Chapitre 16 · 6 min de lecture · 7 min d’écoute
Beaucoup de prière : le prix de l’onction
Tous les efforts du ministre seront vanité, ou pire que vanité, s’il n’a pas l’onction. L’onction doit descendre du ciel et répandre sur son ministère une saveur, une sensibilité et un goût ; et parmi les autres moyens de se rendre apte à sa charge, la Bible doit tenir la première place, et la dernière aussi doit être donnée à la Parole de Dieu et à la prière. — Richard Cecil
DANS le système chrétien, l’onction est cette action du Saint-Esprit qui oint, qui met à part pour l’œuvre de Dieu et qui rend apte à l’accomplir. Cette onction est l’unique capacité divine par laquelle le prédicateur atteint les fins propres et salutaires de la prédication. Sans cette onction, aucun véritable résultat spirituel n’est obtenu ; les résultats et les forces de la prédication ne s’élèvent pas au-dessus des résultats d’une parole non sanctifiée. Sans onction, celle-ci est aussi puissante que la chaire.
Cette onction divine sur le prédicateur produit, par la Parole de Dieu, les résultats spirituels qui découlent de l’Évangile ; et sans cette onction, ces résultats ne sont pas obtenus. Bien des impressions agréables peuvent être produites, mais toutes restent bien en deçà des fins de la prédication de l’Évangile. Cette onction peut être imitée. Bien des choses lui ressemblent, bien des résultats ressemblent à ses effets ; mais ils sont étrangers à ses résultats et à sa nature. La ferveur ou l’attendrissement suscités par un sermon pathétique ou émouvant peuvent ressembler aux mouvements de l’onction divine, mais ils n’ont aucune force aiguë, pénétrante, qui brise le cœur. Il n’y a aucun baume qui guérisse le cœur dans ces mouvements superficiels, sentimentaux, émotionnels ; ils ne sont pas radicaux, ils ne sondent pas le péché et ne le guérissent pas non plus.
Cette onction divine est le seul trait distinctif qui sépare la vraie prédication de l’Évangile de toutes les autres manières de présenter la vérité. Elle soutient et pénètre la vérité révélée de toute la force de Dieu. Elle illumine la Parole, élargit et enrichit l’intelligence, et la rend capable de saisir et de comprendre la Parole. Elle rend apte le cœur du prédicateur et l’amène à cet état de tendresse, de pureté, de force et de lumière qui est nécessaire pour obtenir les plus hauts résultats. Cette onction donne au prédicateur la liberté et l’élargissement de la pensée et de l’âme — une liberté, une plénitude et une franchise de parole qu’aucun autre procédé ne peut procurer.
Sans cette onction sur le prédicateur, l’Évangile n’a pas plus de puissance pour se propager que n’importe quel autre système de vérité. C’est là le sceau de sa divinité. L’onction chez le prédicateur met Dieu dans l’Évangile. Sans l’onction, Dieu est absent, et l’Évangile est livré aux forces basses et insuffisantes que l’ingéniosité, l’intérêt ou les talents des hommes peuvent imaginer pour faire valoir et répandre ses doctrines.
C’est sur ce point que la chaire échoue plus souvent que sur tout autre. C’est précisément en ce point capital qu’elle défaille. Elle peut avoir le savoir ; l’éclat et l’éloquence peuvent ravir et charmer ; le sensationnel ou des méthodes moins choquantes peuvent attirer les foules ; la puissance intellectuelle peut imprimer et faire valoir la vérité de toutes ses ressources ; mais sans cette onction, tout cela, chaque chose et l’ensemble, ne sera que l’assaut agité des flots contre un Gibraltar. L’écume et les embruns peuvent le couvrir et le faire scintiller ; mais les rochers sont toujours là, intacts et inébranlables. Le cœur humain ne peut pas plus être purgé de sa dureté et de son péché par ces forces humaines que ces rochers ne peuvent être emportés par le flot incessant de l’océan.
Cette onction est la force de la consécration, et sa présence est l’épreuve continuelle de cette consécration. C’est cette onction divine sur le prédicateur qui assure sa consécration à Dieu et à son œuvre. D’autres forces et d’autres motifs peuvent l’appeler à l’œuvre, mais cela seul est consécration. Une mise à part pour l’œuvre de Dieu par la puissance du Saint-Esprit est la seule consécration que Dieu reconnaisse comme légitime.
L’onction, l’onction divine, cette onction céleste, voilà ce dont la chaire a besoin et ce qu’elle doit avoir. Cette huile divine et céleste, répandue sur elle par l’imposition de la main de Dieu, doit adoucir et assouplir l’homme tout entier — cœur, tête, esprit — jusqu’à le séparer d’une puissante séparation de tous les motifs et de tous les buts terrestres, profanes, mondains, égoïstes, et à le mettre à part pour tout ce qui est pur et semblable à Dieu.
C’est la présence de cette onction sur le prédicateur qui suscite l’agitation et le frottement dans mainte assemblée. Les mêmes vérités ont été dites dans la stricte rigueur de la lettre, mais on n’a vu aucune ride à la surface, on n’a senti ni douleur ni pulsation. Tout est calme comme un cimetière. Un autre prédicateur vient, et cette influence mystérieuse est sur lui ; la lettre de la Parole a été embrasée par l’Esprit, on ressent les tressaillements d’un puissant mouvement ; c’est l’onction qui pénètre et remue la conscience, et qui brise le cœur. La prédication sans onction rend tout dur, sec, âcre, mort.
Cette onction n’est pas seulement un souvenir ou une époque du passé ; c’est un fait présent, vécu, conscient. Elle appartient à l’expérience de l’homme aussi bien qu’à sa prédication. C’est elle qui le transforme à l’image de son divin Maître, aussi bien que ce par quoi il annonce avec puissance les vérités de Christ. Elle est à ce point la puissance du ministère que, sans elle, tout le reste paraît faible et vain, et que, par sa présence, elle compense l’absence de toutes les autres forces, plus faibles.
Cette onction n’est pas un don inaliénable. C’est un don conditionnel, et sa présence se perpétue et s’accroît par le même moyen par lequel elle a été obtenue au début : par une prière incessante à Dieu, par des désirs passionnés après Dieu, en l’estimant à son prix, en la recherchant avec une ardeur infatigable, en regardant tout le reste comme perte et échec sans elle.
Comment et d’où vient cette onction ? Directement de Dieu, en réponse à la prière. Seuls les cœurs qui prient sont remplis de cette huile sainte ; seules les lèvres qui prient sont ointes de cette onction divine.
La prière, beaucoup de prière, est le prix de l’onction dans la prédication ; la prière, beaucoup de prière, est l’unique, la seule condition pour garder cette onction. Sans prière incessante, l’onction ne vient jamais au prédicateur. Sans persévérance dans la prière, l’onction, comme la manne gardée trop longtemps, engendre des vers.
Chapitre 16 terminé
Beaucoup de prière : le prix de l’onction