Chapitre 4 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
Des hommes qui priaient avec un dessein
La puissance de la prière a dompté la force du feu ; elle a mis un frein à la rage des lions, apaisé l’anarchie, éteint les guerres, calmé les éléments, chassé les démons, rompu les chaînes de la mort, élargi les portes du ciel, soulagé les maladies, déjoué les fraudes, sauvé des villes de la destruction, arrêté le soleil dans sa course et suspendu la marche de la foudre. La prière est une armure qui suffit à tout, un trésor qui ne diminue pas, une mine qui ne s’épuise jamais, un ciel que nul nuage n’obscurcit, un firmament que nulle tempête ne trouble. Elle est la racine, la source, la mère de mille bénédictions.—Jean Chrysostome
Les prières des saints hommes apaisent la colère de Dieu, chassent les tentations, résistent au diable et le vainquent, procurent le ministère et le service des anges, révoquent les décrets de Dieu. La prière guérit la maladie et obtient le pardon ; elle arrête le soleil dans sa course et retient les roues du char de la lune ; elle règne sur tous les dieux, ouvre et ferme les réservoirs de la pluie, elle ouvre le sein maternel et éteint la violence du feu ; elle ferme la gueule des lions et rend nos facultés souffrantes et faibles capables de soutenir la violence du tourment et la violence de la persécution ; elle plaît à Dieu et pourvoit à tous nos besoins.—Jeremy Taylor
La prière accomplit plus de choses Que ce monde n’en rêve. C’est pourquoi,
que ta voix
S’élève pour moi comme une fontaine, nuit et jour.
Car que valent les hommes de plus que les brebis ou les chèvres
Qui nourrissent une vie aveugle dans leur cerveau,
Si, connaissant Dieu, ils ne lèvent pas des mains suppliantes
Pour eux-mêmes et pour ceux qui les nomment amis ?
Car ainsi la terre entière, de toutes parts,
Est liée par des chaînes d’or aux pieds de Dieu.—Tennyson
La prière parfaite n’est qu’un autre nom de l’amour.—Fénelon
On disait du regretté C. H. Spurgeon qu’il passait du rire à la prière avec le naturel de quelqu’un qui vivait dans les deux éléments. Chez lui, l’habitude de la prière était libre et sans entraves. Sa vie n’était pas divisée en compartiments, cloisonnés les uns des autres par une exclusion rigide qui interdisait toute communication. Il vivait dans une communion constante avec son Père céleste. Il était toujours en contact avec Dieu, et ainsi il lui était aussi naturel de prier que de respirer.
« Quel beau moment nous avons passé ; remercions-en Dieu », dit-il un jour à un ami, alors que, sous le ciel bleu et baignés d’un glorieux soleil, ils avaient savouré un jour de congé avec l’enthousiasme débridé d’écoliers. La prière lui montait aux lèvres aussi spontanément que la parole ordinaire, et il n’y avait jamais la moindre incongruité à le voir s’approcher du trône divin au sortir de n’importe quelle scène à laquelle il pouvait prendre part.
Telle est l’attitude à l’égard de la prière qui devrait marquer tout enfant de Dieu. Il y a, et il doit y avoir, des moments fixés de communion avec Dieu où, tout le reste étant exclu, nous entrons en sa présence pour lui parler et pour le laisser nous parler ; et de ces moments naît cette belle habitude de la prière qui tisse un lien d’or entre la terre et le ciel. Sans ces moments fixés, l’habitude de la prière ne peut jamais se former ; sans eux, la vie spirituelle n’a pas de nourriture. Par eux, l’âme est élevée dans une atmosphère nouvelle — l’atmosphère de la cité céleste, où il est facile d’ouvrir son cœur à Dieu et de lui parler comme un ami parle à son ami.
Ainsi, en toute circonstance de la vie, la prière est l’épanchement le plus naturel de l’âme, le libre retour vers Dieu pour y trouver communion et direction. Dans la tristesse ou dans la joie, dans la défaite ou dans la victoire, dans la santé ou dans la faiblesse, dans le malheur ou dans le succès, le cœur s’élance à la rencontre de Dieu comme un enfant court dans les bras de sa mère, toujours sûr de trouver auprès d’elle la tendresse qui répond à tous ses besoins.
Le Dr Adam Clarke rapporte dans son autobiographie que, lorsque M. Wesley revenait en Angleterre par bateau, des vents contraires causèrent un retard considérable. Wesley lisait, lorsqu’il s’aperçut d’une certaine agitation à bord ; ayant demandé ce qui se passait, il apprit que le vent était contraire. « Alors, répondit-il, mettons-nous en prière. »
Après que le Dr Clarke eut prié, Wesley éclata en une supplication fervente qui semblait être davantage l’offrande de la foi que celle d’un simple désir. « Dieu tout-puissant et éternel, pria-t-il, tu règnes partout, et toutes choses servent le dessein de ta volonté. Tu tiens les vents dans tes poings, tu sièges au-dessus des grandes eaux, et tu règnes en Roi pour toujours. Commande à ces vents et à ces vagues de t’obéir, et conduis-nous promptement et sûrement au port où nous voulons aller. »
La puissance de cette requête fut ressentie par tous. Wesley se releva, ne fit aucune remarque, mais reprit son livre et continua sa lecture. Le Dr Clarke monta sur le pont et, à sa surprise, trouva le navire toutes voiles dehors, faisant route dans la bonne direction. Et il ne changea plus de cap jusqu’à ce qu’il fût à l’ancre, en sécurité. Sur ce changement de vent soudain et favorable, Wesley ne fit aucune remarque ; il s’attendait si pleinement à être exaucé qu’il tenait pour acquis qu’il était exaucé.
C’était là une prière avec un dessein — l’expression précise et directe de quelqu’un qui savait qu’il avait l’oreille de Dieu, et que Dieu avait la volonté aussi bien que le pouvoir d’accorder la requête qu’il lui présentait.
Le major D. W. Whittle, dans une introduction aux merveilles de la prière, dit de George Müller, de Bristol : « J’ai rencontré M. Müller au bureau des messageries, le matin de notre départ de Québec pour Liverpool. Environ une demi-heure avant que le transbordeur ne doive conduire les passagers au navire, il demanda à l’agent si une chaise longue de pont était arrivée pour lui de New York. On lui répondit : “Non”, et on lui dit qu’elle ne pourrait en aucun cas arriver à temps pour le vapeur. J’avais avec moi une chaise que je venais d’acheter ; je parlai à M. Müller du magasin tout proche et lui suggérai, puisqu’il ne restait que quelques instants, d’en acheter une sans tarder. Il me répondit : “Non, mon frère. Notre Père céleste enverra la chaise de New York. C’est celle dont se sert Mme Müller. J’ai écrit il y a dix jours à un frère, qui a promis de veiller à ce qu’elle soit expédiée ici la semaine dernière. Il n’a pas été aussi diligent que je l’aurais souhaité, mais je suis sûr que notre Père céleste enverra la chaise. Mme Müller souffre beaucoup du mal de mer, et elle a particulièrement désiré avoir cette chaise-là ; ne l’ayant pas trouvée ici hier, nous avons prié spécialement pour que notre Père céleste veuille bien nous la procurer, et nous nous confierons en lui pour qu’il le fasse.” Tandis que ce cher homme de Dieu montait paisiblement à bord, au risque de voir Mme Müller faire la traversée sans chaise, alors que pour quelques dollars on aurait pu l’en pourvoir, j’avoue que je craignais que M. Müller ne poussât trop loin ses principes de foi et n’agît pas avec sagesse. Je fus retenu au bureau des messageries dix minutes après le départ de M. Müller. Au moment même où je partais en hâte vers le quai, un attelage remonta la rue et, au sommet d’un chargement tout juste arrivé de New York, se trouvait la chaise de M. Müller. On l’envoya aussitôt au transbordeur, et on la remit entre mes mains pour que je la porte à M. Müller, juste au moment où le bateau quittait le quai (le Seigneur avait une leçon pour moi). M. Müller la prit avec l’expression heureuse et ravie d’un enfant qui vient de recevoir une bonté profondément appréciée ; puis, ôtant respectueusement son chapeau et joignant les mains par-dessus, il remercia le Père céleste d’avoir envoyé la chaise. »
L’un des correspondants de Mélanchthon écrit au sujet de la prière de Luther : « Je ne puis assez admirer l’extraordinaire gaieté, la constance, la foi et l’espérance de cet homme en ces temps éprouvants et pénibles. Il nourrit constamment ces dispositions que donne la grâce par une étude très assidue de la Parole de Dieu. Puis il ne se passe pas un jour qu’il ne consacre à la prière au moins trois de ses meilleures heures. Un jour, il m’arriva de l’entendre prier. Dieu de grâce ! Quel esprit et quelle foi dans ses paroles ! Il implore Dieu avec autant de révérence que s’il se trouvait en la présence divine, et pourtant avec une espérance et une confiance aussi fermes que s’il s’adressait à un père ou à un ami. “Je sais, disait-il, que tu es notre Père et notre Dieu ; c’est pourquoi je suis sûr que tu réduiras à néant les persécuteurs de tes enfants. Car si tu manquais de le faire, ta propre cause, étant liée à la nôtre, serait en péril. C’est entièrement ton affaire. Nous, par ta providence, avons été contraints d’y prendre part. Tu seras donc notre défense.” Tandis que j’écoutais de loin Luther prier ainsi, mon âme semblait brûler en moi, d’entendre cet homme s’adresser à Dieu si familièrement, comme à un ami, et pourtant avec tant de gravité et de révérence ; et de l’entendre aussi, au cours de sa prière, insister sur les promesses contenues dans les Psaumes, comme s’il était sûr que ses requêtes seraient exaucées. »
Au sujet de William Bramwell, prédicateur méthodiste renommé en Angleterre, admirable par son zèle et par sa prière, un sergent-major rapporte ce qui suit : « En juillet 1811, notre régiment reçut l’ordre de partir pour l’Espagne, alors théâtre d’une guerre longue et sanglante. Mon esprit était douloureusement tourmenté à la pensée de laisser ma chère femme et mes quatre enfants sans défense dans un pays étranger, sans protection et sans ressources. M. Bramwell prit un vif intérêt à notre situation, et son esprit compatissant semblait s’imprégner de tous les sentiments d’angoisse de ma tendre épouse. Il implorait jour et nuit le trône de la grâce en notre faveur. Ma femme et moi passâmes la soirée qui précédait notre départ chez un ami, en compagnie de M. Bramwell, qui resta assis, très pensif, et parut tout le temps engagé dans une lutte spirituelle. Après le souper, il retira soudain sa main de son sein, la posa sur mon genou et dit : “Frère Riley, retenez bien ce que je vais vous dire ! Vous n’irez pas en Espagne. Souvenez-vous de ce que je vous dis : vous n’irez pas ; car j’ai lutté avec Dieu pour vous, et quand mon Père céleste daigne, dans sa miséricorde, me bénir en me donnant la force de le saisir lui-même, je ne le laisse pas aller facilement ; non, pas avant d’avoir obtenu une réponse. Vous pouvez donc compter que, la prochaine fois que j’aurai de vos nouvelles, vous serez installé dans vos quartiers.” Cela arriva exactement comme il l’avait dit. Le lendemain, l’ordre de départ pour l’Espagne fut annulé. »
Ces hommes priaient avec un dessein. Pour eux, Dieu n’était pas lointain, dans quelque région inaccessible, mais tout proche, toujours prêt à écouter l’appel de ses enfants. Il n’y avait entre eux aucune barrière. Ils vivaient dans une parfaite intimité, si l’on peut employer une telle expression à propos de l’homme et de son Créateur. Aucun nuage ne voilait la face du Père à son enfant confiant, qui pouvait lever les yeux vers le visage divin et répandre les désirs de son cœur. Et tel est le genre de prière que Dieu ne manque jamais d’entendre. Il sait qu’elle vient d’un cœur uni au sien, de quelqu’un qui s’est entièrement livré au plan céleste ; aussi incline-t-il son oreille et donne-t-il à l’enfant qui le supplie l’assurance que sa requête a été entendue et exaucée.
N’avons-nous pas tous fait une expérience semblable, lorsque, avec un dessein ferme et inébranlable, nous nous sommes approchés de la face de notre Père ? Dans l’angoisse de notre âme, nous avons cherché refuge contre l’oppression du monde dans l’antichambre du ciel ; les vagues du désespoir semblaient menacer de nous engloutir, et comme aucune issue n’apparaissait nulle part, nous nous sommes rejetés, comme les disciples d’autrefois, sur la puissance de notre Seigneur, lui criant de nous sauver, de peur que nous ne périssions. Et alors, en un clin d’œil, la chose fut faite. Les flots s’apaisèrent ; le vent hurlant tomba sur l’ordre divin ; l’angoisse de l’âme fit place à une paix reposante, tandis que dans tout notre être se glissait la conscience de la présence divine, apportant avec elle l’assurance de la prière exaucée et d’une douce délivrance.
« Je dis au Seigneur mes peines et mes difficultés, et j’attends qu’il me donne les réponses », dit un homme de Dieu. « Et c’est merveilleux de voir comment une question qui paraissait très obscure devient, dans la prière, claire comme le cristal, avec l’aide de l’Esprit de Dieu. Je pense que les chrétiens manquent si souvent d’obtenir des réponses à leurs prières parce qu’ils ne s’attendent pas assez longtemps à Dieu. Ils s’agenouillent un instant, disent quelques mots, puis se relèvent d’un bond, oublient tout et comptent que Dieu leur réponde. Une telle prière me fait toujours penser au petit garçon qui sonne à la porte de son voisin, puis s’enfuit aussi vite qu’il le peut. »
Quand nous prenons l’habitude de la prière, nous entrons dans une atmosphère nouvelle. « Espérez-vous aller au ciel ? » demandait-on à un Écossais pieux. « Mais, mon ami, j’y habite », fut la réponse, pittoresque et inattendue. C’était là l’énoncé frappant d’une grande vérité, car tout le chemin vers le ciel est déjà le ciel commencé pour le chrétien qui marche assez près de Dieu pour entendre les secrets qu’il veut lui confier.
Cette attitude est admirablement illustrée par une histoire d’Horace Bushnell, racontée par le Dr Parkes Cadman. On découvrit que Bushnell souffrait d’une maladie incurable. Un soir, le pasteur Joseph Twichell lui rendit visite et, tandis qu’ils étaient assis ensemble sous le ciel étoilé, Bushnell dit : « L’un de nous devrait prier. » Twichell demanda à Bushnell de le faire, et Bushnell commença sa prière ; le visage enfoui contre la terre, il répandit son cœur, si bien que, raconta Twichell en évoquant la scène, « j’avais peur d’étendre la main dans l’obscurité, de crainte de toucher Dieu ».
Avoir ainsi Dieu tout proche, c’est entrer dans le lieu très saint — respirer le parfum de l’air céleste, marcher dans les délicieux jardins d’Éden. Rien d’autre que la prière ne peut amener Dieu et l’homme à cette heureuse communion. Ce fut l’expérience de Samuel Rutherford, comme c’est l’expérience de quiconque franchit la même porte. Lorsque ce saint de Dieu fut un temps emprisonné pour cause de conscience, il jouit à un degré rare de la compagnie divine, notant dans son journal que Jésus était entré dans sa cellule, et qu’à sa venue « chaque pierre étincelait comme un rubis ».
Beaucoup d’autres ont rendu témoignage de cette même douce communion, lorsque la prière était devenue l’unique habitude de leur vie, celle qui comptait pour eux plus que toute autre chose. David Livingstone vivait dans le domaine de la prière et en connaissait l’influence bienfaisante. Il avait coutume, à chaque anniversaire, d’écrire une prière, et à l’avant-dernier de tous ses anniversaires, voici quelle fut sa prière : « Ô toi qui es divin, je ne t’ai pas aimé assez ardemment, assez profondément, assez sincèrement. Accorde-moi, je t’en prie, d’avoir achevé ma tâche avant la fin de cette année. » C’est au seuil même de l’année suivante que ses fidèles compagnons, regardant dans la hutte d’Ilala tandis que la pluie dégouttait des avant-toits, virent leur maître à genoux près de son lit, dans l’attitude de la prière. Il était mort à genoux, en prière.
Stonewall Jackson était un homme de prière. Il disait : « J’ai si bien ancré cette habitude dans mon esprit que je ne porte jamais un verre d’eau à mes lèvres sans demander la bénédiction de Dieu, que je ne cachette jamais une lettre sans glisser un mot de prière sous le cachet, que je ne retire jamais une lettre de la poste sans envoyer brièvement mes pensées vers le ciel, que je ne change jamais de classe dans l’amphithéâtre sans une minute de requête pour les cadets qui sortent et pour ceux qui entrent. »
James Gilmour, le missionnaire pionnier de la Mongolie, était un homme de prière. Il avait pour habitude, lorsqu’il écrivait, de ne jamais se servir de buvard. Il s’était fait une règle, arrivé au bas d’une page, d’attendre que l’encre sèche et de passer ce temps en prière.
De cette manière, tout leur être était imprégné du divin, et ils devenaient le reflet du parfum et de la gloire du ciel. En marchant avec Dieu le long des allées de la prière, nous acquérons quelque chose de sa ressemblance, et sans le savoir nous devenons pour les autres des témoins de sa beauté et de sa grâce. Le professeur James, dans son célèbre ouvrage « Les Variétés de l’expérience religieuse », parle d’un homme de quarante-neuf ans qui disait : « Dieu est plus réel pour moi qu’aucune pensée, aucune chose ou aucune personne. Je sens positivement sa présence, et d’autant plus que je vis en plus étroite harmonie avec ses lois telles qu’elles sont écrites dans mon corps et dans mon esprit. Je le sens dans le soleil ou dans la pluie ; et c’est un repos délicieux, mêlé à tout, qui décrit le mieux ce que j’éprouve. Je lui parle comme à un compagnon, dans la prière et la louange, et notre communion est délicieuse. Il me répond encore et encore, souvent par des paroles si clairement prononcées qu’il me semble que mon oreille extérieure a dû en percevoir le son, mais généralement par de fortes impressions intérieures. D’ordinaire, c’est un texte de l’Écriture, qui me découvre un aspect nouveau de lui et de son amour pour moi, et de son souci de ma sécurité… Qu’il soit à moi et que je sois à lui ne me quitte jamais ; c’est une joie qui demeure. Sans cela, la vie serait un vide, un désert, une étendue sans rivage et sans chemin. »
Tout aussi remarquable est le témoignage de Sir Thomas Browne, le médecin bien-aimé qui vivait à Norwich en 1605, et qui fut l’auteur d’un livre très remarquable et largement répandu, « Religio Medici ». Bien que l’Angleterre traversât une période de convulsions nationales et d’agitation politique, il trouva dans la prière réconfort et force. « J’ai résolu, écrivait-il dans un journal trouvé parmi ses papiers personnels après sa mort, de prier davantage et de prier toujours, de prier en tous les lieux où le calme y invite, dans la maison, sur la grand-route et dans la rue ; et de ne connaître dans cette ville aucune rue ni aucun passage qui ne puisse témoigner que je n’ai pas oublié Dieu. » Et il ajoute : « Je me propose de saisir l’occasion de prier à la vue de toute église devant laquelle je passerai, afin que Dieu y soit adoré en esprit et que des âmes y soient sauvées ; de prier chaque jour pour mes malades et pour les malades des autres médecins ; en entrant dans toute maison, de dire : “Que la paix de Dieu demeure ici” ; après avoir entendu un sermon, de prier pour que Dieu bénisse sa vérité et le messager ; à la vue d’une belle personne, de bénir Dieu pour ses créatures, de prier pour la beauté de l’âme de cette personne, afin que Dieu l’enrichisse de grâces intérieures, et que l’extérieur et l’intérieur se répondent ; à la vue d’une personne difforme, de prier Dieu de lui donner l’intégrité de l’âme et, un jour, la beauté de la résurrection. »
Quelle illustration de l’esprit de prière ! Une telle attitude représente la prière sans cesse ; elle révèle l’habitude de la prière dans sa supplication incessante, dans sa communion ininterrompue, dans son intercession constante. Quelle illustration aussi de la prière avec un dessein ! De combien d’entre nous peut-on dire qu’en croisant des gens dans la rue nous prions pour eux, ou qu’en entrant dans une maison ou dans une église nous nous souvenons, dans la prière à Dieu, de ceux qui l’habitent ou de l’assemblée ?
L’explication de notre irréflexion ou de notre oubli tient au fait que, pour beaucoup d’entre nous, la prière n’est qu’une forme d’égoïsme ; elle consiste à demander quelque chose pour nous-mêmes, et rien de plus.
Et c’est d’une telle attitude que nous avons besoin de demander à être délivrés.
Chapitre 4 terminé
Des hommes qui priaient avec un dessein