Discours sur les réveils religieux
Discours VII. Être rempli de l’Esprit

Chapitre 9 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute

Discours VII. Être rempli de l’Esprit

DISCOURS VII.

ÊTRE REMPLI DE L’ESPRIT

Texte. — Soyez remplis de l’Esprit. — Éphésiens 5:18.

PLUSIEURS de mes derniers discours ont porté sur la prière, sur l’importance d’avoir l’esprit de prière, sur l’intercession du Saint-Esprit. Chaque fois que l’on expose la nécessité et l’importance des influences de l’Esprit, il ne fait aucun doute que les gens courent le risque d’abuser de cette doctrine et de la pervertir à leur propre détriment. Par exemple, quand vous dites aux pécheurs que sans le Saint-Esprit ils ne se repentiront jamais, ils sont très enclins à pervertir la vérité et à comprendre qu’ils ne peuvent pas se repentir, et que par conséquent ils n’ont aucune obligation de le faire tant qu’ils ne sentent pas l’Esprit. Il est souvent difficile de leur faire voir que tout ce « ne peuvent pas » réside dans leur mauvaise volonté, et non dans leur incapacité. De même, quand nous disons aux chrétiens qu’ils ont besoin du secours de l’Esprit pour prier, ils sont très portés à croire qu’ils n’ont aucune obligation de faire la prière de la foi tant qu’ils ne sentent pas les influences de l’Esprit. Ils perdent de vue leur obligation d’être remplis de l’Esprit, attendent que l’esprit de prière vienne sur eux sans qu’ils l’aient demandé, et ainsi ils tentent Dieu.

Avant d’aborder l’autre catégorie de moyens propres à favoriser un réveil, c’est-à-dire les moyens à employer avec les pécheurs, je veux vous montrer que, si vous vivez sans l’Esprit, vous êtes inexcusables. L’obligation d’accomplir un devoir ne repose jamais sur cette condition que nous ayons d’abord l’influence de l’Esprit, mais sur les facultés qui font de nous des agents moraux. En tant qu’agents moraux, nous avons le pouvoir d’obéir à Dieu, nous sommes absolument tenus d’obéir, et si nous n’obéissons pas, c’est que nous ne le voulons pas. Les influences de l’Esprit sont entièrement affaire de grâce. Si elles étaient indispensables pour nous rendre capables d’accomplir notre devoir, les accorder ne serait pas un acte de grâce, mais une simple affaire de justice élémentaire. Les pécheurs ne sont pas tenus de se repentir parce qu’ils ont l’influence de l’Esprit, ou parce qu’ils peuvent l’obtenir, mais parce qu’ils sont des agents moraux et qu’ils possèdent les facultés que Dieu leur demande d’exercer. Il en est de même des chrétiens. Ils ne sont pas tenus de prier avec foi parce qu’ils ont l’Esprit (sauf dans les cas où ses influences, en faisant naître le désir, constituent la preuve que c’est la volonté de Dieu d’accorder l’objet de ce désir), mais parce qu’ils ont des preuves. Ils ne sont nullement tenus de prier avec foi, sauf lorsqu’ils ont des preuves pour fonder leur foi. Il leur faut des preuves tirées des promesses, ou d’un principe, ou d’une prophétie, ou de la providence. Et lorsqu’ils ont des preuves indépendantes de ses influences, ils sont tenus d’exercer la foi, qu’ils aient ou non l’influence de l’Esprit. Ils sont tenus de voir ces preuves et de croire. L’Esprit n’est pas donné pour les rendre capables de voir ou de croire, mais parce que, sans lui, ils ne voudront pas regarder, ni sentir, ni agir comme ils le devraient. Je me propose ce soir de montrer, d’après le texte :

I. Que les chrétiens peuvent être remplis de l’Esprit de Dieu.

II. Que c’est leur devoir d’être remplis de l’Esprit.

III. Pourquoi ils ne sont pas remplis de l’Esprit.

IV. La culpabilité de ceux qui n’ont pas l’Esprit de Dieu pour conduire leur âme dans le devoir et dans la prière.

V. Les conséquences qui suivront s’ils sont remplis de l’Esprit.

VI. Les conséquences s’ils ne le sont pas.

I. Je dois vous montrer que vous pouvez avoir l’Esprit. Non parce que ce serait une affaire de justice que Dieu vous donne son Esprit, mais parce qu’il a promis de le donner à ceux qui le lui demandent. « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. » Si vous demandez le Saint-Esprit, Dieu a promis de le donner.

Mais en outre, Dieu vous a commandé de l’avoir. Il dit dans le texte : « Soyez remplis de l’Esprit. » Quand Dieu nous commande de faire une chose, c’est la plus haute preuve possible que nous pouvons la faire. Que Dieu commande, cela équivaut à un serment que nous pouvons le faire. Il n’a aucun droit de commander si nous n’avons pas le pouvoir d’obéir. On ne peut s’arrêter en deçà de cette conclusion : si Dieu commande ce qui est impraticable, il est un tyran infini.

II. Je dois montrer, en second lieu, que c’est votre devoir.

1. Parce que vous en avez la promesse.

2. Parce que Dieu l’a commandé.

3. Il est essentiel à votre propre croissance dans la grâce que vous soyez remplis de l’Esprit.

4. C’est aussi important que d’être sanctifiés.

5. C’est aussi nécessaire que d’être utiles et de faire du bien dans le monde.

6. Si vous n’avez pas en vous l’Esprit de Dieu, vous déshonorerez Dieu, vous ferez honte à l’Église, puis vous mourrez et vous irez en enfer.

III. Pourquoi beaucoup n’ont pas l’Esprit. Il y en a qui, même parmi ceux qui font profession de religion, diront : « Je ne sais rien de tout cela ; je n’ai jamais fait une telle expérience ; ou bien ce n’est pas vrai, ou bien je suis complètement dans l’erreur. » Sans doute êtes-vous complètement dans l’erreur, si vous ne savez rien de l’influence de l’Esprit. Je veux vous présenter quelques-unes des raisons qui peuvent vous empêcher d’être remplis de l’Esprit.

1. Il se peut que vous meniez une vie hypocrite. Vos prières ne sont ni ardentes ni sincères. Non seulement votre religion n’est qu’une simple façade, sans aucun cœur, mais vous manquez de sincérité dans vos rapports avec les autres. Ainsi vous faites beaucoup de choses qui attristent l’Esprit, de sorte qu’il ne peut demeurer avec vous.

Un pasteur prenait autrefois pension dans une certaine famille, et la maîtresse de maison se plaignait constamment de ne pas jouir de la paix de l’âme ; rien ne semblait lui venir en aide. Un jour, quelques dames vinrent lui rendre visite ; elle protesta qu’elle était très offensée qu’elles ne fussent pas venues plus tôt, les pressa de rester et de passer la journée, et déclara qu’elle ne pouvait pas consentir à les laisser partir. Elles s’excusèrent pourtant et quittèrent la maison ; et dès qu’elles furent parties, elle dit à sa servante qu’elle s’étonnait que ces gens eussent assez peu de bon sens pour venir toujours la déranger et lui prendre son temps. Le pasteur l’entendit ; il la reprit aussitôt et lui dit qu’elle pouvait voir maintenant pourquoi elle ne jouissait pas de la religion. C’était parce qu’elle avait l’habitude quotidienne d’une insincérité qui équivalait à un franc mensonge. Et l’Esprit de vérité ne pouvait demeurer dans un tel cœur.

2. D’autres ont tant de légèreté que l’Esprit ne veut pas demeurer avec eux. L’Esprit de Dieu est solennel et grave, et il ne demeure pas avec ceux qui s’abandonnent à une légèreté irréfléchie.

3. D’autres sont si orgueilleux qu’ils ne peuvent avoir l’Esprit. Ils aiment tant la toilette, la vie mondaine, les équipages, la mode, etc., qu’il n’est pas étonnant qu’ils ne soient pas remplis de l’Esprit. Et pourtant ces personnes feront semblant de ne pas comprendre pourquoi elles ne jouissent pas de la religion !

4. Certains ont l’esprit si mondain, aiment tant les biens et s’efforcent tant de s’enrichir qu’ils ne peuvent avoir l’Esprit. Comment pourrait-il demeurer avec eux, quand toutes leurs pensées sont tournées vers les choses du monde et que toutes leurs facultés sont absorbées par l’acquisition des richesses ? Et quand ils les ont acquises, ils s’y cramponnent, et ils souffrent si leur conscience les presse de faire quelque chose pour la conversion du monde. Ils montrent combien ils aiment le monde dans tous leurs rapports avec les autres. Les petites choses le montrent. Ils pressureront jusqu’au dernier sou un pauvre homme qui leur fait un petit travail. S’ils traitent une affaire importante, il est fort probable qu’ils se montreront larges et équitables, parce que c’est leur intérêt. Mais s’il s’agit de quelqu’un dont ils ne se soucient pas, un journalier, un artisan ou un domestique, ils l’écraseront jusqu’à la dernière fraction, quelle que soit la valeur réelle de son travail ; et ils prétendent même s’en faire un cas de conscience, comme s’ils ne pouvaient absolument pas donner davantage. Or ils auraient honte d’agir ainsi avec des gens de leur rang, parce que cela se saurait et nuirait à leur réputation. Mais Dieu le sait, et il a tout inscrit : ils sont cupides et malhonnêtes dans leurs affaires, et ne veulent agir avec droiture que lorsque c’est leur intérêt. Or comment de tels professants pourraient-ils avoir l’Esprit de Dieu ? C’est impossible.

Il y a une multitude de choses semblables, par lesquelles l’Esprit de Dieu est attristé. Les gens les appellent de petits péchés, mais Dieu ne les appellera pas petits. J’ai été frappé de cette pensée en voyant un petit avis dans l’Evangelist. Les éditeurs déclaraient qu’ils avaient plusieurs milliers de dollars entre les mains de leurs abonnés, somme qui leur était légitimement due, et qu’il leur en coûterait autant qu’elle valait d’envoyer un agent la recouvrer. Je suppose qu’il en est de même de tous les autres journaux religieux : les abonnés, ou bien obligent l’éditeur à la peine et aux frais d’envoyer un agent recouvrer son dû, ou bien le frustrent de ce qui lui revient. Il y a sans doute je ne sais combien de milliers de dollars ainsi retenus par des gens qui font profession de religion, simplement parce qu’il s’agit de petites sommes, ou parce qu’ils habitent si loin qu’on ne peut les poursuivre en justice. Et pourtant ces gens prieront, paraîtront très pieux, et s’étonneront de ne pouvoir jouir de la religion et avoir l’Esprit de Dieu ! C’est ce relâchement des principes moraux, ce manque de conscience dans les petites choses, répandu dans l’Église, qui attriste le Saint-Esprit et l’éloigne. Mais voyons, ce serait un déshonneur pour Dieu de demeurer et d’avoir communion avec de telles personnes, qui prennent avantage de leur prochain et le frustrent de son dû, parce qu’elles peuvent le faire sans être déshonorées.

5. D’autres ne confessent pas pleinement leurs péchés et ne les délaissent pas, et ne peuvent donc jouir de la présence de l’Esprit. Ils confesseront peut-être leurs péchés en termes généraux, et ils sont toujours prêts à reconnaître qu’ils sont pécheurs. Ou bien ils confesseront en partie quelques péchés particuliers. Mais ils le font avec réserve, avec orgueil, avec précaution, comme s’ils avaient peur d’en dire un peu plus qu’il n’est nécessaire ; je veux dire quand ils confessent aux hommes les torts qu’ils leur ont faits. Ils le font d’une manière qui montre qu’au lieu de jaillir d’un cœur franc, la confession leur est arrachée par la main de la conscience qui les étreint. S’ils ont fait du tort à quelqu’un, ils feront une rétractation partielle, dure, cruelle et hypocrite, puis ils demanderont : « Eh bien, frère, êtes-vous satisfait ? » Et vous savez qu’il serait très difficile à quelqu’un de dire qu’il n’est pas satisfait, même si la confession est froide et sans cœur. Mais moi, je vous dis que Dieu n’est pas satisfait. Il sait si vous êtes allés jusqu’au bout d’une confession honnête et si vous avez pris sur vous tout le blâme qui vous revient. Si vos confessions ont été contraintes et arrachées, pensez-vous pouvoir tromper Dieu ? « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, Mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde. » « celui qui s’abaisse sera élevé. » À moins que vous ne vous abaissiez tout à fait, que vous ne confessiez honnêtement vos péchés et que vous ne répariez là où vous avez fait du tort, vous n’avez aucun droit de vous attendre à l’esprit de prière.

6. D’autres négligent quelque devoir connu, et c’est la raison pour laquelle ils n’ont pas l’Esprit. L’un ne prie pas avec sa famille, bien qu’il sache qu’il devrait le faire, et pourtant il cherche à obtenir l’esprit de prière ! Il y a plus d’un jeune homme qui sent dans son cœur qu’il devrait se préparer au ministère, et qui n’a pas l’esprit de prière parce qu’il poursuit quelque but mondain qui l’empêche de se consacrer à l’œuvre. Il a connu son devoir, il refuse de l’accomplir, et maintenant il prie pour que l’Esprit de Dieu le dirige. Il ne peut l’obtenir. Un autre a négligé de faire profession de religion. Il connaît son devoir, mais il refuse de se joindre à l’Église. Il a eu autrefois l’esprit de prière, mais en négligeant son devoir il a attristé l’Esprit et l’a éloigné. Et maintenant il pense que, s’il pouvait jouir encore une fois de la lumière de la face de Dieu et voir se renouveler les preuves de son espérance, il ferait son devoir et se joindrait à l’Église. Et ainsi il prie de nouveau pour cela, et il essaie d’amener Dieu à ses conditions, pour qu’il lui accorde sa présence. N’y comptez pas. Vous vivrez et vous mourrez dans les ténèbres, à moins que vous ne consentiez à faire d’abord votre devoir, avant que Dieu se manifeste à vous comme réconcilié. Il est vain de dire que vous vous avancerez si Dieu vous montre d’abord la lumière de sa face. Il ne le fera jamais, aussi longtemps que vous vivrez ; il vous laissera mourir sans elle, si vous refusez de faire votre devoir.

J’ai connu des femmes qui sentaient qu’elles devaient parler à leurs maris inconvertis et prier avec eux, mais elles l’ont négligé, et ainsi elles sont tombées dans les ténèbres. Elles connaissaient leur devoir et refusaient de l’accomplir ; elles l’ont contourné, et c’est là qu’elles ont perdu l’esprit de prière.

Si vous avez négligé quelque devoir connu et perdu ainsi l’esprit de prière, c’est vous qui devez céder le premier. Dieu a un différend avec vous ; vous avez refusé d’obéir à Dieu, et vous devez revenir sur ce refus. Vous l’avez peut-être oublié, mais Dieu ne l’a pas oublié, et vous devez vous appliquer à vous le rappeler et à vous en repentir. Dieu ne cédera jamais et ne vous accordera jamais son Esprit tant que vous ne vous serez pas repentis. Si j’avais en ce moment un œil qui voit tout, je pourrais appeler par leur nom les personnes de cette assemblée qui ont négligé quelque devoir connu, ou commis quelque péché dont elles ne se sont pas repenties, et qui prient maintenant pour obtenir l’esprit de prière, mais sans pouvoir y parvenir.

Pour illustrer cela, je vais raconter un cas. Un homme de bien, dans l’ouest de cet État, était depuis longtemps un chrétien engagé, et il avait l’habitude de parler à l’Église endormie dont il était membre. À la longue, l’Église s’offensa et perdit patience, et beaucoup lui dirent qu’ils voudraient bien qu’il les laissât tranquilles, qu’ils ne pensaient pas qu’il pût leur faire aucun bien. Il les prit au mot, et ils s’endormirent tous ensemble, et restèrent ainsi deux ou trois ans. À la longue, un pasteur vint parmi eux et un réveil commença ; mais cet ancien semblait avoir perdu sa spiritualité. Lui qui était autrefois en avant dans toute bonne œuvre se tenait maintenant en arrière. Tout le monde trouvait cela inexplicable. Enfin, comme il rentrait chez lui un soir, la vérité de sa situation éclata dans son esprit, et pendant quelques minutes il tomba dans un désespoir absolu. À la fin, ses pensées furent ramenées à cette résolution coupable de laisser l’Église dans ses péchés. Il sentit qu’aucun langage ne pourrait décrire la noirceur de ce péché. Il comprit en cet instant ce que c’est que d’être perdu, et de découvrir que Dieu a un différend avec soi. Il vit que c’était un mauvais esprit qui avait inspiré cette résolution : le même qui fit dire à Moïse : « rebelles! » Il s’humilia sur-le-champ, et Dieu répandit sur lui son Esprit. Peut-être certains d’entre vous qui m’écoutez sont-ils exactement dans cette situation. Vous avez dit quelque chose de blessant ou de désobligeant à quelqu’un. Peut-être était-ce de l’humeur envers un domestique qui était chrétien. Ou peut-être était-ce une parole de censure sur un pasteur ou sur quelque autre personne. Peut-être vous êtes-vous fâchés parce qu’on n’avait pas suivi votre avis, ou parce qu’on avait porté atteinte à votre dignité. Sondez-vous à fond, et voyez si vous ne pouvez pas découvrir ce péché. Peut-être l’avez-vous oublié. Mais Dieu ne l’a pas oublié, et il ne pardonnera jamais votre conduite peu chrétienne tant que vous ne vous serez pas repentis. Dieu ne peut pas passer là-dessus. Cela ne servirait à rien qu’il le fasse. À quoi servirait-il de pardonner, pendant que le péché envenime encore votre cœur ?

7. Peut-être avez-vous résisté à l’Esprit de Dieu. Peut-être avez-vous l’habitude de résister à l’Esprit. Vous résistez à la conviction. Dans la prédication, quand on a dit quelque chose qui atteignait votre cas, votre cœur s’est soulevé contre et a résisté. Beaucoup veulent bien entendre une prédication franche et pénétrante tant qu’ils peuvent l’appliquer tout entière aux autres ; un esprit misanthrope leur fait trouver de la satisfaction à entendre sonder et reprendre les autres ; mais si la vérité les touche eux, ils s’écrient aussitôt que c’est personnel et injurieux. Est-ce votre cas ?

8. Le fait est que vous ne désirez pas l’Esprit tout bien considéré. C’est vrai dans tous les cas où vous n’avez pas l’Esprit. Qu’on ne se méprenne pas sur ma pensée. Je veux que vous fassiez soigneusement la distinction. Rien n’est plus commun que de désirer une chose à certains égards, sans la choisir tout bien considéré. Quelqu’un peut voir dans un magasin un article qu’il désire acheter ; il entre, demande le prix, y réfléchit un peu et, tout bien considéré, décide de ne pas l’acheter. Il désire l’article, mais le prix ne lui plaît pas, ou il ne veut pas faire cette dépense, de sorte que, tout compte fait, il préfère ne pas l’acheter. Voilà pourquoi il ne l’achète pas. De même, on peut désirer l’Esprit de Dieu à certains égards : en considération du réconfort et de la joie du cœur qu’il apporte. Si vous savez par expérience ce que c’est que d’être en communion avec Dieu, combien il est doux de se fondre dans la repentance et d’être rempli de l’Esprit, vous ne pouvez que désirer le retour de ces joies. Et vous pouvez vous mettre à prier ardemment pour cela, et à prier pour un réveil religieux. Mais, tout bien considéré, vous ne voulez pas qu’il vienne. Vous avez tant à faire que vous ne pouvez vous en occuper. Ou bien il exigera tant de sacrifices que vous ne pouvez supporter de l’avoir. Il y a certaines choses auxquelles vous ne voulez pas renoncer. Vous découvrez que, si vous voulez que l’Esprit de Dieu demeure avec vous, il vous faut mener une autre vie, renoncer au monde, faire des sacrifices, rompre avec vos compagnons mondains et confesser vos péchés. Et ainsi, tout bien considéré, vous ne choisissez pas qu’il vienne, à moins qu’il ne consente à demeurer avec vous en vous laissant vivre à votre guise. Mais cela, il ne le fera jamais.

9. Peut-être ne priez-vous pas pour avoir l’Esprit ; ou bien vous priez sans employer d’autres moyens, ou vous priez sans agir conformément à vos prières. Ou bien vous employez des moyens propres à les contrarier. Ou bien vous demandez, et dès qu’il vient et commence à toucher votre âme, vous l’attristez aussitôt et refusez de marcher avec lui.

IV. Je dois montrer la grande culpabilité qu’il y a à ne pas avoir l’Esprit de Dieu.

1. Votre culpabilité est exactement aussi grande que l’est l’autorité de Dieu, qui vous commande d’être remplis de l’Esprit. Dieu le commande, et c’est tout autant une désobéissance aux commandements de Dieu que de jurer, de voler, de commettre adultère ou de violer le sabbat. Pensez-y. Et pourtant il y a beaucoup de gens qui ne se reprochent nullement de ne pas avoir l’Esprit. Ils se croient même des chrétiens tout à fait pieux, parce qu’ils vont aux réunions de prière, qu’ils prennent la communion, et ainsi de suite, bien qu’ils vivent année après année sans l’Esprit de Dieu. Or, vous le voyez, le même Dieu qui dit : « Ne vous enivrez pas », dit aussi : « Soyez remplis de l’Esprit. » Vous dites tous que, si un homme est un meurtrier habituel ou un voleur, il n’est pas chrétien. Pourquoi ? Parce qu’il vit dans une désobéissance habituelle à Dieu. De même, s’il jure, vous n’avez pour lui aucune indulgence. Vous ne lui permettrez pas d’alléguer que son cœur est droit et que les paroles ne sont rien, que Dieu ne se soucie nullement des paroles. Vous trouveriez scandaleux d’avoir un tel homme dans l’Église, ou qu’une troupe de gens semblables prétende s’appeler une Église de Christ. Et pourtant ils ne vivent pas plus absolument dans la désobéissance à Dieu que vous, qui vivez sans l’esprit de prière et sans la présence de Dieu.

2. Votre culpabilité égale tout le bien que vous pourriez faire si vous aviez l’Esprit de Dieu dans une mesure aussi grande que c’est votre devoir de l’avoir, et que vous pourriez l’avoir. Vous, anciens de cette Église ! que de bien vous pourriez faire si vous aviez l’Esprit ! Et vous, moniteurs de l’école du dimanche, que de bien vous pourriez faire ; et vous aussi, membres de l’Église, si vous étiez remplis de l’Esprit, vous pourriez faire un bien immense, un bien infini. Eh bien, votre culpabilité est tout aussi grande. Voici une bénédiction promise, et vous pouvez l’avoir en faisant votre devoir. Vous êtes entièrement responsables devant l’Église et devant Dieu de tout ce bien que vous pourriez faire. Un homme est responsable de tout le bien qu’il peut faire.

3. Votre culpabilité se mesure en outre à tout le mal que vous faites parce que vous n’avez pas l’Esprit. Vous êtes un déshonneur pour la religion. Vous êtes une pierre d’achoppement pour l’Église et pour le monde. Et votre culpabilité est aggravée par toutes les diverses influences que vous exercez. Et cela se verra au jour du jugement.

V. Les conséquences qu’il y a à avoir l’Esprit.

1. On vous traitera d’excentriques ; et probablement vous le mériterez. Probablement vous serez réellement excentriques. Je n’ai jamais connu une personne remplie de l’Esprit qu’on n’ait pas traitée d’excentrique. Et la raison en est que ces personnes ne ressemblent pas aux autres. Ce terme est toujours un terme de comparaison. Il y a donc les meilleures raisons du monde pour que de telles personnes paraissent excentriques. Elles agissent sous d’autres influences, ont d’autres vues, sont mues par d’autres motifs, conduites par un autre esprit. Vous devez vous attendre à de telles remarques. Combien de fois n’ai-je pas entendu dire de telle ou telle personne : « C’est un homme très bon — mais il est un peu excentrique. » J’ai parfois demandé des détails : en quoi consiste son excentricité ? J’entends l’énumération, et en somme elle revient à ceci : il est spirituel. Préparez-vous à cela, à être excentriques. Il existe une excentricité affectée. Horrible ! Mais il est aussi possible d’être si profondément pénétré de l’Esprit de Dieu que vous devez agir, et agirez, de manière à paraître étranges et excentriques à ceux qui ne peuvent comprendre les raisons de votre conduite.

2. Si vous avez beaucoup de l’Esprit de Dieu, il n’est pas improbable que beaucoup vous croient dérangés d’esprit. Nous jugeons les hommes dérangés quand ils agissent autrement que ce qui nous paraît prudent et conforme au sens commun, et quand ils arrivent à des conclusions dont nous ne voyons pas de bonnes raisons. Paul fut accusé d’avoir perdu la raison par ceux qui ne comprenaient pas les vues qui le faisaient agir. Sans doute Festus pensa-t-il que cet homme était fou, et que son grand savoir le faisait déraisonner. Mais Paul dit : « Je ne suis point fou, très excellent Festus. » Sa conduite était si étrange, si nouvelle, que Festus pensa qu’il devait s’agir de folie. Mais la vérité était qu’il voyait simplement le sujet si clairement qu’il y jetait son âme tout entière. Ils étaient entièrement dans les ténèbres quant au motif qui le faisait agir. Ce n’est nullement rare. Une multitude de gens ont paru dérangés aux yeux de ceux qui n’avaient aucune spiritualité. Pourtant ils voyaient de bonnes raisons d’agir comme ils le faisaient. Dieu conduisait leur esprit à agir de telle manière que ceux qui n’étaient pas spirituels ne pouvaient en voir les raisons. Vous devez vous y préparer, et cela d’autant plus que vous vivrez davantage au-dessus du monde et marcherez avec Dieu.

3. Si vous avez l’Esprit de Dieu, attendez-vous à ressentir une grande détresse à la vue de l’état de l’Église et du monde. Certains épicuriens spirituels demandent l’Esprit parce qu’ils pensent qu’il les rendra parfaitement heureux. Certaines personnes pensent que les chrétiens spirituels sont toujours très heureux et exempts de chagrin.

Il n’y eut jamais de plus grande erreur. Lisez vos Bibles, et voyez comme les prophètes et les apôtres gémissaient toujours et étaient dans la détresse à la vue de l’état de l’Église et du monde. L’apôtre Paul dit qu’il portait toujours dans son corps la mort du Seigneur Jésus. Chaque jour je suis exposé à la mort, je l’atteste, dit-il. Vous saurez ce que c’est que de sympathiser avec le Seigneur Jésus-Christ, et d’être baptisés du baptême dont il a été baptisé. Oh ! quelle agonie fut la sienne à la vue de l’état des pécheurs ! quel travail d’enfantement son âme souffrit pour leur salut ! Plus vous aurez de son Esprit, plus clairement vous verrez l’état des pécheurs, et plus profonde sera votre détresse à leur sujet. Bien des fois vous sentirez que vous ne pouvez vivre à la vue de leur situation ; votre détresse sera inexprimable. Paul dit, en Romains 9:1-3 : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit: J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair. »

4. Vous serez souvent attristés par l’état du ministère. Il y a quelques années, je rencontrai une femme appartenant à l’une des Églises de cette ville. Je m’informai auprès d’elle de l’état de la religion ici. Elle semblait peu disposée à en dire beaucoup, fit quelques remarques générales, puis sa voix s’étrangla, ses yeux se remplirent de larmes, et elle dit : « Oh ! l’esprit de notre pasteur semble être dans de grandes ténèbres. » Les chrétiens spirituels éprouvent souvent ce sentiment, et souvent ils en pleurent. J’en ai beaucoup vu, et j’ai souvent trouvé des chrétiens qui pleuraient et gémissaient en secret de voir les ténèbres où se trouvait l’esprit des pasteurs à l’égard de la religion, leur attachement à la terre et leur crainte des hommes ; mais ils n’osaient en parler, de peur d’être dénoncés et menacés, et peut-être chassés de l’Église. Je ne dis pas ces choses par esprit de censure, pour faire des reproches à mes frères, mais parce qu’elles sont vraies. Et les pasteurs doivent savoir que rien n’est plus commun que de voir des chrétiens spirituels se sentir accablés et affligés de l’état du ministère. Je ne voudrais éveiller aucun sentiment mauvais envers les pasteurs, mais il est temps qu’on sache que les chrétiens reçoivent souvent des vues spirituelles des choses, que leur âme s’embrase, et qu’ils découvrent alors que leur pasteur n’entre pas dans leurs sentiments, qu’il est bien au-dessous de ce qu’il devrait être et, en spiritualité, bien au-dessous de certains membres de son Église. C’est là l’un des maux les plus saillants et les plus profondément déplorables de notre temps. La piété du ministère, bien que réelle, est, dans bien des cas, si superficielle que la partie spirituelle de l’Église sent que les pasteurs ne peuvent sympathiser avec elle, et qu’ils ne le font pas. Leur prédication ne répond pas à ses besoins, elle ne la nourrit pas, elle ne rejoint pas son expérience. Le pasteur n’a pas une expérience religieuse assez profonde pour savoir sonder et réveiller l’Église, secourir ceux qui sont tentés, soutenir les faibles, diriger les forts et les conduire à travers tous les labyrinthes et tous les dédales dont leur chemin peut être semé. Quand un pasteur a mené une Église aussi loin que va sa propre expérience des exercices spirituels, il s’arrête là ; et tant qu’il n’aura pas fait une expérience nouvelle, tant qu’il n’aura pas été converti de nouveau, que son cœur n’aura pas été défriché à neuf et qu’il n’aura pas été remis en marche dans la vie divine et l’expérience chrétienne, il ne les aidera plus. Il peut prêcher une saine doctrine, un pasteur inconverti le peut aussi ; mais, après tout, sa prédication manquera de ce mordant pénétrant, de cette portée pratique, de cette onction qui seule peut atteindre le cas d’un chrétien à l’esprit spirituel. C’est un fait dont l’Église gémit, que la piété des jeunes gens souffre tellement au cours de leurs études que, lorsqu’ils entrent dans le ministère, quel que soit le bagage intellectuel qu’ils possèdent, ils sont dans un état de première enfance spirituelle. Ils ont besoin qu’on les soigne, et il leur faudrait plutôt être nourris eux-mêmes que d’entreprendre de nourrir l’Église de Dieu.

5. Si vous avez beaucoup de l’Esprit de Dieu, préparez-vous à rencontrer beaucoup d’opposition, dans l’Église comme dans le monde. Il est fort probable que les hommes les plus en vue de l’Église s’opposeront à vous. Il y a toujours eu de l’opposition dans l’Église. Il en fut ainsi quand Christ était sur la terre. Si vous êtes bien au-dessus de leur état d’âme, les membres de l’Église s’opposeront à vous. Si quelqu’un veut vivre pieusement en Jésus-Christ, il doit s’attendre à la persécution. Souvent les anciens, et même le pasteur, s’opposeront à vous, si vous êtes remplis de l’Esprit de Dieu.

6. Attendez-vous à des combats très fréquents et très douloureux avec Satan. Satan a très peu de peine avec les chrétiens qui ne sont pas spirituels, mais tièdes, paresseux et mondains. Et ceux-là ne comprennent pas ce qu’on dit des combats spirituels. Peut-être sourient-ils quand on parle de ces choses. Aussi le diable les laisse-t-il tranquilles. Ils ne le dérangent pas, ni lui eux. Mais les chrétiens spirituels, il le comprend très bien, lui font un tort immense, et c’est pourquoi il se dresse contre eux. De tels chrétiens ont souvent de terribles combats. Ils ont des tentations auxquelles ils n’avaient jamais pensé auparavant : des pensées blasphématoires, l’athéisme, des suggestions de commettre des actes de méchanceté, de s’ôter la vie, et d’autres choses semblables. Et si vous êtes spirituels, vous pouvez vous attendre à ces terribles combats.

7. Vous aurez avec vous-mêmes des combats plus grands que vous ne l’avez jamais imaginé. Vous trouverez parfois que vos propres corruptions font d’étranges progrès contre l’Esprit : « la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair. » Un tel chrétien est souvent consterné par la puissance de ses propres corruptions. L’un des commodores des États-Unis était, m’a-t-on dit, un homme spirituel ; et son pasteur m’a raconté qu’il avait vu cet homme couché sur le plancher, gémissant une grande partie de la nuit, en lutte avec ses propres corruptions, et criant à Dieu dans l’angoisse pour qu’il brise la puissance de la tentation. Il semblait que le diable fût résolu à le perdre ; et ses propres sentiments étaient, pour un temps, presque ligués avec le diable.

8. Mais vous aurez la paix avec Dieu. Si l’Église, les pécheurs et le diable s’opposent à vous, il y en aura un avec qui vous aurez la paix. Vous qui êtes appelés à ces épreuves, à ces combats, à ces tentations, et qui gémissez, priez, pleurez et avez le cœur brisé, souvenez-vous de cette considération : votre paix, pour ce qui est de vos sentiments envers Dieu, coulera comme un fleuve.

9. Vous aurez aussi la paix de la conscience, si vous êtes conduits par l’Esprit. Vous ne serez pas constamment aiguillonnés et mis à la torture par une conscience coupable. Votre conscience sera calme et paisible, sans une ride, comme le lac en été.

10. Si vous êtes remplis de l’Esprit, vous serez utiles. Vous ne pourrez pas vous empêcher d’être utiles. Même si vous étiez malades, incapables de sortir de votre chambre ou de converser, et ne voyant personne, vous seriez dix fois plus utiles que cent de ces chrétiens ordinaires qui n’ont aucune spiritualité. Pour vous en donner une idée, je vais raconter une anecdote. Un homme pieux de l’ouest de cet État était atteint de consomption. C’était un homme pauvre, et il fut malade pendant des années. Un négociant inconverti de l’endroit, qui avait bon cœur, lui envoyait de temps en temps quelque chose pour son confort ou pour sa famille. Le malade était reconnaissant de cette bonté, mais il ne pouvait la rendre comme il l’aurait voulu. Enfin il résolut que la meilleure manière de la rendre serait de prier pour le salut de cet homme ; il se mit à prier, son âme s’embrasa, et il saisit Dieu. Il n’y avait pas de réveil dans cet endroit, mais, au bout de quelque temps, à l’étonnement de tous, ce négociant se déclara ouvertement du côté du Seigneur. Le feu s’alluma dans tout l’endroit, un puissant réveil suivit, et une multitude de gens furent convertis.

Ce pauvre homme languit ainsi plusieurs années, puis mourut. Après sa mort, je visitai l’endroit, et sa veuve me mit entre les mains son journal. Entre autres choses, il dit dans ce journal : « Je connais une trentaine de pasteurs et d’Églises. » Il se met ensuite à consacrer certaines heures de la journée et de la semaine à prier pour chacun de ces pasteurs et chacune de ces Églises, ainsi que certains moments à prier pour les différentes stations missionnaires. Puis venaient, à différentes dates, des faits comme ceux-ci : « Aujourd’hui », avec la date, « j’ai pu offrir ce que j’appelle la prière de la foi pour l’effusion de l’Esprit sur l’Église de ——, et j’ai confiance en Dieu qu’il y aura bientôt un réveil dans ce lieu. » À une autre date : « J’ai pu offrir aujourd’hui ce que j’appelle la prière de la foi pour telle Église, et j’ai confiance qu’il y aura bientôt un réveil dans ce lieu. » Il avait ainsi passé en revue un grand nombre d’Églises, notant le fait qu’il avait prié pour elles avec foi afin qu’un réveil se répande bientôt parmi elles. Parmi les stations missionnaires, si je me souviens bien, il mentionne en particulier la mission de Ceylan. Je crois que le dernier lieu mentionné dans son journal, pour lequel il offrit la prière de la foi, fut celui où il habitait. Peu de temps après que ces faits eurent été notés dans son journal, le réveil commença et se répandit dans toute la région, à peu près, je crois, sinon exactement, dans l’ordre où les lieux avaient été mentionnés dans son journal ; et en temps voulu arriva de Ceylan la nouvelle qu’il y avait là un réveil religieux. Le réveil dans sa propre ville ne commença qu’après sa mort. Il commença au moment où sa veuve me mit entre les mains le document dont j’ai parlé. Elle me dit qu’il était si exercé dans la prière pendant sa maladie qu’elle craignait souvent qu’il ne se fît mourir à force de prier. Le réveil fut extrêmement grand et puissant dans toute la région ; et le fait qu’il allait se répandre n’avait pas été caché à ce serviteur du Seigneur. Selon sa parole, l’amitié de l’Éternel est pour ceux qui le craignent. Ainsi cet homme, trop faible de corps pour sortir de sa maison, fut pourtant plus utile au monde et à l’Église de Dieu que tous les professants sans cœur du pays. Se tenant entre Dieu et les désolations de Sion, et répandant son cœur dans une prière pleine de foi, il avait, comme un prince, lutté avec Dieu, et il avait été vainqueur.

11. Si vous êtes remplis de l’Esprit, vous ne vous sentirez pas affligés, blessés et tourmentés quand on parlera contre vous. Quand je vois des gens s’irriter et se tracasser pour la moindre chose qui les touche, je suis sûr qu’ils n’ont pas l’Esprit de Christ. Jésus-Christ pouvait entendre dire contre lui tout ce que la malice pouvait inventer, sans en être le moins du monde troublé. Si vous voulez être doux dans la persécution, manifester le caractère du Sauveur et honorer ainsi la religion, il vous faut être remplis de l’Esprit.

12. Vous serez sages dans l’emploi des moyens pour la conversion des pécheurs. Si l’Esprit de Dieu est en vous, il vous conduira à employer les moyens avec sagesse, d’une manière adaptée au but, et à éviter de faire du mal. Aucun homme qui n’est pas rempli de l’Esprit de Dieu n’est apte à diriger les mesures adoptées dans un réveil. De tels hommes auront deux mains gauches, incapables de rien saisir, et ils agiront comme s’ils n’avaient pas le sens commun. Mais un homme conduit par l’Esprit de Dieu saura choisir le bon moment pour ses mesures, et dispenser la vérité divine de manière à lui faire produire le meilleur effet.

13. Vous serez calmes dans l’affliction, sans être jetés dans la confusion ou la consternation quand vous verrez l’orage venir sur vous. Ceux qui vous entourent s’étonneront de votre calme et de votre sérénité dans les lourdes épreuves, ne connaissant pas les soutiens intérieurs de ceux qui sont remplis de l’Esprit.

14. Vous serez résignés dans la mort ; vous vous sentirez toujours prêts à mourir, sans avoir peur de la mort, et après la mort vous serez d’autant plus heureux pour toujours dans le ciel.

VI. Les conséquences qu’il y a à ne pas être remplis de l’Esprit.

1. Vous douterez souvent, et avec raison, d’être chrétiens. Vous aurez des doutes, et vous devez en avoir. Les fils de Dieu sont conduits par l’Esprit de Dieu. Et si vous n’êtes pas conduits par l’Esprit, quelle raison avez-vous de penser que vous êtes des fils ? Vous essaierez de faire aller loin un petit nombre de preuves pour étayer vos espérances, mais vous ne le pourrez pas, à moins que votre conscience ne soit comme marquée au fer rouge. Vous ne pourrez éviter d’être souvent plongés dans un doute et une incertitude douloureux au sujet de votre état. Romains 8:9. — « Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » 2 Corinthiens 13:5. — « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? À moins peut-être que vous ne soyez réprouvés. »

2. Vous serez toujours incertains dans vos vues sur la prière de la foi. La prière de la foi est une chose si spirituelle, tellement affaire d’expérience et non de spéculation, qu’à moins d’être spirituels vous-mêmes, vous ne la comprendrez pas pleinement. Vous pouvez parler beaucoup de la prière de la foi et, pour un temps, en être pleinement convaincus. Mais vous ne vous sentirez jamais assez affermis là-dessus pour garder la même disposition d’esprit à son égard, et en peu de temps vous serez dans l’incertitude totale. J’en ai connu un exemple curieux chez un frère dans le ministère. Il me disait : « Quand j’ai l’Esprit de Dieu et que je jouis de sa présence, je crois fermement à la prière de la foi ; mais quand je ne l’ai pas, je me surprends à douter qu’une telle chose existe, et mon esprit soulève des objections. » Je sais par ma propre expérience ce que c’est, et quand j’entends des gens soulever des objections contre la conception de la prière que j’ai présentée dans ces discours, je comprends très bien quelle est leur difficulté ; et j’ai souvent trouvé impossible de satisfaire leur esprit pendant qu’ils étaient si loin de Dieu, alors qu’ils l’auraient compris d’eux-mêmes, sans argument, dès qu’ils en auraient fait l’expérience.

3. Si vous n’avez pas l’Esprit, vous serez très enclins à vous scandaliser de ceux qui l’ont. Vous douterez de la convenance de leur conduite. S’ils semblent ressentir beaucoup plus que vous, vous serez portés à appeler cela de l’émotion animale. Peut-être douterez-vous de leur sincérité quand ils disent éprouver de tels sentiments. Vous direz : « Je ne sais que penser du frère un tel ; il semble très pieux, mais je ne le comprends pas, je crois qu’il y a chez lui beaucoup d’émotion animale. » Ainsi vous chercherez à les censurer afin de vous justifier vous-mêmes.

4. Vous serez en bonne réputation auprès des impénitents et des professants charnels. Ils vous loueront comme un chrétien raisonnable, orthodoxe, conséquent. Vous serez exactement dans la disposition d’esprit voulue pour marcher avec eux, parce que vous êtes d’accord.

5. Vous serez très tourmentés par la crainte du fanatisme. Chaque fois qu’il y aura des réveils, vous y verrez une forte tendance au fanatisme, et vous serez pleins de craintes et d’inquiétude, ou plutôt d’opposition à leur égard.

6. Vous serez très troublés par les mesures employées dans les réveils. Si l’on adopte des mesures décidées et directes, vous les trouverez toutes « nouvelles », et vous vous en scandaliserez exactement dans la mesure où vous manquez de spiritualité. Vous ne voyez pas en quoi elles sont appropriées. Vous resterez là à chicaner sur les mesures, parce que vous êtes si aveugles que vous ne pouvez voir combien elles sont adaptées, alors que tout le ciel s’en réjouit comme des moyens de sauver des âmes.

7. Vous serez un opprobre pour la religion. Les impénitents vous loueront parfois parce que vous leur ressemblez tant, et parfois ils se moqueront de vous parce que vous êtes un si grand hypocrite.

8. Vous saurez bien peu de chose de la Bible.

9. Si vous mourez sans l’Esprit, vous tomberez en enfer. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Sans l’Esprit, vous ne serez jamais préparés pour le ciel.

REMARQUES.

1. Les chrétiens sont aussi coupables de ne pas avoir l’Esprit que les pécheurs de ne pas se repentir.

2. Ils le sont même davantage. Comme ils ont plus de lumière, ils sont d’autant plus coupables.

3. Tous les êtres ont le droit de se plaindre des chrétiens qui ne sont pas remplis de l’Esprit. Vous ne faites pas l’œuvre de Dieu, et il a le droit de se plaindre. Il a mis son Esprit à votre disposition, et si vous ne l’avez pas, il a le droit de se tourner vers vous et de vous tenir pour responsables de tout le bien que vous pourriez faire si vous le possédiez. Vous péchez contre le ciel tout entier, car vous devriez grossir ses rangs bienheureux. Les pécheurs, l’Église, les pasteurs ont le droit de se plaindre.

4. Vous êtes en plein en travers du chemin de l’œuvre du Seigneur. C’est en vain qu’un pasteur essaie de travailler par-dessus votre tête. Souvent les pasteurs gémissent, luttent et s’épuisent en vain à essayer de faire du bien là où il y a une Église qui vit de telle sorte qu’elle n’a pas l’Esprit de Dieu. Si l’Esprit est répandu à un moment quelconque, l’Église l’attristera aussitôt. Ainsi vous pouvez lier les mains et briser le cœur de votre pasteur, l’abattre, et peut-être le tuer, parce que vous ne voulez pas être remplis de l’Esprit.

5. Vous voyez pourquoi les chrétiens ont besoin de l’Esprit, et quel est le degré de leur dépendance. On ne saurait trop insister là-dessus.

6. Ne tentez pas Dieu en attendant son Esprit sans employer aucun moyen pour obtenir sa présence.

7. Si vous voulez avoir l’Esprit, il vous faut être comme des enfants et céder à ses influences — aussi souples que l’air. S’il vous attire à la prière, il vous faut tout quitter pour céder à ses douces sollicitations. Sans doute avez-vous parfois éprouvé le désir de prier pour un objet, et vous avez remis à plus tard, vous avez résisté, et Dieu vous a laissés. Si vous voulez qu’il demeure, il vous faut céder à ses mouvements les plus tendres et les plus doux, veiller pour apprendre ce qu’il voudrait que vous fassiez, et vous abandonner à sa direction.

8. Les chrétiens doivent être prêts à faire n’importe quel sacrifice pour jouir de la présence de l’Esprit. Une femme du grand monde, qui faisait profession de religion, disait : « Il faut que je renonce soit à entendre prêcher tel pasteur (elle le nommait), soit à ma joyeuse compagnie. » Elle renonça à la prédication et se tint à l’écart. Quel contraste avec un autre cas !

Une femme du même rang entendit prêcher le même pasteur, et rentra chez elle résolue à abandonner sa manière de vivre frivole et mondaine — elle congédia la plupart de ses gens — changea entièrement sa façon de s’habiller, son équipage, son train de vie et sa conversation ; si bien que ses amis frivoles et mondains furent bientôt disposés à la laisser jouir de la communion avec Dieu, libre d’employer son temps à faire le bien.

9. Vous voyez par là combien il doit être difficile à ceux qui vivent dans le monde élégant d’aller au ciel. Quelle calamité que de se trouver dans de tels cercles ! Qui peut y jouir de la présence de Dieu ?

10. Voyez quelle folie est celle des gens qui se démènent pour s’élever jusqu’à ces cercles, qui agrandissent leurs maisons, changent leur train de vie, leur mobilier, etc. C’est comme grimper en haut du mât pour être précipité dans l’océan. Pour jouir de Dieu, il faut descendre, et non monter là-haut. Dieu n’est pas là, au milieu de toute la raideur empesée et de la flatterie du grand monde.

11. Beaucoup de ceux qui font profession de religion ignorent autant la spiritualité que Nicodème ignorait la nouvelle naissance. Ils sont ignorants et, je le crains, inconvertis. Si quelqu’un leur parle de l’esprit de prière, c’est de l’algèbre pour eux. Le cas de ces professants est effrayant. Combien le caractère des apôtres était différent ! Lisez l’histoire de leur vie, lisez leurs lettres, et vous verrez qu’ils étaient toujours spirituels et marchaient chaque jour avec Dieu. Mais aujourd’hui, combien il y a peu de cette religion-là ! « quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? » Mettez quelques-uns de ces professants à l’œuvre dans un réveil : ils ne savent que faire, ils n’ont ni énergie ni savoir-faire, et ne produisent aucune impression. Quand donc ceux qui font profession de religion se mettront-ils à l’œuvre, remplis de l’Esprit ? Si je pouvais voir cette Église remplie de l’Esprit, je ne demanderais rien de plus pour ébranler toute cette masse immense d’esprits. Il ne se passerait pas deux semaines avant que le réveil se répande dans toute cette ville.

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