De la mortification du péché chez les croyants
Quand le péché trouble le cœur, ne lui parle pas de paix avant que Dieu ne la lui fasse entendre

Chapitre 14 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

Quand le péché trouble le cœur, ne lui parle pas de paix avant que Dieu ne la lui fasse entendre

Neuvième directive : quand le cœur est troublé par le péché, ne lui parle pas de paix avant que Dieu ne la lui fasse entendre — La paix sans l’horreur du péché est malsaine ; de même la paix que nous nous mesurons à nous-mêmes — Comment savoir quand nous nous mesurons notre paix à nous-mêmes — Directives pour cet examen — La vanité de se parler de paix à la légère ; et aussi de le faire sur un seul point, et non universellement.

Neuvièmement, si Dieu trouble le cœur au sujet de la culpabilité de ses maladies, que ce soit quant à leur racine et à leur présence en lui, ou quant à l’une quelconque de leurs éruptions, garde-toi de te parler de paix à toi-même avant que Dieu ne te parle de paix ; mais écoute ce qu’il dit à ton âme. C’est là notre directive suivante ; faute de l’observer, le cœur sera extrêmement exposé à la séduction du péché.

C’est là une affaire de grande importance. Il est bien triste qu’un homme se trompe lui-même sur ce point. Tous les avertissements que Dieu nous donne, dans sa tendresse pour nos âmes, de nous éprouver et de nous examiner nous-mêmes, tendent à prévenir ce grand mal qui consiste à nous parler de paix sans fondement ; ce qui revient, en définitive, à nous bénir nous-mêmes en opposition à Dieu. Mon propos n’est pas d’insister sur le danger de cette pratique, mais d’aider les croyants à s’en garder, et de leur faire savoir quand ils y tombent.

Pour bien appliquer cette directive, observez ceci : —

1. De même que c’est la grande prérogative et souveraineté de Dieu de donner sa grâce à qui il lui plaît (« il fait miséricorde à qui il veut », Romains 9:18 ; et, parmi tous les fils des hommes, il appelle qui il veut et sanctifie qui il veut), de même, parmi ceux qui sont ainsi appelés et justifiés, et qu’il veut sauver, il se réserve encore ce privilège : parler de paix à qui il lui plaît, et dans la mesure qui lui plaît, même parmi ceux à qui il a accordé sa grâce. Il est « le Dieu de toute consolation » d’une manière toute particulière dans sa conduite envers les croyants, c’est-à-dire de ces biens qu’il tient sous clef dans sa famille et qu’il distribue à tous ses enfants selon son bon plaisir. C’est sur quoi le Seigneur insiste en Ésaïe 57:16-18. C’est précisément le cas que nous considérons qui y est traité. Quand Dieu dit qu’il guérira leurs brèches et leurs désolations, il s’attribue ce privilège d’une manière toute spéciale : « Je la crée », verset 19 ; — « Même à l’égard de ces pauvres créatures blessées, je la crée, et selon ma souveraineté je la dispense comme il me plaît. »

De là vient que, comme il en est de la collation de la grâce à l’égard de ceux qui sont dans l’état de nature — Dieu y procède avec un soin extrême, et sa conduite, quand il prend et quand il laisse, va souvent, quant aux apparences extérieures, tout à fait en dehors et à l’encontre de toutes les attentes vraisemblables —, ainsi en est-il de ses communications de paix et de joie à l’égard de ceux qui sont dans l’état de grâce : il les dispense souvent tout à fait en dehors de notre attente, quant aux fondements apparents de ses dispensations.

2. De même que Dieu la crée pour qui il lui plaît, ainsi c’est la prérogative de Christ de la faire pénétrer jusque dans la conscience. S’adressant à l’Église de Laodicée, qui avait faussement guéri ses blessures et s’était parlé de paix quand elle n’aurait pas dû le faire, il prend ce titre : « Je suis l’Amen, le témoin fidèle », Apocalypse 3:14. Il rend témoignage de notre condition telle qu’elle est réellement. Il se peut que nous nous trompions, et que nous nous tourmentions en vain, ou que nous nous flattions sur de faux fondements ; mais lui est « l’Amen, le témoin fidèle » ; et ce qu’il déclare de notre état et de notre condition, cela est réellement. En Ésaïe 11:3, il est dit de lui : « Il ne jugera point sur l’apparence » — c’est-à-dire non selon quelque apparence extérieure, ni selon rien de ce qui peut être sujet à méprise, comme nous sommes portés à le faire ; mais il jugera et tranchera toute cause selon ce qu’elle est réellement.

Ces deux observations préalables étant posées, je donnerai quelques règles par lesquelles on peut savoir si c’est Dieu qui parle de paix, ou si l’on se parle seulement de paix à soi-même : —

1. Les hommes se parlent assurément de paix à eux-mêmes quand cela ne s’accompagne pas de la plus grande horreur imaginable du péché au sujet duquel ils se parlent de paix, et de l’abhorrence d’eux-mêmes à cause de lui. Quand des hommes, blessés par le péché, troublés et perplexes, et sachant qu’il n’y a pour eux d’autre remède que dans les miséricordes de Dieu par le sang de Christ, se tournent donc vers lui et vers les promesses de l’alliance en lui, et là-dessus apaisent leur cœur en se disant que tout ira bien pour eux et que Dieu sera exalté afin de leur faire grâce, et que pourtant leur âme n’est pas amenée à la plus grande horreur du péché ou des péchés à cause desquels ils sont troublés, — c’est là se guérir soi-même, et non être guéri par Dieu. Ce n’est qu’un vent grand et fort, dont l’Éternel est proche ; mais l’Éternel n’est pas dans le vent . Quand les hommes tournent vraiment les regards vers Christ, « celui qu’ils ont percé » — sans quoi il n’y a ni guérison ni paix —, ils « pleureront », Zacharie 12:10 ; ils pleureront sur lui, précisément pour cette raison, et auront en horreur le péché qui l’a percé. Quand nous allons à Christ pour être guéris, la foi le regarde particulièrement comme celui qui a été percé. La foi prend de Christ diverses vues, selon les occasions qu’elle a de s’adresser à lui et d’être en communion avec lui. Tantôt elle contemple sa sainteté, tantôt sa puissance, tantôt son amour, [tantôt] sa faveur auprès de son Père. Et quand elle va chercher la guérison et la paix, elle regarde surtout le sang de l’alliance, ses souffrances ; car « Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris », Ésaïe 53:5. Quand nous cherchons la guérison, ce sont ses meurtrissures qu’il faut regarder — non dans leur récit extérieur, ce qui est la manière des dévots papistes, mais dans l’amour, la bonté, le mystère et le dessein de la croix ; et quand nous cherchons la paix, ce sont ses châtiments qui doivent être sous nos yeux. Or ceci, dis-je, s’il est fait selon la pensée de Dieu et dans la force de cet Esprit qui est répandu sur les croyants, engendrera l’horreur du péché ou des péchés pour lesquels on cherche la guérison et la paix. Ainsi en Ézéchiel 16:60-61 : « Mais je me souviendrai de mon alliance avec toi au temps de ta jeunesse, et j’établirai avec toi une alliance éternelle. » Et ensuite ? « Tu te souviendras de ta conduite, et tu en auras honte. » Quand Dieu vient faire entendre la paix dans une alliance sûre, il remplit l’âme de honte pour toutes les voies par lesquelles elle s’est éloignée de lui. Et l’une des choses que l’apôtre mentionne comme accompagnant cette tristesse selon Dieu qui produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, c’est la vengeance : « Oui, quelle punition ! » 2 Corinthiens 7:11. Ils considéraient leurs fautes avec indignation et avec un désir de vengeance, à cause de la folie qu’ils y avaient commise. Quand Job parvient à une guérison complète, il s’écrie : « Maintenant j’ai horreur de moi-même » , Job 42:6 ; et jusqu’à ce qu’il en fût venu là, il n’eut pas de paix durable. Il aurait peut-être pu se rétablir au moyen de cette doctrine de la libre grâce si excellemment prêchée par Élihu, au chapitre 33, du verset 14 au verset 30 ; mais il n’aurait fait alors que refermer la peau sur ses plaies : il lui faut en venir à l’horreur de soi-même s’il veut parvenir à la guérison. Ainsi en fut-il de ceux du Psaume 78:33-35, dans leur grande détresse et leur perplexité, pour cause de péché et à cause de lui. Je ne doute pas que, dans la démarche qu’ils firent auprès de Dieu en Christ (car qu’ils l’aient faite, cela ressort clairement des titres qu’ils lui donnent : ils l’appellent leur Rocher et leur Rédempteur , deux mots qui désignent partout le Seigneur Christ), ils ne se soient parlé de paix à eux-mêmes ; mais cette paix était-elle saine et durable ? Non ; elle passa comme la rosée du matin. Dieu ne dit pas un seul mot de paix à leurs âmes. Mais pourquoi n’eurent-ils pas la paix ? Eh bien, parce que, dans leur démarche auprès de Dieu, ils le flattaient. Mais comment cela paraît-il ? Verset 37 : « Leur cœur n’était pas ferme envers lui, Et ils n’étaient pas fidèles » ; ils n’avaient ni l’horreur ni l’abandon de ce péché au sujet duquel ils se parlaient de paix. Qu’un homme fasse telle démarche qu’il voudra pour obtenir la guérison et la paix, qu’il s’adresse au vrai Médecin, qu’il le fasse de la bonne manière, qu’il apaise son cœur dans les promesses de l’alliance ; si pourtant, quand la paix est déclarée, elle ne s’accompagne pas de l’horreur et de l’abhorrence de ce péché qui était la blessure et qui causait le trouble, ce n’est point là une paix créée par Dieu, mais une paix que nous nous sommes procurée. Ce n’est que refermer la peau sur la plaie, tandis que le pus demeure au fond, qui s’envenimera, se corrompra et rongera, jusqu’à ce qu’il perce de nouveau, avec infection, tourment et danger. Que les pauvres âmes qui marchent dans un tel sentier — qui sont plus sensibles au trouble que cause le péché qu’à la souillure de l’impureté qui l’accompagne ; qui s’adressent à Dieu pour obtenir miséricorde, oui, qui s’adressent pour cela au Seigneur en Christ, et qui pourtant veulent garder sous leur langue le doux morceau de leur péché —, que celles-là, dis-je, ne pensent jamais obtenir une paix véritable et solide. Par exemple, tu trouves ton cœur porté vers le monde, et cela te trouble dans ta communion avec Dieu ; l’Esprit te dit expressément : « Celui qui aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui. » Cela te pousse à traiter avec Dieu en Christ pour la guérison de ton âme et l’apaisement de ta conscience ; mais, en même temps, une horreur complète du mal lui-même ne demeure pas en toi ; bien plus, peut-être ce mal t’agrée-t-il encore assez, sauf à cause de ses conséquences. Peut-être pourras-tu être sauvé, mais comme au travers du feu, et Dieu aura quelque affaire à régler avec toi avant d’en avoir fini ; mais tu auras peu de paix en cette vie : tu seras malade et défaillant tous tes jours, Ésaïe 57:17. C’est là une tromperie qui se trouve à la racine de la paix de beaucoup de ceux qui font profession de piété, et qui la ruine. Ils travaillent de toutes leurs forces à obtenir miséricorde et pardon, et semblent avoir une grande communion avec Dieu en le faisant ; ils se prosternent devant lui, déplorent leurs péchés et leurs folies, si bien que n’importe qui penserait — et eux-mêmes le pensent — qu’assurément eux et leurs péchés sont désormais séparés ; et ainsi ils reçoivent une miséricorde qui satisfait leur cœur pour un peu de temps. Mais quand on vient à faire une recherche approfondie, il y a eu quelque réserve secrète en faveur de la folie ou des folies dont il était question, — du moins, il n’y a pas eu cette horreur complète qui est nécessaire ; et toute leur paix se révèle bientôt faible et pourrie, ne durant guère plus longtemps que les paroles par lesquelles ils la mendiaient ne restent dans leur bouche.

2. Quand les hommes se mesurent la paix à eux-mêmes d’après les conclusions auxquelles les mènent leurs convictions et leurs principes rationnels, c’est une fausse paix, et elle ne durera pas. J’expliquerai un peu ce que j’entends par là. Un homme a reçu une blessure par le péché ; il a sur la conscience la conviction de quelque péché ; il n’a pas marché droitement, comme il convient à l’Évangile ; tout n’est pas bien ni en règle entre Dieu et son âme. Il considère maintenant ce qu’il faut faire. Il a de la lumière, et sait quel sentier il doit prendre, et comment son âme a été guérie autrefois. Considérant que les promesses de Dieu sont les moyens extérieurs d’application pour la guérison de ses plaies et l’apaisement de son cœur, il va vers elles, les recherche, en trouve une ou plusieurs dont les expressions littérales conviennent directement à sa condition. Il se dit : « Dieu parle dans cette promesse ; j’y prendrai pour moi un emplâtre aussi long et aussi large que ma blessure » ; et ainsi il applique la parole de la promesse à sa condition, et s’assied dans la paix. C’est là une autre apparition sur la montagne : l’Éternel est proche, mais l’Éternel n’y est pas. Ce n’a pas été l’œuvre de l’Esprit, qui seul peut « nous convaincre en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement », mais la simple activité de l’âme intelligente et raisonnable. Comme il y a trois sortes de vie, disons-nous — la végétative, la sensitive, et la rationnelle ou intelligente —, certaines choses n’ont que la végétative ; d’autres ont aussi la sensitive, qui inclut la première ; d’autres ont la rationnelle, qui comprend et suppose les deux autres. Or celui qui a la vie rationnelle n’agit pas seulement conformément à ce principe, mais aussi conformément aux deux autres : il croît et il sent. Il en est ainsi des hommes dans les choses de Dieu. Certains sont de simples hommes naturels et raisonnables ; certains ont une conviction surajoutée, avec l’illumination ; et certains sont véritablement régénérés. Or celui qui a ce dernier état a aussi les deux premiers ; c’est pourquoi il agit tantôt d’après les principes de l’homme raisonnable, tantôt d’après les principes de l’homme éclairé. Sa vraie vie spirituelle n’est pas le principe de tous ses mouvements ; il n’agit pas toujours dans la force de celle-ci, et tous ses fruits ne viennent pas de cette racine. Dans le cas dont je parle, il agit simplement d’après le principe de la conviction et de l’illumination, par lequel ses facultés naturelles premières sont rehaussées ; mais l’Esprit ne souffle nullement sur toutes ces eaux. Prenons un exemple : supposons que la blessure et le trouble de l’âme viennent de rechutes — et, quel que soit le mal ou la folie, si petit qu’il soit quant à sa matière, il n’y a pas de blessures plus profondes que celles que l’âme reçoit pour ce motif, ni de troubles plus grands — ; dans l’agitation de son esprit, il trouve cette promesse d’Ésaïe 55:7 : « L’Éternel aura pitié, et notre Dieu ne se lasse pas de pardonner » — il multipliera le pardon, ou y ajoutera ; il le fera encore et encore ; ou celle d’Osée 14:4 : « Je réparerai leur infidélité, J’aurai pour eux un amour sincère. » L’homme considère cela, et là-dessus il conclut à sa propre paix ; que l’Esprit de Dieu en fasse ou non l’application, qu’il donne ou non la vie et la puissance à la lettre, il n’y prend pas garde. Il n’écoute pas si Dieu, l’Éternel, parle de paix. Il ne s’attend pas à Dieu, qui peut-être cache encore sa face, et qui voit la pauvre créature dérober la paix et s’enfuir avec elle, sachant que le temps viendra où il aura de nouveau affaire à cet homme et l’appellera à un nouveau compte ; alors celui-ci verra qu’il est vain de faire un seul pas là où Dieu ne le prend pas par la main.

Je vois ici, à vrai dire, diverses autres questions qui naissent de ce sujet et viennent s’interposer. Je ne puis m’appliquer à toutes : j’en traiterai une brièvement.

On peut donc dire : « Puisque ce semble être le sentier par lequel le Saint-Esprit nous conduit pour la guérison de nos blessures et l’apaisement de nos cœurs, comment saurons-nous quand nous y allons seuls, et quand l’Esprit nous accompagne aussi ? »

Rép. (1.) Si quelqu’un d’entre vous s’égare sur ce point, Dieu le lui fera bientôt savoir ; car, outre que vous avez sa promesse — « Il conduit les humbles dans la justice, Il enseigne aux humbles sa voie », Psaume 25:9 —, il ne vous laissera pas toujours dans l’erreur. Il ne souffrira pas, dis-je, que votre nudité soit couverte de feuilles de figuier ; il les ôtera, avec toute la paix que vous y trouvez, et ne vous laissera pas reposer sur une telle lie. Vous saurez bientôt que votre blessure n’est pas guérie ; c’est-à-dire que vous saurez promptement, par l’issue, s’il en est ainsi de vous ou non. La paix que vous obtenez et acquérez ainsi ne durera pas. Tant que l’esprit est subjugué par ses propres convictions, les troubles ne trouvent pas de prise où se fixer. Attendez un peu, et tous ces raisonnements se refroidiront et s’évanouiront devant la première tentation qui surgira. Mais —

(2.) Cette démarche se fait ordinairement sans attendre ; or l’attente est la grâce, et cet exercice particulier de la foi, que Dieu réclame dans une telle condition. Je sais que Dieu vient parfois sur l’âme instantanément, en un moment pour ainsi dire, la blessant et la guérissant à la fois — comme ce fut le cas, j’en suis persuadé, pour David, quand il coupa le pan du manteau de Saül ; mais ordinairement, en pareil cas, Dieu demande qu’on attende et qu’on travaille, attentif comme l’œil d’un serviteur fixé sur son maître. Le prophète Ésaïe dit, au chapitre 8:17 : « J’espère en l’Éternel, Qui cache sa face à la maison de Jacob. » Dieu veut que ses enfants, quand ils se sont enfuis de sa maison, restent quelque temps couchés à sa porte, et ne se précipitent pas aussitôt chez lui ; à moins qu’il ne les prenne par la main et ne les tire à l’intérieur, quand ils sont si honteux qu’ils n’osent venir à lui. Or ceux qui se guérissent eux-mêmes, ou qui se parlent de paix à eux-mêmes, se hâtent d’ordinaire ; ils ne veulent pas tarder ; ils n’écoutent pas ce que Dieu dit, mais ils veulent aller de l’avant pour être guéris.

(3.) Une telle démarche, bien qu’elle puisse apaiser la conscience et l’esprit — la partie rationnelle et raisonnante de l’âme —, n’adoucit pourtant pas le cœur par le repos et un contentement plein de grâce. La réponse qu’elle reçoit ressemble fort à celle qu’Élisée donna à Naaman : « Va en paix » ; cela apaisa son esprit, mais je doute fort que cela ait adouci son cœur ou lui ait donné quelque joie dans la foi, autre que la joie naturelle qui fut alors éveillée en lui par sa guérison. « Mes paroles ne sont-elles pas favorables ? » dit l’Éternel, Michée 2:7. Quand Dieu parle, il n’y a pas seulement dans ses paroles une vérité qui puisse répondre à la conviction de notre intelligence ; mais encore elles sont favorables, elles font du bien ; elles apportent ce qui est doux, bon et désirable pour la volonté et les affections ; par elles l’âme « retourne à son repos » , Psaume 116:7.

(4.) Ce qui est le pire de tout, elle n’amende pas la vie, elle ne guérit pas le mal, elle ne remédie pas à la maladie. Quand Dieu parle de paix, il guide et garde l’âme, afin qu’elle « ne retombe pas dans la folie » . Quand c’est nous qui nous en parlons, le cœur n’est pas détaché du mal ; bien plus, c’est le moyen le plus prompt du monde de faire entrer une âme dans l’habitude de la rechute. Si, après t’être ainsi posé un emplâtre, tu te trouves plutôt encouragé à retourner au combat qu’entièrement sevré de lui, il n’est que trop évident que tu as été à l’œuvre avec ta propre âme, mais que Jésus-Christ et son Esprit n’y étaient pas. Bien plus, souvent la nature, ayant fait son œuvre, viendra, avant que peu de jours se soient écoulés, réclamer sa récompense ; et, ayant été active dans l’œuvre de guérison, elle sera prête à raisonner en faveur d’une nouvelle blessure. Quand Dieu parle de paix, il vient avec elle tant de douceur, et une telle révélation de son amour, que c’est pour l’âme une forte obligation de ne plus agir avec perversité.

3. Nous nous parlons de paix à nous-mêmes quand nous le faisons à la légère. C’est ce dont le prophète se plaint chez certains docteurs : Jérémie 6:14, « Ils pansent à la légère la plaie de la fille de mon peuple. » Il en est ainsi de certaines personnes : elles font de la guérison de leurs blessures une œuvre légère ; un regard, un coup d’œil de la foi jeté sur les promesses suffit, et l’affaire est réglée. L’apôtre nous dit que la parole « ne leur servit de rien », à certains, parce qu’« elle n’était pas mêlée avec la foi » , Hébreux 4:2 — μὴ συγκεκραμένος· « elle n’était pas bien tempérée » et mêlée avec la foi. Ce n’est pas un simple regard jeté sur la parole de miséricorde contenue dans la promesse ; il faut qu’elle soit mêlée avec la foi jusqu’à être incorporée dans sa nature même ; et alors, en vérité, elle fait du bien à l’âme. Si tu as eu sur la conscience une blessure, accompagnée de faiblesse et d’inquiétude, dont tu es maintenant délivré, comment en es-tu venu là ? « J’ai regardé aux promesses de pardon et de guérison, et ainsi j’ai trouvé la paix. » Oui, mais peut-être t’es-tu trop hâté ; tu l’as fait superficiellement ; tu ne t’es pas nourri de la promesse de manière à la mêler avec la foi, pour que toute sa vertu se répande dans ton âme ; tu l’as seulement fait à la légère. Tu verras ta blessure, avant longtemps, se rouvrir ; et tu sauras que tu n’es pas guéri.

4. Quiconque se parle de paix sur un point quelconque, tandis qu’au même moment un autre mal d’une importance non moindre pèse sur son esprit, au sujet duquel il n’a eu aucune affaire avec Dieu, cet homme crie « Paix », alors qu’il n’y a point de paix. Pour expliquer un peu ma pensée : un homme a négligé un devoir, encore et encore peut-être, alors qu’en toute justice ce devoir lui incombait ; sa conscience est perplexe, son âme blessée ; il n’a point de repos dans ses os à cause de son péché ; il s’applique à obtenir la guérison, et trouve la paix. Pourtant, pendant ce temps, peut-être l’amour du monde, ou l’orgueil, ou quelque autre folie, par laquelle l’Esprit de Dieu est extrêmement attristé, demeure-t-il dans le sein de cet homme, sans que ces choses le troublent ni qu’il les trouble. Que cet homme ne pense pas que la moindre part de sa paix vienne de Dieu. Il en ira bien pour les hommes lorsqu’ils auront un égal respect pour tous les commandements de Dieu. Dieu nous justifiera de nos péchés, mais il ne justifiera pas le moindre péché en nous : « C’est un Dieu dont les yeux sont trop purs pour voir le mal. »

5. Quand les hommes se parlent d’eux-mêmes de paix à leur conscience, il est rare que Dieu fasse entendre à leur âme l’humiliation. La paix de Dieu est une paix qui humilie, une paix qui fait fondre le cœur, comme ce fut le cas pour David : jamais il ne fut si profondément humilié que lorsque Nathan lui apporta la nouvelle de son pardon.

Mais vous direz : « Quand pouvons-nous prendre pour nôtre la consolation d’une promesse, à l’égard de quelque blessure particulière, pour l’apaisement du cœur ? »

Premièrement, d’une manière générale : quand Dieu la fait entendre, à quelque moment que ce soit, tôt ou tard. Je vous l’ai dit plus haut, il peut le faire à l’instant même du péché, et cela avec une puissance si irrésistible que l’âme ne peut que recevoir sa pensée en cela ; parfois il nous fera attendre plus longtemps : mais quand il parle, que ce soit tôt ou tard, que ce soit lorsque nous péchons ou lorsque nous nous repentons, quelle que soit la condition de nos âmes, si Dieu parle, il faut le recevoir. Il n’est rien, dans notre communion avec lui, dont le Seigneur soit plus affligé à notre sujet, si j’ose ainsi parler, que nos craintes incrédules, qui nous empêchent de recevoir cette puissante consolation qu’il est si disposé à nous donner.

Mais vous direz : « Nous en sommes toujours au même point. Quand Dieu la fait entendre, il faut la recevoir, c’est vrai ; mais comment saurons-nous quand il parle ? »

(1.) Je voudrais que nous puissions tous parvenir dans la pratique à ceci : recevoir la paix quand nous sommes convaincus que Dieu la fait entendre, et que c’est notre devoir de la recevoir. Mais —

(2.) Il y a, si j’ose ainsi parler, un instinct secret dans la foi, par lequel elle connaît la voix de Christ quand c’est vraiment lui qui parle ; comme l’enfant tressaillit dans le sein de sa mère quand la bienheureuse Vierge vint vers Élisabeth, ainsi la foi tressaille dans le cœur quand Christ s’approche vraiment d’elle. « Mes brebis, dit Christ, connaissent ma voix » , Jean 10:4 ; — « Elles connaissent ma voix ; elles sont habituées à l’entendre » ; et elles savent quand ses lèvres s’ouvrent pour elles et sont pleines de grâce. L’épouse était dans une triste condition, Cantique 5:2 — endormie dans la sécurité ; mais, dès que Christ parle, elle s’écrie : « C’est la voix de mon bien-aimé qui parle ! » Elle connaissait sa voix, et elle était si familière de la communion avec lui qu’elle le découvre instantanément ; et il en sera de même pour vous. Si vous vous exercez à la familiarité et à la communion avec lui, vous discernerez aisément entre sa voix et la voix d’un étranger. Et prenez avec vous ce κριτήριον : quand il parle, il parle comme jamais homme n’a parlé ; il parle avec puissance et, d’une manière ou d’une autre, il fera « brûler vos cœurs au-dedans de vous » , comme il le fit pour les disciples, Luc 24. Il le fait en « passant la main par la fenêtre », Cantique 5:4 — c’est-à-dire son Esprit dans vos cœurs, pour se saisir de vous.

Celui qui a ses sens exercés à discerner le bien et le mal, ayant grandi en jugement et en expérience par une observation constante des voies selon lesquelles Christ entretient commerce avec l’âme, de la manière dont l’Esprit opère et des effets qu’il produit d’ordinaire, est le meilleur juge pour lui-même en ce cas.

Secondement, si la parole du Seigneur fait du bien à votre âme, c’est lui qui la prononce ; si elle humilie, si elle purifie, et si elle sert aux fins pour lesquelles les promesses sont données — à savoir gagner notre affection, purifier, faire fondre le cœur et l’attacher à l’obéissance, au dépouillement de soi, etc. Mais ce n’est pas là mon propos ; et je ne m’écarterai pas davantage dans la poursuite de cette directive. Faute de l’observer, le péché aura de grands avantages pour endurcir le cœur.

Chapitre 14 terminé

Quand le péché trouble le cœur, ne lui parle pas de paix avant que Dieu ne la lui fasse entendre

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