Chapitre 7 · 15 min de lecture · 19 min d’écoute
Ézéchias, le roi qui priait
On peut prendre une telle habitude de l’étude que la volonté semble se reposer et que seule l’intelligence est à l’œuvre, la volonté s’étant entièrement retirée de l’exercice. Il n’en va pas ainsi de la vraie prière. Si les affections traînent, froides, indifférentes, si l’intelligence ne fournit aucune matière pour revêtir la demande d’images et de ferveur, la prière n’est qu’une vaine fumée d’exercice intellectuel, et rien qui en vaille la peine ne s’accomplit.—Rév. Homer W. Hodge
La grande réforme religieuse conduite par le roi Ézéchias et le prophète Ésaïe fut, à chacune de ses étapes, profondément imprégnée de prière. Le roi Ézéchias, de Juda, nous servira d’exemple : celui d’un ancien de l’Église de Dieu qui priait, vêtu de blanc et couronné d’or. Il avait du génie et de la force, de la sagesse et de la piété. Il fut homme d’État, général, poète et réformateur religieux. Il nous surprend vivement, moins par sa force et son génie — on pouvait s’y attendre — que par sa piété, vu toutes les circonstances qui l’entouraient. Cette parole rare : « Il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel », est une surprise joyeuse et saisissante quand on considère toute son ascendance et tout son entourage. D’où venait-il ? Dans quelles circonstances passa-t-il son enfance ? Qui étaient ses parents, et quel était leur caractère religieux ? La mondanité, la tiédeur et l’apostasie totale marquèrent le règne de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père. Le milieu familial dans lequel il grandit était loin d’être favorable à la piété et à la foi en Dieu. Une chose pourtant joua en sa faveur. Il eut la chance d’avoir Ésaïe pour ami et pour conseiller lorsqu’il reçut la couronne de Juda. Quel bienfait, pour un chef, que d’avoir un homme qui craint Dieu pour conseiller et pour compagnon !
Avec quelle familiarité et quel succès il intercédait auprès de Dieu, on le voit à la fête de la Pâque, à laquelle un certain nombre de gens du peuple n’étaient pas en état de participer. Ils ne s’étaient pas préparés par la purification rituelle requise, et il importait qu’on leur permît de manger la Pâque avec tous les autres.
Voici le bref récit, qui met particulièrement en lumière la prière d’Ézéchias et son résultat :
« Comme il y avait dans l’assemblée beaucoup de gens qui ne s’étaient pas sanctifiés, les Lévites se chargèrent d’immoler les victimes de la Pâque pour tous ceux qui n’étaient pas purs, afin de les consacrer à l’Éternel.
« Car une grande partie du peuple ne s’étaient pas purifiés, et ils mangèrent la Pâque sans se conformer à ce qui est écrit. Mais Ézéchias pria pour eux, en disant: Veuille l’Éternel, qui est bon, pardonner
« à tous ceux qui ont appliqué leur cœur à chercher Dieu, l’Éternel, le Dieu de leurs pères, quoiqu’ils n’aient pas pratiqué la sainte purification!
« L’Éternel exauça Ézéchias, et il pardonna au peuple. »
Ainsi le Seigneur l’entendit lorsqu’il pria, et même la violation de la loi la plus sacrée de la Pâque fut pardonnée en réponse à la prière de ce roi qui priait et craignait Dieu. La loi doit céder son sceptre à la prière.
La force, la droiture et le fondement de sa foi et de sa prière se trouvent dans les paroles qu’il adressa à son armée. Ce sont des paroles mémorables, plus fortes et plus puissantes que toutes les armées de Sanchérib :
« Fortifiez-vous et ayez du courage! Ne craignez point et ne soyez point effrayés devant le roi d’Assyrie et devant toute la multitude qui est avec lui; car avec nous il y a plus qu’avec lui.
« Avec lui est un bras de chair, et avec nous l’Éternel, notre Dieu, qui nous aidera et qui combattra pour nous. Le peuple eut confiance dans les paroles d’Ézéchias, roi de Juda. »
Sa défense contre les puissants ennemis de Dieu, c’était la prière. Ses ennemis tremblèrent et furent détruits par ses prières, alors que ses propres armées étaient impuissantes. Le peuple de Dieu fut toujours en sécurité quand ses princes étaient des princes dans la prière.
Pendant son règne survint pour le peuple de Dieu une circonstance d’une grande gravité, qui devait éprouver sa foi en Dieu et lui fournir l’occasion de mettre à l’essai le moyen de la prière pour obtenir la délivrance. Juda était durement pressé par les Assyriens et, humainement parlant, la défaite et la captivité semblaient imminentes. Le roi d’Assyrie envoya une délégation pour défier et blasphémer le nom de Dieu et pour insulter le roi Ézéchias, et ces hommes proférèrent publiquement leurs insultes et leurs blasphèmes. Remarquez ce que fit aussitôt Ézéchias, sans la moindre hésitation :
« Lorsque le roi Ézéchias eut entendu cela, il déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac, et alla dans la maison de l’Éternel. »
Son tout premier mouvement fut de se tourner vers Dieu en se rendant à la « maison de prièr ». Dieu était dans ses pensées, et la prière était la première chose à faire. Il envoya donc des messagers à Ésaïe pour qu’il se joigne à lui dans la prière. Dans une telle détresse, il ne fallait pas laisser Dieu hors du compte. Il fallait en appeler à Dieu pour être délivré de ces ennemis blasphémateurs de Dieu et de son peuple.
À ce moment précis, les forces du roi d’Assyrie qui assiégeaient Ézéchias furent détournées d’une attaque immédiate contre Jérusalem. Le roi d’Assyrie envoya pourtant à Ézéchias une lettre diffamatoire et blasphématoire.
Pour la seconde fois, insulté et assailli par les forces de ce roi païen, il entre dans la maison du Seigneur, la « maison de prière ». Où irait-il ailleurs ? Et à qui en appellerait-il, sinon au Dieu d’Israël ?
« Ézéchias prit la lettre de la main des messagers, et la lut. Puis il monta à la maison de l’Éternel, et la déploya devant l’Éternel.
« Et Ézéchias pria l’Éternel : Éternel des armées, Dieu d’Israël, assis sur les chérubins! C’est toi qui es le seul Dieu de tous les royaumes de la terre, c’est toi qui as fait les cieux et la terre.
« Maintenant, Éternel, notre Dieu, délivre-nous de la main de Sanchérib, et que tous les royaumes de la terre sachent que toi seul es l’Éternel! »
Et remarquez la prompte réponse et les merveilleux résultats d’une telle prière de la part de ce roi qui craignait Dieu. D’abord, Ésaïe donna au roi la pleine assurance qu’il n’avait rien à craindre. Dieu avait entendu la prière et allait accorder une grande délivrance.
Ensuite, l’ange du Seigneur vint d’une aile rapide et frappa 185 000 Assyriens. Le roi fut justifié, Dieu fut honoré, et le peuple de Dieu fut sauvé.
La prière unie du roi qui priait et du prophète qui priait fut une force toute-puissante pour apporter la délivrance et détruire les ennemis de Dieu. Des armées gisaient à leur merci, sans défense ; et des anges aux ailes rapides, armés d’une puissance et d’une vengeance toutes-puissantes, étaient leurs alliés.
Ézéchias avait exercé le ministère de la prière en détruisant l’idolâtrie et en réformant son royaume. Face à ses ennemis, la prière avait été son arme principale. Il va maintenant en éprouver l’efficacité contre les desseins arrêtés et déclarés du Dieu tout-puissant. Sera-t-elle efficace sur ce nouveau champ d’action ? Voyons. Ézéchias était gravement malade, et Dieu envoie son ami intime, son sage conseiller et prophète, Ésaïe, pour l’avertir de sa fin prochaine et lui dire de mettre ordre à toutes ses affaires en vue de son départ définitif. Voici ce que dit l’Écriture :
« En ce temps-là, Ézéchias fut malade à la mort. Le prophète Ésaïe, fils d’Amots, vint auprès de lui, et lui dit: Ainsi parle l’Éternel: Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. »
Le décret venait directement de Dieu : il devait mourir. Qu’est-ce qui peut annuler ou renverser ce décret divin venu du ciel ? Ézéchias ne s’était jamais trouvé dans une situation aussi insurmontable, devant un décret de Dieu aussi direct et aussi précis. La prière peut-elle changer les desseins de Dieu ? La prière peut-elle arracher aux mâchoires de la mort celui dont la mort a été décrétée ? La prière peut-elle sauver un homme d’une maladie incurable ? Telles étaient les questions auxquelles sa foi devait maintenant faire face. Mais sa foi ne semble pas marquer un seul instant d’arrêt. Sa foi ne chancelle pas une minute devant la nouvelle soudaine et précise que lui apporte le prophète du Seigneur. Aucune de ces questions que soulèveraient l’incrédulité ou le scepticisme modernes ne naît dans son esprit. Aussitôt il se donne à la prière. Immédiatement, sans délai, il s’adresse au Dieu qui a promulgué l’édit. À qui d’autre pourrait-il aller ? Dieu ne peut-il pas changer ses propres desseins s’il le veut ?
Remarquez ce que fit Ézéchias dans cette détresse, durement pressé, et voyez le résultat plein de grâce :
« Alors il tourna son visage contre le mur, et fit cette prière à l’Éternel:
« O Éternel! Souviens-toi que j’ai marché devant ta face avec fidélité et intégrité de cœur, et que j’ai fait ce qui est bien à tes yeux! Et Ézéchias répandit d’abondantes larmes. »
Ce n’était pas un plaidoyer de propre justice qu’il présentait à Dieu pour obtenir sa guérison. Il ne faisait que plaider sa fidélité, exactement comme le fit le Christ bien des années plus tard :
« Père, je t’ai glorifié sur la terre. »
Il se fait de ceux qui rappellent au Seigneur, et il lui remet en mémoire sa sincérité, sa fidélité et son service, ce qui était à tous égards légitime. Cette prière s’accordait directement avec celle de David au Psaume 26:1 : « Rends-moi justice, Éternel! Car je marche dans l’intégrité. » Ce n’est pas, chez Ézéchias, une mise à l’épreuve de la prière, ni une guérison par la foi : c’est une mise à l’épreuve de Dieu. Ce doit être la guérison de Dieu, si guérison il y a.
Ézéchias avait à peine achevé sa prière, et Ésaïe était sur le point de rentrer chez lui, quand Dieu lui donna un autre message pour Ézéchias, cette fois plus agréable et plus encourageant. La force puissante de la prière avait agi sur Dieu ; elle avait changé son édit et l’avait fait revenir sur son dessein concernant Ézéchias. Qu’y a-t-il que la prière ne puisse faire ? Qu’y a-t-il qu’un homme de prière ne puisse accomplir par la prière ?
« Ésaïe, qui était sorti, n’était pas encore dans la cour du milieu, lorsque la parole de l’Éternel lui fut adressée en ces termes:
« Retourne, et dis à Ézéchias, chef de mon peuple: Ainsi parle l’Éternel, le Dieu de David, ton père: J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, je te guérirai; le troisième jour, tu monteras à la maison de l’Éternel.
« J’ajouterai à tes jours quinze années. Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie; je protégerai cette ville, à cause de moi, et à cause de David, mon serviteur. »
La prière s’adressait à Dieu. Elle lui demandait de reconsidérer la chose et de changer d’avis. Sans doute Ésaïe rentra-t-il chez lui le cœur plus léger que lorsqu’il avait délivré son premier message. Ce roi malade avait prié Dieu, il lui avait demandé de révoquer son décret, et Dieu avait daigné accéder à sa requête. Dieu change parfois d’avis. Il en a le droit. Les raisons qui le portent à changer d’avis sont de fortes raisons. Son serviteur Ézéchias le désire. Ézéchias avait été un serviteur dévoué et avait beaucoup fait pour Dieu. La vérité, la perfection et la bonté avaient été les éléments du service d’Ézéchias et la règle de sa vie. Les larmes et la prière d’Ézéchias barrent la route au décret par lequel Dieu allait ôter la vie à son serviteur. La prière et les larmes sont choses puissantes auprès de Dieu. Elles comptent pour lui bien plus que la constance, et bien plus que les décrets. « J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, je te guérirai. »
La maladie meurt devant la prière. La santé vient en réponse à la prière. Dieu accorda plus qu’Ézéchias n’avait demandé. Ézéchias n’avait prié que pour sa vie, et Dieu lui donna la vie et lui promit en outre protection et sécurité face à ses ennemis.
Mais Ésaïe eut sa part dans la guérison de ce roi qui priait. Il y eut là autre chose que la prière. La prière d’Ésaïe se changea en savoir-faire de médecin. « Ésaïe dit: Prenez une masse de figues. On la prit, et on l’appliqua sur l’ulcère. Et Ézéchias guérit. »
Dieu se sert souvent de remèdes pour exaucer la prière. Il faut souvent une foi plus forte pour s’élever au-dessus des moyens et ne pas s’y fier que pour rejeter entièrement tous les moyens. Voilà un remède simple, afin que tous sachent que ce n’était pas lui qui guérissait la maladie mortelle, et pourtant un moyen d’aider ou d’éprouver la foi. Mais il fallait prier davantage encore. Ésaïe et Ézéchias ne pouvaient rien faire sans beaucoup prier :
« Ézéchias avait dit à Ésaïe: A quel signe connaîtrai-je que l’Éternel me guérira, et que je monterai le troisième jour à la maison de l’Éternel?
« Et Ésaïe dit: Voici, de la part de l’Éternel, le signe auquel tu connaîtras que l’Éternel accomplira la parole qu’il a prononcée: L’ombre avancera-t-elle de dix degrés, ou reculera-t-elle de dix degrés?
« Ézéchias répondit: C’est peu de chose que l’ombre avance de dix degrés; mais plutôt qu’elle recule de dix degrés.
« Alors Ésaïe, le prophète, invoqua l’Éternel, qui fit reculer l’ombre de dix degrés sur les degrés d’Achaz, où elle était descendue. »
Ézéchias se montre à la hauteur de l’événement et enveloppe d’actions de grâces l’exaucement de sa prière. Le parfum des aromates est là, et la mélodie de la harpe aussi.
Gardons toujours à l’esprit ces quatre choses : Dieu entend la prière, Dieu prête attention à la prière, Dieu exauce la prière, et Dieu délivre par la prière. On ne saurait trop les répéter. La prière brise tous les verrous, dissout toutes les chaînes, ouvre toutes les prisons et élargit tous les défilés où les saints de Dieu se sont trouvés retenus.
La vie était douce à Ézéchias, et il désirait vivre ; mais qu’est-ce qui peut tenir tête au décret de Dieu ? Rien, sinon l’énergie de la foi. Le cœur d’Ézéchias se brisa sous la tension, et ses eaux jaillirent, donnant force et ampleur à sa prière. Il plaida en luttant avec force et en avançant de puissants arguments ; et Dieu entendit Ézéchias prier, vit ses larmes et changea d’avis, et Ézéchias vécut pour louer Dieu et pour être un exemple de la puissance d’une prière ardente.
Comme Ézéchias, Paul ne se contentait pas d’une manière de prier convenable et sans âme. Il se met dans l’attitude d’un lutteur et presse ses frères de le rejoindre dans l’angoisse d’un grand combat. « Je vous exhorte, frères, dit-il, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur. » Il était bien trop sérieux pour toucher à l’affaire de la prière avec des manières distinguées ou du bout de ses gants. Il s’y engageait comme dans une agonie, et il désirait que ses frères soient ses associés dans ce combat et cette lutte de son âme. Épaphras priait de cette même manière pour les Colossiens : « Il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières, afin que, parfaits et pleinement persuadés, vous persistiez dans une entière soumission à la volonté de Dieu. » Voilà un but qui vaut toujours qu’on lutte jusqu’à l’agonie. Cette sorte de prière, chez ces premiers pasteurs de l’Église apostolique, fut l’un des secrets de la pureté, l’une des sources de la puissance de l’Église. Et c’est cette sorte de prière que pratiquait Ézéchias.
Voici une prière née dans le feu d’un grand désir, et poursuivie jusqu’au succès à travers l’agonie la plus profonde du combat et de l’opposition. Nos aspirations spirituelles ne sont pas assez fortes pour donner vie aux puissants combats de la prière ? Elles ne sont pas assez dévorantes pour arrêter les affaires, suspendre les occupations du monde, nous réveiller avant le jour et nous envoyer dans le lieu secret de la prière, dans la solitude et vers Dieu ; pour vaincre toute force contraire et arracher nos victoires aux mâchoires mêmes de l’enfer. Il nous faut des prédicateurs, des hommes et des femmes qui puissent montrer les usages, les forces, la bénédiction et les limites extrêmes de la prière.
Ésaïe se lamente de ce qu’il n’y avait personne qui se réveillât pour s’attacher à Dieu. On priait beaucoup, mais d’une prière trop facile, indifférente, satisfaite d’elle-même. Il n’y avait aucun puissant élan de l’âme vers Dieu, aucune mobilisation de toutes les énergies sanctifiées pour atteindre Dieu, s’agripper à lui et tirer de lui ses trésors pour des usages spirituels. Les prières sans force n’ont aucun pouvoir pour surmonter les difficultés, aucun pouvoir pour obtenir des résultats marqués, ni pour remporter une victoire complète et merveilleuse.
Chapitre 7 terminé
Ézéchias, le roi qui priait