Chapitre 26 · 3 h 4 min de lecture · 3 h 57 min d’écoute
XII. Les affections saintes et produites par la grâce ont leur exercice et leur fruit dans la pratique chrétienne
XII. Les affections saintes et produites par la grâce ont leur exercice et leur fruit dans la pratique chrétienne. — J’entends par là qu’elles exercent sur celui qui en est le sujet une influence et une puissance telles qu’elles font d’une pratique universellement conforme aux règles chrétiennes, et dirigée par elles, la pratique et l’occupation de sa vie.
Cela implique trois choses : 1. Que sa conduite ou sa pratique dans le monde soit universellement conforme aux règles chrétiennes, et dirigée par elles. 2. Qu’il fasse de cette sainte pratique son affaire par-dessus toutes choses ; que ce soit une occupation à laquelle il s’applique principalement, à laquelle il se consacre, et qu’il poursuive avec le plus grand empressement et la plus grande diligence : de sorte qu’on puisse dire qu’il fait éminemment de cette pratique de la religion son œuvre et son affaire. Et 3. Qu’il y persévère jusqu’à la fin de sa vie : de sorte qu’on puisse dire qu’elle n’est pas seulement son affaire en certaines saisons, l’affaire des jours de sabbat ou de certains temps extraordinaires, ou l’affaire d’un mois, d’une année ou de sept ans, ou son affaire en certaines circonstances ; mais l’affaire de sa vie ; c’est-à-dire l’affaire dans laquelle il persévère à travers tous les changements et sous toutes les épreuves, aussi longtemps qu’il vit.
La nécessité de chacune de ces choses, chez tous les vrais chrétiens, est enseignée de la manière la plus claire et la plus complète dans la parole de Dieu.
1. Il est nécessaire que les hommes soient universellement obéissants : 1 Jean 3:3, etc., « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur. — Or, vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés, et il n’y a point en lui de péché. Quiconque demeure en lui ne pèche point; quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste. Celui qui pèche est du diable. » Chap. 5:18, « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas. » Jean 15:14, « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. »
Si un seul membre est corrompu, et que nous ne le retranchions pas, il entraînera tout le corps en enfer, Matt. 5:29, 30. Saül reçut l’ordre de faire périr tous les ennemis de Dieu, les Amalécites ; il les fit tous périr, sauf Agag, et l’avoir laissé en vie causa sa ruine. Caleb et Josué entrèrent dans le repos promis par Dieu, parce qu’ils avaient pleinement suivi l’Éternel, Nomb. 14:24, et 32:11, 12, Deut. 1:36. Jos. 14:6, 8, 9, 14. L’hypocrisie de Naaman parut en ceci que, quelque vivement qu’il semblât touché de reconnaissance envers Dieu pour la guérison de sa lèpre, et bien qu’il se fût engagé à le servir, il désira pourtant être dispensé sur un point. Et Hérode, bien qu’il craignît Jean, qu’il le protégeât, qu’il l’écoutât avec plaisir et fît beaucoup de choses, fut néanmoins condamné, parce que sur un point il refusa de l’écouter, à savoir quand il s’agit de se séparer de sa chère Hérodias. Il est donc nécessaire que les hommes se séparent de leurs iniquités les plus chères, qui sont comme leur main droite et leur œil droit, des péchés qui les enveloppent le plus facilement et auxquels ils sont le plus exposés par leurs inclinations naturelles, leurs mauvaises habitudes ou leur situation particulière, aussi bien que des autres. De même que Joseph ne voulut point se faire connaître à ses frères, qui l’avaient vendu, avant que Benjamin, l’enfant chéri de la famille, dont on avait eu tant de peine à se séparer, lui eût été livré, de même Christ ne nous révélera pas son amour avant que nous nous séparions de nos convoitises les plus chères, et que nous soyons amenés à nous soumettre aux devoirs les plus difficiles, à ceux pour lesquels nous avons le plus d’aversion.
Et il importe de remarquer que, pour qu’on puisse dire en vérité d’un homme qu’il est universellement obéissant, son obéissance ne doit pas consister seulement en négations, c’est-à-dire à éviter universellement les pratiques mauvaises qui sont des péchés de commission, mais il faut aussi qu’il soit universel dans les devoirs positifs de la religion. Les péchés d’omission sont des transgressions des commandements de Dieu tout autant que les péchés de commission. Christ, en Matt. 25, représente ceux qui sont à sa gauche comme condamnés et maudits, voués au feu éternel, pour des péchés d’omission : « J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger », etc. On ne peut donc pas dire d’un homme qu’il est universellement obéissant et que sa conduite est chrétienne pour la seule raison qu’il n’est ni voleur, ni oppresseur, ni fraudeur, ni ivrogne, ni pilier de taverne, ni débauché, ni fauteur de désordres, ni coureur de nuit, ni impur, ni profane dans son langage, ni médisant, ni menteur, ni emporté, ni malveillant, ni insulteur. C’est à tort qu’on dit de celui qui va jusque-là et pas plus loin que sa conduite est digne de l’Évangile ; pour cela, il faut encore que sa marche et sa conduite soient sérieuses, religieuses, pieuses, humbles, douces, promptes au pardon, paisibles, respectueuses, condescendantes, bienveillantes, miséricordieuses, charitables et bienfaisantes. Sans de telles choses, il n’obéit pas aux lois de Christ, à ces lois sur lesquelles lui et ses apôtres ont si abondamment insisté comme étant de la plus grande importance et de la plus grande nécessité.
2. Pour que les hommes soient de vrais chrétiens, il est nécessaire qu’ils poursuivent l’œuvre de la religion et le service de Dieu avec un grand empressement et une grande diligence, comme l’œuvre à laquelle ils se consacrent et dont ils font la principale affaire de leur vie. Tout le peuple particulier de Christ ne se contente pas de faire de bonnes œuvres, mais il est zélé pour les bonnes œuvres, Tite 2:14. Nul ne peut servir deux maîtres à la fois. Ceux qui sont les vrais serviteurs de Dieu se donnent eux-mêmes à son service, et en font pour ainsi dire toute leur œuvre, y employant tout leur cœur et le meilleur de leurs forces : Phil. 3:13, « Je fais une chose. » Les chrétiens, dans leur vocation efficace, ne sont pas appelés à l’oisiveté, mais à travailler dans la vigne de Dieu et à passer leur journée à accomplir un service grand et laborieux. Tous les vrais chrétiens répondent à cet appel (comme l’implique le fait même que c’est un appel efficace), et font l’œuvre des chrétiens ; œuvre que le Nouveau Testament compare partout à ces exercices où les hommes ont coutume de déployer leurs forces avec le plus d’ardeur, comme la course, la lutte, le combat. Tous les vrais chrétiens sont de bons et fidèles soldats de Jésus-Christ, et « combattent le bon combat de la foi » ; car nul, sinon ceux qui le font, ne « saisit jamais la vie éternelle ». Ceux qui combattent « comme battant l’air » ne remportent jamais la couronne de la victoire. « Ceux qui courent dans le stade courent tous, mais un seul remporte le prix », et ceux qui sont lâches et négligents dans leur course ne courent pas « de manière à le remporter ». Le royaume des cieux ne se prend que par violence. Sans ardeur, on n’avance pas dans le chemin étroit qui mène à la vie ; et l’on ne parvient donc pas à cet état de vie et de bonheur glorieux auquel il conduit. Sans un travail ardent, on ne gravit pas la haute et escarpée colline de Sion, et l’on ne parvient donc pas à la cité céleste qui en couronne le sommet. Sans un labeur constant, on ne remonte pas le courant rapide dans lequel nous nageons, de manière à parvenir jamais à cette fontaine d’eau de la vie qui est à sa source. Il faut que nous « veillions et priions en tout temps, afin d’échapper à ces choses terribles qui viennent sur les impies, et d’être jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l’homme ». Il faut que nous « nous revêtions de toutes les armes de Dieu, et que nous tenions ferme après avoir tout surmonté », afin d’éviter une défaite totale et de n’être pas entièrement détruits par « les traits enflammés du malin ». Il faut que nous « oubliions ce qui est en arrière, et nous portions vers ce qui est en avant, et courions vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur », afin d’obtenir ce prix. La paresse dans le service de Dieu, chez ceux qui font profession d’être ses serviteurs, est aussi damnable que la rébellion ouverte ; car le serviteur paresseux est un serviteur méchant, et il sera jeté dans les ténèbres du dehors, parmi les ennemis déclarés de Dieu, Matt. 25:26, 30. Ceux qui sont paresseux n’imitent pas « ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses ». Héb. 6:11, 12, « Nous désirons que chacun de vous montre le même zèle pour conserver jusqu’à la fin une pleine espérance, en sorte que vous ne vous relâchiez point, et que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. » Et tous ceux qui suivent cette nuée de témoins qui les ont précédés au ciel « rejettent tout fardeau, et le péché qui les enveloppe si facilement, et courent avec persévérance dans la carrière qui leur est ouverte », Héb. 12:1. Cette foi véritable, par laquelle les hommes s’appuient sur la justice de Christ et sur l’œuvre qu’il a accomplie pour eux, et se nourrissent réellement de lui et vivent de lui, est toujours accompagnée d’un tel esprit d’ardeur dans l’œuvre et la course chrétiennes. C’est ce qui fut figuré autrefois par la manière dont les enfants d’Israël mangeaient l’agneau pascal : il leur était prescrit de le manger comme des gens pressés, les reins ceints, les souliers aux pieds et le bâton à la main, Ex. 12:11.
3. Tout vrai chrétien persévère dans cette voie d’obéissance universelle, et de service diligent et ardent de Dieu, à travers toutes les diverses sortes d’épreuves qu’il rencontre, jusqu’à la fin de sa vie. Que tous les vrais saints, tous ceux qui obtiennent la vie éternelle, persévèrent ainsi dans la pratique de la religion et le service de Dieu, c’est une doctrine si abondamment enseignée dans l’Écriture qu’on n’en finirait pas d’énumérer en détail tous les textes qui l’impliquent ; je me contenterai d’en indiquer quelques-uns en marge.7373 Deut. v. 29 ; Deut. 32:18, 19, 20 ; 1 Chron. 28:9 ; Ps. 78:7, 8, 10, 11, 35, 36, 37, 41, 56, etc. ; Ps. 106:3. 12-15 ; Ps. 125:4, 5 ; Prov. 26:11, Ésa. 64:5, Jér. 17:13, Ézéch. 3:20, et 18:24, et 33:12, 13 ; Matt. 10:22, et 13:4-8, avec les versets 19-23, et 25:8, et 24:12, 13, Luc 9:62, et 12:35, etc., et 22:28, et 17:32 ; Jean 8:30, 31, et 15:6, 7, 8, 10, 16 ; Apoc. 2:7, et 40:22 ; Col. 1:22, 23, Héb. 3:6, 12, 14, et 6:11, 12, et 10:35, etc. ; Jacq. 1:25 ; Apoc. 2:13, 26, et 2:10 ; 2 Tim. 2:15 ; 2 Tim. 4:4-8.
Mais la persévérance dans l’obéissance sur laquelle l’Écriture insiste principalement, comme marque particulière de la vérité de la grâce, c’est que ceux qui font profession de piété continuent dans la pratique de leur devoir et demeurent fermes dans une marche sainte, à travers les diverses épreuves qu’ils rencontrent.
Par épreuves, j’entends ici ces choses qui surviennent et qu’un professant rencontre dans sa course, qui rendent particulièrement difficile, pour la nature, sa persévérance dans son devoir et sa fidélité envers Dieu. Ces choses sont souvent appelées dans l’Écriture du nom d’épreuves, ou de tentations (deux mots qui ont la même signification). Elles sont de diverses sortes : il y a bien des choses qui rendent difficile aux hommes de persévérer dans la voie de leur devoir, par leur tendance à entretenir et à fomenter, ou à éveiller et à provoquer, leurs convoitises et leurs corruptions. Bien des choses rendent difficile de persévérer dans la voie du devoir, parce qu’elles sont d’une nature attrayante et tendent à entraîner les hommes au péché, ou parce qu’elles tendent à lever les freins et à les enhardir dans l’iniquité. D’autres choses mettent à l’épreuve la sincérité et la fermeté des professants, par leur tendance à leur faire paraître leur devoir terrible, et ainsi à les effrayer et à les en détourner ; telles sont les souffrances auxquelles leur devoir les expose : la douleur, la malveillance, le mépris et l’opprobre, ou la perte des biens et des commodités extérieurs. Si des hommes, après avoir fait profession de religion, vivent un temps considérable dans ce monde, si plein de changements et si plein de mal, il ne peut se faire qu’ils ne rencontrent pas de nombreuses épreuves de leur sincérité et de leur fermeté. Et de plus, c’est la manière de Dieu, dans sa providence, d’envoyer à dessein des épreuves à ceux qui font profession d’être ses amis et ses serviteurs, afin de les manifester et de fournir à leur propre conscience, et souvent au monde, une matière suffisante pour être convaincus de l’état où ils se trouvent ; comme le montrent d’innombrables passages de l’Écriture.
Les vrais saints peuvent se rendre coupables de certaines sortes et de certains degrés de relâchement, être vaincus par des tentations particulières et tomber dans le péché, et même dans de grands péchés ; mais ils ne peuvent jamais déchoir au point de se lasser de la religion et du service de Dieu, et de prendre l’habitude de les avoir en aversion et de les négliger, soit pour eux-mêmes, soit à cause des difficultés qui les accompagnent ; comme il ressort de Gal. 6:9, Rom. 2:7, Héb. 10:36, Ésa. 43:22, Mal. 1:13. Ils ne peuvent jamais rétrograder au point de ne plus continuer dans une voie d’obéissance universelle ; ou au point que ce cesse d’être leur manière d’observer toutes les règles du christianisme et d’accomplir tous les devoirs requis, même dans les circonstances les plus difficiles. Cela ressort abondamment de ce qui a déjà été observé. Ils ne peuvent jamais non plus déchoir au point d’être habituellement plus occupés d’autres choses que de l’œuvre de la religion ; ou au point que ce devienne leur voie et leur manière de servir quelque chose d’autre plus que Dieu ; ou au point de cesser d’une manière constante de servir Dieu avec un empressement et une diligence tels qu’ils restent habituellement dévoués et livrés à l’œuvre de la religion ; à moins que ces paroles de Christ ne puissent tomber à terre : « Vous ne pouvez servir deux maîtres », et celles de l’apôtre : « Celui qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu » ; et à moins qu’un saint ne puisse changer de Dieu et demeurer pourtant un vrai saint. Un vrai saint ne peut jamais non plus déchoir au point d’en venir là qu’il n’y ait plus, d’ordinaire, de différence remarquable entre sa marche et sa conduite depuis sa conversion et ce qu’elles étaient auparavant. Ceux qui sont vraiment convertis sont des hommes nouveaux, de nouvelles créatures ; nouveaux non seulement au-dedans, mais au-dehors ; ils sont sanctifiés tout entiers, l’esprit, l’âme et le corps ; les choses anciennes sont passées, toutes choses sont devenues nouvelles ; ils ont un cœur nouveau, et des yeux nouveaux, des oreilles nouvelles, une langue nouvelle, des mains nouvelles, des pieds nouveaux ; c’est-à-dire une conduite et une pratique nouvelles ; et ils marchent en nouveauté de vie, et continuent de le faire jusqu’à la fin de leur vie. Et quant à ceux qui déchoient et cessent visiblement de le faire, c’est un signe qu’ils ne sont jamais ressuscités avec Christ. Et surtout, lorsque l’opinion qu’ont les hommes d’être convertis, et donc dans un état sûr, est la cause même qui les amène là, c’est un signe des plus évidents de leur hypocrisie. Et cela, que leur chute les ramène à leurs anciens péchés ou les entraîne dans quelque nouvelle sorte de méchanceté, la corruption de la nature ayant seulement été détournée dans un nouveau canal au lieu d’être mortifiée. Comme lorsque des gens qui se croient convertis, sans retourner à leur ancienne impiété et à leur ancienne débauche, s’établissent pourtant peu à peu, de plus en plus, à cause de la haute opinion qu’ils ont de leurs expériences, de leurs grâces et de leurs privilèges, dans une disposition d’esprit pleine de propre justice et d’orgueil spirituel, et dans la manière de se conduire qui en découle naturellement. Lorsqu’il en est ainsi des hommes, si éloignés qu’ils puissent paraître de leurs anciennes pratiques mauvaises, cela seul suffit à les condamner, et peut rendre leur dernière condition bien pire que la première. Car c’est là, semble-t-il, le cas même des Juifs de cette génération dont Christ parle en Matt. 12:43, 44, 45 : réveillés par la prédication de Jean-Baptiste et amenés à réformer leur ancienne vie licencieuse, de sorte que l’esprit impur fut comme chassé et la maison balayée et ornée, ils restèrent pourtant vides de Dieu et de la grâce, devinrent pleins d’eux-mêmes, s’élevèrent dans une opinion extrêmement haute de leur propre justice et de leur sainteté éminente, et s’habituèrent à une conduite qui s’élevait elle-même dans la même mesure ; échangeant ainsi les péchés des publicains et des prostituées contre ceux des pharisiens ; et à la fin ils eurent sept démons, pires que le premier.
J’ai ainsi expliqué quel exercice et quel fruit j’entends lorsque je dis que les affections de grâce ont leur exercice et leur fruit dans la pratique chrétienne.
La raison pour laquelle les affections de grâce ont une telle tendance et un tel effet ressort de bien des choses qui ont déjà été observées dans les parties précédentes de ce discours.
Elle ressort de ce que les affections de grâce naissent d’opérations et d’influences qui sont spirituelles, et que le principe intérieur d’où elles découlent est quelque chose de divin, une communication de Dieu, une participation à la nature divine, Christ vivant dans le cœur, le Saint-Esprit y habitant, uni aux facultés de l’âme comme un principe vital intérieur, qui déploie sa propre nature dans l’exercice de ces facultés. Cela suffit à nous montrer pourquoi la vraie grâce doit avoir une telle activité, une telle puissance et une telle efficacité. Il n’est pas étonnant que ce qui est divin soit puissant et efficace ; car il a la toute-puissance de son côté. Si Dieu habite dans le cœur et y est uni d’une union vitale, il montrera qu’il est Dieu par l’efficacité de son opération. Christ n’est pas dans le cœur d’un saint comme dans un sépulcre, ou comme un sauveur mort qui ne fait rien ; mais comme dans son temple, et comme quelqu’un qui est revenu vivant d’entre les morts. Car dans le cœur où Christ est d’une manière salutaire, là il vit et se déploie selon la puissance de cette vie impérissable qu’il a reçue à sa résurrection. Ainsi tout saint qui a part au bienfait des souffrances de Christ est amené à connaître et à éprouver la puissance de sa résurrection. L’Esprit de Christ, qui est la source immédiate de la grâce dans le cœur, est tout vie, tout puissance, tout acte : 1 Cor. 2:4, « une démonstration d’Esprit et de puissance ». 1 Thess. 1:5, « notre Évangile ne vous ayant pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance, avec l’Esprit Saint ». 1 Cor. 4:20, « le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance ». C’est pourquoi les affections qui sauvent, bien que souvent elles ne fassent pas autant de bruit et d’éclat que d’autres, ont pourtant en elles une solidité, une vie et une force secrètes, par lesquelles elles saisissent le cœur et l’emportent, l’emmenant dans une sorte de captivité, 2 Cor. 10:5, et obtenant de la volonté une détermination pleine et ferme pour Dieu et pour la sainteté. Ps. 110:3, « Ton peuple est plein d’ardeur, quand tu rassembles ton armée ». Et c’est ainsi que les affections saintes ont une puissance qui gouverne le cours de la vie d’un homme. Une statue peut ressembler beaucoup à un homme véritable, et à un bel homme ; elle peut même avoir, à la voir, l’apparence d’un homme plein de vie, fort et actif ; mais il lui manque pourtant un principe intérieur de vie et de force ; c’est pourquoi elle ne fait rien, n’accomplit rien ; il n’y a ni action ni opération qui réponde à l’apparence. Les fausses découvertes et les fausses affections ne vont pas assez profond pour atteindre et gouverner la source des actions et de la pratique des hommes. La semence tombée dans les endroits pierreux n’avait pas une terre profonde, et la racine n’allait pas assez profond pour produire du fruit. Mais les affections de grâce vont jusqu’au fond même du cœur et saisissent les sources les plus intimes de la vie et de l’activité.
C’est en cela principalement que paraît la puissance de la vraie piété, à savoir en ce qu’elle est une pratique efficace. Et c’est à l’efficacité de la piété sous ce rapport que l’apôtre a égard lorsqu’il parle de la force de la piété, 2 Tim. 3:5, comme cela est très clair ; car il y déclare en particulier comment certains de ceux qui font profession de religion manqueraient notoirement à la pratiquer, et il observe ensuite, au verset 5, qu’en ayant ainsi une pratique impie, ils renient la force de la piété, bien qu’ils en aient l’apparence. Assurément, la puissance de la piété s’exerce d’abord au-dedans de l’âme, dans l’exercice sensible et vivant qu’y ont les affections de grâce. Pourtant la principale preuve de cette puissance de la piété se trouve dans ceux des exercices des affections saintes qui sont pratiques, et dans le fait qu’ils sont pratiques : en ce qu’ils domptent la volonté, domptent les convoitises et les corruptions des hommes, et les font avancer dans la voie de la sainteté à travers toutes les tentations, toutes les difficultés et toutes les oppositions.
De plus, la raison pour laquelle les affections de grâce ont leur exercice et leur effet dans la pratique chrétienne ressort de ceci (qui a aussi été observé auparavant), que « le premier fondement objectif des affections de grâce est la nature transcendante en excellence et en amabilité des choses divines, telles qu’elles sont en elles-mêmes, et non une quelconque relation qu’on leur prête avec le moi ou l’intérêt personnel ». Cela montre pourquoi l’affection sainte rendra les hommes saints dans leur pratique d’une manière universelle. Ce qui rend les hommes partiaux en religion, c’est qu’ils se cherchent eux-mêmes, et non Dieu, dans leur religion ; et qu’ils s’attachent à la religion, non pour sa propre nature excellente, mais seulement pour servir quelque intérêt du moment. Celui qui ne s’attache à la religion que pour servir quelque intérêt n’en embrassera pas plus qu’il ne s’imagine utile à cet intérêt ; mais celui qui s’attache à la religion pour sa propre nature excellente et aimable s’attache à tout ce qui possède cette nature : celui qui embrasse la religion pour elle-même embrasse la religion tout entière. Cela montre aussi pourquoi les affections de grâce amèneront les hommes à pratiquer la religion avec persévérance et en tout temps. La religion peut changer beaucoup, avec le temps, quant à sa compatibilité avec l’intérêt particulier des hommes, à bien des égards ; c’est pourquoi celui qui ne s’y conforme que par des vues égoïstes est exposé, au changement des temps, à l’abandonner ; mais la nature excellente de la religion, telle qu’elle est en elle-même, est invariable ; elle est toujours la même, en tout temps et à travers tous les changements ; elle ne change jamais à aucun égard.
La raison pour laquelle les affections de grâce aboutissent à une pratique sainte ressort encore de la sorte d’excellence des choses divines dont on a observé qu’elle est le fondement de toutes les affections saintes, à savoir « leur excellence morale, ou la beauté de leur sainteté ». Il n’est pas étonnant qu’un amour de la sainteté pour la sainteté elle-même incline les hommes à pratiquer la sainteté, et à pratiquer tout ce qui est saint. Puisque la sainteté est la chose principale qui excite, attire et gouverne toutes les affections de grâce, il n’est pas étonnant que toutes ces affections tendent à la sainteté. Ce que les hommes aiment, ils désirent l’avoir, y être unis et le posséder. La beauté dans laquelle les hommes se plaisent, ils désirent en être ornés. Les actes dans lesquels les hommes se plaisent, ils sont nécessairement enclins à les accomplir.
Et ce qui a été observé de cet enseignement et de cette conduite divins de l’Esprit de Dieu qui se trouvent dans les affections de grâce montre la raison de cette tendance de ces affections à une pratique universellement sainte. Car, comme on l’a observé, l’Esprit de Dieu, dans cet enseignement et cette conduite divins qui sont les siens, donne à l’âme un goût naturel pour la douceur de ce qui est saint, et de tout ce qui est saint, à mesure que cela se présente à sa vue, et excite en elle de la répugnance et du dégoût pour tout ce qui n’est pas saint.
La même chose ressort aussi de ce qui a été observé de la nature de cette connaissance spirituelle qui est le fondement de toute affection sainte, et qui consiste dans un sentiment et une vue de cette excellence des choses divines qui est suprême et transcendante. Car par là ces choses apparaissent, au-dessus de toutes les autres, dignes d’être choisies et qu’on s’y attache. Par la vue de la gloire transcendante de Christ, les vrais chrétiens le voient digne d’être suivi ; et ainsi ils sont puissamment attirés à sa suite ; ils le voient digne qu’ils abandonnent tout pour lui : par la vue de cette amabilité suprême, ils sont entièrement disposés à lui être soumis, engagés à travailler avec ardeur et activité à son service, et rendus disposés à aller jusqu’au bout de toutes les difficultés pour l’amour de lui. Et c’est la découverte de cette excellence divine de Christ qui les rend constants envers lui : car elle fait sur leur esprit une impression si profonde qu’ils ne peuvent l’oublier ; ils le suivront partout où il ira, et c’est en vain que quiconque s’efforcerait de les détourner de lui.
La raison de cette tendance pratique des affections de grâce, et de leur aboutissement dans la pratique, ressort encore de ce qui a été observé, à savoir que ces affections « sont accompagnées d’une conviction entière du jugement quant à la réalité et à la certitude des choses divines ». Il n’est pas étonnant que ceux qui n’ont jamais été entièrement convaincus qu’il y a quelque réalité dans les choses de la religion ne se donnent jamais la peine et le travail d’une pratique de la religion si ardente, si universelle et si persévérante, à travers toutes les difficultés, tous les renoncements à soi-même et toutes les souffrances, en s’appuyant sur ce dont ils ne sont pas convaincus. Mais, d’un autre côté, ceux qui sont entièrement convaincus de la vérité certaine de ces choses doivent nécessairement être gouvernés par elles dans leur pratique ; car les choses révélées dans la parole de Dieu sont si grandes, et infiniment plus importantes que toutes les autres choses, qu’il est incompatible avec la nature humaine qu’un homme croie pleinement à leur vérité et n’en soit pas influencé par-dessus toutes choses dans sa pratique.
De plus, la raison de cette expression et de cet effet des affections saintes dans la pratique paraît dans ce qui a été observé d’« un changement de nature qui accompagne ces affections ». Sans un changement de nature, la pratique des hommes ne sera pas entièrement changée. Tant que l’arbre n’est pas rendu bon, le fruit ne sera pas bon. On ne cueille pas des raisins sur des épines, ni des figues sur des chardons. On peut laver le pourceau, et il peut paraître propre pendant un peu de temps ; mais, sans un changement de nature, il se vautrera encore dans le bourbier. La nature est un principe d’action plus puissant que tout ce qui s’y oppose : bien qu’elle puisse être violemment contenue pour un temps, elle finira par vaincre ce qui la contient : elle est comme le cours d’un fleuve ; on peut l’arrêter un temps par une digue, mais si l’on ne fait rien pour tarir la source, il ne sera pas arrêté toujours ; il aura un cours, soit dans son ancien lit, soit dans un nouveau. La nature est une chose plus constante et plus permanente qu’aucune de celles qui servent de fondement à la réforme et à la justice des hommes charnels. Lorsqu’un homme naturel renonce à sa convoitise, mène une vie stricte et religieuse, et paraît humble, laborieux et ardent en religion, cela n’est pas naturel ; tout cela est une force qui agit contre la nature ; comme lorsqu’une pierre est lancée violemment vers le haut ; mais cette force s’épuisera peu à peu, tandis que la nature demeurera dans toute sa vigueur, et ainsi elle l’emporte de nouveau, et la pierre retombe. Tant que la nature corrompue n’est pas mortifiée, mais que le principe en est laissé entier dans un homme, c’est une chose vaine d’espérer qu’elle ne gouvernera pas. Mais si l’ancienne nature est réellement mortifiée, et qu’une nature nouvelle et céleste soit répandue en l’homme, alors on peut bien s’attendre à ce que les hommes marchent en nouveauté de vie, et continuent de le faire jusqu’à la fin de leurs jours.
La raison de cet exercice et de cet effet pratiques des affections saintes peut aussi se voir en partie dans ce qui a été dit de cet esprit d’humilité qui les accompagne. L’humilité est ce en quoi consiste pour une grande part un esprit d’obéissance. Un esprit orgueilleux est un esprit rebelle, mais un esprit humble est un esprit souple, soumis, obéissant. Nous voyons parmi les hommes que le serviteur qui a un esprit hautain n’est pas porté à être en toutes choses soumis et obéissant à la volonté de son maître ; mais il en va autrement du serviteur qui a un esprit humble.
Et cet esprit d’agneau et de colombe dont on a parlé, qui accompagne toutes les affections de grâce, accomplit (comme l’observe l’apôtre, Rom. 13:8, 9, 10 et Gal. 5:14) tous les devoirs de la seconde table de la loi ; en quoi consiste pour une très grande part la pratique chrétienne, et en quoi consiste principalement la pratique extérieure du christianisme.
Et la raison pour laquelle les affections de grâce sont accompagnées de cette obéissance stricte, universelle et constante dont on a parlé ressort encore de ce qui a été observé de cette tendresse d’esprit qui accompagne les affections des vrais saints, et qui produit en eux un sentiment de douleur si prompt et si vif à la présence du mal moral, et une telle crainte de l’apparence même du mal.
Et l’une des grandes raisons pour lesquelles la pratique chrétienne qui découle des affections de grâce est universelle, constante et persévérante, ressort de ce qui a été observé de ces affections mêmes d’où découle cette pratique : qu’elles sont universelles et constantes, dans toutes sortes d’exercices saints, envers tous les objets, en toutes circonstances et en toutes saisons, dans une belle symétrie et une belle proportion.
Et une grande part de la raison pour laquelle les affections saintes s’expriment et se manifestent dans un tel empressement, une telle activité, un tel engagement et une telle persévérance dans la pratique sainte, comme on l’a dit, ressort de ce qui a été observé de l’appétit spirituel et du désir ardent de nouveaux progrès en religion qui accompagnent toujours la véritable affection, et qui ne diminuent pas, mais augmentent à mesure que ces affections augmentent.
Nous voyons ainsi comment la tendance des affections saintes à une pratique chrétienne telle qu’elle a été expliquée ressort de chacun des caractères de l’affection sainte dont on a parlé auparavant.
Et ce point peut être encore éclairé et confirmé si l’on considère que les saintes Écritures font abondamment consister la sincérité et la solidité en religion à faire un plein choix de Dieu comme notre seul Seigneur et notre seule part, à tout abandonner pour lui, et dans une pleine détermination de la volonté pour Dieu et pour Christ, après avoir calculé la dépense ; dans le fait que notre cœur s’attache à la religion de Jésus-Christ et s’y conforme, avec tout ce qui lui appartient, l’embrassant avec toutes ses difficultés, haïssant pour ainsi dire nos plus chères jouissances terrestres, et même notre propre vie, pour Christ, nous donnant nous-mêmes, avec tout ce que nous avons, entièrement et pour toujours, à Christ, sans rien retenir ni faire aucune réserve ; ou, en un mot, dans le grand devoir du renoncement à soi-même pour Christ ; c’est-à-dire dans le fait de nous renier, de nous désavouer pour ainsi dire et de renoncer à nous-mêmes pour lui, nous faisant néant afin qu’il soit tout. Voyez les textes indiqués en marge à ce sujet.7474 Matt. 5:29, 30 ; chap. 6:24 ; chap. 8:19-22 ; chap. 4:18, à 22 ; chap. 9:37, 38, 39 ; chap. 13:44, 45, 46 ; chap. 16:24, 25, 26 ; chap. 18:8, 9 ; chap. 19:21, 27, 28, 29 ; chap. 10:42 ; chap. 12:33, 34 ; chap. 14:16-20, 25-33 ; chap. 16:13 ; Actes 4:34, 35, avec le chap. 5:1-11 ; Rom. 6:3-8 ; Gal. 2:20 ; chap. 6:14 ; Phil. 3:7. Or assurément, avoir le cœur disposé à tout abandonner pour Christ tend à tout abandonner effectivement pour lui, autant que l’occasion s’en présente et que nous en avons l’épreuve. Avoir le cœur disposé à renoncer à nous-mêmes pour Christ tend à renoncer réellement à nous-mêmes, lorsque Christ et l’intérêt personnel entrent en concurrence. Le don de nous-mêmes, avec tout ce que nous avons, fait dans notre cœur sans aucune réserve, tend à ce que nous nous conduisions universellement comme étant à lui, soumis à sa volonté et consacrés à ses fins. L’attachement entier de notre cœur à la religion de Jésus, avec tout ce qui lui appartient et avec toutes les difficultés qui l’accompagnent, après avoir délibérément calculé la dépense, tend à un attachement universel à cette même religion en acte et en effet, à traverser réellement toutes les difficultés que nous rencontrons dans la voie de la religion, et ainsi à tenir bon avec patience et persévérance.
La tendance de la grâce dans le cœur à la pratique sainte est très directe, et la liaison des plus naturelles, des plus étroites et des plus nécessaires. La vraie grâce n’est pas une chose inactive ; il n’y a rien au ciel ni sur la terre qui soit d’une nature plus active, car elle est la vie même, et la sorte de vie la plus active, à savoir la vie spirituelle et divine. Ce n’est pas une chose stérile ; il n’y a rien dans l’univers qui, par sa nature, ait une plus grande tendance à porter du fruit. La piété dans le cœur a une relation aussi directe à la pratique qu’une source en a à un ruisseau, ou que la nature lumineuse du soleil en a aux rayons qu’il envoie, ou que la vie en a à la respiration, au battement du pouls ou à tout autre acte vital ; ou qu’une disposition ou un principe d’action en a à l’action ; car c’est la nature et la notion mêmes de la grâce que d’être un principe d’action ou de pratique sainte. La régénération, qui est cette œuvre de Dieu par laquelle la grâce est répandue dans l’âme, a une relation directe à la pratique ; car c’en est le but même, en vue duquel toute l’œuvre est accomplie ; tout, dans ce changement puissant et multiple opéré dans l’âme, est calculé et disposé de manière à tendre directement à cette fin. Éph. 2:10, « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres. Bien plus, c’est le but même de la rédemption de Christ : Tite 2:14, « qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. » Éph. 1:4, « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, dans l’amour. » Chap. 2:10, « Créés pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » La pratique sainte est autant le but de tout ce que Dieu fait à l’égard de ses saints que le fruit est le but de tout ce que fait le cultivateur pour la croissance de son champ ou de sa vigne ; comme la chose est souvent représentée dans l’Écriture, Matt. 3:10, chapitre 13:8, 23, 30, 38, chapitre 21:19, 33, 34, Luc 13:6, Jean 15:1, 2, 4, 5, 6, 8, 1 Cor. 3:9, Héb. 6:7, 8, Ésa. 5:1-8, Cant. 8:11, 12, Ésa. 27:2, 3.7575 « Faire profession de savoir beaucoup est facile ; mais soumettre vos affections, lutter contre vos convoitises, contrarier vos volontés et vous-mêmes en toute occasion, voilà qui est difficile. Le Seigneur attend que, dans notre vie, nous lui soyons utiles à son service, et utiles aux hommes. Ce qui est au-dedans, le Seigneur et nos frères n’en sont jamais plus avancés ; mais l’obéissance extérieure qui en découle glorifie Dieu et fait du bien aux hommes. Le Seigneur veut que cela se fasse. Quel autre but ont nos plantations et nos arrosages, sinon que les arbres soient remplis de sève ? Et quel est le but de cette sève, sinon que les arbres portent du fruit ? Que fait le cultivateur de feuilles et d’arbres stériles ? » Dr Preston, Of the Church’s Carriage. C’est pourquoi tout, chez un vrai chrétien, est calculé pour atteindre cette fin. Ce fruit de la pratique sainte est ce à quoi tendent directement chaque grâce, chaque découverte et chaque chose particulière qui appartient à l’expérience chrétienne.
La liaison constante et indissoluble qu’il y a, chez les vrais saints, entre un principe et une profession chrétienne et le fruit de la pratique sainte dans leur vie, fut figurée autrefois dans la structure du chandelier d’or du temple. Il est hors de doute que ce chandelier d’or, avec ses sept branches et ses sept lampes, était un type de l’Église de Christ. Le Saint-Esprit lui-même a bien voulu mettre la chose hors de doute, en représentant son Église par un tel chandelier d’or à sept lampes, au quatrième chapitre de Zacharie, et en représentant les sept Églises d’Asie par sept chandeliers d’or, au premier chapitre de l’Apocalypse. Ce chandelier d’or du temple était partout, dans toute sa structure, fait de boutons et de fleurs : Ex. 25:31, jusqu’à la fin, et chapitre 37:17-24. Le mot traduit par bouton signifie, dans l’original, pomme ou grenade. Il y avait un bouton et une fleur, un bouton et une fleur : partout où il y avait une fleur, il y avait avec elle une pomme ou une grenade : la fleur et le fruit étaient constamment unis, sans exception. La fleur contenait le principe du fruit, et en offrait une apparence belle et pleine de promesse ; et ce n’était jamais une apparence trompeuse ; le principe ou l’apparence du fruit était toujours accompagné ou suivi d’un fruit réel. Il en est ainsi dans l’Église de Christ : il y a le principe du fruit dans la grâce qui est au cœur ; il y a une aimable profession, signifiée par les fleurs épanouies du chandelier ; et il y a un fruit correspondant, dans la pratique sainte, qui accompagne constamment ce principe et cette profession. Chaque branche du chandelier d’or, ainsi composée de pommes et de fleurs d’or, était couronnée à son sommet d’une lampe ardente et brillante. Car c’est par ce moyen que les saints brillent comme des flambeaux dans le monde : en faisant une belle et bonne profession de religion, et en joignant toujours à leur profession un fruit correspondant dans la pratique ; conformément à cette parole de notre Sauveur, Matt. 5:15, 16, « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Une profession belle et gracieuse et des fruits d’or qui s’accompagnent l’un l’autre sont les aimables ornements de la vraie Église de Christ. C’est pourquoi nous voyons que les pommes et les fleurs n’étaient pas seulement les ornements des chandeliers du temple, mais du temple lui-même, qui est un type de l’Église ; laquelle, nous dit l’apôtre, « est le temple du Dieu vivant ». Voyez 1 Rois 6:18 : « Le bois de cèdre à l’intérieur de la maison offrait des sculptures de coloquintes et de fleurs épanouies. » Les ornements et le couronnement des colonnes, à l’entrée du temple, étaient de la même sorte : c’étaient des lis et des grenades, c’est-à-dire des fleurs et des fruits mêlés ensemble, 1 Rois 7:18, 19. Il en est ainsi de tous ceux qui sont « comme des colonnes dans le temple de Dieu, et qui n’en sortiront plus », c’est-à-dire qui n’en seront jamais chassés comme des intrus ; comme il en est de tous les vrais saints : Apoc. 3:12, « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n’en sortira plus. »
C’est à peu près la même chose qui semble signifiée par les ornements de la bordure de l’éphod, le vêtement d’Aaron, le souverain sacrificateur ; ornements qui étaient des clochettes d’or et des grenades. — Que ces bords du vêtement d’Aaron représentent l’Église, ou les saints (qui sont pour ainsi dire le vêtement de Christ), cela est manifeste ; car il en est évidemment parlé ainsi, Ps. 133:1, 2 : « Voici, oh! Qu’il est agréable, qu’il est doux Pour des frères de demeurer ensemble! C’est comme l’huile précieuse qui, répandue sur la tête, Descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements. » Cet éphod d’Aaron signifiait la même chose que la tunique sans couture de Christ, notre grand souverain sacrificateur. De même que la tunique de Christ était sans couture, mais d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas, ainsi en était-il de l’éphod, Ex. 39:22. De même que Dieu veilla dans sa providence à ce que la tunique de Christ ne fût pas déchirée, de même Dieu prit un soin particulier pour que l’éphod ne se déchirât pas, Ex. 28:32, et chap. 39:23. Les clochettes d’or de cet éphod, par leur matière précieuse et leur son agréable, représentent bien la bonne profession que font les saints ; et les grenades, le fruit qu’ils portent. Et de même que, sur la bordure de l’éphod, les clochettes et les grenades étaient constamment unies, comme il est observé à plus d’une reprise : il y avait une clochette d’or et une grenade, une clochette d’or et une grenade, Ex. 28:34, et chap. 39:26, ainsi en est-il chez les vrais saints ; leur bonne profession et leur bon fruit s’accompagnent constamment l’un l’autre : le fruit qu’ils portent dans leur vie répond toujours au son agréable de leur profession.
De plus, la même chose est représentée par Christ dans la description qu’il fait de son épouse, Cant. 7:3 : « Ton corps est un tas de froment, Entouré de lis. » Ici encore, de belles fleurs et un bon fruit s’accompagnent l’un l’autre. Les lis étaient des fleurs belles et gracieuses, et le froment était un bon fruit.
De même que ce fruit de la pratique chrétienne se trouve toujours chez les vrais saints, selon qu’ils en ont l’occasion et l’épreuve, de même il ne se trouve que chez eux ; nul, sinon les vrais chrétiens, ne mène une vie si obéissante, si universellement consacrée à son devoir et si livrée à l’œuvre d’un chrétien, telle qu’elle a été expliquée. Tous les hommes non sanctifiés sont des ouvriers d’iniquité : ils ont pour père le diable, et ils veulent accomplir les désirs de leur père. Il n’est aucun hypocrite qui mène à bonne fin l’œuvre de la religion, et qui commence et achève la tour : ils ne supportent pas les épreuves que Dieu a coutume d’envoyer à ceux qui font profession de religion, mais ils se détournent vers leurs voies tortueuses : ils ne sont pas pleinement fidèles à Christ dans leur pratique, et ne le suivent pas partout où il va. Quelque loin qu’ils aillent en religion en certains cas, et bien qu’ils puissent paraître extrêmement stricts et puissamment engagés dans le service de Dieu pour un temps, ils sont pourtant esclaves du péché ; les chaînes de leurs anciens maîtres de corvée ne sont pas brisées : leurs convoitises ont encore une puissance qui règne dans leur cœur ; c’est pourquoi ils se courberont de nouveau devant ces maîtres.7676 Nul homme non régénéré, si loin qu’il aille, quoi qu’il fasse, qui ne vive dans quelque péché ou dans un autre, secret ou public, petit ou grand. Judas alla loin, mais il était avare ; Hérode alla loin, mais il aimait son Hérodias. Tout chien a son chenil, tout pourceau a son auge, et tout méchant sa convoitise. » Shepard, Le Converti sincère, 1re édition, p. 96. Daniel 12:10, « Plusieurs seront purifiés, blanchis et épurés; les méchants feront le mal et aucun des méchants ne comprendra. » Ésa. 26:10, « Si l’on fait grâce au méchant, il n’apprend pas la justice, Il se livre au mal dans le pays de la droiture. » Ésa. 35:8, « Il y aura là un chemin frayé, une route, Qu’on appellera la voie sainte; Nul impur n’y passera. Osée 14:9, « Les voies de l’Éternel sont droites; Les justes y marcheront, Mais les rebelles y tomberont. » Job 27:8, 9, 10, « Quelle espérance reste-t-il à l’impie? Fait-il du Tout-Puissant ses délices? Adresse-t-il en tout temps ses prières à Dieu? » Un homme non sanctifié peut cacher son péché, et peut, en bien des choses et pour un temps, s’abstenir du péché ; mais il ne se laissera pas amener à renoncer définitivement à son péché et à lui donner une lettre de divorce ; le péché lui est trop cher pour qu’il y consente : « Le mal est doux à sa bouche ; c’est pourquoi il le cache sous sa langue, il le savoure sans l’abandonner, il le retient au milieu de son palais », Job 20:12, 13. C’est en cela principalement que consistent l’étroitesse de la porte et le resserrement du chemin qui mènent à la vie, à cause desquels les hommes charnels ne veulent pas y entrer : c’est que c’est une voie où l’on renie entièrement et où l’on renonce définitivement à toute impiété, et donc une voie de renoncement à soi-même.
Bien des hommes naturels, sous les moyens dont on use à leur égard et sous les efforts de Dieu pour les amener à abandonner leurs péchés, font avec leurs péchés comme Pharaon fit avec son orgueil et sa cupidité, qu’il satisfaisait en tenant les enfants d’Israël en servitude, lorsque Dieu luttait avec lui pour l’amener à laisser aller le peuple. Quand la main de Dieu pesait durement sur Pharaon, et qu’il était tourmenté par la crainte de la colère à venir de Dieu, il conçoit quelque pensée de laisser aller le peuple, et il promit de le faire ; mais à plusieurs reprises il rompit ses promesses, dès qu’il vit qu’il y avait du répit. Quand Dieu remplit l’Égypte de tonnerre et d’éclairs, et que le feu courait sur la terre, alors Pharaon est amené à confesser son péché avec une humilité apparente, et à prendre une ferme résolution de laisser aller le peuple. Ex. 9:27, 28, « Pharaon fit appeler Moïse et Aaron, et leur dit: Cette fois, j’ai péché; c’est l’Éternel qui est le juste, et moi et mon peuple nous sommes les coupables. Priez l’Éternel, pour qu’il n’y ait plus de tonnerres et de grêle; et je vous laisserai aller, et l’on ne vous retiendra plus. » Ainsi les pécheurs sont quelquefois amenés, par les tonnerres, les éclairs et les grandes terreurs de la loi, à une œuvre apparente d’humiliation, et à paraître se séparer de leurs péchés ; mais ils ne sont pas plus amenés à une disposition sincère à les congédier que Pharaon ne l’était à laisser aller le peuple. Pharaon, dans la lutte qui se livrait entre sa conscience et ses convoitises, cherchait un moyen de faire en sorte que Dieu fût servi, et que lui-même jouît de ses convoitises, que satisfaisait l’esclavage du peuple. Moïse insistait pour que le Dieu d’Israël fût servi et qu’on lui offrît des sacrifices : Pharaon voulait bien y consentir ; mais il voulait que cela se fît sans qu’il eût à se séparer du peuple : « Allez, offrez des sacrifices à votre Dieu dans le pays », dit-il, Ex. 8:21. Ainsi bien des pécheurs cherchent un moyen de servir Dieu tout en jouissant aussi de leurs convoitises. Moïse objecta, contre la proposition de Pharaon, que servir Dieu et pourtant demeurer en Égypte sous leurs maîtres de corvée ne s’accordaient pas ensemble et étaient incompatibles l’un avec l’autre (on ne peut servir Dieu et rester en même temps esclave de tels ennemis de Dieu). Après cela, Pharaon consentit à laisser aller le peuple, pourvu qu’il n’allât pas loin : il ne voulait pas s’en séparer définitivement, et c’est pourquoi il voulait le garder à portée de main. Ainsi font bien des hypocrites à l’égard de leurs péchés. — Ensuite Pharaon consentit à laisser aller les hommes, s’ils laissaient les femmes et les enfants, Ex. 10:8, 9, 10. Et puis, après cela, quand la main de Dieu pesait plus durement encore sur lui, il consentit à ce qu’ils s’en aillent, femmes et enfants aussi bien que les hommes, pourvu qu’ils laissent leur bétail derrière eux ! Mais il ne voulait pas les laisser aller avec tout ce qu’ils avaient, Ex. 10:24. Ainsi en est-il souvent des pécheurs ; ils veulent bien se séparer de quelques-uns de leurs péchés, mais non de tous ; ils sont amenés à se séparer des actes de péché les plus grossiers, mais non à se séparer de leurs convoitises dans les complaisances moindres qu’ils leur accordent. Or nous devons nous séparer de tous nos péchés, petits et grands, et de tout ce qui leur appartient, hommes, femmes, enfants et bétail ; il faut les laisser aller « avec leurs enfants et leurs vieillards, avec leurs fils et leurs filles, avec leurs brebis et leurs bœufs ; il ne doit pas rester un ongle » ; comme Moïse le dit à Pharaon au sujet des enfants d’Israël. À la fin, quand on en vint à l’extrémité, Pharaon consentit à laisser aller tout le peuple, avec tout ce qu’il avait ; mais il ne demeura pas fermement dans cette pensée : il s’en repentit bientôt et se remit à le poursuivre ; et la raison en était que ces convoitises d’orgueil et de cupidité que satisfaisaient la domination de Pharaon sur le peuple et les profits de son service n’avaient jamais été réellement mortifiées en lui, mais seulement violemment contenues. Et ainsi, s’étant rendu coupable de retour en arrière après son apparente soumission aux commandements de Dieu, il fut détruit sans remède. Il peut donc y avoir un abandon forcé des voies de désobéissance aux commandements de Dieu qui peut sembler universel, à en juger par ce qui paraît pendant un peu de temps ; mais parce que ce n’est qu’une contrainte, sans la mortification du principe intérieur du péché, ils n’y persévéreront pas ; mais ils retourneront, comme le chien, à ce qu’ils avaient vomi, et attireront ainsi sur eux-mêmes une destruction terrible et sans remède. Il y eut au temps de Christ beaucoup de faux disciples qui le suivirent un temps ; mais aucun d’eux ne le suivit jusqu’à la fin ; les uns à une occasion, les autres à une autre, se retirèrent et n’allèrent plus avec lui.7777 « La grâce contrefaite et commune des vierges folles, après un temps de profession glorieuse, s’éteindra certainement et sera tout à fait épuisée. Elle se consume à l’usage, à briller et à brûler. — Les hommes qui ont été les plus empressés déclinent : leurs dons déclinent, leur vie décline. Il en est ainsi après un certain temps de profession : car au début elle croît plutôt qu’elle ne décline et ne se flétrit, mais ensuite ils en ont assez, elle se flétrit et meurt. L’Esprit de Dieu vient sur beaucoup d’hypocrites en une mesure abondante et copieuse de grâce de réveil : il vient sur eux comme il vint sur Balaam, et comme il en est des eaux qui débordent, qui se répandent au loin, deviennent très profondes et remplissent bien des lieux vides. Mais bien qu’il vienne ainsi sur eux, il ne repose pourtant jamais au-dedans d’eux, de manière à y habiter, pour y établir pour lui-même une demeure éternelle. — De là vient qu’elle décline peu à peu, jusqu’à ce qu’enfin elle ait tout à fait disparu. Comme des étangs remplis d’eau de pluie, qui vient sur eux, et non d’eau de source qui jaillit au-dedans d’eux ; ils s’assèchent peu à peu jusqu’à être tout à fait à sec. » Shepard, Parabole, IIe partie, p. 58, 59.
De ce qui a été dit, il est manifeste que la pratique chrétienne, ou une vie sainte, est un grand signe distinctif de la grâce véritable et salutaire. Mais je puis aller plus loin et affirmer qu’elle est le principal de tous les signes de la grâce, tant comme preuve de la sincérité des professants aux yeux des autres que pour leur propre conscience.
Mais il faut alors que cela soit pris dans le bon sens, et que l’on comprenne et remarque bien en quel sens et de quelle manière la pratique chrétienne est le plus grand signe de la grâce. C’est pourquoi, afin de mettre cette matière dans une claire lumière, je m’efforcerai de prouver, en particulier et distinctement, que la pratique chrétienne est le principal signe par lequel les chrétiens doivent juger de la sincérité de la piété, tant de la leur que de celle des autres ; en relevant en même temps certaines choses qu’il est nécessaire de noter spécialement pour bien comprendre ce sujet.
1. Je considérerai la pratique chrétienne et la sainteté de vie comme une manifestation et un signe de la sincérité de celui qui fait profession d’être chrétien, aux yeux de ses voisins et de ses frères.
Que ce soit là le principal signe de la grâce à cet égard, la parole de Dieu le montre avec une grande évidence. Christ, qui savait mieux que personne comment nous donner des règles pour juger des autres, a répété et inculqué que nous devions les reconnaître à leurs fruits : Matthieu 7:16, « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Puis, après avoir développé ce point et donné, dans les versets suivants, des raisons claires pour lesquelles il faut nécessairement que les fruits des hommes soient la principale preuve de ce qu’ils sont, il conclut en répétant la même affirmation, au verset 20 : « C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » Et encore, au chapitre 12:33 : « Ou dites que l’arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais. » Comme s’il disait : il est tout à fait absurde de supposer que l’arbre soit bon et que pourtant le fruit soit mauvais, que l’arbre soit d’une espèce et le fruit d’une autre ; car la preuve propre de la nature de l’arbre, c’est son fruit. On ne peut entendre autre chose par cette dernière proposition du verset, « car on connaît l’arbre par le fruit », sinon que l’arbre est principalement connu par son fruit, et que c’est là le signe distinctif principal et le plus propre par lequel un arbre se distingue d’un autre. De même Luc 6:44 : « chaque arbre se connaît à son fruit. » Christ ne dit nulle part : Vous connaîtrez l’arbre à ses feuilles ou à ses fleurs ; ou : Vous connaîtrez les hommes à leurs discours ; ou : Vous les connaîtrez au beau récit qu’ils font de leurs expériences, ou à la manière et à l’air de leur parole, à l’emphase et au pathétique de leurs expressions, ou à ce qu’ils parlent avec sentiment, ou à ce qu’ils font grande montre par l’abondance de leurs paroles, ou à leurs nombreuses larmes et à leurs expressions affectueuses, ou aux affections que vous ressentez dans votre cœur envers eux ; mais c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ; l’arbre se connaît par son fruit ; chaque arbre se connaît à son propre fruit. Et de même que c’est là la preuve que Christ nous a principalement enjoint de regarder chez les autres pour juger d’eux, c’est aussi la preuve qu’il nous a principalement enjoint de donner aux autres, afin qu’ils puissent juger de nous : Matthieu 5:16, « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Ici, Christ nous enjoint de manifester notre piété aux autres. La piété est comme une lumière qui brille dans l’âme. Christ veut que cette lumière ne brille pas seulement au-dedans, mais qu’elle rayonne au-dehors devant les hommes, afin qu’ils puissent la voir. Mais de quelle manière cela se fera-t-il ? Par nos bonnes œuvres. Christ ne dit pas : afin qu’ils entendent vos bonnes œuvres, votre beau récit ou vos expressions pathétiques ; mais « afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Sans aucun doute, lorsque Christ nous donne une règle pour faire luire notre lumière, afin que les autres en aient la preuve, sa règle est la meilleure qui se puisse trouver. Et les apôtres mentionnent la pratique chrétienne comme le principal fondement de l’estime qu’ils faisaient de certaines personnes comme de vrais chrétiens. Ainsi l’apôtre Paul, au chapitre 6 de l’épître aux Hébreux. Là, au commencement du chapitre, l’apôtre parle de ceux qui ont reçu de grandes illuminations communes, qui « ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui ensuite sont tombés, et sont comme une terre stérile, près d’être maudite, et dont la fin est d’être brûlée » ; puis il ajoute aussitôt, au verset 9 (exprimant sa charité envers les chrétiens hébreux, comme possédant cette grâce qui sauve, laquelle vaut mieux que toutes ces illuminations communes) : « Quoique nous parlions ainsi, bien-aimés, nous attendons, pour ce qui vous concerne, des choses meilleures et favorables au salut. » Ensuite, au verset suivant, il leur dit pour quelle raison il avait d’eux une si bonne opinion : il ne dit pas que c’était parce qu’ils lui avaient fait un bon récit d’une œuvre de Dieu dans leur âme et avaient parlé en hommes d’expérience ; mais c’était leur travail et leur charité : « Car Dieu n’est pas injuste, pour oublier votre travail et l’amour que vous avez montré pour son nom, ayant rendu et rendant encore des services aux saints. » Et le même apôtre parle du fidèle service de Dieu dans la pratique comme de la preuve propre, aux yeux des autres, que les hommes aiment Christ par-dessus tout et préfèrent son honneur à leur intérêt particulier : Philippiens 2:21, 22, « tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ. Vous savez qu’il a été mis à l’épreuve, en se consacrant au service de l’Évangile avec moi, comme un enfant avec son père. » De même l’apôtre Jean exprime la même chose comme le fondement de la bonne opinion qu’il avait de Gaïus, 3 Jean 3-6 : « J’ai été fort réjoui, lorsque des frères sont arrivés et ont rendu témoignage de la vérité qui est en toi. » Mais comment les frères rendaient-ils témoignage de la vérité qui était en Gaïus ? Et comment l’apôtre jugeait-il de la vérité qui était en lui ? Ce n’était pas parce qu’ils attestaient qu’il leur avait fait un bon récit des étapes de ses expériences, qu’il parlait comme quelqu’un qui sent ce qu’il dit et qu’il avait le langage même d’un chrétien ; mais ils attestaient qu’il marchait dans la vérité, comme il est dit ensuite : « de la manière dont tu marches dans la vérité. Je n’ai pas de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité. Bien-aimé, tu agis fidèlement dans ce que tu fais pour les frères, et même pour des frères étrangers, lesquels ont rendu témoignage de ta charité, en présence de l’Église. » L’apôtre explique ainsi de quoi les frères avaient rendu témoignage lorsqu’ils étaient venus attester qu’il marchait dans la vérité. Et il semble qu’au même endroit l’apôtre donne à Gaïus une règle pour juger des autres : au verset 10, il mentionne un certain Diotrèphe, qui ne se conduisait pas bien et entraînait d’autres à sa suite ; puis, au verset 11, il exhorte Gaïus à se garder de tels hommes et à ne pas les suivre ; et il lui donne une règle pour les reconnaître, exactement conforme à celle que Christ avait donnée auparavant, « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » ; l’apôtre dit : « Bien-aimé, n’imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu; celui qui fait le mal n’a point vu Dieu. » J’observerai encore que l’apôtre Jacques, comparant expressément cette manière de montrer aux autres notre foi et notre christianisme par notre pratique ou nos œuvres avec d’autres manières de montrer notre foi sans les œuvres, ou autrement que par les œuvres, préfère clairement et abondamment la première : Jacques 2:18, « Mais quelqu’un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. » Une manifestation de notre foi sans les œuvres, ou d’une manière différente des œuvres, est une manifestation de celle-ci en paroles, par lesquelles un homme fait profession de la foi. Comme le dit l’apôtre au verset 14 : « Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi… » Il y a donc ici deux manières de manifester à notre prochain ce qui est dans notre cœur : l’une par ce que nous disons, l’autre par ce que nous faisons. Mais l’apôtre préfère abondamment la seconde comme la meilleure preuve. Or, assurément, tous les récits que nous faisons de nous-mêmes en paroles, quand nous disons que nous avons la foi et que nous sommes convertis, quand nous racontons comment nous en sommes venus à avoir la foi, par quelles étapes elle a été opérée en nous, et quelles découvertes et quelles expériences l’accompagnent, ne sont toujours que manifester notre foi par ce que nous disons ; ce n’est que montrer notre foi par nos paroles ; ce dont l’apôtre parle comme restant infiniment en deçà de la manifester par ce que nous faisons, et de montrer notre foi par nos œuvres.
Et de même que l’Écriture enseigne clairement que la pratique est la meilleure preuve de la sincérité de ceux qui font profession d’être chrétiens, la raison enseigne la même chose. La raison montre que les actes des hommes sont de meilleurs et plus fidèles interprètes de leur pensée que leurs paroles. Le sens commun de tout le genre humain, dans tous les âges et chez toutes les nations, enseigne aux hommes à juger du cœur d’autrui principalement par sa pratique, dans les autres domaines : par exemple, pour savoir si un homme est un sujet loyal, un amant sincère, un enfant soumis ou un serviteur fidèle. Si un homme professe beaucoup d’amour et d’amitié pour un autre, la raison enseigne à tous que cette profession n’est pas une preuve aussi forte qu’il est un ami réel et sincère que le fait de se montrer ami dans les actes : d’être fidèle et constant envers son ami dans la prospérité comme dans l’adversité, prêt à se dépenser, à renoncer à lui-même et à souffrir dans son intérêt personnel pour lui rendre service. Un homme sage se fiera à de telles preuves de la sincérité d’une amitié bien plus qu’à mille protestations ardentes, déclarations solennelles et expressions d’amitié les plus affectueuses en paroles. Et il y a une raison égale pour que la pratique soit aussi regardée comme la meilleure preuve de l’amitié envers Christ. La raison dit la même chose que ce que Christ a dit en Jean 14:21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime. » Ainsi, si nous voyons un homme qui, dans le cours de sa vie, semble suivre et imiter Christ, et faire de grands efforts et de grands renoncements pour l’honneur de Christ et pour l’avancement de son règne et de ses intérêts dans le monde, la raison enseigne que c’est là une preuve d’amour pour Christ plus digne de confiance que si un homme dit seulement qu’il aime Christ, et raconte les expériences intérieures qu’il a eues de son amour pour lui, quel amour ardent il a ressenti, et comment son cœur a été attiré dans l’amour à tel ou tel moment, alors que peut-être il paraît bien peu d’imitation de Christ dans sa conduite, qu’il semble lent à faire quoi que ce soit de grand pour lui ou à se déranger pour l’avancement de son règne, et qu’il paraît enclin à s’excuser chaque fois qu’il est appelé à renoncer à lui-même pour Christ. De même, si un homme, en déclarant ses expériences, raconte comment il a trouvé son cœur détaché du monde, comment il en a vu la vanité, de sorte que tout lui paraissait comme rien, à tel ou tel moment, et s’il professe qu’il abandonne tout à Dieu et prend le ciel et la terre à témoin, mais que pourtant, dans sa pratique, il poursuit le monde avec violence, garde étroitement ce qu’il gagne, répugne extrêmement à s’en dessaisir beaucoup pour des usages charitables et pieux, et que cela lui coûte presque comme le sang de son cœur ; et s’il y a un autre chrétien qui fait profession, qui ne dit pas grand-chose, mais qui, dans sa conduite, paraît prêt en tout temps à abandonner le monde chaque fois que celui-ci se trouve sur le chemin de son devoir, et qui s’en dessaisit volontiers en toute occasion pour avancer la religion et le bien de ses semblables : la raison enseigne que ce dernier donne de beaucoup la manifestation la plus digne de foi d’un cœur détaché du monde. Et si un homme paraît marcher humblement devant Dieu et devant les hommes, et avoir une conduite qui respire un cœur brisé, se montrant patient et résigné à Dieu dans l’affliction et doux dans sa conduite parmi les hommes, c’est là une meilleure preuve d’humiliation que si quelqu’un raconte seulement quel profond sentiment il a eu de sa propre indignité, comment il a été amené à se coucher dans la poussière, comment il a été entièrement vidé de lui-même, s’est vu comme néant, tout souillé et abominable, etc., etc., mais agit pourtant comme s’il se regardait comme l’un des premiers et des meilleurs des saints, et comme étant de plein droit à la tête de tous les chrétiens de la ville, et se montre présomptueux, obstiné et impatient de la moindre contradiction ou opposition ; nous pouvons être assurés, en pareil cas, que la pratique d’un homme vient d’un lieu plus profond de son cœur que sa profession. De même (pour ne pas citer d’autres exemples), si un homme qui fait profession du christianisme manifeste dans sa conduite un esprit compatissant et tendre envers les autres dans le malheur, prêt à porter leurs fardeaux avec eux, disposé à dépenser son bien pour eux et à subir bien des désavantages dans ses intérêts temporels afin de procurer le bien de l’âme et du corps des autres, n’est-ce pas là une manifestation plus digne de foi d’un esprit d’amour envers les hommes que le simple récit que fait un homme de l’amour qu’il a ressenti pour les autres à certains moments, de la compassion qu’il a eue pour leurs âmes, du travail d’enfantement de son âme pour eux, et de l’amour sincère et de la pitié qu’il a ressentis pour ses ennemis, alors que dans sa conduite il semble être d’un esprit très égoïste, serré et mesquin, tout pour lui-même et rien pour ses voisins, et peut-être envieux et querelleur ? Des personnes saisies d’un élan d’affection peuvent penser qu’elles ont un cœur disposé à de grandes choses, à faire beaucoup et à souffrir beaucoup, et peuvent ainsi le professer avec beaucoup d’ardeur et d’assurance, alors qu’en réalité leur cœur en est bien loin. C’est ainsi que beaucoup, dans leurs élans d’affection, se sont crus disposés à être damnés éternellement pour la gloire de Dieu. Les affections passagères produisent facilement des paroles ; et les paroles coûtent peu ; et la piété se feint plus facilement en paroles qu’en actes. La pratique chrétienne est une chose coûteuse et laborieuse. Le renoncement à soi-même qui est exigé des chrétiens, et l’étroitesse du chemin qui mène à la vie, ne consistent pas en paroles, mais en pratique. On amènera bien plus facilement les hypocrites à parler comme des saints qu’à agir comme des saints.
Il est donc clair que la pratique chrétienne est le meilleur signe, la meilleure manifestation de la vraie piété de celui qui fait profession d’être chrétien, aux yeux de ses voisins.
Mais il faut alors bien observer les choses suivantes, afin que ce sujet soit correctement compris.
Premièrement, il faut observer que, lorsque l’Écriture parle de la pratique chrétienne comme de la meilleure preuve, aux yeux des autres, de la sincérité et de la vérité de la grâce, la profession du christianisme n’est pas exclue, mais supposée. Les règles mentionnées étaient des règles données aux disciples de Christ pour les guider dans le jugement qu’ils portaient sur ceux qui faisaient profession d’être chrétiens et sur ceux qui se présentaient pour faire partie de leur société, afin qu’ils pussent juger de la vérité de leurs prétentions et de la sincérité de la profession qu’ils faisaient ; et non pour mettre à l’épreuve les païens, ou ceux qui ne prétendaient nullement au christianisme et avec qui les chrétiens n’avaient rien à voir. Cela est aussi clair que possible dans cette grande règle que Christ donne au chapitre 7 de Matthieu : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Il donne là une règle pour juger de ceux qui faisaient profession d’être chrétiens, et même qui faisaient une très haute profession, à savoir les faux prophètes, qui « viennent à vous en vêtements de brebis », comme au verset 15. Il en est de même de la parole de l’apôtre Jacques, chapitre 2:18 : « Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. » Il est évident que ces deux sortes de personnes, qui s’offrent à donner ces preuves différentes de leur foi, font profession de la foi : cela est impliqué dans le fait que chacune d’elles s’offre à donner des preuves de la foi qu’elle professait. Et il est évident, par les versets précédents, que l’apôtre parle de ceux qui font profession de la foi en Jésus-Christ. De même, il est très clair que l’apôtre Jean, dans les passages de sa troisième épître que nous avons relevés, parle de chrétiens qui font profession. Bien que, dans ces règles, il soit parlé de la pratique chrétienne des professants comme du signe le plus grand et le plus distinctif de leur sincérité dans leur profession, et bien plus probant que leur profession elle-même, la profession du christianisme y est pourtant clairement présupposée : elle n’est pas l’élément principal de la preuve, ni rien de distinctif en elle ; et cependant elle y est requise et nécessaire. De même que le fait d’avoir un corps animal n’est rien qui distingue l’homme des autres créatures et n’est pas l’élément principal de la preuve de la nature humaine, et que c’est pourtant une chose requise et nécessaire à cette preuve. De sorte que si un homme disait clairement qu’il n’est pas chrétien, et qu’il ne croit pas que Jésus soit le Fils de Dieu, ni un envoyé de Dieu, ces règles de Christ et de ses apôtres ne nous obligent nullement à le regarder comme un chrétien sincère, quelles que soient sa pratique visible et ses vertus. Et non seulement ces règles n’ont aucune application à l’égard d’un homme qui nie explicitement le christianisme et qui est déiste déclaré, juif, païen ou incrédule avoué ; mais elles n’en ont pas davantage à l’égard d’un homme qui s’abstient seulement de faire profession du christianisme ; car ces règles nous ont été données pour juger uniquement de ceux qui font profession d’être chrétiens : les fruits doivent être joints aux fleurs épanouies ; les clochettes et les grenades vont ensemble.
Mais ici se présentera naturellement cette question : quand peut-on dire qu’un homme fait profession du christianisme, ou quelle profession peut proprement être appelée une profession du christianisme ?
Je réponds : en deux choses.
1. Pour que l’on puisse proprement dire qu’un homme fait profession du christianisme, il faut sans aucun doute qu’il y ait profession de tout ce qui est nécessaire pour qu’il soit chrétien, ou de tout ce qui appartient à l’essence du christianisme. Tout ce qui est essentiel dans le christianisme lui-même, la profession en est essentielle dans la profession du christianisme. La profession doit porter sur la chose professée. Pour un homme, professer le christianisme, c’est déclarer qu’il le possède. C’est pourquoi tout ce qui appartient à une chose, de manière à être nécessaire pour qu’elle soit véritablement désignée sous ce nom, est essentiel aussi à la déclaration de cette chose, pour qu’elle soit véritablement appelée une déclaration de cette chose si nous ne prenons qu’une partie du christianisme, et en laissons de côté une partie qui lui est essentielle, ce que nous prenons n’est pas le christianisme ; car il y manque quelque chose qui est de son essence. De même, si nous ne professons qu’une partie et laissons de côté une partie essentielle, ce que nous professons n’est pas le christianisme. Ainsi, pour faire profession du christianisme, nous devons professer que nous croyons que Jésus est le Messie, pour cette raison qu’une telle croyance est essentielle au christianisme. Et de même nous devons professer, expressément ou implicitement, que Jésus a satisfait pour nos péchés, ainsi que les autres doctrines essentielles de l’Évangile, parce que la croyance à ces choses est aussi essentielle au christianisme. Mais il y a d’autres choses aussi essentielles à la religion qu’une croyance orthodoxe, et qu’il est par conséquent aussi nécessaire de professer pour que l’on puisse dire avec vérité que nous professons le christianisme. Ainsi, il est essentiel au christianisme que nous nous repentions de nos péchés, que nous soyons convaincus de notre propre état de péché, que nous sentions que nous nous sommes justement exposés à la colère de Dieu, que notre cœur renonce à tout péché, que nous embrassions de tout notre cœur Christ comme notre seul Sauveur, que nous l’aimions par-dessus tout, que nous soyons disposés à tout abandonner pour l’amour de lui, et que nous nous donnions à lui pour être entièrement et pour toujours à lui, etc. De telles choses appartiennent autant à l’essence du christianisme que la croyance à n’importe laquelle des doctrines de l’Évangile ; et c’est pourquoi leur profession appartient autant à une profession chrétienne. Non qu’il soit nécessaire, pour être des chrétiens qui font profession, qu’il y ait une profession explicite de chacune des choses qui appartiennent à la grâce ou à la vertu chrétienne ; mais assurément il doit y avoir une profession, expresse ou implicite, de ce qui est de l’essence de la religion. Et quant aux choses que les chrétiens doivent exprimer dans leur profession, nous devons nous laisser guider par les préceptes de la parole de Dieu, ou par les exemples, dans l’Écriture, des professions publiques de religion que le peuple de Dieu a faites de temps à autre. Ainsi, ils doivent professer leur repentance du péché : comme autrefois, lorsque des personnes étaient initiées comme professants, elles venaient en confessant leurs péchés, manifestant leur humiliation pour le péché (Matthieu 3:6). Et le baptême dont elles étaient baptisées était appelé le baptême de repentance (Marc 1:4). Et Jean, après les avoir baptisées, les exhortait à produire des fruits dignes de la repentance (Matthieu 3:8), c’est-à-dire conformes à cette repentance qu’elles avaient professée ; leur donnant l’assurance que, si elles le faisaient, elles échapperaient à la colère à venir et seraient amassées comme le blé dans le grenier de Dieu (Matthieu 3:7, 8, 9, 10, 12). De même l’apôtre Pierre dit aux Juifs, Actes 2:38 : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé » ; ce qui montre que la repentance est une qualité qui doit être visible pour le baptême, et qui par conséquent doit être publiquement professée. De même, lorsque les Juifs revenus de la captivité entrèrent publiquement en alliance, ce fut avec confession, ou confession publique, de repentance de leurs péchés (Néhémie 9:2). Cette profession de repentance doit inclure ou impliquer une profession de la conviction que Dieu serait juste en nous damnant : voyez Néhémie 9:33, avec le verset 35 et le commencement du chapitre suivant. Ils doivent professer leur foi en Jésus-Christ, et déclarer qu’ils embrassent Christ et s’appuient sur lui comme sur leur Sauveur de tout leur cœur, et qu’ils reçoivent avec joie l’Évangile de Christ. Ainsi Philippe, avant de baptiser l’eunuque, exigea qu’il professât qu’il croyait de tout son cœur ; et ceux qui furent reçus comme chrétiens visibles lors de cette grande effusion de l’Esprit qui commença au jour de la Pentecôte parurent recevoir l’Évangile avec joie : Actes 2:41, « Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés; et, en ce jour-là, le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes. » Ils doivent professer qu’ils s’appuient uniquement sur la justice et sur la force de Christ, qu’ils lui sont consacrés comme à leur seul Seigneur et Sauveur, et qu’ils se réjouissent en lui comme en leur seule justice et leur seul partage. Il est prédit que toutes les nations seront amenées à faire publiquement cette profession, Ésaïe 45:22 jusqu’à la fin : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre. Je le jure par moi-même, La vérité sort de ma bouche et ma parole ne sera point révoquée: Tout genou fléchira devant moi, Toute langue jurera par moi. En l’Éternel seul, me dira-t-on, résident la justice et la force; A lui viendront, pour être confondus, Tous ceux qui étaient irrités contre lui. Par l’Éternel seront justifiés et glorifiés Tous les descendants d’Israël. » Ils doivent professer qu’ils se donnent entièrement à Christ, et à Dieu par lui, comme les enfants d’Israël lorsqu’ils reconnurent publiquement leur alliance avec Dieu : Deutéronome 26:17, « Aujourd’hui, tu as fait promettre à l’Éternel qu’il sera ton Dieu, afin que tu marches dans ses voies, que tu observes ses lois, ses commandements et ses ordonnances, et que tu obéisses à sa voix. » Ils doivent professer un cœur disposé à embrasser la religion avec toutes ses difficultés, et à marcher dans la voie de l’obéissance à Dieu, universellement et avec persévérance (Exode 19:8, et 24:3, 7 ; Deutéronome 26:16, 17, 18 ; 2 Rois 23:3 ; Néhémie 10:28, 29 ; Psaumes 119:57, 106). Ils doivent professer que tout leur cœur et toute leur âme entrent dans ces engagements à être à l’Éternel et à le servir pour toujours (2 Chroniques 15:12, 13, 14). Le fait, pour le peuple de Dieu, de jurer à Dieu et de jurer par son nom, ou à son nom, comme on pourrait le traduire (ce qui semble signifier qu’ils se donnaient solennellement à lui par alliance, et faisaient vœu de le recevoir pour leur Dieu et d’être entièrement à lui, pour lui obéir et le servir), est présenté comme un devoir que doit accomplir tout l’Israël visible de Dieu (Deutéronome 6:13, et 10:20 ; Psaumes 63:12 ; Ésaïe 19:18, chap. 45:23, 24, comparé avec Romains 14:11 et Philippiens 2:10, 11 ; Ésaïe 48:1, 2, et 65:15, 16 ; Jérémie 4:2, et 5:7, et 12:16 ; Osée 4:16, et 10:4). C’est pourquoi, pour que des personnes aient droit, auprès de leurs voisins, à une pleine estime et à une pleine charité comme professants sincères du christianisme, selon ces règles de Christ et de ses apôtres mentionnées plus haut, il faut une vie visiblement sainte, jointe à une profession qui exprime, ou qui implique clairement, des choses telles que celles que nous venons de mentionner. Nous devons les reconnaître à leurs fruits, c’est-à-dire que nous devons reconnaître par leurs fruits s’ils sont ce qu’ils font profession d’être ; et non que nous devions reconnaître par leurs fruits qu’ils ont en eux quelque chose qu’ils ne prétendent même pas avoir.
Et de plus,
2. Cette profession de ces choses, qui est proprement appelée une profession chrétienne, et qui doit être jointe à la pratique chrétienne pour que des personnes aient droit au bénéfice de ces règles, doit être faite (autant qu’il paraît) avec intelligence : c’est-à-dire qu’il doit s’agir de personnes qui paraissent avoir été assez instruites dans les principes de la religion pour être ordinairement capables de comprendre la portée propre de ce qu’elles expriment dans leur profession. Car des sons ne signifient et ne déclarent rien, au-delà de ce que les hommes comprennent du sens de leurs propres sons.
Mais pour que des personnes fassent une profession convenable du christianisme, telle que l’Écriture la prescrit et telle que les disciples de Christ doivent l’exiger pour recevoir les professants avec une pleine charité comme membres de leur société, il n’est pas nécessaire qu’elles rendent compte des étapes particulières et de la méthode par lesquelles le Saint-Esprit, d’une manière sensible pour elles, a opéré et accompli dans leur cœur ces grandes choses essentielles du christianisme. Il n’y a dans l’Écriture aucune trace d’une telle façon de faire chez les apôtres, ou chez les ministres et les chrétiens primitifs, qui auraient exigé un tel récit pour recevoir et traiter les autres comme leurs frères chrétiens, à tous égards, ni qu’ils les aient d’abord examinés sur la méthode et l’ordre particuliers de leurs expériences. Ils exigeaient d’eux une profession des choses opérées ; mais on ne leur demandait aucun récit de la manière dont elles avaient été opérées. Et il n’y a pas dans l’Écriture la moindre ombre d’une telle coutume dans l’Église de Dieu, depuis Adam jusqu’à la mort de l’apôtre Jean.
Je suis loin de dire qu’il ne soit pas requis que les personnes rendent à leurs frères quelque compte que ce soit de leurs expériences. Car, pour des personnes, professer les choses en quoi consiste l’essence du christianisme revient à professer qu’elles font l’expérience de ces choses. Ainsi, que des personnes professent solennellement que, dans une pleine conviction de leur entière culpabilité, de leur misère et de leur impuissance, de leur état totalement perdu en elles-mêmes, de ce qu’elles méritent justement d’être entièrement rejetées par Dieu et de subir sa colère éternelle, et de l’entière insuffisance de leur propre justice, ou de quoi que ce soit en elles, pour satisfaire la justice divine ou les recommander à la faveur de Dieu, elles dépendent entièrement du Seigneur Jésus-Christ, de sa satisfaction et de sa justice ; qu’elles croient de tout leur cœur à la vérité de l’Évangile de Christ ; et que, dans une pleine conviction de sa suffisance et de sa parfaite excellence comme Sauveur, telle que l’Évangile la présente, elles s’attachent à lui de toute leur âme et se reposent en lui comme le refuge et le repos de leur âme et la source de leur consolation ; qu’elles se repentent de leurs péchés, renoncent entièrement à tout péché et se donnent tout entières à Christ, se soumettant volontairement à lui comme à leur Roi ; qu’elles lui donnent leur cœur et tout leur être ; qu’elles sont disposées et résolues à avoir Dieu pour leur partage entier et éternel, et, dans la confiance en ses promesses d’une jouissance future et éternelle de lui dans le ciel, à renoncer à toutes les jouissances de ce monde vain, vendant tout pour ce grand trésor et ce futur héritage, à obéir à tout commandement de Dieu, même le plus difficile et le plus contraire à elles-mêmes, et à consacrer leur vie entière au service de Dieu ; et que, pardonnant à ceux qui leur ont fait du tort et animées d’une bienveillance générale envers le genre humain, elles ont le cœur uni au peuple de Jésus-Christ comme à leur peuple, pour s’attacher à eux et les aimer comme leurs frères, adorer et servir Dieu, et suivre Christ dans l’union et la communion avec eux, étant disposées et résolues à accomplir tous les devoirs qui leur incombent comme membres de la même famille de Dieu et du même corps mystique de Christ : je dis que, pour des personnes, professer solennellement de telles choses, comme en la présence de Dieu, revient à professer qu’elles en ont conscience, ou qu’elles font l’expérience de ces choses dans leur cœur.
Je ne suppose pas non plus que le récit que font des personnes de leur expérience d’exercices particuliers de la grâce, avec les moments et les circonstances, ne donne aux autres aucun avantage pour former un jugement sur leur état ; ni qu’il ne convienne pas, dans certains cas, de les interroger à ce sujet, surtout dans les cas de grande importance, où il faut particulièrement désirer et rechercher toute la certitude possible touchant la piété des personnes, comme dans le cas de l’ordination ou de l’approbation d’un ministre. Ce récit peut être utile pour former un jugement à plusieurs égards ; et, entre autres, en ceci, que par là nous pouvons être mieux assurés que le professant parle avec honnêteté et intelligence dans ce qu’il professe, et qu’il ne fait pas cette profession par pure formalité.
Pour qu’une profession du christianisme soit reçue avec quelque utilité, il faut qu’il y ait de bonnes raisons, d’après les circonstances de la profession, de penser que le professant ne fait pas une telle profession par simple conformité habituelle à une formule prescrite, en employant des mots sans aucun sens distinct, ou d’une manière très lâche et ambiguë, comme on souscrit souvent les confessions de foi ; mais qu’il exprime avec intelligence et honnêteté ce dont il a conscience dans son propre cœur ; autrement sa profession ne peut avoir aucune signification, et ne mérite pas plus d’attention que le son des choses inanimées. Mais à vrai dire (quel que soit l’avantage que le récit d’exercices particuliers puisse donner pour en juger), il faut reconnaître que la meilleure preuve en est que le professant ait été auparavant instruit à fond par ses maîtres et ait donné de bonnes preuves d’une connaissance suffisante, avec une pratique conforme à sa profession.
Je ne nie pas non plus que, si une personne que l’on interroge, entre autres choses, sur des épisodes, des moments et des circonstances particuliers de ses expériences chrétiennes, paraît capable de rendre un compte distinct de la manière de sa première conversion, selon une méthode que l’on a fréquemment observée dans la vraie conversion, de sorte que les choses semblent se suivre d’une manière sensible et distincte, dans l’ordre du temps, selon l’ordre de la nature, ce ne soit là une circonstance qui éclaire, et qui, avec d’autres choses, ajoute de l’éclat à la preuve qu’elle donne à ses frères de la vérité de ses expériences.
Mais ce dont je parle comme non scripturaire, c’est d’insister sur un récit particulier de la méthode et des étapes distinctes selon lesquelles l’Esprit de Dieu a procédé d’une manière sensible pour amener d’abord l’âme dans un état de salut, comme sur une chose requise pour recevoir un professant dans une pleine charité comme un vrai chrétien ; ou d’y insister au point que, faute d’un tel récit, on ne tienne aucun compte d’autres choses, infiniment plus importantes et plus essentielles, dans la preuve que les personnes donnent à leurs voisins de leur christianisme.
Deuxièmement, pour bien comprendre comment la pratique chrétienne est la plus grande preuve que les autres puissent avoir de la sincérité d’un chrétien qui fait profession, il faut garder à l’esprit ce qui a été dit plus haut pour montrer ce qu’est la pratique chrétienne, et considérer jusqu’à quel point elle peut être visible aux autres. Le simple fait qu’un homme qui fait profession du christianisme soit ce que l’on appelle communément un honnête homme et un homme moral (c’est-à-dire que nous n’ayons à lui reprocher aucune transgression ou iniquité particulière qui puisse entacher sa réputation) n’est pas une grande preuve de la sincérité de sa profession. Ce n’est pas là faire luire sa lumière devant les hommes. Ce n’est pas là ce travail et cette charité montrés pour le nom de Christ, qui donnèrent à l’apôtre une telle persuasion de la sincérité des Hébreux qui faisaient profession (Hébreux 6:9, 10). Il se peut que nous ne voyions rien chez un homme qui empêche qu’il soit un homme de bien ; il se peut que rien ne paraisse dans sa vie et dans sa conduite qui soit incompatible avec sa piété, et que pourtant il n’y ait aucune grande preuve positive qu’il soit pieux. Mais il peut y avoir une grande apparence positive de sainteté dans la conduite visible des hommes. Leur vie peut paraître une vie consacrée au service de Dieu : ils peuvent paraître suivre l’exemple de Jésus-Christ, et se conformer dans une grande mesure à ces excellentes règles des chapitres 5, 6 et 7 de Matthieu, du chapitre 12 des Romains et de beaucoup d’autres parties du Nouveau Testament ; il peut y avoir une grande apparence qu’ils sont universels dans leur obéissance aux commandements de Christ et aux règles de l’Évangile. Ils peuvent paraître universels dans l’accomplissement des devoirs de la première table, manifestant la crainte et l’amour de Dieu ; et universels aussi dans l’accomplissement des règles de l’amour envers les hommes, de l’amour envers les saints et de l’amour envers les ennemis : règles de douceur et de pardon, règles de miséricorde et de charité, qui nous font regarder non seulement à nos propres intérêts, mais aussi à ceux des autres ; règles qui commandent de faire du bien à l’âme et au corps des hommes, aux particuliers et au public ; règles de tempérance et de mortification, et d’une conduite humble ; règles qui commandent de tenir la langue en bride et de l’employer à glorifier Dieu et à bénir les hommes, montrant que sur leur langue est la loi de la bonté. Ils peuvent paraître marcher en chrétiens en tous lieux et en tout temps, dans la maison de Dieu, dans leur famille et parmi leurs voisins, le jour du sabbat et tous les jours, dans les affaires et dans la conversation, envers leurs amis et leurs ennemis, envers leurs supérieurs, leurs inférieurs et leurs égaux. Des personnes peuvent paraître, dans leur marche visible, très ardemment engagées au service de Dieu et des hommes, travailler beaucoup et se dépenser dans cette œuvre de chrétien, et y être très constantes et très fermes, en toutes circonstances et au milieu de toutes les tentations. Il peut y avoir de grandes manifestations d’un esprit disposé à renoncer à soi-même et à souffrir pour Dieu et pour Christ, pour les intérêts de la religion et pour le bien de leurs frères. Il peut y avoir, dans la marche d’un homme, de grandes apparences d’une disposition à abandonner toute chose plutôt que d’abandonner Christ, et à faire céder toute chose à son honneur. Il peut y avoir, dans la conduite d’un homme, de grandes manifestations qu’une telle religion est son élément et qu’il y place le délice et le bonheur de sa vie ; et sa conduite peut être telle qu’il répande partout où il va une douce odeur de grâces chrétiennes et de dispositions célestes. Et quand il en est ainsi chez ceux qui font profession du christianisme, voilà, pour les autres, une preuve de leur sincérité dans leur profession à laquelle toutes les autres manifestations ne méritent pas d’être comparées.
Il y a sans doute une grande variété dans les degrés de preuve que les professants donnent de leur sincérité dans leur vie et dans leur pratique, comme il y a de la variété dans la netteté et la clarté des récits que font les personnes de la manière et de la méthode de leurs expériences ; mais, incontestablement, une manifestation pratique de l’esprit chrétien telle que celle qui vient d’être décrite dépasse infiniment le récit le plus beau et le plus brillant d’étapes et d’épisodes particuliers d’expérience qui ait jamais été fait. Et en général, une manifestation de la sincérité d’une profession chrétienne dans la pratique vaut bien mieux qu’une relation d’expériences. Mais pourtant,
Troisièmement, il faut noter, conformément à ce qui a été observé précédemment, qu’aucune manifestation extérieure et aucune apparence du dehors, quelle qu’elle soit, visible au monde, n’est une preuve infaillible de la grâce. Les manifestations que nous avons mentionnées sont les meilleures que les hommes puissent avoir ; et elles sont telles qu’elles obligent les chrétiens à recevoir entièrement les professants comme des saints, à les aimer et à se réjouir en eux comme en des enfants de Dieu, et elles suffisent à leur donner à leur sujet une certitude aussi grande qu’il en faut jamais pour les guider dans leur conduite, ou pour toute fin à laquelle il faut pourvoir dans ce monde. Mais rien de ce qui leur apparaît chez leur prochain ne peut suffire à produire une certitude absolue touchant l’état de son âme ; car ils ne voient pas son cœur, ni ne peuvent voir toute sa conduite extérieure, dont une grande partie se passe en secret et est cachée aux yeux du monde ; et il est impossible de déterminer avec certitude jusqu’où un homme peut aller, par d’autres principes, dans de nombreuses apparences extérieures et imitations de la grâce. Toutefois, sans aucun doute, si les autres pouvaient voir de ce qui appartient à la pratique des hommes autant que leur propre conscience peut en voir, ce pourrait être une preuve infaillible de leur état, comme il apparaîtra par ce qui suit.
Ayant ainsi considéré la pratique chrétienne comme la meilleure preuve, aux yeux des autres, de la sincérité des professants, je passe maintenant,
2. À observer que l’Écriture parle aussi de la pratique chrétienne comme d’une preuve distinctive et sûre de la grâce pour la conscience même des personnes. Cela est très clair en 1 Jean 2:3 : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. » Et le témoignage de notre conscience, au sujet de nos bonnes actions, est présenté comme ce qui peut nous donner l’assurance de notre propre piété, 1 Jean 3:18, 19 : « Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui. » Et l’apôtre Paul, en Hébreux 6, parle du travail et de la charité des chrétiens hébreux comme de ce qui, à la fois, lui donnait la persuasion qu’ils possédaient quelque chose de supérieur aux plus hautes illuminations communes, et comme de cette preuve qui tendait à leur donner à eux-mêmes la plus haute assurance d’espérance quant à leur état, versets 9 et suivants : « Quoique nous parlions ainsi, bien-aimés, nous attendons, pour ce qui vous concerne, des choses meilleures et favorables au salut. Car Dieu n’est pas injuste, pour oublier votre travail et l’amour que vous avez montré pour son nom, ayant rendu et rendant encore des services aux saints. Nous désirons que chacun de vous montre le même zèle pour conserver jusqu’à la fin une pleine espérance. » De même l’apôtre exhorte les Galates à examiner leur conduite ou leur pratique, afin qu’ils aient sujet de se glorifier en eux-mêmes de leur heureux état, Galates 6:4 : « Que chacun examine ses propres œuvres, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport à autrui. » Et le psalmiste dit, Psaumes 119:6 : « Alors je ne rougirai point, A la vue de tous tes commandements. » ; c’est-à-dire : alors je serai hardi, assuré et ferme dans mon espérance. Et dans cette parole de notre Sauveur, Matthieu 7:19, 20 : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » Bien que Christ donne d’abord cette règle comme une règle par laquelle nous devons juger des autres, il montre pourtant clairement, dans les paroles qui suivent immédiatement, qu’il l’entend aussi comme une règle par laquelle nous devons nous juger nous-mêmes : « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, etc. — Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. — Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. » J’aurai l’occasion, plus loin, de citer d’autres textes pour montrer la même chose.
Mais pour plus de clarté sur ce sujet, je voudrais, premièrement, montrer comment il faut entendre la pratique chrétienne, l’accomplissement des bonnes œuvres ou l’observation des commandements de Christ, lorsque l’Écriture la présente comme un signe sûr, pour notre propre conscience, que nous sommes de vrais chrétiens. Et, secondement, je prouverai que c’est là la principale de toutes les preuves que les hommes puissent avoir de leur propre piété sincère.
Premièrement, je voudrais montrer comment il faut entendre la pratique chrétienne, ou l’observation des commandements de Christ, lorsque l’Écriture la présente comme une preuve sûre, pour notre propre conscience, que nous sommes des chrétiens sincères.
Et ici je voudrais observer que nous ne pouvons raisonnablement supposer que, lorsque l’Écriture parle en ce cas de bonnes œuvres, de bons fruits et de l’observation des commandements de Christ, elle ait égard simplement à ce qui est extérieur, ou au mouvement et à l’action du corps sans rien y inclure d’autre, sans égard à aucun but ni à aucune intention de l’agent, ni à aucun acte de son entendement ou de sa volonté. Car considérez ainsi les actions des hommes, et elles ne sont pas plus des bonnes œuvres ou des actes d’obéissance que les mouvements réguliers d’une horloge ; elles ne sont même pas considérées comme les actions de l’homme, ni comme des actions humaines d’aucune sorte. Les actions du corps, prises ainsi, ne sont ni des actes d’obéissance ni des actes de désobéissance, pas plus que les mouvements du corps dans une convulsion. Mais l’obéissance et le fruit dont il est parlé sont l’obéissance et le fruit de l’homme ; et par conséquent non seulement les actes du corps, mais l’obéissance de l’âme, qui consiste dans les actes et la pratique de l’âme. Non que je suppose que, lorsque l’Écriture parle en ce cas d’œuvres de grâce, de fruit et de pratique, ces expressions comprennent toute la piété intérieure et toute la sainteté du cœur, à la fois le principe et l’exercice, à la fois l’esprit et la pratique : car alors, ces choses étant données comme signes d’un principe de grâce dans le cœur, la même chose serait donnée comme signe d’elle-même, et il n’y aurait aucune distinction entre la racine et le fruit. Mais il s’agit seulement de l’exercice de la grâce et de l’acte saint de l’âme, donné comme signe du principe saint et du bon état. Et il ne s’agit pas non plus de toute espèce d’exercice intérieur de la grâce, mais de l’exercice pratique, de cet exercice de l’âme et de ce déploiement de la sainteté intérieure qui se trouve dans un acte d’obéissance ; ou de ce déploiement de l’esprit et de cet acte de grâce qui aboutit et se termine à ce que l’on appelle les actes impérés de la volonté, dans lesquels quelque chose est dirigé et commandé par l’âme pour être fait et accompli dans la pratique.
Ici, pour une intelligence plus claire, je voudrais observer qu’il y a deux sortes d’exercices de la grâce. 1. Il y a ceux que certains appellent des actes immanents, c’est-à-dire ces exercices de la grâce qui demeurent au-dedans de l’âme, qui commencent et se terminent là, sans relation immédiate avec quoi que ce soit qui doive être fait au-dehors ou accompli dans la pratique. Tels sont les exercices de la grâce que les saints ont souvent dans la contemplation, lorsque l’exercice qui est dans le cœur ne procède pas directement vers quelque chose qui dépasse les pensées de l’esprit, ou ne s’y termine pas, quelle que soit la manière dont ils peuvent tendre plus lointainement à la pratique (comme le font tous les exercices de la grâce). 2. Il y a une autre sorte d’actes de grâce, qui sont plus strictement appelés pratiques, ou exercices effectifs, parce qu’ils regardent immédiatement quelque chose à faire. Ce sont les déploiements de la grâce dans les actes de commandement de la volonté, qui dirigent les actions extérieures. Comme lorsqu’un saint donne un verre d’eau froide à un disciple, dans et par l’exercice de la grâce de la charité ; ou qu’il endure volontairement la persécution dans le chemin de son devoir, immédiatement par l’exercice d’un amour suprême pour Christ. Il y a là le déploiement de la grâce qui produit son effet dans des actions extérieures. Ces exercices de la grâce sont pratiques et producteurs de bonnes œuvres, non seulement en ce sens qu’ils sont d’une nature productive (car tous les exercices de la vraie grâce le sont), mais en ce qu’ils sont les actes mêmes qui produisent. C’est là proprement l’exercice de la grâce dans l’acte de la volonté ; et c’est là proprement la pratique de l’âme. Et l’âme n’est l’agent immédiat d’aucune autre pratique que celle-là ; les mouvements du corps découlent des lois de l’union entre l’âme et le corps, que Dieu, et non l’âme, a fixées et maintient. L’acte de l’âme et l’exercice de la grâce qui se déploie dans l’accomplissement d’une bonne œuvre sont la bonne œuvre elle-même, en tant que l’âme y a part, ou en tant que c’est la bonne œuvre de l’âme. Les déterminations de la volonté sont en vérité nos actions mêmes, en tant qu’elles sont proprement nôtres, comme l’observe le docteur Doddridge.7878 Scripture Doctrine of Salvation, sermon I, p. 11 Dans cette pratique de l’âme sont compris le but et l’intention de l’âme, qui est l’agent. Car non seulement nous ne regarderions pas les mouvements d’une statue qui rendrait la justice ou distribuerait des aumônes par un mécanisme d’horlogerie comme des actes d’obéissance à Christ de la part de cette statue ; mais personne non plus n’appellerait du nom d’obéissance à Christ les actions volontaires d’un homme, extérieurement et matériellement conformes à un commandement de Christ, s’il n’avait jamais entendu parler de Christ ni d’aucun de ses commandements, ou s’il n’avait aucune pensée de ses commandements dans ce qu’il faisait. Si les actes d’obéissance et le bon fruit dont il est parlé sont regardés, non comme de simples mouvements du corps, mais comme des actes de l’âme, il faut y comprendre tout l’exercice de l’esprit de l’intelligence dans l’action, avec la fin pour laquelle on agit et l’égard que l’âme a alors pour Dieu, etc. ; autrement ce ne sont pas des actes de renoncement à nous-mêmes, ni d’obéissance à Dieu, ni un service qui lui est rendu, mais quelque chose d’autre. De tels exercices effectifs de la grâce, comme ceux que je viens de décrire, beaucoup de martyrs en ont fait l’expérience à un haut degré. Et tous les vrais saints vivent une vie faite de tels actes de grâce, de même qu’ils vivent tous une vie d’œuvres de grâce, dont ces déploiements agissants de la grâce sont la vie et l’âme. Et c’est là l’obéissance et le fruit que Dieu regarde principalement, comme il regarde à l’âme plus qu’au corps, autant que l’âme, dans la constitution de la nature humaine, en est la partie supérieure. Comme Dieu regarde à l’obéissance et à la pratique de l’homme, il regarde à la pratique de l’âme ; car l’âme est l’homme aux yeux de Dieu, « car L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; mais l’Éternel regarde au cœur. »
C’est ainsi qu’il faut entendre l’obéissance, les bonnes œuvres, les bons fruits, lorsqu’ils sont donnés dans l’Écriture comme une preuve sûre, pour notre propre conscience, d’un vrai principe de grâce : à savoir comme comprenant l’obéissance et la pratique de l’âme, en tant qu’elles précèdent et gouvernent les actions du corps. Lorsque la pratique est donnée dans l’Écriture comme la principale preuve, aux yeux des autres, de notre vrai christianisme, on entend alors ce qui, dans notre pratique, leur est visible, c’est-à-dire nos actions extérieures ; mais lorsque la pratique est donnée comme une preuve sûre de notre christianisme réel pour notre propre conscience, on entend alors ce qui, dans notre pratique, est visible à notre propre conscience ; ce qui n’est pas seulement le mouvement de notre corps, mais le déploiement de l’âme qui dirige et commande ce mouvement, lequel est plus directement et plus immédiatement sous le regard de notre propre conscience que l’acte du corps. Et que telle soit l’intention de l’Écriture, non seulement la nature et la raison de la chose le montrent, mais l’Écriture elle-même le rend évident. Ainsi, il est évident que lorsque Christ, à la conclusion de son sermon sur la montagne, parle de faire ou de mettre en pratique ses paroles comme du grand signe que les professants sont de vrais disciples, faute de quoi il les compare à un homme qui a bâti sa maison sur le sable, et moyennant quoi il les compare à un homme qui a bâti sa maison sur le roc, il a égard non seulement à la conduite extérieure, mais à l’exercice intérieur de l’esprit dans cette conduite ; comme on le voit en observant quelles sont ces paroles précédentes auxquelles il se réfère quand il parle de les faire ou de les mettre en pratique ; et nous trouverons qu’elles sont de ce genre : « Heureux les pauvres en esprit ; Heureux les affligés ; Heureux les débonnaires ; Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; Heureux les miséricordieux ; Heureux ceux qui ont le cœur pur ; quiconque se met en colère contre son frère, etc. ; quiconque regarde une femme pour la convoiter, etc. ; Aimez vos ennemis ; Ne vous inquiétez pas pour votre vie », et d’autres de même nature, qui impliquent des exercices intérieurs ; et lorsque Christ dit, Jean 14:21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime », il a évidemment un égard spécial à ce commandement plusieurs fois répété dans le même discours (qu’il appelle, par excellence, son commandement), qu’ils s’aiment les uns les autres comme il les avait aimés (voyez chap. 13:34, et chap. 15:10, 12, 13, 14). Or ce commandement regarde principalement un exercice de l’esprit ou du cœur, bien qu’il se déploie dans la pratique. De même, lorsque l’apôtre Jean dit, 1 Jean 2:3 : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. », il a clairement égard, en premier lieu, au même commandement, comme il apparaît par ce qui suit, versets 7-11, et 2e épître, versets 5, 6 ; et lorsqu’il nous est dit dans l’Écriture que les hommes seront jugés au dernier jour selon leurs œuvres, et que tous recevront selon ce qu’ils auront fait étant dans leur corps, cela ne doit pas s’entendre seulement des actes extérieurs ; car s’il en était ainsi, pourquoi est-il si souvent parlé de Dieu comme de celui qui sonde les cœurs et éprouve les reins, « pour rendre à chacun selon ses œuvres » ? Comme Apocalypse 2:23 : « toutes les Églises connaîtront que je suis celui qui sonde les reins et les cœurs, et je vous rendrai à chacun selon vos œuvres. » Jérémie 17:9, 10 : « Moi, l’Éternel, j’éprouve le cœur, je sonde les reins, Pour rendre à chacun selon ses voies, Selon le fruit de ses œuvres. » Mais si par ses voies et par le fruit de ses œuvres on n’entend que les actions de son corps, quel besoin y a-t-il de sonder le cœur et les reins pour les connaître ? Ézéchias, dans sa maladie, invoque sa pratique comme une preuve de son droit à la faveur de Dieu, en y comprenant non seulement ses actions extérieures, mais ce qui était dans son cœur : Ésaïe 38:3, « O Éternel! Souviens-toi que j’ai marché devant ta face avec fidélité et intégrité de cœur. »
Bien que, dans cette grande marque de sincérité que l’Écriture nous donne, ce qui est intérieur soit de la plus haute importance, ce qui est extérieur y est néanmoins compris et visé, en tant qu’il est lié à l’exercice pratique de la grâce dans la volonté, laquelle dirige et commande les actions du corps. Et par là sont effectivement retranchées toutes les prétentions qu’un homme pourrait élever à des preuves de piété, alors qu’extérieurement il vit dans le mal ; car la grande preuve réside dans cet exercice et cette pratique intérieurs de l’âme qui consistent dans les actes de la volonté commandant les actes extérieurs. Or on sait que ces actes impératifs de la volonté ne vont pas dans un sens tandis que les actions des organes du corps vont dans un autre : car la loi immuable de la nature veut qu’ils demeurent unis aussi longtemps que l’âme et le corps sont unis, et que les organes ne sont pas détruits au point d’être incapables des mouvements que l’âme commande. Ainsi il serait ridicule qu’un homme alléguât que l’acte impératif de sa volonté était d’aller au culte public, tandis que ses pieds le portent à la taverne ou dans une maison de débauche ; ou que l’acte impératif de sa volonté était de donner à un pauvre mendiant telle pièce de monnaie qu’il tenait dans sa main, tandis qu’au même instant sa main la retenait et la serrait fermement.
En second lieu, je vais montrer que la pratique chrétienne, prise dans le sens qui a été expliqué, est la principale de toutes les preuves d’une sincérité salutaire en religion pour la conscience de ceux qui en font profession ; preuve bien préférable à la méthode des premières convictions, des premières lumières et des premières consolations de la conversion, ou à quelque découverte ou exercice immanent de la grâce que ce soit, qui commence et finit dans la contemplation.7979 « Regardez Jean, le disciple bien-aimé de Christ et le compagnon de son sein ! Il avait reçu l’onction pour connaître celui qui est véritable, et il savait qu’il le connaissait (1 Jean 2:3). Mais comment le savait-il ? Il pouvait se tromper (car il est étrange de voir ce que peut faire une imagination mélancolique, et quels en sont les effets ; de même qu’on dit des honnêtes gens qu’ils ont le cerveau faible et n’ont jamais vu les profondeurs des secrets de Dieu) ; quelle est sa dernière preuve ? “Parce que nous gardons ses commandements.” » Shepard, Parabole, première partie, p. 131. La preuve en apparaît par les arguments qui suivent.
ARGUMENT I. — La raison montre clairement que les choses qui mettent à l’épreuve ce à quoi les hommes s’attacheront effectivement et ce qu’ils préféreront dans leur pratique, lorsqu’ils sont laissés libres de suivre leur propre choix et leurs propres inclinations, sont l’épreuve propre de ce qu’ils préfèrent réellement dans leur cœur. La sincérité en religion, comme on l’a déjà observé, consiste à placer Dieu au plus haut dans son cœur, à le choisir avant toute autre chose, à avoir un cœur prêt à tout vendre pour Christ, etc. Or les actions d’un homme sont l’épreuve propre de ce que son cœur préfère. Par exemple, lorsqu’il arrive que Dieu et d’autres choses entrent en concurrence, que Dieu est pour ainsi dire placé devant un homme d’un côté, et son intérêt ou son plaisir mondain de l’autre (comme cela arrive souvent au cours de la vie), sa conduite en pareil cas, lorsqu’il s’attache effectivement à l’un et abandonne l’autre, est l’épreuve propre de ce qu’il préfère. La sincérité consiste à tout abandonner pour Christ dans son cœur ; mais tout abandonner pour Christ dans son cœur, c’est exactement la même chose qu’avoir un cœur prêt à tout abandonner pour Christ ; or l’épreuve propre, assurément, pour savoir si un homme a un cœur prêt à tout abandonner pour Christ, c’est d’y être effectivement mis, c’est que Christ et d’autres choses entrent en concurrence, de sorte qu’il lui faille effectivement ou pratiquement s’attacher à l’un et abandonner l’autre. Tout abandonner pour Christ dans son cœur, c’est la même chose qu’avoir un cœur prêt à tout abandonner pour Christ lorsqu’on y est appelé ; mais la plus haute preuve, pour nous-mêmes et pour les autres, que nous avons un cœur prêt à tout abandonner pour Christ lorsque nous y sommes appelés, c’est de le faire effectivement lorsque nous y sommes appelés, ou dans la mesure où nous y sommes appelés. Suivre Christ dans son cœur, c’est avoir un cœur prêt à le suivre. Renoncer à nous-mêmes dans notre cœur pour Christ, c’est la même chose qu’avoir un cœur prêt à renoncer à nous-mêmes pour lui dans les faits. La preuve principale et la plus propre qu’un homme a le cœur à une chose, à l’égard de laquelle il est libre de suivre ses propres inclinations et de la faire ou de ne pas la faire comme il lui plaît, c’est qu’il la fait. Quand un homme est libre de parler ou de se taire, la preuve la plus propre qu’il a le cœur à parler, c’est qu’il parle. Quand un homme est libre de marcher ou de rester assis, la preuve propre qu’il a le cœur à marcher, c’est qu’il marche. La piété ne consiste pas dans un cœur qui se propose de faire la volonté de Dieu, mais dans un cœur qui la fait. Les enfants d’Israël, dans le désert, avaient le premier ; c’est d’eux que nous lisons, en Deutéronome 5:27, 28, 29 : « Approche, toi, et écoute tout ce que dira l’Éternel, notre Dieu; tu nous rapporteras toi-même tout ce que te dira l’Éternel, notre Dieu; nous l’écouterons, et nous le ferons. L’Éternel entendit les paroles que vous m’adressâtes. Et l’Éternel me dit: J’ai entendu les paroles que ce peuple t’a adressées: tout ce qu’ils ont dit est bien. Oh! S’ils avaient toujours ce même cœur pour me craindre et pour observer tous mes commandements, afin qu’ils fussent heureux à jamais, eux et leurs enfants! » Le peuple montra qu’il avait un cœur disposé à se proposer de garder les commandements de Dieu, et qu’il était fort empressé dans ces intentions ; mais Dieu montre que ce n’était nullement là ce qu’il désirait, ce en quoi consiste la vraie piété, à savoir un cœur qui les garde effectivement.
Il est donc extrêmement absurde, et même ridicule, que qui que ce soit prétende avoir un bon cœur tandis qu’il mène une vie mauvaise, ou ne porte pas dans sa pratique le fruit d’une sainteté universelle. Car il est prouvé par les faits que de tels hommes n’aiment pas Dieu par-dessus tout. Il est insensé de disputer contre un fait évident et contre l’expérience. Les hommes qui vivent dans les voies du péché, et qui pourtant se flattent d’aller au ciel, ou s’attendent à être reçus plus tard comme des personnes saintes sans une pratique sainte, agissent comme s’ils comptaient se jouer de leur Juge. C’est ce qu’implique la parole de l’apôtre (lorsqu’il parle des hommes qui font de bonnes œuvres et mènent une vie sainte, montrant par là la preuve de leur droit à la vie éternelle), Galates 6:7 : « Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. » Comme s’il disait : « Ne vous trompez pas vous-mêmes en vous attendant à moissonner plus tard la vie éternelle, si vous ne semez pas ici-bas pour l’Esprit ; c’est en vain que vous pensez que Dieu se laissera berner par vous, qu’il se laissera duper et abuser par des ombres au lieu de réalités, et par une vaine prétention au lieu du bon fruit qu’il attend, quand le contraire de ce que vous prétendez paraît clairement dans votre vie, sous ses yeux. » C’est en ce sens que le mot se moquer (se jouer de quelqu’un) est parfois employé dans l’Écriture. Ainsi Delila dit à Samson : « Voici, tu t’es joué de moi, tu m’as dit des mensonges » (Juges 16:10, 13) ; c’est-à-dire : « Tu m’as abusée, comme si tu avais voulu faire de moi une sotte, comme si l’on pouvait aisément me payer de n’importe quelle vaine prétention au lieu de la vérité. » De même il est dit de Lot, lorsqu’il annonça à ses gendres que Dieu allait détruire ce lieu, qu’« aux yeux de ses gendres, il parut plaisanter » (Genèse 19:14) ; c’est-à-dire qu’il leur parut comme quelqu’un qui voulait se jouer d’eux, comme s’ils étaient des sots assez crédules pour faire cas de tels épouvantails. Mais le grand Juge, dont les yeux sont comme une flamme de feu, ne se laissera ni moquer ni abuser par aucune prétention, sans une vie sainte. Si des hommes ont prophétisé et fait des miracles en son nom, s’ils ont eu la foi au point de transporter des montagnes et de chasser des démons, quelque élevées qu’aient été leurs affections religieuses, quelque grande ressemblance qu’ils aient eue avec la grâce, et leur cachette eût-elle été si obscure et si profonde qu’aucune habileté ni aucune recherche humaine ne pût les découvrir, s’ils sont néanmoins des ouvriers ou des pratiquants d’iniquité, ils ne peuvent cacher leur hypocrisie à leur Juge (Job 34:22) : « Il n’y a ni ténèbres ni ombre de la mort, Où puissent se cacher ceux qui commettent l’iniquité. » Un prince sage se laisserait-il duper et abuser par un sujet qui prétendrait être un sujet loyal, qui dirait à son prince qu’il a pour lui une affection entière, qu’à tel et tel moment il en a fait l’expérience et a senti ses affections se porter vers lui avec force, et qui viendrait, s’attendant pour cette raison à être agréé et récompensé par son prince comme l’un de ses meilleurs amis, alors qu’il vivrait en rébellion contre lui, à la suite de quelque prétendant à sa couronne, et fomenterait de temps à autre la sédition contre lui ? Ou un maître se laisserait-il duper et berner par un serviteur qui prétendrait éprouver dans son cœur de grands mouvements d’amour et de respect envers lui, et un vif sentiment de son mérite et de sa bonté à son égard, alors qu’en même temps il refuserait de lui obéir et que le maître ne pourrait obtenir de lui aucun service ?
ARGUMENT II. — De même que la raison montre que les choses qui surviennent au cours de la vie, et qui mettent à l’épreuve si les hommes préféreront Dieu aux autres choses dans la pratique, sont l’épreuve propre de la droiture et de la sincérité de leur cœur, de même ces mêmes choses sont représentées dans l’Écriture comme l’épreuve propre de la sincérité de ceux qui font profession de piété. Nous y voyons que ces choses sont appelées de ce nom même : épreuves ou tentations (deux mots qui, comme je l’ai fait observer plus haut, ont la même signification). Les choses qui mettent à l’épreuve si les hommes préféreront Dieu aux autres choses dans la pratique, ce sont les difficultés de la religion, c’est-à-dire les circonstances qui rendent la pratique du devoir difficile et contraire à d’autres principes que l’amour de Dieu ; car en elles Dieu et les autres choses sont placés ensemble devant les hommes, pour qu’ils fassent un choix effectif et pratique ; et l’on en vient à ceci, que nous ne pouvons tenir aux deux, mais que l’un ou l’autre doit être abandonné. Et ces choses sont appelées partout dans l’Écriture du nom d’épreuves ou de preuves.8080 2 Corinthiens 8:2 ; Hébreux 11:36 ; 1 Pierre 1:7 ; chap. 4:12 ; Genèse 22:1 ; Deutéronome 8:2, 16 ; chap. 13:3 ; Exode 15:25 ; chap. 16:4 ; Juges 2:22 ; chap. 3:1, 4 ; Psaumes 66:10, 11 ; Daniel 12:10 ; Apocalypse 3:10 ; Job 23:10 ; Zacharie 13:9 ; Jacques 1:12 ; Apocalypse 2:10 ; Luc 8:13 ; Actes 20:19 ; Jacques 1:2, 3 ; 1 Pierre 1:6. Et elles sont appelées de ce nom parce que par elles ceux qui font profession de piété sont éprouvés et mis à l’essai, pour savoir de quelle sorte ils sont, s’ils sont réellement ce qu’ils professent et paraissent être ; et parce qu’en elles la réalité d’un amour suprême pour Dieu est soumise à l’épreuve de l’expérience et des faits ; elles sont les preuves propres par lesquelles l’expérience détermine véritablement si les hommes ont ou non une disposition de cœur entière à s’attacher à Dieu : Deutéronome 8:2 : « Souviens-toi de tout le chemin que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t’humilier et de t’éprouver, pour savoir si tu garderais ou non ses commandements. » Juges 2:21, 22 : « Je ne chasserai plus devant eux aucune des nations que Josué laissa quand il mourut. C’est ainsi que je mettrai par elles Israël à l’épreuve, pour savoir s’ils prendront garde ou non de suivre la voie de l’Éternel. » De même au chapitre 3:1, 4, et en Exode 16:4.
L’Écriture, lorsqu’elle appelle ces difficultés de la religion du nom de tentations ou d’épreuves, s’explique elle-même en entendant par là l’épreuve ou la mise à l’essai de leur foi : Jacques 1:2, 3 : « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. » 1 Pierre 1:6, 7 : « Quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable », etc. De même l’apôtre Paul parle de ce devoir coûteux qui consiste à se défaire de nos biens en faveur des pauvres comme de la preuve de la sincérité de l’amour des chrétiens (2 Corinthiens 8:8). Et les difficultés de la religion sont souvent représentées dans l’Écriture comme l’épreuve de ceux qui font profession de piété, de la même manière que le creuset est l’épreuve propre de l’or et de l’argent : Psaumes 66:10, 11 : « Tu nous as éprouvés, ô Dieu! Tu nous as fait passer au creuset comme l’argent. Tu nous as amenés dans le filet, Tu as mis sur nos reins un pesant fardeau. » Zacharie 13:9 : « Je mettrai ce tiers dans le feu, Et je le purifierai comme on purifie l’argent, Je l’éprouverai comme on éprouve l’or. » Ce qui a la couleur et l’apparence de l’or est mis au creuset pour éprouver s’il est ce qu’il paraît être, de l’or véritable, ou non. De même les difficultés de la religion sont appelées épreuves parce qu’elles éprouvent ceux qui ont la profession et l’apparence de saints, pour savoir s’ils sont ce qu’ils paraissent être, de vrais saints.
Si nous mettons de l’or véritable au creuset, nous découvrirons sa grande valeur et son prix : de même la vérité et la valeur inestimable des vertus d’un vrai chrétien paraissent lorsqu’il est soumis à ces épreuves : 1 Pierre 1:7 : « Afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur. » De même que l’or vrai et pur sort du creuset avec tout son poids, de même les vrais saints, lorsqu’ils sont éprouvés, en sortent comme l’or (Job 23:10). Christ distingue la vraie grâce de la contrefaçon par ceci, qu’elle est de l’or éprouvé par le feu (Apocalypse 3:17, 18). Il est donc évident que ces choses sont appelées épreuves dans l’Écriture principalement en tant qu’elles éprouvent ou mettent à l’essai la sincérité de ceux qui font profession de piété. Et, d’après ce qui vient d’être observé, il est évident qu’elles sont l’épreuve ou la preuve la plus propre de leur sincérité, puisque le sens même du mot épreuve, tel qu’il est ordinairement employé dans l’Écriture, est la difficulté qui se rencontre sur le chemin du devoir de celui qui fait profession de piété, en tant qu’épreuve ou mise à l’essai de sa sincérité. Si épreuve de la sincérité est le nom propre de ces difficultés de la religion, alors sans doute ces difficultés de la religion sont proprement et éminemment l’épreuve de la sincérité ; car elles sont sans doute éminemment ce que le Saint-Esprit les appelle : Dieu donne aux choses leur nom d’après ce qui est éminemment leur nature. Et s’il est vrai que ces choses sont l’épreuve, la preuve ou la mise à l’essai propre et éminente de la sincérité de ceux qui font profession de piété, alors assurément le résultat de l’épreuve ou de l’essai (c’est-à-dire la conduite ou la pratique des personnes dans de telles épreuves) est la preuve propre et éminente de leur sincérité ; car elles ne sont appelées épreuves ou preuves qu’eu égard au résultat, et parce que l’effet est éminemment la preuve ou le témoignage. Et c’est là la preuve et le témoignage les plus propres pour la conscience de ceux qui sont soumis à ces épreuves. Car lorsqu’il est dit que Dieu, par ces choses, éprouve les hommes et les met à l’essai pour voir ce qu’il y a dans leur cœur et s’ils garderont ou non ses commandements, nous ne devons pas comprendre que ce soit pour sa propre information, ou pour qu’il obtienne lui-même la preuve de leur sincérité (car il n’a besoin d’aucune épreuve pour s’informer), mais principalement pour leur conviction, et pour présenter cette preuve à leur conscience.8181 « Je suis persuadé, comme l’est Calvin, que toutes les diverses épreuves des hommes ont pour but de montrer à eux-mêmes et au monde qu’ils ne sont que des contrefaçons, et de mieux faire connaître les saints à eux-mêmes (Romains 5:5). La tribulation produit l’épreuve, et l’espérance (Proverbes 17:3). Si vous voulez savoir si la pièce aura son poids, l’épreuve vous le dira. » Shepard, Parabole, première partie, p. 191.
Ainsi, lorsqu’il est dit que Dieu éprouva Israël par les difficultés qu’il rencontra dans le désert, et par celles que lui suscitèrent ses ennemis en Canaan, pour connaître ce qu’il y avait dans son cœur, s’il garderait ou non ses commandements, il faut comprendre que c’était pour le révéler à lui-même, afin qu’il sût ce qu’il y avait dans son propre cœur. De même, lorsque Dieu tenta ou éprouva Abraham par ce commandement difficile d’offrir son fils, ce n’était pas pour sa propre satisfaction, pour savoir s’il craignait Dieu ou non, mais pour la plus grande satisfaction et la consolation d’Abraham lui-même, et pour une manifestation plus claire de la faveur de Dieu envers lui. Quand Abraham se fut montré fidèle dans cette épreuve, Dieu lui dit : « Je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Ce qui implique clairement que dans cet exercice pratique de la grâce d’Abraham sous cette épreuve se trouvait une preuve plus claire de la vérité de sa grâce qu’il n’y en avait jamais eu auparavant, et la plus grande preuve pour la conscience d’Abraham ; car Dieu lui-même la lui donne comme telle, pour sa consolation et sa joie, et lui en parle comme de ce qui pouvait être la plus grande preuve, pour sa conscience, qu’il était droit aux yeux de son Juge. Ce qui prouve ce que je dis : la pratique sainte, dans les épreuves, est la plus haute preuve de la sincérité de ceux qui font profession de piété pour leur propre conscience. Et nous voyons que Christ, à diverses reprises, employa la même méthode pour convaincre la conscience de ceux qui prétendaient être ses amis, et pour leur montrer ce qu’ils étaient. Ce fut la méthode qu’il suivit avec le jeune homme riche (Matthieu 19:16, etc.). Celui-ci semblait témoigner un grand respect à Christ ; il vint à lui en s’agenouillant, l’appela bon Maître, et fit une grande profession d’obéissance aux commandements ; mais Christ l’éprouva en lui ordonnant d’aller vendre tout ce qu’il avait, de le donner aux pauvres, puis de venir, de prendre sa croix et de le suivre, en lui disant qu’alors il aurait un trésor dans le ciel. De même il éprouva un autre homme dont nous lisons l’histoire (Matthieu 8:20). Celui-ci faisait une grande profession de respect envers Christ ; il lui dit : Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. Christ met aussitôt son amitié à l’épreuve, en lui disant que les renards avaient des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais que le Fils de l’homme n’avait pas où reposer sa tête. Et c’est ainsi que Christ a coutume, aujourd’hui encore, d’éprouver dans sa providence ceux qui se disent ses disciples, en général. Ainsi la semence semée dans toute espèce de terrain, le terrain pierreux, le terrain plein d’épines et la bonne terre, et qui paraît partout semblable lorsqu’elle commence à lever, est cependant éprouvée, et la différence est rendue manifeste, par la chaleur brûlante du soleil.
Puisque ce sont donc là les choses dont Dieu se sert pour nous éprouver, le moyen le plus sûr pour nous de porter sur nous-mêmes un jugement droit est sans aucun doute de nous éprouver par ces mêmes choses. Ces épreuves qu’il nous envoie ne sont pas pour son information, mais pour la nôtre ; c’est donc de là que nous devons tirer notre information. Le moyen le plus sûr de connaître notre or, c’est de le regarder et de l’examiner dans le creuset de Dieu, où il l’éprouve précisément afin que nous voyions ce qu’il est. Si nous voulons savoir si un édifice est solide ou non, il faut le regarder quand le vent souffle. Si nous voulons savoir si ce qui a la forme du blé a la substance réelle du blé, ou n’est que de la balle, il faut l’observer quand on le vanne. Si nous voulons savoir si un bâton est solide, ou si ce n’est qu’un roseau pourri et cassé, il faut l’observer quand on s’y appuie et qu’on fait peser sur lui un poids. Si nous voulons nous peser avec justesse, il faut nous peser dans la balance de Dieu, celle dont il se sert pour nous peser.8282 Le Dr Sibbs, dans son traité Le Roseau froissé, dit : « Lorsque la volonté de Christ entre en concurrence avec quelque perte ou quelque gain mondain, si alors, dans ce cas particulier, le cœur s’incline devant Christ, c’est un vrai signe. Car l’épreuve la plus vraie de la puissance de la grâce se fait dans les cas particuliers qui nous touchent de plus près, car c’est là que notre corruption se dresse le plus fort. Quand Christ vint toucher au vif le jeune homme de l’Évangile, il perdit en lui un disciple. » Ces épreuves, au cours de notre pratique, sont pour ainsi dire la balance dans laquelle nos cœurs sont pesés, ou dans laquelle Christ et le monde, ou Christ et ses rivaux, quant à l’estime et à la considération qu’ils ont dans nos cœurs, sont pesés, c’est-à-dire placés dans des plateaux opposés, ce qui donne l’occasion de voir lequel l’emporte. Quand un homme est amené à la croisée des chemins, dont l’un mène à Christ et l’autre à l’objet de ses convoitises, pour voir quel chemin il prendra, ou lorsqu’il est amené et pour ainsi dire placé entre Christ et le monde, Christ à droite et le monde à gauche, de sorte que, s’il va vers l’un, il doit quitter l’autre, pour voir vers lequel son cœur incline le plus, ou lequel l’emporte dans son cœur, c’est exactement la même chose que de placer Christ et le monde dans deux plateaux opposés ; et le fait qu’il va vers l’un et quitte l’autre est exactement la même chose que l’abaissement de l’un des plateaux et l’élévation de l’autre. La pratique d’un homme, dans les épreuves de la providence de Dieu, est donc la preuve propre de l’inclination dominante de son cœur, tout autant que le mouvement de la balance, chargée de poids différents dans des plateaux opposés, est l’expérience propre qui montre le poids le plus lourd.
ARGUMENT III. — Un autre argument montrant que la pratique sainte, dans le sens qui a été expliqué, est la plus haute sorte de preuve de la vérité de la grâce pour la conscience des chrétiens, c’est que dans la pratique la grâce, selon le langage de l’Écriture, est dite rendue parfaite, ou achevée. Ainsi l’apôtre Jacques dit, en Jacques 2:22 : « Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres la foi fut rendue parfaite » (ou achevée, comme le signifie proprement le mot de l’original). De même l’amour de Dieu est dit rendu parfait, ou achevé, dans l’observation de ses commandements. 1 Jean 2:4, 5 : « Celui qui dit: Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui. Mais celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui. » Le commandement de Christ que l’apôtre a particulièrement en vue lorsqu’il parle ici de garder ses commandements, c’est (comme je l’ai fait observer précédemment) ce grand commandement qui concerne les œuvres d’amour envers nos frères, comme il ressort des versets suivants. De plus, l’amour de Dieu est dit rendu parfait dans le même sens au chapitre 4:12 : « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. » Ici, sans aucun doute, l’apôtre a encore en vue l’amour des uns pour les autres, de la même manière qu’il l’avait expliqué dans le chapitre précédent, où il parle de l’amour des uns pour les autres comme d’un signe de l’amour de Dieu, aux versets 17 et 18 : « Si quelqu’un possède les biens du monde, et qu’il lui ferme ses entrailles, etc., comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui? Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions (ou en œuvres) et avec vérité. » C’est en aimant ainsi en œuvre, dit l’apôtre, que « l’amour de Dieu est parfait en nous ». La grâce est dite rendue parfaite ou achevée dans la pratique sainte, parce qu’elle y est amenée à son effet propre et à cet exercice qui est la fin du principe ; la tendance et le dessein de la grâce y sont atteints, et son opération y est achevée et couronnée. C’est ainsi que l’arbre est rendu parfait dans son fruit : il n’est pas rendu parfait lorsque la semence est mise en terre ; il n’est pas rendu parfait dans la première germination de la semence, lorsqu’elle pousse racine et tige ; il n’est pas non plus rendu parfait lorsqu’il sort de terre ; ni lorsqu’il produit des feuilles ; ni même lorsqu’il se couvre de fleurs : mais lorsqu’il a produit de bons fruits mûrs, alors il est rendu parfait, alors il atteint sa fin, le dessein de l’arbre est achevé : tout ce qui appartient à l’arbre est complété et amené à son effet propre dans le fruit. Il en est de même de la grâce dans ses exercices pratiques. La grâce est dite rendue parfaite ou achevée dans son œuvre ou dans son fruit, de la même manière qu’il est dit du péché, en Jacques 1:15 : « La convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché; et le péché, étant consommé, produit la mort. » Il y a là trois degrés : d’abord, le péché dans son principe ou son habitude, c’est-à-dire l’existence de la convoitise dans le cœur ; ensuite, sa conception, qui consiste dans ses exercices immanents dans l’esprit ; et enfin, le fruit qui a été conçu, effectivement produit dans l’œuvre et la pratique mauvaises. Et c’est ce que l’apôtre appelle la consommation ou l’achèvement du péché : car le mot, dans l’original, est le même que celui qui est traduit par « rendu parfait » dans les passages mentionnés plus haut.
Or assurément, s’il en est ainsi, si la grâce est de cette manière rendue parfaite dans son fruit, si ces exercices pratiques de la grâce sont ceux par lesquels la grâce est amenée à son effet et à sa fin propres, et ceux dans lesquels tout ce qui appartient à son dessein, à sa tendance et à son opération est achevé et couronné, alors ces exercices doivent être les plus hautes preuves de la grâce, au-dessus de tous les autres exercices. Assurément, la nature et la tendance propres de tout principe doivent paraître le mieux et le plus pleinement dans ses exercices les plus parfaits, c’est-à-dire dans ceux où sa nature se déploie le plus complètement, et où sa tendance est le plus pleinement satisfaite et couronnée dans son effet et sa fin propres. Si nous voulons voir la nature propre d’une chose quelconque, et la voir pleinement distinguée des autres choses, regardons-la dans son achèvement. L’apôtre Jacques dit que par les œuvres la foi est rendue parfaite, et il présente cela comme un argument pour prouver que les œuvres sont la principale preuve de la foi, celle par laquelle la sincérité de ceux qui font profession de la foi est justifiée (Jacques 2). Et l’apôtre Jean, après nous avoir dit à plusieurs reprises que l’amour est rendu parfait dans l’observation des commandements de Christ, fait observer (1 Jean 4:18) que l’amour parfait bannit la crainte ; entendant par là (du moins en partie) l’amour rendu parfait en ce sens ; ce qui s’accorde avec ce qu’il avait dit dans le chapitre précédent, que c’est en aimant en actions, ou en œuvre, que nous connaissons que nous sommes de la vérité et que nous rassurerons nos cœurs (versets 18, 19).
ARGUMENT IV. — Une autre chose qui rend évident que la pratique sainte est la principale preuve dont nous devons nous servir pour juger de notre propre sincérité et de celle des autres, c’est que cette preuve est, plus que toutes les autres, celle sur laquelle l’Écriture insiste. Une connaissance commune de l’Écriture, jointe à un peu d’attention et d’observation, suffira à montrer à quiconque qu’elle insiste dix fois plus sur celle-ci, comme marque de la vraie piété, d’un bout à l’autre de l’Écriture, depuis le commencement de la Genèse jusqu’à la fin de l’Apocalypse, que sur toute autre chose. Et dans le Nouveau Testament, là où Christ et ses apôtres établissent expressément et de propos délibéré des signes de la vraie piété, c’est presque uniquement sur celle-ci qu’ils insistent. On peut observer que Christ et ses apôtres ne se contentent pas de dire souvent, en traitant des grandes doctrines de la religion, des choses qui montrent quelle doit être la nature de la vraie piété, ou d’où l’on peut déduire par une juste conséquence sa nature et ses signes, ni de mentionner souvent en passant bien des choses qui appartiennent à la piété ; mais qu’ils donnent aussi souvent, de propos délibéré, des signes et des marques pour l’épreuve de ceux qui font profession de piété, les engageant à s’éprouver eux-mêmes par les signes qu’ils donnent, et introduisant ce qu’ils disent par des expressions comme celles-ci : « Par ceci vous saurez que vous connaissez Dieu ; par ceci se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable ; celui qui a ceci bâtit sur un bon fondement ; celui qui ne l’a pas bâtit sur le sable ; par ceci nous rassurerons nos cœurs ; c’est là l’homme qui aime Christ », etc. Mais je ne trouve aucun passage où Christ ou ses apôtres donnent de cette manière des signes de piété (et ces passages sont nombreux) où la pratique chrétienne ne soit presque la seule chose sur laquelle ils insistent. Il est vrai que dans beaucoup de ces passages l’amour pour les frères est présenté comme un signe de piété ; et, comme je l’ai fait observer précédemment, il n’est aucune affection ou disposition vertueuse qui soit si souvent présentée expressément comme un signe de la vraie grâce que notre amour les uns pour les autres : mais alors les Écritures s’expliquent elles-mêmes en entendant principalement cet amour en tant qu’il s’exerce et s’exprime dans la pratique, c’est-à-dire dans les œuvres d’amour. C’est ainsi que l’apôtre Jean, qui plus que tous les autres insiste sur l’amour pour les frères comme signe de piété, s’explique lui-même de la manière la plus expresse, en 1 Jean 3:14, etc. : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui? Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions (c’est-à-dire en œuvres d’amour) et avec vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui. » De sorte que, lorsque l’Écriture insiste tant sur notre amour les uns pour les autres comme un grand signe de piété, nous ne devons pas entendre par là les mouvements immanents d’affection que les hommes ressentent les uns pour les autres, autant que la pratique par l’âme de tous les devoirs de la seconde table de la loi ; toutes choses qu’un véritable amour les uns pour les autres renferme, comme le Nouveau Testament nous le dit encore et encore (Romains 13:8 et 10 ; Galates 5:14 ; Matthieu 22:39, 40). De sorte qu’en réalité il n’y a aucun passage du Nouveau Testament où le dessein déclaré soit de donner des signes de piété, sans que la pratique sainte et l’observation des commandements de Christ soient la marque choisie entre toutes pour qu’on y insiste. C’est là un argument invincible qu’elle est la principale de toutes les preuves de la piété : à moins de supposer que, lorsque Christ et ses apôtres se sont appliqués à dessein à cette tâche de donner des signes par lesquels les chrétiens de profession, dans tous les âges, pourraient déterminer leur état, ils ne savaient pas choisir les signes aussi bien que nous aurions pu les choisir pour eux. Mais si nous faisons de la parole de Christ notre règle, alors sans aucun doute les marques que Christ et ses apôtres ont principalement établies et nous ont données, afin que nous nous éprouvions par elles, ce sont ces mêmes marques que nous devons surtout recevoir et dont nous devons principalement nous servir pour nous éprouver nous-mêmes.8383 « C’est une règle sûre, dit le Dr Preston, que ce sur quoi les Écritures dépensent beaucoup de paroles, nous devons y dépenser beaucoup de pensées ; et que ce sur quoi le Saint-Esprit insiste le plus, nous devons l’estimer le plus. » Church’s Carriage. Et assurément, les choses sur lesquelles Christ et ses apôtres ont principalement insisté dans les règles qu’ils ont données, les ministres doivent y insister principalement dans les règles qu’ils donnent. Insister beaucoup sur les choses sur lesquelles l’Écriture insiste peu, et insister très peu sur celles sur lesquelles l’Écriture insiste beaucoup, est chose dangereuse ; car c’est sortir de la voie de Dieu, et c’est nous juger nous-mêmes et guider les autres d’une manière étrangère à l’Écriture. Dieu savait quelle manière de conduire et de guider les âmes était pour elles la plus sûre et la meilleure : il a tant insisté sur certaines choses parce qu’il savait qu’il était nécessaire qu’on y insistât, et il a laissé d’autres choses davantage de côté, en Dieu sage, parce qu’il savait qu’il n’était pas bon pour nous de faire porter là tant de poids dans l’épreuve. Comme le sabbat a été fait pour l’homme, ainsi les Écritures ont été faites pour l’homme ; et elles sont, par une sagesse infinie, adaptées à notre usage et à notre bien. Nous devons donc en faire notre guide en toutes choses, dans nos pensées sur la religion et sur nous-mêmes. Et rendre grand ce que l’Écriture rend petit, et petit ce que l’Écriture rend grand, tend à nous donner une idée monstrueuse de la religion ; et (du moins indirectement et graduellement) à nous détourner entièrement de la vraie règle et d’une juste opinion de nous-mêmes, et à établir l’illusion et l’hypocrisie.
ARGUMENT V. — La pratique chrétienne est clairement présentée dans la parole de Dieu comme la principale preuve de la vérité de la grâce, non seulement pour les autres, mais pour la propre conscience des hommes. Non seulement on en parle et on y insiste plus que sur les autres signes, mais en beaucoup d’endroits où il en est parlé, elle est représentée comme la principale de toutes les preuves. Cela ressort clairement, à maintes reprises, de la manière de s’exprimer. Si Dieu parlait maintenant du ciel pour lever nos doutes au sujet des signes de la piété, et donnait quelque signe particulier, afin que par lui tous pussent savoir s’ils étaient sincèrement pieux ou non, avec des expressions aussi emphatiques que celles-ci, en parlant de l’homme qui possède telle qualité ou telle marque : « C’est là l’homme qui est un vrai saint, c’est celui-là même ; c’est par là que vous pouvez le savoir ; c’est la chose par laquelle on voit clairement qui sont les saints et qui sont les pécheurs ; de tels hommes sont véritablement des saints » ; ne regarderions-nous pas comme une chose hors de doute que ce signe nous serait donné comme une marque spéciale et éminemment distinctive de la vraie piété ? Or c’est précisément le cas pour le signe de la grâce dont je parle ; Dieu s’est exprimé à maintes reprises dans sa parole de cette manière même au sujet de la pratique chrétienne, comme en Jean 14 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime. » Ce signe, Christ le donne ici à ses disciples, non pas tant pour les guider dans le jugement qu’ils porteront sur les autres que pour qu’ils se l’appliquent à eux-mêmes pour leur propre consolation après son départ, comme le montre chaque mot du contexte. Et je ferai observer en passant que ce qui est remarquable, ce n’est pas seulement l’emphase avec laquelle Christ s’exprime, mais aussi l’insistance avec laquelle il revient sur ce sujet et le répète, comme il le fait dans le contexte : verset 15 : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » Verset 23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. » Et verset 24 : « Celui qui ne m’aime pas ne garde point mes paroles. » Et dans le chapitre suivant, encore et encore : verset 2 : « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde. » Verset 8 : « Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples. » Verset 14 : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. » Nous trouvons cette marque établie avec la même emphase en Jean 8:31 : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. » Et encore en 1 Jean 2:3 : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. » Et au verset 5 : « Celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui: par là nous savons que nous sommes en lui. » Et au chapitre 3:18, 19 : « Aimons […] en actions et avec vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité. » L’expression traduite par « par là » aurait été un peu plus emphatique si on l’avait rendue plus littéralement d’après l’original : « c’est par ceci que nous savons ». — Et avec quelle évidence la pratique sainte est-elle présentée comme la grande marque qui distingue les enfants de Dieu des enfants du diable, au verset 10 du même chapitre ! « C’est par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. » Il parle d’une pratique sainte et d’une pratique mauvaise, comme on peut le voir dans tout le contexte ; ainsi au verset 3 : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur. » Versets 6-10 : « Quiconque demeure en lui ne pèche point; quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. Petits enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste. Celui qui pèche est du diable. — Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché. — Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu. » Nous avons la même emphase en 2 Jean 6 : « L’amour consiste à marcher selon ses commandements » ; c’est-à-dire (comme nous devons l’entendre) que c’est là la preuve propre de l’amour. De même en 1 Jean 5:3 : « L’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. » De même l’apôtre Jacques, parlant des preuves propres d’une religion vraie et pure, dit en Jacques 1:27 : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » Nous trouvons des expressions tout aussi emphatiques employées au sujet de la même chose dans l’Ancien Testament : Job 28:28 : « Puis il dit à l’homme: Voici, la crainte du Seigneur, c’est la sagesse; S’éloigner du mal, c’est l’intelligence. » Jérémie 22:15, 16 : « Ton père ne mangeait-il pas, ne buvait-il pas? Mais il pratiquait la justice et l’équité. Il jugeait la cause du pauvre et de l’indigent. N’est-ce pas là me connaître? Dit l’Éternel. » Psaumes 34:12, etc. : « Venez, mes fils, écoutez-moi! Je vous enseignerai la crainte de l’Éternel. — Préserve ta langue du mal, Et tes lèvres des paroles trompeuses; Éloigne-toi du mal, et fais le bien; Recherche et poursuis la paix. » Psaume 15, au commencement : « Qui séjournera dans ta tente? Qui demeurera sur ta montagne sainte? Celui qui marche dans l’intégrité », etc. Psaumes 24:3, 4 : « Qui pourra monter à la montagne de l’Éternel? Qui s’élèvera jusqu’à son lieu saint? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur », etc. Psaumes 119:1 : « Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, Qui marchent selon la loi de l’Éternel! » Verset 6 : « Alors je ne rougirai point, A la vue de tous tes commandements. » Proverbes 8:13 : « La crainte de l’Éternel, c’est la haine du mal. »
De même l’Écriture n’emploie jamais, au sujet d’aucun autre signe d’hypocrisie et de fausseté de cœur, d’expressions aussi emphatiques qu’au sujet d’une pratique contraire à la sainteté. Ainsi Galates 6:7 : « Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. » 1 Corinthiens 6:9, 10 : « Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, etc., n’hériteront le royaume de Dieu. » Éphésiens 5:5, 6 : « Car, sachez-le bien, aucun impudique, ou impur, etc., n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours. » 1 Jean 3:7, 8 : « Petits enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste. Celui qui pèche est du diable. » Chapitre 2:4 : « Celui qui dit: Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui. » Et chapitre 1:6 : « Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. » Jacques 1:26 : « Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. » Chapitre 3:14, 15 : « Si vous avez dans votre cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. » Psaumes 125:5 : « Ceux qui s’engagent dans des voies détournées, Que l’Éternel les détruise avec ceux qui font le mal! » Ésaïe 35:8 : « Il y aura là un chemin frayé, une route, Qu’on appellera la voie sainte; Nul impur n’y passera. » Apocalypse 21:27 : « Il n’entrera chez elle rien de souillé, ni personne qui se livre à l’abomination et au mensonge. » Et en beaucoup d’endroits : « Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas, vous qui commettez l’iniquité. »
ARGUMENT VI. — Une autre chose qui rend évident que la pratique sainte est le principal de tous les signes de la sincérité de ceux qui font profession de piété, non seulement pour le monde, mais pour leur propre conscience, c’est que c’est là la grande preuve dont on se servira plus tard devant le tribunal de Dieu, celle d’après laquelle son jugement sera réglé, et l’état de chacun de ceux qui font profession de religion fixé sans retour. Au jugement à venir, il y aura un examen public de ceux qui font profession de piété, et l’on se servira de preuves dans ce jugement. Car le jugement que Dieu prononcera sur les hommes en vue de leur rétribution éternelle ne consistera pas à éprouver, à découvrir et à juger l’état du cœur des hommes dans sa propre pensée ; ce sera un jugement déclaratif ; et sa fin ne sera pas que Dieu se forme un jugement en lui-même, mais la manifestation de son jugement, et de la justice de ce jugement, à la propre conscience des hommes et au monde. Et c’est pourquoi le jour du jugement est appelé le jour de la manifestation du juste jugement de Dieu (Romains 2:5). Et la fin de l’examen et du jugement à venir que Dieu fera des hommes, quant à la part que chacun en particulier aura dans ce jugement, sera spécialement la claire manifestation du juste jugement de Dieu à son égard, à sa propre conscience ; comme il ressort de Matthieu 18:31 jusqu’à la fin ; chapitre 20:8-15 ; chapitre 22:11, 12, 13 ; chapitre 25:19-30, et du verset 35 jusqu’à la fin ; Luc 19:16-23. C’est pourquoi, bien que Dieu n’ait besoin d’aucun moyen pour rendre la vérité évidente à lui-même, on se servira cependant de preuves dans le jugement qu’il prononcera sur les hommes. Et sans doute les preuves dont on se servira dans leur examen seront celles qui conviendront le mieux aux fins du jugement, à savoir la manifestation du juste jugement de Dieu, non seulement au monde, mais à la propre conscience des hommes. Or les Écritures nous enseignent abondamment que les grandes preuves dont le Juge se servira dans cet examen, pour ces fins, celles d’après lesquelles le jugement de chacun sera réglé et la sentence irrévocable prononcée, seront les œuvres des hommes, c’est-à-dire leur pratique, ici-bas en ce monde : Apocalypse 20:12 : « Et je vis les morts, les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. — Et les morts furent jugés selon leurs œuvres, d’après ce qui était écrit dans ces livres. » De même au verset 13 : « La mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux; et chacun fut jugé selon ses œuvres. » 2 Corinthiens 5:10 : « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps. » Ainsi la pratique des hommes est la seule preuve d’après laquelle Christ représente le jugement à venir comme réglé, dans la description la plus détaillée du jour du jugement que nous ayons dans la Sainte Bible, à la fin de Matthieu 25. Voyez aussi Romains 2:6, 13 ; Jérémie 17:10 ; Job 34:11 ; Proverbes 24:12 ; Jérémie 32:19 ; Apocalypse 22:12 ; Matthieu 16:27 ; Apocalypse 2:23 ; Ézéchiel 33:20 ; 1 Pierre 1:17. Le Juge, au jour du jugement, n’entreprendra pas (pour convaincre la propre conscience des hommes et pour les manifester au monde) d’examiner les hommes quant à la méthode de leurs expériences, ni de faire raconter à chacun l’histoire de la manière dont il a été converti ; mais ses œuvres seront produites comme preuves de ce qu’il est, de ce qu’il a fait dans les ténèbres et dans la lumière : Ecclésiaste 12:16 : « Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal. » Dans l’examen que subiront, au jugement à venir, ceux qui font profession de piété, Dieu se servira, pour les manifester à eux-mêmes et au monde, des mêmes preuves dont il se sert pour les manifester dans les tentations ou les épreuves de sa providence ici-bas, à savoir leur pratique, dans les cas où Christ et d’autres choses entrent en concurrence effective et immédiate. Au jour du jugement, Dieu, pour la manifestation de son juste jugement, pèsera ceux qui font profession de piété dans une balance visible. Et cette balance sera la même que celle dans laquelle il pèse maintenant les hommes, et qui a déjà été décrite.
Nous pouvons donc en conclure sans aucun doute que les œuvres des hommes (prises dans le sens qui a été expliqué) sont les plus hautes preuves par lesquelles ils doivent s’éprouver eux-mêmes. Assurément, ce dont notre Juge suprême se servira principalement pour nous juger, lorsque nous comparaîtrons devant lui, c’est ce dont nous devons principalement nous servir pour nous juger nous-mêmes.8484 « Ce dont Dieu fait la règle de son propre jugement, ce par quoi il juge chaque homme, c’est là une règle sûre d’après laquelle chacun peut se juger lui-même. Ce d’après quoi nous serons jugés au dernier jour est une règle sûre à nous appliquer à nous-mêmes dès maintenant. Or c’est d’après notre obéissance et nos œuvres qu’il nous juge. “Il rendra à chacun selon ses œuvres.” » Church’s Carriage, du Dr Preston. S’il n’avait pas été révélé de quelle manière et d’après quelle preuve le Juge procédera à notre égard plus tard, combien il serait naturel de dire : « Oh ! si je savais quel signe Dieu cherchera principalement, et sur quel signe il insistera, dans le dernier jugement, le jugement décisif, quel signe il s’attend à voir produire par tous ceux qui voudront alors être agréés de lui, et d’après lequel la sentence sera prononcée ; afin que je sache quel signe ou quelle preuve je dois surtout considérer et rechercher maintenant, pour être sûr de ne pas en manquer alors ! » Et puisque Dieu a révélé si clairement et si abondamment quel est ce signe ou cette preuve, assurément, si nous agissons sagement, nous le regarderons comme de la plus haute importance.
Or, de tout ce qui a été dit, il me paraît abondamment manifeste que la pratique chrétienne est la preuve la plus propre de la sincérité de grâce de ceux qui font profession de piété, pour eux-mêmes et pour les autres ; et la principale de toutes les marques de la grâce, le signe des signes, la preuve des preuves, celle qui scelle et couronne tous les autres signes. — J’aimerais mieux avoir le témoignage de ma conscience que j’ai de mon côté une parole de mon Juge suprême comme celle de Jean 14:21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime », que le jugement et la pleine approbation de tous les théologiens sages, sains et expérimentés qui ont vécu depuis mille ans, après l’examen le plus exact et le plus critique de mes expériences quant à la manière de ma conversion. Non qu’il n’y ait pas d’autres bonnes preuves d’un état de grâce que celle-ci. Il peut y avoir, outre ces exercices efficaces, d’autres exercices de la grâce que les saints peuvent avoir dans la contemplation, et qui peuvent leur donner une grande satisfaction ; mais celle-ci est néanmoins la preuve principale et la plus propre. Il peut y avoir plusieurs bonnes preuves qu’un arbre est un figuier ; mais la plus haute et la plus propre est qu’il porte effectivement des figues. Il est possible qu’un homme ait une bonne assurance d’être en état de grâce dès sa première conversion, avant d’avoir eu l’occasion d’acquérir l’assurance par cette grande preuve dont je parle. — Si un homme apprend qu’un grand trésor lui est offert en un lieu éloigné, à condition qu’il l’estime assez pour être disposé à quitter ce qu’il possède chez lui et à faire un voyage pour l’obtenir, par-dessus les rochers et les montagnes qui se trouvent sur la route, jusqu’au lieu où il se trouve, il est possible que cet homme soit bien assuré qu’il estime le trésor au degré dont il est parlé, dès que l’offre lui en est faite : il peut sentir en lui, hors de tout doute, la disposition d’aller chercher le trésor ; mais cela n’empêche pas que ce qu’il fait effectivement pour l’obtenir ne soit la preuve la plus haute et la plus propre de sa disposition, non seulement pour les autres, mais pour lui-même. Mais alors, comme preuve pour lui-même, ses actions extérieures et les mouvements de son corps dans son voyage ne sont pas considérés seuls, à l’exclusion de l’action de son esprit et de la conscience qu’il a en lui-même de ce qui le pousse et du but pour lequel il va ; autrement le mouvement de son corps ne serait pour lui aucune preuve qu’il estime le trésor. C’est de cette manière que la pratique chrétienne est la preuve la plus propre d’une estime salutaire de la perle de grand prix et du trésor caché dans le champ.
La pratique chrétienne est le signe des signes, en ce sens qu’elle est la grande preuve qui confirme et couronne tous les autres signes de la piété. Il n’est aucune grâce de l’Esprit de Dieu dont la pratique chrétienne ne soit la preuve la plus propre de la vérité. Comme, pour les membres de notre corps et pour tous nos ustensiles, la preuve propre de leur solidité et de leur bonté est dans l’usage qu’on en fait, ainsi en est-il de nos grâces (qui nous sont données pour être employées dans la pratique, tout autant que nos mains et nos pieds, que les outils avec lesquels nous travaillons ou les armes avec lesquelles nous combattons) : leur épreuve et leur preuve propres sont dans leur exercice pratique. La plupart des choses dont nous nous servons nous sont utiles, et voient ainsi leur utilité éprouvée, sous quelque pression, quelque tension, quelque secousse ou quelque choc. Il en est ainsi d’un arc, d’une épée, d’une hache, d’une scie, d’une corde, d’une chaîne, d’un bâton, d’un pied, d’une dent, etc. Et celles qui sont si faibles qu’elles ne supportent pas la tension ou la pression auxquelles nous avons besoin de les soumettre ne sont bonnes à rien. Il en est ainsi de toutes les vertus de l’esprit. Leur épreuve et leur preuve propres consistent à être exercées sous les tentations et les épreuves auxquelles Dieu nous soumet dans le cours de sa providence, et à être employées à un service qui met à rude épreuve les principes de la nature.
La pratique est la preuve propre de la connaissance vraie et salutaire de Dieu, comme il ressort de cette parole de l’apôtre déjà citée : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu ». C’est en vain que nous faisons profession de connaître Dieu, si nous le renions par nos œuvres, Tite 1:16. Et si nous connaissons Dieu, mais ne le glorifions pas comme Dieu, notre connaissance ne fera que nous condamner, et ne nous sauvera pas, Romains 1:21. La grande marque de la connaissance qui sauve et rend heureux, c’est qu’elle est pratique : Jean 13:17 : « Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez ». Job 28:28 : « S’éloigner du mal, c’est l’intelligence ».
La sainte pratique est la preuve propre de la repentance. Lorsque les Juifs faisaient profession de repentance, lorsqu’ils venaient confesser leurs péchés à Jean, qui prêchait le baptême de repentance pour la rémission des péchés, il leur indiqua la vraie manière d’acquérir et de montrer des preuves propres de la vérité de leur repentance, en leur disant : « Produisez donc du fruit digne de la repentance », Matthieu 3:8. Ce qui s’accordait avec la pratique de l’apôtre Paul ; voyez Actes 26:20. Le pardon et la miséricorde sont, à maintes reprises, promis à celui qui possède cette preuve d’une vraie repentance, qu’il abandonne son péché : Proverbes 28:13, et Ésaïe 55:7, et bien d’autres passages.
La sainte pratique est la preuve propre d’une foi qui sauve. Il est évident que l’apôtre Jacques parle des œuvres comme de ce qui justifie éminemment la foi, ou (ce qui revient au même) justifie ceux qui font profession de foi, et défend et manifeste la sincérité de leur profession, non seulement devant le monde, mais devant leur propre conscience ; comme le montre l’exemple qu’il donne d’Abraham, Jacques 2:21-24. Et aux versets 20 et 26, il parle de la nature pratique et agissante de la foi comme de sa vie et de son âme mêmes ; de la même manière que la nature et la substance actives qui sont dans le corps d’un homme en sont la vie et l’âme. Et s’il en est ainsi, sans aucun doute la pratique est la preuve propre de la vie et de l’âme de la vraie foi, par laquelle celle-ci se distingue d’une foi morte. Car, sans aucun doute, la pratique est la preuve la plus propre d’une nature pratique, et l’action la preuve la plus propre d’une nature agissante.
La pratique est la meilleure preuve d’une adhésion salutaire à la vérité. Ce qui est présenté comme la preuve propre que la vérité est dans un chrétien qui en fait profession, c’est qu’il marche dans la vérité, 3 Jean 3 : « J’ai été fort réjoui, lorsque des frères sont arrivés et ont rendu témoignage de la vérité qui est en toi, de la manière dont tu marches dans la vérité. »
La pratique est la preuve la plus propre d’une vraie venue à Christ, d’un vrai accueil fait à Christ et d’une vraie union avec lui. Venir à Christ véritablement et pour le salut, c’est (comme Christ l’enseigne souvent) venir à lui de manière à tout abandonner pour lui. Et, comme on l’a observé plus haut, tout abandonner pour Christ dans son cœur, c’est la même chose qu’avoir un cœur prêt à tout abandonner effectivement ; or la preuve propre d’un cœur prêt à tout abandonner effectivement, c’est, en vérité, de tout abandonner effectivement, autant qu’on y est appelé. Si un prince demande en mariage une femme qui vit dans un pays lointain, afin qu’elle quitte son propre peuple et la maison de son père, et vienne à lui pour être son épouse, la preuve propre de l’assentiment de son cœur à la demande du roi, c’est qu’elle quitte effectivement son peuple et la maison de son père, et qu’elle vienne à lui. — Par là son assentiment à la demande du roi est rendu parfait, au sens même où l’apôtre Jacques dit que par les œuvres la foi fut rendue parfaite.8585 « Notre réception réelle de Christ paraît dans nos actions et nos œuvres : Ésaïe 1:19 : “Si vous consentez et obéissez, vous mangerez les meilleures productions du pays.” C’est-à-dire : si vous voulez consentir à prendre l’ÉTERNEL pour votre Seigneur et votre Roi ; si vous y consentez, voilà la première chose ; mais cela ne suffit pas, il faut encore que vous obéissiez. Le consentement qui consiste dans l’acte intérieur de l’esprit, sa vérité se verra dans votre obéissance, dans les actes de votre vie. “Si vous consentez et obéissez, vous mangerez les meilleures productions du pays” ; c’est-à-dire que vous prendrez de tout ce qu’il possède ce qui vous convient ; car alors vous êtes véritablement mariés avec lui, et vous avez part à tous ses biens. » Le Dr Preston, De la conduite de l’Église. Christ nous promet la vie éternelle à condition que nous venions à lui ; mais il s’agit d’une venue telle que celle à laquelle il invita le jeune homme qui vint lui demander ce qu’il devait faire pour avoir la vie éternelle : Christ lui ordonna d’aller vendre tout ce qu’il avait, puis de venir à lui et de le suivre. S’il avait consenti de cœur à cette proposition, et s’il était ainsi venu à Christ dans son cœur, la preuve propre en eût été qu’il le fît ; et par là sa venue à Christ eût été rendue parfaite. Lorsque Christ appela Lévi le publicain, assis au bureau des péages, au milieu de ses gains terrestres, l’adhésion du cœur de Lévi à cette invitation de son Sauveur à venir à lui fut manifestée, et rendue parfaite, par le fait qu’il se leva effectivement, laissa tout et le suivit, Luc 5:27, 28. Christ et d’autres choses nous sont présentés ensemble, afin que nous nous attachions en particulier à l’un et que nous abandonnions les autres ; en pareil cas, s’attacher pratiquement à Christ, c’est accepter pratiquement Christ, tout comme le mendiant qui tend la main et prend le don qu’on lui offre accepte pratiquement ce don. Bien plus, l’acte de l’âme qui consiste à s’attacher à Christ dans la pratique est lui-même la venue la plus parfaite de l’âme à Christ.
La pratique est la preuve la plus propre de la confiance en Christ pour le salut. La signification propre du mot confiance, selon l’usage le plus ordinaire qu’on en fait, tant dans le langage commun que dans les saintes Écritures, c’est l’enhardissement et l’encouragement de l’esprit d’une personne à courir quelque risque dans la pratique, ou dans quelque chose qu’elle fait sur la foi de la suffisance et de la fidélité d’un autre. C’est pourquoi la preuve propre de sa confiance est le risque qu’elle court dans ce qu’elle fait. On ne saurait proprement dire qu’il court un risque en s’appuyant sur quelque chose, celui qui ne fait rien en vertu de cet appui, ou dont la conduite n’est pas autre que s’il n’avait aucun appui. Pour un homme, courir un risque en s’appuyant sur un autre, c’est faire, en vertu de cet appui, quelque chose par quoi il semble s’exposer, et qu’il ne ferait pas, n’était cet appui. C’est pourquoi c’est en affrontant les difficultés et les dangers apparents de la pratique chrétienne, en s’appuyant sur la suffisance et la fidélité de Christ pour accorder la vie éternelle, que l’on dit des hommes qu’ils se risquent sur Christ et se confient en lui pour le bonheur et la vie. Ils s’appuient sur des promesses telles que celle-ci, Matthieu 10:39 : « celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera ». Ainsi ils se séparent de tout, et risquent leur tout, en s’appuyant sur la suffisance et la vérité de Christ. Et telle est la notion scripturaire de la confiance en Christ, dans l’exercice d’une foi salutaire en lui. C’est ainsi qu’Abraham, le père des croyants, se confia en Christ et, par la foi, quitta son pays, s’appuyant sur l’alliance de grâce que Dieu avait établie avec lui, Hébreux 11:8, 9. Ainsi encore : « C’est par la foi que Moïse, devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un temps la jouissance du péché », Hébreux 11:23, etc. De même, par la foi, d’autres s’exposèrent à être lapidés et sciés, ou tués par l’épée ; ils « subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison », et « allèrent çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités ». Et c’est en ce sens que l’apôtre Paul, par la foi, se confia en Christ et se remit à lui, se risquant lui-même avec tout ce qui lui importait, en s’appuyant sur la puissance et la fidélité de son Rédempteur, au milieu de grandes persécutions, et en souffrant la perte de toutes choses : 2 Timothée 1:12 : « Et c’est à cause de cela que je souffre ces choses; mais j’en ai point honte, car je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là. »
Si un homme recevait du roi d’une île lointaine la nouvelle que celui-ci a l’intention de faire de lui son héritier, et si, à l’ouïe de cette nouvelle, il quittait aussitôt son pays natal, ses amis et tout ce qu’il possède au monde pour se rendre dans ce pays, en s’appuyant sur ce qu’il a entendu, on pourrait dire alors qu’il se risque lui-même, avec tout ce qu’il a au monde, sur cette parole. Mais s’il se contente de rester assis à espérer le bienfait promis, se complaisant intérieurement à y penser, on ne peut proprement dire qu’il s’y risque ; il ne court aucun risque en cette affaire ; il ne fait rien d’autre que ce qu’il ferait s’il n’avait reçu aucune nouvelle de ce genre, rien par quoi il s’exposerait à quelque souffrance au cas où tout viendrait à manquer. Ainsi celui qui, sur la foi de ce qu’il entend d’un monde à venir, et en s’appuyant sur le témoignage de l’Évangile touchant la vie et l’immortalité, abandonne tout, ou du moins le fait autant que l’occasion s’en présente, faisant entièrement céder toutes choses à son intérêt éternel, celui-là, et lui seul, peut proprement être dit se risquer sur le témoignage de l’Évangile. Et c’est là la preuve propre d’une vraie confiance en Christ pour le salut.
La pratique est la preuve propre d’un amour de grâce, tant envers Dieu qu’envers les hommes. Les textes qui l’enseignent clairement ont déjà été cités si souvent qu’il est inutile de les répéter.
La pratique est la preuve propre de l’humilité. Ce que Dieu présente comme l’expression et la manifestation par excellence de l’humilité du cœur, ce sur quoi il insiste, c’est cela que nous devons regarder comme l’expression et la manifestation propres de cette humilité ; or c’est de marcher humblement. Michée 6:8 : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
C’est aussi la preuve propre de la vraie crainte de Dieu : Proverbes 8:13 : « La crainte de l’Éternel, c’est la haine du mal ». Psaume 34:12, etc. : « Venez, mes fils, écoutez-moi! Je vous enseignerai la crainte de l’Éternel. Préserve ta langue du mal, Et tes lèvres des paroles trompeuses; Éloigne-toi du mal, et fais le bien; Recherche et poursuis la paix. » Proverbes 3:7 : « Crains l’Éternel, et détourne-toi du mal ». Proverbes 16:6 : « par la crainte de l’Éternel on se détourne du mal ». Job 1:8 : « As-tu remarqué mon serviteur Job? — c’est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. » Chapitre 2:3 : « As-tu remarqué mon serviteur Job? — c’est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m’excites à le perdre ». Psaume 36:2 : « La parole impie du méchant est au fond de son cœur; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux. »
De même, la pratique qui consiste à rendre selon les bienfaits reçus est la preuve propre d’une vraie reconnaissance. Psaume 116:12 : « Comment rendrai-je à l’Éternel Tous ses bienfaits envers moi? » 2 Chroniques 32:25 : « Mais Ézéchias ne répondit point au bienfait qu’il avait reçu ». Acquitter nos vœux envers Dieu et régler droitement notre conduite semblent être présentés comme l’expression et la preuve propres d’une vraie reconnaissance, au Psaume 50, verset 14 : « Offre pour sacrifice à Dieu des actions de grâces, Et accomplis tes vœux envers le Très-Haut. » Verset 23, etc. : « Celui qui offre pour sacrifice des actions de grâces me glorifie, Et à celui qui veille sur sa voie Je ferai voir le salut de Dieu. »
De même, la preuve propre des désirs et des aspirations de grâce, ce qui les distingue de ceux qui sont faux et vains, c’est qu’ils ne sont pas des souhaits oisifs et de vagues velléités comme ceux de Balaam, mais qu’ils sont efficaces dans la pratique, et poussent les hommes à rechercher avec ardeur et avec constance les choses auxquelles ils aspirent. Psaume 27:4 : « Je demande à l’Éternel une chose, que je désire ardemment ». Psaume 63:2, 3 : « O Dieu! Tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. Pour voir ta puissance et ta gloire. » Verset 9 : « Mon âme est attachée à toi ». Cantique 1:4 : « Entraîne-moi après toi! Nous courrons! »
La pratique est la preuve propre d’une espérance de grâce : 1 Jean 3:3 : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur. » La persévérance patiente à bien faire, à travers les difficultés et les épreuves de la course chrétienne, est souvent mentionnée comme l’expression et le fruit propres de l’espérance chrétienne. 1 Thessaloniciens 1:3 : « nous rappelant sans cesse l’œuvre de votre foi, le travail de votre charité, et la fermeté de votre espérance ». 1 Pierre 1:13, 14 : « C’est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. Comme des enfants obéissants », etc. Psaume 119:166 : « J’espère en ton salut, ô Éternel! Et je pratique tes commandements. » Psaume 78:7 : « Afin qu’ils missent en Dieu leur confiance, Qu’ils n’oubliassent pas les œuvres de Dieu, Et qu’ils observassent ses commandements ».
Une pratique joyeuse de notre devoir, l’accomplissement de la volonté de Dieu, est la preuve propre d’une joie véritablement sainte. Ésaïe 64:4 : « Tu vas au-devant de celui qui pratique avec joie la justice ». Psaume 119:111, 112 : « Tes préceptes sont pour toujours mon héritage, Car ils sont la joie de mon cœur. J’incline mon cœur à pratiquer tes statuts, Toujours, jusqu’à la fin. » Verset 14 : « Je me réjouis en suivant tes préceptes, Comme si je possédais tous les trésors. » 1 Corinthiens 13:6 : « elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité ». 2 Corinthiens 8:2 : « L’abondance de leur joie a abondé en riches libéralités. »
La pratique est aussi la preuve propre de la force d’âme chrétienne. L’épreuve d’un bon soldat ne se fait pas au coin de son feu, mais sur le champ de bataille, 1 Corinthiens 9:25, 26 ; 2 Timothée 2:3, 4, 6.
Et de même que le fruit de la sainte pratique est la principale preuve de la vérité de la grâce, de même le degré d’influence que les expériences exercent sur la pratique d’une personne est la preuve la plus sûre du degré de ce qui est spirituel et divin dans ses expériences. Quelles que soient les prétentions que l’on puisse avoir à de grandes découvertes, à un grand amour et à de grandes joies, il ne faut en tenir compte que dans la mesure où elles influent sur la pratique. Non qu’il ne faille faire la part du tempérament naturel. Mais cela n’empêche pas que le degré de la grâce se mesure justement au degré de son effet dans la pratique. Car l’effet de la grâce est aussi grand, et le changement aussi remarquable, chez un homme d’un très mauvais tempérament naturel que chez un autre. Bien qu’une personne d’un tel tempérament ne se conduise pas aussi bien qu’une autre avec le même degré de grâce, la différence d’avec ce qu’elle était avant sa conversion peut être aussi grande ; parce qu’une personne d’un bon tempérament naturel ne se conduisait pas si mal avant sa conversion.
J’ai ainsi tâché de représenter les preuves qui établissent que la pratique chrétienne est le principal de tous les signes de la grâce qui sauve. Et, avant de conclure ce discours, je voudrais répondre brièvement à deux objections que certains pourraient peut-être faire contre ce qui a été dit sur ce point.
Objection I. — Certains seront peut-être prêts à dire que cela semble contraire à l’opinion si généralement reçue parmi les gens de bien, selon laquelle ceux qui font profession de piété doivent juger de leur état principalement par leur expérience intérieure, et que les expériences spirituelles sont les principales preuves de la vraie grâce.
Je réponds que c’est sans aucun doute une opinion vraie, et justement fort reçue parmi les gens de bien, que ceux qui font profession de piété doivent juger de leur état principalement par leur expérience. Mais c’est une grande erreur de croire que ce qui a été dit soit en rien contraire à cette opinion. Que le principal signe de la grâce, pour la conscience des chrétiens, soit la pratique chrétienne, au sens qui a été expliqué et selon ce que nous avons montré être la vraie notion de la pratique chrétienne, cela n’est nullement incompatible avec le fait que l’expérience chrétienne soit la principale preuve de la grâce. La pratique chrétienne ou sainte est une pratique spirituelle ; et ce n’est pas le mouvement d’un corps qui ne sait ni comment, ni quand, ni pourquoi il se meut : la pratique spirituelle, chez l’homme, est la pratique d’un esprit et d’un corps conjointement, ou la pratique d’un esprit qui anime, commande et met en mouvement un corps auquel il est uni, et sur lequel le Créateur lui a donné pouvoir. C’est pourquoi l’essentiel, dans cette sainte pratique, c’est l’action sainte de l’esprit, qui dirige et gouverne les mouvements du corps. Et les mouvements du corps ne doivent être regardés comme appartenant à la pratique chrétienne que secondairement, et en tant qu’ils dépendent des actes de l’âme et en découlent. Les exercices de la grâce que les chrétiens trouvent en eux-mêmes, ou dont ils ont conscience en eux-mêmes, sont ce qu’ils éprouvent en eux-mêmes ; c’est donc en cela que réside l’expérience chrétienne ; et cette expérience chrétienne consiste tout autant dans ces exercices agissants de la grâce dans la volonté, qui interviennent immédiatement dans la conduite du corps, que dans d’autres exercices. Ces exercices intérieurs n’en font pas moins partie de l’expérience chrétienne parce qu’une conduite extérieure leur est immédiatement liée. Un acte puissant d’amour envers Dieu n’en fait pas moins partie de l’expérience spirituelle parce que c’est l’acte qui produit et accomplit immédiatement quelque action extérieure, faite au prix du renoncement à soi-même et à grands frais, qui contribue grandement à l’honneur et à la gloire de Dieu.
Parler de l’expérience et de la pratique chrétiennes comme si c’étaient deux choses proprement et entièrement distinctes, c’est faire une distinction sans réflexion ni raison. À vrai dire, toute expérience chrétienne ne s’appelle pas proprement pratique, mais toute pratique chrétienne est proprement expérience. Et la distinction qu’on établit entre elles n’est pas seulement déraisonnable, elle est contraire à l’Écriture. La sainte pratique est une espèce ou une partie de l’expérience chrétienne ; et la raison comme l’Écriture la représentent comme la partie principale, la plus importante et la plus distinctive. C’est ainsi qu’elle est représentée en Jérémie 22:15, 16 : « Ton père ne mangeait-il pas, ne buvait-il pas? Mais il pratiquait la justice et l’équité, Il jugeait la cause du pauvre et de l’indigent — N’est-ce pas là me connaître? Dit l’Éternel. » Notre connaissance intime de Dieu appartient assurément au domaine de la religion expérimentale ; mais cela, Dieu le représente comme consistant principalement dans l’expérience qui se trouve dans la sainte pratique. De même, les exercices de ces grâces que sont l’amour de Dieu et la crainte de Dieu font partie de la religion expérimentale ; mais l’Écriture les représente comme consistant principalement dans la pratique, dans les textes déjà mentionnés : 1 Jean 5:3 : « l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements ». 2 Jean 6 : « l’amour consiste à marcher selon ses commandements ». Psaume 34:12, etc. : « Venez, mes fils… Je vous enseignerai la crainte de l’Éternel. Éloigne-toi du mal, et fais le bien ». Ce sont de telles expériences dont Ézéchias tira principalement sa consolation sur son lit de maladie, lorsqu’il dit : « O Éternel! Souviens-toi que j’ai marché devant ta face avec fidélité et intégrité de cœur ». Et ce sont de telles expériences sur lesquelles le psalmiste insiste principalement, au Psaume 119 et ailleurs.
Ce sont de telles expériences sur lesquelles l’apôtre Paul insiste surtout quand il parle de ses expériences dans ses épîtres ; ainsi Romains 1:9 : « Dieu, que je sers en mon esprit dans l’Évangile de son Fils, m’est témoin ». 2 Corinthiens 1:12 : « Car ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde — avec la grâce de Dieu ». Chapitre 4:13 : « Et, comme nous avons le même esprit de foi qui est exprimé dans cette parole de l’Écriture: J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé! Nous aussi nous croyons, et c’est pour cela que nous parlons ». Chapitre 5:7 : « nous marchons par la foi et non par la vue ». Verset 14 : « l’amour de Christ nous presse ». Chapitre 6:4-7 : « nous nous rendons à tous égards recommandables, comme serviteurs de Dieu, par beaucoup de patience dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes; par la pureté, par la connaissance, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sincère, par la puissance de Dieu ». Galates 2:20 : « J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu ». Philippiens 3:7, 8 : « Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ. Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ ». Colossiens 1:29 : « C’est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi. » 1 Thessaloniciens 2:2 : « nous prîmes de l’assurance en notre Dieu, pour vous annoncer l’Évangile de Dieu, au milieu de bien des combats ». Versets 8, 9, 10 : « nous aurions voulu, dans notre vive affection pour vous, non seulement vous donner l’Évangile de Dieu, mais encore nos propres vies, tant vous nous étiez devenus chers. Vous vous rappelez, frères, notre travail et notre peine: nuit et jour à l’œuvre Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable. » Et ce sont de telles expériences dont ce bienheureux apôtre, au moment d’aller au martyre, tirait principalement sa consolation, en les considérant : 2 Timothée 4:6, 7 : « Car pour moi, je sers déjà de libation, et le moment de mon départ approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. »
Et non seulement la partie la plus importante et la plus distinctive de l’expérience chrétienne réside dans la pratique spirituelle ; mais telle est la nature de cette sorte d’exercices de la grâce en quoi consiste la pratique spirituelle, que rien ne mérite aussi proprement le nom de religion expérimentale. Car l’expérience qui se trouve dans ces exercices de la grâce qui se manifestent et se montrent efficaces au moment même de l’épreuve, lorsque Dieu éprouve à quoi nous nous attacherons effectivement, à Christ ou à nos convoitises, est, comme on l’a déjà montré, l’expérimentation propre de la vérité et de la puissance de notre piété ; c’est là que sa puissance victorieuse et son efficacité à produire son effet propre et à atteindre sa fin se découvrent par l’expérience. C’est là proprement l’expérience chrétienne, en laquelle les saints ont l’occasion de voir, par l’expérience et l’épreuve effectives, s’ils ont ou non un cœur disposé à faire la volonté de Dieu et à abandonner d’autres choses pour Christ. De même qu’on appelle philosophie expérimentale celle qui soumet les opinions et les notions à l’épreuve des faits, de même on appelle proprement religion expérimentale celle qui soumet les affections et les intentions religieuses à une semblable épreuve.
Il existe une sorte de pratique religieuse extérieure, dépourvue de toute expérience intérieure, dont il n’est tenu aucun compte aux yeux de Dieu, mais qui est estimée bonne à rien. Et il y a ce qu’on appelle expérience, qui est sans pratique, n’étant ni accompagnée ni suivie d’une conduite chrétienne ; et cela est pire que rien. Beaucoup de gens semblent avoir des notions très fausses de l’expérience chrétienne, de la lumière et des découvertes spirituelles. Chaque fois qu’une personne trouve en elle un cœur disposé à traiter Dieu en Dieu, au moment même où elle subit l’épreuve, et qu’elle trouve sa disposition efficace dans l’expérimentation, c’est là l’expérience la plus propre et la plus distinctive. Et avoir, en un tel moment, ce sentiment des choses divines, cette appréhension de la vérité, de l’importance et de l’excellence des choses de la religion, qui alors l’emporte, prévaut et gouverne son cœur et ses mains, c’est là la plus excellente lumière spirituelle, et ce sont là les découvertes les plus distinctives. La religion consiste en grande partie dans la sainte affection ; mais les exercices d’affection qui distinguent le mieux la vraie religion sont ces exercices pratiques. L’amitié entre amis terrestres consiste en grande partie dans l’affection ; et pourtant, ces puissants exercices d’affection qui les font effectivement passer l’un pour l’autre par le feu et par l’eau sont les plus hautes preuves d’une vraie amitié.
Il n’y a rien, dans ce qui a été dit, de contraire à ce qu’affirment certains théologiens solides, lorsqu’ils disent qu’il n’y a pas d’autres preuves sûres de la grâce que les actes de la grâce. Car cela n’empêche pas que ces actes agissants et productifs, ces exercices de la grâce qui sont efficaces dans la pratique, ne puissent être les plus hautes preuves, au-dessus de toutes les autres sortes d’actes de la grâce. Cela n’empêche pas non plus que, lorsque beaucoup de ces actes et de ces exercices se succèdent de façon suivie, sous des épreuves diverses de toute espèce, la preuve n’en soit encore renforcée, un acte en confirmant un autre. Un homme qui voit une fois son voisin peut avoir une bonne preuve de sa présence ; mais en le voyant jour après jour et en conversant avec lui de façon suivie, en diverses circonstances, la preuve se trouve affermie. Les disciples, lorsqu’ils virent Christ pour la première fois après sa résurrection, eurent une bonne preuve qu’il était vivant ; mais en conversant avec lui pendant quarante jours, tandis qu’il se montrait à eux vivant par de nombreuses preuves irréfutables, ils en eurent une preuve plus haute encore.8686 « Plus ces exercices visibles de la grâce se renouvellent, plus vous serez certains. Plus souvent ces actes se renouvellent, plus votre assurance sera durable et affermie. Un homme qui a eu l’assurance de tels exercices visibles de la grâce peut, peu après, douter de ne s’être pas trompé. Mais quand de tels actes se renouvellent encore et encore, il devient plus ferme et plus assuré au sujet de son bon état. Si un homme voit une chose une fois, cela le rend sûr ; mais si, par la suite, il craint de s’être trompé, quand il vient à la revoir, il est plus sûr de ne s’être pas trompé. Si un homme lit tels passages dans un livre, il est sûr qu’il en est ainsi. Quelques mois plus tard, certains peuvent lui soutenir avec force qu’il s’est trompé, au point de le lui faire mettre en doute lui-même ; mais quand il regarde et lit de nouveau, il en est abondamment confirmé. Plus la grâce des hommes est multipliée, plus leur paix est multipliée » : 2 Pierre 1:2 : « que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur! » Stoddard, Le moyen de connaître la sincérité et l’hypocrisie.
Le témoignage ou le sceau de l’Esprit dont nous lisons qu’il est parlé consiste sans doute dans l’effet de l’Esprit de Dieu sur le cœur, dans l’implantation et les exercices de la grâce en ce cœur, et consiste ainsi dans l’expérience. Il est également hors de doute que ce sceau de l’Esprit est la plus haute espèce de preuve de leur adoption que les saints obtiennent jamais. Mais c’est dans ces exercices de la grâce dans la pratique, dont nous avons parlé, que Dieu rend témoignage et appose son sceau de la manière la plus éclatante, la plus éminente et la plus évidente. L’expérience de l’Église chrétienne a abondamment montré qu’il est vrai, en fait, que Christ donne d’ordinaire à ses saints, par son Esprit, les preuves les plus grandes et les plus joyeuses de leur filiation dans ces exercices efficaces de la grâce sous l’épreuve dont nous avons parlé ; comme le montrent la pleine assurance et les joies ineffables de beaucoup de martyrs. Ce qui s’accorde avec 1 Pierre 4:14 : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. » Et avec ce passage de Romains 5:2, 3 : « nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu. Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions ». Et cela s’accorde avec ce que l’apôtre Paul déclare souvent de ce qu’il éprouva dans ses épreuves. Et lorsque l’apôtre Pierre, dans mon texte, parle de la joie ineffable et glorieuse qu’éprouvaient les chrétiens auxquels il écrivait, il a en vue ce qu’ils trouvèrent dans la persécution, comme il ressort du contexte. Cette manière dont Christ se manifeste comme l’ami et le sauveur de ses saints qui s’attachent à lui dans les épreuves semble avoir été représentée autrefois par sa venue et sa manifestation auprès de Schadrac, Méschac et Abed-Nego, dans la fournaise. Et lorsque l’apôtre parle du témoignage de l’Esprit, en Romains 8:15, 16, 17, il a plus directement en vue ce qu’éprouvaient les chrétiens dans leurs exercices d’amour envers Dieu, en souffrant la persécution, comme il ressort clairement du contexte. Dans les versets précédents, il encourage les chrétiens de Rome dans leurs souffrances : bien que leur corps soit mort à cause du péché, ils seront pourtant ressuscités à la vie. Mais cela ressort plus clairement encore du verset qui suit immédiatement, le verset 18 : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » Ainsi l’apôtre a évidemment en vue leurs persécutions dans tout ce qu’il dit jusqu’à la fin du chapitre. De même, lorsque l’apôtre parle des arrhes de l’Esprit que Dieu lui avait données, en 2 Corinthiens 5:5, le contexte montre clairement qu’il a en vue ce qui lui fut donné dans ses grandes épreuves et ses grandes souffrances. Et dans la promesse du caillou blanc et du nom nouveau faite à celui qui vaincra, Apocalypse 2:17, il est évident que Christ a particulièrement en vue un bienfait que les chrétiens devaient obtenir en remportant la victoire dans l’épreuve qu’ils traversaient en ce temps de persécution. C’est ce qui ressort du verset 13, et de beaucoup d’autres passages de cette épître aux sept Églises d’Asie.
Objection II. — Certains pourraient aussi être prêts à objecter, contre ce qui a été dit de la pratique chrétienne comme principale preuve de la vérité de la grâce, que c’est là une doctrine légale ; que donner à la pratique une si grande importance en religion, c’est magnifier les œuvres, et tend à porter les hommes à faire trop de cas de leurs propres actions, au détriment de la gloire de la grâce gratuite, et ne paraît guère s’accorder avec la grande doctrine évangélique de la justification par la foi seule.
Mais cette objection est entièrement dénuée de raison. En quoi est-il incompatible avec la gratuité de la grâce de Dieu que la sainte pratique soit un signe de la grâce de Dieu ? Ce qui est incompatible avec la gratuité de cette faveur, c’est que nos œuvres soient le prix de la faveur de Dieu, et non qu’elles en soient le signe. Assurément, que le mendiant regarde l’argent qu’il tient dans ses mains comme un signe de la bonté de celui qui le lui a donné, cela n’est en rien incompatible avec la gratuité de cette bonté. Ce qui est incompatible avec la bonté gratuite du donateur, c’est que le mendiant ait cet argent dans ses mains comme le prix d’un bienfait. La notion de la gratuité de la grâce de Dieu envers les pécheurs, telle qu’elle est révélée et enseignée dans l’Évangile, n’est pas qu’aucune qualité ni aucune action sainte et aimable en nous ne puisse être un fruit, et donc un signe, de cette grâce ; mais que ce n’est pas la dignité ou l’amabilité d’aucune de nos qualités ou de nos actions qui nous recommande à cette grâce ; que la bonté est témoignée à ceux qui sont indignes et sans attrait ; qu’il y a une grande excellence dans le bienfait accordé, et aucune excellence dans le sujet qui en serait le prix ; que la bonté sort et découle de la plénitude de la nature de Dieu, de la plénitude de la source de tout bien, sans qu’aucune amabilité dans l’objet l’y attire. Et telle est la notion de la justification sans les œuvres (selon que cette doctrine est enseignée dans l’Écriture) : ce n’est pas la dignité ou l’amabilité de nos œuvres, ni de quoi que ce soit en nous, qui est en aucune façon acceptée de Dieu comme un contrepoids à la culpabilité du péché, ou comme une recommandation des pécheurs à être acceptés par lui comme héritiers de la vie. Ainsi nous sommes justifiés uniquement par la justice de Christ, et non par notre justice. Et lorsque, en cette affaire, on oppose les œuvres à la foi, et qu’on dit que nous sommes justifiés par la foi et non par les œuvres, on veut dire par là que ce n’est pas la dignité ou l’amabilité de nos œuvres, ni de quoi que ce soit en nous, qui nous recommande pour avoir part à Christ et à ses bienfaits ; mais que nous n’avons cette part que par la foi, c’est-à-dire par l’acte de notre âme qui reçoit Christ, ou qui s’attache à lui et s’unit à lui. Mais que la dignité ou l’amabilité de rien en nous ne nous recommande et ne nous amène à avoir part à Christ, ce n’est nullement une preuve que rien en nous ne soit un signe de cette part à Christ.
Si les doctrines de la grâce gratuite et de la justification par la foi seule sont incompatibles avec l’importance de la sainte pratique comme signe de la grâce, alors elles sont également incompatibles avec l’importance de quoi que ce soit en nous comme signe de la grâce, de toute sainteté, de toute grâce qui est en nous, ou de toutes nos expériences religieuses ; car il est aussi contraire aux doctrines de la grâce gratuite et de la justification par la foi seule que l’une de ces choses soit la justice par laquelle nous sommes justifiés, qu’il le serait que la sainte pratique le fût. Il en est des œuvres saintes comme des qualités saintes : il est incompatible avec la gratuité de la grâce de l’Évangile qu’un titre au salut soit donné aux hommes en raison de l’amabilité de l’une quelconque de leurs qualités saintes, tout autant qu’en raison de la sainteté de leurs œuvres. Il est incompatible avec la doctrine évangélique de la grâce gratuite qu’une part à Christ et à ses bienfaits soit accordée en raison de l’amabilité de la vraie sainteté d’un homme, de l’amabilité de son cœur renouvelé, sanctifié, céleste, de son amour envers Dieu et de sa ressemblance avec Dieu, ou de son expérience de la joie dans le Saint-Esprit, du dépouillement de soi, d’un esprit qui élève Christ au-dessus de tout et lui rend toute gloire, et d’un cœur qui lui est consacré ; je dis qu’il est incompatible avec la doctrine évangélique de la grâce gratuite qu’un titre aux bienfaits de Christ soit accordé par égard pour l’amabilité de l’une quelconque de ces choses, ou que l’une d’elles soit notre justice dans l’affaire de la justification. Et pourtant cela n’ôte rien à l’importance de ces choses comme preuves d’une part à Christ. Il en est exactement de même pour les actions et les œuvres saintes. Faire peu de cas des œuvres parce que nous ne sommes pas justifiés par les œuvres revient en effet à faire peu de cas de toute religion, de toute grâce et de toute sainteté, bien plus, de la vraie sainteté évangélique, et de toute expérience de la grâce ; car tout cela est compris lorsque l’Écriture dit que nous ne sommes pas justifiés par les œuvres : par les œuvres, en ce cas, il faut entendre toute notre propre justice, notre religion ou notre sainteté, et tout ce qui est en nous, tout le bien que nous faisons, et tout le bien dont nous avons conscience, tous les actes extérieurs, et tous les actes et exercices intérieurs de la grâce, et toutes les expériences, et toutes ces choses saintes et célestes en lesquelles consistent la vie, la puissance et l’essence même de la religion, toutes ces grandes choses sur lesquelles Christ et ses apôtres insistèrent principalement dans leur prédication, et qu’ils s’efforcèrent de promouvoir comme étant de la plus haute conséquence dans le cœur et dans la vie des hommes, et toutes les bonnes dispositions, tous les bons exercices et toutes les bonnes qualités, de quelque espèce que ce soit ; et même la foi elle-même, considérée comme une partie de notre sainteté. Car nous ne sommes justifiés par aucune de ces choses ; et si nous l’étions, nous serions, au sens de l’Écriture, justifiés par les œuvres. C’est pourquoi, s’il n’est pas légal, ni contraire à la doctrine évangélique de la justification sans les œuvres, d’insister sur l’une quelconque de ces choses comme ayant une grande importance en tant que preuves d’une part à Christ, il ne l’est pas davantage d’insister ainsi sur l’importance de la sainte pratique. Il serait légal de supposer que la sainte pratique justifie en nous procurant un titre aux bienfaits de Christ, comme en étant le prix, ou en nous y recommandant par sa valeur ou son excellence ; mais il n’est pas légal de supposer que la sainte pratique justifie la sincérité d’un croyant, comme en étant la preuve propre. L’apôtre Jacques ne jugea pas légal de dire qu’Abraham notre père fut justifié par les œuvres en ce sens-là. L’Esprit qui a inspiré l’Écriture n’a pas jugé que la grande importance et l’absolue nécessité de la sainte pratique, à cet égard, fussent incompatibles avec la gratuité de la grâce ; car il les enseigne communément toutes deux ensemble ; ainsi en Apocalypse 21:6, 7, Dieu dit : « A celui qui a soif je donnerai de la source de l’eau de la vie, gratuitement. » ; puis il ajoute, dans les paroles qui suivent immédiatement : « Celui qui vaincra héritera ces choses ». Comme si bien se conduire dans la course et le combat chrétiens était la condition de la promesse. De même, au chapitre suivant, aux versets 14 et 15, Christ dit : « Heureux ceux qui pratiquent ses commandements, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville! » ; puis il déclare, au verset 15, que « ceux qui ont une conduite méchante » seront exclus ; et pourtant, dans les deux versets qui suivent, il adresse à tous, avec une très grande solennité, l’invitation de venir prendre de l’eau de la vie gratuitement : « Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin. Et l’Esprit et l’épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. » De même au chapitre 3:20, 21 : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » Mais il est ajouté, dans les paroles qui suivent : « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône ». Et dans cette grande invitation de Christ, à la fin de Matthieu 11 : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. », Christ ajoute dans les paroles qui suivent : « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. » — comme si se charger du fardeau du service de Christ et imiter son exemple étaient nécessaires pour obtenir le repos promis. De même, dans cette grande invitation adressée aux pécheurs d’accepter la grâce gratuite, Ésaïe 55 : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! » — là même, dans la suite de la même invitation, l’abandon par le pécheur de sa conduite méchante est présenté comme nécessaire pour obtenir miséricorde : verset 7 : « Que le méchant abandonne sa voie, Et l’homme d’iniquité ses pensées; Qu’il retourne à l’Éternel, qui aura pitié de lui, A notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner. » Ainsi les richesses de la grâce divine, dans la justification des pécheurs, sont exposées en même temps que la nécessité de la sainte pratique, Ésaïe 1:16, etc. : « Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l’opprimé; Faites droit à l’orphelin, Défendez la veuve. Venez et plaidons! Dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. »
Et dans cette invitation très solennelle de la sagesse, Proverbes 9, après qu’il a été représenté quelle grande provision est faite, et comment toutes choses étaient prêtes — la maison bâtie, les bêtes tuées, le vin mêlé, la table dressée, et les messagers envoyés pour inviter les convives —, nous avons alors l’invitation gratuite, versets 4, 5, 6 : « Que celui qui est stupide entre ici! Elle dit à ceux qui sont dépourvus de sens (c’est-à-dire qui n’ont point de justice) : Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j’ai mêlé ». Mais aussitôt après, il est dit : « Quittez la stupidité, et vous vivrez, Et marchez dans la voie de l’intelligence! » — comme si abandonner le péché et marcher dans la voie de la sainteté étaient nécessaires pour obtenir la vie. De sorte que la gratuité de la grâce et la nécessité de la sainte pratique, qui sont ainsi, à maintes reprises, unies dans l’Écriture, ne sont pas incompatibles l’une avec l’autre. Et cela ne diminue en rien l’honneur et l’importance de la foi, que les exercices et les effets de la foi dans la pratique soient tenus pour ses principaux signes ; pas plus que cela ne diminue l’importance de la vie, que l’action et le mouvement soient tenus pour ses principaux signes.
De sorte que, dans ce qui a été dit de l’importance de la sainte pratique comme principal signe de la sincérité, il n’y a rien de légal, rien qui porte atteinte à la liberté et à la souveraineté de la grâce de l’Évangile, rien qui heurte le moins du monde la doctrine évangélique de la justification par la foi seule, sans les œuvres de la loi, rien qui tende le moins du monde à diminuer la gloire du Médiateur et notre dépendance à l’égard de sa justice, rien qui empiète sur les prérogatives particulières de la foi dans l’affaire de notre salut, rien qui retranche en aucune manière à la gloire de Dieu et de sa miséricorde, ou qui exalte l’homme, ou qui diminue sa dépendance et son obligation. Si donc quelques-uns s’opposent à une importance de la sainte pratique telle que celle dont nous avons parlé, ce ne peut être que par une aversion insensée pour les lettres et le son du mot œuvres, alors qu’il n’y a au monde aucune raison à en donner qu’on ne puisse donner avec une force égale pour qu’ils aient de l’aversion pour les mots sainteté, piété, grâce, religion, expérience, et même foi ; car faire une justice de l’une quelconque de ces choses est aussi légal, et aussi incompatible avec la voie de la nouvelle alliance, que de faire une justice de la sainte pratique.
C’est un grand dommage pour la religion que des gens fassent peu de cas de ce sur quoi l’Écriture insiste le plus, comme étant de la plus haute importance pour la preuve de notre part à Christ, et y insistent peu, sous prétexte que mettre du poids sur ces choses est légal, et une manière propre à l’ancienne alliance ; et qu’ainsi ils négligent les exercices et les opérations efficaces de la grâce dans la pratique, pour insister presque uniquement sur les découvertes, et sur la méthode et la manière des exercices immanents de la conscience et de la grâce dans la contemplation, se fiant à une aptitude à faire de subtiles distinctions en ces matières, et à une faculté de discernement exact qu’ils tirent de la philosophie ou de l’expérience. C’est en vain que l’on cherche des signes meilleurs, ou allant plus loin, que ceux que les Écritures ont mentionnés le plus expressément et sur lesquels elles ont insisté le plus souvent comme signes de la piété. Ceux qui prétendent à une plus grande exactitude dans les signes qu’ils donnent, ou qui, par leur expérience extraordinaire ou leur pénétration de la nature des choses, prétendent donner des marques plus distinctives, qui sonderont et démasqueront plus à fond l’hypocrite, ne sont subtils que pour obscurcir leur propre esprit et celui des autres ; leurs raffinements et leurs fins discernements ne sont, aux yeux de Dieu, qu’une folie raffinée et une illusion sagace. Ici s’appliquent ces paroles d’Agur, Proverbes 30:5, 6 : « Toute parole de Dieu est éprouvée. Il est un bouclier pour ceux qui cherchent en lui un refuge. N’ajoute rien à ses paroles, De peur qu’il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur. » Notre discernement, à l’égard du cœur des hommes, ne mérite guère qu’on s’y fie. Nous ne voyons qu’à une faible distance dans la nature de l’âme et dans les profondeurs du cœur de l’homme. Les voies par lesquelles les affections des hommes peuvent être émues sans aucune influence surnaturelle sont si nombreuses, les ressorts naturels des affections si variés et si secrets, tant de choses exercent souvent une influence conjointe sur les affections — l’imagination, et cela de façons innombrables et insondables, le tempérament naturel, l’éducation, les influences communes de l’Esprit de Dieu, un concours surprenant de circonstances émouvantes, une coïncidence extraordinaire de choses dans le cours des pensées des hommes, sans compter la subtile manœuvre d’esprits malins invisibles —, qu’aucune philosophie ni aucune expérience ne suffira jamais à nous guider sûrement à travers ce labyrinthe et ce dédale, si nous ne suivons de près le fil que Dieu nous a donné dans sa parole. Dieu connaît ses propres raisons d’insister sur certaines choses et de les présenter clairement, plutôt que d’autres, comme celles par lesquelles nous devons nous éprouver nous-mêmes. C’est peut-être parce qu’il sait que ces choses comportent moins de perplexité, et que nous sommes moins exposés à être trompés par elles que par d’autres. Il connaît mieux que personne notre nature ; il connaît la nature et la manière de ses propres opérations ; il connaît mieux que personne la voie de notre sûreté ; il sait quelle part il faut faire aux différents états de son Église, aux différents tempéraments des personnes particulières, et aux variétés dans la manière de ses propres opérations, jusqu’à quel point la nature peut ressembler à la grâce, et jusqu’à quel point la nature peut être mêlée à la grâce, quelles affections peuvent naître de l’imagination, et jusqu’à quel point l’imagination peut être mêlée à l’illumination spirituelle. C’est pourquoi notre sagesse est de ne pas prendre son œuvre hors de ses mains, mais de le suivre, et de faire porter le poids du jugement que nous portons sur nous-mêmes là où il nous l’a prescrit. Si nous faisons autrement, il n’est pas étonnant que nous soyons égarés, confondus et funestement trompés. Mais si nous avions pris l’habitude de considérer principalement les choses sur lesquelles Christ, ses apôtres et ses prophètes ont principalement insisté, et ainsi, en jugeant de nous-mêmes et des autres, d’avoir principalement égard aux exercices et aux effets pratiques de la grâce, sans négliger les autres choses, il en résulterait de multiples et heureuses conséquences : cela tendrait par-dessus tout à convaincre les hypocrites abusés, et à prévenir l’illusion de ceux dont le cœur n’a jamais été amené à se soumettre entièrement à la voie étroite et resserrée qui mène à la vie ; cela tendrait à nous délivrer d’innombrables perplexités, nées des divers systèmes incompatibles qui ont cours sur les méthodes et les étapes de l’expérience ; cela tendrait grandement à empêcher que ceux qui font profession de piété ne négligent la rigueur de la vie, et à favoriser leur zèle et leur ardeur dans leur marche chrétienne ; et il deviendrait à la mode, pour les hommes, de montrer leur christianisme bien plus par une conduite aimable et distinguée que par une déclaration abondante et excessive de leurs expériences ; et nous prendrions l’habitude de paraître vivants en religion bien plutôt en étant vivants dans le service de Dieu et de notre génération que par la vivacité et l’empressement de notre langue, et en nous faisant une affaire de proclamer sur les toits, de notre bouche, les actes et exercices saints et éminents de notre propre cœur ; et les chrétiens qui sont amis intimes parleraient ensemble de leurs expériences et de leurs consolations d’une manière qui conviendrait mieux à l’humilité et à la modestie chrétiennes, et qui serait plus profitable à chacun : leur langue ne courant pas devant leurs mains et leurs pieds, mais allant plutôt derrière eux, selon l’exemple prudent du bienheureux apôtre, 2 Corinthiens 12:6 ; et beaucoup d’occasions d’orgueil spirituel seraient retranchées, et ainsi une grande porte serait fermée au diable ; et un grand nombre des principales pierres d’achoppement qui s’opposent à la religion expérimentale et puissante seraient ôtées ; et la religion serait déclarée et manifestée de telle manière qu’au lieu d’endurcir les spectateurs et de favoriser extrêmement l’incrédulité et l’athéisme, elle tendrait par-dessus tout à convaincre les hommes qu’il y a une réalité dans la religion, à les réveiller puissamment et à les gagner, en convainquant leur conscience de l’importance et de l’excellence de la religion. Ainsi la lumière de ceux qui font profession de piété luirait de telle sorte devant les hommes que d’autres, voyant leurs bonnes œuvres, glorifieraient leur Père qui est dans les cieux.
Chapitre 26 terminé
XII. Les affections saintes et produites par la grâce ont leur exercice et leur fruit dans la pratique chrétienne