Chapitre 5 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
Moïse, le puissant intercesseur
La prière d’intercession est un puissant moyen de grâce pour celui qui prie. Martyn observe que, dans ses temps de sécheresse et d’abattement intérieurs, il avait souvent trouvé un délicieux réveil dans l’acte même de prier pour d’autres, pour leur conversion, leur sanctification ou leur prospérité dans l’œuvre du Seigneur. Ses entretiens avec Dieu au sujet de ces dons et de ces bénédictions qu’il demandait pour eux devenaient pour lui-même le canal divinement naturel d’un regard renouvelé sur sa propre part et son propre héritage en Christ, sur Christ comme son propre repos et sa force, sur la « parfaite liberté » d’un entier abandon de lui-même à son Maître pour son œuvre—l’évêque Handley C. G. Moule.
La prière s’unit aux desseins de Dieu et se dépense tout entière pour les faire aboutir. Combien de fois la volonté sage et bienveillante de Dieu aurait-elle manqué ses fins riches et bienfaisantes, à cause des péchés du peuple, si la prière n’était intervenue pour arrêter la colère et rendre la promesse certaine ! Israël, en tant que nation, aurait subi sa juste destruction et son juste sort après son apostasie du veau d’or, sans l’intervention et l’insistance infatigable de Moïse, qui pria quarante jours et quarante nuits !
Merveilleux fut l’effet de sa prière merveilleuse sur le caractère de Moïse. Sa communion intime et sublime avec Dieu, lors du don de la loi, ne transfigura pas son caractère comme le fit la prière infatigable de ces quarante jours passés à prier avec Dieu. C’est lorsqu’il redescendit de cette longue lutte de prière que son visage resplendit d’un éclat si éblouissant. Nos monts de la transfiguration, et le rayonnement céleste de notre caractère et de notre conduite, naissent de saisons de prière où l’on lutte. La prière de toute une nuit a changé plus d’un Jacob, le supplanteur, en Israël, un prince, qui a de la puissance auprès de Dieu et auprès des hommes.
Aucune mission ne fut plus majestueuse, dans son dessein et dans ses résultats, que celle de Moïse, et aucune ne fut plus lourde de responsabilité, plus laborieuse et plus difficile. Elle nous enseigne le ministère sublime et la loi souveraine de la prière. La prière n’est pas seulement le moyen par lequel nous viennent le secours et le soutien ; elle est aussi un instrument de compassion par lequel la patience miséricordieuse de Dieu trouve à s’épancher. La prière est un moyen de retenir la colère de Dieu, afin que la miséricorde triomphe du jugement.
Moïse lui-même et sa mission furent l’œuvre de la prière. Ainsi est-il écrit : « Après que Jacob fut venu en Égypte, vos pères crièrent à l’Éternel, et l’Éternel envoya Moïse et Aaron, qui firent sortir vos pères d’Égypte et les firent habiter dans ce lieu. » Telle est la genèse du grand mouvement qui délivra les Hébreux de la servitude d’Égypte.
Les grands mouvements de Dieu ont trouvé leur origine et leur énergie dans les prières des hommes, et ont été façonnés par elles. La prière a directement affaire à Dieu. D’autres fins, accessoires et secondaires, sont atteintes par la prière, mais principalement, presque uniquement, la prière a affaire à Dieu. Il lui plaît de régler sa conduite et de fonder son action sur les prières de ses saints. La prière exerce sur Dieu une grande influence. Moïse ne peut accomplir la grande œuvre de Dieu, bien qu’il ait reçu de Dieu sa mission, sans beaucoup prier. Moïse ne peut gouverner le peuple de Dieu et exécuter les plans divins sans que son encensoir soit rempli de l’encens de la prière. L’œuvre de Dieu ne peut s’accomplir sans que le feu et le parfum brûlent sans cesse, montent et embaument.
On voit souvent les prières de Moïse détourner les coups terribles de la colère de Dieu. Quatre fois Pharaon sollicita les prières de Moïse pour être délivré du coup redoutable de la colère de Dieu. « Priez l’Éternel », supplia Pharaon avec la plus grande instance, tandis que les grenouilles répugnantes l’accablaient. Et « Moïse cria à l’Éternel au sujet des grenouilles dont il avait frappé Pharaon. L’Éternel fit ce que demandait Moïse. » Lorsque le terrible fléau des mouches eut infecté tout le pays, Pharaon cria de nouveau, pitoyablement, à Moïse : « Priez pour moi. » Moïse sortit de chez Pharaon et pria l’Éternel, et l’Éternel fit encore ce que demandait Moïse. Les tonnerres puissants et la grêle, dans leur fureur effrayante et destructrice, arrachèrent à ce roi méchant le même appel pressant adressé à Moïse : « Priez l’Éternel. » Et Moïse sortit de la ville pour se retirer à l’écart, et, seul avec le Dieu tout-puissant, « il leva ses mains vers l’Éternel, les tonnerres et la grêle cessèrent, et la pluie ne tomba plus sur la terre. »
Bien que Moïse fût l’homme de la loi, la prière affirma pourtant en lui sa force puissante. De lui, comme sous l’économie plus spirituelle, on aurait pu dire : « Ma maison sera une maison de prière. »
Moïse accepte pleinement, à sa juste valeur, le principe fondamental de la prière : la prière a affaire à Dieu. Chez Abraham, nous avons vu ce principe énoncé avec clarté et avec force. Chez Moïse, il l’est plus clairement et plus fortement encore, si possible. Ce principe déclarait que la prière agissait sur Dieu, que Dieu était influencé par la prière dans sa conduite, et que Dieu entend et exauce la prière, même lorsque cette écoute et cet exaucement devaient changer sa conduite et renverser son action. Plus fort que toutes les autres lois, plus inflexible que tout autre décret, est ce décret : « Invoque-moi, et je te répondrai. »
Moïse vivait près de Dieu ; il avait auprès de lui l’accès le plus libre, le plus dégagé et le plus hardi ; mais cela, loin de diminuer la nécessité de la prière, la rendait plus nécessaire, plus évidente et plus puissante. La familiarité et l’intimité avec Dieu donnent à la prière sa saveur, sa fréquence, sa précision et sa puissance. Ceux qui connaissent le mieux Dieu sont les plus riches et les plus puissants dans la prière. Une faible connaissance de Dieu, l’éloignement et la froideur envers lui font de la prière une chose rare et sans force.
Moïse fut réduit à des situations extrêmes que la prière ne soulagea pas ; mais il n’est aucune situation extrême qui mette Dieu en échec, lorsque la prière fait intervenir Dieu dans l’affaire.
La mission de Moïse était divine. Elle fut ordonnée, dirigée et conçue par Dieu. Plus il y a de Dieu dans un mouvement, plus la prière y tient de place, visible et souveraine. La manière dont Moïse gouverna l’Église par la prière montre combien le courage et la persévérance sont nécessaires dans la prière. Quarante jours et quarante nuits, Moïse fit monter avec instance sa prière pour le salut du peuple du Seigneur. Si intense était le souci qu’il avait de ce peuple durant cette longue saison de prière, que les faiblesses et les appétits du corps s’effacèrent. Combien étrangement les prières d’un juste agissent sur Dieu, on le voit à cette exclamation de Dieu à Moïse : « Maintenant laisse-moi; ma colère va s’enflammer contre eux, et je les consumerai; mais je ferai de toi une grande nation. » La présence d’une telle influence sur Dieu nous remplit d’étonnement, de crainte et de respect. Combien élevé, hardi et consacré doit être un tel intercesseur !
Lisez ceci dans le récit divin :
« Moïse retourna vers l’Éternel et dit: Ah! Ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fait un dieu d’or.
« Pardonne maintenant leur péché! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit.
« L’Éternel dit à Moïse: C’est celui qui a péché contre moi que j’effacerai de mon livre.
« Va donc, conduis le peuple où je t’ai dit. Voici, mon ange marchera devant toi. »
La révolte de Koré fut l’occasion pour la colère de Dieu de s’enflammer contre toute l’assemblée d’Israël, qui prenait le parti de ces rebelles. De nouveau Moïse entre en scène, cette fois avec Aaron, qui se joint à lui pour intercéder en faveur de ces pécheurs contre Dieu. Mais cela montre seulement que, dans un moment aussi grave, Moïse savait à qui s’adresser pour être secouru, et qu’il fut encouragé à prier pour que Dieu retienne sa colère et épargne Israël. Voici ce qui est rapporté à ce sujet :
« Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, et dit:
« Séparez-vous du milieu de cette assemblée, et je les consumerai en un seul instant.
« Ils tombèrent sur leur visage, et dirent: O Dieu, Dieu des esprits de toute chair! Un seul homme a péché, et tu t’irriterais contre toute l’assemblée? »
La présomption, l’orgueil et la révolte de Marie, sœur de Moïse, en quoi elle avait pour elle la présence et la sympathie d’Aaron, firent paraître la prière et l’esprit de Moïse sous leur jour le plus noble et le plus aimable. À cause de son péché, Dieu la frappa de la lèpre. Mais Moïse intercéda avec tendresse et ardeur pour sa sœur, qui avait si gravement offensé Dieu, et sa prière la sauva de ce mal effroyable et incurable.
Le récit est d’un intérêt saisissant, et le voici :
« La colère de l’Éternel s’enflamma contre eux. La nuée se retira de dessus la tente. Et voici, Marie était frappée d’une lèpre, blanche comme la neige. Aaron se tourna vers Marie; et voici, elle avait la lèpre.
« Alors Aaron dit à Moïse: De grâce, mon seigneur, ne nous fais pas porter la peine du péché que nous avons commis en insensés, et dont nous nous sommes rendus coupables!
« Qu’elle ne soit pas comme l’enfant mort-né, dont la chair est à moitié consumée quand il sort du sein de sa mère!
« Moïse cria à l’Éternel, en disant: O Dieu, je te prie, guéris-la!
« Et l’Éternel dit à Moïse: Si son père lui avait craché au visage, ne serait-elle pas pendant sept jours un objet de honte? Qu’elle soit enfermée sept jours en dehors du camp; après quoi, elle y sera reçue. »
Les murmures des enfants d’Israël créèrent des circonstances qui mirent en jeu toutes les forces de la prière. Ils font ressortir avec force le caractère d’intercession de la prière, et nous montrent Moïse dans sa grande fonction d’intercesseur devant Dieu en faveur des autres. Ce fut à Mara, où les eaux étaient amères et où le peuple murmura gravement contre Moïse et contre Dieu.
Voici le récit de l’Écriture :
« Ils arrivèrent à Mara; mais ils ne purent pas boire l’eau de Mara parce qu’elle était amère. C’est pourquoi ce lieu fut appelé Mara.
« Le peuple murmura contre Moïse, en disant: Que boirons-nous?
« Moïse cria à l’Éternel; et l’Éternel lui indiqua un bois, qu’il jeta dans l’eau. Et l’eau devint douce. Ce fut là que l’Éternel donna au peuple des lois et des ordonnances, et ce fut là qu’il le mit à l’épreuve. »
Combien de lieux amers de la terre ont été adoucis par la prière, seules les annales de l’éternité le révéleront.
À Tabeéra encore, le peuple se plaignit, et Dieu s’irrita contre lui ; et Moïse revint au premier rang, se tint sur la brèche et pria pour eux. Voici le bref récit :
« Le peuple murmura et cela déplut aux oreilles de l’Éternel. Lorsque l’Éternel l’entendit, sa colère s’enflamma; le feu de l’Éternel s’alluma parmi eux, et dévora l’extrémité du camp.
« Le peuple cria à Moïse. Moïse pria l’Éternel, et le feu s’arrêta. »
Moïse obtint ce qu’il demandait. Sa prière était précise, et la réponse de Dieu l’était également. Toujours il fut entendu du Dieu tout-puissant lorsqu’il pria, et toujours Dieu lui répondit. Une fois, la réponse ne fut pas précise. Il avait prié pour entrer en Canaan. La réponse vint, mais non ce qu’il avait demandé. Il lui fut donné de contempler la Terre promise, mais il ne lui fut pas permis de passer le Jourdain pour entrer dans ce pays de la promesse. Ce fut une prière du même ordre que celle de Paul lorsqu’il pria trois fois pour que l’écharde dans la chair lui soit ôtée. Mais l’écharde ne fut pas ôtée. Toutefois, une grâce lui fut accordée, qui fit de l’écharde une bénédiction.
Il ne faut pas croire que, parce que le Psaume 90 est incorporé à ce qu’on appelle les « Psaumes de David », David en soit l’auteur. D’un commun accord, on l’attribue à Moïse, et il nous donne un exemple de la prière de celui qui donna au peuple la loi de Dieu. C’est une prière qui mérite d’être étudiée. Elle nous est sacrée, parce qu’elle a été le requiem prononcé sur nos morts au cours des années passées et révolues. Elle a béni la tombe de plus d’un saint endormi. Mais sa familiarité même peut nous en faire perdre le sens plein. Nous serons sages si nous la méditons, non pour les morts, mais pour les vivants, afin qu’elle nous enseigne comment vivre, comment prier tant que nous vivons, et comment mourir. « Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse. Affermis l’ouvrage de nos mains, Oui, affermis l’ouvrage de nos mains! »
Chapitre 5 terminé
Moïse, le puissant intercesseur