Prier avec un dessein
Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas

Chapitre 3 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute

Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas

Quand vous vous sentez le moins disposé à la prière, n’y cédez pas ; luttez au contraire et efforcez-vous de prier, même lorsque vous pensez ne pas pouvoir prier.—Hildersam

C’était la coutume chez les Parthes que personne ne donne à manger à ses enfants le matin avant d’avoir vu la sueur perler sur leur visage ; et vous découvrirez que telle est la manière habituelle de Dieu : il ne donne à ses enfants le goût de ses délices que lorsqu’ils commencent à suer à les rechercher.—Richard Baxter

De tous les devoirs que prescrit le christianisme, aucun n’est plus essentiel, et pourtant plus négligé, que la prière. La plupart des gens considèrent cet exercice comme une cérémonie fatigante, qu’ils se croient en droit d’abréger autant que possible. Ceux-là mêmes que leur profession ou leurs craintes poussent à prier prient avec tant de langueur et de distraction que leurs prières, loin d’attirer sur eux des bénédictions, ne font qu’aggraver leur condamnation.—Fénelon

Prier davantage et mieux : voilà le secret de toute l’affaire. Plus de temps pour la prière, plus de goût et de préparation pour rencontrer Dieu, pour communier avec Dieu par le Christ — tout est là. Notre manière de prier et le contenu de nos prières nous font peu honneur. L’attitude et la relation de Dieu et du Fils sont la relation éternelle du Père et du Fils, celle de la demande et du don — le Fils demandant toujours, le Père donnant toujours :

Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage,

Les extrémités de la terre pour possession.

Tu les briseras avec une verge de fer ;

Tu les briseras comme le vase d’un potier.

Jésus doit toujours prier par son peuple. « Et ils prieront pour lui sans cesse. » « Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. » Nous devons nous préparer à prier ; à être semblables au Christ, à prier comme le Christ.

L’accès de l’homme auprès de Dieu par la prière ouvre toutes choses et fait de son indigence sa richesse. Toutes choses sont à lui par la prière. La richesse et la gloire — toutes choses sont au Christ. À mesure que la lumière devient plus vive et que les prophètes saisissent la nature de la restauration, le registre divin semble s’élargir. « Ainsi parle l’Éternel, le Saint d’Israël, et son créateur : Interrogez-moi sur les choses à venir, au sujet de mes fils, et au sujet de l’œuvre de mes mains, commandez-moi. C’est moi qui ai fait la terre, et qui sur elle ai créé l’homme ; c’est moi, ce sont mes mains qui ont déployé les cieux, et c’est moi qui ai disposé toute leur armée. »

À l’homme il est donné de commander à Dieu, avec toute cette autorité et toute cette puissance, dans ce qu’exige le royaume terrestre de Dieu. Le ciel, avec tout ce qu’il possède, est mis à contribution pour accomplir les desseins ultimes, définitifs et glorieux de Dieu. Pourquoi donc faut-il si longtemps pour que s’accomplissent ces sages bénédictions destinées à l’homme ? Pourquoi donc le péché règne-t-il si longtemps ? Pourquoi les promesses de l’alliance, scellées par un serment, tardent-elles tant à parvenir à leur fin pleine de grâce ? Le péché règne, Satan règne, les soupirs marquent la vie d’un grand nombre ; toutes les larmes sont fraîches et abondantes.

Pourquoi en est-il ainsi ? Nous n’avons pas prié pour mettre fin au mal ; nous n’avons pas prié comme nous devons prier. Nous n’avons pas rempli les conditions de la prière.

Demande-moi. Demandez à Dieu. Nous ne nous sommes pas reposés sur la prière. Nous n’avons pas fait de la prière l’unique condition. La condition première de la prière a été violée. Nous n’avons pas prié comme il faut. Nous n’avons pas prié du tout. Dieu est disposé à donner, mais nous sommes lents à demander. Le Fils, par ses saints, prie sans cesse, et Dieu le Père exauce sans cesse.

Demande-moi. Dans l’invitation est contenue l’assurance de l’exaucement ; le cri de victoire s’y trouve, et l’oreille attentive peut l’entendre. Le Père tient l’autorité et la puissance entre ses mains. Que la condition est facile, et pourtant que nous mettons de temps à remplir les conditions ! Les nations sont dans la servitude ; les extrémités de la terre ne sont pas encore possédées. La terre gémit ; le monde est encore dans la servitude ; Satan et le mal dominent.

Le Père se tient dans l’attitude de celui qui donne — Demande-moi — et cette requête adressée à Dieu le Père donne force à tous les instruments et inspire tous les mouvements. L’Évangile est divinement inspiré. Derrière toutes ses inspirations, il y a la prière. Demande-moi se tient derrière tous les mouvements. Comme dotation du Christ intronisé se dresse l’alliance du Père, scellée par un serment : « Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession. » « Et ils prieront pour lui sans cesse. »

Sans cesse les prières des saints hommes montent vers Dieu, parfumées comme le plus riche encens. Et Dieu, de bien des manières, nous parle, nous déclarant sa richesse et notre indigence. « Je suis le Créateur de toutes choses ; la richesse et la gloire sont à moi. Commandez-moi. »

Nous pouvons tout faire avec l’aide de Dieu, et nous pouvons avoir toute son aide en la demandant. L’Évangile, dans son succès et dans sa puissance, dépend de notre capacité à prier. Les dispensations de Dieu dépendent de la capacité de l’homme à prier. Nous pouvons avoir tout ce que Dieu possède. Commandez-moi. Ce n’est pas une chimère de l’imagination, ni un rêve oiseux, ni une vaine illusion. La vie de l’Église est la vie la plus haute. Sa fonction est de prier. Sa vie de prière est la vie la plus haute, la plus odorante, la plus éclatante.

Le livre de l’Apocalypse ne dit rien de la prière en tant que grand devoir, que service sacré, mais il en dit beaucoup sur la prière dans sa force et ses énergies rassemblées. C’est la force de la prière, toujours vivante et priant toujours ; ce sont les prières de tous les saints qui montent comme une énergie puissante et vivante, alors que les lèvres qui ont prononcé ces paroles sont closes et scellées par la mort, tandis que l’Église vivante possède une énergie de foi capable d’hériter des forces de toutes les prières passées et de les rendre impérissables.

La déclaration du philosophe baptiste John Foster contient la philosophie la plus pure et la simple vérité de Dieu, car Dieu n’a d’autre force et n’exige d’autre condition que la prière. « Des prières plus nombreuses et meilleures apporteront à la cause de Dieu le triomphe le plus sûr et le plus prompt ; la prière faible, formaliste, nonchalante, mène au déclin et à la mort. L’Église a son ancre de salut dans le lieu secret de la prière ; c’est là que sont ses arsenaux. »

« Je suis convaincu, poursuit Foster, que tout homme qui, au milieu de ses projets sérieux, prend conscience de sa dépendance envers Dieu aussi pleinement que cette dépendance est un fait, se sentira poussé à prier, et désireux d’amener ses amis sérieux à prier, presque à chaque heure. Sans la prière, il ne se promettra aucun noble succès, pas plus qu’un marin ne s’attendrait à atteindre une côte lointaine en déployant ses voiles dans un air immobile.

« J’ai laissé entendre ma crainte qu’il soit chimérique d’attendre un succès inhabituel dans l’administration humaine de la religion sans présages inhabituels : or, un esprit de prière tout à fait marqué serait un tel présage ; et celui qui résoudrait d’en éprouver l’efficacité jusqu’à l’extrême limite se découvrirait probablement devenu un agent bien plus puissant dans sa petite sphère. Et si tous les disciples du christianisme, ou du moins la plupart d’entre eux, s’unissaient, chacun avec une résolution ardente et inébranlable, pour que le ciel ne retienne pas une seule des influences que pourrait obtenir l’effort suprême d’une supplication concertée et persévérante, ce serait le signe qu’une révolution du monde est proche. »

Edward Payson, l’un des hommes de Dieu, dit de cette déclaration de Foster : « Très peu de missionnaires depuis les apôtres ont sans doute tenté l’expérience. Celui qui en fera le premier l’essai accomplira, je crois, des merveilles. Rien de ce que je pourrais écrire, rien de ce qu’un ange pourrait écrire, ne serait nécessaire à celui qui ferait cet essai.

« L’un des principaux fruits du peu d’expérience que j’ai acquise comme ministre chrétien est la conviction que la religion consiste pour une grande part à donner à Dieu, dans nos pensées et dans nos sentiments, la place qu’il occupe réellement dans l’univers. Nous savons que, dans l’univers, il est tout en tous. Dans la mesure où il est constamment tout en tous pour nous, dans la mesure où nous obéissons à l’exhortation que le psalmiste adresse à son âme : “Mon âme, attends-toi uniquement à Dieu” ; dans cette mesure, je pense, nous avons progressé vers la perfection. Il est relativement facile de s’attendre à Dieu ; mais s’attendre à lui seul — sentir, pour ce qui touche à notre force, à notre bonheur et à notre utilité, comme si toutes les créatures et toutes les causes secondes étaient anéanties, et que nous étions seuls dans l’univers avec Dieu —, c’est là, je le crains, un degré difficile et rare à atteindre. Du moins, je suis sûr d’être encore bien loin de l’avoir atteint. À mesure que nous l’atteindrons, nous trouverons tout facile ; car nous deviendrons, au sens le plus fort, des hommes de prière ; et nous pourrons dire de la prière ce que Salomon dit de l’argent : qu’elle répond à tout. »

Ce même John Foster disait, aux approches de la mort : « Je n’ai jamais prié avec plus de ferveur, ni sans doute avec une fréquence aussi fidèle. “Priez sans cesse” : telle est la parole qui se répète dans ma pensée silencieuse, et je suis sûr que ce doit être ma pratique jusqu’à la dernière heure consciente de ma vie. Oh ! pourquoi pas tout au long de ce demi-siècle passé, si long, si indolent, si inanimé ? »

Et pourtant, c’est ainsi que nous agissons tous à l’égard de la prière. Conscients comme nous le sommes de son importance, de son importance vitale, nous laissons pourtant les heures s’écouler, vides, et ne pouvons, à la mort, que déplorer la perte irréparable.

Quand nous réfléchissons calmement au fait que les progrès du royaume de notre Seigneur dépendent de la prière, il est triste de penser que nous consacrons si peu de temps à ce saint exercice. Tout dépend de la prière, et pourtant nous la négligeons, non seulement au détriment de notre propre vie spirituelle, mais aussi pour le retard et le préjudice de la cause de notre Seigneur sur la terre. Les forces du bien et du mal se disputent le monde. Si nous le voulions, nous pourrions accroître la puissance conquérante de l’armée de la justice ; et pourtant nos lèvres restent scellées, nos mains pendent, inertes, à nos côtés, et nous mettons en péril la cause même à laquelle nous prétendons porter un profond intérêt, en nous tenant à l’écart de la chambre de prière.

La prière est la condition première et éternelle par laquelle le Père s’est engagé à mettre le Fils en possession du monde. Le Christ prie par son peuple. Si le peuple de Dieu avait offert une prière insistante, universelle et continue, il y a longtemps que la terre serait possédée pour le Christ. Ce retard ne s’explique pas par des obstacles invétérés, mais par l’absence de la juste demande. Nous faisons plus de toute autre chose que de prier. Si pauvres que soient nos dons, nos contributions en argent dépassent nos offrandes de prière. Peut-être, dans l’assemblée moyenne, cinquante personnes aident-elles à payer, pour une seule âme sainte et ardente qui s’enferme avec Dieu et lutte pour la délivrance du monde païen. Les prières officielles, prononcées lors d’occasions fixées ou solennelles, ne comptent pour rien dans cette évaluation. Nous insistons sur bien d’autres choses plus que sur la nécessité de la prière.

Nous disons des prières de manière bien ordonnée, mais nous ne tenons pas le monde dans l’étreinte de notre foi. Nous ne prions pas selon l’ordre qui émeut Dieu et qui met toutes les influences divines à notre secours. Le monde a besoin de plus de vraie prière pour être sauvé du règne et de la ruine de Satan.

Nous ne prions pas comme Élie a prié. John Foster ramène toute la question à un point pratique. « Quand l’Église de Dieu, dit-il, s’éveillera à ses obligations, à ses devoirs et à la foi droite qui réclame ce que le Christ a promis — “tout ce que vous demanderez” —, une révolution aura lieu. »

Mais toute prière n’est pas prière. La puissance motrice, la force conquérante dans la cause de Dieu, c’est Dieu lui-même. « Invoque-moi, et je te répondrai ; je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, que tu ne connais pas » : tel est le défi que Dieu lance à la prière. La prière fait entrer Dieu, de toute sa force, dans l’œuvre de Dieu. « Interrogez-moi sur les choses à venir, au sujet de mes fils, et au sujet de l’œuvre de mes mains, commandez-moi » : c’est la carte blanche que Dieu donne à la prière. La foi n’est toute-puissante qu’à genoux, quand ses mains tendues saisissent Dieu ; alors elle puise jusqu’à l’extrême limite de la capacité de Dieu ; car seule une foi qui prie peut obtenir le « tout ce que vous demanderez » de Dieu. La femme syro-phénicienne, la veuve insistante et l’ami de minuit sont de merveilleuses leçons de ce que peut accomplir une prière intrépide pour maîtriser ou braver les circonstances, pour changer la défaite en victoire et triompher dans les régions du désespoir. L’union avec le Christ, sommet de la vie spirituelle, est glorieuse en toutes choses ; plus glorieuse encore en ce que nous pouvons alors « demander ce que nous voulons, et cela nous sera accordé ». La prière au nom de Jésus pose sur Dieu la couronne suprême, car elle le glorifie par le Fils et engage le Fils à donner aux hommes « tout ce qu’ils demanderont, quoi que ce soit ».

Dans le Nouveau Testament, la merveilleuse prière de l’Ancien Testament est mise en avant afin de provoquer et de stimuler notre prière, et elle est précédée d’une déclaration dont nous pouvons à peine rendre l’énergie dynamique. « La prière fervente du juste a une grande efficace. Élie était un homme de la même nature que nous : il pria avec instance pour qu’il ne plût point, et il ne tomba point de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. Puis il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit. »

La pauvreté de nos résultats, cause de toute maigreur spirituelle, trouve son explication chez l’apôtre Jacques : « Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. »

Voilà toute la vérité en quelques mots.

Page 1 / 1 · 13 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant