Simple exposé de la perfection chrétienne
Section 25

Chapitre 5 · 1 h 6 min de lecture · 1 h 25 min d’écoute

Section 25

25. L’année suivante, le nombre de ceux qui croyaient avoir été sauvés du péché ne cessant de croître, je jugeai nécessaire de publier, surtout à leur usage, des « Pensées complémentaires sur la perfection chrétienne » : —

« QUESTION 1. Comment faut-il entendre que “Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient” ? (Romains 10:4)

« RÉPONSE. Pour le comprendre, il faut comprendre de quelle loi il est ici parlé ; et c’est, je pense : (1.) La loi mosaïque, toute l’économie mosaïque, dont saint Paul parle constamment comme d’un seul tout, bien qu’elle comprenne trois parties : la politique, la morale et la cérémonielle. (2.) La loi adamique, celle qui fut donnée à Adam dans l’innocence, appelée proprement “la loi des œuvres”. Elle est en substance la même que la loi angélique, étant commune aux anges et aux hommes. Elle exigeait que l’homme employât, à la gloire de Dieu, toutes les facultés avec lesquelles il avait été créé. Or il avait été créé exempt de tout défaut, soit dans son intelligence, soit dans ses affections. Son corps n’était alors pas une entrave pour l’esprit ; il ne l’empêchait pas de saisir clairement toutes choses, d’en juger avec vérité et de raisonner avec justesse, s’il raisonnait jamais. Je dis s’il raisonnait ; car peut-être ne le faisait-il pas. Peut-être n’avait-il nul besoin de raisonner, jusqu’à ce que son corps corruptible appesantît l’esprit et en affaiblît les facultés natives. Peut-être, jusque-là, l’esprit voyait-il toute vérité qui se présentait aussi directement que l’œil voit maintenant la lumière.

« Par conséquent, cette loi, proportionnée à ses facultés originelles, exigeait qu’il pensât toujours, parlât toujours et agît toujours exactement comme il faut, en tout point quel qu’il fût. Il en était parfaitement capable ; et Dieu ne pouvait qu’exiger le service qu’il était capable de rendre.

« Mais Adam tomba ; son corps incorruptible devint corruptible ; et depuis lors il est une entrave pour l’âme, et il gêne ses opérations. De là vient qu’à présent nul enfant d’homme ne peut en tout temps saisir clairement ni juger avec vérité. Et là où le jugement ou la perception est faussé, il est impossible de raisonner avec justesse. Il est donc aussi naturel à l’homme de se tromper que de respirer ; et il ne peut pas plus vivre sans l’un que sans l’autre. Par conséquent, nul homme n’est capable d’accomplir le service qu’exige la loi adamique.

« Et nul homme n’est tenu de l’accomplir ; Dieu ne l’exige d’aucun homme. Car Christ est la fin de la loi adamique, aussi bien que de la loi mosaïque. Par sa mort, il a mis fin à l’une et à l’autre ; il les a abolies l’une et l’autre à l’égard de l’homme ; et l’obligation d’observer l’une ou l’autre s’est évanouie. Nul homme vivant n’est plus tenu d’observer la loi adamique que la loi mosaïque. [Je veux dire qu’elle n’est la condition ni du salut présent ni du salut futur.]

« À sa place, Christ en a établi une autre, à savoir la loi de la foi. Ce n’est plus quiconque fait, mais quiconque croit, qui reçoit maintenant la justice, au sens plein du mot ; c’est-à-dire qu’il est justifié, sanctifié et glorifié.

« Q. 2. Sommes-nous donc morts à la loi ?

« R. Nous avons été, “par le corps de Christ” donné pour nous, “mis à mort en ce qui concerne la loi” (Romains 7:4) : à la loi adamique aussi bien qu’à la loi mosaïque. Nous en sommes entièrement affranchis par sa mort, cette loi ayant expiré avec lui.

« Q. 3. Comment donc ne sommes-nous “point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ” ? (1 Corinthiens 9:21)

« R. Nous sommes sans cette loi-là ; mais il ne s’ensuit pas que nous soyons sans aucune loi. Car Dieu a établi à sa place une autre loi, savoir la loi de la foi ; et nous sommes tous sous cette loi envers Dieu et envers Christ ; notre Créateur et notre Rédempteur exigent l’un et l’autre que nous l’observions.

« Q. 4. L’amour est-il l’accomplissement de cette loi ?

« R. Sans aucun doute. Toute la loi sous laquelle nous sommes maintenant est accomplie par l’amour (Romains 13:9-10). La foi agissante, ou animée par l’amour, est tout ce que Dieu demande maintenant à l’homme. Il a mis (non pas la sincérité, mais) l’amour à la place de la perfection angélique.

« Q. 5. Comment “l’amour est-il le but du commandement” ? (1 Timothée 1:5)

« R. Il est le but de chaque commandement de Dieu. C’est le point que vise l’institution chrétienne tout entière, et chacune de ses parties. Le fondement, c’est la foi qui purifie le cœur ; le but, c’est l’amour qui conserve une bonne conscience.

« Q. 6. Quel est cet amour ?

« R. C’est aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toute notre force ; et aimer notre prochain, tout homme, comme nous-mêmes, comme notre propre âme.

« Q. 7. Quels sont les fruits ou les propriétés de cet amour ?

« R. Saint Paul nous l’apprend tout au long. La charité est patiente. Elle supporte toutes les faiblesses des enfants de Dieu, toute la méchanceté des enfants du monde ; et cela non pour un peu de temps seulement, mais aussi longtemps qu’il plaît à Dieu. En tout, elle voit la main de Dieu, et s’y soumet de bon gré. En même temps, elle est pleine de bonté. En tout et après tout, elle souffre, elle est douce, paisible, tendre, bienveillante. “La charité n’est point envieuse” : elle exclut du cœur toute espèce et tout degré d’envie. “La charité n’agit point avec témérité”, d’une manière violente et emportée, et ne porte aucun jugement téméraire ou sévère. “Elle ne fait rien de malhonnête” : elle n’est point grossière, n’agit point contre son caractère. “Elle ne cherche point son intérêt”, ni son aise, ni son plaisir, ni son honneur, ni son profit. “Elle ne s’irrite point” : elle bannit du cœur toute colère. “Elle ne soupçonne point le mal” : elle chasse toute jalousie, toute défiance, tout penchant à croire le mal. “Elle ne se réjouit point de l’injustice” : bien plus, elle pleure sur le péché ou la folie de ses plus cruels ennemis ; “mais elle se réjouit de la vérité”, de la sainteté et du bonheur de tout enfant d’homme. “Elle excuse tout” : elle ne dit du mal de personne ; “elle croit tout” ce qui peut tourner à l’avantage de la réputation d’autrui. “Elle espère tout” ce qui peut atténuer les fautes qu’on ne saurait nier ; et “elle supporte tout” ce que Dieu peut permettre, ou ce que les hommes et les démons peuvent infliger. Telle est “la loi de Christ, la loi parfaite, la loi de la liberté”.

« Et cette distinction entre “la loi de la foi” (ou de l’amour) et “la loi des œuvres” n’est ni une distinction subtile, ni “une distinction superflue”. Elle est claire, aisée, intelligible pour toute intelligence ordinaire. Et elle est absolument nécessaire pour prévenir mille doutes et mille craintes, même chez ceux qui “marchent dans l’amour”.

« Q. 8. Mais ne “bronchons-nous pas tous de plusieurs manières”, oui, les meilleurs d’entre nous, même à l’égard de cette loi ?

« R. En un sens, non, tant que toutes nos dispositions, nos pensées, nos paroles et nos œuvres procèdent de l’amour. Mais en un autre sens, oui, et il en sera ainsi, plus ou moins, aussi longtemps que nous demeurerons dans le corps. Car ni l’amour ni “l’onction de la part de celui qui est saint” ne nous rendent infaillibles. C’est pourquoi, par un défaut inévitable d’intelligence, nous ne pouvons que nous tromper en bien des choses. Et ces erreurs occasionneront souvent quelque chose de mauvais, dans nos dispositions, dans nos paroles et dans nos actions. En nous méprenant sur son caractère, nous pouvons aimer une personne moins qu’elle ne le mérite réellement. Et par la même méprise, nous sommes inévitablement amenés à parler ou à agir, à l’égard de cette personne, d’une manière contraire à cette loi, sur l’un ou l’autre des points qui précèdent.

« Q. 9. N’avons-nous donc pas besoin de Christ, même à cet égard ?

« R. Les plus saints des hommes ont encore besoin de Christ comme leur Prophète, comme “la lumière du monde”. Car il ne leur donne la lumière que d’instant en instant : dès qu’il se retire, tout n’est que ténèbres. Ils ont encore besoin de Christ comme leur Roi ; car Dieu ne leur donne pas une provision de sainteté. Mais s’ils n’en recevaient pas un nouvel apport à chaque instant, il ne leur resterait rien que ce qui n’est pas saint. Ils ont encore besoin de Christ comme leur Sacrificateur, pour faire l’expiation de leurs choses saintes. Même la sainteté parfaite n’est agréable à Dieu que par Jésus-Christ.

« Q. 10. Les meilleurs des hommes ne peuvent-ils donc pas faire leur la confession du martyr mourant : “Je ne suis en moi-même que péché, ténèbres, enfer ; mais tu es ma lumière, ma sainteté, mon ciel” ?

« R. Pas exactement. Mais les meilleurs des hommes peuvent dire : “Tu es ma lumière, ma sainteté, mon ciel. Par mon union avec toi, je suis plein de lumière, de sainteté et de bonheur. Mais si j’étais laissé à moi-même, je ne serais que péché, ténèbres, enfer.”

« Mais poursuivons. Les meilleurs des hommes ont besoin de Christ comme leur Sacrificateur, leur Expiation, leur Avocat auprès du Père ; non seulement parce que la continuation de chacune de leurs bénédictions dépend de sa mort et de son intercession, mais parce qu’ils restent en deçà de la loi d’amour. Car tout homme vivant en reste en deçà. Vous qui ne sentez qu’amour, comparez-vous à la description qui précède. Pesez-vous à cette balance, et voyez si vous n’êtes pas trouvés légers sur bien des points.

« Q. 11. Mais si tout cela est compatible avec la perfection chrétienne, cette perfection n’est pas l’affranchissement de tout péché, puisque “le péché est la transgression de la loi” ; et les parfaits transgressent la loi même sous laquelle ils sont. En outre, ils ont besoin de l’expiation de Christ ; et il n’est l’expiation de rien d’autre que du péché. Le terme de perfection sans péché est-il donc juste ?

« R. Il ne vaut pas la peine d’en disputer. Mais remarquez en quel sens les personnes en question ont besoin de l’expiation de Christ. Elles n’ont pas besoin de lui pour être de nouveau réconciliées avec Dieu, car elles sont réconciliées. Elles n’ont pas besoin de lui pour recouvrer la faveur de Dieu, mais pour la conserver. Il ne leur procure pas de nouveau le pardon, mais il est “toujours vivant pour intercéder en leur faveur” ; et “par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés” (Hébreux 10:14).

« Faute d’avoir dûment considéré ce point, quelques-uns nient avoir besoin de l’expiation de Christ. À vrai dire, ils sont extrêmement peu nombreux ; je ne me souviens pas d’en avoir trouvé cinq en Angleterre. Des deux, j’abandonnerais plutôt la perfection ; mais nous n’avons à abandonner ni l’une ni l’autre. La perfection que je soutiens, “l’amour se réjouissant toujours, priant sans cesse, et rendant grâces en toutes choses”, s’accorde parfaitement avec elle ; si quelqu’un soutient une perfection qui ne s’y accorde pas, c’est à lui d’y prendre garde.

« Q. 12. La perfection chrétienne implique-t-elle donc quelque chose de plus que la sincérité ?

« R. Non, si vous entendez par ce mot l’amour remplissant le cœur, en chassant l’orgueil, la colère, le désir, la volonté propre ; se réjouissant toujours, priant sans cesse et rendant grâces en toutes choses. Mais je doute que beaucoup emploient le mot de sincérité en ce sens. C’est pourquoi je pense que l’ancien mot est le meilleur.

« Une personne peut être sincère et avoir encore toutes ses dispositions naturelles : l’orgueil, la colère, la convoitise, la volonté propre. Mais elle n’est pas parfaite tant que son cœur n’est pas purifié de celles-ci et de toutes ses autres corruptions.

« Pour éclaircir encore un peu ce point : je connais beaucoup de personnes qui aiment Dieu de tout leur cœur. Il est leur unique désir, leur unique délice, et elles sont continuellement heureuses en lui. Elles aiment leur prochain comme elles-mêmes. Elles éprouvent pour le bonheur de tout homme, bon ou méchant, ami ou ennemi, un désir aussi sincère, aussi fervent, aussi constant que pour leur propre bonheur. Elles se réjouissent toujours, prient sans cesse et rendent grâces en toutes choses. Leur âme s’élève continuellement vers Dieu dans une sainte joie, dans la prière et dans la louange. C’est là un fait ; et c’est là une expérience claire, saine et scripturaire.

« Mais ces âmes mêmes habitent un corps délabré, et en sont tellement appesanties qu’elles ne peuvent pas toujours se déployer comme elles le voudraient, en pensant, en parlant et en agissant exactement comme il faut. Faute d’organes corporels meilleurs, il leur faut parfois penser, parler ou agir de travers ; non pas, certes, par un défaut d’amour, mais par un défaut de connaissance. Et tant qu’il en est ainsi, malgré ce défaut et ses conséquences, elles accomplissent la loi d’amour.

« Pourtant, comme, même dans ce cas, il n’y a pas pleine conformité à la loi parfaite, les plus parfaits ont, pour cette raison même, besoin du sang de l’expiation, et peuvent à juste titre dire, pour eux-mêmes aussi bien que pour leurs frères : “pardonne-nous nos offenses.”

« Q. 13. Mais si Christ a mis fin à cette loi, quel besoin y a-t-il d’une expiation pour l’avoir transgressée ?

« R. Remarquez en quel sens il y a mis fin, et la difficulté s’évanouit. N’étaient le mérite permanent de sa mort et son intercession continuelle pour nous, cette loi nous condamnerait encore. C’est donc de ces deux choses que nous avons encore besoin pour chaque transgression de cette loi.

« Q. 14. Mais quelqu’un qui est sauvé du péché peut-il être tenté ?

« R. Oui ; car Christ a été tenté.

« Q. 15. Cependant, ce que vous appelez tentation, je l’appelle la corruption de mon cœur. Et comment distinguerez-vous l’une de l’autre ?

« R. Dans certains cas, il est impossible de les distinguer sans le témoignage direct de l’Esprit. Mais en général, on peut les distinguer ainsi : —

« Quelqu’un me loue. Voilà une tentation d’orgueil. Mais à l’instant mon âme s’humilie devant Dieu. Et je ne sens aucun orgueil ; de quoi je suis aussi sûr que je le suis que l’orgueil n’est pas l’humilité.

« Un homme me frappe. Voilà une tentation de colère. Mais mon cœur déborde d’amour. Et je ne sens absolument aucune colère ; de quoi je puis être aussi sûr que je le suis que l’amour et la colère ne sont pas la même chose.

« Une femme me sollicite. Voilà une tentation de convoitise. Mais à l’instant je recule. Et je ne sens absolument aucun désir, aucune convoitise ; de quoi je puis être aussi sûr que je le suis que ma main est froide ou chaude.

« Il en est ainsi quand je suis tenté par un objet présent ; et il en est exactement de même lorsque, en son absence, le diable rappelle à mon esprit une louange, une injure ou une femme. À l’instant, l’âme repousse la tentation, et demeure remplie d’un pur amour.

« Et la différence est plus claire encore quand je compare mon état présent avec mon état passé, où je ressentais à la fois la tentation et la corruption.

« Q. 16. Mais comment savez-vous que vous êtes sanctifié, sauvé de votre corruption innée ?

« R. Je ne puis le savoir autrement que je sais que je suis justifié. “Nous connaissons que nous sommes de Dieu”, dans l’un et l’autre sens, “par l’Esprit qu’il nous a donné.”

« Nous le connaissons par le témoignage et par le fruit de l’Esprit. Et d’abord, par le témoignage. De même que, lorsque nous avons été justifiés, l’Esprit a rendu témoignage à notre esprit que nos péchés étaient pardonnés, de même, lorsque nous avons été sanctifiés, il a rendu témoignage qu’ils étaient ôtés. À vrai dire, le témoignage de la sanctification n’est pas toujours clair au début (pas plus que celui de la justification) ; et il n’est pas non plus toujours le même par la suite, mais, comme celui de la justification, il est tantôt plus fort, tantôt plus faible. Oui, et parfois il est retiré. Pourtant, en général, le second témoignage de l’Esprit est aussi clair et aussi constant que le premier.

« Q. 17. Mais quel besoin en a-t-on, puisque la sanctification est un changement réel, et non pas seulement relatif, comme la justification ?

« R. Mais la nouvelle naissance n’est-elle qu’un changement relatif ? N’est-ce pas un changement réel ? Si donc nous n’avons besoin d’aucun témoignage de notre sanctification parce qu’elle est un changement réel, pour la même raison nous n’aurions besoin d’aucun témoignage que nous sommes nés de Dieu, ou que nous sommes ses enfants.

« Q. 18. Mais la sanctification ne brille-t-elle pas de sa propre lumière ?

« R. Et la nouvelle naissance, n’en fait-elle pas autant ? Parfois, oui ; et la sanctification aussi ; d’autres fois, non. À l’heure de la tentation, Satan obscurcit l’œuvre de Dieu et suggère toutes sortes de doutes et de raisonnements, surtout chez ceux qui ont une intelligence ou très faible ou très forte. En de tels moments, ce témoignage est absolument nécessaire ; sans lui, l’œuvre de la sanctification non seulement ne pourrait être discernée, mais ne pourrait plus subsister. Sans lui, l’âme ne pourrait alors demeurer dans l’amour de Dieu ; encore moins pourrait-elle se réjouir toujours et rendre grâces en toutes choses. Dans ces circonstances, donc, un témoignage direct que nous sommes sanctifiés est nécessaire au plus haut degré.

« “Mais je n’ai aucun témoignage que je suis sauvé du péché. Et pourtant je n’en doute pas.” Fort bien : tant que vous n’avez aucun doute, cela suffit ; quand vous en aurez, vous aurez besoin de ce témoignage.

« Q. 19. Mais quel passage de l’Écriture fait mention d’une telle chose, ou donne quelque raison de l’attendre ?

« R. Ce passage-ci : “Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce” (1 Corinthiens 2:12).

« Or assurément la sanctification est l’une “des choses que Dieu nous a données par sa grâce”. Et l’on ne saurait alléguer aucune raison pour laquelle celle-ci devrait être exceptée, quand l’apôtre dit que “nous recevons l’Esprit” dans ce but même, “afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données” ainsi “par sa grâce”.

« N’est-ce pas la même chose qu’implique ce passage bien connu : “L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu” ? (Romains 8:16) Rend-il ce témoignage seulement à ceux qui sont enfants de Dieu au sens le plus bas ? Non, mais aussi à ceux qui le sont au sens le plus élevé. Et ne leur rend-il pas témoignage qu’ils le sont au sens le plus élevé ? Quelle raison avons-nous d’en douter ?

« Que diriez-vous si quelqu’un affirmait (comme beaucoup le font en effet) que ce témoignage n’appartient qu’à la classe la plus élevée des chrétiens ? Ne répondriez-vous pas : “L’apôtre ne fait aucune restriction ; donc, sans aucun doute, il appartient à tous les enfants de Dieu” ? Et la même réponse ne vaudra-t-elle pas, si quelqu’un affirme qu’il n’appartient qu’à la classe la plus basse ?

« Considérez de même 1 Jean 5:19 : “Nous savons que nous sommes de Dieu.” Comment ? “Par l’Esprit qu’il nous a donné.” Bien plus : c’est par là que “nous connaissons qu’il demeure en nous”. Et quel fondement avons-nous, soit dans l’Écriture, soit dans la raison, pour exclure de ce passage le témoignage, plutôt que le fruit, de l’Esprit ? Par là donc aussi “nous savons que nous sommes de Dieu”, et en quel sens nous le sommes ; que nous soyons des petits enfants, des jeunes gens ou des pères, nous le savons de la même manière.

« Non que j’affirme que tous les jeunes gens, ni même tous les pères, aient ce témoignage à chaque instant. Il peut y avoir des interruptions du témoignage direct qu’ils sont ainsi nés de Dieu ; mais ces interruptions deviennent plus rares et plus courtes à mesure qu’ils croissent en Christ ; et quelques-uns ont le témoignage à la fois de leur justification et de leur sanctification, sans aucune interruption ; ce que d’autres, en plus grand nombre, pourraient avoir, je le présume, s’ils marchaient humblement et étroitement avec Dieu.

« Q. 20. Quelques-uns d’entre eux ne peuvent-ils pas avoir un témoignage de l’Esprit qu’ils ne déchoiront pas finalement de Dieu ?

« R. Ils le peuvent. Et cette persuasion, que ni la vie ni la mort ne les séparera de lui, loin d’être nuisible, peut en certaines circonstances être extrêmement utile. Ceux-là, donc, nous ne devons en aucune façon les attrister, mais les encourager vivement à “retenir fermement jusqu’à la fin l’assurance qu’ils avaient au commencement”.

« Q. 21. Mais quelques-uns ont-ils un témoignage de l’Esprit qu’ils ne pécheront jamais ?

« R. Nous ne savons pas ce que Dieu peut accorder à certaines personnes en particulier ; mais nous ne trouvons décrit dans l’Écriture aucun état général d’où l’on ne puisse retomber dans le péché. S’il y avait un état où cela fût impossible, ce serait celui des sanctifiés, de ceux qui sont “des pères en Christ, qui se réjouissent toujours, prient sans cesse et rendent grâces en toutes choses” ; mais il n’est pas impossible à ceux-là de retomber. Ceux qui sont sanctifiés peuvent pourtant tomber et périr (Hébreux 10:29). Même les pères en Christ ont besoin de cet avertissement : “N’aimez point le monde” (1 Jean 2:15). Ceux qui “se réjouissent”, qui “prient” et qui “rendent grâces sans cesse” peuvent néanmoins “éteindre l’Esprit” (1 Thessaloniciens 5:16 et suiv.). Bien plus, ceux-là mêmes qui ont été “scellés pour le jour de la rédemption” peuvent encore “attrister le Saint-Esprit de Dieu” (Éphésiens 4:30).

« Bien que Dieu puisse donc accorder un tel témoignage à certaines personnes en particulier, ce n’est pourtant pas une chose que les chrétiens en général doivent attendre, puisqu’il n’y a aucun passage de l’Écriture sur lequel fonder une telle attente.

« Q. 22. Par quel “fruit de l’Esprit” pouvons-nous “savoir que nous sommes de Dieu”, même au sens le plus élevé ?

« R. Par l’amour, la joie, la paix, demeurant toujours ; par une longanimité, une patience, une résignation invariables ; par la douceur, triomphant de toute provocation ; par la bonté, la bénignité, l’aménité, la tendresse de cœur ; par la fidélité, la simplicité, la sincérité selon Dieu ; par la mansuétude, le calme, l’égalité d’âme ; par la tempérance, non seulement dans le manger et le sommeil, mais en toutes choses, naturelles et spirituelles.

« Q. 23. Mais qu’y a-t-il là de si grand ? N’avons-nous pas tout cela quand nous sommes justifiés ?

« R. Quoi ! une entière résignation à la volonté de Dieu, sans aucun mélange de volonté propre ? la douceur, sans aucune atteinte de colère, à l’instant même où nous sommes provoqués ? l’amour de Dieu, sans le moindre amour de la créature, si ce n’est en Dieu et pour Dieu, excluant tout orgueil ? l’amour des hommes, excluant toute envie, toute jalousie et tout jugement téméraire ? la mansuétude, gardant l’âme entière inviolablement calme ? et la tempérance en toutes choses ? Niez, si vous voulez, que personne y soit jamais parvenu ; mais ne dites pas que tous ceux qui sont justifiés y parviennent.

« Q. 24. Mais quelques-uns, nouvellement justifiés, y parviennent. Que direz-vous donc de ceux-là ?

« R. S’ils y parviennent réellement, je dirai qu’ils sont sanctifiés, sauvés du péché en ce moment-là ; et qu’ils n’ont jamais besoin de perdre ce que Dieu leur a donné, ni de sentir encore le péché.

« Mais assurément c’est là un cas d’exception. Il en va autrement de la plupart de ceux qui sont justifiés : ils sentent en eux-mêmes, plus ou moins, de l’orgueil, de la colère, de la volonté propre, un cœur enclin à s’égarer. Et tant qu’ils n’ont pas graduellement mortifié ces choses, ils ne sont pas pleinement renouvelés dans l’amour.

« Q. 25. Mais n’est-ce pas le cas de tous ceux qui sont justifiés ? Ne meurent-ils pas graduellement au péché, et ne croissent-ils pas dans la grâce, jusqu’à ce qu’au moment de la mort, ou peut-être un peu avant, Dieu les rende parfaits dans l’amour ?

« R. Je crois que c’est le cas de la plupart, mais non de tous. Dieu accorde d’ordinaire aux hommes un temps considérable pour recevoir la lumière, pour croître dans la grâce, pour faire et souffrir sa volonté, avant qu’ils soient justifiés ou sanctifiés ; mais il ne s’attache pas invariablement à cette règle ; parfois il “abrège son œuvre” : il fait en quelques semaines l’œuvre de bien des années ; peut-être en une semaine, en un jour, en une heure. Il justifie ou sanctifie aussi bien ceux qui n’ont rien fait ni rien souffert, et qui n’ont pas eu le temps d’une croissance graduelle, soit dans la lumière, soit dans la grâce. Et “ne lui est-il pas permis de faire de son bien ce qu’il veut ? Ton œil est-il mauvais parce qu’il est bon ?”

« Il n’est donc pas nécessaire d’affirmer et de réaffirmer, en le prouvant par quarante textes de l’Écriture, soit que la plupart des hommes sont à la fin rendus parfaits dans l’amour, soit qu’il y a une œuvre graduelle de Dieu dans l’âme, soit que, généralement parlant, il faut longtemps, et même bien des années, avant que le péché soit détruit. Tout cela, nous le savons ; mais nous savons aussi que Dieu peut, avec le bon consentement de l’homme, “abréger son œuvre” au degré qu’il lui plaît, et faire en un instant l’œuvre ordinaire de bien des années. Il le fait dans bien des cas ; et pourtant il y a une œuvre graduelle, avant et après ce moment ; de sorte que l’un peut affirmer que l’œuvre est graduelle, et l’autre qu’elle est instantanée, sans aucune espèce de contradiction.

« Q. 26. Saint Paul entend-il par être “scellés de l’Esprit” quelque chose de plus qu’être “renouvelés dans l’amour” ?

« R. Peut-être, en un endroit (2 Corinthiens 1:22), n’entend-il pas autant ; mais en un autre (Éphésiens 1:13), il semble y inclure à la fois le fruit et le témoignage, et cela à un degré plus élevé que ce que nous expérimentons, même lorsque nous sommes d’abord “renouvelés dans l’amour”. Dieu “nous scelle de l’Esprit de la promesse” en nous donnant “la pleine assurance de l’espérance”, une confiance de recevoir toutes les promesses de Dieu qui exclut la possibilité même du doute ; et, avec ce Saint-Esprit, par une sainteté universelle, il imprime sur nos cœurs l’image entière de Dieu.

« Q. 27. Mais comment ceux qui sont ainsi scellés peuvent-ils “attrister le Saint-Esprit de Dieu” ?

« R. Saint Paul vous le dit fort en détail : (1.) Par des conversations qui ne sont pas profitables, qui ne servent pas à l’édification, qui ne sont pas propres à communiquer une grâce à ceux qui les entendent. (2.) En retombant dans l’amertume ou le manque de bonté. (3.) Par l’animosité, un mécontentement durable, ou le manque de tendresse de cœur. (4.) Par la colère, si vite qu’elle passe ; par le manque d’empressement à se pardonner les uns aux autres. (5.) Par la clameur ou les éclats de voix, les paroles bruyantes, dures et rudes. (6.) Par la médisance, les chuchotements, les rapports ; en mentionnant sans nécessité la faute d’un absent, si doucement que ce soit.

« Q. 28. Que pensez-vous de ceux de Londres qui semblent avoir été récemment “renouvelés dans l’amour” ?

« R. Il y a quelque chose de très particulier dans l’expérience de la plupart d’entre eux. On s’attendrait à ce qu’un croyant fût d’abord rempli d’amour, et par là vidé du péché ; tandis que ceux-ci ont d’abord été vidés du péché, puis remplis d’amour. Peut-être a-t-il plu à Dieu d’agir de cette manière pour rendre son œuvre plus manifeste et plus indéniable, et pour la distinguer plus clairement de cet amour débordant que l’on ressent souvent, même dans l’état de justification.

« Cela semble aussi s’accorder davantage avec la grande promesse : “Je vous purifierai de toutes vos souillures ; je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau” (Ézéchiel 36:25-26).

« Mais je ne pense pas d’eux tous la même chose : il y a une grande différence entre certains d’entre eux et les autres. Je pense que la plupart de ceux avec qui j’ai parlé ont beaucoup de foi, d’amour, de joie et de paix. Certains d’entre eux, je le crois, sont renouvelés dans l’amour et en ont le témoignage direct ; et ils manifestent le fruit décrit plus haut dans toutes leurs paroles et toutes leurs actions. Or, qu’on appelle cela comme on voudra : c’est ce que j’appelle la perfection.

« Mais certains, qui ont beaucoup d’amour, de paix et de joie, n’ont pourtant pas le témoignage direct ; et d’autres, qui pensent l’avoir, manquent néanmoins manifestement du fruit. Combien, je ne le dirai pas ; peut-être un sur dix ; peut-être plus, peut-être moins. Mais certains manquent indéniablement de longanimité, de résignation chrétienne. Ils ne voient pas la main de Dieu dans tout ce qui arrive, et ne l’embrassent pas de bon cœur. Ils ne rendent pas grâces en toutes choses, et ne se réjouissent pas toujours. Ils ne sont pas heureux ; du moins, pas toujours heureux ; car parfois ils se plaignent. Ils disent : ceci ou cela est dur !

« Certains manquent de douceur. Ils résistent au mal, au lieu de tendre l’autre joue. Ils ne reçoivent pas l’opprobre avec douceur ; non, pas même la réprimande. Bien plus, ils ne peuvent supporter la contradiction sans laisser paraître, du moins, du ressentiment. Si on les reprend ou si on les contredit, même avec douceur, ils le prennent mal ; ils se montrent plus distants et plus réservés qu’auparavant. Si on les reprend ou si on les contredit durement, ils répondent avec dureté : d’une voix forte, ou d’un ton irrité, ou d’une manière aigre et revêche. Ils parlent avec aigreur ou avec rudesse quand ils reprennent les autres, et se conduisent rudement envers leurs inférieurs.

« Certains manquent de bonté. Ils ne sont pas bienveillants, doux, aimables, affables, tendres et pleins d’amour en tout temps, dans leur esprit, dans leurs paroles, dans leur regard et leur air, dans toute la teneur de leur conduite ; et cela envers tous, grands et petits, riches et pauvres, sans acception de personnes ; particulièrement envers ceux qui sont égarés, envers les opposants et envers ceux de leur propre maison. Ils ne désirent pas ardemment, ne cherchent pas, ne s’efforcent pas par tous les moyens de rendre heureux tous ceux qui les entourent. Ils peuvent les voir mal à l’aise sans en être touchés ; peut-être même sont-ils cause de leur malaise ; et puis ils s’essuient la bouche et disent : “Eh bien, ils le méritent ; c’est leur propre faute.”

« Certains manquent de fidélité, d’un scrupuleux respect de la vérité, de simplicité et de sincérité selon Dieu. Leur amour n’est guère exempt de dissimulation ; quelque chose qui ressemble à la fraude se trouve dans leur bouche. Pour éviter la rudesse, ils penchent vers l’extrême opposé. Ils sont doucereux à l’excès, au point d’éviter à peine un certain degré de flatterie, ou de paraître penser ce qu’ils ne pensent pas.

« Certains manquent de mansuétude, de tranquillité d’esprit, de sérénité, d’égalité d’humeur. Ils ont des hauts et des bas, tantôt élevés, tantôt abattus ; leur esprit n’est pas bien équilibré. Ou bien leurs affections ne sont pas dans une juste proportion : ils ont trop de l’une, trop peu de l’autre ; ou bien elles ne sont pas dûment mêlées et tempérées ensemble, de manière à se contrebalancer mutuellement. De là vient qu’il y a souvent une dissonance. Leur âme est désaccordée, et ne peut rendre la vraie harmonie.

« Certains manquent de tempérance. Ils ne s’en tiennent pas avec constance à l’espèce et à la quantité de nourriture qu’ils savent, ou pourraient savoir, être les plus propres à entretenir la santé, la force et la vigueur du corps. Ou bien ils ne sont pas tempérants dans le sommeil ; ils ne s’attachent pas rigoureusement à ce qui est le meilleur pour le corps et pour l’esprit ; sinon, ils se coucheraient et se lèveraient constamment de bonne heure, et à heure fixe. Ou bien ils soupent tard, ce qui n’est bon ni pour le corps ni pour l’âme. Ou bien ils ne pratiquent ni le jeûne ni l’abstinence. Ou bien ils préfèrent (et ce sont là autant de sortes d’intempérance) la prédication, la lecture ou la conversation qui leur procure une joie et un réconfort passagers à celle qui apporte la tristesse selon Dieu, ou l’instruction dans la justice. Une telle joie n’est pas sanctifiée ; elle ne tend pas à la crucifixion du cœur, et n’y aboutit pas. Une telle foi n’a pas son centre en Dieu, mais plutôt en elle-même.

« Jusqu’ici, tout est clair. Je crois que vous avez de la foi, de l’amour, de la joie et de la paix. Pourtant, vous qui êtes particulièrement concernés, vous savez chacun pour vous-même que vous êtes en défaut sur les points mentionnés ci-dessus. Il vous manque soit la longanimité, soit la douceur, soit la bonté ; soit la fidélité, soit la mansuétude, soit la tempérance. Ne nous battons donc pas, ni d’un côté ni de l’autre, sur des mots. Sur la chose elle-même, nous sommes clairement d’accord.

« Vous n’avez pas ce que j’appelle la perfection ; si d’autres veulent l’appeler ainsi, libre à eux. Toutefois, retenez fermement ce que vous avez, et demandez avec ardeur ce que vous n’avez pas.

« Q. 29. Ceux qui sont parfaits peuvent-ils croître dans la grâce ?

« R. Sans aucun doute ils le peuvent ; et non seulement tant qu’ils sont dans le corps, mais pendant toute l’éternité.

« Q. 30. Peuvent-ils en déchoir ?

« R. J’ai la pleine assurance qu’ils le peuvent ; les faits mettent la chose hors de toute contestation. Autrefois, nous pensions que celui qui était sauvé du péché ne pouvait pas tomber ; maintenant nous savons le contraire. Nous sommes entourés d’exemples de personnes qui naguère faisaient l’expérience de tout ce que j’entends par perfection. Elles avaient à la fois le fruit de l’Esprit et le témoignage ; mais elles ont maintenant perdu l’un et l’autre. Et personne ne tient debout en vertu de quoi que ce soit qui soit impliqué dans la nature de cet état. Il n’y a pas de hauteur ni de force de sainteté telle qu’il soit impossible d’en tomber. S’il en est qui ne peuvent tomber, cela dépend entièrement de la promesse de Dieu.

« Q. 31. Ceux qui déchoient de cet état peuvent-ils le recouvrer ?

« R. Pourquoi pas ? Nous en avons aussi beaucoup d’exemples. Bien plus, il est extrêmement commun que des personnes le perdent plus d’une fois avant d’y être affermies.

« C’est donc pour préserver ceux qui sont sauvés du péché de toute occasion de chute que je donne les avis suivants. Mais je parlerai d’abord franchement de l’œuvre elle-même.

« J’estime que cette œuvre récente est de Dieu ; c’est probablement la plus grande qui soit maintenant sur la terre. Pourtant, comme toutes les autres, celle-ci aussi est mêlée de beaucoup de fragilité humaine. Mais ces faiblesses sont bien moindres qu’on n’aurait pu s’y attendre ; et elles auraient dû être supportées avec joie par tous ceux qui aimaient et recherchaient la justice. Qu’il y ait eu quelques hommes faibles et à la tête échauffée, ce n’est pas un reproche pour l’œuvre elle-même, ni un juste motif d’accuser une multitude d’hommes sensés, qui sont des modèles de stricte sainteté. Pourtant (tout au contraire de ce qui aurait dû être), l’opposition est grande, et les secours sont rares. Ainsi beaucoup sont empêchés, par le faux zèle des autres, de rechercher la foi et la sainteté ; et quelques-uns, qui avaient d’abord bien couru, sont détournés du chemin.

« Q. 32. Quel est le premier avis [Les avis qui suivent furent publiés en un traité séparé, en l’an 1762, sous le titre de “Avertissements et directions donnés aux chrétiens les plus avancés des sociétés méthodistes”, avec la devise suivante : —

“Écartez les faux témoins, mais tenez à jamais ferme la vérité.” Elle visait évidemment à prémunir le peuple contre les extravagances pernicieuses de George Bell et de ses amis, dont un récit détaillé est donné dans le Journal de M. Wesley vers cette époque. — Éd.] que vous voudriez leur donner ?

« R. Veillez et priez continuellement contre l’orgueil. Si Dieu l’a chassé, prenez garde qu’il ne rentre plus : il est tout aussi dangereux que le désir. Et vous pouvez y retomber sans vous en apercevoir, surtout si vous pensez qu’il n’y a là aucun danger. “Mais non, j’attribue à Dieu tout ce que j’ai.” Vous le pouvez, et être orgueilleux néanmoins. Car c’est de l’orgueil, non seulement de s’attribuer à soi-même quoi que ce soit de ce qu’on a, mais aussi de penser qu’on a ce qu’on n’a pas réellement. M. L—, par exemple, attribuait à Dieu toute la lumière qu’il avait, et en cela il était humble ; mais il pensait avoir plus de lumière qu’aucun homme vivant ; et c’était là un orgueil manifeste. De même, vous attribuez à Dieu toute la connaissance que vous avez ; et à cet égard vous êtes humble. Mais si vous pensez en avoir plus que vous n’en avez réellement, ou si vous pensez être tellement enseigné de Dieu que vous n’ayez plus besoin de l’enseignement des hommes, l’orgueil est couché à la porte. Oui, vous avez besoin d’être enseigné, non seulement par M. Morgan, les uns par les autres, par M. Maxfield ou par moi, mais par le plus faible prédicateur de Londres ; oui, par tous les hommes. Car Dieu envoie par qui il veut envoyer.

« Ne dites donc pas à ceux qui voudraient vous conseiller ou vous reprendre : “Vous êtes aveugles ; vous ne pouvez pas m’enseigner.” Ne dites pas : “C’est là votre sagesse, votre raison charnelle” ; mais pesez calmement la chose devant Dieu.

« Souvenez-vous toujours que beaucoup de grâce n’implique pas beaucoup de lumière. Ces deux choses ne vont pas toujours ensemble. De même qu’il peut y avoir beaucoup de lumière là où il n’y a que peu d’amour, de même il peut y avoir beaucoup d’amour là où il y a peu de lumière. Le cœur a plus de chaleur que l’œil ; et pourtant il ne peut voir. Et Dieu a sagement disposé ensemble les membres du corps, afin qu’aucun ne puisse dire à un autre : “Je n’ai pas besoin de toi.”

« S’imaginer que nul ne peut vous enseigner, sinon ceux qui sont eux-mêmes sauvés du péché, est une erreur très grande et très dangereuse. Ne lui faites pas place un seul instant ; elle vous entraînerait dans mille autres erreurs, et cela sans retour. Non ; l’autorité n’est pas fondée sur la grâce, comme le prétendaient les insensés du siècle dernier. Obéissez à “ceux qui vous dirigent dans le Seigneur”, ayez égard à eux, et ne pensez pas en savoir plus qu’eux. Connaissez leur place et la vôtre, vous souvenant toujours que beaucoup d’amour n’implique pas beaucoup de lumière.

« Faute d’avoir pris garde à cela, certains sont tombés dans bien des erreurs, et dans l’apparence, tout au moins, de l’orgueil. Oh ! gardez-vous de l’apparence, et de la chose ! Qu’il y ait “en vous cette humilité de sentiments qui était en Jésus-Christ”. Et “revêtez-vous d’humilité”, vous aussi. Qu’elle ne vous remplisse pas seulement, mais qu’elle vous recouvre tout entiers. Que la modestie et la défiance de vous-mêmes paraissent dans toutes vos paroles et dans toutes vos actions. Que tout ce que vous dites et faites montre que vous êtes petits, et bas, et misérables, et vils à vos propres yeux.

« Un exemple de cela : soyez toujours prêts à reconnaître toute faute que vous avez commise. Si, à quelque moment, vous avez pensé, parlé ou agi de travers, ne tardez pas à l’avouer. Ne vous figurez jamais que cela nuira à la cause de Dieu ; non, cela la servira. Soyez donc ouverts et francs quand on vous reproche quelque chose ; ne cherchez ni à l’éluder ni à la déguiser ; mais laissez-la paraître exactement telle qu’elle est, et par là, loin de faire obstacle à l’Évangile, vous en serez l’ornement.

« Q. 33. Quel est le deuxième conseil que vous leur donneriez ?

« R. Gardez-vous de cette fille de l’orgueil, l’enthousiasme. Oh ! tenez-vous-en aussi loin que possible ! Ne donnez aucune place à une imagination échauffée. N’attribuez pas les choses à Dieu avec précipitation. Ne supposez pas aisément que des songes, des voix, des impressions, des visions ou des révélations viennent de Dieu. Ils peuvent venir de lui. Ils peuvent venir de la nature. Ils peuvent venir du diable. C’est pourquoi “n’ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu”. Éprouvez toutes choses par la parole écrite, et que tout s’incline devant elle. Vous êtes à toute heure en danger d’enthousiasme, si peu que vous vous écartiez de l’Écriture, oui, ou du sens simple et littéral de quelque texte que ce soit, pris en relation avec son contexte. Vous l’êtes de même si vous méprisez ou estimez à la légère la raison, la connaissance ou le savoir humain, dont chacun est un excellent don de Dieu et peut servir aux plus nobles fins.

« Je vous conseille de ne jamais employer les mots de sagesse, de raison ou de connaissance en manière de reproche. Au contraire, priez pour que vous-mêmes vous y abondiez de plus en plus. Si vous voulez parler de la sagesse du monde, d’une connaissance inutile, de raisonnements faux, dites-le ; et jetez la balle, mais non le froment.

« Une porte ordinaire par laquelle entre l’enthousiasme, c’est d’attendre la fin sans les moyens : d’attendre, par exemple, la connaissance sans sonder les Écritures et sans consulter les enfants de Dieu ; d’attendre la force spirituelle sans une prière constante et une vigilance soutenue ; d’attendre quelque bénédiction que ce soit sans entendre la parole de Dieu à chaque occasion.

« Quelques-uns ont ignoré cette ruse de Satan. Ils ont cessé de sonder les Écritures. Ils disaient : “Dieu écrit toutes les Écritures sur mon cœur. Je n’ai donc pas besoin de les lire.” D’autres pensaient n’avoir pas tellement besoin d’entendre la prédication, et se relâchèrent ainsi dans leur assiduité à la prédication du matin. Oh ! prenez garde, vous qui êtes concernés ! Vous avez écouté la voix d’un étranger. Revenez en hâte à Christ, et tenez-vous dans la bonne vieille voie, celle de la foi “qui a été transmise aux saints une fois pour toutes” ; la voie dont un païen même a rendu ce témoignage : “Que les chrétiens se levaient tôt chaque jour pour chanter des hymnes à Christ comme à un Dieu.”

« Le désir même de “croître dans la grâce” peut parfois être une porte ouverte à l’enthousiasme. Comme il nous porte continuellement à chercher une grâce nouvelle, il peut nous porter, à notre insu, à chercher quelque autre chose de nouveau, outre de nouveaux degrés d’amour pour Dieu et pour les hommes. Ainsi a-t-il porté certains à chercher, et à s’imaginer avoir reçu, des dons d’un genre nouveau après le cœur nouveau, tels que : (1.) Aimer Dieu de toute notre pensée ; (2.) De toute notre âme ; (3.) De toute notre force : (4.) L’unité avec Dieu : (5.) L’unité avec Christ : (6.) Avoir notre vie cachée avec Christ en Dieu : (7.) Être morts avec Christ : (8.) Ressusciter avec lui : (9.) Être assis avec lui dans les lieux célestes : (10.) Être élevés jusque sur son trône : (11.) Être dans la nouvelle Jérusalem : (12.) Voir le tabernacle de Dieu descendre parmi les hommes : (13.) Être morts à toutes les œuvres : (14.) N’être plus sujets à la mort, à la douleur, au chagrin ni à la tentation.

« L’une des causes de beaucoup de ces erreurs, c’est de prendre chaque application nouvelle et puissante de l’un de ces passages de l’Écriture au cœur pour un don d’un genre nouveau ; sans savoir que plusieurs de ces passages ne sont pas encore accomplis ; que la plupart des autres le sont quand nous sommes justifiés ; et le reste, au moment où nous sommes sanctifiés. Il ne reste qu’à les éprouver à des degrés plus élevés. C’est là tout ce que nous avons à attendre.

« Une autre cause de ces erreurs-là, et de mille autres, c’est de ne pas considérer profondément que l’amour est le plus grand don de Dieu ; un amour humble, doux, patient ; que toutes les visions, révélations, manifestations quelles qu’elles soient, sont peu de chose comparées à l’amour ; et que tous les dons mentionnés plus haut sont, ou bien la même chose que lui, ou bien infiniment inférieurs à lui.

« Il serait bon que vous fussiez pleinement pénétrés de ceci : — “le ciel des cieux, c’est l’amour”. Il n’y a rien de plus élevé dans la religion ; il n’y a même, en réalité, rien d’autre ; si vous cherchez autre chose que plus d’amour, vous visez à côté du but, vous sortez de la voie royale. Et quand vous demandez à d’autres : “Avez-vous reçu telle ou telle bénédiction ?”, si vous entendez par là autre chose que plus d’amour, vous l’entendez mal ; vous les égarez et vous les mettez sur une fausse piste. Établissez donc dans votre cœur que, dès le moment où Dieu vous a sauvés de tout péché, vous n’avez à viser à rien de plus qu’à plus de cet amour décrit dans le treizième chapitre aux Corinthiens. [1 Corinthiens 13] Vous ne pouvez aller plus haut que cela, jusqu’à ce que vous soyez portés dans le sein d’Abraham.

« Je le dis encore une fois : gardez-vous de l’enthousiasme. C’en est, par exemple, de vous imaginer que vous avez le don de prophétie, ou du discernement des esprits, ce que je ne crois pas qu’un seul d’entre vous possède ; non, ni n’ait jamais possédé jusqu’ici. Gardez-vous de juger que les gens sont dans le vrai ou dans l’erreur d’après vos propres sentiments. Ce n’est pas une manière scripturaire de juger. Oh ! tenez-vous-en à ce mot d’ordre : “A la loi et au témoignage!”

« Q. 34. Quel est le troisième ?

« R. Gardez-vous de l’antinomisme, qui consiste à “anéantir la loi”, ou une partie quelconque de la loi, “par la foi”. L’enthousiasme y conduit naturellement ; à vrai dire, on peut à peine les séparer. Il peut se glisser en vous sous mille formes, de sorte que vous ne sauriez trop vous en garder. Prenez garde à tout ce qui, en principe ou en pratique, y tend de quelque manière. Même cette grande vérité que “Christ est la fin de la loi” peut nous y entraîner, si nous ne considérons pas qu’il a adopté chaque point de la loi morale et l’a greffé sur la loi d’amour. Gardez-vous de penser : “Parce que je suis rempli d’amour, je n’ai pas besoin d’avoir tant de sainteté. Parce que je prie toujours, je n’ai donc besoin d’aucun moment fixé pour la prière en particulier. Parce que je veille toujours, je n’ai donc besoin d’aucun examen particulier de moi-même.” “Rendons la loi grande”, la parole écrite tout entière, “et rendons-la honorable”. Que ceci soit notre langage : “J’estime tes commandements plus que l’or et les pierres précieuses. Combien j’aime ta loi! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation.” Gardez-vous des livres antinomiens, en particulier des ouvrages du docteur Crisp et de M. Saltmarsh. Ils contiennent beaucoup d’excellentes choses ; et c’est ce qui les rend d’autant plus dangereux. Oh ! soyez avertis à temps ! Ne jouez pas avec le feu. Ne mettez pas votre main sur le trou de l’antre du basilic. Je vous en conjure, gardez-vous de l’esprit de secte. Que votre amour et votre bienfaisance ne se bornent pas aux seuls méthodistes, comme on les appelle ; bien moins encore à cette très petite partie d’entre eux qui semblent renouvelés dans l’amour, ou à ceux qui croient à votre témoignage et au leur. Oh ! n’en faites pas votre Schibboleth ! Gardez-vous de l’immobilité, qui consiste à cesser, dans un mauvais sens, de faire vos propres œuvres. Pour citer un exemple entre beaucoup : “Vous aviez reçu, dit quelqu’un, une grande bénédiction. Mais vous vous êtes mis à en parler, et à faire ceci et cela ; ainsi vous l’avez perdue. Vous auriez dû rester tranquille.”

« Gardez-vous de la complaisance envers vous-mêmes ; oui, et d’en faire une vertu, en vous moquant du renoncement à soi-même et de la croix portée chaque jour, du jeûne ou de l’abstinence. Gardez-vous de l’esprit de censure, qui consiste à penser ou à déclarer aveugles, morts, déchus, ou “ennemis de l’œuvre”, ceux qui vous contredisent de quelque manière, que ce soit dans leur jugement ou dans leur pratique. Une fois encore, gardez-vous du solifidianisme, qui ne crie rien d’autre que : “Croyez, croyez !” et qui condamne comme ignorants ou légalistes ceux qui parlent d’une manière plus scripturaire. À certains moments, il est vrai, il peut être juste de ne traiter que de la repentance, ou uniquement de la foi, ou entièrement de la sainteté ; mais, en général, notre vocation est d’annoncer “tout le conseil de Dieu, et de prophétiser selon l’analogie de la foi. La parole écrite traite de la justice tout entière et de chacune de ses branches en particulier, jusqu’aux plus petites : comme d’être sobre, courtois, diligent, patient, d’honorer tous les hommes. De même aussi, le Saint-Esprit opère la même chose dans nos cœurs : il ne crée pas seulement des désirs de sainteté en général, mais il nous incline fortement vers chaque grâce particulière, nous conduisant vers chaque élément de “tout ce qui est aimable”. Et cela très justement : car, comme “par les œuvres la foi fut rendue parfaite ; ainsi l’achèvement ou la ruine de l’œuvre de la foi, et le fait de jouir de la faveur de Dieu ou de subir son déplaisir, dépendent grandement de chaque acte particulier d’obéissance ou de désobéissance.

« Q. 35. Quel est le quatrième ?

« R. Gardez-vous des péchés d’omission ; ne perdez aucune occasion de faire du bien, de quelque sorte que ce soit. Soyez zélés pour les bonnes œuvres ; n’omettez volontairement aucune œuvre, ni de piété, ni de miséricorde. Faites tout le bien que vous pouvez aux corps et aux âmes des hommes. En particulier, “tu auras soin de reprendre ton prochain, et tu ne laisseras point le péché sur lui”. Soyez actifs. Ne donnez aucune place à l’indolence ni à la paresse ; ne donnez à personne l’occasion de dire : “Vous êtes des paresseux, des paresseux!” Beaucoup le diront encore ; mais que tout votre esprit et toute votre conduite réfutent la calomnie. Soyez toujours occupés ; ne perdez aucune parcelle de temps ; ramassez les morceaux, afin que rien ne se perde. Et tout ce que ta main trouve à faire, fais-le de toute ta force. Soyez “lent à parler” et prudents quand vous parlez. “Celui qui parle beaucoup ne manque pas de pécher.” Ne parlez pas beaucoup, ni longtemps à la fois. Peu de gens savent converser avec profit plus d’une heure. Tenez-vous aussi loin que possible du bavardage pieux, des commérages religieux.

« Q. 36. Quel est le cinquième ?

« R. Gardez-vous de désirer quoi que ce soit en dehors de Dieu. Maintenant vous ne désirez rien d’autre ; tout autre désir est chassé ; veillez à ce qu’aucun ne rentre. “Toi-même, conserve-toi pur” ; que votre “œil” demeure “simple, et tout votre corps sera rempli de lumière”. N’admettez aucun désir d’une nourriture agréable, ni d’aucun autre plaisir des sens ; aucun désir de flatter l’œil ou l’imagination par quelque chose de grandiose, de nouveau ou de beau ; aucun désir d’argent, de louange ou d’estime ; ni de bonheur en quelque créature que ce soit. Vous pouvez faire revenir ces désirs ; mais vous n’en avez nul besoin ; vous n’avez plus besoin de les ressentir. Oh ! demeurez fermes dans la liberté par laquelle Christ vous a affranchis.

« Soyez pour tous des modèles de renoncement à vous-mêmes et de croix portée chaque jour. Qu’ils voient que vous ne faites aucun cas d’un plaisir qui ne vous rapproche pas de Dieu, et que vous ne vous arrêtez à aucune peine qui vous en rapproche ; que vous visez simplement à lui plaire, que ce soit en agissant ou en souffrant ; que le langage constant de votre cœur, à l’égard du plaisir ou de la peine, de l’honneur ou du déshonneur, des richesses ou de la pauvreté, est :

“Tout m’est égal, pourvu qu’en mon Seigneur je puisse vivre et mourir !”

Q. 37. Quel est le sixième ?

« R. Gardez-vous du schisme, de faire une déchirure dans l’Église de Christ. Cette désunion intérieure, où les membres cessent d’avoir un amour réciproque “les uns pour les autres” (1 Corinthiens 12:25), est la racine même de toute contestation et de toute séparation extérieure. Gardez-vous de tout ce qui y tend. Gardez-vous d’un esprit de division ; fuyez tout ce qui a la moindre apparence de ce côté. Ne dites donc pas : “Je suis de Paul, ou d’Apollos”, ce qui fut précisément l’occasion du schisme de Corinthe. Ne dites pas : “Voilà mon prédicateur, le meilleur prédicateur d’Angleterre. Donnez-le-moi, et prenez tous les autres.” Tout cela tend à faire naître ou à fomenter la division, à désunir ceux que Dieu a unis. Ne méprisez ni ne dénigrez aucun prédicateur ; n’en élevez aucun au-dessus des autres, de peur de lui nuire, à lui et à la cause de Dieu. D’autre part, ne soyez dur envers personne à cause de quelque incohérence ou de quelque inexactitude d’expression ; non, ni même pour quelques erreurs, quand bien même ce seraient réellement des erreurs.

« De même, si vous voulez éviter le schisme, observez par motif de conscience chaque règle de la Société et des bandes. Ne manquez jamais la réunion de votre classe ou de votre bande ; ne vous absentez jamais d’aucune réunion publique. Ce sont là les nerfs mêmes de notre Société ; et tout ce qui affaiblit, ou tend à affaiblir, notre attachement à ces réunions ou notre exactitude à y assister, frappe à la racine même de notre communauté. Comme le dit quelqu’un : “Cette partie de notre organisation, les réunions privées hebdomadaires pour la prière, l’examen et l’exhortation particulière, a été le plus grand moyen d’approfondir et d’affermir toute bénédiction reçue par la parole prêchée, et de la répandre à d’autres qui ne pouvaient assister au ministère public ; tandis que, sans cette union et ce commerce religieux, les efforts les plus ardents, par la seule prédication, n’ont été d’aucune utilité durable.”

« Ne souffrez pas une seule pensée de vous séparer de vos frères, que leurs opinions s’accordent ou non avec les vôtres. Ne vous figurez pas qu’un homme pèche en ne vous croyant pas, en ne vous prenant pas au mot ; ou que telle ou telle opinion est essentielle à l’œuvre, et que l’une et l’autre doivent tenir ou tomber ensemble. Gardez-vous de l’impatience devant la contradiction. Ne condamnez pas ceux qui ne peuvent voir exactement comme vous voyez, ou qui jugent de leur devoir de vous contredire, que ce soit en une grande chose ou en une petite, et ne pensez pas durement d’eux. Je crains que certains d’entre nous n’aient pensé durement d’autres, simplement parce qu’ils contredisaient ce que nous affirmions. Tout cela tend à la division ; et, par tout ce qui est de cette sorte, nous leur enseignons une mauvaise leçon contre nous-mêmes.

« Oh ! gardez-vous de la susceptibilité, de l’irritabilité, de ne pas supporter qu’on vous parle, de sursauter au moindre mot, et de fuir ceux qui ne reçoivent pas implicitement mes paroles ou celles d’un autre !

« Attendez-vous à la contradiction et à l’opposition, ainsi qu’à des croix de toutes sortes. Considérez les paroles de saint Paul : “il vous a été fait la grâce, par rapport à Christ,” — à cause de lui, comme un fruit de sa mort et de son intercession pour vous — “non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui.” (Philippiens 1:29.) Il vous a été fait la grâce ! C’est Dieu qui vous donne cette opposition ou cet opprobre ; c’est un nouveau gage de son amour. Et allez-vous renier le Donateur, ou repousser son don et le tenir pour un malheur ? Ne direz-vous pas plutôt : “Père, l’heure est venue où tu dois être glorifié : maintenant tu donnes à ton enfant de souffrir quelque chose pour toi : fais de moi selon ta volonté” ? Sachez que ces choses, loin d’être des obstacles à l’œuvre de Dieu ou à votre âme, à moins que ce ne soit par votre propre faute, sont non seulement inévitables dans le cours de la Providence, mais profitables, oui, nécessaires pour vous. Recevez-les donc de Dieu (et non du hasard) de bon gré, avec reconnaissance. Recevez-les des hommes avec humilité, douceur, souplesse, bonté, suavité. Pourquoi votre apparence même et vos manières extérieures ne seraient-elles pas douces ? Souvenez-vous du portrait de Lady Cutts : “On disait de l’empereur romain Titus : Jamais personne ne le quitta mécontent. Mais on pouvait dire d’elle : Jamais personne n’alla mécontent vers elle ; tant tous étaient assurés de l’accueil bienveillant et favorable qu’ils trouveraient auprès d’elle.”

« Gardez-vous d’inciter d’autres à se séparer de vous. Ne causez aucune offense qui puisse être évitée ; veillez à ce que votre pratique réponde en toutes choses à votre profession, faisant honneur à la doctrine de Dieu notre Sauveur. Soyez particulièrement prudents quand vous parlez de vous-mêmes : vous ne pouvez, certes, nier l’œuvre de Dieu ; mais parlez-en, quand vous y êtes appelés, de la manière la moins offensante possible. Évitez tous les mots magnifiques et pompeux ; à vrai dire, vous n’avez pas besoin de lui donner un nom général : ni perfection, ni sanctification, ni seconde bénédiction, ni le fait d’être parvenu au but. Parlez plutôt des choses particulières que Dieu a opérées pour vous. Vous pouvez dire : “À tel moment, j’ai senti un changement que je ne suis pas capable d’exprimer ; et depuis ce temps-là, je n’ai senti ni orgueil, ni volonté propre, ni colère, ni incrédulité ; ni rien d’autre qu’une plénitude d’amour pour Dieu et pour tous les hommes.” Et répondez avec modestie et simplicité à toute autre question claire qui vous est posée.

« Et si l’un de vous venait, à quelque moment, à déchoir de ce qu’il est maintenant, s’il venait à sentir de nouveau l’orgueil ou l’incrédulité, ou quelque disposition dont il est à présent délivré, qu’il ne le nie pas, qu’il ne le cache pas, qu’il ne le déguise en aucune façon, au péril de son âme. En tout cas, allez trouver quelqu’un en qui vous pouvez avoir confiance, et dites exactement ce que vous éprouvez. Dieu lui donnera de dire une parole à propos, qui sera la santé de votre âme. Et assurément il relèvera de nouveau votre tête, et fera que les os qui ont été brisés se réjouissent.

« Q. 38. Quel est le dernier conseil que vous leur donneriez ?

« R. Soyez exemplaires en toutes choses ; en particulier dans les choses extérieures (comme dans le vêtement), dans les petites choses, dans l’emploi de votre argent (en évitant toute dépense inutile), dans un sérieux profond et constant, et dans la solidité et l’utilité de toute votre conversation. Ainsi serez-vous “une lampe qui brille dans un lieu obscur”. Ainsi chaque jour “croîtrez-vous dans la grâce”, jusqu’au jour où “l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée.”

« La plupart des conseils qui précèdent sont fortement appuyés par les réflexions suivantes, que je recommande à votre méditation profonde et fréquente, après les saintes Écritures : —

« (1.) La mer est une excellente image de la plénitude de Dieu, et de celle du bienheureux Esprit. Car, de même que tous les fleuves retournent à la mer, de même les corps, les âmes et les bonnes œuvres des justes retournent en Dieu, pour y vivre dans son repos éternel.

« Bien que toutes les grâces de Dieu dépendent de sa pure bonté, il lui plaît pourtant, d’ordinaire, de les attacher aux prières, aux instructions et à la sainteté de ceux avec qui nous sommes. Par des attraits puissants, quoique invisibles, il attire certaines âmes au moyen de leurs rapports avec d’autres.

« Les sympathies que forme la grâce surpassent de loin celles que forme la nature.

« Les vrais dévots montrent que les passions découlent aussi naturellement du véritable amour que du faux ; tant ils sont profondément sensibles aux biens et aux maux de ceux qu’ils aiment pour l’amour de Dieu. Mais cela ne peut être compris que de ceux qui entendent le langage de l’amour.

« Le fond de l’âme peut être en repos, alors même que nous sommes dans beaucoup de troubles extérieurs ; tout comme le fond de la mer est calme, tandis que la surface est violemment agitée.

« Les meilleurs secours pour croître dans la grâce sont les mauvais traitements, les affronts et les pertes qui nous arrivent. Nous devrions les recevoir avec toute reconnaissance, comme préférables à tous les autres, ne fût-ce que pour cette raison : — que notre volonté n’y a aucune part.

« Le moyen le plus prompt d’échapper à nos souffrances, c’est de consentir à ce qu’elles durent aussi longtemps qu’il plaira à Dieu.

« Si nous souffrons la persécution et l’affliction comme il faut, nous parvenons, en faisant bon usage d’une seule de ces occasions, à une plus grande mesure de conformité à Christ que nous ne l’aurions pu en imitant simplement sa miséricorde par une abondance de bonnes œuvres.

« L’une des plus grandes preuves de l’amour de Dieu envers ceux qui l’aiment, c’est de leur envoyer des afflictions, avec la grâce pour les supporter.

« Même dans les plus grandes afflictions, nous devons témoigner à Dieu qu’en les recevant de sa main, nous éprouvons du plaisir au milieu de la douleur, parce que nous sommes affligés par celui qui nous aime et que nous aimons.

« Le moyen le plus prompt que Dieu emploie pour attirer un homme à lui, c’est de l’affliger dans ce qu’il aime le plus, et à juste titre ; et de faire naître cette affliction de quelque bonne action accomplie avec un œil simple ; parce que rien ne peut lui montrer plus clairement le néant de ce qu’il y a de plus aimable et de plus désirable dans le monde.

« (2.) La vraie résignation consiste en une entière conformité à toute la volonté de Dieu, qui veut et fait tout ce qui arrive dans le monde (excepté le péché). Pour cela, nous n’avons qu’à embrasser tous les événements, bons et mauvais, comme sa volonté.

« Dans les plus grandes afflictions qui peuvent atteindre les justes, soit du ciel, soit de la terre, ils demeurent inébranlables dans la paix et parfaitement soumis à Dieu, par un regard intérieur et aimant vers lui, qui réunit en un seul toutes les puissances de leur âme.

« Nous devons souffrir paisiblement tout ce qui nous arrive, supporter les défauts des autres et les nôtres, les confesser à Dieu dans la prière secrète, ou par des soupirs qui ne peuvent s’exprimer ; mais ne jamais dire une parole aigre ou chagrine, ni murmurer, ni nous plaindre ; mais vouloir pleinement que Dieu vous traite de la manière qui lui plaît. Nous sommes ses agneaux, et nous devons donc être prêts à souffrir, jusqu’à la mort, sans nous plaindre.

« Nous devons supporter ceux que nous ne pouvons corriger, et nous contenter de les offrir à Dieu. C’est là la vraie résignation. Et puisqu’il a porté nos infirmités, nous pouvons bien porter celles les uns des autres pour l’amour de lui.

« Tout abandonner, se dépouiller de tout, afin de chercher et de suivre Jésus-Christ nu jusqu’à Bethléhem, où il naquit ; nu jusqu’au prétoire, où il fut flagellé ; et nu jusqu’au Calvaire, où il mourut sur la croix, c’est une si grande miséricorde que ni la chose, ni la connaissance de la chose, ne sont données à personne, si ce n’est par la foi au Fils de Dieu.

« (3.) Il n’y a point d’amour de Dieu sans patience, ni de patience sans humilité et sans douceur d’esprit.

« L’humilité et la patience sont les preuves les plus sûres de l’accroissement de l’amour.

« L’humilité seule unit la patience à l’amour ; sans elle, il est impossible de tirer profit de la souffrance, ou même d’éviter la plainte, surtout lorsque nous pensons n’avoir donné aucun sujet à ce que les hommes nous font souffrir.

« La vraie humilité est une sorte d’anéantissement de soi-même ; et c’est là le centre de toutes les vertus.

« Une âme revenue à Dieu doit être attentive à tout ce qu’on lui dit au sujet du salut, avec le désir d’en tirer profit.

« Des péchés que Dieu a pardonnés, qu’il ne reste rien qu’une humilité plus profonde dans le cœur, et une règle plus stricte dans nos paroles, dans nos actions et dans nos souffrances.

« (4.) Supporter les hommes, et souffrir les maux avec douceur et en silence, c’est là le résumé de la vie chrétienne.

« Dieu est le premier objet de notre amour : son second office est de supporter les défauts des autres. Et nous devrions commencer à le pratiquer au milieu de notre propre maison.

« Nous devrions exercer notre amour principalement envers ceux qui heurtent le plus soit notre manière de penser, soit notre humeur, soit nos connaissances, soit le désir que nous avons que les autres soient aussi vertueux que nous souhaitons l’être nous-mêmes.

« (5.) Dieu donne difficilement son Esprit, même à ceux qu’il a affermis dans la grâce, s’ils ne le lui demandent en toute occasion, non pas une fois seulement, mais bien des fois.

« Dieu ne fait rien qu’en réponse à la prière ; et ceux-là mêmes qui ont été convertis à Dieu sans l’avoir demandé eux-mêmes par la prière (ce qui est extrêmement rare) n’ont pas été sans les prières des autres. Chaque nouvelle victoire que remporte une âme est l’effet d’une nouvelle prière.

« En toute occasion d’inquiétude, nous devrions nous retirer dans la prière, afin de faire place à la grâce et à la lumière de Dieu, et prendre ensuite nos résolutions, sans nous mettre en peine du succès qu’elles pourront avoir.

Dans les plus grandes tentations, un seul regard vers Christ, et le simple fait de prononcer son nom, suffisent pour vaincre le malin, pourvu que cela se fasse avec confiance et dans le calme de l’esprit.

Le commandement de Dieu : “Priez sans cesse”, est fondé sur le besoin que nous avons de sa grâce pour conserver la vie de Dieu dans l’âme, laquelle ne peut pas plus subsister un seul instant sans elle que le corps ne le peut sans air.

Que nous pensions à Dieu ou que nous lui parlions, que nous agissions ou que nous souffrions pour lui, tout est prière, lorsque nous n’avons d’autre objet que son amour et le désir de lui plaire.

« Tout ce que fait un chrétien, même en mangeant et en dormant, est prière, lorsque cela se fait avec simplicité, selon l’ordre de Dieu, sans rien y ajouter ni en retrancher par son propre choix.

« La prière se poursuit dans le désir du cœur, bien que l’intelligence soit occupée de choses extérieures.

« Dans les âmes remplies d’amour, le désir de plaire à Dieu est une prière continuelle.

« Comme la haine furieuse que nous porte le diable est appelée le rugissement d’un lion, ainsi notre amour véhément peut être appelé un cri vers Dieu.

« Dieu ne demande à ses enfants parvenus à l’âge adulte que ceci : que leur cœur soit véritablement purifié, et qu’ils lui offrent continuellement les souhaits et les vœux qui jaillissent naturellement de l’amour parfait. Car ces désirs, étant les fruits authentiques de l’amour, sont les prières les plus parfaites qui puissent en jaillir.

(6.) On a peine à concevoir combien est étroit le chemin par lequel Dieu conduit ceux qui le suivent, et combien nous devons dépendre de lui, à moins que nous ne manquions de fidélité envers lui.

« On a peine à croire de quelle grande conséquence sont devant Dieu les plus petites choses, et quels grands inconvénients suivent parfois celles qui paraissent n’être que des fautes légères.

De même qu’un tout petit peu de poussière dérègle une horloge, et que le moindre grain de sable obscurcit notre vue, de même le moindre grain de péché qui se trouve sur le cœur empêchera son juste mouvement vers Dieu.

« Nous devrions être à l’église comme les saints sont au ciel, et à la maison comme les hommes les plus saints sont à l’église ; faisant notre ouvrage à la maison comme nous prions à l’église ; adorant Dieu du fond du cœur.

« Nous devrions travailler continuellement à retrancher toutes les choses inutiles qui nous entourent ; et Dieu retranche d’ordinaire le superflu de nos âmes dans la même proportion que nous retranchons celui de nos corps.

« Le meilleur moyen de résister au diable, c’est de détruire tout ce qui reste du monde en nous, afin d’élever pour Dieu, sur ses ruines, un édifice tout d’amour. Alors nous commencerons, dans cette vie passagère, à aimer Dieu comme nous l’aimerons dans l’éternité.

« Nous concevons à peine combien il est facile de dérober à Dieu ce qui lui est dû, dans notre amitié avec les personnes les plus vertueuses, jusqu’à ce qu’elles nous soient arrachées par la mort. Mais si cette perte produit une tristesse durable, c’est une preuve évidente que nous avions auparavant deux trésors entre lesquels nous partagions notre cœur.

« (7.) Si, après avoir renoncé à tout, nous ne veillons pas sans cesse, et ne supplions pas Dieu d’accompagner notre vigilance de la sienne, nous serons de nouveau enlacés et vaincus.

« Comme les vents les plus dangereux peuvent entrer par de petites ouvertures, ainsi le diable n’entre jamais plus dangereusement que par de petits incidents inaperçus, qui semblent n’être rien, et qui pourtant ouvrent insensiblement le cœur à de grandes tentations.

« Il est bon de nous renouveler de temps en temps en examinant de près l’état de nos âmes, comme si nous ne l’avions jamais fait auparavant ; car rien ne contribue davantage à la pleine assurance de la foi que de nous maintenir, par ce moyen, dans l’humilité et dans l’exercice de toutes les bonnes œuvres.

« À la vigilance et à la prière continuelles doit s’ajouter une occupation continuelle. Car la grâce a horreur du vide aussi bien que la nature ; et le diable remplit tout ce que Dieu ne remplit pas.

« Il n’y a point de fidélité comparable à celle qui doit exister entre un conducteur d’âmes et la personne qu’il dirige. Ils doivent continuellement se regarder l’un l’autre en Dieu, et s’examiner de près eux-mêmes, pour voir si toutes leurs pensées sont pures, et toutes leurs paroles réglées par la discrétion chrétienne. Les autres affaires ne sont que les choses des hommes ; mais celles-ci sont proprement les choses de Dieu.

« (8.) Les paroles de saint Paul : “nul ne peut dire: Jésus est le Seigneur! Si ce n’est par le Saint-Esprit”, nous montrent la nécessité d’avoir les yeux fixés sur Dieu dans nos bonnes œuvres, et jusque dans nos moindres pensées, sachant qu’aucune ne lui est agréable, sinon celles qu’il forme en nous et avec nous. Nous apprenons de là que nous ne pouvons le servir, à moins qu’il ne se serve de notre langue, de nos mains et de notre cœur, pour faire par lui-même et par son Esprit tout ce qu’il veut que nous fassions.

« Si nous n’étions pas entièrement impuissants, nos bonnes œuvres seraient notre propriété ; tandis qu’à présent elles appartiennent entièrement à Dieu, parce qu’elles procèdent de lui et de sa grâce : en élevant nos œuvres, et en les rendant toutes divines, il s’honore lui-même en nous par elles.

« L’une des principales règles de la religion est de ne perdre aucune occasion de servir Dieu. Et, puisqu’il est invisible à nos yeux, nous devons le servir dans notre prochain ; ce qu’il reçoit comme si nous le lui faisions à lui-même en personne, se tenant visiblement devant nous.

« Dieu n’aime pas les hommes inconstants, ni les bonnes œuvres interrompues. Rien ne lui est agréable, sinon ce qui a quelque ressemblance avec sa propre immutabilité.

« Une attention constante à l’œuvre que Dieu nous confie est la marque d’une piété solide.

« L’amour jeûne quand il le peut, et autant qu’il le peut. Il conduit à toutes les ordonnances de Dieu, et s’emploie à toutes les œuvres extérieures dont il est capable. Il vole, pour ainsi dire, comme Élie à travers la plaine, pour trouver Dieu sur sa sainte montagne.

« Dieu est si grand qu’il communique de la grandeur à la moindre chose faite pour son service.

« Heureux ceux qui tombent malades, oui, ou qui perdent la vie, pour avoir fait une bonne œuvre !

« Dieu cache souvent la part que ses enfants ont dans la conversion d’autres âmes. On peut pourtant dire hardiment que celui qui gémit longtemps devant lui pour la conversion d’un autre est, chaque fois que cette âme se convertit à Dieu, l’une des principales causes de cette conversion.

« La charité ne peut être bien pratiquée que si, premièrement, nous l’exerçons au moment même où Dieu en donne l’occasion ; et, secondement, si nous nous retirons l’instant d’après pour l’offrir à Dieu par une humble action de grâces. Et cela pour trois raisons : premièrement, pour lui rendre ce que nous avons reçu de lui ; la deuxième, pour éviter la dangereuse tentation qui naît de la bonté même de ces œuvres ; et la troisième, pour nous unir à Dieu, en qui l’âme se dilate dans la prière, avec toutes les grâces que nous avons reçues et les bonnes œuvres que nous avons faites, afin de puiser en lui une force nouvelle contre les mauvais effets que ces œuvres mêmes peuvent produire en nous, si nous ne faisons pas usage des antidotes que Dieu a établis contre ces poisons. Le vrai moyen d’être rempli de nouveau des richesses de la grâce, c’est ainsi de nous en dépouiller ; et sans cela, il est extrêmement difficile de ne pas défaillir dans la pratique des bonnes œuvres.

« Les bonnes œuvres ne reçoivent leur dernière perfection que lorsqu’elles se perdent, pour ainsi dire, en Dieu. C’est pour elles une sorte de mort, semblable à celle de nos corps, qui n’atteindront leur vie la plus haute, leur immortalité, que lorsqu’ils se perdront dans la gloire de nos âmes, ou plutôt de Dieu, dont ils seront remplis. Et ce n’est que ce qu’elles avaient de terrestre et de mortel que les bonnes œuvres perdent par cette mort spirituelle.

« Le feu est le symbole de l’amour ; et l’amour de Dieu est le principe et la fin de toutes nos bonnes œuvres. Mais la vérité surpasse la figure ; et le feu de l’amour divin a cet avantage sur le feu matériel, qu’il peut remonter à sa source et y élever avec lui toutes les bonnes œuvres qu’il produit. Et par ce moyen, il les empêche d’être corrompues par l’orgueil, la vanité ou quelque mauvais mélange. Mais cela ne peut se faire autrement qu’en faisant mourir spirituellement ces bonnes œuvres en Dieu, par une profonde reconnaissance qui plonge l’âme en lui comme dans un abîme, avec tout ce qu’elle est, et toute la grâce et toutes les œuvres dont elle lui est redevable ; une reconnaissance par laquelle l’âme semble se vider de ces choses, afin qu’elles retournent à leur source, comme les fleuves semblent vouloir se vider eux-mêmes, lorsqu’ils se déversent avec toutes leurs eaux dans la mer.

« Quand nous avons reçu quelque faveur de Dieu, nous devons nous retirer, sinon dans notre chambre, du moins dans notre cœur, et dire : “Je viens, Seigneur, te rendre ce que tu m’as donné ; et j’y renonce librement, pour rentrer dans mon propre néant. Car qu’est-ce que la créature la plus parfaite, au ciel ou sur la terre, en ta présence, sinon un vide capable d’être rempli de toi et par toi ; comme l’air, qui est vide et obscur, est capable d’être rempli de la lumière du soleil, lequel la lui retire chaque jour pour la lui rendre le lendemain, sans qu’il y ait rien dans l’air qui s’approprie cette lumière ou qui lui résiste ? Oh ! donne-moi la même facilité à recevoir et à rendre ta grâce et tes bonnes œuvres ! Je dis tiennes ; car je reconnais que la racine d’où elles naissent est en toi, et non en moi.” »

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