Chapitre 17 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute
Paul et ses demandes de prière (suite)
Nous énonçons ainsi la loi de la prière : la prière d’un chrétien est un accord commun de la volonté et de son cabinet — les émotions, la conscience, l’intelligence —, travaillant en harmonie, chauffés à blanc, tandis que le corps coopère dans certaines conditions d’hygiène pour que la prière soit soutenue assez longtemps à haute tension pour assurer des résultats prodigieux, surnaturels et qui ne sont pas de ce monde.—Le révérend Homer W. Hodge
Nous en venons à la demande que Paul adressa à l’Église d’Éphèse, et qu’on trouve dans la dernière partie d’Éphésiens 6, l’épître à ces chrétiens :
« Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints.
« Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile,
« Pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes, et que j’en parle avec assurance comme je dois en parler. »
Pour cette Église, il avait travaillé et prié nuit et jour, avec bien des veilles, bien des larmes et une grande humilité. Après avoir brossé le tableau saisissant du soldat chrétien assailli par ses ennemis, il leur confia cette charge : prier spécialement pour lui.
À ces chrétiens d’Éphèse, il donna un exposé complet de la nécessité, de la nature et des bienfaits particuliers de la prière. Elle devait être pressante, s’étendre à tous les temps et embrasser toutes sortes de lieux. La supplication devait lui donner de l’intensité, il fallait invoquer le Saint-Esprit, y ajouter la vigilance et la persévérance, et toute la famille des saints y était engagée.
Le poids de sa demande de prière portait sur lui-même : qu’il puisse parler avec force, aisance, franchise et courage. Paul ne comptait pas sur ses dons naturels, mais sur ceux qui lui venaient en réponse à la prière. Il craignait d’être un lâche, un orateur terne et sec, ou un bègue hésitant, et il pressait ces croyants de prier pour qu’il ait du courage, non seulement pour parler clairement, mais aussi librement et pleinement.
Il désirait qu’ils prient pour qu’il ait de l’assurance. Aucune qualité ne semble plus importante pour le prédicateur que l’assurance. C’est cette qualité positive qui ne calcule pas les conséquences, mais qui, avec liberté et plénitude, affronte la crise, fait face au danger présent et accomplit sans crainte le devoir présent. C’était l’un des traits marquants des prédicateurs apostoliques et de la prédication apostolique. C’étaient des hommes pleins d’assurance, c’étaient des prédicateurs pleins d’assurance. Le récit de la manifestation de ce principe chez eux est presque le récit de leurs épreuves. C’est l’éloge de leur foi.
Bien des chaînes asservissent le prédicateur. Sa tendresse même le rend faible. Ses attachements à son peuple tendent à le mettre en servitude. Ses relations personnelles, ses obligations envers son peuple, son amour pour lui, tout tend à entraver sa liberté et à brider sa parole en chaire. Quel grand besoin de prier sans cesse pour avoir l’assurance de parler avec assurance comme il doit parler !
Les prophètes d’autrefois avaient reçu l’ordre de ne pas craindre le visage des hommes. Sans se laisser intimider par le froncement de sourcils des hommes, ils devaient proclamer la vérité de Dieu sans excuse, sans timidité, sans hésitation ni compromis. La chaleur et la liberté de la conviction et de la sincérité, l’intrépidité d’une foi vigoureuse et, par-dessus tout, la puissance du Saint-Esprit, sont autant d’aides merveilleuses et d’éléments de l’assurance. Combien tout cela devrait être désiré et recherché avec un entier sérieux par les ministres de l’Évangile de notre temps !
La douceur et l’humilité sont de hautes vertus, de toute première importance chez le prédicateur, mais ces qualités ne s’opposent en rien à l’assurance. Cette assurance n’est pas la liberté des paroles emportées. Ce n’est ni la réprimande ni la témérité. Elle dit la vérité avec amour. L’assurance n’est pas la grossièreté. La rudesse déshonore l’assurance. Elle est aussi douce qu’une mère avec son nourrisson, mais aussi intrépide qu’un lion face à l’ennemi. La crainte, sous la forme douce et innocente de la timidité ou sous la forme coupable de la lâcheté, n’a pas sa place dans le vrai ministère. Une assurance humble mais sainte est de toute première importance.
Quelle force cachée, mystérieuse et puissante peut donner du courage à la prédication apostolique et rendre plus hardie la parole des lèvres apostoliques ? Il n’y a qu’une réponse : la prière peut accomplir cette œuvre.
Quelle force peut atteindre et dominer le mal au point que les fruits mêmes du mal soient changés en bien ? Nous trouvons de nouveau la réponse dans les paroles de Paul, à propos des prières faites pour lui :
« C’est lui qui nous a délivrés et qui nous délivrera d’une telle mort, lui de qui nous espérons qu’il nous délivrera encore, vous-mêmes aussi nous assistant de vos prières. Qu’importe? De toute manière, que ce soit pour l’apparence, que ce soit sincèrement, Christ n’est pas moins annoncé: je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore. »
Nous voyons comment les promesses de Dieu deviennent réelles et personnelles par la prière. « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. » Voilà une promesse sertie de joyaux. Paul aimait Dieu, mais il ne laissa pas la promesse livrée à elle-même, comme allant de soi, pour produire ses bienheureux résultats. Aussi écrivit-il aux Corinthiens, comme nous l’avons déjà vu : « Je suis dans la détresse. Je me confie en Dieu pour qu’il me délivre. Vous-mêmes aussi, assistez-moi de vos prières. » En m’assistant par la prière, vous aidez Dieu à rendre la promesse forte et riche dans son accomplissement.
Les demandes de prière de Paul embrassaient « la supplication pour tous les saints », mais surtout un courage apostolique pour lui-même. Combien il avait besoin de ce courage, comme tous les vrais prédicateurs appelés de Dieu en ont besoin ! La prière devait ouvrir des portes aux travaux apostoliques, mais en même temps elle devait ouvrir les lèvres apostoliques pour prononcer avec courage et vérité le message apostolique.
Écoutez-le s’adresser à l’Église de Colosses :
« Priez en même temps pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes,
« Et le faire connaître comme je dois en parler. »
Qu’une telle demande conviendrait bien dans la bouche d’un prédicateur d’aujourd’hui s’adressant à son assemblée ! Que le prédicateur d’aujourd’hui a grand besoin de ces choses que Paul désirait pour lui-même !
Comme dans sa demande aux Éphésiens, Paul veut que lui soit donnée une « porte pour la parole », afin de prêcher avec la liberté de l’Esprit, d’être délivré de toute étroitesse de pensée et de toute entrave dans son expression. De plus, il désire la capacité de faire connaître dans les termes les plus clairs, sans confusion de pensée et avec force d’expression, l’Évangile « comme il doit en parler », et comme tout prédicateur devrait parler. Heureux le prédicateur qui exerce son ministère auprès d’un peuple qui prie ainsi pour lui !
Et plus heureux encore s’il sent au fond de lui, en affrontant sa tâche pleine de responsabilité et en mesurant combien il a besoin de ces choses pour prêcher avec clarté, force et efficacité, qu’il a pressé son peuple de prier pour lui !
La prière transforme les croix, les épreuves et les oppositions en bénédictions, et les fait concourir au bien. « Cela tournera à mon salut, grâce à vos prières », dit Paul. De même aujourd’hui, dans la vie du prédicateur, les mêmes choses sont à la fin transformées en bénédictions pleines de grâce, « vous-mêmes aussi nous assistant de vos prières ». La prière des saints aida puissamment la prédication apostolique et tira les hommes apostoliques de bien des situations pénibles. De même, une telle prière, de nos jours, produira des résultats semblables dans la prédication fidèle de ministres courageux et intrépides. La prière pour le prédicateur est efficace, tout comme la prière du prédicateur est efficace. Deux choses pèsent toujours dans la vie et l’œuvre d’un vrai prédicateur : d’abord, qu’il prie constamment, avec ferveur et persévérance, pour ceux à qui il prêche ; ensuite, que ceux auprès de qui il exerce son ministère prient pour leur prédicateur. Heureux le prédicateur ainsi placé. Bénie l’assemblée ainsi favorisée.
À l’Église de Thessalonique, Paul adresse cette demande pressante, précise, claire et vigoureuse :
« Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur se répande et soit glorifiée comme elle l’est chez-vous,
« Et afin que nous soyons délivrés des hommes méchants et pervers. »
Il a en vue un champ de course, sur lequel le coureur s’efforce d’atteindre le but. Des obstacles barrent le chemin de sa réussite et doivent être ôtés, pour que le coureur puisse enfin réussir et obtenir le prix. La « parole du Seigneur », telle que Paul la prêchait, est ce coureur. Cette Parole est personnifiée, et de sérieux obstacles gênent la course de la Parole. Elle doit avoir « libre cours ». Tout ce qui se trouve sur son chemin et s’oppose à sa course doit être ôté de sa route. Ces obstacles sur le chemin de la parole du Seigneur, qui l’empêchent de « courir et d’être glorifiée », se trouvent dans le prédicateur lui-même, dans l’Église auprès de laquelle il exerce son ministère et chez les pécheurs qui l’entourent. La Parole court et est glorifiée lorsqu’elle a un libre accès à l’esprit et au cœur de ceux à qui elle est prêchée, lorsque les pécheurs sont convaincus de péché, lorsqu’ils considèrent sérieusement les droits que la Parole de Dieu a sur eux, et lorsqu’ils sont amenés à prier pour eux-mêmes, implorant la miséricorde qui pardonne. Elle est glorifiée lorsque les saints sont instruits dans l’expérience religieuse, corrigés de leurs erreurs de doctrine et de leurs fautes de conduite, et lorsqu’ils sont conduits à rechercher les choses d’en haut et à prier pour des expériences plus profondes dans la vie divine.
Remarquez-le bien. Ce n’est pas lorsque le prédicateur est glorifié à cause du succès merveilleux opéré par la Parole. Ce n’est pas lorsque les gens le louent outre mesure et font grand cas de lui à cause de ses sermons merveilleux, de sa grande éloquence et de ses dons remarquables. Le prédicateur est tenu à l’arrière-plan dans toute cette œuvre de glorification, bien qu’il soit au premier rang en tant qu’objet de toute cette prière.
La prière doit accomplir toutes ces choses. Aussi Paul presse, supplie, insiste : « Priez pour nous. » Et il ne s’agit pas tant d’une prière pour Paul personnellement, dans sa vie chrétienne et son expérience religieuse. Tout cela demandait beaucoup de prière. Il s’agissait en réalité de prier pour lui dans sa charge, de prier pour lui dans la fonction et l’œuvre d’un ministre de l’Évangile. Sa langue devait être déliée dans la prédication, sa bouche ouverte et son esprit libéré. La prière devait aider sa vie religieuse, non pas tant parce qu’elle l’aiderait à « travailler à son salut », mais plutôt parce qu’une vie droite donnerait de la force à la parole du Seigneur et l’empêcherait d’être un obstacle à la Parole qu’il prêchait. Et de même qu’il désire qu’il n’y ait en lui-même aucun obstacle qui ferait échouer sa propre prédication, de même il veut que tous les obstacles soient ôtés des Églises auprès desquelles il exerce son ministère, afin que les membres de l’Église ne barrent pas le chemin à la Parole et ne l’alourdissent pas tandis qu’elle court sur le champ de course pour tenter d’atteindre le but, à savoir l’esprit et le cœur des gens. De plus, il souhaite que les obstacles chez ceux qui ne sont pas sauvés soient écartés, afin que la Parole de Dieu, telle qu’il la prêche, atteigne leur cœur et soit glorifiée dans leur salut.
Avec tout cela devant lui, Paul adresse cette demande pressante aux croyants de Thessalonique : « Priez pour nous », parce que la prière des vrais chrétiens aiderait grandement à la course de la parole du Seigneur.
Sage le prédicateur qui a des yeux pour voir ces choses et qui comprend que son succès dépend en grande partie d’une telle prière de la part de son peuple pour lui. Combien nous avons besoin aujourd’hui d’Églises qui, gardant le prédicateur à l’esprit et la Parole prêchée sur le cœur, prient pour lui afin que « la parole du Seigneur ait libre cours et soit glorifiée ».
Un autre élément de cette demande mérite d’être relevé : « Afin que nous soyons délivrés des hommes méchants et pervers. » De tels hommes sont des obstacles sur le chemin de la parole du Seigneur. Rares sont les prédicateurs qui n’en sont pas harcelés et qui n’ont pas besoin d’en être délivrés. La prière aide à procurer aux prédicateurs une telle délivrance des « hommes pervers et méchants ». Paul était importuné par de tels personnages, et c’est précisément pour cette raison qu’il pressait les croyants de prier pour lui, afin qu’il en soit délivré.
En résumé, nous voyons que Paul estime que le succès de la Parole, sa liberté et son ampleur, sont liés à leurs prières, et que, s’ils manquaient de prier, son influence et sa gloire en seraient restreintes. Sa délivrance des hommes pervers et méchants, ainsi que sa sécurité, dépendent, affirme-t-il, d’une certaine manière de leurs prières. Ces prières, tout en l’aidant grandement à prêcher, protégeraient en même temps sa personne contre les desseins cruels des hommes méchants et pervers.
En Hébreux 13:9, Paul ouvre ainsi son cœur à ces chrétiens hébreux en leur demandant de prier pour lui :
« Priez pour nous; car nous croyons avoir une bonne conscience, voulant en toutes choses nous bien conduire. »
Dans cette demande de prière ressortent la conscience intime qu’a Paul de l’intégrité de son cœur et le témoignage intérieur de son honnêteté personnelle ; ce sont là une vérité fondamentale de son caractère chrétien. Il ne trouve en lui-même aucune place pour le blâme. « Priez pour nous. » Vos prières pour nous trouveront en moi une intégrité honnête, une exécution honnête et une administration honnête de tous les fruits de la prière.
Cette demande vise à pousser les saints à une prière plus fervente, à plus de dévouement à la prière et à plus d’insistance dans la prière. La prière devait influer sur sa visite chez eux, la hâterait et en augmenterait les bienfaits.
Paul est sur le pied de l’amitié la plus cordiale et la plus libre avec Philémon. Il désire vivement lui rendre visite un jour, s’y attend, et en fixe le rendez-vous. Il tient pour acquis que Philémon prie, car cet homme ayant été converti sous son ministère, on suppose qu’il a appris la leçon de Paul sur la prière. Il suppose aussi que la prière ouvrira la voie à sa visite, ôtera les obstacles et les réunira par grâce. Aussi demande-t-il à Philémon de lui préparer un logement, ajoutant : « J’espère vous être rendu, grâce à vos prières. » Paul pensait que ses déplacements étaient entravés ou favorisés par les prières de ses frères.
Chapitre 17 terminé
Paul et ses demandes de prière (suite)