Chapitre 9 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute
VII. Que des personnes aient des affections religieuses de bien des sortes, qui s’accompagnent les unes les autres, ne suffit pas à déterminer si elles ont ou non des affections de grâce
VII. Que des personnes aient des affections religieuses de bien des sortes, qui s’accompagnent les unes les autres, ne suffit pas à déterminer si elles ont ou non des affections de grâce.
Bien que la fausse religion soit d’ordinaire mutilée et monstrueuse, et qu’elle n’ait pas cette intégrité et cette symétrie des parties que l’on voit dans la vraie religion, il peut cependant y avoir ensemble une grande variété de fausses affections capables de ressembler aux affections de grâce.
Il est évident qu’il existe des contrefaçons de toutes les sortes d’affections de grâce : de l’amour pour Dieu et de l’amour pour les frères, comme on vient de l’observer ; de même de la tristesse selon Dieu au sujet du péché, comme chez Pharaon, Saül et Achab, et chez les enfants d’Israël dans le désert (Exode 9:27 ; 1 Samuel 24:17-18 et 26:21 ; 1 Rois 21:27 ; Nombres 14:39-40) ; et de la crainte de Dieu, comme chez les Samaritains, dont il est dit qu’« ils craignaient l’Éternel, et ils servaient en même temps leurs dieux » (2 Rois 17:32-33) ; et chez ces ennemis de Dieu dont nous lisons au Psaume 66:3 qu’« à cause de la grandeur de la puissance de Dieu, ils se soumettent à lui », ou, comme porte l’hébreu, qu’« ils lui mentent », c’est-à-dire qu’ils lui rendent une révérence et une soumission contrefaites. De même d’une gratitude de grâce, comme chez les enfants d’Israël, qui chantèrent les louanges de Dieu au bord de la mer Rouge (Psaume 106:12), et chez Naaman le Syrien, après la guérison miraculeuse de sa lèpre (2 Rois 5:15, etc.).
De même de la joie spirituelle, comme chez les auditeurs semblables aux endroits pierreux (Matthieu 13:20), et en particulier chez beaucoup des auditeurs de Jean-Baptiste (Jean 5:35). De même du zèle, comme chez Jéhu (2 Rois 10:16), chez Paul avant sa conversion (Galates 1:14 ; Philippiens 3:6) et chez les Juifs incrédules (Actes 22:3 ; Romains 10:2). Ainsi des personnes dépourvues de grâce peuvent avoir d’ardents désirs religieux, semblables aux désirs de Balaam, qu’il exprime lors d’une vue extraordinaire qu’il eut de l’heureux état du peuple de Dieu, distingué de tout le reste du monde (Nombres 23:9-10). Elles peuvent aussi avoir une forte espérance de la vie éternelle, comme l’avaient les pharisiens.
Et de même que les hommes, dans l’état de nature, sont capables d’une apparence de toutes les sortes d’affections religieuses, de même rien n’empêche qu’ils n’en aient beaucoup à la fois. Et ce que montrent les faits prouve abondamment qu’il en est en réalité très souvent ainsi. Il semble qu’il en aille communément ainsi : quand de fausses affections sont portées à un haut degré, beaucoup de fausses affections s’accompagnent les unes les autres. La multitude qui accompagna Christ à Jérusalem, après le grand miracle de la résurrection de Lazare, semble avoir été émue de beaucoup d’affections religieuses à la fois, et toutes à un haut degré. Ces gens semblent avoir été remplis d’admiration ; il y avait l’apparence d’une haute affection d’amour, ainsi que d’un grand degré de révérence, dans le fait d’étendre leurs vêtements sur le sol pour que Christ passât dessus ; et aussi d’une grande gratitude envers lui pour les grandes et bonnes œuvres qu’il avait accomplies, puisqu’ils le louaient à grands cris pour son salut ; et d’ardents désirs de la venue du royaume de Dieu, qu’ils supposaient que Jésus allait maintenant établir ; ils montraient de grandes espérances et une vive attente de ce royaume, s’attendant à ce qu’il parût immédiatement ; de là ils étaient remplis de joie, et cette joie les animait tant dans leurs acclamations qu’ils faisaient retentir toute la ville de leur bruit ; et ils paraissaient pleins de zèle et d’empressement pour accompagner Jésus et l’aider sans plus tarder, maintenant, au temps de la grande fête de Pâque, à établir son royaume. Et il est aisé, d’après la nature, et la nature des affections, d’expliquer pourquoi, lorsqu’une affection est portée très haut, elle en suscite d’autres, surtout si l’affection portée très haut est celle d’un amour contrefait, comme ce fut le cas dans la multitude qui criait Hosanna. Cet amour entraînera naturellement après lui beaucoup d’autres affections. Car, comme on l’a observé plus haut, l’amour est la principale des affections et, pour ainsi dire, leur source. Supposons une personne qui a été pendant quelque temps dans une grande agitation et dans la terreur, par crainte de l’enfer, le cœur affaibli par la détresse et par d’affreuses appréhensions, au bord du désespoir, et qui tout d’un coup est délivrée, parce qu’on lui a fait croire fermement, par quelque illusion de Satan, que Dieu lui a pardonné, qu’il l’accepte comme l’objet de son tendre amour et lui promet la vie éternelle ; par exemple au moyen de quelque vision, ou de quelque idée ou imagination forte soudainement suscitée en elle, d’un personnage au beau visage qui lui sourit, les bras ouverts et le sang dégouttant, et qu’elle conçoit être Christ, sans aucune autre illumination de l’entendement qui lui donne une vue de l’excellence spirituelle et divine de Christ et de sa plénitude, et de la voie du salut révélée dans l’Évangile ; ou peut-être au moyen de quelque voix ou de quelques paroles qui viennent comme si elles lui étaient adressées, telles que celles-ci : « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés », ou : « Ne crains point ; votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume », qu’elle prend pour des paroles que Dieu lui adresse immédiatement, bien qu’il n’y ait eu auparavant aucune acceptation de Christ, aucune union du cœur avec lui. Si, dis-je, nous supposions un tel cas, que de passions diverses se presseraient naturellement à la fois, ou l’une après l’autre, dans l’esprit d’une telle personne ! Il est aisé d’expliquer, par les seuls principes de la nature, que le cœur d’une personne, en une telle occasion, soit élevé jusqu’aux cieux par des transports de joie, et rempli d’une affection fervente pour ce Dieu ou ce Rédempteur imaginaire qui, pense-t-elle, l’a ainsi arrachée aux mâchoires d’une destruction si affreuse, dont la crainte avait tellement épouvanté son âme, et qui l’a reçue avec tant de tendresse, comme un favori particulier ; et qu’elle soit maintenant remplie d’admiration et de gratitude, que sa bouche s’ouvre et soit pleine de discours sur ce qu’elle a éprouvé ; que pendant quelque temps elle ne pense et ne parle presque d’autre chose, qu’elle semble magnifier le Dieu qui a tant fait pour elle, qu’elle invite les autres à se réjouir avec elle, qu’elle ait le visage joyeux et parle d’une voix forte ; et que, si avant sa délivrance elle était pleine de murmures contre la justice de Dieu, il lui soit maintenant aisé de se soumettre à Dieu, de reconnaître son indignité, de crier contre elle-même, de paraître très humble devant Dieu et de se tenir à ses pieds, docile comme un agneau ; et qu’elle confesse maintenant son indignité et s’écrie : « Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? » (Comme Saül, qui, lorsque Samuel lui dit que Dieu l’avait désigné pour être roi, répond : « Ne suis-je pas Benjamite, de l’une des plus petites tribus d’Israël? Et ma famille n’est-elle pas la moindre de toutes les familles de la tribu de Benjamin? Pourquoi donc me parles-tu de la sorte? » C’est à peu près le langage de David, le vrai saint, en 2 Samuel 7:18 : « Qui suis-je, Seigneur Éternel, et quelle est ma maison, pour que tu m’aies fait parvenir où je suis? ») Il n’y a pas non plus à s’étonner qu’elle se plaise maintenant avec ceux qui reconnaissent et applaudissent son heureux état, qu’elle aime tous ceux qui l’estiment et l’admirent, elle et ce qu’elle a éprouvé, qu’elle ait un zèle violent contre tous ceux qui voudraient faire peu de cas de telles choses, qu’elle soit disposée à se séparer ouvertement et, pour ainsi dire, à déclarer la guerre à tous ceux qui ne sont pas de son parti, qu’elle se glorifie maintenant de ses souffrances et soit fort encline à condamner et à censurer tous ceux qui semblent douter de ces choses ou y trouver quelque difficulté ; et que, tant que dure la chaleur de ses affections, elle soit très empressée à prendre de la peine et à renoncer à elle-même pour servir les intérêts du parti qu’elle imagine favorable à de telles choses, et semble désirer ardemment en augmenter le nombre, comme les pharisiens couraient la mer et la terre pour faire un prosélyte.2020 « Fréquenter les hommes pieux ne prouve pas qu’un homme ait la grâce : Achitophel était le compagnon de David. Les afflictions ressenties pour les épreuves de l’Église et les désirs de la conversion des âmes ne le prouvent pas. Ces choses peuvent se trouver chez des hommes charnels, et ne peuvent donc être une preuve de la grâce. » — Stoddard, De la nature de la conversion salutaire, p. 82. Et je pourrais continuer ainsi et mentionner bien d’autres choses qui naîtront naturellement en de telles circonstances. Il faut n’avoir considéré la nature humaine que bien superficiellement pour penser que de telles choses ne peuvent naître de cette manière sans quelque intervention surnaturelle de la puissance divine.
De même que de l’amour divin véritable découlent toutes les affections chrétiennes, de même d’un amour contrefait découlent naturellement d’autres affections fausses. Dans les deux cas, l’amour est la source, et les autres affections sont les ruisseaux. Les diverses facultés, les principes et les affections de la nature humaine sont comme autant de canaux issus d’une même source : si l’eau de la source est douce, une eau douce s’écoulera de là dans ces divers canaux ; mais si l’eau de la source est empoisonnée, des ruisseaux empoisonnés s’écouleront aussi dans tous ces canaux. De sorte que les canaux et les ruisseaux se ressembleront, se correspondant l’un à l’autre ; mais la grande différence sera dans la nature de l’eau. Ou bien la nature de l’homme peut être comparée à un arbre aux nombreuses branches issues d’une même racine : si la sève de la racine est bonne, une bonne sève se répandra aussi dans toutes les branches, et le fruit produit sera bon et sain ; mais si la sève de la racine et du tronc est empoisonnée, il en sera de même dans les nombreuses branches (comme dans l’autre cas), et le fruit sera mortel. Dans les deux cas l’arbre peut paraître semblable ; il peut y avoir une ressemblance exacte de forme ; mais la différence ne se découvre qu’en mangeant le fruit. Il en est ainsi (dans une certaine mesure du moins), bien souvent, entre les saints et les hypocrites. Il y a parfois une très grande ressemblance entre les expériences vraies et les fausses, dans leur apparence et dans ce qu’en expriment et en racontent ceux qui les éprouvent ; et la différence entre elles ressemble beaucoup à celle qui séparait les songes du chef des échansons et du chef des panetiers de Pharaon. Ces songes paraissaient très semblables, au point que, lorsque Joseph eut interprété le songe du chef des échansons, lui annonçant qu’il serait délivré de sa prison et rétabli dans la faveur du roi et dans son honorable charge au palais, le chef des panetiers conçut des espérances et une attente, et raconta lui aussi son songe ; mais il fut cruellement déçu ; et bien que son songe ressemblât tant au songe heureux et de bon augure de son compagnon, il eut pourtant une issue tout opposée.
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VII. Que des personnes aient des affections religieuses de bien des sortes, qui s’accompagnent les unes les autres, ne suffit pas à déterminer si elles ont ou non des affections de grâce