Chapitre 4 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute
Tendances à éviter
Regardons souvent Brainerd dans les forêts d’Amérique, répandant son âme même devant Dieu pour les païens qui périssent, sans le salut desquels rien ne pouvait le rendre heureux. La prière — la prière secrète, fervente, pleine de foi — est à la racine de toute piété personnelle. Une connaissance suffisante de la langue du pays où vit le missionnaire, un caractère doux et attachant, un cœur livré à Dieu dans la religion du lieu secret — voilà, voilà les acquis qui, plus que tout savoir ou que tous les autres dons, nous rendront propres à devenir les instruments de Dieu dans la grande œuvre de la rédemption humaine. — La confrérie de Carey, Serampore
IL y a deux tendances extrêmes dans le ministère. L’une est de se couper de tout commerce avec les gens. Le moine, l’ermite en sont des exemples ; ils se retiraient loin des hommes pour être davantage avec Dieu. Ils ont échoué, bien entendu. Notre présence auprès de Dieu n’est utile que dans la mesure où nous en dépensons les bienfaits inestimables au profit des hommes. Notre époque, ni chez les prédicateurs ni chez les fidèles, n’est guère tendue vers Dieu. Nos désirs ne vont pas de ce côté. Nous nous enfermons dans notre cabinet de travail, nous devenons des étudiants, des rats de bibliothèque, des rats de Bible, des faiseurs de sermons, réputés pour notre littérature, notre pensée et nos sermons ; mais le peuple et Dieu, où sont-ils ? Loin du cœur, loin de l’esprit. Les prédicateurs qui sont de grands penseurs, de grands étudiants, doivent être les plus grands des hommes de prière, sinon ils seront les plus grands des rétrogrades, des professionnels sans cœur, des rationalistes, moindres que le moindre des prédicateurs dans l’estime de Dieu.
L’autre tendance est de populariser entièrement le ministère. Le prédicateur n’est plus l’homme de Dieu, mais un homme d’affaires, un homme du peuple. Il ne prie pas, parce que sa mission est auprès du peuple. S’il peut émouvoir les gens, susciter de l’intérêt, une sensation en faveur de la religion, un intérêt pour l’œuvre de l’Église — il est satisfait. Sa relation personnelle avec Dieu n’entre pour rien dans son travail. La prière n’a que peu ou pas de place dans ses plans. Le désastre et la ruine d’un tel ministère ne peuvent se calculer par l’arithmétique terrestre. Ce que le prédicateur est dans la prière devant Dieu, pour lui-même, pour son peuple, telle est sa puissance pour faire un bien réel aux hommes, telle est sa vraie fécondité, sa vraie fidélité envers Dieu, envers l’homme, pour le temps et pour l’éternité.
Il est impossible au prédicateur de garder son esprit en harmonie avec la nature divine de sa haute vocation sans beaucoup de prière. Croire que le prédicateur, à force de devoir et de fidélité laborieuse au travail et à la routine du ministère, peut se maintenir en forme et en état, c’est une grave erreur. Même la composition des sermons, incessante et exigeante, comme art, comme devoir, comme travail ou comme plaisir, absorbera et endurcira le cœur, et l’éloignera de Dieu, si la prière est négligée. Le savant perd Dieu dans la nature. Le prédicateur peut perdre Dieu dans son sermon.
La prière rafraîchit le cœur du prédicateur, le garde accordé à Dieu et en sympathie avec le peuple, élève son ministère au-dessus de l’air glacé d’une profession, féconde la routine et met en mouvement chaque rouage avec l’aisance et la puissance d’une onction divine.
M. Spurgeon dit : « Il va de soi que le prédicateur se distingue, plus que tous les autres, comme un homme de prière. Il prie comme un chrétien ordinaire, sinon il serait un hypocrite. Il prie plus que les chrétiens ordinaires, sinon il serait inapte à la charge qu’il a entreprise. Si vous, ministres, n’êtes pas des hommes de beaucoup de prière, vous êtes à plaindre. Si vous vous relâchez dans la dévotion sacrée, non seulement vous serez à plaindre, mais votre peuple aussi, et le jour vient où vous serez honteux et confus. Toutes nos bibliothèques et tous nos cabinets d’étude ne sont que pur néant comparés à nos lieux secrets de prière. Nos temps de jeûne et de prière au Tabernacle ont été de grands jours, en vérité ; jamais la porte du ciel ne s’est tenue plus grande ouverte ; jamais nos cœurs n’ont été plus près de la Gloire centrale. »
La prière qui fait un ministère de prière n’est pas un peu de prière ajouté comme on ajoute un arôme pour donner un goût agréable ; la prière doit être dans le corps même, et former le sang et les os. La prière n’est pas un petit devoir relégué dans un coin ; ce n’est pas une formalité faite de bribes, composée des fragments de temps arrachés aux affaires et aux autres engagements de la vie ; elle veut dire que le meilleur de notre temps, le cœur de notre temps et de nos forces, doit lui être donné. Elle ne veut pas dire le lieu secret de la prière absorbé dans le cabinet de travail ou englouti dans les activités des devoirs du ministère ; elle veut dire le lieu secret d’abord, l’étude et les activités ensuite, l’étude comme les activités étant rafraîchies et rendues efficaces par le lieu secret. La prière qui marque notre ministère doit donner le ton à notre vie. La prière qui donne au caractère sa couleur et son orientation n’est pas un passe-temps agréable et hâtif. Elle doit entrer dans le cœur et dans la vie aussi fortement que le Christ quand il pria « avec de grands cris et avec larmes » ; elle doit tirer l’âme dans une agonie de désir, comme chez Paul ; elle doit être un feu et une force intérieurs, comme « la prière fervente » de Jacques ; elle doit être de cette qualité qui, déposée dans l’encensoir d’or et offerte en encens devant Dieu, produit de puissantes convulsions et de puissantes révolutions spirituelles.
La prière n’est pas une petite habitude épinglée sur nous quand nous étions encore attachés aux cordons du tablier de notre mère ; ce n’est pas non plus un petit bénédicité convenable d’un quart de minute, prononcé avant un dîner d’une heure ; c’est l’œuvre la plus sérieuse de nos années les plus sérieuses. Elle prend plus de notre temps et de notre appétit que nos plus longs repas ou nos festins les plus riches. La prière qui donne du prix à notre prédication doit avoir un grand prix à nos yeux. Le caractère de notre prière déterminera le caractère de notre prédication. Une prière légère fera une prédication légère. La prière rend la prédication forte, lui donne l’onction et la fait porter. Dans tout ministère qui a pesé pour le bien, la prière a toujours été une affaire sérieuse.
Le prédicateur doit être par excellence un homme de prière. Son cœur doit recevoir ses diplômes à l’école de la prière. C’est à l’école de la prière seulement que le cœur peut apprendre à prêcher. Aucun savoir ne peut suppléer au manque de prière. Aucun sérieux, aucune diligence, aucune étude, aucun don ne comblera ce vide.
Parler aux hommes de la part de Dieu est une grande chose, mais parler à Dieu en faveur des hommes est plus grand encore. Il ne parlera jamais bien, ni avec un vrai succès, aux hommes de la part de Dieu, celui qui n’a pas bien appris à parler à Dieu en faveur des hommes. Bien plus, des paroles sans prière, en chaire et hors de la chaire, sont des paroles qui font mourir.
Chapitre 4 terminé
Tendances à éviter