Simple exposé de la perfection chrétienne
Sections 26 à 28

Chapitre 6 · 12 min de lecture · 15 min d’écoute

Sections 26 à 28

26. En l’an 1764, après avoir repris l’ensemble du sujet, je consignai la somme de ce que j’avais observé dans les courtes propositions suivantes : —

« (1.) Il existe une chose telle que la perfection ; car elle est mentionnée à maintes reprises dans l’Écriture.

« (2.) Elle ne vient pas aussi tôt que la justification ; car les justifiés doivent “tendre à ce qui est parfait”. (Héb. 6:1.)

« (3.) Elle ne vient pas aussi tard que la mort ; car saint Paul parle d’hommes vivants qui étaient parfaits. (Phil. 3:15.)

« (4.) Elle n’est pas absolue. La perfection absolue n’appartient ni à l’homme, ni aux anges, mais à Dieu seul.

« (5.) Elle ne rend pas un homme infaillible : nul n’est infaillible tant qu’il demeure dans le corps.

« (6.) Est-elle sans péché ? Il ne vaut pas la peine de disputer pour un terme. C’est le “salut du péché”.

« (7.) C’est “l’amour parfait”. (1 Jean 4:18.) Voilà son essence ; ses propriétés, ou fruits inséparables, sont d’être toujours joyeux, de prier sans cesse et de rendre grâces en toutes choses. (1 Thess. 5:16, etc.)

« (8.) Elle est susceptible de croissance. Bien loin de consister en un point indivisible, incapable d’accroissement, elle laisse celui qui est rendu parfait dans l’amour croître dans la grâce beaucoup plus rapidement qu’il ne le faisait auparavant.

« (9.) Elle est amissible, c’est-à-dire qu’elle peut se perdre ; nous en avons de nombreux exemples. Mais nous n’en avons été pleinement convaincus qu’il y a cinq ou six ans.

« (10.) Elle est constamment précédée et suivie d’une œuvre graduelle.

« (11.) Mais est-elle, en elle-même, instantanée ou non ? Pour l’examiner, avançons pas à pas.

« Un changement instantané a été opéré chez certains croyants : nul ne peut le nier.

« Depuis ce changement, ils jouissent de l’amour parfait ; ils sentent cela, et cela seul ; ils “sont toujours joyeux, prient sans cesse et rendent grâces en toutes choses”. Or c’est là tout ce que j’entends par perfection ; ils sont donc les témoins de la perfection que je prêche.

« “Mais chez certains ce changement n’a pas été instantané.” Ils n’ont pas perçu l’instant où il s’est opéré. Il est souvent difficile de percevoir l’instant où un homme meurt ; pourtant il y a un instant où la vie cesse. Et si jamais le péché cesse, il faut qu’il y ait un dernier moment de son existence, et un premier moment de notre délivrance.

« “Mais s’ils ont maintenant cet amour, ils le perdront.” Cela se peut ; mais cela n’est pas nécessaire. Et qu’ils le perdent ou non, ils l’ont maintenant ; ils font maintenant l’expérience de ce que nous enseignons. Ils sont maintenant tout amour ; ils se réjouissent, prient et louent maintenant sans cesse.

« “Toutefois, le péché n’est que suspendu en eux ; il n’est pas détruit.” Appelez-le comme il vous plaira. Ils sont tout amour aujourd’hui ; et ils ne s’inquiètent pas du lendemain.

« “Mais on a beaucoup abusé de cette doctrine.” On a fait de même de celle de la justification par la foi. Mais ce n’est pas une raison pour abandonner ni celle-ci, ni aucune autre doctrine scripturaire. “Quand vous lavez votre enfant, dit quelqu’un, jetez l’eau ; mais ne jetez pas l’enfant.”

« “Mais ceux qui pensent être sauvés du péché disent n’avoir pas besoin des mérites de Christ.” Ils disent exactement le contraire. Leur langage est, —

“À chaque instant, Seigneur, il me faut Le mérite de ta mort !” Jamais auparavant ils n’avaient eu une conviction si profonde, si inexprimable, du besoin de Christ dans toutes ses fonctions, qu’ils l’ont maintenant.

« Par conséquent, tous nos prédicateurs devraient se faire un devoir de prêcher la perfection aux croyants, constamment, fortement et explicitement ; et tous les croyants devraient s’appliquer à cette seule chose, et lutter continuellement pour l’obtenir. »

27. J’ai maintenant fait ce que je m’étais proposé. J’ai donné un exposé simple et sans détour de la manière dont j’ai d’abord reçu la doctrine de la perfection, et du sens dans lequel je l’ai reçue, et dans lequel je la reçois et l’enseigne encore aujourd’hui. J’ai déclaré le tout et chacune des parties de ce que j’entends par cette expression scripturaire. J’en ai tracé le portrait en pied, sans déguisement ni voile. Et je voudrais maintenant demander à toute personne impartiale : Qu’y a-t-il là de si effrayant ? D’où vient toute cette clameur qui, depuis vingt ans et plus, s’est élevée dans tout le royaume, comme si tout le christianisme était détruit, et toute religion arrachée jusqu’à la racine ? Pourquoi le nom même de perfection a-t-il été rejeté de la bouche des chrétiens, et même conspué et abhorré, comme s’il contenait la plus pernicieuse des hérésies ? Pourquoi ceux qui la prêchent ont-ils été hués comme des chiens enragés, même par des hommes qui craignent Dieu ; bien plus, par certains de leurs propres enfants, par certains de ceux qu’ils avaient, sous Dieu, engendrés par l’Évangile ? Quelle raison y a-t-il à cela, ou quel prétexte ? Une raison, une raison solide, il n’y en a point. Il est impossible qu’il y en ait. Mais des prétextes, il y en a, et en grande abondance. À vrai dire, il y a lieu de craindre que, chez certains de ceux qui nous traitent ainsi, ce ne soit qu’un pur prétexte ; que ce ne soit rien de plus qu’une contenance qu’ils se donnent, du commencement à la fin. Ils voulaient, ils cherchaient une occasion contre moi ; et ici ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient. « Voilà la doctrine de M. Wesley ! Il prêche la perfection ! » Il la prêche, en effet ; et pourtant ce n’est pas plus sa doctrine que la vôtre, ou celle de quiconque est ministre de Christ. Car c’est sa doctrine à lui, particulièrement, éminemment la sienne ; c’est la doctrine de Jésus-Christ. Ce sont ses paroles, non les miennes : Esesthe oun teleioi, hosper ho pater hymon ho en tois ouranois teleios esti, — « Vous serez donc parfaits, comme votre Père qui est dans les cieux est parfait. » Et qui dit que vous ne le serez pas, ou du moins pas avant que votre âme soit séparée du corps ? C’est la doctrine de saint Paul, la doctrine de saint Jacques, de saint Pierre et de saint Jean ; et elle n’est celle de M. Wesley qu’en tant qu’elle est la doctrine de quiconque prêche l’Évangile pur et entier. Je vous dis, aussi clairement que je puis parler, où et quand je l’ai trouvée. Je l’ai trouvée dans les oracles de Dieu, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, lorsque je les lisais sans autre but ni désir que de sauver ma propre âme. Mais à qui que soit cette doctrine, quel mal y a-t-il en elle, je vous prie ? Regardez-la de nouveau ; examinez-la de tous côtés, et cela avec la plus grande attention. Sous un aspect, c’est la pureté d’intention, la consécration de toute la vie à Dieu. C’est le don à Dieu de tout notre cœur ; c’est un seul désir et un seul dessein qui gouvernent toutes nos dispositions. C’est la consécration à Dieu, non d’une partie, mais de toute notre âme, de notre corps et de nos biens. Sous un autre aspect, ce sont tous les sentiments qui étaient en Christ, qui nous rendent capables de marcher comme Christ a marché. C’est la circoncision du cœur, qui le purifie de toute souillure, de toute pollution intérieure aussi bien qu’extérieure. C’est un renouvellement du cœur à toute l’image de Dieu, la pleine ressemblance de celui qui l’a créé. Sous un autre aspect encore, c’est aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Maintenant, prenez-la sous celui de ces aspects qu’il vous plaira (car il n’y a entre eux aucune différence essentielle), et voilà toute et l’unique perfection que, comme le prouve jusqu’à l’évidence une suite d’écrits, j’ai crue et enseignée depuis ces quarante ans, de l’année 1725 à l’année 1765.

28. Qu’on laisse maintenant paraître cette perfection sous sa forme native, et qui pourra dire un seul mot contre elle ? Quelqu’un osera-t-il parler contre le fait d’aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes ? contre un renouvellement du cœur, non seulement en partie, mais à toute l’image de Dieu ? Qui ouvrira la bouche contre le fait d’être purifié de toute souillure de la chair et de l’esprit, ou contre le fait d’avoir tous les sentiments qui étaient en Christ, et de marcher en toutes choses comme Christ a marché ? Quel homme, se disant chrétien, a la hardiesse d’objecter à la consécration à Dieu, non d’une partie, mais de toute notre âme, de notre corps et de nos biens ? Quel homme sérieux s’opposerait au don à Dieu de tout notre cœur, et à un seul dessein gouvernant toutes nos dispositions ? Je le répète, qu’on laisse paraître cette perfection sous sa propre forme, et qui combattra contre elle ? Il faut la déguiser avant de pouvoir s’y opposer. Il faut d’abord la couvrir d’une peau d’ours, sans quoi même les bêtes sauvages du peuple auront peine à se laisser exciter à la déchirer. Mais quoi que fassent celles-ci, que les enfants de Dieu ne combattent plus contre l’image de Dieu. Que les membres de Christ ne disent rien contre le fait d’avoir tous les sentiments qui étaient en Christ. Que ceux qui sont vivants pour Dieu ne s’opposent pas à la consécration de toute notre vie à lui. Pourquoi vous, dont le cœur a reçu l’effusion de son amour, résisteriez-vous au don que l’on fait à Dieu de tout son cœur ? Tout ce qui est en vous ne s’écrie-t-il pas : « Ô qui donc, aimant, peut assez aimer ? » Quel dommage que ceux qui désirent lui plaire et en forment le dessein aient quelque autre dessein ou désir ! bien plus, qu’ils redoutent comme une illusion fatale, et même qu’ils abhorrent comme une abomination devant Dieu, le fait d’avoir ce seul désir et ce seul dessein gouvernant toutes leurs dispositions ! Pourquoi des hommes pieux auraient-ils peur de consacrer à Dieu toute leur âme, leur corps et leurs biens ? Pourquoi ceux qui aiment Christ tiendraient-ils pour une erreur damnable de penser que nous pouvons avoir tous les sentiments qui étaient en lui ? Nous admettons, nous soutenons que nous sommes justifiés gratuitement par la justice et le sang de Christ. Et pourquoi vous enflammez-vous ainsi contre nous, parce que nous nous attendons aussi à être sanctifiés tout entiers par son Esprit ? Nous n’attendons aucune faveur, ni des serviteurs déclarés du péché, ni de ceux qui n’ont que l’apparence de la religion. Mais jusqu’à quand vous qui adorez Dieu en esprit, vous qui êtes « circoncis d’une circoncision que la main n’a pas faite », rangerez-vous votre armée en bataille contre ceux qui recherchent une entière circoncision du cœur, qui ont soif d’être purifiés « de toute souillure de la chair et de l’esprit », et d’achever leur « sanctification dans la crainte de Dieu » ? Sommes-nous vos ennemis parce que nous attendons une pleine délivrance de cette « affection de la chair » qui « est inimitié contre Dieu » ? Non, nous sommes vos frères, vos compagnons d’œuvre dans la vigne de notre Seigneur, vos compagnons dans le royaume et la patience de Jésus. Bien que nous confessions ceci (si en cela nous sommes insensés, supportez-nous du moins comme des insensés) : nous nous attendons à aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Oui, nous croyons qu’en ce monde il purifiera les pensées de notre cœur, par l’inspiration de son Saint-Esprit, de sorte que nous l’aimerons parfaitement, et que nous magnifierons dignement son saint nom. »


BRÈVES RÉFLEXIONS SUR LA PERFECTION CHRÉTIENNE

QUELQUES pensées me sont venues à l’esprit ce matin touchant la perfection chrétienne, ainsi que la manière et le moment de la recevoir ; je crois qu’il peut être utile de les consigner.

1. Par perfection, j’entends l’amour humble, doux et patient de Dieu et de notre prochain, gouvernant nos dispositions, nos paroles et nos actions.

Je n’y inclus pas l’impossibilité d’en déchoir, en partie ou en totalité. C’est pourquoi je rétracte plusieurs expressions de nos cantiques qui, en partie expriment, en partie impliquent une telle impossibilité.

Et je ne combats pas pour le terme sans péché, bien que je n’y fasse pas objection.

2. Quant à la manière. Je crois que cette perfection est toujours opérée dans l’âme par un simple acte de foi ; par conséquent, en un instant.

Mais je crois à une œuvre graduelle, qui précède et qui suit cet instant.

3. Quant au moment. Je crois que cet instant est généralement l’instant de la mort, le moment qui précède le départ de l’âme hors du corps. Mais je crois qu’il peut survenir dix, vingt ou quarante ans plus tôt.

Je crois qu’il survient ordinairement bien des années après la justification ; mais qu’il puisse survenir dans les cinq ans ou les cinq mois qui la suivent, je ne connais aucun argument concluant qui s’y oppose.

S’il doit survenir bien des années après la justification, je serais heureux de savoir combien. _Pretium quotus arroget annus?_ [Ce vers d’Horace est ainsi traduit par Boscawen : — « Combien d’années donnent à nos vers leur autorité ? » — N.d.É.]

Et combien de jours ou de mois, ou même d’années, peut-on admettre entre la perfection et la mort ? À quelle distance de la justification doit-elle se trouver, et à quelle proximité de la mort ?

LONDRES, 27 janv. 1767.


[Édité par George Lyons pour le Wesley Center for Applied Theology du Northwest Nazarene College (Nampa, Idaho).]

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