Chapitre 7 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute
La mortification du péché décrite en particulier
La mortification du péché décrite en particulier — Ses diverses parties et ses divers degrés — L’affaiblissement habituel de sa racine et de son principe — Le pouvoir qu’a la convoitise de tenter — Différences de ce pouvoir selon les personnes et les temps — Le combat constant contre le péché — Ses parties considérées — Le succès contre lui — Le résumé de ce discours considéré.
Ce que c’est que faire mourir un péché en général, ce qui ouvrira davantage la voie aux directions particulières, voilà ce qu’il faut considérer ensuite.
2. La mortification d’une convoitise consiste en trois choses : —
(1.) Dans son affaiblissement habituel. Toute convoitise est une habitude ou une disposition dépravée, qui incline continuellement le cœur au mal. De là vient cette description de celui chez qui aucune convoitise n’est véritablement mortifiée, Genèse 6:5 : « Toutes les pensées de son cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. » Il est toujours sous la puissance d’un penchant et d’une inclination violente au péché. Et la raison pour laquelle l’homme naturel n’est pas toujours, perpétuellement, nuit et jour, à la poursuite d’une seule convoitise, c’est qu’il en a beaucoup à servir, chacune criant pour être satisfaite ; de là vient qu’il est emporté dans une grande diversité, mais toujours, en général, il penche vers la satisfaction de son moi.
Supposons donc que la convoitise ou le dérèglement dont on cherche la mortification soit en lui-même une inclination forte, profondément enracinée et habituelle, un penchant de la volonté et des affections vers quelque péché effectif, quant à sa matière, même s’il ne suscite pas toujours, sous cette considération formelle, des imaginations, des pensées et des projets touchant son objet. De là vient qu’il est dit des hommes que leur « cœur est porté au mal » ; le penchant de leur esprit va de ce côté, à « avoir soin de la chair ». Et une habitude pécheresse et dépravée, en ceci comme en bien d’autres choses, diffère de toutes les habitudes naturelles ou morales, quelles qu’elles soient : car, tandis que celles-ci inclinent l’âme doucement et d’une manière qui lui convient, les habitudes pécheresses la poussent avec violence et impétuosité ; c’est pourquoi il est dit des convoitises qu’elles combattent ou qu’elles « font la guerre à l’âme », 1 Pierre 2:11, — qu’elles se révoltent ou se lèvent en guerre avec la conduite et l’opposition qui y sont d’usage, Romains 7:23, — qu’elles emmènent captif, ou rendent effectivement captif après un succès dans la bataille, — toutes œuvres d’une grande violence et d’une grande impétuosité.
Je pourrais montrer pleinement, d’après la description que nous en avons, Romains 7, comment elle obscurcit l’esprit, éteint les convictions, détrône la raison, interrompt la puissance et l’influence de toutes les considérations qu’on peut lui opposer pour l’entraver, et force tous les obstacles pour éclater en flamme. Mais ce n’est pas là mon propos présent. Or, la première chose dans la mortification, c’est l’affaiblissement de cette habitude du péché ou de la convoitise, de sorte qu’elle ne se lève plus, ne conçoive plus, ne s’agite plus, ne provoque plus, n’attire plus, n’inquiète plus avec la violence, l’ardeur et la fréquence qui lui sont naturelles, Jacques 1:14, 15.
Je voudrais donner en passant une mise en garde ou une règle, et la voici : bien que toute convoitise, par sa nature propre, incline et pousse au péché également et universellement, il faut pourtant l’accorder avec ces deux restrictions : —
[1.] Une convoitise, ou une convoitise chez un homme, peut recevoir beaucoup d’accroissements, d’exaltations et de renforcements accidentels, qui peuvent lui donner une vie, une puissance et une vigueur bien supérieures à celles d’une autre convoitise, ou de la même convoitise (c’est-à-dire de même espèce et de même nature) chez un autre homme. Quand une convoitise rencontre la constitution et le tempérament naturels, un genre de vie qui lui convient, des occasions, ou quand Satan a trouvé une prise commode pour la manier, comme il a mille moyens de le faire, cette convoitise devient violente et impétueuse plus que les autres, ou plus que la même convoitise chez un autre homme ; alors ses vapeurs obscurcissent l’esprit à tel point que, bien que l’homme sache les mêmes choses qu’autrefois, elles n’ont plus ni puissance ni influence sur la volonté, et les affections et les passions corrompues sont par là mises en liberté.
Mais c’est surtout par la tentation que la convoitise prend des forces. Quand une tentation appropriée rencontre une convoitise, elle lui donne une vie, une vigueur, une puissance, une violence et une fureur nouvelles, qu’elle ne semblait ni avoir ni pouvoir avoir auparavant. On pourrait multiplier les exemples à ce sujet ; mais c’est le dessein d’une partie d’un autre traité d’établir cette observation.
[2.] Certaines convoitises sont beaucoup plus sensibles et plus discernables que d’autres dans leurs actions violentes. Paul met une différence entre l’impureté et tous les autres péchés, 1 Corinthiens 6:18 : « Fuyez l’impudicité. Quelque autre péché qu’un homme commette, ce péché est hors du corps; mais celui qui se livre à l’impudicité pèche contre son propre corps. » De là vient que les mouvements de ce péché sont plus sensibles, plus discernables que ceux des autres ; alors que peut-être l’amour du monde, ou quelque chose de semblable, n’est pas moins habituellement prédominant chez une personne, sans causer pourtant un si grand embrasement dans l’homme tout entier.
Et pour cette raison certains hommes peuvent passer, dans leurs propres pensées et aux yeux du monde, pour des hommes mortifiés, qui pourtant n’ont pas en eux une moindre prédominance de la convoitise que ceux qui s’écrient avec stupeur à cause de ses agitations troublantes, bien plus, que ceux qui, par sa puissance, ont été précipités dans des péchés scandaleux ; seulement leurs convoitises portent sur des choses qui ne soulèvent pas un tel tumulte dans l’âme, et à l’égard desquelles ils s’exercent dans une disposition d’esprit plus calme, la structure même de la nature n’y étant pas aussi directement intéressée qu’en d’autres.
Je dis donc que la première chose dans la mortification est l’affaiblissement de cette habitude, de sorte qu’elle ne pousse plus et ne s’agite plus comme auparavant ; qu’elle n’attire plus et n’égare plus ; qu’elle n’inquiète plus et ne trouble plus : c’est la mise à mort de sa vie, de sa vigueur, de sa promptitude et de son empressement à se remuer. C’est ce qu’on appelle « crucifier la chair avec ses passions et ses désirs », Galates 5:24 ; c’est-à-dire lui ôter le sang et les esprits qui lui donnent force et puissance, — l’usure du corps de mort « de jour en jour », 2 Corinthiens 4:16.
Comme un homme cloué à la croix : d’abord il se débat, il lutte et il crie avec beaucoup de force et de vigueur ; mais à mesure que son sang et ses esprits s’épuisent, ses efforts deviennent faibles et rares, ses cris bas et rauques, à peine perceptibles ; — de même, quand un homme s’attaque d’abord à une convoitise ou à un dérèglement pour en venir à bout, elle se débat avec une grande violence pour se dégager ; elle crie avec ardeur et impatience pour être satisfaite et soulagée ; mais quand, par la mortification, on a fait couler son sang et ses esprits, elle remue rarement et faiblement, crie peu et se fait à peine entendre dans le cœur ; elle peut avoir parfois un sursaut d’agonie, qui donne l’apparence d’une grande vigueur et d’une grande force, mais cela passe vite, surtout si on l’empêche de remporter quelque succès considérable. C’est ce que décrit l’apôtre, dans tout le chapitre, mais surtout en Romains 6:6.
« Le péché », dit-il, « est crucifié ; il est cloué à la croix. » Dans quel but ? « Afin que le corps de mort fût détruit », que la puissance du péché fût affaiblie et abolie peu à peu, « pour que nous ne soyons plus esclaves du péché » ; c’est-à-dire pour que le péché ne pût plus nous incliner ni nous pousser avec une efficacité telle qu’il fît de nous ses esclaves, comme il l’a fait jusqu’ici. Et cela est dit non seulement à l’égard des affections charnelles et sensuelles, ou des désirs des choses du monde, — non seulement à l’égard de la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, — mais aussi quant à la chair, c’est-à-dire dans l’esprit et la volonté, dans cette opposition à Dieu qui est en nous par nature. De quelque nature que soit le dérèglement qui nous trouble, par quelque voie qu’il se manifeste, soit en poussant au mal, soit en détournant du bien, la règle est la même ; et à moins que cela ne se fasse efficacement, tout combat ultérieur n’atteindra pas le but visé. Un homme peut abattre le fruit amer d’un mauvais arbre jusqu’à s’en lasser ; tant que la racine demeure dans sa force et sa vigueur, abattre le fruit présent ne l’empêchera pas d’en porter d’autre. Telle est la folie de certains hommes : ils s’opposent de toute leur ardeur et de toute leur diligence à l’éruption visible de la convoitise, mais, laissant intacts le principe et la racine, peut-être même sans les avoir recherchés, ils ne font que peu ou point de progrès dans cette œuvre de la mortification.
(2.) Dans un combat et une lutte constants contre le péché. Être capable de toujours accabler le péché de coups n’est pas un petit degré de mortification. Quand le péché est fort et vigoureux, l’âme est à peine capable de lui tenir tête ; elle soupire, elle gémit, elle se lamente, elle est troublée, comme David le dit de lui-même, mais il est rare qu’elle poursuive le péché. David se plaint que son péché « l’avait saisi, de sorte qu’il ne pouvait lever les yeux », Psaume 40:13. Combien peu, alors, était-il capable de le combattre ! Or, diverses choses sont requises pour ce combat contre le péché et y sont comprises : —
[1.] Savoir qu’on a affaire à un tel ennemi, en prendre conscience, le considérer comme un ennemi véritable, et comme un ennemi qu’il faut détruire par tous les moyens possibles, voilà ce qui est requis ici. Comme je l’ai dit plus haut, le combat est rude et périlleux, — il y va des choses de l’éternité. Quand donc les hommes n’ont de leurs convoitises que des pensées légères et passagères, ce n’est guère le signe qu’elles soient mortifiées, ni qu’ils soient en voie de les faire mourir. C’est là, pour chacun, « reconnaître la plaie de son cœur », 1 Rois 8:38, sans quoi nulle autre œuvre ne peut se faire. Il est à craindre que beaucoup n’aient qu’une faible connaissance du principal ennemi qu’ils portent avec eux dans leur sein. Cela les rend prompts à se justifier, et impatients de toute réprimande ou exhortation, faute de savoir qu’ils sont en quelque danger, 2 Chroniques 16:10.
[2.] S’appliquer à connaître les voies, les ruses, les méthodes, les avantages et les occasions de son succès, c’est le commencement de cette guerre. C’est ainsi que les hommes en usent avec leurs ennemis. Ils s’enquièrent de leurs conseils et de leurs desseins, pèsent leurs buts, considèrent comment et par quels moyens ils l’ont emporté autrefois, afin de les prévenir. C’est en cela que consiste la plus grande habileté dans la conduite de la guerre. Ôtez cela, et toute guerre, où s’exercent au plus haut point la sagesse et l’industrie humaines, serait chose brutale. C’est ainsi qu’en usent avec la convoitise ceux qui la font véritablement mourir. Non seulement quand elle est effectivement à l’œuvre pour tourmenter, attirer et séduire, mais dans leurs moments de retraite ils considèrent : « Voici notre ennemi ; voici sa voie et sa marche, voici ses avantages, voici comment il l’a emporté, et voici ce qu’il fera, si on ne le prévient. » Ainsi David : « Mon péché est constamment devant moi », Psaume 51:5. Et, à vrai dire, l’une des parties les plus choisies et les plus éminentes de la sagesse spirituelle pratique consiste à découvrir les subtilités, les ruses et les profondeurs de tout péché qui habite en nous ; à considérer et à connaître où réside sa plus grande force, — quel parti il a coutume de tirer des occasions, des circonstances favorables, des tentations, — quels sont ses plaidoyers, ses prétextes, ses raisonnements, — quels sont ses stratagèmes, ses déguisements, ses excuses ; à opposer la sagesse de l’Esprit à la ruse du vieil homme ; à suivre ce serpent dans tous ses tours et détours ; à être capable de dire, devant ses actions les plus secrètes et (pour un cœur ordinaire) imperceptibles : « C’est là ta vieille voie et ta vieille marche ; je sais où tu veux en venir » ; — et être ainsi toujours prêt, c’est une bonne partie de notre guerre.
[3.] L’accabler chaque jour de toutes les choses qui seront mentionnées plus loin, et qui lui sont pénibles, mortelles et destructrices, c’est là le plus fort de ce combat. Un tel homme ne croit jamais sa convoitise morte parce qu’elle est tranquille, mais il travaille encore à lui faire chaque jour de nouvelles blessures, à lui porter de nouveaux coups. Ainsi fait l’apôtre, Colossiens 3:5.
Or, tant que l’âme est dans cet état, tant qu’elle agit ainsi, elle a certainement le dessus ; le péché est sous l’épée, et il meurt.
(3.) Dans le succès. Un succès fréquent contre une convoitise est une autre partie et une autre preuve de la mortification. Par succès, je n’entends pas une simple déconvenue du péché, en sorte qu’il ne soit ni produit ni accompli, mais une victoire sur lui, et une poursuite jusqu’à une conquête complète. Par exemple, quand le cœur trouve à quelque moment le péché à l’œuvre, séduisant, formant des imaginations afin d’avoir soin de la chair pour en satisfaire les convoitises, il se saisit aussitôt du péché, l’amène devant la loi de Dieu et l’amour de Christ, le condamne, et le poursuit jusqu’à l’exécution complète.
Or, dis-je, quand un homme en vient à cet état et à cette condition que la convoitise est affaiblie dans sa racine et son principe, que ses mouvements et ses actions sont moins nombreux et plus faibles qu’auparavant, de sorte qu’ils ne peuvent ni empêcher son devoir ni interrompre sa paix, — quand il peut, dans une disposition d’esprit tranquille et posée, découvrir le péché, le combattre et remporter des succès contre lui, — alors le péché est mortifié dans une mesure considérable, et, malgré toute son opposition, cet homme peut avoir la paix avec Dieu tous les jours de sa vie.
C’est donc à ces chefs que je ramène la mortification que nous avons en vue ; c’est-à-dire celle d’un dérèglement troublant, quel qu’il soit, par lequel la dépravation et la corruption générales de notre nature cherchent à se déployer et à se manifester : —
Premièrement, l’affaiblissement de sa disposition intérieure, par laquelle il incline, attire, pousse au mal, se révolte, s’oppose, combat contre Dieu, au moyen de l’implantation, de la présence habituelle et de l’entretien d’un principe de grâce qui lui est directement opposé et qui le détruit, en est le fondement. Ainsi, par l’implantation et la croissance de l’humilité, l’orgueil est affaibli ; l’emportement, par la patience ; l’impureté, par la pureté de l’esprit et de la conscience ; l’amour de ce monde, par une pensée tournée vers le ciel : ce sont là des grâces de l’Esprit, ou la même grâce habituelle agissant diversement par le Saint-Esprit, selon la variété ou la diversité des objets sur lesquels elle s’exerce ; comme les autres sont des convoitises diverses, ou la même corruption naturelle agissant diversement selon les divers avantages et les diverses occasions qu’elle rencontre. — La promptitude, l’allégresse, la vigueur de l’Esprit, ou de l’homme nouveau, à lutter contre la convoitise dont il est question, à la combattre de bon cœur, par toutes les voies et avec tous les moyens qui ont été établis pour cela, en usant constamment des secours fournis contre ses mouvements et ses actions, est une deuxième chose requise ici. — Le succès, à divers degrés, accompagne ces deux choses. Or, si le dérèglement n’a pas un avantage invincible du fait de sa situation naturelle, ce succès peut aller jusqu’à une conquête si universelle que l’âme ne sentira peut-être plus jamais sensiblement son opposition ; et il s’élèvera, en tout cas, assurément jusqu’à accorder la paix à la conscience, selon la teneur de l’alliance de grâce.
Chapitre 7 terminé
La mortification du péché décrite en particulier