Chapitre 8 · 21 min de lecture · 26 min d’écoute
Règles générales sans lesquelles aucune convoitise ne sera mortifiée
Règles générales sans lesquelles aucune convoitise ne sera mortifiée — Point de mortification si l’on n’est croyant — Dangers que courent les non-régénérés qui tentent de faire mourir le péché — Examen du devoir des inconvertis touchant cette affaire de la mortification — La vanité des tentatives et des règles des papistes pour la mortification découverte par là.
II. Les voies et les moyens par lesquels une âme peut s’avancer vers la mortification de quelque convoitise et de quelque péché particuliers, dont Satan tire avantage pour l’inquiéter et l’affaiblir, viennent ensuite à être examinés.
Or il faut d’abord poser quelques considérations générales touchant certains principes et fondements de cette œuvre, sans lesquels nul homme au monde, si fortement qu’il soit poussé par ses convictions et résolu à faire mourir quelque péché, ne peut y parvenir.
Les règles et principes généraux sans lesquels aucun péché ne sera jamais mortifié sont ceux-ci : —
1. À moins d’être croyant, — c’est-à-dire d’être véritablement greffé sur Christ, — un homme ne peut jamais faire mourir un seul péché ; je ne dis pas : à moins qu’il ne se sache tel, mais à moins qu’il ne le soit réellement.
La mortification est l’œuvre des croyants : Romains 8:13, « si par l’Esprit », etc., — vous, les croyants, pour qui il n’y a aucune condamnation, verset 1. Eux seuls y sont exhortés : Colossiens 3:5, « Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre ». Qui doit faire mourir ? Vous qui « êtes ressuscités avec Christ », verset 1 ; dont la « vie est cachée avec Christ en Dieu », verset 3 ; qui « paraîtrez aussi avec lui dans la gloire », verset 4. Un homme non régénéré peut faire quelque chose qui y ressemble ; mais l’œuvre elle-même, de manière qu’elle soit agréable à Dieu, il ne peut jamais l’accomplir. Vous savez quel portrait en ont tracé certains philosophes, — Sénèque, Cicéron, Épictète ; quels discours pleins de sentiment ils tiennent sur le mépris du monde et de soi-même, sur la manière de régler et de vaincre toutes les affections et passions déréglées ! La vie de la plupart d’entre eux montra que leurs maximes différaient autant de la vraie mortification que le soleil peint sur une enseigne diffère du soleil au firmament ; il n’y avait là ni lumière ni chaleur. Leur propre Lucien montre assez ce qu’ils étaient tous. Il n’y a point de mort du péché sans la mort de Christ. Vous savez quelles tentatives font les papistes pour y atteindre, par leurs vœux, leurs pénitences et leurs satisfactions. J’ose dire d’eux (j’entends de tous ceux d’entre eux qui agissent selon les principes de leur Église, comme ils l’appellent) ce que Paul dit d’Israël au sujet de la justice, Romains 9:31, 32 : — Ils ont poursuivi la mortification, mais ils n’y sont point parvenus. Pourquoi ? « Parce qu’ils la cherchent, non par la foi, mais comme provenant des œuvres de la loi. » Tel est aussi l’état et la condition de tous ceux d’entre nous qui, pour obéir à leurs convictions et à leur conscience réveillée, tentent d’abandonner le péché ; — ils le poursuivent, mais ils n’y parviennent pas.
Il est vrai qu’il est, qu’il sera exigé de toute personne, quelle qu’elle soit, qui entend prêcher la loi ou l’Évangile, qu’elle fasse mourir le péché. C’est son devoir, mais ce n’est pas son devoir immédiat ; c’est son devoir de le faire, mais de le faire selon la voie de Dieu. Si vous demandez à votre serviteur de payer pour vous telle somme d’argent en tel lieu, mais d’aller d’abord la retirer en un autre, c’est son devoir de payer la somme fixée, et vous le blâmerez s’il ne le fait pas ; pourtant ce n’était pas son devoir immédiat, — il devait d’abord la retirer, selon vos instructions. Il en est de même ici : le péché doit être mortifié, mais quelque chose doit être fait en premier lieu pour nous en rendre capables.
J’ai prouvé que c’est l’Esprit seul qui peut faire mourir le péché ; il est promis pour le faire, et tous les autres moyens, sans lui, sont creux et vains. Comment donc celui qui n’a pas l’Esprit ferait-il mourir le péché ? Un homme pourrait plus aisément voir sans yeux, parler sans langue, que faire véritablement mourir un seul péché sans l’Esprit. Or, comment l’obtient-on ? C’est l’Esprit de Christ : et, comme dit l’apôtre : « Si nous n’avons pas l’Esprit de Christ, nous ne lui appartenons pas », Romains 8:9 ; de même, si nous sommes à Christ, si nous avons part en lui, nous avons l’Esprit, et c’est ainsi seulement que nous avons la puissance pour la mortification. L’apôtre en traite longuement, Romains 8:8 : « Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. » C’est la conséquence et la conclusion qu’il tire de son discours précédent sur notre état et notre condition naturels, et sur l’inimitié que nous y avons contre Dieu et sa loi. Si nous vivons selon la chair, si nous n’avons pas l’Esprit, nous ne pouvons rien faire qui plaise à Dieu. Mais quelle est notre délivrance hors de cette condition ? Verset 9 : « Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous » ; — « Vous, croyants, qui avez l’Esprit de Christ, vous ne vivez pas selon la chair. » Il n’y a point d’autre voie de délivrance hors de l’état et de la condition de ceux qui vivent selon la chair que l’Esprit de Christ. Et qu’en est-il si cet Esprit de Christ est en vous ? Eh bien, alors vous êtes mortifiés ; verset 10 : « le corps est mort à cause du péché », ou au péché ; la mortification se poursuit ; l’homme nouveau est vivifié pour la justice. L’apôtre le prouve, verset 11, par l’union que nous avons avec Christ par l’Esprit, qui produira en nous des opérations conformes à ce qu’il a opéré en lui. Toutes les tentatives de mortification d’une convoitise quelconque, sans avoir part en Christ, sont donc vaines. Beaucoup d’hommes blessés par le péché et à cause du péché, — les flèches de Christ pour la conviction, par la prédication de la Parole, ou quelque affliction, ayant pénétré vivement dans leur cœur, — se dressent avec vigueur contre telle ou telle convoitise particulière qui a le plus inquiété ou troublé leur conscience. Mais, pauvres créatures ! ils travaillent pour le feu, et leur ouvrage se consume. Quand l’Esprit de Christ vient à cette œuvre, il sera « comme le feu du fondeur, comme la potasse des foulons », et il purifiera les hommes comme l’or et comme l’argent, Malachie 3:2, 3, — il ôtera leurs scories et leur étain, leurs ordures et leur sang, comme en Ésaïe 4:4 ; mais il faut que les hommes soient or et argent dans le fond, sinon l’affinage ne leur servira de rien. Le prophète nous montre la triste issue des tentatives les plus extrêmes des méchants pour la mortification, par quelques moyens que Dieu leur accorde : Jérémie 6:29, 30, « Le soufflet est brûlant, Le plomb est consumé par le feu; C’est en vain qu’on épure. On les appelle de l’argent méprisable, Car l’Éternel les a rejetés. » Et quelle en est la raison ? Verset 28 : ils étaient « de l’airain et du fer » quand on les mit dans la fournaise. On peut affiner l’airain et le fer bien longtemps avant qu’ils deviennent de bon argent.
Je dis donc que la mortification n’est pas l’affaire présente des hommes non régénérés. Dieu ne les y appelle pas encore ; la conversion est leur œuvre, — la conversion de l’âme tout entière, — non la mortification de telle ou de telle convoitise particulière. Vous ririez d’un homme que vous verriez élever un grand édifice sans jamais se soucier d’un fondement ; surtout si vous le voyiez assez insensé pour persévérer dans la même voie, alors qu’il a mille fois éprouvé que ce qu’il bâtissait un jour s’écroulait le lendemain. Il en est ainsi des personnes convaincues de péché ; bien qu’elles voient clairement que le terrain gagné sur le péché un jour est perdu le lendemain, elles n’en poursuivent pas moins sur la même route, sans chercher où se trouve le vice ruineux de leur entreprise. Quand les Juifs, convaincus de leur péché, eurent le cœur vivement touché, Actes 2:37, et s’écrièrent : « Que ferons-nous? » — que leur ordonna Pierre ? Leur dit-il d’aller faire mourir leur orgueil, leur colère, leur malice, leur cruauté, et le reste ? Non ; il savait que ce n’était pas leur œuvre présente, mais il les appelle à la conversion et à la foi en Christ en général, verset 38. Que l’âme soit d’abord pleinement convertie, et alors, « tournant les regards vers celui qu’ils ont percé », l’humiliation et la mortification suivront. Ainsi, quand Jean vint prêcher la repentance et la conversion, il dit : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres », Matthieu 3:10. Les pharisiens avaient imposé de lourds fardeaux, des devoirs pénibles et des moyens rigoureux de mortification, jeûnes, ablutions et autres pratiques semblables, le tout en vain. Jean leur dit : « C’est la doctrine de la conversion qu’il vous faut ; la cognée que j’ai en main est mise à la racine. » Et notre Sauveur nous dit ce qu’il faut faire en ce cas ; il dit : « Cueille-t-on des raisins sur des épines ? » Matthieu 7:16. Mais supposons qu’une épine soit bien taillée et émondée, et qu’on se donne de la peine pour elle ? « Oui, mais elle ne portera jamais de figues », versets 17, 18 ; il ne se peut que chaque arbre ne porte du fruit selon son espèce. Ce qu’il faut donc faire, il nous le dit, Matthieu 12:33 : « Faites l’arbre bon, et son fruit sera bon. » Il faut s’occuper de la racine, changer la nature de l’arbre, sinon il ne portera aucun bon fruit.
Voici où je veux en venir : à moins qu’un homme ne soit régénéré, à moins qu’il ne soit croyant, toutes les tentatives qu’il peut faire pour la mortification, si spécieuses et si prometteuses qu’elles soient, — tous les moyens qu’il peut employer, les suivît-il avec toute la diligence, le sérieux, la vigilance et l’application d’esprit et de cœur possibles, — ne servent à rien. En vain multipliera-t-il les remèdes, il n’y aura point de guérison pour lui. Bien plus, divers maux funestes accompagnent l’effort que font pour accomplir ce devoir des personnes convaincues de péché, et rien de plus : —
(1.) L’esprit et l’âme sont occupés de ce qui n’est pas l’affaire propre de l’homme, et il est ainsi détourné de ce qui l’est. Dieu, par sa Parole et par ses jugements, met la main sur quelque péché en lui, blesse sa conscience, inquiète son cœur, lui ôte son repos ; dès lors les autres diversions ne lui suffisent plus ; il faut qu’il s’applique à l’œuvre qui est devant lui. Alors que l’affaire présente était de réveiller l’homme tout entier à la considération de l’état et de la condition où il se trouve, afin qu’il soit ramené à Dieu, au lieu de cela il se met à faire mourir le péché qui le blesse, — ce qui naît purement de l’amour de soi, pour être délivré de son trouble, et ne tend nullement à l’œuvre à laquelle il est appelé, — et il en est ainsi détourné. C’est ainsi que Dieu nous parle d’Éphraïm : quand il « étendit sur eux son filet, les précipita comme les oiseaux du ciel, et les châtia », Osée 7:12, — il les prit, les enlaça, les convainquit qu’ils ne pouvaient échapper ; il dit d’eux : « Ce n’est pas au Très-Haut qu’ils retournent » ; — ils se mettent à abandonner le péché, mais non de la manière que Dieu demandait, par une conversion universelle. Ainsi les hommes sont-ils détournés de venir à Dieu par les voies les plus glorieuses qu’ils puissent choisir pour venir à lui. Et c’est là l’une des tromperies les plus communes par lesquelles les hommes ruinent leur propre âme. Je voudrais que certains, dont le métier est de crépir avec un mortier sans consistance dans les choses de Dieu, n’enseignent pas cette tromperie et n’égarent pas le peuple par leur ignorance. Que font les hommes, à quoi les dirige-t-on souvent, quand leur conscience est blessée par le péché et par l’inquiétude venue du Seigneur, qui a mis la main sur eux ? L’abandon, dans la pratique, du péché dont certains fruits les tourmentent, et la résistance qu’ils lui opposent, n’est-ce pas là toute la somme de ce à quoi ils s’appliquent ? et la fin évangélique de leurs convictions n’est-elle pas perdue par là ? C’est là que les hommes s’arrêtent et périssent.
(2.) Ce devoir étant une chose bonne en elle-même, à sa place propre, un devoir qui atteste la sincérité et ramène la paix dans la conscience, l’homme qui s’y trouve réellement engagé, l’esprit et le cœur dressés contre tel ou tel péché, avec le dessein et la résolution de n’avoir plus rien à faire avec lui, — est prompt à conclure que son état et sa condition sont bons, et à tromper ainsi sa propre âme. Car, —
[1.] Quand sa conscience a été rendue malade par le péché et qu’il ne pouvait trouver de repos, alors qu’il aurait dû aller au grand Médecin des âmes et trouver la guérison dans son sang, cet homme, par cet engagement contre le péché, apaise et calme sa conscience, et s’en tient là sans aller du tout à Christ. Ah ! combien de pauvres âmes sont ainsi trompées pour l’éternité ! « Quand Éphraïm vit son mal, il s’adressa au roi Jareb », Osée 5:13 ; ce qui le tint éloigné de Dieu. Tout l’assemblage de la religion papiste est fait de desseins et d’artifices pour apaiser la conscience sans Christ ; l’apôtre les décrit tous, Romains 10:3.
[2.] Par ce moyen, les hommes se persuadent que leur état et leur condition sont bons, puisqu’ils font une œuvre bonne en elle-même, et qu’ils ne la font pas pour être vus. Ils savent qu’ils voudraient que l’œuvre se fasse en sincérité, et ils s’endurcissent ainsi dans une sorte de propre justice.
(3.) Quand un homme a été ainsi trompé pour un temps, qu’il a séduit sa propre âme, et qu’il découvre au long cours de sa vie que son péché n’est en réalité pas mortifié, ou que, s’il en a changé un, il en a contracté un autre, il commence enfin à penser que toute lutte est vaine, — qu’il ne pourra jamais l’emporter ; il élève une digue contre une eau qui monte sur lui. Là-dessus, il abandonne, comme désespérant de tout succès, et se livre à la puissance du péché et à cette habitude de formalisme qu’il a contractée.
Et telle est l’issue ordinaire chez ceux qui tentent de faire mourir le péché sans avoir d’abord obtenu part en Christ. Cela les trompe, les endurcit, — les détruit. C’est pourquoi nous voyons qu’il n’y a d’ordinaire pas au monde de pécheurs plus vils ni plus désespérés que ceux qui, poussés dans cette voie par la conviction, l’ont trouvée stérile et l’ont abandonnée sans avoir découvert Christ. Et c’est là le fond de la religion et de la piété des formalistes les plus distingués du monde, et de tous ceux qui, dans la synagogue romaine, sont menés à la mortification comme on mène les Indiens au baptême ou le bétail à l’abreuvoir. Je dis donc que la mortification est l’œuvre des croyants, et des croyants seulement. Tuer le péché est l’œuvre d’hommes vivants ; là où les hommes sont morts (comme tous les incrédules, les meilleurs d’entre eux, sont morts), le péché est vivant, et il vivra.
2. C’est l’œuvre de la foi, l’œuvre propre de la foi. Or, s’il y a une œuvre à faire qui ne s’accomplira que par un seul instrument, c’est la plus grande folie, pour celui qui n’a pas cet instrument, d’entreprendre de la faire. Or c’est la foi qui purifie le cœur, Actes 15:9 ; ou, comme parle Pierre, nous « purifions nos âmes en obéissant à la vérité par l’Esprit », 1 Pierre 1:22 ; et sans elle, cela ne se fera pas.
Ce qui a été dit suffit, je pense, à établir ma première règle générale : — Ayez soin d’obtenir part en Christ ; si vous prétendez faire mourir un péché quelconque sans cela, cela ne se fera jamais.
Obj. Vous direz : « Que voudriez-vous donc que fassent les hommes non régénérés qui sont convaincus du mal du péché ? Cesseront-ils de lutter contre le péché, vivront-ils dans la débauche, lâcheront-ils la bride à leurs convoitises, et seront-ils aussi mauvais que les pires des hommes ? Ce serait le moyen de jeter le monde entier dans la confusion, de plonger toutes choses dans les ténèbres, d’ouvrir les écluses de la convoitise, et de lâcher la bride sur le cou des hommes pour qu’ils se ruent dans tout péché avec délices et avidité, comme un cheval qui s’élance au combat. »
Rép. 1. À Dieu ne plaise ! Il faut regarder comme un grand effet de la sagesse, de la bonté et de l’amour de Dieu qu’il lui plaise, par des voies et des moyens multiples, de retenir les fils des hommes de se précipiter dans toute cette étendue d’excès et de débauche où la dépravation de leur nature les emporterait avec violence. De quelque manière que cela se fasse, c’est un effet du soin, de la bienveillance et de la bonté de Dieu, sans lesquels la terre entière serait un enfer de péché et de confusion.
2. Il y a dans la Parole une puissance particulière de conviction, que Dieu se plaît souvent à déployer, pour blesser, frapper de stupeur et, d’une certaine manière, humilier les pécheurs, bien qu’ils ne soient jamais convertis. Et la Parole doit être prêchée bien qu’elle ait cet effet, mais non dans ce but. Qu’on prêche donc la Parole, et les péchés des hommes [seront] repris, la convoitise sera réfrénée, et quelque opposition sera faite au péché ; bien que ce ne soit pas là l’effet recherché.
3. Bien que ce soit l’œuvre de la Parole et de l’Esprit, et que cela soit bon en soi, cela n’est pourtant ni profitable ni utile quant à la fin principale chez ceux en qui cela s’opère ; ils sont encore dans un fiel amer, et sous la puissance des ténèbres.
4. Que les hommes sachent que c’est leur devoir, mais à sa place propre ; je ne détourne pas les hommes de la mortification, je les pousse à la conversion. Celui qui appelle un homme occupé à boucher un trou dans le mur de sa maison, pour qu’il éteigne un feu qui consume tout l’édifice, n’est pas son ennemi. Pauvre âme ! ce n’est pas ton doigt endolori, c’est ta fièvre hectique que tu dois t’appliquer à considérer. Tu te dresses contre un péché particulier, et tu ne considères pas que tu n’es rien que péché.
Permettez-moi d’ajouter ceci pour ceux qui sont prédicateurs de la Parole, ou qui se destinent à cette charge par la bonne main de Dieu : il est de leur devoir de plaider avec les hommes au sujet de leurs péchés, de charger lourdement les péchés particuliers, mais en se souvenant toujours que cela doit se faire en vue de ce qui est la fin propre de la loi et de l’Évangile ; — c’est-à-dire qu’ils se servent du péché contre lequel ils parlent pour découvrir l’état et la condition où se trouve le pécheur ; autrement, peut-être amèneront-ils les hommes au formalisme et à l’hypocrisie, mais la vraie fin de la prédication de l’Évangile ne sera guère atteinte. Il ne sert à rien d’arracher un homme à son ivrognerie pour le jeter dans un formalisme sobre. Un habile maître des assemblées met sa cognée à la racine, et vise toujours le cœur. S’élever contre les péchés particuliers des personnes ignorantes et non régénérées, dont le pays est plein, est une bonne œuvre ; mais, quand même cela se ferait avec beaucoup d’efficacité, de vigueur et de succès, si tout l’effet en est qu’elles se mettent avec le plus grand soin à faire mourir les péchés qu’on a dénoncés du haut de la chaire, tout ce qu’on a fait ne ressemble qu’à battre un ennemi en rase campagne pour le refouler dans une forteresse imprenable, contre laquelle on ne peut prévaloir. Tenez-vous à un moment quelconque un pécheur à votre avantage, à cause de quelque péché que ce soit ? avez-vous quelque prise sur lui ? — ramenez la chose à son état et à sa condition, poussez-la jusqu’à la tête, et traitez avec lui là. Détacher les hommes de péchés particuliers sans leur briser le cœur, c’est nous priver nous-mêmes de nos avantages pour traiter avec eux.
Et c’est en cela que la mortification romaine est gravement fautive ; ils y poussent toutes sortes de personnes, sans examiner le moins du monde si elles en ont le principe ou non. Bien plus, ils sont si loin d’appeler les hommes à croire, afin qu’ils puissent faire mourir leurs convoitises, qu’ils les appellent à la mortification au lieu de croire. La vérité est qu’ils ne savent ni ce que c’est que croire, ni ce que la mortification elle-même signifie. La foi n’est pour eux qu’un assentiment général à la doctrine enseignée dans leur Église ; et la mortification, l’engagement d’un homme, par un vœu, dans un certain genre de vie où il se refuse quelque chose de l’usage des choses de ce monde, non sans une compensation considérable. De tels hommes ne connaissent ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Se vanter de leur mortification, ce n’est pour eux que mettre leur gloire dans ce qui fait leur honte. Certains casuistes parmi nous qui, négligeant la nécessité de la régénération, donnent ouvertement pour directive à toutes sortes de personnes qui se plaignent de quelque péché ou de quelque convoitise de faire vœu contre lui, du moins pour un temps, un mois environ, semblent n’avoir dans le mystère de l’Évangile qu’une maigre mesure de lumière, fort semblable à celle de Nicodème quand il vint pour la première fois à Christ. Ils ordonnent aux hommes de faire vœu de s’abstenir de leur péché pour un temps. Cela rend d’ordinaire leur convoitise plus impétueuse. Peut-être, au prix d’une grande perplexité, tiennent-ils parole ; peut-être que non, ce qui accroît leur culpabilité et leur tourment. Leur péché en est-il le moins du monde mortifié ? Remportent-ils la victoire sur lui ? Leur condition est-elle changée, quand bien même ils parviendraient à l’abandonner ? Ne sont-ils pas encore dans un fiel amer ? N’est-ce pas obliger les hommes à faire des briques, sinon sans paille, du moins, ce qui est pire, sans force ? Quelle promesse un homme non régénéré a-t-il pour l’appuyer dans cette œuvre ? quel secours pour l’accomplir ? Le péché peut-il être tué sans avoir part à la mort de Christ, ou mortifié sans l’Esprit ? Si de telles directives réussissaient à changer la vie des hommes, ce qui arrive rarement, elles n’atteignent pourtant jamais au changement de leur cœur ou de leur condition. Elles peuvent faire des hommes des gens qui se justifient eux-mêmes, ou des hypocrites, non des chrétiens. Il m’afflige souvent de voir de pauvres âmes, qui ont du zèle pour Dieu et le désir de leur bien éternel, maintenues tous les jours de leur vie, par de tels directeurs et de telles directives, sous un culte et un service de Dieu durs, pesants et tout extérieurs, avec maints efforts spécieux pour la mortification, dans une entière ignorance de la justice de Christ et sans aucune connaissance de son Esprit. Je ne connais que trop de personnes et de choses de ce genre. Si jamais Dieu fait briller la lumière dans leur cœur pour leur donner la connaissance de sa gloire sur la face de son Fils Jésus-Christ, elles verront la folie de leur voie présente.
Chapitre 8 terminé
Règles générales sans lesquelles aucune convoitise ne sera mortifiée