Chapitre 12 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute
La préparation du cœur est nécessaire
Car rien n’atteint le cœur que ce qui vient du cœur, et rien ne transperce la conscience que ce qui vient d’une conscience vivante. — William Penn
Ce matin, je me suis davantage occupé de préparer la tête que le cœur. Ce fut souvent mon erreur, et j’en ai toujours senti le mal, surtout dans la prière. Corrige-le donc, ô Seigneur ! Élargis mon cœur, et je prêcherai. — Robert Murray McCheyne
Un sermon où l’on a mis plus de tête que de cœur ne sera pas porté avec efficacité jusqu’au cœur des auditeurs. — Richard Cecil
LA PRIÈRE, avec ses forces multiples et aux mille facettes, aide la bouche à dire la vérité dans sa plénitude et sa liberté. Il faut prier pour le prédicateur ; le prédicateur est formé par la prière. Il faut prier pour la bouche du prédicateur ; sa bouche doit être ouverte et remplie par la prière. Une bouche sainte se forme en priant, en priant beaucoup ; une bouche hardie se forme en priant, en priant beaucoup. L’Église et le monde, Dieu et le ciel doivent beaucoup à la bouche de Paul ; la bouche de Paul devait sa puissance à la prière.
Combien la prière est multiple, illimitée, précieuse et secourable pour le prédicateur, de tant de manières, en tant de points, de toutes les manières ! L’un de ses grands bienfaits, c’est qu’elle aide son cœur.
La prière fait du prédicateur un prédicateur du cœur. La prière met le cœur du prédicateur dans le sermon du prédicateur ; la prière met le sermon du prédicateur dans le cœur du prédicateur.
C’est le cœur qui fait le prédicateur. Les hommes au grand cœur sont de grands prédicateurs. Les hommes au cœur mauvais peuvent faire une certaine mesure de bien, mais c’est rare. Le mercenaire et l’étranger peuvent aider les brebis sur quelques points, mais c’est le bon berger, avec le cœur du bon berger, qui bénira les brebis et répondra pleinement à ce qu’exige la place du berger.
Nous avons tant insisté sur la préparation du sermon que nous avons perdu de vue la chose importante à préparer — le cœur. Un cœur préparé vaut beaucoup mieux qu’un sermon préparé. Un cœur préparé fera un sermon préparé.
On a écrit des volumes pour exposer la mécanique et le bon goût de la fabrication des sermons, au point que nous nous sommes laissé posséder par l’idée que l’échafaudage est l’édifice. On a appris au jeune prédicateur à dépenser toute sa force sur la forme, le goût et la beauté de son sermon, comme sur un produit mécanique et intellectuel. Nous avons ainsi cultivé chez les gens un goût vicié et suscité la clameur qui réclame le talent au lieu de la grâce, l’éloquence au lieu de la piété, la rhétorique au lieu de la révélation, la réputation et l’éclat au lieu de la sainteté. Par là, nous avons perdu la vraie idée de la prédication, perdu la puissance de la prédication, perdu la conviction pénétrante du péché, perdu la riche expérience et le caractère chrétien élevé, perdu l’autorité sur les consciences et sur les vies qui découle toujours d’une prédication authentique.
Il ne conviendrait pas de dire que les prédicateurs étudient trop. Certains n’étudient pas du tout ; d’autres n’étudient pas assez. Beaucoup n’étudient pas de la bonne manière pour se présenter devant Dieu comme des ouvriers éprouvés. Mais notre grand manque n’est pas dans la culture de la tête, mais dans la culture du cœur ; ce n’est pas le manque de connaissance, mais le manque de sainteté qui est notre triste et révélateur défaut — non pas que nous en sachions trop, mais que nous ne méditions pas assez sur Dieu et sur sa parole, que nous ne veillions, ne jeûnions et ne priions pas assez. C’est le cœur qui est le grand obstacle à notre prédication. Des paroles chargées de vérité divine trouvent dans nos cœurs des corps non conducteurs ; arrêtées, elles retombent dépouillées et sans force.
L’ambition, avide de louange et de rang, peut-elle prêcher l’Évangile de celui qui s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur ? Les orgueilleux, les vaniteux, les égotistes peuvent-ils prêcher l’Évangile de celui qui était doux et humble de cœur ? L’homme irascible, emporté, égoïste, dur, mondain peut-il prêcher ce système qui abonde en longanimité, en renoncement, en tendresse, et qui exige impérieusement la séparation d’avec l’inimitié et la crucifixion au monde ? Le fonctionnaire mercenaire, sans cœur, expédiant sa tâche, peut-il prêcher l’Évangile qui exige que le berger donne sa vie pour ses brebis ? L’homme cupide, qui compte son salaire et son argent, peut-il prêcher l’Évangile avant d’avoir vidé son cœur et de pouvoir dire, dans l’esprit de Christ et de Paul, avec les paroles de Wesley : « Je le tiens pour de la boue et des balayures ; je le foule aux pieds ; je (non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est en moi) l’estime tout juste comme la boue des rues ; je ne le désire pas, je ne le recherche pas » ? La révélation de Dieu n’a pas besoin de la lumière du génie humain, du poli et de la force de la culture humaine, de l’éclat de la pensée humaine, de la vigueur des cerveaux humains pour l’orner ou l’imposer ; mais elle exige la simplicité, la docilité, l’humilité et la foi d’un cœur d’enfant.
C’est cet abandon et cette soumission de l’intelligence et du génie aux forces divines et spirituelles qui firent de Paul un apôtre sans égal parmi les apôtres. C’est cela qui donna à Wesley sa puissance et enracina ses travaux dans l’histoire de l’humanité. C’est cela qui donna à Loyola la force d’arrêter les forces en retraite du catholicisme.
Notre grand besoin, c’est la préparation du cœur. Luther tenait pour un axiome que « celui qui a bien prié a bien étudié ». Nous ne disons pas que les hommes ne doivent pas réfléchir et se servir de leur intelligence ; mais celui-là se servira le mieux de son intelligence qui cultive le plus son cœur. Nous ne disons pas que les prédicateurs ne doivent pas être des hommes d’étude ; mais nous disons que leur grande étude doit être la Bible, et que celui-là étudie le mieux la Bible qui a gardé son cœur avec diligence. Nous ne disons pas que le prédicateur ne doit pas connaître les hommes ; mais celui-là sera le plus expert en nature humaine qui a sondé les profondeurs et les replis de son propre cœur. Nous disons bien que, si le canal de la prédication est l’esprit, sa source est le cœur ; vous pouvez élargir et approfondir le canal, mais si vous ne veillez pas soigneusement à la pureté et à la profondeur de la source, vous aurez un canal à sec ou pollué. Nous disons bien que presque tout homme d’intelligence ordinaire a assez de bon sens pour prêcher l’Évangile, mais que bien peu ont assez de grâce pour le faire. Nous disons bien que celui qui a lutté avec son propre cœur et l’a vaincu ; qui lui a enseigné l’humilité, la foi, l’amour, la vérité, la miséricorde, la sympathie, le courage ; qui peut déverser les riches trésors du cœur ainsi formé, à travers une intelligence virile, toute chargée de la puissance de l’Évangile, sur la conscience de ses auditeurs — celui-là sera, dans l’estime de son Seigneur, le prédicateur le plus vrai et le plus fécond.
Chapitre 12 terminé
La préparation du cœur est nécessaire