La puissance par la prière
Prière et dévouement unis

Chapitre 10 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Prière et dévouement unis

Il manque manifestement une influence spirituelle au ministère de notre temps. Je le sens dans mon propre cas et je le vois dans celui des autres. Je crains qu’il n’y ait parmi nous trop d’un état d’esprit bas, qui arrange, combine et manœuvre. Nous nous dépensons plus qu’il ne convient pour satisfaire le goût de l’un et les préjugés de l’autre. Le ministère est une affaire grande et sainte, et il devrait trouver en nous une habitude d’esprit simple et une indifférence sainte, mais humble, à l’égard de toutes les conséquences. Le principal défaut des ministres chrétiens, c’est le manque d’une habitude de dévotion. — Richard Cecil

JAMAIS on n’a eu plus grand besoin d’hommes et de femmes saints ; plus impérieux encore est l’appel à des prédicateurs saints, voués à Dieu. Le monde avance à pas de géant. Satan tient le monde sous sa prise et sous sa loi, et il travaille à faire servir tous ses mouvements à ses desseins. La religion doit accomplir son meilleur ouvrage, présenter ses modèles les plus attrayants et les plus parfaits. Par tous les moyens, la sainteté d’aujourd’hui doit être animée par les idéaux les plus élevés et par les plus vastes possibilités que donne l’Esprit. Paul vivait à genoux, afin que l’Église d’Éphèse puisse mesurer les hauteurs, les largeurs et les profondeurs d’une sainteté sans mesure, et que ses membres soient « remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». Épaphras se dépensait dans le labeur épuisant et le combat acharné de la prière fervente, afin que les chrétiens de Colosses demeurent « parfaits et pleinement persuadés », dans « une entière soumission à la volonté de Dieu ». Partout, en toutes choses, aux temps apostoliques, tout était tendu pour que les membres du peuple de Dieu soient, chacun et « tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ». Aucune prime n’était accordée aux nains ; aucun encouragement à une enfance qui s’éternise. Les petits enfants devaient grandir ; les vieillards, au lieu de la faiblesse et des infirmités, devaient porter des fruits dans la vieillesse, et être pleins de sève et verdoyants. Ce qu’il y a de plus divin dans la religion, ce sont des hommes saints et des femmes saintes.

Aucune somme d’argent, aucun génie, aucune culture ne peut faire avancer les choses pour Dieu. La sainteté qui donne à l’âme son énergie, l’homme tout entier embrasé d’amour, du désir de plus de foi, de plus de prière, de plus de zèle, de plus de consécration — voilà le secret de la puissance. Voilà ce dont nous avons besoin et ce qu’il nous faut avoir, et il faut que des hommes soient l’incarnation de ce dévouement embrasé par Dieu. La marche de Dieu a été arrêtée, sa cause paralysée, son nom déshonoré faute de tels hommes. Le génie (fût-il le plus élevé et le plus doué), l’instruction (fût-elle la plus savante et la plus raffinée), la position, la dignité, le rang, les noms honorés, les hauts dignitaires ecclésiastiques ne peuvent mouvoir ce char de notre Dieu. C’est un char de feu, et seules des forces de feu peuvent le mouvoir. Le génie d’un Milton y échoue. La force impériale d’un Léon y échoue. L’esprit d’un Brainerd peut le mouvoir. L’esprit de Brainerd était en feu pour Dieu, en feu pour les âmes. Rien de terrestre, de mondain, d’égoïste ne venait diminuer le moins du monde l’intensité de cette force et de cette flamme qui poussait tout et consumait tout.

La prière est à la fois la créatrice et le canal du dévouement. L’esprit de dévouement est l’esprit de prière. La prière et le dévouement sont unis comme l’âme et le corps sont unis, comme la vie et le cœur sont unis. Il n’y a pas de vraie prière sans dévouement, ni de dévouement sans prière. Le prédicateur doit être livré à Dieu dans le plus saint dévouement. Il n’exerce pas une profession libérale, son ministère n’est pas un métier ; c’est une institution divine, un dévouement divin. Il est voué à Dieu. Son but, ses aspirations, son ambition sont pour Dieu et tournés vers Dieu ; et pour un tel homme, la prière est aussi indispensable que la nourriture l’est à la vie.

Le prédicateur, avant toute autre chose, doit être voué à Dieu. Les relations du prédicateur avec Dieu sont les insignes et les lettres de créance de son ministère. Elles doivent être claires, concluantes, indiscutables. Ce n’est pas une piété ordinaire, superficielle, qui doit être la sienne. S’il n’excelle pas dans la grâce, il n’excelle en rien. S’il ne prêche pas par sa vie, son caractère, sa conduite, il ne prêche pas du tout. Si sa piété est légère, sa prédication pourra être aussi douce et suave qu’une musique, aussi douée qu’Apollon, son poids n’en sera pas moins celui d’une plume, chimérique, fugace comme la nuée du matin ou la rosée de l’aube. Le dévouement à Dieu — rien ne peut le remplacer dans le caractère et la conduite du prédicateur. Le dévouement à une Église, à des opinions, à une organisation, à l’orthodoxie — tout cela est mesquin, trompeur et vain quand cela devient la source de l’inspiration, l’âme même d’une vocation. Dieu doit être le grand ressort de l’effort du prédicateur, la source et la couronne de tout son labeur. Le nom et l’honneur de Jésus-Christ, l’avancement de sa cause, doivent être tout en tous. Le prédicateur ne doit avoir d’autre inspiration que le nom de Jésus-Christ, d’autre ambition que de le voir glorifié, d’autre labeur que pour lui. Alors la prière sera une source de ses illuminations, le moyen d’un progrès perpétuel, la mesure de son succès. Le but perpétuel, la seule ambition que le prédicateur puisse nourrir, c’est d’avoir Dieu avec lui.

Jamais la cause de Dieu n’a eu plus besoin qu’en notre temps d’illustrations parfaites de ce que peut la prière. Nulle époque, nulle personne ne sera un modèle de la puissance de l’Évangile, sinon les époques ou les personnes de prière profonde et fervente. Une époque sans prière n’aura que de bien maigres modèles de la puissance divine. Des cœurs sans prière ne s’élèveront jamais jusqu’à ces hauteurs alpines. Notre époque peut être meilleure que celles du passé, mais il y a une distance infinie entre l’amélioration d’une époque par la force d’une civilisation qui progresse, et son amélioration par l’accroissement de la sainteté et de la ressemblance à Christ que produit l’énergie de la prière. Les Juifs étaient bien meilleurs lorsque Christ vint qu’aux siècles précédents. C’était l’âge d’or de leur religion pharisaïque. Leur âge d’or religieux a crucifié Christ. Jamais plus de prières, jamais moins de prière ; jamais plus de sacrifices, jamais moins d’esprit de sacrifice ; jamais moins d’idolâtrie, jamais plus d’idolâtrie ; jamais plus de culte au temple, jamais moins de culte rendu à Dieu ; jamais plus de service des lèvres, jamais moins de service du cœur (Dieu adoré par des lèvres dont le cœur et les mains ont crucifié le Fils de Dieu !) ; jamais plus de fidèles à l’église, jamais moins de saints.

C’est la force de la prière qui fait les saints. Les caractères saints sont formés par la puissance d’une prière véritable. Plus il y a de vrais saints, plus il y a de prière ; plus il y a de prière, plus il y a de vrais saints.

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