Chapitre 10 · 36 min de lecture · 47 min d’écoute
Discours VIII. Les réunions de prière
DISCOURS VIII.
LES RÉUNIONS DE PRIÈRE.
Texte. — « Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 18:19)
JUSQU’ICI, en traitant du sujet de la prière, je me suis borné à la prière secrète. Je dois maintenant parler de la prière en commun, c’est-à-dire de la prière offerte en compagnie, lorsque deux personnes ou davantage s’unissent pour prier. De telles réunions sont en usage depuis le temps de Christ, et même depuis des centaines d’années auparavant. Et il est probable que le peuple de Dieu a toujours eu l’habitude de s’unir dans la supplication, chaque fois qu’il en a eu le privilège. Personne ici ne mettra en doute la légitimité de cette pratique. Je n’ai pas besoin de m’arrêter maintenant sur le devoir de la prière en commun. Mon dessein n’est pas non plus de discuter la question de savoir si deux chrétiens qui s’accordent pour demander une bénédiction quelconque sont sûrs de l’obtenir. Mon but est de faire quelques remarques sur
LES RÉUNIONS DE PRIÈRE.
I. Le but des réunions de prière.
II. La manière de les conduire.
III. Signaler plusieurs choses qui feront échouer le but dans lequel on les tient.
I. LE BUT DES RÉUNIONS DE PRIÈRE.
1. L’un des buts que l’on se propose en rassemblant plusieurs personnes pour prier ensemble, c’est de favoriser l’union entre les chrétiens. Rien ne tend davantage à souder les cœurs des chrétiens que de prier ensemble. Jamais ils ne s’aiment autant que lorsqu’ils voient leurs cœurs s’épancher les uns devant les autres dans la prière. Leur spiritualité engendre un sentiment d’union et de confiance de la plus haute importance pour la prospérité de l’Église. Il est douteux que des chrétiens puissent jamais être autrement qu’unis, s’ils ont l’habitude de prier réellement ensemble. Et là où il y a eu entre eux de l’aigreur et des différends, tout cela disparaît lorsqu’ils s’unissent dans la prière. Le grand but est atteint, si vous pouvez les amener à s’unir réellement dans la prière. Si l’on y parvient, les difficultés s’évanouissent.
2. Étendre l’esprit de prière. Dieu nous a ainsi constitués, et telle est l’économie de sa grâce, que nous sommes des êtres sensibles les uns aux autres, et que nous nous communiquons nos sentiments. Un pasteur, par exemple, fera souvent passer, pour ainsi dire, ses propres sentiments dans son auditoire. L’Esprit de Dieu qui inspire son âme se sert de ses sentiments pour agir sur ses auditeurs, tout autant que des paroles qu’il prêche. De même il se sert des sentiments des chrétiens. Rien n’est plus propre à faire naître un esprit de prière que de s’unir dans la prière commune avec quelqu’un qui possède lui-même cet esprit ; à moins que celui-ci ne soit si loin en avant que sa prière rebute les autres. Sa prière les réveillera, s’ils ne sont pas si loin en arrière qu’ils s’en révoltent et y résistent. S’ils sont tant soit peu proches de la mesure de ses sentiments, son esprit s’allumera, brûlera et se propagera tout autour de lui. Un seul membre d’une Église qui obtient un esprit de prière réveillera souvent l’Église entière, étendra le même esprit à tous, et un réveil général s’ensuivra.
3. Un autre grand but de la prière en commun, c’est d’émouvoir Dieu. Non qu’elle change la pensée et les sentiments de Dieu. Quand nous parlons d’émouvoir Dieu, comme je l’ai dit dans un discours précédent, nous ne voulons pas dire que cela modifie la volonté de Dieu. Mais quand les chrétiens offrent la prière qui convient, ils sont dans un état d’esprit tel qu’il devient convenable que Dieu accorde une bénédiction. Ils sont alors préparés à la recevoir, et il la donne parce qu’il est toujours le même, toujours prêt et heureux à faire miséricorde. Quand les chrétiens sont unis et prient comme ils le doivent, Dieu ouvre les écluses des cieux, et répand ses bénédictions jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place pour les recevoir.
4. Un autre but important des réunions de prière est la conviction et la conversion des pécheurs. Quand elles sont bien conduites, elles sont éminemment propres à produire cet effet. Les pécheurs sont enclins à devenir graves quand ils entendent prier les chrétiens. Là où il y a un esprit de prière, les pécheurs ne peuvent manquer d’en être touchés. Un impie, un universaliste, dit un jour au sujet d’un certain pasteur : « Je supporte très bien ses prédications, mais quand il prie, je me sens affreusement mal ; il me semble que Dieu descend sur moi. » Les pécheurs sont souvent convaincus de péché en entendant prier. Un jeune homme aux talents distingués, que beaucoup d’entre vous connaissent, disait au sujet d’un certain pasteur auquel il avait été fort opposé avant sa conversion : « Dès qu’il se mit à prier, je commençai à être convaincu de péché, et s’il avait continué de prier beaucoup plus longtemps, je n’aurais pas pu me contenir. » Dès que les chrétiens commencent à prier comme ils le doivent, les pécheurs savent alors qu’ils prient, et ils en sont saisis d’effroi. Ils ne comprennent pas ce qu’est la spiritualité, parce qu’ils n’en ont aucune expérience. Mais quand une telle prière est offerte, ils savent qu’il y a là quelque chose ; ils savent que Dieu est là, et cela les amène près de Dieu ; cela les rend terriblement graves, et ils ne peuvent le supporter. Et non seulement ces réunions sont propres à faire impression sur l’esprit des pécheurs, mais quand les chrétiens prient avec foi, l’Esprit de Dieu est répandu, et les pécheurs sont brisés et convertis sur-le-champ.
II. LA MANIÈRE DE CONDUIRE LES RÉUNIONS DE PRIÈRE.
1. Il est souvent bon d’ouvrir une réunion de prière par la lecture d’une courte portion de la Parole de Dieu ; surtout si celui qui préside la réunion peut se rappeler quelque passage qui s’applique au but ou à la circonstance, qui soit saisissant et qui aille droit au fait. S’il n’a aucun passage qui s’y applique, il vaut mieux qu’il n’en lise aucun. N’introduisez pas de force la Parole de Dieu pour remplir une partie de la réunion par pure forme. C’est faire injure à Dieu. Il n’est pas bon de lire plus que ce qui s’applique au sujet dont la réunion est saisie, ou à la circonstance. Certaines personnes croient toujours nécessaire de lire un chapitre entier, si long soit-il, et quelle que soit la variété des sujets qu’il contient. Il est tout aussi saisissant et judicieux de lire un chapitre entier qu’il le serait pour un pasteur de prendre un chapitre entier pour texte, alors que son but serait de faire porter quelque vérité particulière sur l’esprit de son auditoire. Le but d’une réunion de prière doit être d’amener les chrétiens au point de prier pour un objet précis. Errer à travers un vaste champ entrave et détruit ce but.
2. Il convient que celui qui préside fasse quelques remarques courtes et appropriées, propres à expliquer la nature de la prière et les encouragements que nous avons à prier, et à placer l’objet pour lequel on doit prier directement devant l’esprit des assistants.
Un homme ne peut pas plus prier sans avoir ses pensées concentrées qu’il ne peut faire quoi que ce soit d’autre. Celui qui préside doit donc y veiller, en remettant devant leur esprit l’objet pour lequel ils sont venus prier. S’ils sont venus prier pour un objet quelconque, il peut le faire. Et s’ils ne sont venus pour aucun, ils feraient mieux de rentrer chez eux. Il ne sert à rien de rester là à se moquer de Dieu en faisant semblant de prier, quand on n’a absolument rien au monde pour quoi prier.
Après avoir exposé l’objet, il doit présenter quelque promesse ou quelque principe comme fondement d’encouragement à attendre une réponse à leurs prières. S’il y a quelque indication de la Providence, ou quelque promesse, ou quelque principe du gouvernement divin qui fournisse un fondement à la foi, qu’il le leur rappelle, et qu’il ne les laisse pas parler au hasard, du fond de leur propre cœur, sans connaître aucune raison solide d’attendre une réponse. L’une des raisons pour lesquelles les réunions de prière accomplissent pour la plupart si peu de chose, c’est qu’on y exerce si peu de bon sens. Au lieu de chercher autour d’eux quelque appui solide sur lequel reposer leur foi, ils se contentent de s’assembler et de déverser leurs paroles, sans savoir ni se soucier s’ils ont quelque raison d’attendre une réponse. S’ils vont prier au sujet d’une chose qui peut prêter au doute ou à l’erreur quant au fondement de la foi, il faut leur montrer la raison qu’il y a de croire que leurs prières seront entendues et exaucées. Il est facile de voir que, si l’on ne fait pas quelque chose de ce genre, les trois quarts d’entre eux n’auront aucune idée de ce qu’ils font, ni du fondement sur lequel ils doivent s’attendre à recevoir ce qu’ils demandent.
3. Pour ce qui est d’inviter les gens à prier, il est toujours souhaitable de laisser les choses suivre leur cours partout où cela est sans danger. Si on peut le faire en toute sécurité, que ceux-là prient qui sont le plus disposés à prier. Il arrive parfois que ceux-là mêmes qui sont d’ordinaire les plus spirituels, et les plus indiqués pour être invités, ne sont pas, à ce moment-là, dans une disposition convenable ; ils peuvent être froids et mondains, et ne feront que glacer la réunion. Mais si vous laissez prier ceux qui désirent prier, vous évitez cela. Souvent, cependant, on ne peut le faire sans danger, surtout dans les grandes villes, où une réunion de prière risquerait d’être troublée par des gens qui n’ont aucun titre à y prier : quelque fanatique ou quelque déséquilibré, quelque hypocrite ou quelque ennemi, qui ne ferait que du bruit. Dans la plupart des endroits, toutefois, on peut suivre cette marche en toute sécurité. Abandonnez la réunion à l’Esprit de Dieu. Que ceux qui désirent prier, prient. Si celui qui préside voit quelque chose qui demande à être redressé, qu’il en fasse la remarque, librement et avec bonté, qu’il redresse la chose, puis que l’on reprenne. Seulement, il doit veiller à bien choisir le moment de ses remarques, de manière à ne pas interrompre le courant des sentiments, ni refroidir la réunion, ni détourner les esprits du sujet qui convient.
4. S’il est nécessaire de désigner les personnes qui doivent prier, il vaut mieux faire appel d’abord à celles qui sont le plus spirituelles. Et si vous ne savez pas qui elles sont, alors à celles que vous supposeriez naturellement les plus vivantes. Si elles prient dès le début, elles répandront vraisemblablement l’esprit de prière dans la réunion et élèveront le ton de l’ensemble. Sinon, si vous faites appel au commencement à ceux qui sont froids et sans vie, ils risquent de répandre un froid dans toute la réunion. Le seul espoir d’avoir une réunion de prière efficace, c’est qu’une partie au moins de l’Église soit spirituelle et communique son esprit au reste. C’est précisément la raison pour laquelle il vaut souvent mieux laisser les choses suivre leur cours, car alors ceux qui ont le plus de sentiment sont enclins à prier les premiers et à donner son caractère à la réunion.
5. Les prières doivent toujours être très courtes. Quand des personnes se laissent aller à prier longuement, elles oublient où elles sont : qu’elles ne sont que la bouche de l’assemblée, et qu’on ne peut s’attendre à ce que l’assemblée entre dans leurs sentiments au point de les suivre et de se sentir unie dans la prière, si elles sont longues et fastidieuses, et font le tour du monde en priant pour tout ce qui leur passe par l’esprit. D’ordinaire, ceux qui prient longuement en réunion le font, non parce qu’ils ont l’esprit de prière, mais parce qu’ils ne l’ont pas. Et ils tournent en rond, non parce qu’ils sont remplis de prière. Certains hommes délayent une longue prière à dire à Dieu qui il est et ce qu’il est, ou bien ils exhortent Dieu à faire ceci ou cela. Certains déroulent dans leur prière tout un système de théologie. Certains prêchent, d’autres exhortent l’assistance, jusqu’à ce que tout le monde souhaite qu’ils s’arrêtent, et Dieu le souhaite aussi, sans aucun doute. Ils devraient s’en tenir au sujet, prier pour ce qu’ils sont venus demander, et ne pas suivre l’imagination de leur cœur insensé à travers tout l’univers.
6. Chacun doit prier pour un seul objet. Il est bon que chacun ait un objet de prière : deux ou plusieurs peuvent prier pour la même chose, ou chacun pour un objet distinct. Si la réunion est convoquée pour prier pour une chose précise, que tous prient pour cette chose. Si son objet est plus général, qu’ils choisissent leurs sujets selon l’intérêt qu’ils y portent. Si l’un se sent particulièrement porté à prier pour l’Église, qu’il le fasse. Si le suivant se sent porté à prier pour l’Église, il peut le faire aussi. Peut-être le suivant se sentira-t-il enclin à prier pour les pécheurs, pour la jeunesse, ou à confesser le péché ; qu’il le fasse, et, dès qu’il a fini, qu’il s’arrête. Chaque fois qu’un homme éprouve un sentiment profond, il l’éprouve toujours sur quelque point particulier, et s’il prie pour cela, il parlera de l’abondance du cœur, puis il s’arrêtera naturellement quand il aura fini. Ceux qui éprouvent le plus seront les plus prompts à borner leurs prières à ce point, et à s’arrêter quand ils ont fini, au lieu de prier pour le monde entier.
7. Si, au cours de la réunion, il devient nécessaire de changer l’objet de la prière, que celui qui préside le dise et l’explique en quelques mots. Si l’objet est de prier pour l’Église, ou pour les rétrogrades, ou pour les pécheurs, ou pour les païens, qu’il l’énonce clairement, puis qu’il le retourne et le tienne levé devant eux jusqu’à ce qu’il les amène à réfléchir et à sentir profondément avant de prier. Exposez-leur ensuite les fondements sur lesquels ils peuvent reposer leur foi pour obtenir les bénédictions qu’ils demandent, si un tel exposé est nécessaire ; conduisez-les ainsi droit jusqu’au trône, et qu’ils saisissent la main de Dieu. Cela est conforme à la philosophie de l’esprit humain. Chacun le fait pour soi-même lorsqu’il prie dans le secret, s’il entend vraiment prier avec quelque résultat. Et il doit en être de même dans les réunions de prière.
8. Il importe que le temps soit pleinement occupé, de manière à ne pas laisser de longs moments de silence. Cela produit toujours une mauvaise impression et refroidit la réunion. Je sais que les Églises ont quelquefois des moments de prière silencieuse. Mais en ce cas il faut inviter expressément les assistants à prier en silence, afin que tous sachent pourquoi ils se taisent. Cela produit souvent un effet des plus puissants, lorsqu’une assemblée entière passe quelques instants en silence, tandis que tous élèvent leurs pensées vers Dieu. Tout autre chose est d’avoir de longs intervalles de silence parce qu’il n’y a personne pour prier. Chacun sent qu’un tel silence est comme la froide humidité de la mort étendue sur la réunion.
9. Il est extrêmement important que celui qui préside la réunion presse les pécheurs qui peuvent être présents de se repentir immédiatement. Il doit insister fortement là-dessus, et exhorter les chrétiens présents à prier de manière à faire sentir aux pécheurs qu’on attend d’eux qu’ils se repentent immédiatement. Cela tend à remplir les chrétiens de compassion et d’amour pour les âmes. Les remarques adressées aux pécheurs sont souvent comme du feu versé sur le cœur des chrétiens, pour les réveiller à la prière et à l’effort en vue de la conversion de ces pécheurs. Qu’ils voient et sentent la culpabilité et le danger des pécheurs qui sont là, au milieu même d’eux, et alors ils prieront.
III. Je dois signaler plusieurs choses qui peuvent faire échouer le but d’une réunion de prière.
1. Quand il y a un malheureux manque de confiance envers celui qui préside, il n’y a aucun bien à espérer. Quelle qu’en soit la cause, qu’il soit à blâmer ou non, le fait même qu’il préside la réunion y jettera un froid et empêchera tout bien. J’en ai été témoin dans des Églises où quelque ancien ou quelque diacre qui déplaisait, peut-être à juste titre, peut-être non, était chargé de présider la réunion de prière, et toute la réunion dépérissait sous son influence. S’il y a un manque de confiance quant à sa piété, ou à sa capacité, ou à son jugement, ou à quoi que ce soit qui touche à la réunion, tout ce qu’il dit ou fait tombera à terre. La même chose arrive souvent lorsque l’Église a perdu sa confiance en son pasteur.
2. Lorsque celui qui préside manque de spiritualité, il y aura de la sécheresse et de la froideur dans ses remarques et dans ses prières, tout trahira son manque d’onction, et toute son influence sera exactement l’inverse de ce qu’elle devrait être. J’ai connu des Églises où l’on ne pouvait maintenir une réunion de prière, sans que la raison en fût évidente ; mais ceux qui comprenaient l’état des choses savaient que celui qui la présidait était si notoirement dépourvu de spiritualité qu’il allait inévitablement glacer à mort toute réunion de prière. Dans beaucoup d’Églises presbytériennes, les anciens sont si loin d’être des hommes spirituels qu’ils glacent toujours une réunion de prière. Et puis ils sont souvent étonnamment jaloux de leur dignité, et ne peuvent souffrir que quelqu’un d’autre préside la réunion. Et si un membre qui est spirituel prend la direction d’une réunion de prière, ils le lui reprocheront : « Voyons, vous n’êtes pas ancien, et vous ne devriez pas présider une réunion de prière en présence d’un ancien. » Et c’est ainsi qu’ils font obstacle, tandis que l’Église entière souffre de leur influence desséchante.
Un homme qui sait qu’il n’est pas dans une disposition spirituelle n’a rien à faire à la tête d’une réunion de prière ; il la tuera. Il y a deux raisons à cela : premièrement, il n’aura aucun discernement spirituel, et ne saura ni que faire, ni quand le faire. Une personne spirituelle peut voir les mouvements de la Providence, sentir l’Esprit de Dieu et comprendre pour quoi il les conduit à prier, de manière à choisir le moment de ses sujets et à tirer parti de l’état des sentiments parmi les chrétiens. Elle ne renversera pas tout le sentiment d’une réunion en introduisant d’autres choses incongrues ou intempestives. Elle a le discernement spirituel pour comprendre la direction de l’Esprit et son œuvre en ceux qui prient, et pour suivre à mesure que l’Esprit conduit. Supposez que préside un homme qui n’est pas spirituel ; il y a deux ou trois prières, et l’esprit de prière s’élève, mais celui qui préside n’a pas le discernement spirituel pour le voir, et il fait quelques remarques sur un autre point, ou lit un morceau tiré de quelque livre, aussi éloigné du sentiment de la réunion que l’est le pôle Nord. Il peut être aussi évident pour les autres de savoir pour quoi ils sont appelés à prier que si le Fils de Dieu lui-même était entré dans la réunion et avait nommé le sujet ; mais celui qui préside renversera tout, parce qu’il est si stupide qu’il ne reconnaît pas les indications de la réunion.
Ensuite, si celui qui préside n’est pas spirituel, il sera très probablement terne et sec dans ses remarques et dans tous ses exercices. Il lira un long cantique d’un air rêveur, puis il lira un long passage de l’Écriture d’un ton si froid et si hivernal qu’il étendra sur la réunion un linceul d’hiver, et elle restera morne aussi longtemps que son cœur froid sera placé en tête de tout.
3. Le manque de talents appropriés chez celui qui préside. S’il lui manque ce genre de talents qui sont propres à rendre une réunion utile, il nuira à la réunion. S’il ne sait rien dire, ou si ses remarques sont si déplacées qu’elles provoquent la légèreté ou le mépris, ou si elles n’ont rien qui fasse impression sur l’esprit, ou ne sont pas guidées par le bon sens, ou ne sont pas appropriées, il nuira à la réunion. Un homme peut être pieux, mais si faible que ses prières n’édifient pas les assistants et, au contraire, les rebutent. Lorsqu’il en est ainsi, il ferait mieux de garder le silence.
4. Parfois le bienfait d’une réunion de prière est anéanti par un mauvais esprit chez celui qui préside. Par exemple, lorsqu’il y a un réveil et une grande opposition, si celui qui préside se lève dans une réunion de prière, parle de cas d’opposition, les commente, et détourne ainsi la réunion de l’objet pour lequel on est venu prier, il ne sait de quel esprit il est animé. L’effet en est toujours désastreux pour une réunion de prière. Qu’un pasteur, pendant un réveil, se mette à prêcher contre l’opposition, et il détruira infailliblement le réveil, et détournera le cœur des chrétiens de leur véritable objet. Que celui qui est chargé de conduire l’Église prenne soin de veiller sur son propre esprit, de peur qu’il n’égare l’Église et ne répande de mauvaises dispositions. Il en sera de même si quelqu’un, invité à parler ou à prier, introduit dans ses remarques ou dans ses prières quelque chose de controversé, d’impertinent, de déraisonnable, de non scripturaire, de ridicule ou d’étranger au sujet. N’importe laquelle de ces choses éteindra les tendres soupirs de l’esprit de prière et détruira la réunion.
5. Les gens qui arrivent en retard à la réunion. C’est un très grand obstacle pour une réunion de prière. Quand on a commencé à prier, que l’attention est fixée, qu’on a fermé les yeux et les oreilles pour écarter tout de son esprit, voilà qu’au milieu d’une prière quelqu’un entre brusquement et traverse la salle. Quelques-uns lèvent les yeux, et tous ont l’esprit interrompu un moment. Puis ils se recueillent de nouveau, et un autre entre, et ainsi de suite. Ma foi, je suppose que le diable ne se soucierait guère du nombre de chrétiens qui vont à une réunion de prière, pourvu qu’ils n’y aillent qu’après le commencement de la réunion. Il serait ravi d’en voir un très grand nombre arriver ainsi à la débandade et se glisser très pieusement dans la salle une fois la réunion commencée.
6. Quand des personnes font des prières froides et de froides confessions de péché, elles sont sûres d’éteindre l’esprit de prière. Lorsqu’on jouit des influences de l’Esprit, au milieu des expressions chaleureuses qui s’épanchent, qu’un homme froid survienne et exhale son haleine froide, comme l’humidité de la mort, et il donnera à tout chrétien qui a quelque sentiment l’envie de sortir de la réunion.
7. En certains endroits, il est d’usage de commencer une réunion de prière par la lecture d’une longue portion de l’Écriture. Puis le diacre ou l’ancien annonce un long cantique. Ensuite, on le chante. Puis il fait une longue prière, priant pour les Juifs et pour la totalité des païens, et pour bien d’autres objets qui n’ont rien à voir avec l’occasion de la réunion. Après cela, il lit peut-être un long extrait de quelque livre ou de quelque revue. Puis on a un autre long cantique et une autre longue prière, et puis on rentre chez soi. J’ai entendu un jour un ancien dire qu’on avait entretenu une réunion de prière pendant tant d’années, et que pourtant il n’y avait eu aucun réveil dans l’endroit. La vérité était que les officiers de l’Église avaient coutume de conduire les réunions exactement de cette manière digne, et leur dignité ne permettait pas qu’on changeât quoi que ce soit. Rien d’étonnant qu’il n’y ait pas eu de réveil. De telles réunions de prière suffisent à empêcher un réveil. Et quand même une foule de réveils commenceraient, la réunion de prière les détruirait. Il y eut un jour dans cette ville, à ce qu’on m’a dit, une réunion de prière où il semblait y avoir quelque sentiment, et quelqu’un proposa qu’on fît deux ou trois prières de suite sans se relever. Un homme plein de dignité qui était présent s’y opposa, disant qu’on ne l’avait jamais fait et qu’il espérait qu’il n’y aurait pas d’innovations. Il n’approuvait pas les innovations. Et ce fut la fin du réveil. De telles personnes ont des réunions de prière stéréotypées, et elles sont résolues à ne pas sortir de leur ornière, qu’elles aient la bénédiction ou non. Permettre une telle chose serait une nouvelle mesure, et elles n’aiment jamais les nouvelles mesures.
8. Beaucoup de chant nuit souvent à une réunion de prière. L’esprit de prière qui lutte dans l’angoisse ne porte pas les gens à chanter. Il y a un temps pour tout ; un temps pour chanter, et un temps pour prier. Mais si je sais ce que c’est que d’éprouver les douleurs de l’enfantement pour des âmes, les chrétiens n’ont jamais moins envie de chanter que lorsqu’ils ont l’esprit de prière pour les pécheurs. Le chant est l’expression naturelle de sentiments joyeux et gais. L’esprit de prière n’est pas un esprit de joie. C’est un esprit de travail d’enfantement et d’agonie de l’âme, qui supplie et plaide auprès de Dieu avec de grands cris et des soupirs inexprimables. Cela ressemble à n’importe quoi plutôt qu’au chant. J’ai connu des états d’âme où l’on ne pouvait affliger davantage le peuple de Dieu qu’en se mettant à chanter. Ce serait tellement différent de ce qu’ils éprouvent. Voyons, si vous saviez que votre maison est en feu, vous arrêteriez-vous d’abord pour chanter un cantique avant de l’éteindre ? Quel effet cela ferait-il, ici à New York, quand un bâtiment est en feu et que les pompiers sont tous rassemblés, si le chef s’arrêtait pour chanter un cantique ? Il est à peu près aussi naturel pour les gens de chanter quand ils sont travaillés par un esprit de prière. Quand on a à cœur d’arracher les hommes du feu, on n’a pas envie de chanter. Je n’ai jamais vu un réveil de cantiques aboutir à grand-chose. Sa tendance est de faire disparaître tout sentiment profond. Il est vrai qu’un cantique chanté a quelquefois produit un effet puissant sur des pécheurs qui étaient convaincus de péché ; mais, en général, c’est le contraste parfait entre leurs sentiments et ceux des âmes heureuses qui chantent qui produit cet effet. Si le cantique est de caractère joyeux, il n’est pas directement propre à faire du bien aux pécheurs, et il est tout à fait de nature à soulager l’angoisse morale du chrétien, de manière à détruire ce travail d’enfantement de l’âme qui est indispensable pour qu’il prévale dans la prière.
Quand on introduit le chant dans une réunion de prière, les cantiques doivent être courts et choisis de manière à faire ressortir quelque chose de solennel : des paroles frappantes, comme le Cantique du Jugement, et d’autres propres à produire un effet sur les pécheurs ; ou quelque chose qui fera une impression profonde sur l’esprit des chrétiens ; mais non cette sorte de chant joyeux qui met tout le monde à l’aise et détourne l’esprit de l’objet de la réunion de prière.
J’ai entendu un jour un organiste célèbre produire un effet remarquable dans une réunion prolongée. L’orgue était puissant, et les tuyaux de contrebasse étaient comme le tonnerre. On annonça le cantique qui contient ces vers :
Vois l’orage de la vengeance qui s’amasse
Sur le chemin que tu oses fouler ;
« Entends rouler l’effroyable tonnerre,
Plus fort, plus fort sur ta tête. »
Quand il arriva à ces paroles, nous entendîmes d’abord le grondement lointain du tonnerre, puis il se rapprocha et grandit, jusqu’à ce qu’au mot « plus fort » éclatât un fracas qui sembla presque accabler toute l’assemblée.
De telles choses, à leur place, font du bien. Mais le chant ordinaire dissipe le sentiment. Il devrait toujours être tel qu’il n’ôte pas le sentiment, mais l’approfondisse.
Souvent on nuit à une réunion de prière en invitant les jeunes convertis à chanter des cantiques joyeux. Cela est tout à fait déplacé dans une réunion de prière. Ce n’est pas le moment pour eux de laisser leur sentiment s’écouler dans des chants joyeux, tandis que tant de pécheurs autour d’eux, et leurs propres anciens compagnons, descendent en enfer. Un réveil est souvent étouffé parce que l’Église et le pasteur se livrent tous au chant avec les jeunes convertis. Ainsi, en s’arrêtant pour se réjouir, alors qu’ils devraient éprouver de plus en plus profondément pour les pécheurs, ils attristent l’Esprit de Dieu et le chassent, et ils s’aperçoivent bientôt que leur agonie et leur travail d’enfantement de l’âme ont entièrement disparu.
9. Introduire des sujets de controverse dans la prière fera échouer une réunion de prière. Rien de controversé ne doit être introduit dans la prière, à moins que la réunion n’ait précisément pour objet de régler cette question. Autrement, que les chrétiens s’assemblent dans leurs réunions de prière sur le large terrain d’une prière unie pour un objet commun. Et que les controverses se règlent ailleurs.
10. Celui qui préside et les autres doivent prendre grand soin de surveiller de près les mouvements de l’Esprit de Dieu. Qu’ils ne prient pas sans l’Esprit, mais qu’ils suivent sa direction. Gardez-vous bien d’éteindre l’Esprit pour prier selon la coutume établie. Évitez tout ce qui est propre à détourner l’attention de l’objet. Il faut se garder tout particulièrement de toute affectation d’un sentiment qui n’est pas réel. S’il y a affectation de sentiment, le plus souvent les autres voient et sentent que c’est de l’affectation, et non de la réalité. En tout cas, l’Esprit de Dieu le sait, il en sera attristé et quittera les lieux. D’autre part, toute résistance à l’Esprit détruira tout autant la réunion. Il n’est pas rare qu’il y ait des gens si froids que, si quelqu’un se mettait à prier dans l’esprit de prière, ils appelleraient cela du fanatisme, et peut-être éclateraient en opposition.
11. Si des personnes refusent de prier quand on fait appel à elles, cela nuit à une réunion de prière. Il y a des gens qui prétendent toujours n’avoir aucun don. Des femmes refusent quelquefois de prier à leur tour, et prétendent n’avoir aucune capacité pour prier. Mais si quelqu’un d’autre le disait, elles en seraient offensées. Supposez qu’elles apprennent que quelqu’un a fait une remarque comme celle-ci : « Ne lui demandez pas de prier ; elle ne sait pas prier ; elle n’a pas assez de talents » ; cela leur plairait-il ? De même pour un homme qui prétend n’avoir aucun don : que quelqu’un d’autre aille dire qu’il n’a pas assez de talents pour faire une prière convenable, et voyez si cela lui plaira. Ce prétexte n’est pas sincère ; ce n’est qu’une comédie.
Certains disent qu’ils ne peuvent pas prier en famille, qu’ils n’ont pas de don. Mais on ne saurait les offenser davantage qu’en disant qu’ils ne sont pas capables de faire une prière convenable devant leur propre famille. Ils répondraient : « Voyons, cet homme parle comme s’il croyait que personne d’autre que lui n’a de dons. » Les gens ne sont guère enclins à avoir d’eux-mêmes une si piètre opinion. J’ai souvent vu la malédiction de Dieu suivre de tels professants. Ils n’ont aucune excuse. Dieu n’en acceptera aucune. Cet homme a une langue pour parler à ses voisins, et il peut parler à Dieu s’il en a le cœur. Vous verrez leurs enfants non convertis, leur fils une malédiction, leur fille — la langue ne saurait le dire. Dieu dit qu’il répandra sa fureur sur les familles qui n’invoquent pas son nom. Si j’en avais le temps, je pourrais citer une foule de faits pour montrer que Dieu MARQUE de sa désapprobation et de sa malédiction ceux qui refusent de prier quand ils le devraient. Tant que ceux qui font profession de religion ne se repentiront pas de ce péché et ne prendront pas la croix (s’ils veulent appeler la prière une croix !) pour faire leur devoir, ils n’ont pas à s’attendre à une bénédiction.
12. Les réunions de prière sont souvent trop longues. On devrait toujours les clore pendant que les chrétiens ont encore du sentiment, et ne pas les prolonger jusqu’à ce que tout sentiment soit épuisé et que l’Esprit se soit retiré.
13. Les confessions sans cœur. Les gens confessent leurs péchés et ne les abandonnent pas. Chaque semaine, ils recommencent la même confession. Une longue confession, froide, terne et stupide cette semaine, puis la semaine suivante une autre toute pareille, sans abandonner aucun péché. Mais voyons, ils n’ont aucune intention d’abandonner leurs péchés ! Cela montre clairement qu’ils n’entendent pas se corriger. Toute leur religion consiste en ces confessions. Au lieu d’obtenir de Dieu une bénédiction par de telles confessions, ils ne s’attireront qu’une malédiction.
14. Quand les chrétiens passent tout le temps à prier pour eux-mêmes. Ils auraient dû le faire dans leur cabinet. Quand ils viennent à une réunion de prière, ils doivent être préparés à offrir des intercessions efficaces pour les autres. Si les chrétiens prient dans leur cabinet comme ils le doivent, ils auront à cœur de prier pour les pécheurs. S’ils prient exclusivement pour eux-mêmes dans leur cabinet, ils n’obtiendront pas l’esprit de prière. J’ai connu des hommes qui s’enfermaient des jours entiers pour prier pour eux-mêmes et qui n’obtenaient jamais aucune vie, parce que leurs prières étaient toutes égoïstes. Mais s’ils veulent seulement s’oublier eux-mêmes, ouvrir largement leur cœur et prier pour les autres, cela éveillera en eux un tel sentiment qu’ils pourront épancher leur cœur. Et alors ils pourront se mettre à l’œuvre pour les âmes. J’ai connu un homme, pendant un réveil, qui s’enferma dix-sept jours et pria comme s’il voulait amener Dieu à ses conditions ; mais cela ne servit à rien ; alors il sortit pour se mettre à l’œuvre, et aussitôt il eut l’Esprit de Dieu dans son âme. Il est bon que les chrétiens prient pour eux-mêmes et confessent leurs péchés, puis qu’ils ouvrent largement leur cœur, jusqu’à ce qu’ils éprouvent ce qu’ils doivent éprouver.
15. Les réunions de prière échouent souvent faute de remarques appropriées. On ne dit pas les choses propres à amener les gens à prier. Peut-être celui qui préside ne s’est-il pas préparé ; ou peut-être n’a-t-il pas les talents requis pour entraîner l’Église dans la prière, ou bien il n’amène pas leur esprit à s’arrêter sur les sujets de prière qui conviennent.
16. Quand des personnes qui, pour quelque raison, sont à juste titre mal vues, s’empressent de parler et de prier. De telles personnes tiennent parfois beaucoup à prendre part. Elles disent que c’est leur devoir de se lever et de rendre témoignage pour Dieu en toute occasion. Elles vous diront qu’elles savent bien qu’elles ne sont pas capables d’édifier l’Église, mais que personne d’autre ne peut faire leur devoir à leur place, et qu’elles désirent rendre témoignage. Peut-être le seul endroit où elles aient jamais rendu témoignage pour Dieu est-il une réunion de prière ; toute leur vie, hors de la réunion, rend témoignage contre Dieu. Elles feraient mieux de se taire.
17. Quand prennent part des personnes si illettrées qu’il est impossible que des gens de goût n’en soient pas rebutés. Les personnes cultivées ne peuvent les suivre, et leur esprit est inévitablement distrait. Je ne veux pas dire qu’il soit nécessaire d’avoir reçu une éducation libérale pour conduire la prière. Toutes les personnes d’une instruction ordinaire, surtout si elles ont l’habitude de prier, peuvent conduire la prière, si elles ont l’esprit de prière. Mais il y a des personnes qui emploient des expressions si absurdes et si incorrectes qu’elles ne peuvent manquer de rebuter tout esprit intelligent. On ne peut s’empêcher d’en être rebuté. Le sentiment de dégoût est une chose involontaire, et quand un objet rebutant est devant l’esprit, le sentiment est irrésistible. La piété n’empêchera personne de l’éprouver. Le seul moyen est d’ôter l’objet. Si de telles personnes veulent faire du bien, elles feraient mieux de garder le silence. Certaines d’entre elles peuvent être peinées de ne pas être invitées à prendre part. Mais il vaut mieux leur en dire avec bonté la raison que de voir la réunion de prière constamment compromise et rendue ridicule par leurs prestations.
18. Un manque d’union dans la prière. Quand l’un conduit, les autres ne suivent pas, mais pensent à autre chose. Leurs cœurs ne s’unissent pas, ne disent pas : Amen. C’est aussi fâcheux que si l’un présentait une requête et qu’un autre protestât contre elle. L’un demande à Dieu de faire une chose, et les autres lui demandent de ne pas la faire, ou d’en faire une autre.
La négligence de la prière secrète. Les chrétiens qui ne prient pas dans le secret ne peuvent s’unir avec puissance dans une réunion de prière, et ne peuvent avoir l’esprit de prière.
REMARQUES.
1. Une réunion de prière mal conduite fait souvent plus de mal que de bien. Dans beaucoup d’Églises, la manière habituelle de conduire les réunions de prière est telle que les chrétiens n’ont pas la moindre idée du but ni de la puissance de ces réunions. Elle est de nature à étouffer plutôt qu’à favoriser le sentiment pieux et l’esprit de prière.
2. Une réunion de prière est un indicateur de l’état de la religion dans une Église. Si l’Église néglige les réunions de prière, ou si elle y vient sans avoir l’esprit de prière, vous savez naturellement que la religion est en baisse. Qu’on me laisse entrer dans la réunion de prière, et je peux toujours y voir l’état de la religion.
3. Tout pasteur doit savoir que, si les réunions de prière sont négligées, tous ses travaux sont vains. À moins qu’il ne puisse amener les chrétiens à assister aux réunions de prière, tout ce qu’il pourra faire ne relèvera pas la vraie religion.
4. Une grande responsabilité repose sur celui qui préside une réunion de prière. Si la réunion de prière n’est pas ce qu’elle doit être, si elle n’élève pas l’état de la religion, il doit se mettre sérieusement à l’œuvre pour voir ce qui ne va pas, obtenir l’esprit de prière, et se préparer à faire des remarques propres à faire du bien et à remettre les choses en ordre. Celui qui préside n’a rien à faire à la tête des réunions de prière s’il n’est pas préparé, de tête et de cœur, à le faire. Je désire que vous qui présidez les réunions de prière de quartier de cette Église, vous preniez garde à ce point.
5. Les réunions de prière sont les plus difficiles de toutes à maintenir comme elles doivent l’être. Elles sont si spirituelles que, à moins que celui qui préside ne soit particulièrement préparé, de cœur et d’esprit, elles dépériront. C’est en vain que celui qui préside se plaint que les membres de l’Église n’y assistent pas. Neuf fois sur dix, c’est la faute de celui qui préside s’ils n’y assistent pas. S’il éprouvait ce qu’il doit éprouver, ils trouveraient les réunions si intéressantes qu’ils y assisteraient tout naturellement. S’il est si froid, si terne et si dépourvu de spiritualité qu’il glace tout, rien d’étonnant à ce que les gens ne viennent pas à la réunion. Les officiers de l’Église se plaignent souvent et grondent parce que les gens ne viennent pas à la réunion de prière, alors qu’en vérité ils sont eux-mêmes si froids qu’ils glacent à mort tous ceux qui viennent.
6. Les réunions de prière sont des réunions de la plus haute importance pour l’Église. Il importe grandement que les chrétiens maintiennent les réunions de prière : —
(1.) Pour favoriser l’union.
(2.) Pour accroître l’amour fraternel.
(3.) Pour cultiver la confiance chrétienne.
(4.) Pour favoriser leur propre croissance dans la grâce.
(5.) Pour entretenir et faire progresser la spiritualité.
7. Les réunions de prière doivent être assez nombreuses dans l’Église, et organisées de manière à exercer les dons de chacun de ses membres — hommes et femmes. Chacun doit avoir l’occasion de prier et d’exprimer les sentiments de son cœur, s’il en a. Les réunions de prière par sections de cette Église sont destinées à cela. Et si elles sont trop grandes pour cela, qu’on les divise, de manière à faire entrer toute la masse dans l’œuvre, à exercer tous les dons, et à répandre dans l’ensemble l’union, la confiance et l’amour fraternel.
8. Il importe que les pécheurs impénitents assistent toujours aux réunions de prière. S’il n’en vient aucun de lui-même, sortez et invitez-les. Les chrétiens doivent prendre grand soin d’amener leurs amis et leurs voisins impénitents aux réunions de prière. Ils peuvent mieux prier pour les pécheurs impénitents quand ils les ont là, sous leurs yeux. J’ai connu des réunions de prière de femmes qui excluaient les pécheurs. Et la raison en était qu’elles étaient si orgueilleuses qu’elles avaient honte de prier devant des pécheurs. Quel esprit ! De telles prières ne feront aucun bien. Elles sont une insulte à Dieu. Vous n’en avez nullement fait assez quand vous êtes allé vous-même à la réunion de prière. Vous ne pouvez pas prier, si vous n’avez invité aucun pécheur à y venir. Si toute l’Église a ainsi négligé son devoir, est allée à la réunion de prière sans emmener aucun pécheur avec elle, sans aucun sujet de prière — pour quoi est-elle venue ?
9. Le grand but de tous les moyens de grâce est de viser directement la conversion des pécheurs. Vous devez prier pour qu’ils soient convertis là même. Ne priez pas pour qu’ils soient réveillés et convaincus de péché, mais priez pour qu’ils soient convertis sur-le-champ. Personne ne doit prier ou faire des remarques comme s’il s’attendait à ce qu’un seul pécheur s’en aille sans avoir donné son cœur à Dieu. Vous devez tous faire comprendre au pécheur que c’est MAINTENANT qu’il doit se soumettre. Et si vous le faites, avant que vous ayez cessé de parler, Dieu exaucera. Si les chrétiens montraient clairement qu’ils ont réellement à cœur la conversion des pécheurs, qu’ils y sont résolus et qu’ils prient comme ils le doivent, il se tiendrait rarement une réunion de prière sans que des âmes soient converties, et parfois tous les pécheurs présents dans la salle. C’est le moment même, s’il en est un, où les pécheurs devraient être convertis en réponse à ces prières. Je ne doute pas que vous ne puissiez voir des pécheurs convertis dans chaque réunion de prière de section, si vous faites votre devoir. Amenez-les là, amenez-y vos familles, vos amis ou vos voisins dans ce dessein, donnez-leur l’instruction qui convient, s’ils ont besoin d’instruction, et priez pour eux comme vous le devez, et vous sauverez leurs âmes. Comptez-y : si vous faites votre devoir, et de la bonne manière, Dieu ne retiendra pas sa bénédiction, et l’œuvre se fera.
Chapitre 10 terminé
Discours VIII. Les réunions de prière