Simple exposé de la perfection chrétienne
Sections 8 à 14

Chapitre 2 · 32 min de lecture · 41 min d’écoute

Sections 8 à 14

8. Au mois d’août suivant, j’eus une longue conversation avec Arvid Gradin, en Allemagne. Après qu’il m’eut fait le récit de son expérience, je le priai de me donner par écrit une définition de « la pleine assurance de la foi », ce qu’il fit dans les termes suivants : —

_Requies in sanguine Christi; firma fiducia in Deum, et persuasio de gratia divina; tranquillitas mentis summa, atque serenitas et pax; cum absentia omnis desiderii carnalis, et cessatione peccatorum etiam internorum.

« Le repos dans le sang de Christ ; une ferme confiance en Dieu, et la persuasion de sa faveur ; la plus haute tranquillité, la sérénité et la paix de l’esprit, avec la délivrance de tout désir charnel, et la cessation de tous les péchés, même intérieurs. »

Ce fut le premier exposé que j’entendis jamais d’un homme vivant de ce que j’avais auparavant appris moi-même des oracles de Dieu, et que j’avais demandé dans la prière (avec le petit groupe de mes amis), et attendu, depuis plusieurs années.

9. En 1739, mon frère et moi publiâmes un volume d’« Hymnes et poèmes sacrés ». Dans plusieurs d’entre eux, nous déclarâmes nos sentiments avec force et sans détour. Ainsi, page 24 : —

Détourne le plein courant de la nature ;

Que tous nos actes tendent

Vers toi, leur source ; ton amour pour guide,

Ta gloire pour leur fin.

La terre au ciel sera l’échelle ;

Les sens montreront le chemin ;

Toutes les créatures mèneront à toi,

Et tout ce que nous goûtons sera Dieu.

De nouveau : —

Seigneur, arme-moi de la force de ton Esprit,

Puisque je porte ton grand nom :

Rassemble en toi mes pensées errantes,

Sois le but de toutes mes œuvres :

Que ton amour m’accompagne tous mes jours,

Et que ta louange soit ma seule affaire. (Page 122.)

De nouveau : —

Avide de toi, je demande et je soupire,

Si fort est le principe divin,

Il m’emporte d’une douce contrainte,

Jusqu’à ce que mon âme sanctifiée soit toute à toi ;

Plongée dans la mer la plus profonde de la Divinité,

Et perdue dans ton immensité ! (Page 125.)

Une fois encore : —

Adam céleste, vie divine,

Change ma nature en la tienne ;

Meus-toi, répands-toi dans toute mon âme,

Anime-la et remplis-la tout entière. (Page 153.)

Il serait facile de citer beaucoup d’autres passages dans le même sens. Mais ceux-ci suffisent à montrer, sans contestation possible, quels étaient alors nos sentiments.

10. Le premier traité que j’aie jamais écrit expressément sur ce sujet fut publié vers la fin de cette année. Afin que personne ne fût prévenu avant de le lire, je lui donnai le titre neutre de « Caractère d’un méthodiste ». J’y décrivis un chrétien parfait, en plaçant en tête : « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ». J’en joins ici une partie sans aucune modification : —

« Un méthodiste est quelqu’un qui aime le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force. Dieu est la joie de son cœur et le désir de son âme, qui crie continuellement : “Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi.” Mon Dieu et mon tout ! “Tu es le rocher de mon cœur et mon partage pour toujours.” Il est donc heureux en Dieu ; oui, toujours heureux, ayant en lui une source d’eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle, et qui inonde son âme de paix et de joie. L’amour parfait ayant maintenant banni la crainte, il est toujours joyeux. Oui, sa joie est parfaite, et tous ses os s’écrient : “Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, m’a régénéré pour une espérance vivante, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, lequel m’est réservé dans les cieux.”

« Et celui qui a cette espérance, ainsi pleine d’immortalité, rend grâces en toutes choses, sachant que ceci (quoi que ce soit) est à son égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. C’est donc de lui qu’il reçoit tout avec joie, en disant : “La volonté du Seigneur est bonne” ; et, qu’il donne ou qu’il reprenne, il bénit également le nom du Seigneur. Dans le bien-être ou dans la douleur, dans la maladie ou dans la santé, dans la vie ou dans la mort, il rend grâces du fond du cœur à celui qui ordonne tout pour le bien, entre les mains de qui il a entièrement remis son corps et son âme, “comme au fidèle Créateur”. Il ne “s’inquiète” donc “de rien”, ayant “déchargé sur lui tous ses soucis, car lui-même prend soin de lui” ; et “en toute chose” il se repose sur lui, après avoir fait “connaître ses besoins” à Dieu “avec des actions de grâces”.

« Car en vérité il “prie sans cesse” ; en tout temps, voici le langage de son cœur : “Ma bouche s’ouvre devant toi, bien que sans voix, et mon silence te parle.” Son cœur est élevé vers Dieu en tout temps et en tous lieux. En cela il n’est jamais gêné, encore moins interrompu, par aucune personne ni aucune chose. Dans la retraite ou en compagnie, dans le loisir, les affaires ou la conversation, son cœur est toujours avec le Seigneur. Qu’il se couche ou qu’il se lève, “Dieu est dans toutes ses pensées” : il marche continuellement avec Dieu, ayant l’œil aimant de son âme fixé sur lui, et partout “voyant celui qui est invisible”.

« Et, aimant Dieu, il “aime son prochain comme lui-même” ; il aime tout homme comme sa propre âme. Il aime ses ennemis, oui, et les ennemis de Dieu. Et s’il n’est pas en son pouvoir de “faire du bien à ceux qui” le “haïssent”, il ne cesse pourtant pas de “prier pour eux”, bien qu’ils repoussent son amour et continuent de “le maltraiter et de le persécuter”.

« Car il a “le cœur pur”. L’amour a purifié son cœur de l’envie, de la malice, de la colère et de toute disposition malveillante. Il l’a nettoyé de l’orgueil, puisque “c’est seulement par orgueil qu’on excite des querelles” ; et il s’est maintenant revêtu “d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience”. Et en vérité tout sujet possible de querelle est retranché de son côté. Car nul ne peut lui ôter ce qu’il désire, puisqu’il “n’aime point le monde, ni les choses qui sont dans le monde” ; mais “tout son désir est tourné vers Dieu et vers le souvenir de son nom”.

« Conforme à cet unique désir est l’unique dessein de sa vie, savoir “de faire, non sa propre volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé”. Son unique intention en tout temps et en tous lieux est, non de se plaire à lui-même, mais de plaire à celui que son âme aime. Il a l’œil simple ; et parce que son “œil est en bon état, tout son corps est éclairé. Il sera entièrement éclairé, comme lorsque la lampe t’éclaire de sa lumière.” Dieu règne seul ; tout ce qui est dans l’âme est “sainteté à l’Éternel”. Il n’y a pas un mouvement dans son cœur qui ne soit conforme à sa volonté. Toute pensée qui s’élève tend vers lui et est dans “l’obéissance à la loi de Christ”.

« Et l’arbre se connaît à ses fruits. Car, comme il aime Dieu, ainsi il “garde ses commandements” ; non pas seulement quelques-uns, ou la plupart, mais tous, du plus petit au plus grand. Il ne se contente pas d’“observer toute la loi et de pécher contre un seul point”, mais il a en tous points “une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes”. Tout ce que Dieu a défendu, il l’évite ; tout ce que Dieu a ordonné, il le fait. “Il court dans la voie des commandements de Dieu”, maintenant que Dieu a mis son cœur au large. C’est sa gloire et sa joie d’agir ainsi ; c’est sa couronne de joie de chaque jour de “faire la volonté de Dieu sur la terre comme au ciel”.

« Il garde donc tous les commandements de Dieu, et cela de toute sa force ; car son obéissance est proportionnée à son amour, la source d’où elle découle. Et c’est pourquoi, aimant Dieu de tout son cœur, il le sert de toute sa force ; il présente continuellement son âme et son “corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu”, se consacrant entièrement et sans réserve, lui-même, tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, à sa gloire. Tous les talents qu’il possède, il les emploie constamment selon la volonté de son Maître : chaque puissance et chaque faculté de son âme, chaque membre de son corps.

« Par conséquent, “quoi qu’il fasse, il fait tout pour la gloire de Dieu”. Dans toutes ses occupations, de quelque nature qu’elles soient, non seulement il vise à cela, ce qu’implique le fait d’avoir l’œil simple, mais il y parvient effectivement ; ses affaires et ses délassements, aussi bien que ses prières, tout sert à cette grande fin. Qu’il “soit dans sa maison, ou qu’il aille en voyage”, qu’il se couche ou qu’il se lève, il avance, dans tout ce qu’il dit ou fait, l’unique affaire de sa vie. Qu’il mette ses vêtements, ou qu’il travaille, ou qu’il mange et boive, ou qu’il se délasse d’un travail trop épuisant, tout tend à avancer la gloire de Dieu, par la paix et la bonne volonté parmi les hommes. Son unique règle invariable est celle-ci : “Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.”

« Les coutumes du monde ne l’empêchent nullement non plus de “courir avec persévérance dans la carrière qui lui est ouverte”. Il ne peut donc pas “s’amasser des trésors sur la terre”, pas plus qu’il ne peut prendre du feu dans son sein. Il ne peut dire du mal de son prochain, pas plus qu’il ne peut mentir, que ce soit pour Dieu ou pour les hommes. Il ne peut prononcer une parole malveillante sur personne, car l’amour garde la porte de ses lèvres. Il ne peut “proférer de paroles vaines ; aucune parole mauvaise” ne “sort” jamais “de sa bouche”, et il en va de même de tout ce qui n’est pas “bon pour l’édification”, de tout ce qui ne “communique une grâce à ceux qui l’entendent”. Mais “tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui” à juste titre “mérite l’approbation”, voilà ce qu’il pense, dit et fait, “afin de faire honorer en tout la doctrine de Dieu notre Sauveur”. »

Ce sont là les termes mêmes dans lesquels je déclarai longuement, pour la première fois, mes sentiments sur la perfection chrétienne. Et n’est-il pas facile de voir : (1.) Que c’est là le point même que je visais depuis l’année 1725, et plus résolument depuis l’année 1730, lorsque je commençai à être homo unius libri, « l’homme d’un seul livre », ne tenant compte d’aucun autre, en comparaison, que de la Bible ? N’est-il pas facile de voir : (2.) Que c’est là exactement la même doctrine que je crois et enseigne aujourd’hui, sans ajouter un seul point, ni à la sainteté intérieure, ni à la sainteté extérieure que je soutenais il y a trente-huit ans ? Et c’est la même que, par la grâce de Dieu, j’ai continué d’enseigner depuis ce temps jusqu’à maintenant, comme il apparaîtra à toute personne impartiale par les extraits joints ci-dessous.

11. Je ne sache pas qu’aucun écrivain ait élevé jusqu’à ce jour la moindre objection contre ce traité ; et pendant quelque temps, je ne rencontrai guère d’opposition sur ce chapitre, du moins de la part des personnes sérieuses. Mais au bout d’un certain temps, une clameur s’éleva, et, ce qui me surprit un peu, parmi des hommes religieux, qui affirmaient, non que j’exposais mal la perfection, mais qu’« il n’y a pas de perfection sur la terre » ; et qui même tombèrent avec véhémence sur mon frère et sur moi pour avoir affirmé le contraire. Nous ne nous attendions guère à une attaque si rude de leur part, d’autant que nous étions clairs sur la justification par la foi, et attentifs à attribuer la totalité du salut à la pure grâce de Dieu. Mais ce qui nous surprit le plus, ce fut qu’on nous accusa de « déshonorer Christ » en affirmant qu’il « sauve parfaitement », en soutenant qu’il régnera seul dans nos cœurs et se soumettra toutes choses.

12. Ce fut, je crois, vers la fin de l’année 1740 que j’eus une conversation avec le docteur Gibson, alors évêque de Londres, à Whitehall. Il me demanda ce que j’entendais par perfection. Je le lui dis sans aucun déguisement ni aucune réserve. Quand j’eus cessé de parler, il me dit : « Monsieur Wesley, si c’est là tout ce que vous voulez dire, publiez-le au monde entier. Si quelqu’un peut alors réfuter ce que vous dites, il en aura toute liberté. » Je répondis : « Monseigneur, je le ferai » ; et, en conséquence, j’écrivis et publiai le sermon sur la perfection chrétienne.

Je m’efforçai d’y montrer : (1.) En quel sens les chrétiens ne sont pas parfaits ; (2.) En quel sens ils le sont.

« (1.) En quel sens ils ne le sont pas. Ils ne sont pas parfaits en connaissance. Ils ne sont pas exempts d’ignorance, non, ni d’erreur. Nous ne devons pas plus attendre d’un homme vivant qu’il soit infaillible, que nous n’attendons qu’il soit omniscient. Ils ne sont pas exempts d’infirmités, telles que la faiblesse ou la lenteur de l’intelligence, la vivacité déréglée ou la lourdeur de l’imagination. Telles sont, dans un autre genre, l’impropriété du langage, le manque de grâce dans la prononciation, à quoi l’on pourrait ajouter mille défauts sans nom, soit dans la conversation, soit dans la conduite. De telles infirmités, nul n’est parfaitement affranchi avant que son esprit ne retourne à Dieu ; nous ne pouvons pas non plus nous attendre, d’ici là, à être entièrement affranchis de la tentation, car “le serviteur n’est pas plus que son seigneur”. Mais en ce sens non plus il n’y a pas de perfection absolue sur la terre. Il n’y a pas de perfection de degrés, aucune qui n’admette un accroissement continuel.

« (2.) En quel sens donc sont-ils parfaits ? Remarquez que nous ne parlons pas ici des enfants en Christ, mais des chrétiens adultes. Mais même les enfants en Christ sont parfaits en ce sens qu’ils ne commettent pas le péché. Saint Jean l’affirme expressément, et on ne saurait le réfuter par les exemples de l’Ancien Testament. Car, que les plus saints des anciens Juifs aient parfois commis le péché, qu’importe ? Nous ne pouvons en conclure que “tous les chrétiens commettent et doivent commettre le péché aussi longtemps qu’ils vivent”.

« Mais l’Écriture ne dit-elle pas : “Le juste pèche sept fois par jour” ? Elle ne le dit pas. Elle dit en effet : “Sept fois le juste tombe.” Mais c’est tout autre chose ; car, premièrement, les mots “par jour” ne sont pas dans le texte. Secondement, il n’est nullement question ici de tomber dans le péché. Ce dont il est question, c’est de tomber dans l’affliction temporelle.

« Mais ailleurs Salomon dit : “Il n’y a point d’homme qui ne pèche.” Sans doute en était-il ainsi aux jours de Salomon ; oui, et de Salomon jusqu’à Christ, il n’y eut alors aucun homme qui ne péchât. Mais quelle qu’ait été la condition de ceux qui étaient sous la loi, nous pouvons affirmer sans crainte, avec saint Jean, que, depuis que l’Évangile a été donné, “celui qui est né de Dieu ne pèche point”.

« Les privilèges des chrétiens ne doivent nullement se mesurer à ce que l’Ancien Testament rapporte de ceux qui vivaient sous l’économie juive, puisque la plénitude des temps est maintenant venue, que le Saint-Esprit est maintenant donné, que le grand salut de Dieu est maintenant apporté aux hommes par la révélation de Jésus-Christ. Le royaume des cieux est maintenant établi sur la terre, ce royaume dont l’Esprit de Dieu déclarait autrefois (tant s’en faut que David soit le modèle ou la mesure de la perfection chrétienne) : “Le faible parmi eux sera dans ce jour comme David ; et la maison de David sera comme l’ange de l’Éternel devant eux.” (Zacharie 12:8.)

« Mais les apôtres eux-mêmes ont commis le péché : Pierre en usant de dissimulation, Paul par sa vive dispute avec Barnabas. Supposons qu’ils l’aient fait ; raisonnerez-vous ainsi : “Si deux des apôtres ont une fois commis le péché, alors tous les autres chrétiens, dans tous les siècles, commettent et doivent commettre le péché aussi longtemps qu’ils vivent” ? Non, à Dieu ne plaise que nous parlions ainsi ! Aucune nécessité de pécher ne leur était imposée ; la grâce de Dieu leur suffisait assurément. Et elle nous suffit aujourd’hui.

« Mais saint Jacques dit : “Nous bronchons tous de plusieurs manières.” C’est vrai ; mais quelles sont les personnes dont il est ici parlé ? Eh bien, ces “nombreux maîtres” ou docteurs que Dieu n’avait pas envoyés ; non l’apôtre lui-même, ni aucun vrai chrétien. Que, dans le mot nous, employé par une figure de langage commune à tous les autres écrits aussi bien qu’aux écrits inspirés, l’apôtre ne pouvait absolument pas s’inclure lui-même, ni aucun autre vrai croyant, cela ressort, premièrement, du neuvième verset : “Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes.” Assurément pas nous, les apôtres ! pas nous, les croyants ! Secondement, des paroles qui précèdent le texte : “Mes frères, qu’il n’y ait pas parmi vous un grand nombre de personnes qui se mettent à enseigner, car vous savez que nous serons jugés plus sévèrement. Nous bronchons tous de plusieurs manières.” Nous ! Qui ? Non les apôtres ni les vrais croyants, mais ceux qui devaient être “jugés plus sévèrement”, à cause de ces nombreuses fautes. Bien plus, troisièmement, le verset lui-même prouve que “nous bronchons tous” ne peut se dire ni de tous les hommes ni de tous les chrétiens. Car il y est immédiatement fait mention d’un homme qui “ne bronche point”, comme le faisait le nous mentionné d’abord ; homme dont il est donc expressément distingué, et qui est déclaré “un homme parfait”.

« Mais saint Jean lui-même dit : “Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes” ; et : “Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur, et sa parole n’est point en nous.”

« Je réponds : (1.) Le dixième verset fixe le sens du huitième : “Si nous disons que nous n’avons pas de péché”, dans le premier, est expliqué par “Si nous disons que nous n’avons pas péché”, dans le second. (2.) Le point en question n’est pas de savoir si nous avons ou n’avons pas péché auparavant ; et aucun de ces versets n’affirme que nous péchions, ou que nous commettions le péché maintenant. (3.) Le neuvième verset explique à la fois le huitième et le dixième : “Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.” Comme s’il disait : “J’ai affirmé plus haut : Le sang de Christ purifie de tout péché.” Et nul ne peut dire : “Je n’en ai pas besoin ; je n’ai point de péché dont je doive être purifié.” “Si nous disons que nous n’avons pas de péché, que nous n’avons pas péché, nous nous séduisons nous-mêmes”, et nous faisons Dieu menteur ; mais “si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste”, non seulement “pour nous les pardonner”, mais aussi “pour nous purifier de toute iniquité”, afin que nous puissions “aller, et ne plus pécher”. Conformément donc, et à la doctrine de saint Jean, et à toute la teneur du Nouveau Testament, nous arrêtons cette conclusion : un chrétien est parfait en ce sens qu’il ne commet pas le péché.

« C’est là le glorieux privilège de tout chrétien, oui, ne fût-il qu’un enfant en Christ. Mais c’est seulement des chrétiens adultes qu’on peut affirmer qu’ils sont parfaits en ce sens, secondement, qu’ils sont affranchis des mauvaises pensées et des mauvaises dispositions. D’abord, des pensées mauvaises ou coupables. En vérité, d’où viendraient-elles ? “C’est du cœur” de l’homme, s’il en vient, “que viennent les mauvaises pensées”. Si donc le cœur n’est plus mauvais, les mauvaises pensées n’en procèdent plus ; car “un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits”.

« Et comme ils sont affranchis des mauvaises pensées, ils le sont aussi des mauvaises dispositions. Chacun d’eux peut dire avec saint Paul : “J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi” — paroles qui décrivent manifestement une délivrance du péché intérieur aussi bien que du péché extérieur. Cela est exprimé à la fois négativement : “ce n’est plus moi qui vis”, ma nature mauvaise, le corps du péché, est détruite ; et positivement : “c’est Christ qui vit en moi”, et par conséquent tout ce qui est saint, et juste, et bon. En vérité, ces deux choses, “c’est Christ qui vit en moi” et “ce n’est plus moi qui vis”, sont inséparablement liées. Car quelle communion y a-t-il entre la lumière et les ténèbres, entre Christ et Bélial ?

« Celui donc qui vit en ces chrétiens a “purifié leurs cœurs par la foi”, à tel point que quiconque a Christ en lui, “l’espérance de la gloire, se purifie, comme lui-même est pur”. Il est purifié de l’orgueil, car Christ était humble de cœur ; il est pur de la convoitise et de la volonté propre, car Christ ne désirait que faire la volonté de son Père ; et il est pur de la colère, au sens ordinaire du mot, car Christ était doux et débonnaire. Je dis au sens ordinaire du mot ; car il s’irrite contre le péché, tout en s’affligeant pour le pécheur. Il ressent du déplaisir à chaque offense faite à Dieu, mais seulement une tendre compassion pour l’offenseur.

« C’est ainsi que Jésus sauve son peuple de ses péchés, non seulement des péchés extérieurs, mais aussi des péchés du cœur. “C’est vrai, disent quelques-uns, mais pas avant la mort, pas en ce monde.” Bien au contraire, saint Jean dit : “C’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement ; parce que tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde.” L’apôtre parle ici, sans contestation possible, de lui-même et d’autres chrétiens vivants, dont il affirme catégoriquement que, non seulement à la mort ou après la mort, mais “dans ce monde”, ils sont “comme leur Maître”.

« Exactement conformes à cela sont ses paroles au premier chapitre : “Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres. Si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché.” Et encore : “Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.” Or il est évident que l’apôtre parle ici d’une délivrance opérée en ce monde ; car il ne dit pas : Le sang de Christ purifiera (à l’heure de la mort, ou au jour du jugement), mais il “purifie”, au temps présent, nous chrétiens vivants, “de tout péché”. Et il est également évident que, s’il reste quelque péché, nous ne sommes pas purifiés de “tout” péché. S’il reste quelque iniquité dans l’âme, elle n’est pas purifiée de “toute” iniquité. Et que personne ne dise que cela se rapporte seulement à la justification, ou au fait de nous purifier de la culpabilité du péché : premièrement, parce que ce serait confondre ce que l’apôtre distingue clairement, lui qui mentionne d’abord “pour nous les pardonner”, et ensuite “pour nous purifier de toute iniquité”. Secondement, parce que ce serait affirmer la justification par les œuvres, au sens le plus fort possible ; ce serait faire de toute la sainteté intérieure, aussi bien que de toute la sainteté extérieure, une condition nécessairement préalable à la justification. Car, si la purification dont il est ici parlé n’est autre que celle qui nous lave de la culpabilité du péché, alors nous ne sommes pas purifiés de la culpabilité, c’est-à-dire pas justifiés, sinon à condition de marcher “dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière”. Il reste donc que les chrétiens sont sauvés en ce monde de tout péché, de toute iniquité ; qu’ils sont maintenant parfaits en ce sens qu’ils ne commettent pas le péché, et qu’ils sont affranchis des mauvaises pensées et des mauvaises dispositions. »

Il ne pouvait se faire qu’un discours de ce genre, qui contredisait directement l’opinion favorite de beaucoup de gens, estimés par d’autres, et s’estimant peut-être eux-mêmes, parmi les meilleurs des chrétiens (alors que, si ces choses étaient vraies, ils n’étaient pas chrétiens du tout), ne causât pas un médiocre scandale. On s’attendait donc à de nombreuses réponses ou critiques ; mais je fus agréablement déçu. Je ne sache pas qu’il en ait paru aucune ; aussi poursuivis-je tranquillement mon chemin.

13. Peu après, au printemps de 1741, je crois, nous publiâmes un second volume d’hymnes. Comme la doctrine était encore très mal comprise, et par conséquent présentée sous un faux jour, je jugeai nécessaire de m’expliquer davantage sur ce chapitre ; ce que je fis dans la préface de ce volume, comme suit : —

« Ce grand don de Dieu, le salut de nos âmes, n’est autre chose que l’image de Dieu fraîchement empreinte sur nos cœurs. C’est un “renouvellement des croyants dans l’esprit de leur intelligence, selon l’image de celui qui les a créés”. Dieu a maintenant mis “la cognée à la racine de l’arbre, purifiant leurs cœurs par la foi”, et “purifiant toutes les pensées de leurs cœurs par l’inspiration de son Saint-Esprit”. Ayant cette espérance qu’ils verront Dieu tel qu’il est, ils “se purifient, comme lui-même est pur”, et sont “saints, comme celui qui les a appelés est saint, dans toute leur conduite”. Non qu’ils aient déjà atteint tout ce qu’ils atteindront, ni qu’ils soient déjà parfaits en ce sens. Mais chaque jour leur “force augmente pendant la marche” ; contemplant maintenant “comme dans un miroir la gloire du Seigneur, ils sont transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit”.

« Et “là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté” ; une liberté telle, à l’égard “de la loi du péché et de la mort”, que les enfants de ce monde ne la croiront pas, quand même un homme la leur déclarerait. “Le Fils a rendu libres” ceux qui sont ainsi “nés de Dieu”, en les affranchissant de cette grande racine de péché et d’amertume, l’orgueil. Ils sentent que toute leur “capacité vient de Dieu”, que c’est lui seul qui “est dans toutes leurs pensées”, et qui “produit en” eux “le vouloir et le faire, selon son bon plaisir”. Ils sentent que “ce n’est pas” eux “qui parlent, c’est l’Esprit de” leur “Père qui parle” en eux, et que, pour tout ce qui se fait par leurs mains, c’est “le Père qui demeure” en eux, “c’est lui qui fait les œuvres”. En sorte que Dieu est pour eux tout en tous, et qu’ils ne sont rien à leurs propres yeux. Ils sont affranchis de la volonté propre, ne désirant rien que la sainte et parfaite volonté de Dieu ; ni le secours dans le besoin, ni le soulagement dans la douleur, [Ceci est trop fort. Notre Seigneur lui-même désira le soulagement dans la douleur. Il le demanda, mais seulement avec résignation : “non pas ce que je veux”, je désire, “mais ce que tu veux”.] ni la vie, ni la mort, ni aucune créature ; mais criant continuellement au plus profond de leur âme : “Père, que ta volonté soit faite.” Ils sont affranchis des mauvaises pensées, de sorte qu’elles ne peuvent y entrer, non, pas même un instant. Autrefois, quand une mauvaise pensée entrait, ils levaient les yeux, et elle s’évanouissait. Mais maintenant elle n’entre pas, car il n’y a pas de place pour elle dans une âme qui est pleine de Dieu. Ils sont exempts de distractions dans la prière. Chaque fois qu’ils épanchent leur cœur d’une manière plus immédiate devant Dieu, ils n’ont aucune pensée de rien de passé, [Ceci est beaucoup trop fort. Voir le sermon “Sur les pensées vagabondes”.] ou d’absent, ou d’à venir, mais de Dieu seul. Autrefois, des pensées vagabondes s’élançaient en eux, qui pourtant s’enfuyaient comme la fumée ; mais maintenant cette fumée ne s’élève plus du tout. Ils n’ont ni crainte ni doute, soit quant à leur état en général, soit quant à quelque action particulière. [C’est souvent le cas ; mais seulement pour un temps.] “L’onction de la part de celui qui est saint” leur enseigne à chaque heure ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent dire ; [Pour un temps, il peut en être ainsi ; mais pas toujours.] aussi n’ont-ils nul besoin de raisonner à ce sujet. [Parfois ils n’en ont pas besoin ; d’autres fois ils en ont besoin.] Ils sont, en un sens, affranchis des tentations ; car, bien que des tentations sans nombre voltigent autour d’eux, elles ne les troublent pourtant pas. [Parfois elles ne les troublent pas ; d’autres fois si, et cela cruellement.] En tout temps leurs âmes sont égales et calmes, leurs cœurs fermes et inébranlables. Leur paix, coulant comme un fleuve, “surpasse toute intelligence”, et ils se réjouissent “d’une joie ineffable et glorieuse”. Car ils “ont été scellés” par l’Esprit “pour le jour de la rédemption”, ayant en eux-mêmes le témoignage que “la couronne de justice” leur est réservée, et que “le Seigneur” la leur “donnera dans ce jour-là”. [Pas tous ceux qui sont sauvés du péché ; beaucoup d’entre eux n’y sont pas encore parvenus.]

« Non que chacun soit un enfant du diable jusqu’à ce qu’il soit ainsi renouvelé dans l’amour ; au contraire, quiconque a en Dieu la ferme confiance que, par les mérites de Christ, ses péchés sont pardonnés, est un enfant de Dieu et, s’il demeure en lui, un héritier de toutes les promesses. Il ne doit pas non plus, en aucune manière, abandonner son assurance, ni renier la foi qu’il a reçue, parce qu’elle est faible, ou parce qu’elle est éprouvée par le feu, en sorte que son âme est “dans la tristesse par diverses épreuves”.

« Nous n’osons pas non plus affirmer, comme quelques-uns l’ont fait, que tout ce salut est donné à la fois. Il y a, en vérité, une œuvre instantanée aussi bien qu’une œuvre graduelle de Dieu dans ses enfants ; et il ne manque pas, nous le savons, d’une nuée de témoins qui ont reçu, en un instant, soit le sentiment clair du pardon de leurs péchés, soit le témoignage permanent du Saint-Esprit. Mais nous ne connaissons pas un seul exemple, en aucun lieu, d’une personne qui ait reçu, en un seul et même instant, la rémission des péchés, le témoignage permanent de l’Esprit, et un cœur nouveau, un cœur pur.

« En vérité, comment Dieu peut agir, nous ne saurions le dire ; mais la manière générale dont il agit est celle-ci : ceux qui se persuadaient autrefois en eux-mêmes qu’ils étaient justes, qu’ils étaient riches, qu’ils s’étaient enrichis et n’avaient besoin de rien, sont, par l’Esprit de Dieu qui leur applique sa parole, convaincus qu’ils sont pauvres et nus. Tout ce qu’ils ont fait est rappelé à leur souvenir et rangé devant eux, en sorte qu’ils voient la colère de Dieu suspendue sur leurs têtes, et sentent qu’ils méritent la damnation de l’enfer. Dans leur détresse, ils crient au Seigneur, et il leur montre qu’il a ôté leurs péchés, et il ouvre dans leurs cœurs le royaume des cieux, la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. La tristesse et la douleur se sont enfuies, et le péché n’a plus de pouvoir sur eux. Sachant qu’ils sont justifiés gratuitement par la foi en son sang, ils ont la paix avec Dieu “par Jésus-Christ” ; ils se glorifient “dans l’espérance de la gloire de Dieu”, et “l’amour de Dieu est répandu dans leurs cœurs”.

« Dans cette paix ils demeurent des jours, ou des semaines, ou des mois, et ils supposent communément qu’ils ne connaîtront plus la guerre ; jusqu’à ce que quelques-uns de leurs anciens ennemis, leurs péchés mignons, ou le péché qui les enveloppait si facilement (peut-être la colère ou la convoitise), les assaillent de nouveau et les pressent rudement pour les faire tomber. Alors s’élève la crainte de ne pas persévérer jusqu’à la fin ; et souvent le doute : Dieu ne les a-t-il pas oubliés, ou ne se sont-ils pas trompés eux-mêmes en pensant que leurs péchés étaient pardonnés ? Sous ces nuages, surtout s’ils raisonnent avec le diable, ils marchent tout le jour dans la tristesse. Mais il est rare que leur Seigneur tarde longtemps à répondre lui-même, en leur envoyant le Saint-Esprit pour les consoler, pour rendre continuellement témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu. Alors ils sont vraiment doux, et débonnaires, et dociles, comme un petit enfant. Et c’est maintenant pour la première fois qu’ils voient le fond de leur cœur ; [N’est-il pas étonnant que, ce livre existant encore, publié il y a vingt-quatre ans, quelqu’un vienne me soutenir en face que c’est là une doctrine nouvelle, et que je n’ai jamais enseignée auparavant ? — [Cette note fut publiée pour la première fois en l’an 1765 EDIT.]] fond que Dieu, auparavant, ne voulait pas leur découvrir, de peur que l’âme ne défaillît devant lui, ainsi que l’esprit qu’il avait fait. Maintenant ils y voient toutes les abominations cachées, les profondeurs de l’orgueil, de la volonté propre et de l’enfer ; et pourtant ils gardent en eux-mêmes le témoignage : “Tu es héritier de Dieu, cohéritier de Christ, même au milieu de cette épreuve ardente” ; ce qui accroît continuellement, et le vif sentiment qu’ils ont alors de leur impuissance à s’aider eux-mêmes, et la faim inexprimable qu’ils éprouvent d’un plein renouvellement à son image, “dans une justice et une sainteté que produit la vérité”. Alors Dieu se souvient du désir de ceux qui le craignent, et leur donne un œil simple et un cœur pur ; il imprime sur eux sa propre image et son effigie ; il les crée de nouveau en Jésus-Christ ; il vient à eux avec son Fils et son Esprit béni, et, fixant sa demeure dans leurs âmes, il les introduit dans le “repos réservé au peuple de Dieu”. »

Je ne puis m’empêcher de remarquer ici : (1.) Que c’est là l’exposé le plus fort que nous ayons jamais donné de la perfection chrétienne ; trop fort même sur plus d’un point, comme il est observé dans les notes jointes. (2.) Qu’il n’y a rien de ce que nous avons avancé depuis sur ce sujet, soit en vers, soit en prose, qui ne soit contenu, directement ou indirectement, dans cette préface. En sorte que, que notre doctrine actuelle soit juste ou fausse, elle est en tout cas la même que celle que nous avons enseignée dès le commencement.

14. Je n’ai pas besoin d’en donner des preuves supplémentaires en multipliant les citations du volume lui-même. Il suffira de citer une partie d’un seul hymne, le dernier de ce volume : —

Seigneur, je crois qu’il reste un repos,

Connu de tout ton peuple ;

Un repos où règne une joie pure,

Où toi seul es aimé ;

Un repos où tout le désir de notre âme

Est fixé sur les choses d’en haut ;

Où le doute, la douleur et la crainte expirent,

Bannis par l’amour parfait.

Affranchis de tout mouvement mauvais,

(Le Fils nous a rendus libres,)

Nous foulons toutes les puissances de l’enfer,

Dans une glorieuse liberté.

En sûreté sur le chemin de la vie, au-dessus

De la mort, de la terre et de l’enfer nous nous élevons

Nous trouvons, rendus parfaits dans l’amour,

Notre paradis longtemps cherché.

Oh ! que je connaisse maintenant ce repos,

Que je croie, et que j’y entre !

Maintenant, Sauveur, maintenant donne-m’en la force,

Et que je cesse de pécher !

Ôte de mon cœur cette dureté,

Ôte cette incrédulité :

Accorde-moi le repos de la foi,

Le sabbat de ton amour.

Viens, ô mon Sauveur, viens sans tarder,

Descends dans mon âme !

Ne reste plus loin de ta créature,

Toi, mon auteur et ma fin.

Que la félicité que tu m’as préparée

Ne soit plus différée :

Viens, ma très grande récompense,

Toi pour qui je fus d’abord créé.

Viens, Père, Fils et Saint-Esprit,

Et scelle-moi comme ta demeure !

Que tout ce que je suis se perde en toi :

Que tout se perde en Dieu !

Peut-il y avoir rien de plus clair que ceci : (1.) Qu’ici aussi se trouve un salut aussi plein et aussi élevé que tous ceux dont nous ayons jamais parlé ? (2.) Qu’on en parle comme d’un salut que l’on peut recevoir par la foi seule, et qui n’est empêché que par l’incrédulité ? (3.) Que cette foi, et par conséquent le salut qu’elle apporte, est présentée comme donnée en un instant ? (4.) Qu’on suppose que cet instant peut être maintenant ? que nous n’avons pas besoin d’attendre un moment de plus ? que « maintenant », ce « maintenant » même, est « le temps favorable » ? que « voici maintenant le jour » de ce plein « salut » ? Et, enfin, que, si quelqu’un parle autrement, c’est lui qui introduit parmi nous une doctrine nouvelle ?

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