Sur l’incarnation du Verbe
Ici encore, Dieu devait-il garder le silence ?

Chapitre 13 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Ici encore, Dieu devait-il garder le silence ?

§13. Ici encore, Dieu devait-il garder le silence ? laisser aux faux dieux le culte qu’il nous a faits pour lui rendre à lui-même ? Un roi dont les sujets se seraient révoltés irait à eux en personne, après leur avoir envoyé lettres et messages. Combien plus Dieu restaurera-t-il en nous la grâce de son image. Cela, les hommes, qui ne sont eux-mêmes que des copies, ne pouvaient le faire. Il fallait donc que le Verbe lui-même vînt (1) pour recréer, (2) pour détruire la mort dans le corps.

Les hommes étant donc ainsi devenus semblables aux bêtes, et la tromperie des démons obscurcissant ainsi tous les lieux et cachant la connaissance du vrai Dieu, que devait faire Dieu ? Garder le silence devant une si grande chose, et souffrir que les hommes fussent égarés par les démons et ne connussent pas Dieu ? 2. Et à quoi bon l’homme aurait-il été fait à l’origine à l’image de Dieu ? Car mieux eût valu pour lui être fait simplement comme une bête privée de raison, que de vivre la vie des bêtes après avoir été fait raisonnable. 3. Ou bien, quelle nécessité y avait-il qu’il reçût dès le commencement l’idée de Dieu ? Car s’il n’est pas digne de la recevoir même maintenant, mieux eût valu qu’elle ne lui fût pas donnée au début. 4. Ou encore, quel profit pour Dieu qui les a faits, ou quelle gloire pour lui, si les hommes, faits par lui, ne l’adorent pas, mais pensent que d’autres sont leurs auteurs ? Car Dieu se trouverait ainsi les avoir faits pour d’autres au lieu de les avoir faits pour lui-même. 5. Et encore : un roi, qui n’est qu’un homme, ne laisse pas les terres qu’il a peuplées passer à d’autres pour les servir, ni se donner à d’autres hommes ; mais il les avertit par des lettres, et souvent leur envoie des amis, ou, s’il le faut, il vient en personne, pour les reprendre en dernier recours par sa présence, afin seulement qu’ils ne servent pas d’autres maîtres et que son ouvrage ne soit pas dépensé en vain. 6. Dieu n’épargnera-t-il pas bien davantage ses propres créatures, afin qu’elles ne soient pas égarées loin de lui et ne servent pas des choses de néant ? d’autant plus qu’un tel égarement se trouve être la cause de leur ruine et de leur perte, et qu’il ne convenait pas que périssent ceux qui avaient une fois participé à l’image de Dieu. 7. Que devait donc faire Dieu ? ou que fallait-il faire, sinon renouveler ce qui était à l’image de Dieu, afin que par elle les hommes pussent une fois encore le connaître ? Mais comment cela aurait-il pu se faire, sinon par la présence de l’Image même de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ ? Car par le moyen des hommes c’était impossible, puisqu’ils ne sont eux-mêmes que faits d’après une image ; ni non plus par les anges, car eux-mêmes ne sont pas des images (de Dieu). C’est pourquoi le Verbe de Dieu vint en sa propre personne, afin que, étant l’Image du Père, il pût créer à nouveau l’homme fait d’après l’image. 8. Mais, d’autre part, cela n’aurait pu se faire autrement si la mort et la corruption n’avaient été abolies. 9. C’est pourquoi il prit, comme il convenait, un corps mortel, afin qu’en lui la mort fût une fois pour toutes abolie, et que les hommes faits d’après son Image pussent une fois encore être renouvelés. Nul autre donc ne suffisait à ce besoin, sinon l’Image du Père.

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