Chapitre 4 · 15 min de lecture · 19 min d’écoute
Sections 22 à 24
22. Vers la même époque, cinq ou six enthousiastes sincères prédirent que le monde finirait le 28 février. Je m’opposai aussitôt à eux par tous les moyens possibles, en public comme en particulier. Je prêchai expressément sur ce sujet, à West-Street comme à Spitalfields. J’avertis la société à maintes et maintes reprises, et je parlai séparément à autant de personnes que je le pus ; et je vis le fruit de mon travail. Ils firent extrêmement peu de prosélytes : à peine trente, je crois, dans toute notre société. Ils n’en firent pas moins grand bruit, donnèrent une immense occasion de scandale à ceux qui prenaient soin de tirer le plus grand parti de toute occasion contre moi, et accrurent grandement le nombre et l’audace de ceux qui s’opposaient à la perfection chrétienne.
23. Quelques questions, publiées alors par l’un d’eux, amenèrent un homme simple à écrire ce qui suit —
« QUESTIONS humblement proposées à ceux qui nient que la perfection puisse être atteinte en cette vie.
« (1.) N’a-t-il pas été donné sous l’Évangile une plus grande mesure du Saint-Esprit que sous l’économie juive ? Sinon, en quel sens l’Esprit n’avait-il pas été donné avant que Christ fût glorifié ? (Jean 7:39.)
« (2.) Cette “gloire qui a suivi les souffrances de Christ” (1 Pierre 1:11) était-elle une gloire extérieure, ou intérieure, c’est-à-dire la gloire de la sainteté ?
« (3.) Dieu nous a-t-il, quelque part dans l’Écriture, commandé davantage qu’il ne nous a promis ?
« (4.) Les promesses de Dieu touchant la sainteté doivent-elles s’accomplir en cette vie, ou seulement dans la suivante ?
« (5.) Le chrétien est-il soumis à d’autres lois que celles que Dieu promet d’“écrire dans notre cœur” ? (Jér. 31:31, etc. ; Héb. 8:10.)
« (6.) En quel sens “la justice de la loi” est-elle accomplie en ceux qui marchent “non selon la chair, mais selon l’esprit” ? (Rom. 8:4.)
« (7.) Est-il impossible à qui que ce soit, en cette vie, d’“aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force” ? Et le chrétien est-il soumis à quelque loi qui ne s’accomplisse pas dans cet amour ?
« (8.) Le départ de l’âme hors du corps opère-t-il sa purification du péché qui habite en elle ?
« (9.) S’il en est ainsi, n’est-ce pas autre chose, et non “le sang de Christ”, qui la “purifie de tout péché” ?
« (10.) Si son sang nous purifie de tout péché tandis que l’âme et le corps sont unis, n’est-ce pas en cette vie ?
« (11.) Si c’est lorsque cette union cesse, n’est-ce pas dans la vie suivante ? Et n’est-ce pas trop tard ?
« (12.) Si c’est à l’article de la mort, dans quelle situation se trouve l’âme lorsqu’elle n’est ni dans le corps ni hors du corps ?
« (13.) Christ nous a-t-il quelque part enseigné à demander ce qu’il n’a jamais l’intention de donner ?
« (14.) Ne nous a-t-il pas enseigné à prier : “Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel” ? Et n’est-elle pas faite parfaitement au ciel ?
« (15.) S’il en est ainsi, ne nous a-t-il pas enseigné à demander la perfection sur la terre ? N’a-t-il donc pas l’intention de la donner ?
« (16.) Saint Paul ne priait-il pas selon la volonté de Dieu lorsqu’il demandait que les Thessaloniciens fussent “sanctifiés tout entiers, et conservés” (en ce monde, non dans l’autre, à moins qu’il ne priât pour les morts) “irrépréhensibles de corps, d’âme et d’esprit, jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ” ?
« (17.) Désirez-vous sincèrement être délivré en cette vie du péché qui habite en vous ?
« (18.) Si oui, n’est-ce pas Dieu qui vous a donné ce désir ?
« (19.) S’il en est ainsi, ne vous l’a-t-il pas donné pour se moquer de vous, puisqu’il est impossible qu’il soit jamais exaucé ?
« (20.) Si vous n’avez pas même assez de sincérité pour le désirer, ne disputez-vous pas de choses trop hautes pour vous ?
« (21.) Demandez-vous jamais à Dieu de “purifier les pensées de votre cœur, afin que” vous “puissiez l’aimer parfaitement” ?
« (22.) Si vous ne désirez pas ce que vous demandez, et ne le croyez pas non plus accessible, ne priez-vous pas comme prie l’insensé ?
« Dieu te fasse la grâce d’examiner ces questions avec calme et impartialité ! »
24. Vers la fin de cette année, Dieu rappela à lui cette lampe qui brûle et qui luit, Jane Cooper. Comme elle fut, dans sa vie et dans sa mort, un témoin de la perfection chrétienne, il ne sera nullement étranger au sujet d’ajouter un bref récit de sa mort, avec l’une de ses propres lettres, qui contient une relation simple et sans art de la manière dont il plut à Dieu d’opérer ce grand changement dans son âme : —
« Le 2 mai 1761.
« Je crois que, tant que la mémoire me restera, la reconnaissance demeurera. Depuis le jour où vous prêchâtes sur Gal. 5:5, je vis clairement le véritable état de mon âme. Ce sermon décrivait mon cœur, et ce qu’il lui manquait pour être ce qu’il voulait être, à savoir vraiment heureux. Vous lûtes la lettre de M. M—, et elle décrivait la religion que je désirais. Dès lors le prix m’apparut, et je fus rendue capable de le poursuivre ardemment. Je fus gardée vigilante dans la prière, tantôt dans une grande détresse, tantôt dans l’attente patiente de la bénédiction. Quelques jours avant que vous ne quittiez Londres, mon âme se reposait sur une promesse qui m’avait été appliquée dans la prière : “Soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez.” Je crus qu’il le ferait, et qu’il y siégerait comme le feu du fondeur. Le mardi qui suivit votre départ, je pensai que je ne pourrais dormir s’il n’accomplissait sa parole cette nuit-là. Jamais je n’avais connu comme alors la force de ces paroles :
“Arrêtez, et sachez que je suis Dieu.” Je devins néant devant lui, et je goûtai un calme parfait dans mon âme. Je ne savais pas s’il avait détruit mon péché ; mais je désirais le savoir, afin de le louer. Pourtant je sentis bientôt revenir l’incrédulité, et je gémis, accablée. Le mercredi, j’allai à Londres, et je cherchai le Seigneur sans relâche. Je promis, s’il me sauvait du péché, de le louer. J’aurais pu me séparer de toutes choses, pourvu que je gagne Christ. Mais je trouvai que tous ces arguments ne valaient rien, et que, s’il me sauvait, ce devait être gratuitement, à cause de son nom. Le jeudi, je fus si fortement tentée que je pensai à me détruire, ou à ne plus jamais converser avec le peuple de Dieu ; et pourtant je ne doutais nullement de son amour qui pardonne ; mais, — C’était pire que la mort, d’aimer mon Dieu, Et non mon Dieu tout seul. Le vendredi, ma détresse devint plus profonde. Je m’efforçai de prier, et ne le pus. J’allai chez Mme D., qui pria pour moi, et me dit que c’était la mort de la nature. J’ouvris la Bible sur ces mots : “Pour les lâches, les incrédules, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre.” Je ne pus le supporter. Je l’ouvris de nouveau sur Marc 16:6, 7 : “Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth. Allez dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée: c’est là que vous le verrez.” Je fus encouragée, et rendue capable de prier, croyant que je verrais Jésus à la maison. Je rentrai ce soir-là, et trouvai Mme G. Elle pria pour moi ; et le prédestinatien n’eut d’autre argument que : “Seigneur, tu ne fais point acception de personnes.” Il prouva qu’il n’en faisait point, en me bénissant. En un instant, je fus rendue capable de saisir Jésus-Christ, et je trouvai le salut par la simple foi. Il m’assura que l’Éternel, le Roi, était au milieu de moi, et que je ne verrais plus le mal. Je bénis alors celui qui m’avait visitée et rachetée, et qui était devenu ma “sagesse, justice et sanctification et rédemption”. Je vis Jésus tout aimable, et je sus qu’il était à moi dans toutes ses fonctions. Et, gloire à lui, il règne maintenant dans mon cœur sans rival. Je ne trouve d’autre volonté que la sienne. Je ne sens aucun orgueil, ni aucune affection qui ne soit placée en lui. Je sais que c’est par la foi que je tiens debout, et que la vigilance dans la prière doit être la garde de la foi. Je suis heureuse en Dieu en ce moment, et je crois l’être au moment suivant. J’ai souvent lu le chapitre que vous mentionnez (1 Cor. 13), et j’y ai comparé mon cœur et ma vie. Ce faisant, je sens mes manquements, et le besoin que j’ai du sang expiatoire. Pourtant je n’ose dire que je ne ressens pas une mesure de l’amour qui y est décrit, bien que je ne sois pas encore tout ce que je serai. Je désire me perdre dans cet amour “qui surpasse toute connaissance”. Je vois que “le juste vivra par la foi” ; et à moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée. Si j’étais un archange, je voilerais ma face devant lui, et je laisserais le silence dire sa louange ! »
Le récit suivant est donné par une personne qui fut témoin, de ses yeux et de ses oreilles, de ce qu’elle rapporte : —
« (1.) Au commencement de novembre, elle sembla avoir un pressentiment de ce qui allait lui arriver, et chantait fréquemment ces paroles : —
“Quand la douleur vainc cette faible chair, Arme mon cœur d’une patience d’agneau.” Et lorsqu’elle m’envoya dire qu’elle était malade, elle écrivit dans son billet : “Je subis la volonté de Jésus. Tout ce qu’il envoie est adouci par son amour. Je suis aussi heureuse que si j’entendais une voix dire, — “Pour moi mes frères aînés attendent, Et les anges m’appellent au loin, Et Jésus m’invite à venir !”
« (2.) Comme je lui disais : “Je ne puis choisir pour vous la vie ou la mort”, elle répondit : “J’ai demandé au Seigneur, si c’était sa volonté, de mourir la première. Et il m’a dit que vous me survivriez, et que c’est vous qui me fermeriez les yeux.” Quand nous nous aperçûmes que c’était la petite vérole, je lui dis : “Ma chère, vous ne serez pas effrayée si nous vous disons quelle est votre maladie.” Elle répondit : “Je ne puis être effrayée de sa volonté.”
« (3.) La maladie pesait très lourdement sur elle ; mais sa foi n’en fut que d’autant plus fortifiée. Le mardi 16 novembre, elle me dit : “J’ai adoré devant le trône d’une manière glorieuse ; mon âme est entrée si avant en Dieu !” Je dis : “Le Seigneur vous a-t-il donné quelque promesse particulière ?” “Non, répondit-elle ; c’était tout
Cette crainte sacrée qui n’ose bouger, Et tout le ciel silencieux de l’amour.”
« (4.) Le jeudi, comme je lui demandais : “Qu’avez-vous à me dire ?”, elle répondit : “Rien, sinon ce que vous savez déjà : Dieu est amour.” Je demandai : “Avez-vous quelque promesse particulière ?” Elle répondit : “Il ne me semble pas en avoir besoin ; je puis m’en passer. Je mourrai comme une masse de difformité, mais je vous retrouverai toute glorieuse ; et, en attendant, je resterai encore en communion avec votre esprit.”
« (5.) M. M. lui demanda quelle était, selon elle, la voie la plus excellente où marcher, et quels en étaient les principaux obstacles. Elle répondit : “Le plus grand obstacle vient généralement du tempérament naturel. Le mien me portait à être réservée, à être très tranquille, à beaucoup souffrir et à peu parler. Certains peuvent juger une voie plus excellente, et d’autres une autre ; mais l’essentiel est de vivre dans la volonté de Dieu. Ces derniers mois, quand je m’y suis particulièrement consacrée, j’ai ressenti une telle direction de son Esprit, et l’onction que j’ai reçue du Saint m’a si bien enseigné toutes choses, que je n’avais pas besoin que personne m’enseignât, sinon comme cette onction enseigne.”
« (6.) Le vendredi matin, elle dit : “Je crois que je vais mourir.” Puis elle s’assit dans son lit et dit : “Seigneur, je te bénis de ce que tu es toujours avec moi, et de ce que tout ce qui est à toi est à moi. Ton amour est plus grand que ma faiblesse, plus grand que mon impuissance, plus grand que mon indignité. Seigneur, tu dis à la corruption : Tu es ma sœur ! Et gloire à toi, ô Jésus, tu es mon Frère. Fais-moi comprendre avec tous les saints la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de ton amour ! Bénis ceux-ci” (quelques-uns des assistants) ; “qu’ils soient à chaque instant exercés en toutes choses comme tu veux qu’ils le soient.”
« (7.) Quelques heures après, il sembla que les angoisses de la mort allaient fondre sur elle ; mais son visage était plein de sourires de triomphe, et elle battait des mains de joie. Mme C. dit : “Ma chère, vous êtes plus que vainqueur par le sang de l’Agneau.” Elle répondit : “Oui, ô oui, doux Jésus ! O mort, où est ton aiguillon?” Puis elle resta quelque temps comme assoupie. Ensuite elle s’efforça de parler, mais ne le put ; toutefois, elle témoigna son amour en serrant la main de tous ceux qui étaient dans la chambre.
« (8.) Alors M. W. arriva. Elle dit : “Monsieur, je ne savais pas que je vivrais assez pour vous voir. Mais je suis heureuse que le Seigneur m’ait donné cette occasion, et aussi la force de vous parler. Je vous aime. Vous avez toujours prêché la doctrine la plus stricte ; et j’aimais à la suivre. Continuez ainsi, que cela plaise ou déplaise à qui que ce soit.” Il demanda : “Croyez-vous maintenant que vous êtes sauvée du péché ?” Elle dit : “Oui ; je n’en ai eu aucun doute depuis bien des mois. Si j’en ai jamais eu, c’est parce que je ne demeurais pas dans la foi. Je sens maintenant que j’ai gardé la foi ; et l’amour parfait bannit toute crainte. Quant à vous, le Seigneur m’a promis que vos dernières œuvres surpasseraient les premières, bien que je ne doive pas vivre pour le voir. J’ai été une grande enthousiaste, comme ils disent, ces six derniers mois ; mais jamais de ma vie je n’ai vécu si près du cœur de Christ. Vous, Monsieur, désirez consoler le cœur de centaines de personnes en suivant cette simplicité qu’aime votre âme.”
« (9.) À quelqu’un qui avait reçu l’amour de Dieu pendant qu’elle priait, elle dit : “Je sens que je n’ai pas suivi une fable habilement conçue ; car je suis aussi heureuse qu’on peut l’être ici-bas. Allez de l’avant, et ne vous arrêtez pas avant le but.” À Mlle M—s, elle dit : “Aimez Christ ; il vous aime. Je crois que je vous verrai à la droite de Dieu ; mais comme une étoile diffère en éclat d’une autre étoile, ainsi en sera-t-il de la résurrection. Je vous adjure, en présence de Dieu, de me rejoindre en ce jour-là toute glorieuse au-dedans. Évitez toute conformité au monde. Vous êtes dépouillée de beaucoup de vos privilèges. Je sais que je serai trouvée irrépréhensible. Efforcez-vous d’être trouvée par lui dans la paix, sans tache.”
« (10.) Le samedi matin, elle pria à peu près en ces termes : “Je sais, mon Seigneur, que ma vie n’est prolongée que pour faire ta volonté. Et quand même je ne devrais plus jamais manger ni boire” (elle n’avait rien avalé depuis près de vingt-huit heures), “que ta volonté soit faite.” Je consens à être gardée ainsi une année entière :
L’homme ne vit pas de pain seulement. Je te loue de ce qu’il n’y a pas l’ombre d’une plainte dans nos rues. En ce sens, nous ne savons pas ce qu’est la maladie. Oui, Seigneur, “ni la vie, ni la mort, ni les choses présentes, ni les choses à venir, non, ni aucune créature, ne nous séparera de ton amour un seul instant. Bénis ceux-ci, afin qu’il ne manque rien à leur âme. Je crois qu’il ne leur manquera rien. Je prie avec foi.”
« Le dimanche et le lundi, elle eut le délire, mais avec des moments de lucidité. Il parut alors clairement que son cœur était toujours au ciel. Quelqu’un lui dit : “Jésus est notre but.” Elle répondit : “Je n’ai qu’un seul but ; je suis toute spirituelle.” Mlle M. lui dit : “Vous demeurez en Dieu.” Elle répondit : “Entièrement.” Une personne lui demanda : “M’aimez-vous ?” Elle dit : “Oh ! j’aime Christ ; j’aime mon Christ.” À une autre elle dit : “Je ne serai pas longtemps ici ; Jésus est précieux, vraiment très précieux.” Elle dit à Mlle M. : “Le Seigneur est très bon ; il garde mon âme au-dessus de tout.” Pendant les quinze heures qui précédèrent sa mort, elle fut en proie à de violentes convulsions ; ses souffrances furent extrêmes. Quelqu’un dit : “Vous êtes rendue parfaite par les souffrances.” Elle répondit : “De plus en plus.” Après être restée quelque temps tranquille, elle dit : “Seigneur, tu es fort !” Puis, après une longue pause, elle prononça ses dernières paroles : “Mon Jésus est tout en tous pour moi : gloire à lui dans le temps et dans l’éternité.” Après cela, elle resta immobile environ une demi-heure, puis expira sans un soupir ni un gémissement. »
Chapitre 4 terminé
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