Mary Slessor (Pour ados)
« Ifehe ! »

Chapitre 8 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

« Ifehe ! »

« Sauvez le misérable et l’indigent, Délivrez-les de la main des méchants. » — Psaume 82:4

Vers 1889, un charpentier écossais plein de bonne humeur, qui s’appelait Charles Ovens, vint à Ekenge pour construire à Mary une vraie maison. Il fut à ses côtés pendant le combat le plus dur de ses premières années.

Un matin, un cri étrange monta de la forêt. Mary dit : « Il se passe quelque chose », et elle y alla. Etim, le fils aîné du chef Edem, qui allait se marier, avait été frappé au cou par une bûche et était paralysé. Elle savait ce que cela pouvait signifier. « Il va y avoir des ennuis, dit-elle à Ovens ; aucune mort violente n’arrive sans sorcellerie. » Pendant deux semaines, elle le soigna. Il mourut. Le chef laissa tomber le corps dans ses bras et s’écria : « Des sorciers l’ont tué, et ils doivent mourir. Amenez le devin. »

Le devin accusa un village voisin. Des hommes armés y firent un raid et ramenèrent plus d’une douzaine d’hommes et de femmes enchaînés.

Mary fit quelque chose d’habile. Pour apaiser la famille en deuil, elle habilla Etim de soie pour l’enterrement, avec tout le faste que méritait son rang, et les gens furent ravis. Puis elle dit à Ovens d’arrêter tout travail. Pendant des jours et des nuits, ils se relayèrent pour rester assis en face des prisonniers enchaînés, pendant que des hommes buvaient et dansaient autour d’eux. Une fois, Ovens dit qu’il allait prendre un marteau et un burin pour les libérer lui-même. « Non, non, dit-elle. Prenons encore un peu patience. »

Puis elle vit des fèves empoisonnées posées sur la pierre à piler. Elle alla dans sa case et pria. Quand elle se releva, sa peur avait disparu. Elle dit aux chefs qu’il ne devait y avoir aucune mise à mort, puis elle s’assit à l’entrée de la cour et refusa de bouger. La foule ivre agitait des fusils en criant : « Ressuscite notre maître, et tu auras les prisonniers. »

Cette nuit-là, des hommes détachèrent une femme, une mère, et la conduisirent près du corps pour qu’elle boive. Elle levait le verre quand Mary lui toucha l’épaule et chuchota : « Ifehe ! » Cela veut dire : « Cours ! » Elles s’enfuirent ensemble dans la brousse.

Les chefs commencèrent à relâcher des prisonniers, deux, puis cinq, puis deux encore, et s’arrêtèrent. « Nous avons fait plus pour toi que nous n’avons jamais fait pour personne, dirent-ils, et nous mourrons plutôt que d’aller plus loin. » Alors Ma Eme s’agenouilla devant son frère et le supplia de laisser Mary garder une des dernières femmes, enchaînée, à sa propre case. Il accepta. Une autre femme, Inyam, arriva plus tard en rampant jusqu’à la porte de Mary au milieu de la nuit, toujours enchaînée, après s’être échappée par un toit. Mary devina que quelqu’un l’avait aidée, et ne dit rien. Quand Etim fut enterré, le cercueil contenait une vache, pas des êtres humains. Pour la première fois de mémoire d’homme, un homme de la famille d’un chef, à Okoyong, fut enterré sans sacrifice humain.

Cela ne se termina pas proprement. Des combats suivirent, et une vendetta aboutit à l’exigence du sang pour le sang. Mary refusa de juger cette affaire, car elle ne supportait pas l’idée de condamner un homme à mort. L’affaire fut portée ailleurs, et un jeune homme de vingt ans, le frère du meurtrier, fut mis à mort à sa place. Elle en fut déchirée.

Puis Edem vint la trouver seul, s’agenouilla et la remercia de leur avoir interdit d’ôter la vie quand son fils était mort. Et il dit une chose qui changea sa façon de tout voir :

« Nous sommes tous fatigués des vieilles coutumes, mais aucune personne ni aucune Maison parmi nous n’a seule le pouvoir de les abolir, parce qu’elles font partie du système de l’Egbo. »

Beaucoup de gens à Okoyong voulaient s’en sortir et ne pouvaient pas se libérer seuls. Mary leur donna quelqu’un à blâmer : ils pouvaient dire que Ma ne les laissait pas faire.

Certains systèmes piègent tous ceux qui en font partie : le harcèlement dans un collège, un groupe de discussion où tout le monde s’y met parce que personne n’ose s’abstenir. Parfois, ce qu’il faut, c’est une seule personne qui s’assoit à l’entrée et refuse de bouger, et qui permet ainsi à tous les autres de s’arrêter aussi.

Une chose à faire cette semaine : repère cette semaine une situation où des gens sont maltraités parce que « c’est comme ça ». Sois celui ou celle qui dit non, ou qui se tient discrètement aux côtés de la personne qui subit.

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Que veut dire « Ifehe ! », et quand Mary l’a-t-elle dit ?

Cela veut dire « Cours ! ». Elle le chuchota à une femme qui allait boire le poison, et toutes les deux s’enfuirent dans la brousse.

Que dit ensuite le chef Edem à Mary ?

Qu’ils étaient tous fatigués des vieilles coutumes, mais qu’aucune personne ni aucune Maison ne pouvait les abolir seule, parce qu’elles faisaient partie du système de l’Egbo.

Pourquoi la victoire ne fut-elle pas complète ?

Des combats et des incendies suivirent, et un jeune homme de vingt ans fut mis à mort pour le crime de son frère, après que Mary eut refusé de juger l’affaire.

Chapitre 8 terminé

« Ifehe ! »

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