Chapitre 5 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Ouvre ta bouche pour le muet
« Ouvre ta bouche pour le muet, Pour la cause de tous les délaissés. » — Proverbes 31:8
En 1882, avec son bébé, Ramabai s’installa à Poona, là où son père avait entendu pour la première fois une femme réciter du sanskrit. La ville était divisée. Des réformateurs comme le juge Mahadev Govind Ranade et le savant R. G. Bhandarkar travaillaient avec prudence à l’instruction des femmes et au remariage des veuves ; les orthodoxes voyaient dans chaque changement une attaque contre la société hindoue. Les réformateurs l’accueillirent. La jeune épouse de Ranade disait qu’elle avait « un talent étonnant pour gagner le cœur de ceux qui l’écoutaient ».
En quelques mois, Ramabai fonda l’Arya Mahila Samaj, une association de femmes qui travaillaient à libérer les femmes du mariage des enfants et de « l’esclavage de l’ignorance ». C’était l’une des premières organisations en Inde fondées et dirigées par une femme pour les femmes, et elle n’adoucit pas ses paroles. « Les hommes nous regardent, nous les femmes, comme des biens meubles, dit-elle. Nous faisons tous nos efforts pour nous délivrer de cette situation. Mais certains diront que c’est une révolte contre l’homme, et que le faire est un péché. Laisser sans reproche les mauvaises actions des hommes, et rester impassibles devant elles, voilà qui est un grand péché. » Les journaux orthodoxes l’attaquèrent presque aussitôt.
En septembre de cette année-là, une commission britannique vint à Poona pour enquêter sur l’enseignement en Inde. Ramabai, vingt-quatre ans, sans diplôme et sans position, vint témoigner. « Je considère que c’est mon devoir, dit-elle, jusqu’à la toute fin de ma vie, de soutenir cette cause, et de défendre la juste place des femmes dans ce pays. »
Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les hommes instruits de ce pays sont opposés à l’instruction des femmes et à la juste place de la femme. ... Il est évident que les femmes, qui forment la moitié de la population de ce pays, sont opprimées et cruellement traitées par l’autre moitié.
Elle demanda des femmes médecins, parce que la plupart des Indiennes « préféreraient mourir plutôt que de parler de leurs maux à un homme ». Le président fit traduire et imprimer son témoignage.
Cette année-là, on lui amena une veuve-enfant d’environ douze ans. On l’avait mariée à cinq ans, et son jeune mari était mort quelques jours après le mariage. Sa belle-mère refusait de la regarder. « Elle disait que la fillette avait dévoré son fils et que c’était un grand démon. » Ramabai recueillit la fillette. « En regardant cette petite silhouette, écrivit-elle, mes vagues idées de faire quelque chose pour mes sœurs dans une situation semblable commencèrent à prendre forme. » Elle ouvrirait une maison pour les veuves. Comme personne ne voulait la financer, elle décida d’aller en Angleterre se former comme médecin.
Pour un hindou de haute caste, traverser la mer voulait dire perdre sa caste. Qu’une veuve parte avec un tout-petit, c’était presque du jamais-vu. Au printemps 1883, elle s’embarqua malgré tout, avec Manorama, qui avait deux ans, et une jeune amie, Anandibai Bhagat. Elle n’était toujours pas chrétienne, même si elle lisait le Nouveau Testament avec une missionnaire anglaise et écoutait le père Nehemiah Goreh, un prêtre indien plein de douceur qui, comme elle, était né brahmane.
Les Proverbes disent : « Ouvre ta bouche pour le muet, Pour la cause de tous les délaissés. » Le « muet », ici, c’est celui qui ne peut pas parler pour lui-même. La veuve-enfant ne pouvait pas parler pour elle-même. Ramabai, elle, le pouvait ; alors elle l’a fait.
Tu as sans doute plus de voix que quelqu’un autour de toi : un élève dont on se moque, un camarade qui parle mal la langue, quelqu’un qu’on accable en ligne. Prendre la parole rend rarement populaire. Ramabai a été attaquée dans les journaux en quelques semaines. Mais elle savait que se taire devant le mal était aussi une forme de péché.
Un défi pour cette semaine : repère cette semaine une situation où quelqu’un est traité injustement et ne peut pas facilement se défendre. Dis une phrase vraie et calme en sa faveur : à celui qui agit mal, à un adulte qui peut aider, ou à la personne qui souffre.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Qu’a dit Ramabai à la Commission de l’enseignement en 1882 ?
Que la plupart des hommes instruits étaient opposés à l’instruction des femmes, et que les femmes, la moitié du pays, étaient « opprimées et cruellement traitées par l’autre moitié ». Elle a aussi demandé des femmes médecins.
Qu’avait dit de la veuve de douze ans sa belle-mère ?
Qu’elle avait « dévoré son fils » et que c’était un grand démon : elle rendait l’enfant responsable de la mort de son mari.
Pourquoi partir pour l’Angleterre était-il un si grand pas ?
Pour un hindou de haute caste, traverser la mer voulait dire perdre sa caste, et qu’une jeune veuve voyage seule avec un petit enfant, c’était presque du jamais-vu.
Chapitre 5 terminé
Ouvre ta bouche pour le muet