Chapitre 10 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Déposée sur son autel
« Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. » — Romains 12:1
En 1891, les amis de Mary eurent une surprise : elle était fiancée. Charles Morrison était enseignant à la mission de Duke Town, un homme qui lisait et écrivait, « un homme d’une grande sensibilité, doué d’un vrai talent littéraire ». Il avait vingt-quatre ans. Elle en avait environ quarante-deux. Il avait été gentil avec elle quand elle était malade, et elle avait peu de gens avec qui parler de livres.
Dès le début, elle posa une condition. Elle ne quitterait pas Okoyong. Il faudrait qu’il vienne y travailler avec elle. À une amie, elle écrivit :
« Je remets tout entre les mains de Dieu, et je recevrai de lui ce qu’il jugera le meilleur pour son œuvre à Okoyong. Ma vie a été déposée sur son autel pour ce peuple il y a longtemps, et je n’en reprendrais pas un iota ni un trait de lettre. »
Le Comité dit non : son travail à Duke Town était trop important. Mary dit seulement : « Ce que le Seigneur décide est juste. » Son biographe ajoute qu’elle chassa « apparemment » la chose de son esprit, et ce seul mot est le seul indice de ce que cela lui coûta. La santé de Morrison se brisa, il dut quitter Calabar, et il mourut plus tard en Amérique. Tu entendras peut-être dire qu’elle ne s’est jamais mariée parce qu’elle était « mariée à l’Afrique ». La vérité est plus simple. Elle voulait se marier. L’Église refusa de l’envoyer à Okoyong, elle refusa de partir, et sa santé à lui céda.
Les années qui suivirent furent les plus dures. En 1896, le peuple d’Okoyong partit plus à l’intérieur des terres, et Mary le suivit jusqu’à un endroit appelé Akpap, où elle vécut dans une cabane de deux pièces, sans plancher. Un nouveau bébé apporta une maladie contagieuse dans sa maison, et quatre de ses enfants moururent. Puis la variole ravagea la région. Elle vaccinait les gens des heures par jour, et elle transforma son ancienne maison d’Ekenge en hôpital. Les malades affluaient, et tous les autres s’enfuyaient.
Edem, le chef qui l’avait accueillie huit ans plus tôt, l’attrapa. Elle le soigna jour et nuit, et il mourut au milieu de la nuit. Elle était seule. De ses propres mains, elle fabriqua un cercueil, creusa une tombe et l’enterra. Puis elle traversa la forêt sombre et mouillée jusqu’à Akpap et s’effondra sur son lit au lever du jour.
Elle écrivit : « Je me dis que peut-être Dieu m’a repris mes quatre petits pour que je sois libre de monter vers l’intérieur du pays et de les aider. » C’est dur à lire, et tu n’es pas obligé d’être d’accord. C’était sa façon de refuser de croire que ces morts ne voulaient rien dire. Pendant un temps, dit son biographe, elle n’eut « le cœur à rien ». Aujourd’hui, on parlerait de deuil, et peut-être de dépression. « Tout est sombre, écrivit-elle pendant ces années-là, sauf en haut. Le Calvaire tient bon, solide et sûr. »
Puis, pendant trois ans, elle travailla seule, souvent malade et incapable de dormir. Quand elle fit le bilan de ses sept premières années à Okoyong, elle dut annoncer qu’il n’y avait eu aucun baptême. « Christ m’a envoyée prêcher l’Évangile, dit-elle, et c’est lui qui s’occupera des résultats. »
Paul dit d’offrir tout ton être à Dieu comme un « sacrifice vivant ». Mary le fit, et cela lui coûta un mariage, quatre enfants et un ami qu’elle enterra elle-même. Elle ne pensait pas que Dieu l’avait trompée. Mais elle ne fit jamais semblant que c’était facile, et toi non plus, tu n’es pas obligé de le faire.
Si tu n’as « le cœur à rien » depuis des semaines, ce n’est pas un échec spirituel. Parles-en à une personne de confiance : un parent, un pasteur, un professeur, un médecin, ou une ligne d’écoute d’urgence là où tu habites. Mary tint bon en partie parce que d’autres priaient pour elle et lui écrivaient. Toi aussi, tu as besoin des autres.
Une chose à faire cette semaine : pense à une chose que tu retiens loin de Dieu, un projet, une relation, un rêve. Écris-la et prie, honnêtement : « Je la remets entre tes mains. » Si tu te sens au plus bas depuis longtemps, parles-en cette semaine à une personne de confiance.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Pourquoi Mary n’épousa-t-elle pas Charles Morrison ?
Elle ne voulait l’épouser que s’il venait à Okoyong ; l’Église refusa de l’y envoyer, elle refusa de quitter son peuple, et sa santé à lui céda.
Que se passa-t-il à Ekenge pendant l’épidémie de variole ?
Mary transforma son ancienne maison en hôpital, et quand le chef Edem mourut, elle fabriqua son cercueil, creusa la tombe et l’enterra elle-même.
Que dit-elle des résultats quand il n’y avait aucun baptême ?
« Christ m’a envoyée prêcher l’Évangile, et c’est lui qui s’occupera des résultats. »
Chapitre 10 terminé
Déposée sur son autel