Chapitre 13 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute
Méditer l’excellence de la majesté de Dieu
La huitième direction : Méditer l’excellence de la majesté de Dieu — Notre peu de connaissance de lui, proposé et considéré.
Huitièmement, Accoutume-toi et exerce-toi à des méditations propres à te remplir en tout temps d’abaissement de toi-même et de la pensée de ta propre bassesse ; par exemple, —
1. Médite beaucoup l’excellence de la majesté de Dieu, et ta distance infinie, inconcevable, d’avec lui. De nombreuses pensées à ce sujet ne peuvent que te remplir du sentiment de ta propre bassesse, qui frappe profondément à la racine de tout péché qui habite en toi. Lorsque Job parvient à une claire découverte de la grandeur et de l’excellence de Dieu, il est rempli d’horreur de lui-même et pressé de s’humilier, Job 42:5, 6. Et dans quel état le prophète Habacuc déclare-t-il avoir été jeté à la pensée de la majesté de Dieu ? chap. 3:16. « Oh! Que la majesté de Dieu est redoutable! » dit Job. De là venait la pensée des anciens que, lorsqu’ils avaient vu Dieu, ils devaient mourir. L’Écriture abonde en cette considération qui abaisse l’homme, comparant les habitants de la terre à des « sauterelles », à la « vanité », à la « poussière sur une balance », au regard de Dieu. Livre-toi beaucoup à des pensées de cette nature, pour abaisser l’orgueil de ton cœur et garder ton âme humble au-dedans de toi. Rien ne te rendra plus réfractaire aux ruses du péché qu’une telle disposition de cœur. Aie de grandes pensées de la grandeur de Dieu.
2. Pense beaucoup à ton peu de connaissance de lui. Bien que tu en saches assez pour te garder dans l’abaissement et l’humilité, combien petite est pourtant la part que tu connais de lui ! La contemplation de cela jeta ce sage dans l’appréciation de lui-même qu’il exprime en Proverbes 30:2–4 : « Certes, je suis plus stupide que personne, Et je n’ai pas l’intelligence d’un homme; Je n’ai pas appris la sagesse, Et je ne connais pas la science des saints. Qui est monté aux cieux, et qui en est descendu? Qui a recueilli le vent dans ses mains? Qui a serré les eaux dans son vêtement? Qui a fait paraître les extrémités de la terre? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils? Le sais-tu? » Travaille, par ce moyen aussi, à abattre l’orgueil de ton cœur. Que sais-tu de Dieu ? Combien petite en est la part ! Combien il est immense dans sa nature ! Peux-tu regarder sans terreur dans l’abîme de l’éternité ? Tu ne peux soutenir les rayons de son être glorieux.
Parce que je regarde cette considération comme d’un grand usage dans notre marche avec Dieu, autant qu’elle peut s’accorder avec cette hardiesse filiale qui nous est donnée en Jésus-Christ pour nous approcher du trône de la grâce, je m’y arrêterai davantage, afin d’en laisser une impression durable dans l’âme de ceux qui désirent marcher humblement avec Dieu.
Considère donc, dis-je, afin de garder ton cœur dans une crainte respectueuse et continuelle de la majesté de Dieu, que les personnes du plus haut et du plus éminent degré, de la communion la plus proche et la plus familière avec Dieu, ne connaissent pourtant en cette vie que très peu de lui et de sa gloire. Dieu révèle son nom à Moïse, — les attributs les plus glorieux qu’il ait manifestés dans l’alliance de grâce, Exode 34:5, 6 ; et pourtant tout cela n’est que « le dos » de Dieu. Tout ce qu’il en connaît par là n’est que peu de chose, et bien bas, en comparaison des perfections de sa gloire. C’est pourquoi c’est avec une référence particulière à Moïse qu’il est dit : « Personne n’a jamais vu Dieu », Jean 1:18 ; c’est de lui, en comparaison de Christ, qu’il parle au verset 17 ; et c’est de lui qu’il est dit ici : « Personne », non, pas même Moïse, le plus éminent d’entre eux, « n’a jamais vu Dieu ». Nous parlons beaucoup de Dieu, nous pouvons discourir de lui, de ses voies, de ses œuvres, de ses conseils, tout le long du jour ; la vérité est que nous le connaissons très peu. Nos pensées, nos méditations, nos expressions à son sujet sont basses ; beaucoup sont indignes de sa gloire, aucune n’atteint ses perfections.
Vous direz que Moïse était sous la loi, alors que Dieu s’enveloppait de ténèbres, et sa pensée de figures, de nuées et d’institutions obscures ; — que sous la glorieuse lumière de l’Évangile, qui a mis en évidence la vie et l’immortalité, Dieu étant révélé de son propre sein, nous le connaissons maintenant beaucoup plus clairement, et tel qu’il est ; nous voyons maintenant sa face, et non seulement son dos, comme Moïse.
Rép. 1. Je reconnais une différence immense et presque inconcevable entre la connaissance que nous avons maintenant de Dieu, depuis qu’il nous a parlé par son propre Fils, et celle qu’avait la généralité des saints sous la loi ; car, bien que leurs yeux fussent aussi bons, aussi perçants et aussi clairs que les nôtres, leur foi et leur intelligence spirituelle nullement inférieures aux nôtres, l’objet aussi glorieux pour eux que pour nous, notre jour est pourtant plus clair que ne l’était le leur : les nuées sont dissipées et dispersées, les ombres de la nuit ont fui et disparu, le soleil est levé, et les moyens de voir sont rendus plus éminents et plus clairs qu’autrefois. Cependant, —
2. Cette vue particulière que Moïse eut de Dieu, Exode 34, était une vue évangélique, une vue de Dieu comme « miséricordieux », etc., et pourtant elle n’est appelée que son « dos » ; c’est-à-dire quelque chose de bas et de médiocre, en comparaison de ses excellences et de ses perfections.
3. L’apôtre, élevant au plus haut point cette gloire de la lumière au-dessus de celle de la loi, et montrant que maintenant le « voile » qui causait les ténèbres est ôté, de sorte que, « le visage découvert » ou dévoilé, nous contemplons « la gloire du Seigneur », nous dit comment : « comme dans un miroir », 2 Corinthiens 3:18. « Dans un miroir » : qu’est-ce à dire ? Clairement, parfaitement ? Hélas, non ! Il te dit ce qu’il en est, 1 Corinthiens 13:12 : « nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure », dit-il. Ce n’est pas d’un télescope, qui nous aide à voir les choses éloignées, que parle l’apôtre ; et pourtant, quels pauvres secours ce sont ! combien nous restons loin de la vérité des choses malgré leur aide ! C’est à un miroir qu’il fait allusion (où il n’y a que des espèces et des images obscures des choses, et non les choses elles-mêmes), et c’est à la vue qu’on y a qu’il compare notre connaissance. Il te dit aussi que tout ce que nous voyons, δι’ ἐσόπτρου, « par » ou « au moyen de ce miroir », est en αἰνίγματι, — « en énigme », dans l’obscurité et les ténèbres. Et, parlant de lui-même, qui assurément avait la vue bien plus claire que quiconque vit aujourd’hui, il nous dit qu’il ne voyait qu’ἐκ μέρους, — « en partie ». Il ne voyait que le dos des choses célestes, verset 12, et il compare toute la connaissance de Dieu à laquelle il était parvenu à celle qu’il avait des choses lorsqu’il était enfant, verset 11. C’est un μέρος, bien en deçà du τὸ τέλειον ; et même tel que καταργηθήσεται, — « il sera détruit », ou aboli. Nous savons quelles notions et quelles appréhensions faibles, débiles et incertaines les enfants ont des choses de quelque considération abstruse ; comment, lorsqu’ils grandissent avec quelque progrès de leurs facultés et de leurs capacités, ces conceptions s’évanouissent, et ils en ont honte. C’est l’éloge d’un enfant que d’aimer, d’honorer, de croire et d’obéir à son père ; mais quant à sa science et à ses notions, son père connaît son enfantillage et sa folie. Malgré toute notre assurance d’avoir atteint de hauts degrés, toutes nos notions de Dieu ne sont qu’enfantines au regard de ses perfections infinies. Nous balbutions et nous bégayons, et, la plupart du temps, nous disons nous ne savons quoi dans nos conceptions et nos notions de Dieu les plus exactes, à ce que nous pensons. Nous pouvons aimer, honorer, croire et obéir à notre Père ; et avec cela il accepte nos pensées enfantines, car elles ne sont qu’enfantines. Nous ne voyons que son dos ; nous ne connaissons que peu de lui. De là cette promesse par laquelle nous sommes si souvent soutenus et consolés dans notre détresse : « nous le verrons tel qu’il est » ; nous le verrons « face à face » ; « nous connaîtrons comme nous avons été connus ; nous saisirons ce pour quoi nous avons été saisis », 1 Corinthiens 13:12, 1 Jean 3:2 ; et, en termes positifs, « maintenant nous ne le voyons pas » ; — tout cela concluant qu’ici-bas nous ne voyons que son dos ; non tel qu’il est, mais dans une représentation sombre et obscure ; non dans la perfection de sa gloire.
La reine de Séba avait beaucoup entendu parler de Salomon, et s’était formé là-dessus dans l’esprit bien de grandes pensées de sa magnificence ; mais lorsqu’elle vint et vit sa gloire, elle fut contrainte d’avouer qu’on ne lui en avait pas dit la moitié. Nous pouvons supposer que nous avons atteint ici une grande connaissance, des pensées claires et élevées de Dieu ; mais hélas ! quand il nous introduira en sa présence, nous nous écrierons : « Nous ne l’avons jamais connu tel qu’il est ; la millième partie de sa gloire, de sa perfection et de sa béatitude n’est jamais entrée dans nos cœurs. »
L’apôtre nous dit, 1 Jean 3:2, que nous ne savons pas ce que nous serons nous-mêmes, — ce que nous nous trouverons être au terme ; bien moins encore entrera-t-il dans nos cœurs de concevoir ce qu’est Dieu, et ce que nous le trouverons être. Considère soit celui qui doit être connu, soit la voie par laquelle nous le connaissons, et cela paraîtra davantage :—
(1.) Nous connaissons si peu Dieu parce que c’est Dieu qui doit être ainsi connu, — c’est-à-dire celui qui s’est décrit à nous en grande partie par ceci même, que nous ne pouvons pas le connaître. Que veut-il dire d’autre lorsqu’il s’appelle invisible, incompréhensible, et ainsi de suite ? — c’est-à-dire celui que nous ne connaissons pas, que nous ne pouvons pas connaître tel qu’il est. Et notre progrès ultérieur consiste davantage à connaître ce qu’il n’est pas que ce qu’il est. Ainsi est-il décrit comme immortel, infini, — c’est-à-dire qu’il n’est pas, comme nous, mortel, fini et limité. De là cette glorieuse description de lui, 1 Timothée 6:16 : « qui seul possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir ». Sa lumière est telle qu’aucune créature ne peut en approcher. S’il n’est pas vu, ce n’est pas qu’il ne puisse être vu, mais c’est que nous ne pouvons en soutenir la vue. La lumière de Dieu, en qui il n’y a point de ténèbres, interdit tout accès auprès de lui à quelque créature que ce soit. Nous qui ne pouvons regarder le soleil dans sa gloire, nous sommes trop faibles pour soutenir les rayons d’un éclat infini. C’est à cette considération, comme on l’a dit, que le sage se déclare « plus stupide que personne », et « n’avoir pas l’intelligence d’un homme », Proverbes 30:2 ; — c’est-à-dire qu’il ne savait rien en comparaison de Dieu ; de sorte qu’il semblait avoir perdu toute son intelligence dès qu’il en venait à considérer Dieu, son œuvre et ses voies.
Dans cette considération, que nos âmes descendent à quelques détails :—
[1.] Quant à l’être de Dieu, nous sommes si loin d’en avoir une connaissance qui nous rende capables de nous en instruire les uns les autres par des paroles et des expressions, que former dans notre esprit quelque conception de cet être, au moyen des espèces et des impressions des choses par lesquelles nous recevons la connaissance de toutes les autres choses, c’est nous faire une idole, et adorer ainsi un dieu de notre fabrication, et non le Dieu qui nous a faits. Nous pourrions aussi bien, et aussi légitimement, le tailler dans le bois ou la pierre que lui former dans notre esprit un être proportionné à nos appréhensions. Le plus haut de nos meilleures pensées sur l’être de Dieu, c’est que nous ne pouvons en avoir aucune pensée. Notre connaissance d’un être est bien basse, quand elle ne s’élève pas plus haut que de savoir que nous ne le connaissons pas.
[2.] Il y a certaines choses de Dieu dont il nous a lui-même appris à parler, et selon lesquelles il nous a appris à régler nos expressions ; mais quand nous l’avons fait, nous ne voyons pas les choses elles-mêmes ; nous ne les connaissons pas. Croire et admirer, c’est tout ce à quoi nous parvenons. Nous professons, comme on nous l’enseigne, que Dieu est infini, tout-puissant, éternel ; et nous savons quelles disputes et quelles notions il y a au sujet de l’omniprésence, de l’immensité, de l’infinité et de l’éternité. Nous avons, dis-je, des mots et des notions sur ces choses ; mais quant aux choses elles-mêmes, que savons-nous ? qu’en comprenons-nous ? L’esprit de l’homme peut-il faire autre chose que s’engloutir lui-même dans un abîme infini, qui est comme un néant ; s’abandonner à ce qu’il ne peut concevoir, bien moins encore exprimer ? Notre intelligence n’est-elle pas « stupide » dans la contemplation de telles choses, et comme si elle n’était pas ? Bien plus, la perfection de notre intelligence est de ne pas comprendre, et de s’arrêter là. Ce n’est que le dos de l’éternité et de l’infinité que nous entrevoyons. Que dirai-je de la Trinité, ou de la subsistance de personnes distinctes dans la même essence individuelle, — mystère que beaucoup nient parce que nul ne le comprend, — mystère dont chaque lettre est mystérieuse ? Qui peut raconter la génération du Fils, la procession de l’Esprit, ou la différence de l’une à l’autre ? Mais je ne multiplierai pas davantage les exemples. Cette distance infinie et inconcevable qui est entre lui et nous nous tient dans les ténèbres quant à toute vue de sa face ou à toute appréhension claire de ses perfections.
Nous le connaissons plutôt par ce qu’il fait que par ce qu’il est, — par le bien qu’il nous fait plutôt que par sa bonté essentielle ; et combien petite est la part de lui, comme dit Job, qui se découvre ainsi !
(2.) Nous connaissons peu Dieu parce que c’est par la foi seule que nous le connaissons ici-bas. Je ne discourrai pas maintenant des impressions qui demeurent naturellement dans le cœur de tous les hommes, qu’il y a un Dieu, ni de ce qu’on peut raisonnablement leur enseigner au sujet de ce Dieu à partir des œuvres de sa création et de sa providence, qu’ils voient et contemplent. Il est reconnu, et cela d’après la lamentable expérience de tous les âges, que cette connaissance est si faible, si basse, si obscure, si confuse, que personne, sur ce fondement, n’a jamais glorifié Dieu comme il le devait, mais que, malgré toute leur connaissance de Dieu, ils étaient en vérité « sans Dieu dans le monde ».
La principale, et à vrai dire presque la seule connaissance que nous ayons de Dieu et des dispensations par lesquelles il se communique, est par la foi. Car « il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent », Hébreux 11:6. Notre connaissance de lui et de sa rémunération (le fondement de notre obéissance, ou de notre venue à lui), c’est croire. « Car nous marchons par la foi et non par la vue », 2 Corinthiens 5:7 ; — Διὰ πίστεως οὐ διὰ εἴδους ; par la foi, et par la foi de telle sorte que nous n’avons aucune idée expresse, aucune image ni espèce de ce que nous croyons. La foi est tout l’argument que nous ayons des « choses qu’on ne voit pas », Hébreux 11:1. Je pourrais m’arrêter ici sur sa nature, et montrer, par tout ce qui l’accompagne et tout ce qui la concerne, que nous ne connaissons que le dos de ce que nous connaissons par la foi seule. Quant à son origine, elle est bâtie purement sur le témoignage de celui que nous n’avons pas vu ; comme dit l’apôtre : « Comment pouvez-vous aimer celui que vous n’avez pas vu ? » — c’est-à-dire celui dont vous ne savez qu’il existe que par la foi. La foi reçoit tout sur le témoignage de celui dont elle ne reçoit l’existence que sur son propre témoignage. Quant à sa nature, c’est un assentiment fondé sur un témoignage, non une évidence fondée sur une démonstration ; et son objet est, comme on l’a dit plus haut, au-dessus de nous. C’est pourquoi notre foi, comme on l’a remarqué précédemment, est appelée une « vue obscure, comme dans un miroir ». Tout ce que nous connaissons de cette manière (et tout ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons de cette manière) n’est que bas, sombre et obscur.
Mais vous direz : « Tout cela est vrai, mais seulement, peut-être, pour ceux qui ne connaissent pas Dieu tel qu’il est révélé en Jésus-Christ ; pour ceux qui le connaissent ainsi, il en va autrement. Il est vrai que “Personne n’a jamais vu Dieu”, mais “le Fils unique … est celui qui l’a fait connaître”, Jean 1:18 ; et “le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l’intelligence pour connaître le Véritable”, 1 Jean 5:20. La lumière de “la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu” brille sur les croyants, 2 Corinthiens 4:4 ; bien plus, “Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! brille dans leurs cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire sur la face de son Fils”, verset 6. De sorte que, “bien que nous fussions ténèbres”, nous sommes pourtant maintenant “lumière dans le Seigneur”, Éphésiens 5:8. Et l’apôtre dit : “Nous tous, le visage découvert, nous contemplons la gloire du Seigneur”, 2 Corinthiens 3:18 ; et nous sommes maintenant si loin d’être dans de telles ténèbres, ou à une telle distance de Dieu, que “notre communion est avec le Père et avec son Fils”, 1 Jean 1:3. La lumière de l’Évangile, par laquelle Dieu est maintenant révélé, est glorieuse ; ce n’est pas une étoile, c’est le soleil dans sa beauté qui s’est levé sur nous, et le voile est ôté de nos visages. De sorte que, bien que les incrédules, et peut-être même quelques croyants faibles, puissent être dans quelques ténèbres, ceux qui ont quelque croissance ou des acquis considérables ont une vue et une contemplation claires de la face de Dieu en Jésus-Christ. »
À quoi je réponds, —
[1.] La vérité est que nous en connaissons tous assez sur lui pour l’aimer plus que nous ne le faisons, pour faire nos délices de lui et le servir, le croire, lui obéir, mettre notre confiance en lui, au-delà de tout ce que nous avons atteint jusqu’ici. Nos ténèbres et notre faiblesse ne sauraient être une excuse à notre négligence et à notre désobéissance. Qui donc a marché à la hauteur de la connaissance qu’il a eue des perfections, des excellences et de la volonté de Dieu ? Le but de Dieu, en nous donnant ici-bas quelque connaissance de lui-même, est que nous le « glorifiions comme Dieu » ; c’est-à-dire que nous l’aimions, le servions, le croyions et lui obéissions, — que nous lui rendions tout l’honneur et toute la gloire que de pauvres créatures pécheresses doivent à un Dieu créateur qui pardonne le péché. Nous devons tous reconnaître que nous n’avons jamais été pleinement transformés à l’image de la connaissance que nous avons eue. Et si nous avions bien employé nos talents, on aurait pu nous en confier davantage.
[2.] Comparativement, la connaissance que nous avons de Dieu par la révélation de Jésus-Christ dans l’Évangile est extrêmement éminente et glorieuse. Elle l’est en comparaison de toute connaissance de Dieu qui pourrait être acquise autrement, ou qui fut donnée dans la loi sous l’Ancien Testament, laquelle n’avait que l’ombre des biens, et non leur image même ; c’est ce que l’apôtre développe au long en 2 Corinthiens 3. Christ, en ces derniers jours, a maintenant révélé le Père de son propre sein, déclaré son nom, fait connaître sa pensée, sa volonté et son conseil d’une manière bien plus claire, plus éminente et plus distincte qu’il ne le faisait autrefois, tandis qu’il tenait son peuple sous la pédagogie de la loi ; et c’est là ce qui est visé, pour la plus grande part, dans les passages mentionnés plus haut. La présentation et la déclaration claires et limpides de Dieu et de sa volonté dans l’Évangile sont expressément exaltées en comparaison de toute autre manière dont il s’est révélé.
[3.] La différence entre les croyants et les incrédules, quant à la connaissance, ne tient pas tant à la matière de leur connaissance qu’à la manière de connaître. Certains incrédules peuvent en savoir davantage, et être capables d’en dire davantage sur Dieu, ses perfections et sa volonté, que bien des croyants ; mais ils ne savent rien comme il faut, rien de la bonne manière, rien spirituellement et pour le salut, rien avec une lumière sainte et céleste. L’excellence d’un croyant n’est pas d’avoir une vaste appréhension des choses, mais de voir ce qu’il appréhende, et qui n’est peut-être que très peu de chose, dans la lumière de l’Esprit de Dieu, dans une lumière qui sauve et transforme l’âme ; et c’est là ce qui nous donne la communion avec Dieu, et non des pensées indiscrètes ou des notions curieusement élevées.
[4.] Jésus-Christ, par sa parole et son Esprit, révèle au cœur de tous les siens Dieu comme Père, comme Dieu d’alliance, comme rémunérateur, de manière à tous égards suffisante pour nous apprendre à lui obéir ici-bas, et pour nous conduire à son sein, afin de nous y reposer dans la jouissance de lui pour l’éternité. Mais pourtant maintenant,
[5.] Malgré tout cela, ce n’est qu’une petite part que nous connaissons de lui ; nous ne voyons que son dos. Car, —
1o. Le dessein de toute révélation évangélique n’est pas de dévoiler la gloire essentielle de Dieu, afin que nous le voyions tel qu’il est, mais seulement de déclarer de lui ce qu’il sait suffisant pour être le fondement de notre foi, de notre amour, de notre obéissance et de notre venue à lui, — c’est-à-dire de la foi qu’il attend de nous ici-bas ; des services tels qu’il convient à de pauvres créatures au milieu des tentations. Mais quand il nous appellera à une admiration et à une contemplation éternelles, sans interruption, il fera de lui-même une découverte d’une manière nouvelle, et toute la figure des choses, telle qu’elle s’étend maintenant devant nous, passera comme une ombre.
2o. Nous sommes stupides et lents de cœur pour recevoir les choses qui sont révélées dans la parole ; Dieu, par notre infirmité et notre faiblesse, nous tient dans une dépendance continuelle de lui pour ses enseignements et pour les révélations qu’il nous fait de lui-même à partir de sa parole, et il n’amène jamais en ce monde aucune âme au plus haut de ce qui doit être tiré de la parole et découvert : de sorte que, bien que la voie de la révélation dans l’Évangile soit claire et évidente, nous ne connaissons pourtant que peu les choses mêmes qui y sont révélées.
Ravivons donc l’usage et le dessein de cette considération : une juste appréhension de cette grandeur inconcevable de Dieu, et de cette distance infinie où nous nous tenons de lui, ne remplira-t-elle pas l’âme d’une crainte sainte et respectueuse de lui, de manière à la garder dans une disposition qui ne convient ni à la croissance ni à la prospérité d’aucune convoitise ? Que l’âme soit continuellement accoutumée à des pensées révérencieuses de la grandeur et de l’omniprésence de Dieu, et elle veillera beaucoup sur toute conduite indigne. Considérez celui avec qui vous avez affaire, — « notre Dieu est un feu dévorant » ; et dans votre plus profonde confusion devant sa présence et son regard, sachez que votre nature même est trop étroite pour porter des appréhensions qui conviennent à sa gloire essentielle.
Chapitre 13 terminé
Méditer l’excellence de la majesté de Dieu