La puissance par la prière
L’onction, marque de la vraie prédication de l’Évangile

Chapitre 15 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

L’onction, marque de la vraie prédication de l’Évangile

Parlez pour l’éternité. Avant toute chose, cultivez votre propre esprit. Une parole prononcée par vous quand votre conscience est pure et votre cœur rempli de l’Esprit de Dieu vaut dix mille paroles prononcées dans l’incrédulité et le péché. Souvenez-vous que c’est à Dieu, et non à l’homme, que doit revenir la gloire. Si le voile qui couvre la machinerie du monde était levé, nous découvririons combien de choses s’accomplissent en réponse aux prières des enfants de Dieu. — Robert Murray McCheyne

L’ONCTION est ce je-ne-sais-quoi indéfinissable et indescriptible qu’un vieux et célèbre prédicateur écossais décrit ainsi : « Il y a parfois dans la prédication quelque chose qu’on ne peut attribuer ni au fond ni à l’expression, et dont on ne saurait dire ce que c’est ni d’où cela vient ; mais avec une douce violence cela pénètre jusque dans le cœur et les affections, et cela vient directement de la Parole ; et s’il est un moyen d’obtenir une telle chose, c’est la disposition céleste de celui qui parle. »

Nous l’appelons onction. C’est cette onction qui rend la parole de Dieu « vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et mœlles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur ». C’est cette onction qui donne aux paroles du prédicateur tant de pointe, de tranchant et de puissance, et qui suscite tant de frottement et d’agitation dans mainte assemblée morte. Les mêmes vérités ont été dites dans la stricte rigueur de la lettre, aussi lisses que l’huile humaine pouvait les rendre ; mais aucun signe de vie, pas un battement de pouls ; tout était paisible comme la tombe, et aussi mort. Entre-temps, le même prédicateur reçoit un baptême de cette onction, le souffle divin est sur lui, la lettre de la Parole a été embellie et embrasée par cette puissance mystérieuse, et les pulsations de la vie commencent — une vie qui reçoit ou une vie qui résiste. L’onction pénètre et convainc la conscience, et elle brise le cœur.

Cette onction divine est le trait qui sépare et distingue la vraie prédication de l’Évangile de toutes les autres manières de présenter la vérité, et qui creuse un large abîme spirituel entre le prédicateur qui la possède et celui qui ne la possède pas. Elle soutient et imprègne la vérité révélée de toute l’énergie de Dieu. L’onction, c’est tout simplement mettre Dieu dans sa propre parole et sur ses propres prédicateurs. Par une prière puissante et abondante, et par une prière continuelle, elle devient pleinement agissante et personnelle chez le prédicateur ; elle inspire et clarifie son intelligence, lui donne perspicacité, prise et force de projection ; elle donne au prédicateur la puissance du cœur, qui est plus grande que la puissance de la tête ; et par elle, la tendresse, la pureté, la force jaillissent du cœur. L’élargissement, la liberté, la plénitude de la pensée, la franchise et la simplicité de la parole sont les fruits de cette onction.

On prend souvent le zèle pour cette onction. Celui qui possède l’onction divine sera zélé par la nature spirituelle même des choses ; mais il peut y avoir énormément de zèle sans le moindre mélange d’onction.

Le zèle et l’onction se ressemblent sous certains angles. On peut aisément, et sans que personne s’en aperçoive, substituer le zèle à l’onction, ou les confondre. Il faut un œil spirituel et un goût spirituel pour les discerner.

Le zèle peut être sincère, sérieux, ardent et persévérant. Il s’attaque à une chose avec bonne volonté, la poursuit avec persévérance, la presse avec ardeur ; il y met de la force. Mais toutes ces forces ne s’élèvent pas plus haut que le simplement humain. L’homme y est — l’homme tout entier, avec tout ce qu’il a de volonté et de cœur, d’intelligence et de génie, de projets, d’action et de paroles. Il s’est fixé un but qui l’a maîtrisé, et il le poursuit pour le maîtriser. Il peut n’y avoir rien de Dieu là-dedans. Il peut y avoir peu de Dieu, parce qu’il y a tant de l’homme. Il peut présenter, en faveur de son but ardent, des plaidoyers qui plaisent ou qui touchent, qui émeuvent ou qui accablent par la conviction de leur importance ; et dans tout cela, le zèle peut suivre des voies terrestres, mû uniquement par des forces humaines, son autel bâti par des mains terrestres et son feu allumé à des flammes terrestres. On dit d’un prédicateur doué, assez célèbre, qui interprétait l’Écriture au gré de sa fantaisie ou de ses desseins, qu’il « devenait très éloquent sur sa propre exégèse ». Ainsi les hommes deviennent extrêmement zélés pour leurs propres projets ou leurs propres mouvements. Le zèle peut n’être que de l’égoïsme déguisé.

Et l’onction ? Elle est, dans la prédication, l’indéfinissable qui en fait une prédication. Elle est ce qui distingue et sépare la prédication de tous les discours simplement humains. Elle est le divin dans la prédication. Elle rend la prédication tranchante pour ceux qui ont besoin de tranchant. Elle distille comme la rosée pour ceux qui ont besoin d’être rafraîchis. On l’a fort bien décrite comme :

« une épée à deux tranchants

D’une trempe céleste et vive,

Et doubles étaient les blessures qu’elle faisait

Partout où elle frappait au passage.

C’était la mort pour le péché ; c’était la vie

Pour tous ceux qui pleuraient sur le péché.

Elle allumait et apaisait la lutte,

Faisait au-dedans la guerre et la paix. »

Cette onction vient au prédicateur non pas dans le cabinet de travail, mais dans le lieu secret de la prière. Elle est la distillation du ciel en réponse à la prière. Elle est la plus douce exhalaison du Saint-Esprit. Elle imprègne, baigne, adoucit, s’infiltre, tranche et apaise. Elle porte la Parole comme de la dynamite, comme du sel, comme du sucre ; elle fait de la Parole un baume, un ordonnateur, un révélateur, un scrutateur ; elle fait de l’auditeur un coupable ou un saint, le fait pleurer comme un enfant et vivre comme un géant ; elle ouvre son cœur et sa bourse aussi doucement, et pourtant aussi puissamment, que le printemps ouvre les feuilles. Cette onction n’est pas le don du génie. On ne la trouve pas dans les salles du savoir. Aucune éloquence ne peut la séduire. Aucun labeur ne peut la conquérir. Aucune main de prélat ne peut la conférer. Elle est le don de Dieu — le sceau qu’il appose sur ses propres messagers. Elle est l’adoubement du ciel, accordé aux élus, aux vrais et aux vaillants, qui ont recherché cet honneur de l’onction au long de mainte heure de prière, de larmes et de lutte.

Le zèle est bon et impressionnant ; le génie est doué et grand. La pensée enflamme et inspire ; mais il faut une dotation plus divine, une énergie plus puissante que le zèle, le génie ou la pensée pour briser les chaînes du péché, pour gagner à Dieu des cœurs éloignés et dépravés, pour réparer les brèches et ramener l’Église à ses anciennes voies de pureté et de puissance. Rien d’autre que cette sainte onction ne peut le faire.

Chapitre 15 terminé

L’onction, marque de la vraie prédication de l’Évangile

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