Chapitre 3 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
La porte et la maison de l’Interprète
« Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. » — Matthieu 7:7
Chrétien arrive enfin à la petite porte. Au-dessus sont écrits ces mots : « Frappez, et l’on vous ouvrira. » Alors il frappe — plus d’une fois, parce qu’il a une peur bleue d’être refoulé — et un homme nommé Bonne-Volonté lui ouvre et, avant même que Chrétien ait fini de s’excuser, le tire à l’intérieur. Chrétien se met à avouer tout son parcours chaotique : le bourbier, le raccourci, la mauvaise route. La réponse de Bonne-Volonté est l’une des plus belles phrases du livre : « Nous ne faisons d’objection contre personne, quoi qu’ils aient fait avant de venir ici ; ils ne sont nullement mis dehors. »
Arrête-toi là-dessus, parce que ça vise directement quiconque pense s’être disqualifié. Chrétien arrive sale, en retard, et tout juste sorti d’une grosse erreur — et la porte s’ouvre quand même. La porte, c’est le moment où tu te tournes vraiment vers Christ, et la seule condition, c’est de venir. Pas d’arriver propre. Pas d’avoir d’abord remis ta vie en ordre. Tu frappes, et elle s’ouvre. Tout ce que tu as fait avant la porte reste avant la porte.
Mais remarque ce qui ne se passe pas : le fardeau ne tombe pas. Chrétien demande — supplie presque — Bonne-Volonté de le lui enlever, et la réponse est : « Résigne-toi à le porter jusqu’à ce que tu arrives au lieu de la délivrance ; là, il tombera de ton dos de lui-même. » Passer la porte, c’est réel, mais le poids de la culpabilité ne s’envole que plus loin sur la route. Retiens-le ; ça comptera au prochain chapitre.
Bonne-Volonté l’envoie ensuite à la maison de l’Interprète, une sorte de galerie de scènes étranges et inoubliables — comme si tu traversais une série de courts métrages que Dieu aurait réalisés rien que pour toi. En voici quelques-unes :
Une pièce si pleine de poussière que personne n’arrive à respirer, jusqu’à ce qu’on y répande de l’eau. Un homme balaie et ne fait qu’étouffer tout le monde sous la poussière qui vole ; puis quelqu’un arrose la pièce, et elle devient propre. La poussière, c’est le péché. Le balayage, c’est essayer de te réparer toi-même à coups de règles et d’efforts — ça ne fait que remuer la saleté encore plus. L’eau, c’est la grâce. Tu ne peux pas récurer ton cœur à sec ; il faut que quelque chose y soit versé.
Deux enfants, Passion et Patience. Passion veut toutes ses bonnes choses tout de suite et fait une crise jusqu’à ce qu’il reçoive un sac de trésors — qu’il dilapide, pour finir en haillons. Patience, lui, accepte d’attendre ce qui dure. Bunyan décrit là la fracture la plus profonde qui soit : ceux qui doivent tout avoir dans ce monde, tout de suite, et ceux qui acceptent d’attendre quelque chose qui ne s’use pas. Presque tout ce que la culture te vend, c’est le discours de Passion.
Un homme enfermé dans une cage de fer. Autrefois, à ses propres yeux, il était en route pour le ciel — et maintenant c’est un « homme de désespoir », persuadé qu’il n’y a plus d’espoir pour lui. Comment en est-il arrivé là ? « J’ai cessé de veiller. J’ai cédé à mes envies. Petit à petit, j’ai endurci mon propre cœur. » C’est la scène la plus effrayante de la maison, et l’Interprète dit à Chrétien de s’en souvenir comme d’un avertissement. Il ne s’agit pas d’un gros péché spectaculaire. Il s’agit d’anesthésier lentement, sans bruit, ta propre conscience jusqu’à ce que tu ne la sentes plus du tout.
Ce que toute la maison enseigne, c’est que voir les choses clairement est une arme. Chrétien ne reçoit pas ici un règlement. Il reçoit des images gravées dans sa mémoire — de la façon dont la grâce agit, de la façon dont le désespoir s’installe, de ce que vaut l’attente — pour que, lorsqu’il rencontrera ces choses sur la route, il les reconnaisse. La plupart des gens foncent dans ces réalités à l’aveugle. Chrétien, lui, a l’occasion de les étudier d’abord.
Une chose à faire : choisis la scène qui te met le plus mal à l’aise — la poussière étouffante, les deux enfants ou la cage — et cherche pourquoi. Ce mouvement de recul, c’est une information. La poussière veut dire que tu essaies de te récurer toi-même à force d’efforts. Les enfants veulent dire que tu es accro au tout de suite. La cage veut dire que ton cœur s’endurcit discrètement à propos de quelque chose. Nomme celle qui te correspond, et tu viens de recevoir le même cadeau que Chrétien : la voir venir.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Que dit Bonne-Volonté quand Chrétien avoue son parcours chaotique à la porte ?
« Nous ne faisons d’objection contre personne, quoi qu’ils aient fait avant de venir ici ; ils ne sont nullement mis dehors. » Il tire Chrétien à l’intérieur.
Dans la pièce poussiéreuse de l’Interprète, que représentent le balayage et l’eau ?
La poussière, c’est le péché ; balayer, c’est essayer de se réparer soi-même à coups de règles et d’efforts, ce qui ne fait que la remuer. L’eau, c’est la grâce — tu ne peux pas récurer ton cœur à sec ; il faut que quelque chose y soit versé.
Laquelle des scènes de l’Interprète — la poussière, Passion et Patience, ou l’homme dans la cage — te touche de plus près, et pourquoi ?
Le chapitre traite ce mouvement de recul comme une information : la poussière, c’est essayer de se nettoyer soi-même par l’effort ; les enfants, c’est être accro au tout de suite ; la cage, c’est s’endurcir discrètement. La nommer te permet de la voir venir.
Chapitre 3 terminé
La porte et la maison de l’Interprète