La nécessité de la prière
La prière et la foi

Chapitre 2 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute

La prière et la foi

« Un ami très cher, grand amateur de chasse, m’a raconté l’histoire suivante : “Un matin, levé de bonne heure, j’entendis les aboiements d’une vingtaine de chiens courants lancés à la poursuite de leur proie. Portant mon regard vers un vaste champ découvert devant moi, je vis un jeune faon qui le traversait et qui, de plus, donnait tous les signes d’être presque à bout de course. Arrivé à la clôture de l’enclos, il la franchit d’un bond et se blottit à dix pieds de l’endroit où je me tenais. Un instant plus tard, deux des chiens sautèrent à leur tour ; alors le faon courut vers moi et glissa sa tête entre mes jambes. Je soulevai la petite bête contre ma poitrine et, tournant et tournant sur moi-même, je repoussai les chiens. Je sentis à ce moment-là que tous les chiens de l’Ouest ne pourraient pas, et ne devraient pas, s’emparer de ce faon, puisque sa faiblesse en avait appelé à ma force.” Il en est ainsi lorsque la détresse humaine en appelle au Dieu tout-puissant. Je me souviens bien du temps où les chiens du péché étaient lancés après mon âme, jusqu’à ce qu’enfin je coure me réfugier dans les bras du Dieu tout-puissant. » — A. C. DIXON.

DANS toute étude des principes et de la pratique de la prière, de ses activités et de ses entreprises, la première place doit nécessairement revenir à la foi. Elle est la qualité première dans le cœur de tout homme qui entreprend de parler à l’Invisible. Par pure impuissance, il lui faut tendre les mains de la foi. Il doit croire, là où il ne peut prouver. En dernière analyse, la prière n’est rien d’autre que la foi qui revendique ses prérogatives naturelles et pourtant merveilleuses — la foi qui prend possession de son héritage illimité. La vraie piété est tout aussi vraie, constante et persévérante dans le domaine de la foi que dans celui de la prière. Bien plus : quand la foi cesse de prier, elle cesse de vivre.

La foi accomplit l’impossible, parce qu’elle amène Dieu à agir pour nous, et que rien n’est impossible à Dieu. Qu’elle est grande — sans réserve ni limite — la puissance de la foi ! Si le doute est banni du cœur, et si l’incrédulité y devient étrangère, ce que nous demandons à Dieu arrivera sûrement, et il est accordé au croyant « tout ce qu’il dit ».

La prière projette la foi sur Dieu, et Dieu sur le monde. Dieu seul peut déplacer les montagnes, mais la foi et la prière déplacent Dieu. En maudissant le figuier, notre Seigneur a manifesté sa puissance. Puis il a déclaré que de grands pouvoirs étaient confiés à la foi et à la prière, non pour faire mourir mais pour faire vivre, non pour flétrir mais pour bénir.

À ce point de notre étude, nous nous tournons vers une parole de notre Seigneur sur laquelle il faut insister, car elle est la clé de voûte même de l’arche de la foi et de la prière.

« C’est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »

Méditons bien cette déclaration : « croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir ». Elle décrit une foi qui réalise, qui s’approprie, qui prend. Une telle foi est une conscience du divin, une communion vécue, une certitude réalisée.

La foi grandit-elle ou décline-t-elle au fil des années ? La foi se tient-elle forte et inébranlable, en ces jours où l’iniquité s’accroît et où la charité du plus grand nombre se refroidit ? La foi garde-t-elle sa prise, alors que la religion tend à devenir une simple formalité et que la mondanité gagne toujours plus de terrain ? La question de notre Seigneur peut, fort à propos, devenir la nôtre. « Quand le Fils de l’homme viendra, demande-t-il, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Nous croyons qu’il la trouvera, et c’est à nous, en ce jour qui est le nôtre, de veiller à ce que la lampe de la foi soit préparée et allumée, de peur que ne vienne celui qui doit venir, et cela bientôt.

La foi est le fondement du caractère chrétien et la sécurité de l’âme. Lorsque Jésus, prévoyant le reniement de Pierre, l’en avertissait, il dit à son disciple :

« Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. »

Notre Seigneur énonçait là une vérité centrale ; c’est la foi de Pierre qu’il cherchait à protéger, car il savait bien que lorsque la foi s’effondre, les fondements de la vie spirituelle cèdent, et tout l’édifice de l’expérience religieuse s’écroule. C’est la foi de Pierre qui avait besoin d’être gardée. De là la sollicitude du Christ pour le bien de l’âme de son disciple, et sa résolution de fortifier la foi de Pierre par sa propre prière, qui l’emporte toujours.

Dans sa Seconde Épître, Pierre a cette idée en tête lorsqu’il parle de la croissance dans la grâce comme d’une mesure de sécurité dans la vie chrétienne, et comme d’une promesse de fécondité.

« Et à cause de cela même, déclare-t-il, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété. »

Dans ce processus d’addition, la foi était le point de départ — la base des autres grâces de l’Esprit. La foi était le fondement sur lequel tout le reste devait être bâti. Pierre n’exhorte pas ses lecteurs à ajouter aux œuvres, aux dons ou aux vertus, mais à la foi. Beaucoup dépend d’un bon départ dans cette affaire de la croissance dans la grâce. Il y a un ordre divin, dont Pierre avait conscience ; aussi poursuit-il en déclarant que nous devons nous appliquer à affermir notre vocation et notre élection, élection qui est rendue certaine en ajoutant à la foi, ce qui, à son tour, se fait par une prière constante et ardente. Ainsi la foi est maintenue vivante par la prière, et chaque pas accompli, dans cette addition de grâce à grâce, s’accompagne de prière.

La foi qui produit une prière puissante est la foi qui se concentre sur une Personne puissante. La foi en la capacité du Christ d’agir et d’agir avec grandeur, voilà la foi qui prie avec grandeur. C’est ainsi que le lépreux s’empara de la puissance du Christ. « Seigneur, si tu le veux, s’écria-t-il, tu peux me rendre pur. » Dans ce cas, il nous est montré comment la foi s’est concentrée sur la capacité du Christ d’agir, et comment elle a obtenu la puissance de guérison.

C’est précisément sur ce point que Jésus interrogea les aveugles qui venaient à lui pour être guéris :

« Croyez-vous que je puisse faire cela ? » leur demande-t-il. « Oui, Seigneur, lui répondirent-ils. Alors il leur toucha les yeux, en disant : Qu’il vous soit fait selon votre foi. »

C’est pour inspirer la foi en sa capacité d’agir que Jésus a laissé derrière lui cette dernière et grande déclaration qui, en dernière analyse, est un vibrant défi lancé à la foi. « Tout pouvoir, déclara-t-il, m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »

De plus : la foi obéit ; elle va quand on le lui commande, comme le fit l’officier du roi qui vint à Jésus, aux jours de sa chair, et dont le fils était gravement malade.

Bien plus : une telle foi agit. Comme l’homme né aveugle, elle va se laver au réservoir de Siloé quand on lui dit de se laver. Comme Pierre sur le lac de Génésareth, elle jette le filet là où Jésus l’ordonne, aussitôt, sans question ni doute. Une telle foi ôte promptement la pierre du tombeau de Lazare. Une foi qui prie garde les commandements de Dieu et fait ce qui lui est agréable. Elle demande : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » et répond aussitôt : « Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. » L’obéissance aide la foi, et la foi, à son tour, aide l’obéissance. Faire la volonté de Dieu est essentiel à la vraie foi, et la foi est nécessaire à une obéissance sans réserve.

Pourtant la foi est appelée, et cela bien souvent, à attendre patiemment devant Dieu, et elle est préparée aux retards apparents de Dieu dans l’exaucement de la prière. La foi ne se décourage pas parce que la prière n’est pas exaucée immédiatement ; elle prend Dieu au mot, et le laisse prendre le temps qu’il veut pour accomplir ses desseins et poursuivre son œuvre. La vraie foi doit s’attendre à bien des retards et à de longs jours d’attente, mais elle en accepte les conditions — elle sait que l’exaucement de la prière connaîtra des retards, et elle considère ces retards comme des temps d’épreuve, durant lesquels il lui est donné de montrer sa trempe et l’étoffe solide dont elle est faite.

Le cas de Lazare fut un exemple de retard, où la foi de deux femmes pieuses fut durement éprouvée : Lazare était gravement malade, et ses sœurs firent appeler Jésus. Mais, sans raison connue, notre Seigneur tarda à aller secourir son ami malade. La supplication était pressante et touchante — « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade » —, mais le Maître n’en fut pas ému, et la requête ardente des deux femmes sembla tomber dans des oreilles sourdes. Quelle épreuve pour la foi ! Plus encore : la lenteur de notre Seigneur parut amener un désastre sans espoir. Pendant que Jésus tardait, Lazare mourut.

Mais le retard de Jésus servait un bien plus grand. Enfin, il se rend à la maison de Béthanie.

« Alors Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort. Et, à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n’étais pas là. Mais allons vers lui. »

Ne crains pas, ô croyant tenté et éprouvé, Jésus viendra, si la patience s’exerce et si la foi tient ferme. Son retard ne fera que rendre sa venue plus riche en bénédictions. Continue de prier. Continue d’attendre. Tu ne peux échouer. Si le Christ tarde, attends-le. En son temps, il viendra, et il ne tardera pas.

Le retard est souvent l’épreuve et la force de la foi. Que de patience il faut quand viennent ces temps d’épreuve ! Pourtant la foi prend des forces en attendant et en priant. La patience accomplit parfaitement son œuvre à l’école du retard. Dans certains cas, le retard fait partie de l’essence même de la prière. Dieu a beaucoup à faire avant de donner la réponse finale — des choses essentielles au bien durable de celui qui sollicite une faveur de sa main.

Jacob pria, avec précision et ardeur, pour être délivré d’Ésaü. Mais avant que cette prière puisse être exaucée, il y avait beaucoup à faire avec Jacob et pour lui. Il devait être changé, tout autant qu’Ésaü. Jacob devait être fait homme nouveau avant qu’Ésaü pût l’être. Jacob devait être converti à Dieu avant qu’Ésaü pût être converti à Jacob.

Parmi les grandes et lumineuses paroles de Jésus sur la prière, aucune n’est plus saisissante que celle-ci :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. »

Qu’elles sont merveilleuses, ces déclarations sur ce que Dieu fera en réponse à la prière ! Quelle importance ont ces paroles vibrantes, précédées, comme elles le sont, de l’affirmation la plus solennelle ! La foi au Christ est la base de toute œuvre et de toute prière. Toutes les œuvres merveilleuses dépendent d’une prière merveilleuse, et toute prière se fait au nom de Jésus-Christ. Leçon étonnante, d’une merveilleuse simplicité, que cette prière au nom du Seigneur Jésus ! Toutes les autres conditions sont dépréciées, tout le reste est abandonné, sauf Jésus seul. Le nom du Christ — la Personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ — doit être souverain par-dessus tout, à l’heure et à l’instant même de la prière.

Si Jésus demeure à la source de ma vie ; si les courants de sa vie ont déplacé et supplanté tous les courants du moi ; si une obéissance sans réserve envers lui est l’inspiration et la force de chaque mouvement de ma vie, alors il peut sans risque remettre la prière à ma volonté, et s’engager, par une obligation aussi profonde que sa propre nature, à ce que tout ce qui est demandé soit accordé. Rien ne peut être plus clair, plus net, plus illimité à la fois dans son application et dans sa portée, que l’exhortation pressante du Christ : « Ayez foi en Dieu. »

La foi couvre les besoins temporels aussi bien que spirituels. La foi chasse toute anxiété excessive et tout souci inutile au sujet de ce qu’on mangera, de ce qu’on boira, de ce dont on sera vêtu. La foi vit dans le présent, et tient qu’à chaque jour suffit sa peine. Elle vit au jour le jour, et chasse toute crainte du lendemain. La foi apporte une grande tranquillité d’esprit et une paix parfaite du cœur.

« A celui qui est ferme dans ses sentiments tu assures la paix, la paix, parce qu’il se confie en toi. »

Quand nous prions : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », nous fermons, dans une certaine mesure, notre prière au lendemain. Nous ne vivons pas dans le lendemain mais dans l’aujourd’hui. Nous ne cherchons pas la grâce du lendemain ni le pain du lendemain. Ceux qui vivent dans le présent vivant sont ceux qui s’épanouissent le mieux et qui tirent le plus de la vie. Ceux-là prient le mieux qui prient pour les besoins d’aujourd’hui, non pour ceux de demain, qui pourraient bien rendre nos prières inutiles et superflues en n’existant pas du tout !

Les vraies prières naissent des épreuves présentes et des besoins présents. Le pain pour aujourd’hui suffit. Le pain donné pour aujourd’hui est le plus sûr des gages qu’il y aura du pain demain. La victoire d’aujourd’hui est l’assurance de la victoire de demain. Nos prières doivent se concentrer sur le présent. Nous devons nous confier en Dieu aujourd’hui, et lui laisser entièrement le lendemain. Le présent est à nous ; l’avenir appartient à Dieu. La prière est la tâche et le devoir de chaque jour qui revient — la prière quotidienne pour les besoins quotidiens.

Comme chaque jour réclame son pain, ainsi chaque jour réclame sa prière. Aucune quantité de prière faite aujourd’hui ne suffira pour la prière de demain. D’un autre côté, aucune prière pour demain n’a grande valeur pour nous aujourd’hui. C’est la manne d’aujourd’hui qu’il nous faut ; demain, Dieu veillera à ce que nos besoins soient comblés. Telle est la foi que Dieu cherche à inspirer. Laissez donc demain, avec ses soucis, ses besoins, ses peines, entre les mains de Dieu. On ne met pas en réserve la grâce de demain ni la prière de demain ; on ne peut pas non plus amasser la grâce d’aujourd’hui pour faire face aux nécessités de demain. Nous ne pouvons avoir la grâce de demain, nous ne pouvons manger le pain de demain, nous ne pouvons faire la prière de demain. « A chaque jour suffit sa peine » ; et, très certainement, si nous possédons la foi, à chaque jour suffira aussi le bien.

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