La puissance par la prière
La lettre tue

Chapitre 3 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

La lettre tue

Durant cette affliction, je fus amené à examiner ma vie au regard de l’éternité de plus près que je ne l’avais fait quand je jouissais de la santé. Dans cet examen, quant à l’accomplissement de mes devoirs envers mes semblables, comme homme, comme ministre chrétien et comme responsable de l’Église, ma conscience m’approuva ; mais à l’égard de mon Rédempteur et Sauveur, le résultat fut tout autre. Ma reconnaissance et mon obéissance aimante ne sont nullement à la mesure de ce que je lui dois pour m’avoir racheté, gardé et soutenu à travers les vicissitudes de la vie, de l’enfance à la vieillesse. La froideur de mon amour pour celui qui m’a aimé le premier et qui a tant fait pour moi m’accabla et me remplit de confusion ; et, pour achever le portrait de mon indignité, non seulement j’avais négligé de faire fructifier la grâce reçue autant que mon devoir et mon privilège le demandaient, mais, faute de la faire fructifier, j’étais, au milieu d’une abondance de soucis et de travaux accablants, déchu de mon premier zèle et de mon premier amour. Je fus confondu, je m’humiliai, j’implorai miséricorde, et je renouvelai mon alliance : lutter et me consacrer sans réserve au Seigneur. — L’évêque McKendree

LA prédication qui tue peut être, et elle l’est souvent, orthodoxe — dogmatiquement, inviolablement orthodoxe. Nous aimons l’orthodoxie. Elle est bonne. Elle est ce qu’il y a de meilleur. C’est l’enseignement net et précis de la Parole de Dieu, les trophées remportés par la vérité dans son combat contre l’erreur, les digues que la foi a élevées contre les flots dévastateurs de la fausse croyance ou de l’incrédulité, sincère ou téméraire ; mais l’orthodoxie, claire et dure comme le cristal, soupçonneuse et militante, peut n’être que la lettre bien formée, bien nommée et bien apprise, la lettre qui tue. Rien n’est aussi mort qu’une orthodoxie morte, trop morte pour spéculer, trop morte pour penser, pour étudier ou pour prier.

La prédication qui tue peut avoir de la pénétration et une bonne prise des principes, être érudite et critique dans ses goûts, posséder chaque minutie de l’étymologie et de la grammaire de la lettre, savoir tailler la lettre selon son modèle parfait et l’éclairer comme on éclaire Platon et Cicéron, l’étudier comme un avocat étudie ses manuels pour préparer son dossier ou défendre sa cause, et pourtant être comme une gelée, une gelée qui tue. La prédication de la lettre peut être éloquente, émaillée de poésie et de rhétorique, saupoudrée de prière, relevée de sensation, illuminée par le génie, et tout cela n’être pourtant que les montures massives ou sobres, mais coûteuses, les fleurs rares et belles qui ornent le cercueil du cadavre. La prédication qui tue peut être sans érudition, dépourvue de toute fraîcheur de pensée ou de sentiment, vêtue de généralités insipides ou de particularités fades, d’un style irrégulier, négligé, qui ne sent ni le lieu secret de la prière ni le cabinet de travail, et qui n’est relevé ni par la pensée, ni par l’expression, ni par la prière. Sous une telle prédication, quelle désolation, vaste et totale ! quelle profonde mort spirituelle !

Cette prédication de la lettre s’occupe de la surface et de l’ombre des choses, et non des choses elles-mêmes. Elle ne pénètre pas jusqu’à l’intérieur. Elle n’a ni regard profond sur la vie cachée de la Parole de Dieu, ni prise solide sur elle. Elle est fidèle à l’extérieur, mais l’extérieur est l’écorce qu’il faut briser et percer pour atteindre l’amande. La lettre peut être parée de façon à attirer et à être à la mode, mais l’attrait ne tourne pas vers Dieu, et la mode n’est pas celle du ciel. L’échec est dans le prédicateur. Dieu ne l’a pas fait. Il n’a jamais été entre les mains de Dieu comme l’argile est dans la main du potier. Il s’est affairé autour du sermon, de sa pensée et de son fini, de ses forces d’attraction et d’impression ; mais les profondeurs de Dieu, il ne les a jamais cherchées, étudiées, sondées, éprouvées. Il ne s’est jamais tenu devant « un trône très élevé », n’a jamais entendu le chant des séraphins, n’a jamais vu la vision ni senti le souffle de cette redoutable sainteté, ne s’est jamais écrié, dans un abandon et un désespoir complets, sous le sentiment de sa faiblesse et de sa culpabilité, pour voir sa vie renouvelée, son cœur touché, purifié, embrasé par la pierre ardente prise sur l’autel de Dieu. Son ministère peut attirer les gens à lui, à l’Église, aux formes et aux cérémonies ; mais il ne suscite aucune véritable attirance vers Dieu, aucune communion douce, sainte et divine. L’Église a été couverte de fresques, mais non édifiée ; charmée, mais non sanctifiée. La vie est étouffée ; un froid pèse sur l’air de l’été ; le sol est desséché. La ville de notre Dieu devient la ville des morts ; l’Église, un cimetière, et non une armée rangée en bataille. La louange et la prière sont étouffées ; le culte est mort. Le prédicateur et la prédication ont servi le péché, et non la sainteté ; ils ont peuplé l’enfer, et non le ciel.

La prédication qui tue est une prédication sans prière. Sans la prière, le prédicateur crée la mort, et non la vie. Le prédicateur qui est faible dans la prière est faible en forces vivifiantes. Le prédicateur qui a cessé de faire de la prière un élément marquant et largement prédominant de son propre caractère a dépouillé sa prédication de sa puissance vivifiante distinctive. Il y a et il y aura toujours une prière professionnelle, mais la prière professionnelle aide la prédication dans son œuvre de mort. La prière professionnelle glace et tue à la fois la prédication et la prière. Une grande part du relâchement de la dévotion et des attitudes paresseuses et irrévérencieuses dans la prière de l’assemblée est imputable à la prière professionnelle en chaire. Longues, décousues, sèches et vides sont les prières dans bien des chaires. Sans onction ni cœur, elles tombent comme une gelée meurtrière sur toutes les grâces du culte. Ce sont des prières qui donnent la mort. Toute trace de dévotion a péri sous leur souffle. Plus elles sont mortes, plus elles s’allongent. Il est temps de plaider pour une prière courte, une prière vivante, une vraie prière du cœur, une prière par le Saint-Esprit — directe, précise, ardente, simple, pleine d’onction en chaire. Une école pour enseigner aux prédicateurs à prier, selon ce que Dieu compte pour prière, serait plus profitable à la vraie piété, au vrai culte et à la vraie prédication que toutes les écoles de théologie.

Arrêtez ! Faites halte ! Réfléchissez ! Où en sommes-nous ? Que faisons-nous ? Prêcher pour tuer ? Prier pour tuer ? Prier Dieu ! le grand Dieu, le Créateur de tous les mondes, le Juge de tous les hommes ! Quelle révérence ! quelle simplicité ! quelle sincérité ! quelle vérité au fond du cœur cela exige ! Comme nous devons être vrais ! Comme nous devons y mettre tout notre cœur ! La prière à Dieu, l’exercice le plus noble, l’effort le plus élevé de l’homme, la chose la plus réelle ! Ne rejetterons-nous pas à jamais la prédication maudite qui tue et la prière qui tue, pour faire la chose réelle, la chose la plus puissante — une prière qui prie vraiment, une prédication qui crée la vie —, mettre en œuvre la force la plus puissante sur le ciel et sur la terre, et puiser dans le trésor inépuisable et ouvert de Dieu pour le besoin et l’indigence de l’homme ?

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