Chapitre 6 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
« Père ! »
« Ne t’ai-je pas donné cet ordre : Fortifie-toi et prends courage ? Ne t’effraie point et ne t’épouvante point, car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi dans tout ce que tu entreprendras. » — Josué 1:9
Okoyong était un pays de forêts entre la Cross et la rivière Calabar, à une journée de voyage à l’intérieur des terres. Ses habitants étaient des cultivateurs et des chasseurs qui vivaient dans des clairières dispersées, sous l’autorité de leurs propres chefs, et depuis des générations, ils étaient en conflit avec les Efik de Calabar.
Les coutumes qui troublaient Mary étaient bien réelles, et elle les a décrites elle-même. Quand une personne libre tombait malade ou mourait, un devin désignait les coupables, et on les enchaînait pour leur faire subir l’épreuve de la fève empoisonnée, ou on leur versait de l’huile bouillante sur les mains. Quand un chef mourait, on tuait des esclaves et des épouses pour qu’ils partent avec lui. Après une enquête attentive, elle estima plus tard qu’au moins cent cinquante vies par an étaient prises lors de funérailles autour d’elle, et autant par l’épreuve du poison. Personne ne peut vérifier ses chiffres, mais ils expliquent pourquoi elle y alla. Et il y avait du gin partout : on payait le travail, les amendes et les dettes en gin, et on en donnait même aux bébés.
Il fallut une année de visites avant qu’elle puisse partir. « J’avais souvent une boule dans la gorge, écrivit-elle, et mon courage menaçait sans cesse de prendre des ailes et de s’envoler, même si personne ne s’en doutait ! » En juin 1888, elle atteignit un village appelé Ekenge. Le chef, Edem, l’accueillit, et les gens l’appelèrent « Mère ». Des amis de Creek Town lui dirent que rien ne changerait jamais Okoyong, sauf un consul et une canonnière. Elle sourit et continua de faire ses bagages.
Elle partit le 4 août 1888 sous une pluie battante. Un jeune homme lui dit, avec un sanglot dans la voix : « Je prierai sans cesse pour vous, mais vous allez au-devant de la mort. » Elle emmena cinq enfants de sa maison. Il faisait presque nuit quand ils débarquèrent, et il restait six kilomètres de forêt à parcourir à pied. Face aux arbres, pleins des bruits de la nuit, la peur la submergea. Elle avait envie de faire demi-tour et de s’enfuir. Elle essaya de prier et ne put même pas remuer les lèvres. Elle put seulement lever les yeux et dire, au fond d’elle, un seul mot : « Père ! »
Cela suffit.
La petite procession qui entra à Okoyong ce soir-là n’avait rien d’impressionnant : un garçon de onze ans avec une caisse sur la tête, un garçon de huit ans qui pleurait, un petit de trois ans qui pleurait plus fort encore, une fillette de cinq ans qui sanglotait, et Mary avec un bébé sur les épaules, qui avançait en s’agrippant aux branches et chantait des chansons absurdes pour leur remonter le moral.
Ekenge était silencieux. La mère du chef était morte, et tout le monde était parti à l’enterrement, qui pouvait se terminer par des mises à mort. Les porteurs refusèrent de monter les bagages ce soir-là, alors Mary retourna seule à travers la forêt noire, sans chaussures, tomba encore et encore, réveilla les pagayeurs, et à minuit, les bagages étaient arrivés. Ses pieds étaient si blessés qu’elle ne put pas mettre de chaussures pendant six semaines. Son premier dimanche là-bas fut, dit-elle, un des jours les plus tristes de sa vie. Elle resta.
Sa première victoire eut un prix. Un jeune esclave fut accusé de sorcellerie après la mort d’une femme, et la famille décida qu’il devait mourir. Mary plaida pour lui pendant qu’on agitait des fusils et des sabres sous son nez, et ils acceptèrent de lui laisser la vie. Mais il resta enchaîné, affamé, fouetté et entaillé. Une vie avait été sauvée, et l’homme l’avait payée dans son propre corps. La plupart de ses victoires à Okoyong seraient comme celle-là : réelles, et seulement partielles.
Dieu a dit à Josué de ne pas avoir peur, ce qui veut dire que Josué avait peur. La raison donnée n’était pas que Josué était solide. C’était : « l’Éternel, ton Dieu, est avec toi ». Mary entra à Okoyong avec la peur au ventre et y resta, de temps en temps encore effrayée, pendant quinze ans. La peur ne disparut pas. Simplement, elle n’y était pas seule.
Quand tu as trop peur pour prier comme il faut, un seul mot est une vraie prière. Paul dit que l’Esprit nous apprend à crier : « Abba ! Père ! » C’est la prière la plus simple qui existe.
Une chose à faire cette semaine : la prochaine fois que tu es angoissé, un contrôle, une conversation, un retour à pied dans le noir, essaie la prière d’un seul mot de Mary : « Père. » Puis fais quand même le pas suivant.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Quelle était la seule prière que Mary pouvait dire à l’orée de la forêt ?
Un seul mot : « Père ! » Elle avait trop peur pour dire autre chose, et cela suffit.
Pourquoi Mary est-elle allée à Okoyong ?
Là-bas, des gens étaient tués lors des funérailles des chefs et par l’épreuve du poison, et aucun missionnaire n’y vivait. Elle y alla pour protéger les personnes les plus en danger et pour apporter l’Évangile.
Pourquoi sa première victoire ne fut-elle que partielle ?
On laissa la vie à l’homme accusé, mais il resta enchaîné, affamé, fouetté et entaillé.
Chapitre 6 terminé
« Père ! »