prêt à aller jusqu’aux extrémités de la terre, à donner son argent, à endurer des souffrances, à n’importe quoi, sauf à une soumission entière et instantanée à Dieu. Or, si vous transigez avec lui, et lui indiquez quelque autre chose qu’il puisse faire tout en éludant ce point-là, il sera grandement consolé. Cet enseignement lui plaît. Il dit : « Oh ! oui, je ferai cela ; j’aime ce pasteur, il n’est pas aussi sévère que les autres, il semble comprendre mon cas particulier, et il sait faire la part des choses. »

Cela me rappelle souvent la conduite d’un malade très gravement atteint, qui éprouve une grande aversion pour un certain médecin et pour un remède particulier ; or c’est précisément ce médecin qui, seul, sait traiter sa maladie, et ce remède qui, seul, peut la guérir. Le malade est disposé à faire n’importe quoi d’autre, à appeler n’importe quel autre médecin ; il est inquiet et dans la détresse, il demande à tous ses amis s’ils ne peuvent lui dire ce qu’il doit faire, et il prendra toutes les drogues et tous les remèdes de charlatan du pays avant de se soumettre à la seule méthode qui puisse lui apporter du soulagement. Peu à peu, après avoir tout essayé sans aucun profit, s’il ne meurt pas dans l’expérience, il renonce à son opposition déraisonnable, fait appeler le médecin, prend le remède qui convient, et il est guéri. Il en est exactement ainsi des pécheurs. Ils feront avidement n’importe quoi, si vous voulez bien les décharger de cette intolérable pression de l’obligation présente de se soumettre à Dieu. Je vais mentionner quelques-unes des choses que l’on dit aux pécheurs de faire.

(1.) Dire à un pécheur qu’il doit user des moyens. Dites à un pécheur inquiet : « Il faut user des moyens », et le voilà soulagé. « Oh ! oui, je ferai cela, si ce n’est que cela. Je croyais que Dieu exigeait de moi que je me repente et que je me soumette à lui maintenant. Mais si user des moyens suffit, je le ferai de tout mon cœur. » Il était dans la détresse auparavant, parce qu’il était acculé et ne savait de quel côté se tourner. Sa conscience l’avait cerné comme un mur de feu, et le pressait de se repentir maintenant. Mais ceci le soulage aussitôt ; il se sent mieux, et il est très reconnaissant, dit-il, d’avoir trouvé un si bon conseiller dans sa détresse. Mais il peut user des moyens, comme il dit, jusqu’au jour du jugement sans s’en trouver le moins du monde meilleur ; il ne fera que hâter sa marche vers la mort. Qu’est-ce que l’usage des moyens par le pécheur, sinon une rébellion contre Dieu ? Dieu use de moyens. L’Église use de moyens pour convertir et sauver les pécheurs, pour peser sur eux et les amener à se soumettre. Mais qu’a donc à faire le pécheur avec l’usage des moyens ? Allez-vous le mettre à user de moyens contre Dieu en retour, et établir ainsi une sorte de compensation dans l’affaire ? Ou doit-il user de moyens pour s’obliger lui-même à se soumettre à Dieu ? Comment s’y prendra-t-il, avec ses moyens, pour s’obliger à se soumettre ? C’est tout simplement dire au pécheur : « Vous n’avez pas besoin de vous soumettre à Dieu maintenant ; usez seulement des moyens quelque temps, et voyez si vous ne pouvez pas attendrir le cœur de Dieu envers vous, de sorte qu’il cède sur ce point de la soumission sans condition. » Ce n’est qu’une chicane pour éluder le devoir de la soumission immédiate à Dieu. Il est vrai que les pécheurs, poussés par le souci de leur propre bonheur, prêtent souvent attention au sujet de la religion, assistent aux réunions, prient, lisent, et font beaucoup de choses semblables. Mais dans tout cela ils n’ont aucun égard à l’honneur de Dieu, et n’ont pas même l’intention de lui obéir. Leur dessein n’est pas l’obéissance, car, s’il l’était, ils ne seraient pas des pécheurs impénitents. Ils n’usent donc pas des moyens pour devenir chrétiens, mais pour obtenir le pardon et une espérance. Il est absurde de dire qu’un pécheur impénitent use des moyens pour se repentir, car cela revient à dire qu’il est disposé à se repentir, ou, en d’autres termes, qu’il se repent, et qu’il n’est pas un pécheur impénitent. De même, dire qu’un pécheur inconverti use des moyens dans le dessein de devenir chrétien est une contradiction, car c’est dire qu’il est disposé à être chrétien, ce qui revient à dire qu’il est déjà chrétien.

(2.) Dire au pécheur de prier pour obtenir un cœur nouveau. J’entendis un jour un célèbre moniteur d’école du dimanche le faire. Il était presque le père des écoles du dimanche dans ce pays. Il appela près de lui une petite fille et se mit à lui parler. « Ma petite fille, es-tu chrétienne ? » Non, monsieur. « Eh bien, tu ne peux pas devenir chrétienne toi-même, n’est-ce pas ? » Non, monsieur. « Non, tu ne peux pas devenir chrétienne, tu ne peux pas changer ton cœur toi-même, mais tu dois prier pour avoir un cœur nouveau ; c’est tout ce que tu peux faire ; prie Dieu, et Dieu te donnera un cœur nouveau. » C’était un homme âgé et vénérable, mais je me sentis presque disposé à le reprendre publiquement au nom du Seigneur ; je ne pouvais supporter de l’entendre tromper cette enfant en lui disant qu’elle ne pouvait pas devenir chrétienne. Dieu dit-il : « Priez pour avoir un cœur nouveau » ? Jamais. Il dit : « Faites-vous un cœur nouveau. » Et il ne faut pas dire au pécheur de prier Dieu de faire son devoir à sa place, mais d’aller le faire lui-même. Je sais que le psalmiste, un homme de bien, a prié : « Crée en moi un cœur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé. » Il avait la foi, et il priait avec foi. Mais c’est une tout autre chose que de mettre un rebelle obstiné à prier pour avoir un cœur nouveau. Nul doute qu’un pécheur inquiet sera enchanté d’un tel enseignement. « Eh bien, je savais que j’avais besoin d’un cœur nouveau, et que je devais me repentir, mais je pensais que je devais le faire moi-même ; je veux bien demander à Dieu de le faire ; il me répugnait de le faire moi-même, mais je n’ai aucune objection à ce que Dieu le fasse, s’il le veut, et je prierai pour cela, si c’est tout ce qu’on exige. »

(3.) Dire au pécheur de persévérer. Et supposons qu’il persévère. Il est aussi certain d’être damné que s’il avait été en enfer depuis la fondation du monde. Son inquiétude ne vient que de sa résistance, et, s’il voulait se soumettre, elle cesserait. Et maintenant, allez-vous lui dire de persévérer dans la chose même qui cause sa détresse ? Supposons que mon enfant, dans un accès de colère, jette par terre un livre ou quelque autre objet. Je lui dis : « Ramasse-le », et, au lieu de prendre garde à ce que je dis, il se sauve et va jouer. « Ramasse-le ! » Il voit que je parle sérieusement, et il commence à prendre un air sérieux. « Ramasse-le, ou je vais chercher une verge. » Et je lève le bras pour prendre la verge. Il reste immobile. « Ramasse-le, ou il faudra que tu sois fouetté. » Il s’avance lentement jusqu’à l’endroit, puis il se met à pleurer. « Ramasse-le, mon enfant, ou tu seras certainement puni. » Le voilà maintenant dans la détresse ; il sanglote et soupire comme si sa poitrine allait éclater, mais il reste toujours aussi obstiné que s’il savait que je ne puis le punir. Je commence alors à le presser par des motifs de se soumettre et d’obéir, mais il reste là, dans l’angoisse, et finit par éclater : « Oh ! père, je me sens si mal, je crois que je deviens meilleur. » Et maintenant, supposons qu’un voisin entre, et voie l’enfant debout là, dans toute cette angoisse de l’obstination. Le voisin lui demande pourquoi il reste là et ce qu’il fait. « Oh ! j’use des moyens pour ramasser ce livre. » Si ce voisin disait à l’enfant : « Persévère, persévère, mon garçon, tu finiras par y arriver », que devrais-je faire ? Eh bien, je le mettrais à la porte. Que prétend-il, en encourageant mon enfant dans sa rébellion ?

Or Dieu appelle le pécheur à se repentir ; il le menace, il tire l’épée étincelante, il le persuade, il use de motifs, et le pécheur est dans une détresse qui va jusqu’à l’angoisse, car il se voit acculé à cette terrible alternative : renoncer à ses péchés ou aller en enfer. Il devrait sur-le-champ déposer les armes et briser son cœur tout d’un coup. Mais il résiste, il lutte contre la conviction, et c’est là ce qui produit sa détresse. Allez-vous maintenant lui dire de persévérer ? Persévérer en quoi ? À lutter contre Dieu ! C’est exactement l’instruction que le diable lui donnerait. Tout ce que veut le diable, c’est de le voir persévérer exactement dans la voie où il marche, et sa perte est assurée. Satan peut aller dormir.

(4.) Dire au pécheur d’aller de l’avant. C’est-à-dire : « Vous êtes dans une bonne voie ; allez seulement de l’avant, et vous arriverez au ciel. » Cela suppose que son visage est tourné vers le ciel, alors qu’en fait il est tourné vers l’enfer, et qu’il va de l’avant, et jamais plus rapidement que maintenant, tandis qu’il résiste au Saint-Esprit. Bien souvent j’ai entendu donner cette instruction, alors que le pécheur était dans la plus mauvaise voie possible. Ce que vous devriez lui dire, c’est : « ARRÊTE — pécheur, arrête, ne fais pas un pas de plus de ce côté-là, il mène en enfer. » Dieu lui dit de s’arrêter, et, parce qu’il ne veut pas s’arrêter, il est dans la détresse. Pourquoi donc chercheriez-vous à le consoler de cette manière ?

(5.) Dire à un pécheur qu’il doit essayer de se repentir et de donner son cœur à Dieu. « Oh ! oui, dit le pécheur, je veux bien essayer. J’ai souvent essayé de le faire, et j’essaierai encore. » Ah ! Dieu vous dit-il d’essayer de vous repentir ? Le monde entier serait disposé à essayer de se repentir, à sa manière. Donner cette instruction, c’est supposer qu’il est très difficile de se repentir, peut-être même impossible, et que ce qu’un pécheur peut faire de mieux est d’essayer et de voir s’il en est capable ou non. Qu’est-ce là, sinon substituer votre propre commandement à celui de Dieu ? Dieu n’exige rien de moins que la repentance et un cœur saint. Tout ce qui est moins que cela, c’est le consoler en vain : « ce qui reste de vos réponses n’est que perfidie ».

(6.) Lui dire de prier pour obtenir la repentance. « Oh ! oui, je prierai pour obtenir la repentance, si ce n’est que cela. J’étais dans la détresse parce que je pensais que Dieu exigeait de moi que je me repente ; mais, s’il veut le faire, je peux attendre. » Et ainsi il se sent soulagé, et il est tout à fait à son aise.

(7.) Dire à un pécheur de prier pour obtenir la conviction de péché, ou de prier le Saint-Esprit de lui montrer ses péchés, ou de travailler à obtenir plus de lumière sur sa culpabilité, afin d’accroître sa conviction.

C’est justement ce que veut le pécheur, car cela le décharge du poids de l’obligation présente. Il ne demande qu’un peu plus de temps. Tout ce qui peut différer cette pression présente de l’obligation de se repentir immédiatement est pour lui un soulagement. Pourquoi lui faudrait-il plus de conviction ? Dieu donne-t-il jamais une telle instruction à un pécheur impénitent ? Dieu tient pour acquis qu’il a déjà assez de conviction. Et il en a assez, en effet. Direz-vous qu’il ne peut se rendre compte de tous ses péchés ? S’il peut se rendre compte d’un seul d’entre eux, qu’il se repente de celui-là, et il est chrétien. Supposez qu’il puisse les voir tous : quelle raison y a-t-il de penser qu’il se repentirait de tous, plutôt qu’il ne se repent de celui qu’il voit ? Tout cela revient à consoler le pécheur en l’occupant à faire ce qu’il peut faire, tout en refusant de soumettre son cœur à Dieu.

11. Une autre manière de donner une fausse consolation aux pécheurs inquiets consiste à leur dire que Dieu éprouve leur foi en les tenant dans la fournaise, et qu’ils doivent s’attendre patiemment au Seigneur. Comme si la faute était à Dieu, ou comme s’il faisait obstacle à ce que le pécheur devienne chrétien. Ou comme si un pécheur impénitent avait la foi ! Quelle abomination ! Supposez que quelqu’un dise à mon enfant, tandis qu’il se tient près du livre comme je l’ai décrit : « Patiente, mon garçon, ton père éprouve ta foi. » Non. C’est le pécheur qui éprouve la patience et la longanimité de Dieu. Dieu ne s’applique pas à torturer le pécheur pour lui donner une leçon de patience. Mais il l’attend, et il travaille à l’amener sur-le-champ à un état d’esprit tel qu’il puisse, sans se démentir, remplir son âme de la paix du ciel. Et faut-il encourager le pécheur à résister, en lui faisant croire que Dieu se joue de lui ? PRENEZ GARDE. Dieu a dit que son Esprit ne contesterait pas toujours.

12. Une autre fausse consolation consiste à dire au pécheur : Faites votre devoir, et laissez votre conversion à Dieu.

J’entendis un jour un ancien d’une Église dire à un pécheur inquiet : « Faites votre devoir, et laissez votre conversion à Dieu ; il l’accomplira en son temps et à sa manière. » C’était exactement comme lui dire que ce n’était pas son devoir de se convertir maintenant. Il ne dit pas : Faites votre devoir, et remettez votre salut à Dieu. Cela eût été assez juste, car c’eût été simplement lui dire de se soumettre à Dieu, et la conversion s’y serait trouvée comprise comme le premier de tous les devoirs. Mais il lui dit de laisser sa conversion à Dieu. Et cet ancien, qui donnait un tel conseil, était pourtant un homme d’une instruction libérale. Quelle absurdité ! Comme s’il pouvait faire son devoir sans être converti. Comme si Dieu allait convertir un pécheur pendant que celui-ci resterait tranquillement assis, à s’en remettre à l’usage des moyens. Horrible ! Non. Dieu lui a commandé de se faire un cœur nouveau ; et vous, prenez garde de le consoler par une réponse de mensonge.

13. Parfois, ceux qui font profession de religion essaient de consoler un pécheur en lui disant : « Ne vous découragez pas ; j’ai été longtemps dans cet état avant de trouver la consolation. » Ils lui diront : « J’ai été sous la conviction du péché tant de semaines — ou peut-être tant de mois, ou parfois des années —, j’ai passé par tout cela, je sais exactement ce que vous éprouvez, votre expérience est précisément la même que la mienne ; au bout de tant de temps, j’ai trouvé le soulagement, et je ne doute pas que vous ne le trouviez aussi, tôt ou tard. Ne désespérez pas, Dieu vous consolera bientôt. » Dire à un pécheur de prendre courage dans sa rébellion ! Oh ! c’est horrible. De tels professants devraient avoir honte. Supposez que vous ayez été sous la conviction du péché tant de semaines, et qu’ensuite vous ayez trouvé le soulagement : c’est bien la dernière chose que vous devriez dire à un pécheur inquiet. Qu’est-ce là, sinon l’encourager à tenir bon, quand son affaire est de se soumettre ? Vous avez donc tenu bon tant de semaines, pendant que l’Esprit luttait avec vous. Vous n’en méritiez que davantage d’être damné, pour votre obstination et votre stupidité.

Pécheur ! ce n’est nullement un signe que Dieu vous épargnera aussi longtemps, ni que son Esprit demeurera avec vous pour que vous lui résistiez. Et souvenez-vous que, si l’Esprit vous est retiré, vous serez envoyé en enfer.

14. « J’ai la foi que vous serez converti. »

Vous avez la foi ! Sur quoi votre foi repose-t-elle ? Sur la promesse de Dieu ? Sur l’action du Saint-Esprit ? Alors vous contrecarrez votre propre foi. Le dessein même, le but même de l’Esprit de Dieu, c’est d’arracher au pécheur le dernier vestige d’espérance qu’il garde tout en demeurant dans le péché ; d’anéantir chaque rocher et chaque brindille auxquels il pourrait s’accrocher. Et le but de vos instructions devrait être le même. Vous devriez entrer dans le plan de Dieu. Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez jamais faire quelque bien : en le poussant droit à l’œuvre, pour qu’il se soumette sur-le-champ et remette son âme entre les mains de Dieu. Mais quand quelqu’un qu’il croit chrétien lui dit : « J’ai la foi que vous serez converti », cela le soutient dans sa fausse attente. Au lieu de l’arracher à ses fausses espérances et de le jeter sur Christ, vous le renvoyez se suspendre à votre foi, et il trouve sa consolation dans le fait que vous avez la foi pour lui. Tout cela est une fausse consolation, qui produit la mort.

15. « Je prierai pour vous. » Ceux qui font profession de religion essaient parfois de consoler ainsi un pécheur inquiet, en lui disant : « Je prierai pour vous. » C’est une fausse consolation, car elle conduit le pécheur à se confier en ces prières, au lieu de se confier en Christ. Le pécheur se dit : « C’est un homme de bien, et Dieu exauce les prières des hommes de bien ; sans doute ses prières finiront par prévaloir, et je serai converti ; je ne crois pas que je serai perdu. » Et son inquiétude, son angoisse, tout s’en est allé. Une femme disait à un pasteur : « Je n’ai pas d’espérance maintenant, mais j’ai foi en vos prières. » C’est justement la foi que le diable veut qu’ils aient — la foi en des prières au lieu de la foi en Christ.

16. « Je me réjouis de vous voir dans ces dispositions, et j’espère que vous serez fidèle et que vous persévérerez. » Qu’est-ce là, sinon se réjouir de le voir en rébellion contre Dieu ? Car c’est précisément le terrain sur lequel il se tient. Il résiste à la conviction, il résiste à sa conscience, il résiste au Saint-Esprit ; et pourtant vous vous réjouissez de le voir dans ces dispositions, et vous espérez qu’il sera fidèle et qu’il persévérera. Il y a, il est vrai, un sens dans lequel on peut dire que sa situation donne plus d’espoir que lorsqu’il était dans l’insensibilité. Car Dieu l’a convaincu, et il peut réussir à le faire revenir et à le soumettre. Mais ce n’est pas en ce sens que le pécheur lui-même l’entendra. Il supposera que vous le croyez en bonne voie, parce qu’il fait mieux qu’autrefois. Alors qu’en réalité sa culpabilité et son danger sont plus grands qu’ils ne l’ont jamais été. Et au lieu de vous réjouir, vous devriez être affligé et dans l’angoisse de le voir ainsi résister au Saint-Esprit ; car à chaque instant où il le fait, il court le danger d’être abandonné de Dieu et livré à l’endurcissement du cœur et au désespoir.

17. « Vous en aurez votre récompense, tôt ou tard ; Dieu vous récompensera. » Oui, pécheurs, Dieu vous récompensera, si vous continuez dans cette voie : il vous mettra dans les feux de l’enfer. Une récompense pour toute cette détresse ! Oui, si jamais vous en êtes récompensés, ce sera en enfer. J’entendis un jour un pécheur dire : « Je me sens bien mal ; j’ai la ferme espérance d’obtenir ma récompense. » Mais cette même personne dit plus tard : « Nulle part on ne saurait trouver un pécheur aussi noir que moi, et aucun péché de ma vie ne me paraît aussi noir et aussi damnable que cette parole. » Il était accablé de contrition à la pensée d’avoir jamais pu concevoir une telle idée, de croire que Dieu le récompenserait d’avoir souffert tant de détresse, alors qu’il se l’était attirée lui-même, sans nécessité, par sa méchante résistance à la vérité. La vérité est que ce que veulent ces gens-là, c’est consoler le pécheur ; et comme ils sont eux-mêmes entièrement dans les ténèbres au sujet de la religion, ils lui donnent naturellement une fausse consolation.

18. Une autre fausse consolation consiste à dire au pécheur qu’il ne s’est pas assez repenti. La vérité est qu’il ne s’est pas repenti du tout. Dieu console toujours le pécheur dès qu’il se repent. Cette instruction laisse entendre que ses sentiments sont justes, pour autant qu’ils aillent. Laisser entendre qu’il a quelque repentance, c’est lui dire un mensonge et lui ravir son âme par tromperie.

19. On console parfois un pécheur en lui disant : « Si vous êtes élu, vous serez amené au salut. » J’entendis parler un jour d’un cas où une personne en grande détresse d’esprit fut envoyée s’entretenir avec un pasteur du voisinage. Ils s’entretinrent longtemps. Comme la personne s’en allait, le pasteur lui dit : « J’aimerais vous confier un mot pour votre père. » Son père était un homme pieux. Le pasteur écrivit la lettre et oublia de la cacheter. Sur le chemin du retour, le pécheur s’aperçut que la lettre n’était pas cachetée ; il pensa en lui-même que le pasteur avait probablement écrit à son sujet, et sa curiosité finit par le pousser à l’ouvrir et à la lire. Il y trouva écrit ceci, en substance : « Cher monsieur. Je trouve votre fils sous la conviction du péché et dans une grande détresse, et il ne semble pas facile de lui dire quoi que ce soit qui le soulage. Mais s’il est l’un des élus, il sera sûrement amené au salut. » Le pasteur voulait dire quelque chose pour consoler le père. Mais maintenant, remarquez bien. Cette lettre faillit perdre son âme. Il se reposa sur la doctrine de l’élection — « Si je suis élu, je serai amené au salut » — et toute sa conviction s’évanouit. Des années plus tard, il fut réveillé et converti, mais seulement après une grande lutte, et pas avant que cette fausse impression eût été effacée de son esprit et qu’on lui eût fait voir qu’il n’avait absolument rien à faire avec la doctrine de l’élection, mais que, s’il ne se repentait pas, il serait damné.

20. Il est très ordinaire que certaines personnes disent à un pécheur réveillé : « Vous êtes en très bonne voie ; je suis heureux de vous voir ainsi, et je suis plein d’espoir à votre sujet. » On dirait parfois que l’Église est liguée avec le diable pour aider les pécheurs à résister au Saint-Esprit. Ce que le Saint-Esprit veut faire sentir au pécheur, c’est que toutes ses voies sont mauvaises et qu’elles mènent en enfer. Et tout le monde conspire à produire l’impression contraire. L’Esprit cherche à le décourager, et eux cherchent à l’encourager ; l’Esprit à l’affliger en lui montrant qu’il est entièrement dans le faux, et eux à le consoler en lui disant qu’il fait bien. En est-on venu là, que la pire entrave à la vérité et le plus grand obstacle à l’Esprit doivent venir de l’Église ? Pécheur ! Ne croyez rien de tel. Vous n’êtes pas en bonne voie. Vous ne faites pas bien, mais mal ; aussi mal que vous le pouvez, tant que vous résistez au Saint-Esprit.

21. Une autre manière très funeste de donner une fausse consolation aux pécheurs consiste à leur appliquer certaines promesses de l’Écriture qui n’étaient destinées qu’aux saints. C’est l’une des grandes ruses du diable. Les universalistes la pratiquent beaucoup. Mais les chrétiens le font souvent aussi. Par exemple :

(1.) « Heureux les affligés, car ils seront consolés! » Combien de fois ce passage a-t-il été appliqué à des pécheurs inquiets qui étaient dans la détresse parce qu’ils ne voulaient pas se soumettre à Dieu : heureux êtes-vous, vous qui êtes affligés. Vraiment ! Cela est vrai quand ils sont affligés d’une tristesse selon Dieu. Mais de quoi ce pécheur-là est-il affligé ? Il est affligé de ce que la loi de Dieu est sainte, et de ce que ses conditions de salut sont si fermement établies qu’il ne peut les rabaisser au niveau de ses dispositions. Dites à un tel rebelle : Heureux les affligés ! Vous pourriez tout aussi bien l’appliquer à ceux qui sont en enfer. Là aussi, on est dans l’affliction. Le pécheur est affligé parce qu’il n’y a pas d’autre voie de salut, parce que Dieu est si saint qu’il exige de lui l’abandon de tous ses péchés, et parce qu’il sent que le temps est venu où il lui faut ou bien y renoncer, ou bien être damné. Lui dirons-nous qu’il sera consolé ? Allez donc dire au diable : « Pauvre diable, tu es affligé maintenant, mais la Bible dit que tu es heureux si tu es affligé, et que tu seras consolé tôt ou tard. »

(2.) « Celui qui cherche trouve. » On dit cela aux pécheurs de manière à laisser entendre que le pécheur inquiet cherche la religion. Cette promesse a été faite en vue des chrétiens, qui demandent avec foi et qui cherchent à faire la volonté de Dieu ; elle ne s’applique pas à ceux qui cherchent une espérance ou une consolation, mais à une recherche sainte. L’appliquer à un pécheur impénitent, c’est seulement le tromper, car sa recherche n’est pas de cette nature. Lui dire : « Vous cherchez, n’est-ce pas ? Eh bien, cherchez, et vous trouverez », c’est entretenir une illusion fatale. Tant qu’il demeure impénitent, il n’a pas un seul désir que le diable ne puisse avoir tout en restant diable.

S’il avait le désir de faire son devoir, s’il cherchait à faire la volonté de Dieu et à renoncer à ses péchés, il serait chrétien. Mais consoler un pécheur impénitent par une telle promesse, autant vaudrait consoler Satan.

(3.) « Ne vous lassez pas de faire le bien ; car vous moissonnerez au temps convenable, si vous ne vous relâchez pas. » Appliquer cela à un pécheur pour le consoler est absurde. Comme s’il faisait quelque chose pour plaire à Dieu. Il n’a jamais bien fait, et il n’a jamais fait plus mal que maintenant. Supposez que mon voisin, entré pendant que je m’efforçais de soumettre mon enfant, dise à l’enfant : « Tu moissonneras au temps convenable, si tu ne te relâches pas » — que devrais-je dire ? « Moissonner, oui, tu moissonneras ; si tu ne renonces pas à ton obstination, tu moissonneras vraiment, car je prendrai la verge. » De même, le pécheur qui se débat moissonnera la damnation de l’enfer, s’il ne renonce pas à ses péchés.

22. Certains de ceux qui font profession de religion, lorsqu’ils entreprennent de s’entretenir avec des pécheurs réveillés, aiment beaucoup dire : « Je vais vous raconter mon expérience. » C’est un piège dangereux, qui donne souvent au diable une prise pour mener le pécheur en enfer, en le poussant à copier votre expérience. Si vous la lui racontez, et qu’il la tienne pour une expérience chrétienne, il s’efforcera presque infailliblement de l’imiter ; et au lieu de suivre l’Évangile, ou la conduite de l’Esprit dans sa propre âme, il suit votre exemple. Cela est absurde autant que dangereux. Il n’aura jamais exactement les mêmes sentiments que vous. Jamais deux personnes n’ont été travaillées exactement de la même manière. Les expériences des hommes diffèrent autant que leurs visages. Une telle conduite risque fort de l’égarer. Le but n’est souvent rien d’autre que de l’encourager, au point précis où il ne devrait pas être encouragé, avant qu’il se soit soumis à Dieu. Et cela est de nature à entraver l’œuvre de Dieu dans son âme.

23. Combien de fois ne dit-on pas à un pécheur réveillé que Dieu a commencé en lui une bonne œuvre et qu’il la poursuivra. J’ai connu des parents qui parlaient ainsi à leurs enfants et qui, dès qu’ils les voyaient réveillés, abandonnaient toute leur inquiétude passée à leur sujet et s’installaient dans leur tranquillité, pensant que, puisque Dieu avait maintenant commencé une bonne œuvre dans leurs enfants, il la poursuivrait. Il serait tout aussi raisonnable qu’un fermier parlât ainsi de son grain et dît, dès qu’il sort de terre : « Eh bien, Dieu a commencé une bonne œuvre dans mon champ, et il la poursuivra. » Que penserait-on d’un fermier qui négligerait de dresser sa clôture parce que Dieu a commencé l’œuvre de lui donner une récolte de grain ? Si vous parlez ainsi à un pécheur, et qu’il vous croie, ce sera certainement sa perte, car cela l’empêchera de faire ce qui est absolument indispensable à son salut. Si, dès que le pécheur est réveillé, on lui enseigne que Dieu a maintenant commencé une bonne œuvre qui n’a besoin que d’être poursuivie, et que Dieu la poursuivra sûrement, il voit qu’il n’a plus aucune raison d’être inquiet, puisqu’en fait il n’a plus rien à faire. Et ainsi il sera délivré de cette intolérable pression de l’obligation présente de se repentir et de se soumettre à Dieu. Et s’il est délivré du sentiment de l’obligation de le faire, il ne le fera jamais.

24. Certains diront au pécheur : « Eh bien, vous avez rompu avec vos péchés, n’est-ce pas ? » « Oh oui », répond le pécheur. Alors que tout cela est faux : il n’a jamais abandonné ses péchés un seul instant ; il n’a fait qu’échanger une forme de péché contre une autre, que prendre une nouvelle attitude de résistance. Et lui dire qu’il a rompu avec eux, c’est lui donner une fausse consolation.

25. On donne parfois cette instruction dans le but de soulager l’angoisse d’un pécheur inquiet : « Faites ce que vous pouvez, et Dieu fera le reste », ou : « Faites ce que vous pouvez, et Dieu vous aidera. » C’est la même chose que de dire à un pécheur : « Vous ne pouvez pas faire ce que Dieu exige de vous ; mais si vous faites ce que vous pouvez, Dieu vous aidera pour le reste. » Or les pécheurs se mettent souvent dans l’idée qu’ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient, alors qu’en réalité ils n’ont rien fait du tout, sinon résister à Dieu de toutes leurs forces. Je les ai souvent entendus dire : « J’ai fait tout ce que je pouvais, et je ne trouve aucun soulagement ; que puis-je faire de plus ? » Vous voyez maintenant combien il doit être consolant pour un tel homme qu’un professant entre et lui dise : « Si vous faites ce que vous pouvez, Dieu vous aidera. » Cela soulage d’un coup toute sa vive détresse. Il peut être mal à l’aise et malheureux, mais son angoisse a disparu.

26. On lui dit encore : « Vous devriez être reconnaissant de ce que vous avez, et espérer davantage. » Si le pécheur est convaincu de péché, on lui dit qu’il devrait être reconnaissant de sa conviction et espérer la conversion. S’il éprouve quelque sentiment, il devrait être reconnaissant du sentiment qu’il a, comme si ce sentiment était un sentiment religieux, alors qu’il n’a pas plus de religion que Satan. Il a certes lieu d’être reconnaissant : reconnaissant d’être hors de l’enfer, et reconnaissant que Dieu l’attende encore. Mais il est ridicule de lui dire qu’il devrait être reconnaissant de l’état de son esprit, alors qu’il ne cesse de résister à son Créateur de toutes ses forces.

ERREURS DANS LA PRIÈRE POUR LES PÉCHEURS.

Je mentionnerai ici quelques erreurs que l’on commet en priant pour les pécheurs en leur présence, erreurs qui produisent sur leur esprit une impression fâcheuse, à la suite de laquelle ils trouvent souvent une fausse consolation dans leur détresse.

1. On prie parfois pour les pécheurs comme s’ils méritaient D’ÊTRE PLAINTS plutôt que BLÂMÉS. On prie pour eux comme pour des AFFLIGÉS. « Seigneur, secours ces affligés pensifs », comme s’ils étaient simplement dans le deuil, comme quelqu’un qui a perdu un ami ou qui a subi quelque autre malheur, et qu’ils n’y pouvaient rien, qu’ils en étaient bien fâchés, mais que la mort était venue ; de sorte qu’ils seraient grandement à plaindre, assis là, tristes, pensifs et soupirants. La Bible ne parle jamais ainsi. Elle a pitié des pécheurs, mais elle a pitié d’eux comme de rebelles forcenés et coupables, coupables et méritant d’aller en enfer, non comme de pauvres affligés pensifs qui n’y peuvent rien, qui voudraient être soulagés, mais qui ne peuvent rien faire, sinon rester assis à se lamenter.

2. Prier pour eux comme pour de pauvres pécheurs. La Bible emploie-t-elle jamais un tel langage ? La Bible ne parle jamais d’eux comme de « pauvres pécheurs », comme s’ils méritaient d’être plaints plutôt que blâmés. Christ a pitié des pécheurs dans son cœur. Et Dieu aussi a pitié d’eux. Il sent dans son cœur tous les élans de la compassion envers eux, quand il les voit avancer, obstinés et volontaires, dans l’assouvissement de leurs propres convoitises, au péril de sa colère éternelle. Mais il ne laisse jamais échapper une parole qui donne à penser que le pécheur n’est qu’une « pauvre créature » à plaindre, comme s’il n’y pouvait rien. L’idée qu’il est pauvre plutôt que méchant, infortuné plutôt que coupable, soulage grandement le pécheur. J’ai vu le pécheur se tordre d’angoisse sous la vérité, dans une réunion, jusqu’à ce que quelqu’un se mît à prier pour lui comme pour une pauvre créature. Et alors il fondait en larmes, pleurait abondamment, et pensait que cette prière lui avait fait grand bien. « Oh ! quelle bonne prière ! » Si vous allez maintenant vous entretenir avec ce pécheur, vous trouverez qu’il s’apitoie sur lui-même comme sur une pauvre créature infortunée, pleurant peut-être sur sa malheureuse condition, mais ses CONVICTIONS DE PÉCHÉ, ses profondes impressions d’une EFFROYABLE CULPABILITÉ, se sont toutes évanouies.

3. Prier Dieu d’aider le pécheur à se repentir. « Ô Seigneur, rends capable ce pauvre pécheur de se repentir maintenant. » Cela donne à penser au pécheur qu’il s’efforce maintenant de toutes ses forces de se repentir, qu’il ne le peut pas, et que c’est pourquoi les chrétiens invoquent Dieu pour qu’il l’aide et l’en rende capable. La plupart de ceux qui font profession de religion prient pour les pécheurs, non pas que Dieu les rende DISPOSÉS à se repentir, mais qu’il les en rende CAPABLES, qu’il leur en donne le pouvoir. Il n’est pas étonnant que leurs prières ne soient pas exaucées. Elles déchargent le pécheur du sentiment de sa responsabilité, et cela soulage sa détresse. Mais c’est une insulte à Dieu, comme si Dieu avait commandé à un pécheur de faire ce qu’il ne pouvait pas faire.

4. On prie parfois ainsi : « Seigneur, ces pécheurs te cherchent avec angoisse. » Ce langage fait allusion à ce qui arriva lorsque Jésus était un petit garçon et qu’il alla dans le temple pour s’entretenir avec les rabbins et les docteurs. Ses parents, vous vous en souvenez, firent une journée de chemin vers leur demeure avant de s’apercevoir de son absence ; alors ils revinrent sur leurs pas et, après avoir cherché de tous côtés, ils trouvèrent le petit Jésus debout dans le temple, discutant avec les savants, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. » Et ainsi cette prière représente les pécheurs comme cherchant Jésus, tandis qu’il se cache d’eux ; ils regardent de tous côtés, ils fouillent, ils s’efforcent de le trouver, ils se demandent où est Jésus, et ils disent : « Seigneur, nous avons cherché Jésus ces trois jours avec angoisse. » C’est un MENSONGE. Jamais aucun pécheur n’a cherché Jésus de tout son cœur pendant trois jours, ni pendant trois minutes, sans le trouver. Jésus est là, qui se tient à sa porte et frappe ; il est là, juste devant lui, qui plaide avec lui et qui le confond en face de toutes ses fausses prétentions. Le chercher ! Le pécheur peut gémir et crier : « Oh ! combien je suis dans l’angoisse, et combien je cherche Jésus ! » Il n’en est rien ; c’est Jésus qui vous cherche. Et pourtant, combien de consciences oppressées sont soulagées et consolées en entendant une de ces prières.

5. « Seigneur, aie pitié de ces pécheurs qui cherchent à connaître ton amour. » C’est là une expression favorite de beaucoup, comme si les pécheurs cherchaient à connaître l’amour de Christ et ne le pouvaient pas. Il n’en est rien. Ils ne cherchent pas l’amour de Christ, ils cherchent à aller au ciel sans Jésus-Christ. Comme s’ils le cherchaient, et que lui eût le cœur si dur qu’il ne voulût pas le leur accorder.

6. « Seigneur, aie pitié de ces âmes pénitentes ; » — on appelle ainsi des pécheurs inquiets des âmes pénitentes. S’ils sont pénitents, ils sont chrétiens. Faire croire à un pécheur inconverti qu’il est pénitent, c’est lui faire croire un mensonge. Mais cela console beaucoup le pécheur, et il aime à reprendre ces paroles et à les redire dans sa prière : « Ô Seigneur, je suis une pauvre âme pénitente, je suis très pénitent, je suis si affligé ; Seigneur, aie pitié d’un pauvre pénitent. » Funeste illusion !

7. On prie parfois pour les pécheurs inquiets comme pour des âmes humbles. « Ô Seigneur, ces pécheurs se sont humiliés. » Mais ce n’est pas vrai : ils ne se sont pas humiliés ; s’ils l’avaient fait, le Seigneur les aurait relevés et consolés, comme il l’a promis. Il y a un cantique de ce genre qui a fait beaucoup de mal. Il commence ainsi :

« Viens, pécheur HUMBLE, dont le cœur

Roule mille pensées. »

Un pasteur donna un jour ce cantique à un pécheur réveillé, comme convenant à son cas. Celui-ci se mit à lire : « Viens, pécheur humble. » Il s’arrêta : « Pécheur humble ! cela ne s’applique pas à moi ; je ne suis pas un pécheur humble. » Ah ! qu’il fut heureux pour lui que le Saint-Esprit l’eût mieux enseigné que le cantique ! Si le cantique avait dit : Viens, pécheur inquiet, ou pécheur coupable, ou pécheur tremblant, c’eût été assez bien ; mais l’appeler un pécheur humble, cela n’allait pas. Il y a une foule de cantiques du même genre. Il est très ordinaire de trouver des pécheurs qui citent les faux sentiments de quelque cantique pour s’excuser dans leur rébellion contre Dieu.

Un pasteur me dit avoir entendu, tout récemment, une prière conçue en ces termes : « Ô Seigneur, ces pécheurs se sont humiliés, et ils sont venus à toi du mieux qu’ils savent. S’ils savaient mieux, ils feraient mieux ; mais, ô Seigneur, puisqu’ils sont venus à toi de la meilleure manière qu’ils peuvent, nous te prions de les accepter et de leur faire miséricorde. » Horrible !

8. Beaucoup prient : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » C’est la prière que Christ fit pour ses meurtriers. Et, dans ce cas, c’était vrai : ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, car ils ne croyaient pas que Jésus-Christ fût le Messie. Mais on ne peut pas dire des pécheurs qui vivent sous l’Évangile qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils savent bien ce qu’ils font. Ils n’en voient pas toute la portée, mais ils savent qu’ils pèchent contre Dieu et qu’ils rejettent Christ ; et la difficulté, c’est qu’ils ne veulent pas se soumettre à Dieu. Mais une telle prière est de nature à soulager le pécheur et à lui faire dire : « Seigneur, comment peux-tu me blâmer ainsi ? Je suis une pauvre créature ignorante, je ne sais pas comment faire ce que l’on exige de moi. Si je le savais, je le ferais. »

9. Autre expression : « Seigneur, dirige ces pécheurs qui s’informent du chemin de Sion, tournant vers elle leurs regards. » Mais ce langage ne s’applique qu’aux chrétiens. Les pécheurs n’ont pas leurs regards tournés vers Sion ; leurs regards sont tournés vers l’enfer. Et comment peut-on dire d’un pécheur qu’il « s’informe du chemin » de Sion, quand il n’a aucune disposition à y aller ? La véritable difficulté, c’est qu’il ne veut pas MARCHER dans le chemin où il sait qu’il devrait aller.

10. On prie pour que les pécheurs aient plus de conviction. Ou bien on prie pour qu’ils s’en retournent chez eux sérieux et attendris, et qu’ils prennent le sujet en considération, au lieu de prier pour qu’ils se repentent maintenant. Ou encore on prie comme si l’on supposait que le pécheur est disposé à faire ce qui est exigé. Toutes ces prières sont justement les prières que veut le diable. Il désire qu’on fasse de telles prières, et j’ose dire qu’il ne se soucie guère de leur nombre.

J’ai vu parfois, dans une réunion pour les âmes inquiètes, ou quand on avait appelé les pécheurs aux bancs des inquiets, le pasteur leur rendre parfaitement clair le chemin du salut, ôter de leur sentier toutes les pierres d’achoppement et dissiper les ténèbres de leur esprit sur les divers points ; et quand ils étaient tout prêts à CÉDER, on invitait quelqu’un à prier, et au lieu de prier pour qu’ils se repentent maintenant, il se mettait à prier : « Ô Seigneur, nous te prions que ces pécheurs soient sérieux, qu’ils aient un profond sentiment de leur état de péché, qu’ils s’en retournent chez eux pénétrés de leur condition perdue, qu’ils n’entreprennent rien par leur propre force, qu’ils ne perdent pas leurs convictions, et qu’en ton temps et à ta manière ils soient amenés à la glorieuse lumière et à la liberté des enfants de Dieu. »

Au lieu de les amener droit au point de la soumission IMMÉDIATE, sur place, cela leur donne le temps de respirer, cela relâche toute la pression de la conviction ; le pécheur respire de nouveau librement, se sent soulagé et se rassied à son aise. Ainsi, quand le pécheur a été amené, pour ainsi dire, jusqu’à la porte du ciel et qu’il s’y tient, une telle prière, au lieu de l’y pousser, le renvoie loin en arrière : « Là, pauvre petit, reste assis là jusqu’à ce que Dieu t’aide. »

11. Les chrétiens prient parfois de manière à donner l’impression que CHRIST EST L’AMI DU PÉCHEUR dans un autre sens que Dieu le Père. Ils lui disent dans leur prière : « Ô toi, ami des pécheurs », comme si Dieu était plein de colère et de vengeance implacable, sur le point d’écraser le pauvre misérable, jusqu’à ce que Jésus-Christ intervienne, prenne son parti et le délivre. Or tout cela est faux. Le Père et le Fils sont parfaitement d’accord ; leurs sentiments sont entièrement les mêmes, et tous deux sont également disposés à voir les pécheurs sauvés. Et donner une telle impression trompe le pécheur et le conduit à de mauvais sentiments envers Dieu. Représenter Dieu le Père se tenant au-dessus de lui, l’épée de la justice à la main, impatient de frapper le coup, jusqu’à ce que Christ s’interpose, n’est pas la vérité. Le Père est l’ami du pécheur autant que le Fils. Sa compassion est égale. Mais si le pécheur se fait cette idée défavorable de Dieu le Père, comment pourra-t-il jamais l’aimer de tout son cœur, au point de dire : « Abba! Père! » ?

12. On donne souvent, par la manière de prier, l’impression que vous ne vous attendez pas à ce que les pécheurs se repentent MAINTENANT, ou que vous attendez de Dieu qu’il fasse LEUR devoir, ou que vous désirez les encourager à se confier en vos prières. Et ainsi les pécheurs sont perdus. Ne priez jamais de manière à donner aux pécheurs l’impression que vous espérez secrètement qu’ils sont déjà chrétiens, ou que vous avez la ferme confiance qu’ils le seront tôt ou tard, ou que vous croyez à demi qu’ils sont maintenant convertis. Cela est toujours fâcheux. Une multitude d’âmes sont trompées de cette manière par une fausse consolation, et empêchées, au point critique, de faire l’abandon final d’elles-mêmes à Dieu.

Frères, je trouve ce champ si vaste qu’il m’est impossible de mentionner tout ce que je désirais dire. Il y a bien d’autres choses que je me proposais d’aborder ce soir, mais l’heure est trop avancée. Je dois conclure par quelques brèves

REMARQUES.

1. Beaucoup de ceux qui agissent ainsi avec les pécheurs inquiets le font par une fausse pitié. Ils éprouvent tant de sympathie et de compassion qu’ils ne peuvent se résoudre à leur dire la vérité, qui est nécessaire à leur salut. Autant vaudrait qu’un chirurgien, voyant que le bras d’un homme doit être amputé, sans quoi il mourra, se laissât aller à ce sentiment de fausse pitié, se contentât d’appliquer un emplâtre et lui donnât un opiat. Il n’y a là aucune bienveillance. La vraie bienveillance conduirait le chirurgien à cacher ses sentiments, à demeurer froid et calme, et, d’un couteau bien affilé, à couper le membre et à sauver la vie. C’est une fausse tendresse que de faire moins que cela. Je vis un jour une femme en détresse d’esprit, que le désespoir avait presque gagnée depuis des mois. Ses amis avaient essayé sans effet toutes ces fausses consolations, et ils l’amenèrent voir un pasteur. Elle était amaigrie et épuisée par l’angoisse. Le pasteur fixa les yeux sur elle, répandit la vérité dans son esprit et la reprit de la manière la plus incisive. La femme qui l’accompagnait s’interposa ; elle trouvait cela cruel, et elle dit : « Oh ! consolez-la, elle est si affligée ; ne la tourmentez plus, elle ne peut le supporter. » Il se tourna, reprit celle-ci et la renvoya ; puis il répandit la vérité comme un feu sur la pécheresse inquiète, et en cinq minutes elle fut convertie et retourna chez elle pleine de joie. La simple vérité balaya toutes ses fausses idées, et en quelques instants elle se réjouissait en Dieu.

2. Ce traitement des pécheurs inquiets, à qui l’on administre ces fausses consolations, est en réalité de la cruauté. Il est cruel comme le sépulcre, cruel comme l’enfer, car il est de nature à précipiter le pécheur dans son gouffre brûlant. Les chrétiens éprouvent de la compassion pour les âmes inquiètes, et ils ont raison. Mais la dernière chose qu’ils devraient faire, c’est de faiblir au moment précis où la crise arrive. Ils doivent éprouver de la compassion, mais ils doivent la montrer comme le fait le chirurgien, quand il se met délibérément à l’œuvre, de la bonne et de la meilleure manière, coupe le bras de l’homme, et ainsi le guérit et lui sauve la vie. De même, les chrétiens devraient laisser voir au pécheur leur compassion et leur tendresse, mais ils devraient prendre le parti de Dieu, pleinement et résolument. Ils devraient découvrir au pécheur le pire de son cas, mettre à nu sa culpabilité et son danger, puis le conduire droit à la croix et insister pour qu’il se soumette à l’instant. Ils doivent avoir assez de fermeté pour faire cette œuvre à fond ; et s’ils voient le pécheur dans la détresse et l’angoisse, ils doivent cependant le presser toujours, sans céder le moins du monde, quelle que soit son angoisse, et continuer de le presser jusqu’à ce qu’il se rende.

Cela exige souvent du sang-froid. Je me suis souvent trouvé en des circonstances qui me l’ont appris par expérience. Je me suis vu entouré de pécheurs inquiets, dans une détresse telle qu’elle faisait trembler chaque nerf, les uns vaincus par l’émotion et étendus sur le plancher, d’autres se servant de camphre pour ne pas s’évanouir, d’autres encore poussant des cris comme s’ils allaient tomber en enfer à l’instant même. Supposez maintenant que quelqu’un donne une fausse consolation en un tel cas. Supposez qu’il n’ait pas assez de sang-froid pour les amener droit au point d’une soumission instantanée et absolue. Combien un tel homme est peu fait pour qu’on lui confie un cas comme celui-là.

3. Il arrive que des pécheurs perdent la raison par le désespoir et l’angoisse d’esprit. Quand c’est le cas, c’est presque toujours parce que ceux qui s’occupent d’eux essaient de les encourager par une fausse consolation, et les entraînent ainsi dans un tel conflit avec le Saint-Esprit. Ils s’efforcent de les soutenir, tandis que Dieu s’efforce de les briser. Et à la longue, l’esprit du pécheur se trouble sous ces influences contraires, et ou bien il perd la raison, ou bien il est poussé au désespoir.

4. Si vous devez vous occuper des pécheurs, souvenez-vous que vous allez bientôt les rencontrer au jugement, et ayez soin de les traiter de telle manière que, s’ils sont perdus, ce soit par leur propre faute. N’essayez pas de les consoler maintenant par de fausses idées, pour qu’ils vous le reprochent alors. Mieux vaut réprimer votre fausse sympathie et laisser la vérité toute nue les fendre jusqu’aux jointures et mœlles, que de les apaiser par une fausse consolation et de les détourner de Dieu par séduction.

4. Pécheur ! si vous vous entretenez avec des chrétiens et qu’ils vous disent de faire quelque chose, demandez d’abord : « Si je fais cela, serai-je sauvé ? » Vous pouvez être inquiet sans être sauvé. Vous pouvez prier sans être sauvé. Vous pouvez lire votre Bible sans être sauvé. Vous pouvez faire usage des moyens, à votre manière, sans être sauvé. Quoi qu’on vous dise de faire, si vous pouvez le faire sans être sauvé, ne vous arrêtez pas à de telles instructions. Elles sont de nature à vous donner une fausse consolation, à détourner votre attention de la chose principale qu’il faut faire, et à vous entraîner par séduction jusqu’en enfer. Ne suivez aucune de ces directions, de peur que vous ne mouriez en les suivant ; et alors il n’y a plus de retour.

Enfin, ne dites jamais rien à un pécheur, ne lui donnez jamais aucune instruction qui l’amène à s’arrêter en chemin, ou qui ne comprenne pas la soumission absolue à Dieu. Le laisser s’arrêter à un point quelconque en deçà, c’est infiniment dangereux. Supposez que vous soyez dans une réunion pour les âmes inquiètes, ou dans une réunion de prière, et que vous disiez à un pécheur de prier, ou de lire un livre, ou quoi que ce soit en deçà d’une repentance qui sauve, et qu’il tombe et se rompe le cou cette nuit même : à qui son sang serait-il redemandé ? Un jeune homme de la Nouvelle-Angleterre rencontra un jour un pasteur dans la rue et lui demanda ce qu’il devait faire pour être sauvé. Le pasteur lui dit de rentrer chez lui, d’aller dans sa chambre, de s’agenouiller et de donner son cœur à Dieu. « Oh ! monsieur, dit le garçon, je me sens si mal que je crains de ne pas vivre assez pour arriver chez moi. » Le pasteur vit son erreur et sentit la réprimande que cet enfant lui adressait ainsi sans le savoir, et il lui dit : « Eh bien, alors, donnez votre cœur à Dieu ici même, puis rentrez dans votre chambre et dites-le-lui. »

Oh ! il y a de quoi faire saigner le cœur, de voir auprès des pécheurs inquiets tant de consolateurs fâcheux, dans les réponses desquels il ne reste que perfidie. Quelle somme immense de charlatanisme spirituel il y a dans le monde, et combien de « forgeurs de mensonges », de « médecins de néant », qui ne savent rien de mieux que de consoler les pécheurs par de fausses espérances et de les abuser par leurs « contes de vieilles femmes » et leurs sottises, ou qui s’abandonnent à une fausse tendresse et à une fausse sympathie, jusqu’à n’avoir plus assez de fermeté pour voir appliquer l’épée de l’Esprit, qui transperce les hommes jusqu’à l’âme et met à nu le cœur du pécheur. Hélas ! faut-il que tant d’hommes soient jamais admis dans le ministère, qui n’ont pas assez d’habileté pour se tenir là et voir l’Esprit de Dieu faire son œuvre, en brisant les vieux fondements, en écrasant toutes les espérances pourries d’un pécheur et en l’abattant tout entier aux pieds de Jésus !

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