Chapitre 9 · 1 h 47 min de lecture · 2 h 18 min d’écoute
Deuxième partie de son journal public de la continuation et des progrès d’une œuvre de grâce remarquable parmi les Indiens du New Jersey et de la Pennsylvanie, tenu par ordre de la Société écossaise pour la propagation de la connaissance chrétienne. — Reprise des travaux à Crossweeksung
5 novembre 1745 — 19 juin 1746.
Crossweeksung, New Jersey, 1745.
Jour du Seigneur, 24 novembre. — « J’ai prêché les deux parties de la journée sur l’histoire de Zachée (Luc 19:1-9). Lors du second exercice, comme j’exposais et développais le salut qui vient à un pécheur lorsqu’il devient un fils d’Abraham, c’est-à-dire un vrai croyant, la parole a paru accompagnée d’une puissance divine sur le cœur des auditeurs. Beaucoup ont été vivement touchés par la vérité divine ; d’anciennes convictions se sont ravivées ; une ou deux personnes ont été nouvellement réveillées ; et chez tous sans exception s’est manifesté un attachement plein d’affection au service divin. Les impressions qu’ils éprouvaient paraissaient être l’effet véritable de la parole de Dieu, appliquée à leur cœur par la puissance et l’influence de l’Esprit divin.
26 novembre. — « Après avoir passé quelque temps en entretiens particuliers avec mon peuple, je leur ai parlé publiquement sur Jean 5:1-9. J’ai joui d’une liberté et d’une ferveur toutes particulières dans mon discours, et une énergie puissante a accompagné la vérité divine. Beaucoup pleuraient et sanglotaient avec émotion, et presque personne, dans toute l’assemblée, ne paraissait indifférent. L’influence qui s’était emparée de l’auditoire semblait douce, et pourtant pénétrante et efficace. Elle ne produisait aucune agitation bruyante des passions, mais paraissait toucher profondément le cœur, et provoquer chez ceux qui étaient convaincus de leur état de perdition de lourds gémissements et des larmes ; et chez d’autres, qui avaient trouvé la consolation, un attendrissement doux et humble. On eût dit ces pluies douces mais continues qui arrosent efficacement la terre sans en battre violemment la surface. Parmi les personnes récemment réveillées, quelques-unes étaient profondément angoissées pour leur âme et paraissaient ardemment désireuses d’obtenir une part en Christ ; et certaines, après le culte public, dans l’angoisse de leur esprit, disaient “qu’elles ne savaient que faire, ni comment obtenir que leur cœur méchant fût changé”, etc.
28 novembre. — « J’ai parlé publiquement aux Indiens, après avoir fait en particulier quelques efforts pour instruire et exhorter certains d’entre eux aux devoirs du christianisme. J’ai exposé et commenté le récit sacré de la transfiguration de notre Seigneur (Luc 9:28-36). En m’arrêtant sur ce passage de l’Écriture, j’avais principalement en vue l’édification et la consolation du peuple de Dieu. J’en ai vu quelques-uns, que j’ai lieu de croire véritablement tels, extrêmement touchés par le récit de la gloire de Christ dans sa transfiguration, et remplis d’un ardent désir d’être avec lui, afin de contempler sa gloire à visage découvert.
« Après le culte public, j’ai demandé à l’une d’elles, qui pleurait et sanglotait avec une vive émotion, ce qu’elle désirait à présent. Elle a répondu : “Oh ! être avec Christ. Elle ne savait comment rester ici”, etc. Ç’a été un temps de rafraîchissement béni pour les personnes pieuses en général. Le Seigneur Jésus-Christ semblait leur manifester sa gloire divine, comme lorsqu’il fut transfiguré devant ses disciples ; et elles étaient toutes prêtes à dire, avec les disciples : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici.”
« L’influence de la parole de Dieu ne s’est pas bornée à ceux qui avaient donné des preuves d’une grâce véritable, bien que, cette fois-ci, j’eusse conçu mon discours pour eux et que je le leur eusse principalement adressé. Ç’a été au contraire un temps de puissance divine dans toute l’assemblée, de sorte que la plupart en furent touchés dans une certaine mesure. Un vieillard en particulier, récemment réveillé, a été amené à une inquiétude profonde et pressante pour son âme, et demandait maintenant avec ardeur “comment il pourrait trouver Jésus-Christ”. Dieu semble encore daigner accorder sa présence divine, et faire accompagner sa parole de l’influence de son Esprit béni, du moins dans une certaine mesure, dans toutes nos réunions de culte.
30 novembre. — « J’ai prêché vers le soir, après avoir passé quelques heures en entretiens particuliers avec quelques-uns de mon peuple au sujet des intérêts de leur âme. J’ai expliqué l’histoire du mauvais riche et de Lazare (Luc 16:19-26). La parole a fait de puissantes impressions sur beaucoup dans l’assemblée, surtout pendant que je parlais de la félicité de Lazare dans le sein d’Abraham. Cela les touchait, je pouvais m’en rendre compte, bien plus que ce que je disais de la misère et des tourments du riche ; et il en a généralement été ainsi avec eux. Ils ont presque toujours paru beaucoup plus touchés par les vérités consolantes que par les vérités terribles de la parole de Dieu. Ce qui a angoissé beaucoup d’entre eux lorsqu’ils étaient sous la conviction, c’est qu’ils se voyaient privés du bonheur des justes sans pouvoir l’obtenir ; du moins ont-ils souvent paru plus touchés par cela que par les terreurs de l’enfer. Mais quels que soient les moyens de leur réveil, il est évident que beaucoup sont amenés à sentir profondément leur péché et leur misère, la méchanceté et l’obstination de leur propre cœur, leur totale incapacité à s’aider eux-mêmes ou à venir à Christ pour trouver du secours sans l’assistance divine ; et ainsi ils sont amenés à voir le besoin pressant qu’ils ont de Christ, faute de quoi ils périssent, pour qu’il fasse tout pour eux, et à se tenir couchés au pied de la miséricorde souveraine.
Jour du Seigneur, 1er décembre. — « J’ai parlé à mon peuple dans la matinée sur Luc 16:27-31. Il a paru chez beaucoup une émotion sincère, et quelques-uns semblaient profondément saisis par la vérité divine. L’après-midi, j’ai prêché à un certain nombre de Blancs ; les Indiens y ont assisté avec assiduité, et beaucoup d’entre eux ont pu comprendre une bonne partie du discours. Le soir, j’ai de nouveau parlé à mon peuple, et je leur ai donné des avertissements et des directions précises touchant leur conduite à divers égards ; et je les ai pressés de veiller sur leur comportement, puisqu’ils étaient entourés de gens qui guettaient leurs faux pas et se tenaient prêts à les entraîner dans des tentations de toute sorte, pour ensuite exposer la religion au mépris à cause de leurs écarts.
Jour du Seigneur, 8 décembre. — « J’ai parlé sur l’histoire de l’aveugle-né (Jean 9). La parole n’a produit cette fois aucun effet remarquable sur l’assemblée. Les personnes qui ont été récemment très inquiètes pour leur âme ne semblaient plus aussi touchées, ni aussi désireuses d’obtenir une part en Christ qu’à l’ordinaire, bien qu’elles aient assisté au service divin avec sérieux et assiduité. Telles ont été ici les œuvres du Seigneur pour réveiller les pécheurs, et pour toucher de temps en temps, par un sentiment renouvelé des choses divines, le cœur de ceux qui sont parvenus à une solide consolation, qu’il est maintenant étrange de voir l’assemblée rester les yeux secs, sans sanglots ni gémissements.
12 décembre. — « J’ai prêché sur la parabole des dix vierges (Matthieu 25). La puissance divine a semblé accompagner dans une certaine mesure ce discours, dans lequel j’ai joui d’une liberté et d’une simplicité d’expression peu communes ; et j’ai été rendu capable d’exposer les vérités divines et de les expliquer, à la portée de mon peuple, d’une manière qui me dépassait. Il a paru chez beaucoup une inquiétude pleine d’émotion pour leur âme, bien que cette inquiétude, dans l’ensemble, ne semblât pas aussi profonde et pressante qu’auparavant. Pourtant, il était rafraîchissant d’en voir beaucoup fondre en larmes et en sanglots sans affectation ; les uns, par le sentiment de l’amour divin, les autres, parce qu’ils en étaient privés.
15 décembre. — « J’ai prêché aux Indiens sur Luc 13:24-28. La vérité divine est tombée avec poids et puissance sur l’auditoire, et a semblé atteindre le cœur de beaucoup. Vers le soir, je leur ai parlé de nouveau sur Matthieu 25:31-46. À ce moment aussi, la parole a paru accompagnée d’une influence divine, et a fait de puissantes impressions sur l’assemblée en général, aussi bien que sur un certain nombre de personnes d’une manière toute spéciale et particulière. Ç’a été un temps de grâce étonnant. La parole du Seigneur, en ce jour, a été “vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants”, et a transpercé le cœur de beaucoup. L’assemblée a été grandement émue et profondément travaillée ; mais sans cette agitation apparente des passions qui s’était manifestée au commencement de cette œuvre de grâce. Les impressions faites sur l’auditoire par la parole de Dieu paraissaient solides, raisonnables et profondes, dignes des vérités solennelles qui les avaient produites, et bien éloignées d’être l’effet d’une frayeur soudaine ou d’un trouble d’esprit sans fondement. Oh ! comme le cœur des auditeurs semblait se courber sous le poids de la vérité divine, et comme il était évident qu’ils la recevaient et la sentaient “non comme la parole des hommes, mais comme la parole de Dieu” ! Nul ne peut se faire une juste idée de l’aspect de notre assemblée à ce moment, sinon ceux qui ont vu une congrégation saisie d’une crainte solennelle et profondément pénétrée par la puissance et l’influence particulières des vérités divines qui lui étaient annoncées au nom de Dieu.
16 décembre. — « J’ai parlé à mon peuple le soir sur Luc 11:1-13. Après m’être arrêté quelque temps sur le neuvième verset, où se trouvent un commandement et un encouragement à demander la faveur divine, je les ai exhortés à demander un cœur nouveau avec la plus extrême insistance, comme l’homme dont parle la parabole que j’expliquais réclamait des pains à minuit. Il y avait beaucoup d’émotion et d’inquiétude dans l’assemblée, et une femme surtout paraissait dans une grande détresse pour son âme. Elle en est venue à une telle agonie en cherchant Christ que la sueur lui a coulé du visage pendant un temps considérable, bien que la soirée fût très froide ; et ses cris amers étaient les signes les plus émouvants de l’état de son cœur.
21 décembre. — « Mon peuple étant maintenant parvenu à une connaissance considérable des principes du christianisme, j’ai jugé bon d’établir parmi eux une leçon de catéchisme ; et ce soir, j’ai tenté quelque chose de cette forme, leur proposant des questions conformément au Petit Catéchisme de l’Assemblée, recevant leurs réponses, puis expliquant et développant chaque question, selon qu’il paraissait nécessaire et convenable. Après quoi, je me suis efforcé de tirer de l’ensemble quelque application pratique. Telle est la méthode que j’ai inaugurée. Ils ont pu répondre promptement et raisonnablement à bon nombre de questions importantes que je leur ai posées, de sorte qu’à l’épreuve j’ai trouvé que leur connaissance doctrinale dépassait mes propres espérances. Dans l’application de mon discours, lorsque j’en suis venu à conclure et à exposer la félicité de ceux qui ont un Dieu aussi grand et aussi glorieux que celui dont il avait été question “pour leur ami et leur portion éternels”, plusieurs ont été très émus ; et surtout lorsque je les ai exhortés et me suis efforcé de les persuader d’être réconciliés avec Dieu par son Fils bien-aimé, et de s’assurer ainsi une part à sa faveur éternelle. Si bien qu’ils ont paru non seulement éclairés et instruits, mais touchés et engagés dans les intérêts de leur âme par cette manière de discourir.
Jour du Seigneur, 22 décembre. — « J’ai parlé sur l’histoire du jeune homme dans l’Évangile (Matthieu 19:16-22). Dieu en a fait, j’en suis persuadé, une parole opportune pour quelques âmes, et en particulier pour une, la même que celle dont il est fait mention dans mon journal du 16 de ce mois, qui n’avait encore jamais obtenu de consolation durable, bien que j’aie d’abondantes raisons de penser qu’elle avait connu un changement salutaire quelques jours auparavant. Elle paraissait maintenant dans une disposition céleste, paisible et faisant ses délices de la volonté divine. Lorsque j’en suis venu à m’entretenir particulièrement avec elle, et à lui demander comment elle avait obtenu le soulagement et la délivrance des détresses spirituelles qu’elle avait récemment endurées, elle a répondu, dans un anglais rudimentaire : “Moi essayer, moi essayer sauver moi-même ; à la fin, ma force être toute partie ; (voulant dire sa capacité de se sauver elle-même ;) pouvoir pas moi bouger un peu plus loin. Alors à la fin moi obligée laisser Jésus-Christ seul m’envoyer enfer, si lui vouloir.” Je lui ai dit : “Mais vous ne vouliez pas aller en enfer, n’est-ce pas ?” Elle a répondu : “Pouvoir pas moi empêcher. Mon cœur, lui vouloir méchant malgré tout. Pouvoir pas moi le rendre bon” (voulant dire qu’elle voyait qu’il était juste qu’elle allât en enfer, parce que son cœur était méchant et le resterait malgré tout ce qu’elle pourrait faire pour l’amender). Je lui ai demandé comment elle était sortie de cet état. Elle a répondu, toujours dans le même langage rudimentaire : “Peu à peu, mon cœur être content terriblement.” Je lui ai demandé pourquoi son cœur était content. Elle a répondu : “Content mon cœur, Jésus-Christ faire ce que lui vouloir avec moi. Moi pas soucier où lui me mettre ; l’aimer quand même”, etc. On ne pouvait aisément la convaincre qu’elle n’était pas disposée à aller en enfer, si Christ voulait bien l’y envoyer ; bien que la vérité fût évidemment que sa volonté était à tel point engloutie dans la volonté divine qu’elle ne pouvait se figurer aucun enfer qui fût redoutable ou indésirable, pourvu que ce fût la volonté de Dieu de l’y envoyer. Vers le soir, je leur ai parlé de nouveau selon la méthode catéchétique que j’avais inaugurée la veille au soir. Lorsque j’en suis venu à appliquer la vérité que je leur avais expliquée, et à répondre à cette question : “Mais comment saurai-je si Dieu m’a choisi pour la vie éternelle ?”, en les pressant de venir livrer leur cœur à Christ, et par là “d’affermir leur élection”, ils ont alors paru très émus, et les personnes inquiètes se sont de nouveau appliquées à chercher une part en lui ; tandis que d’autres, qui avaient trouvé la consolation auparavant, étaient rafraîchies de découvrir en elles-mêmes cet amour pour Dieu qui était la preuve de son amour électif envers elles.
25 décembre. — « Les Indiens ayant coutume, les jours de Noël, de boire et de faire la fête chez certains Blancs de ces contrées, j’ai jugé bon de les réunir ce jour-là pour leur parler des choses divines ; ce que j’ai fait, sur la parabole du figuier stérile (Luc 13:6-9). Une influence divine, j’en suis persuadé, a accompagné la parole en cette occasion. La puissance de Dieu s’est manifestée dans l’assemblée, non en produisant des cris remarquables, mais en tirant de leur torpeur plusieurs pauvres créatures insensibles qui n’avaient presque jamais été émues d’aucune inquiétude auparavant. La puissance qui accompagnait la vérité divine semblait agir sur eux à la manière du tremblement de terre plutôt que de l’ouragan. Leurs passions n’étaient pas aussi alarmées qu’il était ordinaire ici autrefois, mais leur jugement paraissait puissamment convaincu par l’influence souveraine et victorieuse de la vérité divine. Les impressions faites sur l’assemblée en général ne semblaient pas superficielles, mais profondes et touchant le cœur. Oh ! comme ils paraissaient tous prêts maintenant à embrasser et à observer tout ce qu’ils entendaient et dont ils étaient convaincus que c’était leur devoir ! Dieu était au milieu de nous, en vérité, courbant et attendrissant les cœurs endurcis ! Combien de larmes et de sanglots se voyaient et s’entendaient alors parmi nous ! Quelle vivacité, quelle attention soutenue ! Quelle ardeur et quelle intensité d’esprit dans toute l’assemblée pendant le service divin ! Ils semblaient guetter et attendre les gouttes de la parole de Dieu, comme la terre altérée attend “la pluie de la première et de l’arrière-saison”.
« Ensuite, je leur ai parlé du devoir des maris et des femmes, sur Éphésiens 5:22-33, et j’ai lieu de penser que ç’a été une parole dite à propos. J’ai encore passé quelque temps dans la soirée à inculquer les vérités sur lesquelles j’avais insisté dans mon discours précédent, touchant le figuier stérile ; et j’ai constaté qu’une puissante influence accompagnait encore ce qui était dit.
26 décembre. — « Ce soir, j’ai reçu la visite d’une personne en grande détresse spirituelle, l’exemple le plus remarquable de ce genre que j’aie jamais vu. Elle avait, je crois, plus de quatre-vingts ans, et paraissait très affaiblie et tout à fait retombée en enfance à cause de son âge ; de sorte qu’il semblait impossible à un homme de lui inculquer la moindre notion des choses divines, pas même de lui donner un enseignement doctrinal, car elle semblait incapable d’être instruite. On l’a conduite par la main jusque dans ma maison, et elle paraissait dans une angoisse extrême. Je lui ai demandé ce qu’elle avait. Elle a répondu “que son cœur était dans la détresse, et qu’elle craignait de ne jamais trouver Christ”. Je lui ai demandé quand elle avait commencé à être inquiète, et diverses autres questions touchant sa détresse. À quoi elle a répondu, en substance, à peu près ceci : “Qu’elle m’avait entendu prêcher bien des fois, mais n’y avait jamais rien compris, ne l’avait jamais senti dans son cœur, jusqu’au dernier sabbat ; et alors cela était venu”, a-t-elle dit, “comme si on lui avait enfoncé une aiguille dans le cœur ; et depuis ce moment elle n’avait de repos ni jour ni nuit.” Elle a ajouté “que la veille de Noël, un certain nombre d’Indiens étant réunis dans la maison où elle se trouvait et parlant de Christ, leurs paroles lui avaient tellement percé le cœur qu’elle n’avait pu rester assise, mais était tombée sur son lit ; et à ce moment elle s’en était allée”, comme elle l’exprimait, “et avait eu l’impression de rêver, et pourtant elle est certaine de n’avoir pas rêvé. Pendant qu’elle était ainsi partie, elle a vu deux chemins ; l’un paraissait très large et tortueux, et il tournait vers la gauche. L’autre paraissait droit et très étroit, et il montait la colline vers la droite. Elle a marché”, a-t-elle dit, “quelque temps sur l’étroit chemin de droite, jusqu’à ce qu’enfin quelque chose parût faire obstacle à sa route. Tantôt elle l’appelait ténèbres, tantôt elle le décrivait autrement et semblait le comparer à une souche ou à une barre. Elle s’est alors souvenue de ce qu’elle m’avait entendu dire sur la nécessité de s’efforcer d’entrer par la porte étroite, bien qu’elle y eût fait peu attention au moment où elle m’avait entendu traiter ce sujet ; et elle a pensé qu’elle allait escalader cette barre. Mais juste comme elle y pensait, elle est revenue”, comme elle disait, voulant dire qu’elle était revenue à elle-même ; “sur quoi son âme a été extrêmement angoissée, car elle craignait d’avoir à présent fait demi-tour et abandonné Christ, et qu’il n’y eût donc plus d’espoir de miséricorde pour elle.”
« Comme je savais que les extases et les visions imaginaires sont d’une tendance dangereuse en religion, lorsqu’on les recherche et qu’on s’y appuie, je ne pouvais qu’être très inquiet au sujet de cette expérience, surtout au début ; je craignais que ce ne fût un dessein de Satan pour jeter le discrédit sur l’œuvre de Dieu en ce lieu, en introduisant des scènes visionnaires, des terreurs imaginaires et toutes sortes de désordres et d’illusions de l’esprit, à la place des véritables convictions de péché et des influences éclairantes de l’Esprit béni ; et j’étais presque résolu à déclarer que je tenais cela pour l’une des ruses de Satan, et à mettre mon peuple en garde contre cette expérience et d’autres semblables. Cependant, j’ai résolu d’abord de m’enquérir de ses connaissances, pour voir si elle avait des choses une juste vue qui pût être la cause de l’inquiétude douloureuse où elle se trouvait, ou si ce n’était qu’une simple frayeur née de terreurs imaginaires. Je lui ai posé de nombreuses questions sur l’état primitif de l’homme, et plus particulièrement sur son état présent, ainsi que sur son propre cœur ; elle y a répondu raisonnablement, à ma grande surprise. Il me paraissait presque impossible, sinon tout à fait, qu’une païenne, retombée en enfance à cause de son âge, pût en cet état acquérir tant de connaissance par un simple enseignement humain, sans avoir été remarquablement éclairée par une influence divine. Je lui ai alors présenté la provision faite dans l’Évangile pour le salut des pécheurs, ainsi que le pouvoir et la volonté qu’a Christ “de sauver parfaitement tous ceux, vieux aussi bien que jeunes, qui viennent à lui”. Elle a paru y donner un assentiment sincère ; mais elle a aussitôt répliqué : “Oui, mais je ne peux pas venir ; mon cœur méchant ne veut pas venir à Christ ; je ne sais pas comment venir”, etc. Elle disait cela dans l’angoisse de son esprit, en se frappant la poitrine, les larmes aux yeux, et avec une telle ardeur dans le regard que c’était vraiment pitoyable et émouvant. Elle semble réellement convaincue de son péché et de sa misère, et de son besoin d’un changement de cœur. Son inquiétude est durable et constante, de sorte que rien ne paraît empêcher que cette expérience ait une issue salutaire. En vérité, il semble y avoir lieu d’espérer une telle issue, puisqu’elle est si désireuse d’obtenir une part en Christ que son cœur, comme elle l’exprime, prie jour et nuit.
« Jusqu’à quel point Dieu peut se servir de l’imagination pour réveiller certaines personnes dans ces circonstances et d’autres semblables, je ne saurais prétendre le déterminer. Quant à savoir si cette expérience provient d’une influence divine, je laisserai à d’autres le soin d’en juger. Mais je dois dire ceci : ses effets jusqu’à présent indiquent qu’elle en provient ; et l’on ne saurait, à mon avis, l’expliquer d’aucune manière raisonnable, sinon par l’influence de quelque esprit, bon ou mauvais. Cette femme, j’en suis sûr, n’avait jamais entendu parler des choses divines de la manière dont elle les voyait à présent ; et il paraîtrait étrange qu’elle en eût acquis une notion si raisonnable par le seul travail de sa propre imagination, sans quelque secours supérieur, ou du moins étranger. Pourtant, je dois dire que j’ai regardé comme l’une des gloires de cette œuvre de grâce parmi les Indiens, et comme une preuve particulière qu’elle procède d’une influence divine, qu’il n’y ait eu jusqu’ici aucune apparence de telles choses, aucune notion visionnaire, aucune extase ni imagination, mêlées à ces convictions de péché raisonnables et à ces consolations solides dont beaucoup ont fait l’expérience. Et si j’avais pu obtenir ce que je désirais, il n’y aurait eu aucune apparence de quoi que ce soit de cette nature.
28 décembre. « J’ai parlé à mon peuple selon la méthode catéchétique que j’ai récemment inaugurée. Dans l’application de mon discours, où je comparais l’état présent de l’homme à son état primitif, montrant de quelle hauteur il était tombé, et les misères dans lesquelles il est maintenant plongé et auxquelles il est exposé dans son état naturel ; et où je pressais les pécheurs de considérer leur déplorable situation sans Christ, et aussi de s’efforcer d’obtenir une part en lui ; le Seigneur, je l’espère, a accordé une influence remarquable de son Esprit béni pour accompagner ce qui était dit ; et une grande inquiétude s’est manifestée dans l’assemblée. Beaucoup ont fondu en larmes et en sanglots, et les impressions faites sur eux semblaient profondes et touchant le cœur. Il y avait en particulier deux ou trois personnes qui paraissaient amenées aux derniers exercices d’une œuvre préparatoire, et réduites presque à l’extrémité ; elles étaient en grande partie convaincues de l’impossibilité de s’aider elles-mêmes ou d’amender leur propre cœur, et semblaient sur le point de renoncer à tout espoir en elles-mêmes et de s’abandonner à Christ, pauvres, impuissantes et perdues. Pourtant, elles étaient dans la détresse et l’angoisse, parce qu’elles ne voyaient aucune sûreté à le faire, à moins de pouvoir faire quelque chose pour se sauver elles-mêmes. L’une de ces personnes était la femme très âgée dont il a été question plus haut, qui paraissait maintenant “fatiguée et chargée” par le sentiment de son péché et de sa misère, et du besoin pressant qu’elle avait d’une part en Christ, faute de quoi elle périrait.
Jour du Seigneur, 29 décembre. — « J’ai prêché sur Jean 3:1-5. Un certain nombre de Blancs étaient présents, comme d’habitude le jour du sabbat. Le discours a été accompagné de puissance, et a semblé exercer sur l’auditoire une influence silencieuse, mais profonde et pénétrante. Beaucoup pleuraient et sanglotaient avec émotion. Il y a eu quelques larmes parmi les Blancs aussi bien que parmi les Indiens. Quelques-uns n’ont pu s’empêcher de crier, bien qu’ils ne fussent pas nombreux à être ainsi saisis. Mais les impressions faites sur leur cœur se manifestaient surtout par l’extraordinaire intensité de leur attention, par leurs profonds soupirs et par leurs larmes.
« Après le culte public, je suis rentré dans ma maison, me proposant de prêcher de nouveau après un court intervalle. Mais ils sont bientôt entrés, l’un après l’autre, les larmes aux yeux, pour savoir “ce qu’il leur fallait faire pour être sauvés”. L’Esprit divin appliquait de telle manière à leur cœur ce que je leur disais que la maison a été bientôt remplie de cris et de gémissements. Ils sont tous accourus à cette occasion ; et ceux que j’avais lieu de croire dans un état sans Christ ont été presque tous saisis d’inquiétude pour leur âme. Ç’a été parmi eux un temps de puissance étonnant ; on eût dit que Dieu avait abaissé les cieux et était descendu. L’œuvre était si étonnamment puissante sur les vieux comme sur les jeunes qu’il semblait que nul ne resterait dans un état de sécurité charnelle et naturelle, mais que Dieu était sur le point de convertir le monde entier. J’étais porté à penser, alors, que je ne désespérerais plus jamais de la conversion de qui que ce soit, homme ou femme, quels qu’ils fussent.
« Il est impossible de donner une description juste et vivante de l’aspect des choses en ce temps-là, du moins une description qui puisse donner une idée claire et adéquate des effets de cette influence. On pouvait voir alors un certain nombre de personnes se réjouir de ce que Dieu n’avait pas retiré de ce lieu la puissante influence de son Esprit béni ; rafraîchies de voir tant d’âmes s’efforcer d’entrer par la porte étroite ; et animées pour elles d’une telle sollicitude qu’elles voulaient les pousser en avant, comme quelques-unes d’entre elles l’exprimaient. En même temps, on pouvait voir beaucoup d’hommes et de femmes, vieux et jeunes, en larmes ; et quelques-uns dans l’angoisse de leur esprit, ayant sur le visage même l’air de malfaiteurs condamnés qu’on mène au lieu de l’exécution, une lourde anxiété peinte sur leurs traits ; de sorte qu’il y avait là, me semblait-il, une vivante image du jour solennel du jugement : un mélange du ciel et de l’enfer, d’une joie et d’une angoisse inexprimables.
« L’inquiétude et l’émotion religieuse étaient telles que je n’ai pu songer à tenir parmi eux aucun exercice religieux régulier ; mais j’ai passé le temps à parler à l’un et à l’autre, selon ce qui me paraissait le plus convenable et le plus opportun pour chacun ; parfois je m’adressais à eux tous ensemble ; et enfin j’ai terminé par la prière. Leur état était tel en ce moment que j’ai pu à peine avoir une demi-heure de repos, sans parler, depuis onze heures et demie environ, heure à laquelle j’ai commencé le culte public, jusqu’après sept heures du soir. Il a paru y avoir quatre ou cinq personnes nouvellement réveillées ce jour-là et la veille au soir, dont quelques-unes n’étaient venues parmi nous que tout récemment.
30 décembre. « J’ai reçu la visite de quatre ou cinq jeunes gens inquiets pour leur âme, dont la plupart avaient été réveillés tout récemment. Ils ont beaucoup pleuré pendant que je m’entretenais avec eux et que je m’efforçais de les presser de la nécessité de fuir vers Christ sans délai pour obtenir le salut.
31 décembre. — « J’ai passé quelques heures aujourd’hui à visiter mon peuple de maison en maison, et à m’entretenir avec eux de leurs intérêts spirituels, m’efforçant de presser les âmes sans Christ de la nécessité d’un renouvellement du cœur ; et je n’ai guère quitté une maison sans y laisser en larmes l’un ou l’autre de ses habitants, qui paraissaient appliqués avec sollicitude à obtenir une part en Christ.
« Les Indiens se sont maintenant rassemblés en ce lieu de tous côtés et se sont bâti de petites cabanes, de sorte que plus de vingt familles vivent à moins d’un quart de mille de chez moi : situation fort commode, tant pour l’instruction publique que pour l’instruction particulière.
1er janvier 1746. — « J’ai passé un temps considérable à visiter de nouveau mon peuple. Je n’en ai trouvé presque aucun qui ne fût sous quelque impression sérieuse touchant ses intérêts spirituels.
2 janvier. — « J’ai visité quelques personnes nouvellement venues parmi nous, qui n’avaient presque jamais rien entendu du christianisme, sinon son nom vide. Je me suis efforcé de les instruire, en particulier des premiers principes de la religion, de la manière la plus simple et la plus familière possible. Il arrive presque continuellement parmi nous des étrangers de contrées lointaines, de sorte que j’ai souvent l’occasion d’exposer et d’inculquer les premiers principes du christianisme.
4 janvier. — « J’ai poursuivi ma méthode d’instruction catéchétique. J’ai trouvé mon peuple capable de répondre aux questions avec justesse, au-delà de ce qu’on aurait pu attendre de personnes si récemment tirées des ténèbres païennes. Dans l’application de mon discours, il a paru quelque inquiétude et quelque émotion dans l’assemblée ; et surtout chez ceux dont j’avais l’espoir qu’ils étaient véritablement en état de grâce ; du moins plusieurs d’entre eux ont été très touchés et rafraîchis.
Jour du Seigneur, 5 janvier. — « J’ai parlé sur Matthieu 12:10-13. Il n’a pas paru autant de vie et d’émotion qu’à l’ordinaire dans le service divin. Les mêmes vérités qui ont souvent produit beaucoup de larmes et de sanglots dans l’assemblée semblaient maintenant n’avoir d’influence particulière sur personne. Vers le soir, je me proposais de poursuivre ma méthode habituelle de catéchisme ; mais pendant que nous étions occupés à la première prière, la puissance de Dieu a semblé descendre sur l’assemblée d’une manière si remarquable, et tant de personnes ont paru dans une inquiétude pressante pour leur âme, que j’ai jugé beaucoup plus à propos d’insister sur l’abondante provision faite par la grâce divine pour la rédemption des pécheurs qui périssent, et de les presser d’accepter promptement ce grand salut, que de leur poser des questions sur des points de doctrine. Ce qui était le plus pratique paraissait le plus opportun, tandis qu’un si grand nombre semblaient si extraordinairement désireux d’obtenir une part dans le grand Rédempteur.
« Aujourd’hui, la femme dont il est fait mention dans mon journal du 22 décembre a fait une profession publique de sa foi. Elle a manifesté de temps à autre une disposition très douce et céleste, depuis qu’elle a reçu pour la première fois la consolation. Un matin en particulier, elle est venue me voir, montrant sur son visage une joie et une satisfaction inhabituelles ; et quand je lui en ai demandé la raison, elle a répondu “que Dieu lui avait fait sentir qu’il était juste qu’il fît ce qu’il voulait de toutes choses ; et qu’il serait juste qu’il jetât en enfer son mari et son fils ; et elle voyait qu’il était si juste que Dieu fît d’eux ce qu’il voulait qu’elle ne pouvait que se réjouir en Dieu, même s’il les envoyait en enfer” ; bien qu’il fût évident qu’elle les aimait tendrement. Elle m’a demandé en outre si je n’avais pas été envoyé pour prêcher aux Indiens par de bonnes gens qui demeuraient bien loin. J’ai répondu : “Oui, par les bonnes gens d’Écosse.” Elle a répliqué “que son cœur avait tant aimé ces bonnes gens la veille au soir qu’elle avait pu à peine s’empêcher de prier pour eux toute la nuit ; son cœur allait vers Dieu pour eux”. Ainsi la bénédiction du malheureux qui allait périr est en voie de venir sur ces personnes pieuses qui ont fait part de leurs biens pour la propagation de l’Évangile.
Jour du Seigneur, 12 janvier. — « J’ai prêché sur Ésaïe 55:6. La parole de Dieu a semblé tomber sur l’auditoire avec un poids et une influence divins, et paraissait évidemment n’être “pas la parole des hommes”. L’Esprit béni, j’en suis persuadé, a accompagné jusqu’au cœur de beaucoup ce qui était dit ; de sorte qu’il y a eu un puissant réveil de la conviction chez un bon nombre de ceux qui étaient déjà travaillés spirituellement.
« Vers le soir, j’ai fait le catéchisme selon ma méthode habituelle. Vers la fin de mon discours, il a paru dans l’auditoire une grande inquiétude et beaucoup d’émotion, qui ont augmenté pendant que je continuais à les inviter à venir à un Rédempteur tout-suffisant pour obtenir le salut éternel. L’Esprit de Dieu semble, de temps à autre, lutter ici avec les âmes. Elles sont si souvent et si fréquemment tirées de leur sommeil qu’elles semblent incapables, pour le moment, de se rendormir.
13 janvier. — « J’ai reçu la visite de plusieurs personnes profondément inquiètes pour leur âme, dont l’une avait été nouvellement réveillée. C’est une œuvre des plus agréables que de traiter avec des âmes qui demandent avec sollicitude “ce qu’elles doivent faire pour être sauvées”. Comme nous ne devons jamais nous lasser “de faire le bien”, l’obligation semble particulièrement forte lorsque l’œuvre est si désirable. Pourtant, je dois dire que ma santé est tellement altérée, et mes forces tellement épuisées par mes travaux et ma manière de vivre solitaire — n’ayant aucune créature humaine dans la maison avec moi —, que leurs demandes répétées et presque incessantes de secours et de direction me sont parfois extrêmement pesantes, et épuisent tellement mes forces que je ne suis plus bon à rien, entièrement incapable de poursuivre ma tâche, parfois pendant des jours entiers. Ce qui contribue beaucoup à cette difficulté, c’est que je suis obligé de passer beaucoup de temps pour leur communiquer bien peu de chose, car il y a souvent bien des choses à établir d’abord avant que je puisse parler directement de ce que je vise principalement ; choses qui seraient tenues d’emblée pour acquises là où existerait une connaissance doctrinale suffisante.
14 janvier. — « J’ai passé quelque temps en entretiens particuliers avec mon peuple, et j’en ai trouvé quelques-uns disposés à se consoler, me semblait-il, sur des fondements légers. Ils sont maintenant généralement réveillés, et il est devenu si honteux, et si terrifiant pour la conscience, d’être dépourvu de religion, qu’ils courent un danger imminent de se contenter d’une apparence de grâce plutôt que de vivre dans la crainte et la honte d’un état non régénéré.
18 janvier. — « J’ai poursuivi ma méthode catéchétique de discours. Il a paru une grande solennité et une émotion assez considérable dans l’assemblée. Je trouve cette méthode d’instruction très profitable. Quand je l’ai commencée, j’étais tourmenté par la crainte que mes discours ne fussent inévitablement si doctrinaux qu’ils ne tendissent qu’à éclairer la tête, sans toucher le cœur. Mais l’événement a prouvé tout le contraire, car ces exercices ont été jusqu’ici remarquablement bénis à ce second égard aussi bien qu’au premier.
Jour du Seigneur, 19 janvier. — « J’ai parlé à mon peuple sur Ésaïe 55:7. Vers le soir, j’ai fait le catéchisme selon ma méthode ordinaire ; et ç’a été, semble-t-il, un puissant temps de grâce parmi nous. Beaucoup ont été très touchés. Les convictions se sont puissamment ravivées, les chrétiens ont été rafraîchis et fortifiés ; et une âme fatiguée et chargée a été amenée, j’ai d’abondantes raisons de l’espérer, au vrai repos et à une solide consolation en Christ ; cet homme m’a ensuite fait un récit de la manière dont Dieu avait agi envers son âme qui m’a pleinement satisfait, en même temps qu’il m’a rafraîchi.
« Il m’a dit qu’il m’avait souvent entendu dire que les hommes doivent se voir et se sentir entièrement impuissants et perdus — qu’ils doivent être vidés de toute confiance en eux-mêmes et de tout espoir de se sauver eux-mêmes, pour pouvoir venir à Christ et obtenir le salut. Il avait longtemps cherché à parvenir à cette vue des choses, supposant que ce serait une excellente disposition d’être ainsi vidé de toute confiance en sa propre bonté ; que Dieu aurait égard à cette disposition, qu’il serait alors content de lui et lui accorderait la vie éternelle. Mais quand il en était venu à se sentir dans cet état d’impuissance et de perdition, il l’avait trouvé tout contraire à toutes ses pensées et à toutes ses attentes ; si bien que ce n’était pas la même disposition, ni même rien qui ressemblât à la disposition qu’il avait cherchée. Au lieu d’une bonne disposition, il ne trouvait plus maintenant en lui-même que du mal, et voyait qu’il lui était à jamais impossible de se rendre meilleur. Il s’étonnait, disait-il, d’avoir jamais espéré amender son propre cœur. Il était stupéfait de n’avoir jamais vu auparavant qu’il lui était absolument impossible, par tous ses artifices et tous ses efforts, de faire quoi que ce soit dans ce sens, puisque la chose lui apparaissait maintenant dans une lumière si claire. Au lieu de s’imaginer à présent que Dieu serait content de lui à cause de cette disposition et de cette vue de son état de perdition, il voyait clairement et sentait qu’il serait juste de la part de Dieu de l’envoyer dans la misère éternelle ; et qu’il n’y avait aucune bonté dans ce qu’il éprouvait alors ; car il ne pouvait s’empêcher de voir qu’il était nu, pécheur et misérable, et qu’il n’y avait rien dans une telle vue qui méritât l’amour ou la pitié de Dieu.
« Il voyait ces choses d’une manière si claire et si convaincante qu’il lui semblait, disait-il, qu’il pourrait convaincre tout le monde de son entière incapacité à s’aider soi-même et de son indignité de recevoir de Dieu le moindre secours. C’est dans cette disposition qu’il est venu au culte public ce soir-là ; et pendant que j’invitais les pécheurs à venir à Christ nus et vides, sans aucune bonté propre qui pût les recommander pour qu’il les accueille, il s’est dit en lui-même qu’il avait souvent essayé de venir livrer son cœur à Christ, et qu’il avait coutume d’espérer qu’un jour ou l’autre il en serait capable ; mais à présent il était convaincu qu’il ne le pouvait pas, et il lui semblait absolument vain d’essayer jamais encore ; et il ne pouvait, disait-il, trouver en son cœur la force de faire une nouvelle tentative, parce qu’il voyait que cela ne servirait absolument à rien ; et il n’espérait plus maintenant une meilleure occasion ou une plus grande capacité à l’avenir, comme il l’avait fait auparavant, parce qu’il voyait, et était pleinement convaincu, que sa propre force défaillirait à jamais.
Pendant qu’il méditait de la sorte, il a vu, disait-il, avec son cœur (expression courante parmi eux), quelque chose d’ineffablement bon et aimable, et qu’il n’avait jamais vu auparavant ; et “cela lui a ravi le cœur, qu’il le voulût ou non”. Il ne savait pas, disait-il, ce que c’était qu’il voyait. Il ne s’est pas dit : “C’est Jésus-Christ” ; mais c’était une gloire et une beauté telles qu’il n’en avait jamais vu. Il n’a pas alors donné son cœur, comme il avait auparavant eu l’intention et tenté de le faire ; mais son cœur s’en est allé de lui-même après cette gloire qu’il découvrait alors. Il avait coutume de faire un marché avec Christ : lui livrer son cœur pour avoir en échange la vie éternelle. Mais à présent il ne pensait plus du tout à lui-même ni à ce qu’il deviendrait plus tard ; il était ravi, et son esprit était entièrement occupé de l’ineffable excellence de ce qu’il contemplait alors. Après quelque temps, il a été merveilleusement charmé par la voie du salut par Christ ; de sorte qu’il lui paraissait ineffablement désirable d’être sauvé entièrement par la pure grâce gratuite de Dieu en lui. La conséquence de cette expérience est qu’il paraît garder le sentiment et le goût des choses divines, et mener une vie de sérieux et de vraie religion.
28 janvier. — « Les Indiens de ces contrées se sont, par le passé, endettés par leur ivrognerie excessive ; et quelques personnes ont profité de leur situation et leur ont causé des ennuis et des frais en faisant arrêter certains d’entre eux ; ce qui faisait supposer que leurs terres de chasse étaient en grande partie sérieusement menacées et pourraient leur être bientôt enlevées. Sachant qu’ils ne pourraient subsister ensemble dans ces contrées, de manière à former une congrégation chrétienne, si ces terres leur étaient prises — ce que l’on jugeait très probable —, j’ai cru de mon devoir de faire tous mes efforts pour prévenir un événement si malheureux. Ayant informé de l’affaire les messieurs qui s’intéressent à cette mission, d’après les meilleurs renseignements que j’ai pu obtenir, ils ont jugé bon d’employer l’argent qu’ils avaient recueilli, et recueillaient encore, pour les intérêts religieux des Indiens, du moins une partie de cet argent, à acquitter leurs dettes et à garantir ces terres, afin qu’il n’y eût sur eux aucune entrave qui empêchât l’établissement et l’accroissement espéré d’une congrégation chrétienne d’Indiens dans ces contrées. Ayant reçu leurs ordres, j’ai répondu au nom des Indiens pour quatre-vingt-deux livres et cinq shillings, monnaie du New Jersey, à raison de huit shillings l’once ; et j’ai ainsi écarté le danger ou la difficulté à cet égard.
« Comme Dieu a opéré une œuvre de grâce merveilleuse parmi ces Indiens, et qu’il en incline maintenant d’autres, venus de lieux éloignés, à se joindre à eux presque continuellement ; et comme il a ouvert une porte pour prévenir la difficulté dont je viens de parler, qui semblait menacer gravement leurs intérêts religieux aussi bien que leur bien-être temporel ; il y a lieu d’espérer qu’il a dessein d’établir parmi eux une Église pour lui-même, et de transmettre la vraie religion à leur postérité.
30 janvier. — « J’ai prêché aux Indiens sur Jean 3:16, 17. Il y a eu dans l’auditoire une attention solennelle et quelque émotion visible ; surtout plusieurs personnes, inquiètes depuis longtemps pour leur âme, semblaient de nouveau stimulées et appliquées à chercher une part en Christ. L’une d’elles, avec beaucoup d’inquiétude, m’a dit ensuite “que mes prédications lui avaient tellement percé le cœur qu’il ne savait de quel côté se tourner ni que faire”.
31 janvier. — « Aujourd’hui est arrivée parmi nous la personne que j’avais choisie et engagée comme maître d’école chez les Indiens ; elle a été chaleureusement accueillie par tout mon peuple. Sur quoi j’ai distribué plusieurs douzaines d’abécédaires aux enfants et aux jeunes gens.
1er février. — « Mon maître d’école est entré en fonctions parmi les Indiens. Il a généralement une trentaine d’enfants et de jeunes gens dans son école pendant la journée, et une quinzaine de personnes mariées à l’école du soir. Le nombre des personnes mariées est moindre qu’il ne le serait si elles pouvaient être plus constamment chez elles et dérober à leurs occupations nécessaires le temps d’assister à ces leçons.
« Le soir, j’ai fait le catéchisme selon ma méthode habituelle. Vers la fin de mon discours, une puissance surprenante a semblé accompagner la parole, surtout pour quelques personnes. Un homme d’un âge assez avancé, qui avait été un ivrogne notoire, un sorcier et un meurtrier, et qui avait été réveillé quelques mois auparavant, a été amené à une grande extrémité dans sa détresse spirituelle ; si bien qu’il a tremblé pendant des heures entières, se croyant sur le point de tomber en enfer, sans aucun pouvoir de se sauver ou de se secourir lui-même. Divers autres paraissaient, aussi bien que lui, dans une grande inquiétude, et désireux d’obtenir un changement salutaire.
Jour du Seigneur, 2 février. — « J’ai prêché sur Jean 5:24, 25. Il a paru, comme d’habitude, quelque inquiétude et quelque émotion dans l’assemblée. Vers le soir, j’ai poursuivi ma méthode habituelle de catéchisme. J’ai constaté que mon peuple répondait aux questions posées avec plus de promptitude que jamais. Il est évident qu’ils progressent de jour en jour dans la connaissance doctrinale. Mais, ce qui est plus désirable encore, l’Esprit de Dieu continue d’opérer parmi eux, et par là une connaissance expérimentale aussi bien que spéculative se répand dans leur esprit.
5 février. — « J’ai parlé le soir à un nombre considérable d’Indiens ; beaucoup d’entre eux ont alors paru très touchés et attendris par les choses divines.
8 février. — « J’ai passé une bonne partie de la journée à visiter mon peuple de maison en maison, et à m’entretenir avec eux des intérêts de leur âme. Beaucoup pleuraient pendant que je leur parlais, et ne paraissaient se soucier de rien autant que d’obtenir une part dans le grand Rédempteur. Le soir, j’ai fait le catéchisme comme d’habitude. La vérité divine a fait quelques impressions sur l’auditoire, et a été accompagnée chez certains d’un engagement de l’âme plein d’émotion.
Jour du Seigneur, 9 février. — « J’ai parlé à mon peuple sur l’histoire de l’aveugle (Marc 10:46-52). La parole de Dieu a paru pleine de poids et de puissance sur l’assemblée cette fois, et a fait des impressions considérables sur beaucoup ; plusieurs en particulier, qui avaient généralement été remarquablement insensibles et indifférents sous les moyens de grâce, ont été maintenant réveillés et ont pleuré avec émotion. L’attention la plus vive, ainsi que la tendresse et l’émotion, se sont manifestées dans tout l’auditoire. Deux personnes ont publiquement confessé Christ.
« Vers le soir, j’ai fait le catéchisme. Dieu en a fait un temps de puissance pour quelques-uns. Beaucoup ont été touchés. D’anciennes convictions ont paru se raviver puissamment. Il y a eu aussi un homme, qui avait été un vil ivrogne, remarquablement réveillé. Il paraissait dans une grande angoisse d’âme ; il a pleuré et tremblé, et a continué ainsi jusque vers minuit. Il y avait aussi une pauvre âme chargée, qui avait été longtemps dans une lourde détresse, aussi constante et pressante que j’en aie jamais vu, et qui a été maintenant amenée à un calme consolant ; elle semblait courbée et réconciliée avec la souveraineté divine, et m’a dit qu’elle sentait et voyait maintenant qu’il était juste que Dieu fît d’elle ce qu’il voulait, et que son cœur se sentait content et satisfait qu’il en fût ainsi ; bien que, ces derniers temps, elle eût souvent senti son cœur se soulever et se quereller avec Dieu parce qu’il pouvait, s’il le voulait, l’envoyer en enfer après tout ce qu’elle avait fait. Elle a ajouté que le lourd fardeau sous lequel elle avait gémi était maintenant ôté ; qu’elle avait essayé de retrouver son inquiétude et sa détresse, craignant que l’Esprit de Dieu ne se retirât d’elle et ne la laissât entièrement indifférente, mais qu’elle n’avait pu les retrouver ; qu’elle sentait qu’elle ne pourrait jamais rien faire pour se sauver elle-même, mais devait périr pour toujours si Christ ne faisait pas tout pour elle ; qu’elle ne méritait pas qu’il l’aidât ; et qu’il serait juste qu’il la laissât périr. Mais Christ pouvait la sauver, bien qu’elle ne pût rien faire pour se sauver elle-même, etc. ; et c’est là qu’elle semblait se reposer. »
Fourches du Delaware, février 1746.
Jour du Seigneur, 16 février. — « Sachant qu’un certain nombre d’Indiens de ces contrées étaient obstinément hostiles au christianisme, et que quelques-uns avaient refusé par le passé de m’entendre prêcher, j’ai pensé qu’il pourrait être à propos et utile aux intérêts chrétiens de ce lieu d’avoir avec moi quelques-uns de mes Indiens pieux de Crossweeksung, pour s’entretenir avec eux de matières religieuses ; espérant que ce pourrait être un moyen de les convaincre de la vérité et de l’importance du christianisme, que de voir et d’entendre des gens de leur propre nation parler des choses divines, et manifester un ardent désir que d’autres fussent tirés des ténèbres païennes comme ils l’avaient été eux-mêmes. Dans ce but, j’ai choisi une demi-douzaine des plus sérieux et des plus intelligents de ces Indiens ; et, les ayant amenés aux Fourches du Delaware, je me suis réuni aujourd’hui avec eux et avec les Indiens de ce lieu. Beaucoup de ces derniers n’auraient probablement pas pu être décidés à assister à cette réunion, n’eussent été ces Indiens pieux qui m’avaient accompagné ici et qui leur ont prêché. Quelques-uns de ceux qui, par le passé, avaient été extrêmement hostiles au christianisme se sont maintenant conduits avec gravité ; et quelques autres ont ri et se sont moqués. Cependant, la parole de Dieu est tombée avec un tel poids et une telle puissance que beaucoup ont semblé frappés de stupeur, et ont exprimé le désir de m’entendre encore parler de ces choses.
« Ensuite, j’ai prié avec les Blancs présents et je leur ai adressé une allocution ; et je n’ai pu manquer de remarquer quelques effets visibles de la parole, tels que des larmes et des sanglots parmi eux. Après le culte public, j’ai passé quelque temps et pris de la peine pour convaincre les moqueurs de la vérité et de l’importance de ce sur quoi j’avais insisté ; et je me suis ainsi efforcé d’éveiller leur attention à la vérité divine. J’ai eu lieu de penser, d’après ce que j’ai observé alors et par la suite, que mes efforts ont produit un effet considérable sur l’un des pires d’entre eux.
« Les quelques Indiens alors présents qui avaient coutume d’être mes auditeurs dans ces contrées — certains étant partis d’ici pour s’établir à Crossweeksung — ont paru assez bien disposés envers moi, et contents de me revoir. Ils avaient cependant été si fort attaqués par certains des païens opposants qu’ils avaient presque honte ou peur de manifester leur amitié.
17 février. — « Après avoir passé beaucoup de temps à parler aux Indiens dans leurs maisons respectives, je les ai rassemblés, et j’ai répété et inculqué ce que je leur avais enseigné auparavant. Ensuite, je leur ai parlé sur Actes 8:5-8. Une influence divine a semblé accompagner la parole. Plusieurs des Indiens d’ici ont paru quelque peu réveillés, et ont manifesté une émotion sincère par des larmes et des sanglots. Mes gens de Crossweeksung sont restés avec eux jour et nuit, répétant et inculquant les vérités que je leur avais enseignées ; parfois ils priaient et chantaient des psaumes parmi eux, s’entretenant entre eux, à portée de leurs oreilles, des grandes choses que Dieu avait faites pour eux et pour les Indiens d’où ils venaient. Cela semblait, à ce que mes gens m’ont dit, produire plus d’effet sur eux que lorsqu’ils leur adressaient directement la parole.
18 février. — « J’ai prêché à une assemblée d’Irlandais, à près de quinze milles des Indiens.
19 février. — « J’ai prêché de nouveau aux Indiens, après avoir passé un temps considérable à m’entretenir avec eux plus en particulier. Il a paru une grande solennité, et quelque inquiétude et quelque émotion parmi les Indiens de ces contrées, de même qu’un doux attendrissement parmi ceux qui étaient venus avec moi. Beaucoup d’Indiens d’ici semblaient avoir été délivrés de leurs préjugés et de leur aversion pour le christianisme, et paraissaient bien disposés et enclins à entendre la parole de Dieu.
20 février. — « J’ai prêché à une petite assemblée de Hauts-Allemands, qui avaient rarement entendu prêcher l’Évangile, et dont quelques-uns du moins étaient très ignorants ; mais un certain nombre d’entre eux ont récemment été portés à rechercher avec réflexion la voie du salut. Ils ont prêté une attention merveilleuse ; quelques-uns ont été très touchés par la parole, et ont dit ensuite, à ce qu’on m’a rapporté, qu’ils n’avaient jamais de toute leur vie été aussi éclairés sur la voie du salut. Ils m’ont prié de demeurer avec eux, ou de revenir leur prêcher. J’ai été affligé de ne pouvoir accéder à leur demande. Je n’ai pu qu’être ému de leur situation, car ils étaient “comme des brebis qui n’ont point de berger”, et quelques-uns d’entre eux paraissaient dans une certaine détresse à cause du péché, ayant particulièrement besoin de l’aide d’un guide spirituel expérimenté.
21 février. — « J’ai prêché à un certain nombre de personnes, dont beaucoup étaient Hollandais. Plusieurs des Hauts-Allemands dont j’ai parlé ont assisté au sermon, bien qu’ils fussent à huit ou dix milles de chez eux. Un certain nombre d’Indiens de ces contrées sont aussi venus de leur propre chef à la réunion, avec mes gens de Crossweeksung. Il y en avait deux en particulier qui, bien qu’ils se fussent opposés au christianisme et l’eussent tourné en dérision le sabbat dernier, se sont maintenant conduits avec gravité. Puissent les signes encourageants d’à présent se maintenir !
22 février. — « J’ai prêché aux Indiens. Ils ont paru plus libres de préjugés et mieux disposés envers le christianisme qu’auparavant ; et quelques-uns d’entre eux ont paru touchés par la vérité divine.
Jour du Seigneur, 23 février. — « J’ai prêché aux Indiens sur Jean 6:35-37. Après le service public, je me suis entretenu en particulier avec plusieurs d’entre eux, et je les ai invités à descendre à Crossweeksung et à y demeurer, au moins pour quelque temps ; sachant qu’ils y seraient à l’abri des moqueries et des tentations des païens opposants, et en même temps à portée d’entendre exposer les vérités divines, tant en public qu’en particulier. J’ai obtenu de quelques-uns la promesse qu’ils nous rendraient bientôt visite et viendraient recevoir de plus amples instructions. Ils semblaient considérablement éclairés et en grande partie délivrés de leurs préjugés contre le christianisme. Mais il est fort à craindre que leurs préjugés ne se raniment, à moins qu’ils ne puissent jouir ici des moyens d’instruction, ou être transportés là où ils pourront bénéficier de tels avantages, loin de leurs connaissances païennes.
Crossweeksung, mars 1746.
1er mars. — « J’ai fait le catéchisme selon ma méthode ordinaire. J’ai été réjoui et rafraîchi de les voir répondre aux questions posées avec une promptitude, un discernement et une connaissance si remarquables. Vers la fin de mon discours, la vérité divine a fait une impression considérable sur l’auditoire, et a produit des larmes et des sanglots chez quelques-uns de ceux qui étaient inquiets ; et plus particulièrement un doux et humble attendrissement chez plusieurs qui, j’ai lieu de l’espérer, étaient véritablement en état de grâce.
Jour du Seigneur, 2 mars. — « J’ai prêché sur Jean 15:16. L’assemblée n’a pas paru aussi vive dans son attention qu’à l’ordinaire, ni aussi touchée par la vérité divine en général qu’il était habituel. Quelques-uns de mes gens qui étaient montés avec moi aux Fourches du Delaware, étant maintenant de retour, étaient accompagnés de deux des Indiens des Fourches qui m’avaient promis une prompte visite. Veuille le Seigneur les rencontrer ici ! Ils ne peuvent maintenant guère entrer dans une maison sans y trouver une conversation chrétienne, par laquelle il faut espérer qu’ils pourront être à la fois instruits et réveillés.
« J’ai de nouveau parlé aux Indiens l’après-midi, et j’ai observé parmi eux quelque animation et quelque zèle dans le service divin, bien que ce ne fût pas égal à ce qui s’est souvent manifesté ici. Je ne connais aucune assemblée de chrétiens où il semble y avoir autant de la présence de Dieu, où l’amour fraternel règne à ce point, et où je prendrais autant de plaisir au culte public de Dieu en général, que dans ma propre congrégation ; bien qu’il n’y ait pas plus de neuf mois, ils adoraient des démons et des idoles muettes sous l’empire des ténèbres et de la superstition païennes. Étonnant changement ! accompli par rien de moins que la puissance et la grâce divines. C’est de l’Éternel que cela est venu, et c’est à juste titre un prodige à nos yeux.
5 mars. — « J’ai passé quelque temps, juste à la tombée du soir, à prier, à chanter et à parler à mon peuple des choses divines ; et j’ai remarqué parmi eux une tendresse et une émotion agréables. Leur établissement actuel est si resserré et si commode qu’on les rassemble facilement et rapidement au seul son d’une conque (un coquillage semblable à celui du bigorneau) ; de sorte qu’ils ont de fréquentes occasions d’assister publiquement aux exercices religieux. Cela semble être, sous la main de Dieu, un grand moyen d’entretenir dans leur esprit l’impression des choses divines.
8 mars. — « J’ai fait le catéchisme le soir. Mon peuple a bien répondu aux questions qui lui étaient posées. Je puis constater que leur connaissance de la religion s’accroît de jour en jour. Et, ce qui est plus désirable encore, l’influence divine, qui a été si remarquable parmi eux, paraît se maintenir encore dans une assez bonne mesure. La présence divine semblait être dans l’assemblée ce soir.
« Quelques-uns, que j’ai de bonnes raisons de croire de vrais chrétiens, ont été attendris par le sentiment de la bonté divine et de leur propre stérilité et ingratitude, et semblaient se haïr eux-mêmes, comme l’un d’eux l’a exprimé ensuite. Des convictions ont aussi paru se raviver en plusieurs cas ; et la vérité divine a été accompagnée d’une telle influence sur l’assemblée en général qu’on pourrait à juste titre appeler cette soirée une soirée de puissance divine.
Jour du Seigneur, 9 mars. — « J’ai prêché sur Luc 10:38-42. La parole de Dieu a été accompagnée de puissance et d’énergie sur l’auditoire. Beaucoup ont été touchés et soucieux d’obtenir la seule chose nécessaire. Plusieurs, qui ont donné de bonnes preuves d’être véritablement en état de grâce, ont été très touchés par le sentiment de leur manque de spiritualité, et ont vu le besoin qu’ils avaient de croître dans la grâce. La plupart de ceux qui avaient été, par le passé, sous quelque impression des choses divines semblaient maintenant avoir vu ces impressions se raviver.
« L’après-midi, je me proposais de faire le catéchisme selon ma méthode habituelle ; mais, pendant que nous étions occupés à la première prière, en langue indienne comme d’habitude, une grande partie de l’assemblée a été si émue et si touchée par les choses divines que j’ai jugé opportun et convenable de renoncer pour cette fois à poser des questions, et d’insister sur les vérités les plus pratiques. C’est ce que j’ai fait, en développant davantage l’application du passage de l’Écriture sur lequel j’avais parlé dans la première partie de la journée. Il a paru y avoir une puissante influence divine dans la congrégation. Plusieurs qui, j’ai lieu de le penser, sont véritablement pieux, ont été si profondément touchés par le sentiment de leur propre stérilité et de la manière indigne dont ils avaient traité le Rédempteur béni qu’ils tournaient les regards vers lui comme vers celui qu’ils avaient percé eux-mêmes, et pleuraient ; oui, quelques-uns d’entre eux étaient dans l’amertume, comme on pleure sur un premier-né.
« Quelques pauvres pécheurs réveillés paraissaient aussi dans l’angoisse de leur âme pour obtenir une part en Christ ; de sorte qu’il y avait un grand deuil dans l’assemblée : que de profonds gémissements, de sanglots et de larmes ! et une ou deux personnes, nouvellement venues parmi nous, ont été considérablement réveillées.
« Il me semble que le cœur de quiconque aime véritablement les intérêts de Sion aurait été rafraîchi de se trouver au milieu de cette influence divine et d’en voir les effets sur les saints et sur les pécheurs. Le lieu du culte divin paraissait à la fois solennel et doux ; et il était rendu si cher par la manifestation de la présence et de la grâce divines que ceux qui avaient quelque goût pour les choses divines ne pouvaient que s’écrier : “Que tes demeures sont aimables, Éternel des armées!” Après le culte public, beaucoup sont venus dans ma maison, où nous avons chanté et parlé des choses divines ; et la présence de Dieu semblait là aussi être au milieu de nous.
« Pendant que nous chantions, il y a eu une personne, la femme dont il est fait mention dans mon journal du 9 février, qui, j’ose le dire, si l’on me permet d’en dire autant de qui que ce soit que j’aie jamais vu, était “remplie d’une joie ineffable et glorieuse” ; et elle n’a pu qu’éclater en prières et en louanges à Dieu devant nous tous, avec beaucoup de larmes, s’écriant, tantôt en anglais, tantôt en indien : “Ô Seigneur béni ! viens, viens donc ! Oh ! emmène-moi ; laisse-moi mourir et aller à Jésus-Christ ! J’ai peur, si je vis, de pécher encore. Oh ! laisse-moi mourir maintenant ! Ô cher Jésus, viens donc ! Je ne peux pas rester, je ne peux pas rester ! Oh ! comment puis-je vivre dans ce monde ? emporte mon âme loin de ce lieu de péché ! Oh ! que je ne pèche plus jamais ! Oh ! que ferai-je, que ferai-je, cher Jésus ? Ô cher Jésus !” Elle est restée quelque temps dans cette extase, prononçant sans cesse ces expressions et d’autres semblables. Le grand argument qu’elle faisait valoir auprès de Dieu pour qu’il la prît immédiatement, c’était que “si elle vivait, elle pécherait contre lui”. Lorsqu’elle s’est un peu remise, je lui ai demandé si Christ était maintenant doux à son âme. Sur quoi, se tournant vers moi les larmes aux yeux, et avec toutes les marques de la plus profonde humilité que j’aie jamais vues chez personne, elle a dit : “Je vous ai bien des fois entendu parler de la bonté et de la douceur de Christ, qu’il valait mieux que le monde entier. Mais oh ! je ne savais rien de ce que vous vouliez dire. Je ne vous ai jamais crus, je ne vous ai jamais crus ! Mais maintenant je sais que c’est vrai” ; ou des paroles semblables. J’ai répondu : “Et voyez-vous en Christ assez pour le plus grand des pécheurs ?” Elle a répliqué : “Oh ! assez, assez pour tous les pécheurs du monde, s’ils voulaient seulement venir.” Quand je lui ai demandé “si elle ne pourrait pas leur parler de la bonté de Christ”, se tournant vers quelques âmes sans Christ qui se tenaient là et qui étaient très émues, elle a dit : “Oh ! il y a assez en Christ pour vous, si vous vouliez seulement venir. Oh ! efforcez-vous, efforcez-vous de lui livrer votre cœur”, etc. En entendant parler quelque peu de la gloire du ciel, et dire qu’il n’y avait point de péché dans ce monde-là, elle est retombée dans la même extase de joie et de désir de voir venir Christ, répétant ses expressions précédentes : “Ô cher Seigneur, laisse-moi partir ! Oh ! que ferai-je ? que ferai-je ? Je veux aller à Christ. Je ne peux pas vivre. Oh ! laisse-moi mourir”, etc.
« Elle est restée dans cette douce disposition plus de deux heures avant de pouvoir rentrer chez elle. Je sais très bien qu’il peut y avoir de grandes joies, s’élevant même jusqu’à l’extase, sans qu’il y ait pour autant aucune preuve solide qu’elles soient bien fondées. Mais dans le cas présent, il semblait ne manquer aucune preuve pour démontrer que cette joie était divine, que l’on considère ce qui l’a préparée, ce qui l’a accompagnée ou ce qui l’a suivie.
« De toutes les personnes que j’ai vues sous l’exercice spirituel, je n’en ai guère vu une seule qui parût plus courbée et plus brisée sous la conviction de péché et de misère, ou sous ce qu’on appelle ordinairement une œuvre préparatoire, que cette femme ; ni presque personne qui semblât mieux connaître son propre cœur qu’elle. Elle se plaignait souvent à moi de la dureté et de la rébellion de son cœur. Elle me disait que son cœur se soulevait et se querellait avec Dieu quand elle pensait qu’il ferait d’elle ce qu’il voudrait et l’enverrait en enfer, malgré ses prières, ses bonnes dispositions, etc. ; et que son cœur ne voulait pas venir à Christ pour le salut, mais cherchait du secours partout ailleurs. Comme elle semblait remarquablement consciente de son obstination et de son opposition à Dieu pendant qu’elle était sous la conviction, de même elle a paru non moins remarquablement courbée et réconciliée avec sa souveraineté avant d’obtenir aucun soulagement ni aucune consolation ; j’en ai noté quelque chose dans mon journal du 9 février. Depuis lors, elle a semblé respirer constamment l’humeur et l’esprit de la nouvelle créature, soupirant après Christ, non plus par crainte de l’enfer comme auparavant, mais avec d’ardents désirs de lui comme de sa seule portion capable de la satisfaire ; et bien des fois elle a pleuré et sangloté amèrement parce que, à ce qu’elle croyait, elle ne l’aimait pas et ne pouvait pas l’aimer. Quand je lui ai parfois demandé pourquoi elle paraissait si triste, et si c’était parce qu’elle avait peur de l’enfer, elle répondait : “Non, moi pas affligée pour cela ; mais mon cœur est si méchant que je ne peux pas aimer Christ” ; et là-dessus elle fondait en larmes. Mais bien que telle ait été la disposition habituelle de son esprit pendant plusieurs semaines de suite, de sorte que l’exercice de la grâce paraissait évident aux autres, elle semblait elle-même entièrement insensible à cela, et n’avait jamais eu de consolation remarquable ni de satisfaction sensible jusqu’à ce soir.
« Cette douce et surprenante extase paraissait jaillir d’une véritable découverte spirituelle de la gloire, de la beauté ravissante et de l’excellence de Christ, et non de quelque grossière notion imaginaire de sa nature humaine, comme de le voir en tel lieu ou dans telle posture, suspendu à la croix, saignant et mourant, souriant avec douceur, et autres choses semblables ; illusions par lesquelles certains se sont laissé emporter. Elle ne venait pas non plus de la basse et égoïste pensée qu’un bienfait quelconque lui était accordé, mais de la vue de l’excellence personnelle de Christ et de son amabilité transcendante ; c’est ce qui faisait naître en elle ces désirs véhéments de jouir de lui qu’elle manifestait alors, et qui lui faisait souhaiter ardemment de “quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur”.
« Les circonstances qui accompagnaient cette consolation ravissante montraient abondamment que sa source était divine, et que c’était vraiment “la joie du Saint-Esprit”. Désormais elle voyait les vérités divines comme des réalités vivantes, et pouvait dire : “Je sais que ces choses sont ainsi ; je sens qu’elles sont vraies !” Désormais son âme était soumise à la volonté divine sur le point le plus sensible ; si bien que, lorsque je lui demandai : “Et si Dieu vous retirait votre mari, qui était alors très malade, comment pensez-vous que vous pourriez le supporter ?” elle répondit : “Il appartient à Dieu, et non à moi ; il peut faire de lui tout ce qui lui plaît.” Désormais elle avait le sentiment le plus vif du mal qu’est le péché, et témoignait pour lui la plus extrême aversion, désirant mourir afin d’en être délivrée. Désormais elle pouvait librement remettre son tout à Dieu pour le temps et pour l’éternité. Quand je lui demandai “comment elle consentirait à mourir et à laisser son petit enfant, et ce qu’elle pensait qu’il deviendrait en ce cas”, elle répondit : “Dieu prendra soin de lui. Il lui appartient. Il prendra soin de lui.” Désormais elle semblait avoir le sentiment le plus humiliant de sa propre bassesse et de son indignité, de sa faiblesse et de son impuissance à se garder du péché et à persévérer dans la voie de la sainteté, et elle s’écriait : “Si je vis, je pécherai.” Je pensai alors que je n’avais jamais vu de toute ma vie une telle apparence d’extase et d’humilité réunies en une seule personne.
« Les suites de cette joie ne sont pas moins désirables ni moins satisfaisantes que ce qui l’accompagnait. Depuis lors, elle paraît être une chrétienne des plus tendres, au cœur brisé, affectueuse, pieuse et humble, aussi exemplaire dans sa vie et dans sa conduite que qui que ce soit dans mon assemblée. Puisse-t-elle toujours “croître dans la grâce et dans la connaissance de Christ”.
10 mars. « Vers le soir, les Indiens se sont réunis d’eux-mêmes ; ils ont chanté, prié et parlé entre eux des choses divines, et il y a eu alors parmi eux beaucoup d’émotion. Quelques-uns, que l’on peut espérer pieux, semblaient fondre devant les choses divines, et quelques autres paraissaient fort inquiets pour leur âme. Voyant leur ardeur et leur émotion dans les exercices religieux, je suis allé au milieu d’eux, j’ai prié et je leur ai adressé une parole d’exhortation ; et j’en ai remarqué deux ou trois quelque peu touchés et inquiets, qui jusque-là n’avaient presque jamais paru sous aucune impression religieuse. Ce semblait être une journée et une soirée de puissance divine. Beaucoup gardaient encore les vives impressions des choses divines qui avaient été faites sur leur esprit la veille.
14 mars. — « J’ai reçu la visite d’une bonne partie de mon peuple, et j’ai passé quelque temps avec eux en exercices religieux.
15 mars. « Le soir, j’ai fait le catéchisme. Mon peuple a répondu aux questions qu’on lui posait avec une promptitude et un jugement surprenants. Il y a eu quelque chaleur et un sentiment vif des choses divines parmi ceux que j’ai lieu d’espérer être de vrais chrétiens, tandis que je parlais de la paix de la conscience et de la joie par le Saint-Esprit. Ceux-là semblaient vivifiés et ranimés dans le service divin, bien qu’il n’y eût pas autant d’apparence d’inquiétude chez ceux que j’ai lieu de croire encore dans un état sans Christ.
Jour du Seigneur, 16 mars. — « J’ai prêché à mon assemblée sur Hébreux 2:1-3. La vérité divine a paru avoir une influence assez considérable sur quelques-uns des auditeurs, et elle a fait couler bien des larmes et provoqué de profonds soupirs et des sanglots, tant chez ceux qui ont donné des preuves qu’ils sont de vrais chrétiens que chez d’autres aussi. Les impressions produites sur l’auditoire ont paru en général profondes et touchant le cœur, et non superficielles, bruyantes et affectées.
« Vers le soir, j’ai de nouveau parlé du grand salut. La parole a de nouveau été accompagnée d’une certaine puissance sur l’auditoire. Beaucoup pleuraient avec émotion et, selon toute apparence, sans feinte ; si bien que l’Esprit de Dieu semblait se mouvoir sur la face de l’assemblée. La femme dont j’ai parlé dans mon journal du dernier jour du Seigneur a fait profession de sa foi, et elle paraissait dans une disposition d’esprit pieuse, humble et excellente.
« Le soir, ma maison étant remplie de mon peuple, j’ai passé le temps avec eux en exercices religieux jusqu’à ce que mes forces fussent presque épuisées. Ils sont si infatigables dans les exercices religieux, et si insatiables dans leur soif de connaissance chrétienne, que parfois je ne puis guère éviter de travailler au point d’épuiser grandement mes forces et mon courage.
19 mars. — « Plusieurs des personnes qui étaient allées avec moi aux Fourches du Delaware en février dernier, et qui y avaient été retenues par la maladie dangereuse de l’un de leurs compagnons, ne sont rentrées chez elles qu’aujourd’hui. Là-dessus, mon peuple s’est réuni en grand nombre de lui-même pour passer quelque temps en exercices religieux, et surtout pour rendre grâces à Dieu de sa bonté qui avait gardé ceux qui avaient été absents plusieurs semaines, et de sa miséricorde qui avait rétabli celui qui avait été malade, et de ce qu’il les leur avait maintenant tous ramenés sains et saufs. Comme j’étais alors absent, ils ont prié mon maître d’école de les aider à conduire leur service religieux ; et il me dit qu’ils ont paru ardents et émus dans des prières répétées, dans le chant, etc.
22 mars. — « Le soir, j’ai fait le catéchisme selon ma méthode habituelle. Mon peuple a répondu aux questions à ma grande satisfaction. Il n’a rien paru de très remarquable dans l’assemblée, eu égard à ce qui est devenu ordinaire parmi nous. Je puis pourtant dire avec justice que l’attention soutenue, la tendresse et l’émotion, les nombreuses larmes et les sanglots qui touchent le cœur, qui se voyaient chez beaucoup dans l’assemblée, auraient été très remarquables, si Dieu n’avait rendu ces choses ordinaires parmi nous, et même chez les étrangers peu après leur arrivée au milieu de nous, de temps à autre. Je suis loin de penser que chaque apparence et chaque cas particulier d’émotion qui s’est produit parmi nous ait été vraiment authentique et procédé purement d’une influence divine. Je sais le contraire, et je ne doute pas qu’il n’y ait eu quelque mélange corrompu, quelque paille aussi bien que du froment ; surtout depuis que la préoccupation religieuse est devenue si commune et si répandue ici.
Jour du Seigneur, 23 mars. — « Comme environ quinze étrangers, des adultes, étaient arrivés parmi nous dans la semaine écoulée, et que plusieurs d’entre eux n’avaient jamais assisté à aucune réunion religieuse jusqu’à ce jour, j’ai jugé à propos de parler aujourd’hui d’une manière particulièrement adaptée à leur situation et à leur capacité ; et je l’ai tenté sur Osée 13:9 : “Ô Israël, tu t’es perdu toi-même.” Le matin, j’ai exposé, de la manière la plus simple que j’ai pu, l’apostasie de l’homme et son état de ruine, après avoir dit quelques mots de l’être et des perfections de Dieu, et de la création de l’homme dans un état de droiture et de bonheur. L’après-midi, je me suis efforcé d’exposer la glorieuse provision que Dieu a faite pour la rédemption des créatures apostates, en donnant son propre Fils bien-aimé pour souffrir à leur place et satisfaire pour elles à la justice divine. Il n’y a pas eu dans l’assemblée cette émotion et cette inquiétude qui ont été ordinaires parmi nous, bien qu’une attention désirable parût en général, et même chez la plupart des étrangers.
« Vers le coucher du soleil, j’ai ressenti dans mon esprit une inquiétude peu commune, surtout pour les pauvres étrangers, de ce que Dieu avait tant retenu sa présence et l’influence puissante de son Esprit loin de l’assemblée pendant les exercices du jour, et leur avait ainsi refusé ce degré de conviction que j’espérais qu’ils auraient pu recevoir. Dans cette disposition, j’ai visité plusieurs maisons, et j’ai parlé avec quelque inquiétude et quelque émotion à plusieurs personnes en particulier, mais sans grande apparence de succès, jusqu’à ce que j’arrive à une maison où se trouvaient plusieurs des étrangers. Là, les vérités solennelles dont je parlais ont paru produire leur effet : d’abord sur quelques enfants, puis sur plusieurs adultes qui avaient déjà été un peu réveillés auparavant, et ensuite sur plusieurs des étrangers païens.
« J’ai continué mon discours avec quelque ferveur, jusqu’à ce que presque tous ceux qui étaient dans la maison fussent fondus en larmes ; beaucoup pleuraient tout haut et paraissaient vivement soucieux d’obtenir une part en Christ. Là-dessus, un grand nombre sont bientôt accourus de toutes les maisons d’alentour, et ils ont tellement rempli le lieu que nous avons été obligés de nous transporter dans la maison où nous nous réunissions d’ordinaire pour le culte public. L’assemblée s’est formée aussitôt, et comme beaucoup paraissaient remarquablement touchés, j’ai parlé quelque temps sur Luc 19:10, m’efforçant d’exposer la miséricorde, la compassion et le souci de Christ pour les pécheurs perdus, sans secours et ruinés. Il y avait dans l’assemblée beaucoup d’inquiétude et d’émotion visibles, et je ne doute pas qu’une influence divine n’ait accompagné ce qui était dit jusqu’au cœur de beaucoup. Il y avait cinq ou six des étrangers, hommes et femmes, qui paraissaient considérablement réveillés ; et, en particulier, un jeune homme très rude, qui semblait ne devoir être ému par rien, a été amené maintenant à trembler comme le geôlier, et à pleurer longtemps.
« Les païens qui avaient été réveillés semblaient dépouiller d’un coup leur rudesse sauvage et leurs mœurs païennes, et ils sont devenus sociables, rangés et humains dans leur conduite. Quand ils étaient arrivés, j’avais exhorté les gens pieux de mon peuple à prendre de la peine avec eux, comme ils l’avaient fait de temps à autre avec d’autres étrangers, pour les instruire dans le christianisme. Mais quand certains d’entre eux tentaient quelque chose de ce genre, les étrangers se levaient bientôt et s’en allaient dans d’autres maisons pour éviter d’entendre de tels discours. Sur quoi, quelques-unes des personnes sérieuses étaient convenues de se disperser dans les diverses parties de l’établissement, de sorte que, partout où allaient les étrangers, ils rencontraient quelque discours instructif et de chaleureux appels touchant leur salut. Mais à présent il n’était plus besoin d’user d’adresse pour trouver l’occasion de parler à certains d’entre eux de leurs intérêts spirituels ; car ils étaient si touchés du sentiment de leur état de perdition, qu’ils se prêtaient volontairement aux appels les plus pressants qu’on leur adressait au sujet de leur péché et de leur misère, et de leur besoin de connaître le grand Rédempteur et d’avoir part en lui.
24 mars. — « J’ai dénombré les Indiens pour voir combien d’âmes Dieu avait rassemblées ici depuis mon arrivée dans ces contrées, et j’ai trouvé qu’il y avait maintenant environ cent trente personnes réunies, jeunes et vieux. Plusieurs de ceux qui sont mes auditeurs habituels, peut-être au nombre de quinze ou vingt, étaient absents en ce moment. Si tous avaient été réunis, le nombre aurait été à présent très considérable ; surtout si l’on considère combien peu ils étaient réunis lors de ma première venue dans cette partie du pays : le nombre total ne montait pas alors à dix personnes.
« Mon peuple est parti aujourd’hui dans le dessein de défricher une partie de leurs terres, à plus de quinze milles de cet établissement, afin de s’y fixer en un groupe compact, où ils pourraient jouir de l’avantage d’assister au culte public de Dieu, de faire instruire leurs enfants dans une école, et en même temps de disposer de commodités pour les cultures ; leurs terres, à l’endroit de notre résidence actuelle, étant de peu ou point de valeur pour cet usage. Le dessein de s’établir ainsi en corps et de cultiver leurs terres, ce qu’ils ont très peu fait dans leur état païen, étant d’une telle nécessité et d’une telle importance pour leur intérêt religieux aussi bien que pour leur bien-être temporel, j’ai jugé à propos de les réunir et de leur montrer le devoir de travailler avec fidélité et application, et qu’ils ne devaient plus maintenant “être paresseux dans leurs affaires”, comme ils l’avaient toujours été dans leur état païen. Je me suis efforcé de leur faire sentir combien il importait qu’ils fussent laborieux, diligents et vigoureux dans la conduite de leurs affaires, surtout dans la conjoncture présente, la saison des semailles étant maintenant proche, afin d’être en mesure de vivre ensemble et de jouir des moyens de grâce et d’instruction. Après leur avoir donné des directions pour leur travail, dont ils avaient grand besoin, aussi bien que pour leur conduite à divers égards, j’ai expliqué, chanté et tâché de leur inculquer le psaume du Dr Watts :
Si Dieu refuse de bâtir la maison, etc.
et, après les avoir recommandés à Dieu, eux et le dessein de leur départ, par la prière avec eux, je les ai renvoyés à leur ouvrage.
« Le soir, j’ai lu et expliqué à ceux de mon peuple qui étaient encore à la maison, et aux étrangers nouvellement arrivés, la substance du 3e chapitre des Actes. Beaucoup semblaient fondre sous la parole, surtout pendant que je parlais du verset 19 : “Repentez-vous donc et convertissez-vous”, etc. Plusieurs des étrangers aussi ont été touchés. Quand je leur ai demandé ensuite s’ils ne sentaient pas maintenant que leur cœur était méchant, comme je le leur avais enseigné, l’une d’elles a répondu : “Oui, elle le sentait maintenant.” Pourtant, avant de venir ici, en apprenant que j’enseignais aux Indiens que leur cœur était tout mauvais par nature et avait besoin d’être changé et rendu bon par la puissance de Dieu, elle avait dit : “Que son cœur n’était pas méchant, et qu’elle n’avait jamais rien fait de mal de sa vie.” Tel paraît être, en effet, leur cas à tous, je pense, dans leur état païen. Ils semblent n’avoir aucune conscience du péché et de la culpabilité, à moins de pouvoir se reprocher quelque acte grossier de péché contraire aux commandements de la seconde table.
27 mars. — « J’ai parlé à plusieurs membres de mon peuple dans l’une de leurs maisons, d’une manière plus privée. Je me suis enquis en particulier de leur état spirituel, afin de voir sous quelles impressions ils se trouvaient. Je leur ai exposé les marques d’un état régénéré, aussi bien que d’un état non régénéré, et je me suis efforcé d’adapter et d’adresser mon discours à chacun d’eux selon que je jugeais de son état. Un nombre considérable s’étaient rassemblés avant que j’eusse achevé mon discours, et plusieurs semblaient fort touchés tandis que j’insistais sur la nécessité et l’importance infinie d’entrer dans un état renouvelé. Je trouve qu’un entretien particulier et pressant avec les âmes, en privé, a souvent beaucoup de succès.
29 mars. — « Le soir, j’ai fait le catéchisme, comme d’habitude le samedi. J’ai traité des bienfaits que les croyants reçoivent de Christ à la mort. Les réponses aux questions ont été données avec une grande promptitude et une grande justesse ; et ceux que j’ai lieu de croire le cher peuple de Dieu ont été en général doucement attendris. Il paraissait une telle vivacité et une telle vigueur dans leur assiduité à la parole de Dieu, et un tel empressement à devenir participants des bienfaits dont il était question, qu’ils semblaient non seulement “attendre”, mais “hâter l’avènement du jour de Dieu”. Les vérités divines semblaient distiller sur l’auditoire avec une efficacité douce, mais pénétrante, comme “une pluie qui tombe sur un terrain fauché”. L’assemblée en général, aussi bien que ceux qui paraissent vraiment pieux, a été touchée par quelques brefs récits de la félicité des hommes pieux à la mort ; et la plupart ont alors montré une inclination émue à s’écrier : “Que je meure de la mort des justes, Et que ma fin soit semblable à la leur!” ; bien que beaucoup ne fussent pas dûment engagés à obtenir le changement de cœur qui est nécessaire pour cette fin bienheureuse.
Jour du Seigneur, 30 mars. — « J’ai parlé sur Matthieu 25:31-40. Il y a eu dans l’assemblée un mouvement très considérable et un attendrissement plein d’émotion. J’espère que des impressions réelles, profondes et durables des choses divines ont été faites sur l’esprit de beaucoup. Il y avait un vieillard, nouvellement arrivé parmi nous, qui paraissait considérablement réveillé, et qui n’avait jamais été touché d’aucune inquiétude pour son âme auparavant. Le soir, j’ai fait le catéchisme. Il n’y a pas eu parmi le peuple de Dieu cette tendresse et cet attendrissement fervent qui avaient paru la veille au soir, et bien d’autres fois. Ils ont répondu aux questions distinctement et bien, et ont été pieux et attentifs dans le service divin.
31 mars. — « J’ai réuni mon peuple, comme je l’avais fait le lundi soir précédent, et je leur ai de nouveau parlé de la nécessité et de l’importance de travailler avec application afin de vivre ensemble et de jouir des moyens de grâce, etc. Après avoir fait au milieu d’eux une prière solennelle à Dieu pour qu’il bénisse leurs efforts, je les ai renvoyés à leur ouvrage. Beaucoup d’entre eux, hommes et femmes, semblaient s’offrir de bon cœur à ce service ; et quelques-uns paraissaient vivement soucieux que Dieu allât avec eux et commençât pour eux leur petite ville, afin que, par sa bénédiction, elle fût un lieu agréable pour eux et les leurs, tant pour se procurer les nécessités de la vie que pour assister au culte de Dieu.
5 avril. — « Le soir, j’ai fait le catéchisme. Il a paru y avoir quelque émotion et une ardeur fervente dans le service divin à travers toute l’assemblée, surtout vers la conclusion de mon discours. Après le culte public, un certain nombre de ceux que j’ai lieu de croire vraiment pieux sont venus chez moi, et semblaient avides d’un nouvel entretien sur les choses divines. Tandis que je m’entretenais avec eux de leurs expériences selon l’Écriture, leur faisant remarquer que l’œuvre de Dieu dans le cœur de tous ses enfants était, pour le fond, la même, et que leurs épreuves et leurs tentations étaient aussi semblables, et leur montrant l’obligation où sont de tels croyants de s’aimer les uns les autres d’une manière particulière, ils ont semblé fondre de tendresse et d’affection les uns pour les autres. J’ai pensé que cette marque particulière qu’ils sont les disciples de Christ, savoir, l’amour qu’ils ont les uns pour les autres, n’avait presque jamais paru plus évidente qu’en ce moment.
Jour du Seigneur, 6 avril. — « J’ai prêché sur Matthieu 7:21-23. Il y a eu dans l’auditoire des effets considérables de la parole, visibles et très désirables : une attention sérieuse, une grande solennité, beaucoup de larmes et de profonds soupirs, que l’on retenait avec modestie dans une mesure considérable, et qui paraissaient sans affectation et sans aucune agitation inconvenante des passions. Beaucoup de personnes pieuses ont été amenées à un examen sérieux et rigoureux de leur état spirituel en entendant que “ce ne sont pas tous ceux qui disent à Christ : Seigneur, Seigneur ! qui entreront dans son royaume”. Quelques-uns ont exprimé la crainte de s’être trompés eux-mêmes et d’avoir embrassé une fausse espérance, parce qu’ils trouvaient qu’ils avaient si peu fait la volonté de son Père qui est dans les cieux.
« Il y a eu un homme amené à une inquiétude très grande et très pressante pour son âme, ce qui s’est surtout manifesté après qu’il se fut retiré du culte public. Ce qui lui causait, dit-il, son grand malaise, ce n’était pas tant quelque péché particulier, que le fait de n’avoir jamais fait du tout la volonté de Dieu, mais d’avoir péché continuellement, et de n’avoir ainsi aucun droit au royaume des cieux. L’après-midi, je leur ai exposé la discipline de Christ dans son Église, et la manière dont il faut agir envers ceux qui commettent des fautes ; les personnes pieuses ont alors été fort touchées, surtout en entendant que le coupable qui persiste dans son obstination doit finalement être regardé et traité “comme un païen”, comme un idolâtre qui n’a ni part ni lot parmi le peuple visible de Dieu. Ils semblaient en concevoir les appréhensions les plus redoutables, l’état de paganisme, dont ils avaient été tirés si récemment, leur paraissant tout à fait effrayant.
« Après le culte public, j’ai visité plusieurs maisons pour voir comment ils passaient le reste du sabbat, et pour m’entretenir solennellement avec eux des grands intérêts de leur âme. Le Seigneur a semblé sourire à mes efforts privés, et rendre ces appels particuliers et personnels plus efficaces sur quelques-uns que mes discours publics.
7 avril. — « Le soir, j’ai parlé à mon peuple sur 1 Corinthiens 11:23-26. Je me suis efforcé de leur exposer l’institution, la nature et les fins de la sainte cène, aussi bien que les qualités et les préparations nécessaires pour participer dignement à cette ordonnance. Beaucoup ont paru fort touchés de l’amour de Christ, manifesté en ce qu’il a pourvu ainsi à la consolation de son peuple, au moment même où il entrait dans ses plus cruelles souffrances.
Jour du Seigneur, 20 avril. — « J’ai parlé, le matin et l’après-midi, sur Luc 24, expliquant la plus grande partie du chapitre et faisant des remarques à son sujet. Il y avait dans l’auditoire une attention désirable, bien qu’il n’y eût pas autant d’apparence d’émotion et de tendresse parmi eux qu’il était habituel. Notre réunion était très nombreuse, plusieurs étrangers étant présents qui n’avaient jamais été avec nous auparavant.
« Le soir, j’ai fait le catéchisme. Mon peuple a répondu promptement et distinctement aux questions qu’on lui proposait, et je pouvais voir qu’ils avançaient dans la connaissance des principes du christianisme. Il y a eu cette fois dans l’assemblée un attendrissement plein d’émotion. Plusieurs, que je crois vraiment pieux, ont été rafraîchis et vivifiés, et semblaient, d’après leurs propos et leur conduite après le culte public, être “unis dans la charité”. Ç’a été un temps doux et béni, comme beaucoup d’autres dont mon pauvre peuple a été favorisé ces derniers mois. Dieu a fait que cette petite toison fût à plusieurs reprises mouillée de la rosée bénie de sa grâce divine, tandis que toute la terre alentour restait comparativement sèche.
25 avril. — « J’ai mis à part cette journée, en préparation à l’administration de la sainte cène, pour un jeûne solennel et la prière. Le dessein était d’implorer la bénédiction de Dieu sur le renouvellement de notre alliance avec lui et les uns avec les autres, pour marcher ensemble dans la crainte de Dieu, dans l’amour et la communion chrétienne, et de le supplier que sa présence fût avec nous lorsque nous nous approcherions de sa table, comme nous en avions le dessein ; et aussi de nous humilier devant Dieu à cause du retrait apparent, au moins dans une certaine mesure, de cette influence bénie qui a été si puissante parmi nous sur des personnes de tout âge ; et encore à cause de l’apparition croissante de l’insouciance, de la vanité et du vice chez certains qui avaient paru autrefois touchés et émus par la vérité divine, et amenés à quelque sentiment de leur état misérable et perdu par nature. On voulait aussi prier avec instance pour l’établissement paisible des Indiens réunis en un seul corps, afin qu’ils pussent former une assemblée commode pour le culte de Dieu, et pour que Dieu fît échouer toutes les tentatives qui étaient faites, ou pourraient l’être, contre ce pieux dessein.
Il s’élevait alors en divers endroits du pays une terrible clameur contre les Indiens, avec des insinuations comme si je les dressais à couper la gorge aux gens. Beaucoup souhaitaient qu’on les bannît de ces contrées, et quelques-uns proféraient de grandes menaces pour les effrayer et les détourner de s’établir sur la meilleure et la plus commode étendue de leurs propres terres, menaçant de leur faire des procès et prétendant avoir eux-mêmes des droits sur ces terres, qui n’avaient pourtant jamais été achetées aux Indiens.
« La solennité a été observée et suivie sérieusement, non seulement par ceux qui se proposaient de communier à la table du Seigneur, mais par toute l’assemblée. Dans la première partie du jour, je me suis efforcé d’exposer à mon peuple la nature et le but d’un jeûne, comme j’avais déjà tenté de le faire plus brièvement, et de les instruire des devoirs d’une telle solennité. L’après-midi, j’ai insisté sur les raisons particulières que nous avions de nous livrer à ces exercices solennels en ce moment, tant à cause du besoin où nous étions du secours divin pour nous préparer dûment à cette ordonnance sacrée, à laquelle quelques-uns d’entre nous se proposaient, avec la permission de la divine Providence, de prendre part prochainement, qu’à cause du déclin manifeste de l’œuvre de Dieu ici quant à la conviction et à la conversion effectives des pécheurs, peu de personnes ayant été dernièrement réveillées profondément de leur état de fausse sécurité. Le culte de Dieu a été suivi avec une grande solennité et un grand respect, avec beaucoup de tendresse et beaucoup de larmes, par ceux qui paraissaient vraiment pieux ; et il y a eu quelque apparence de puissance divine sur ceux qui avaient été réveillés quelque temps auparavant et qui étaient encore inquiets.
« Après des prières répétées et l’écoute de la parole de Dieu, j’ai proposé aux personnes pieuses, avec autant de brièveté et de simplicité que j’ai pu, la substance de la doctrine de la foi chrétienne, comme je l’avais fait auparavant, et j’ai obtenu de nouveau leur joyeux assentiment. Je les ai alors conduits à un renouvellement solennel de leur alliance, par laquelle ils s’étaient expressément et publiquement donnés à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le reconnaissant pour leur Dieu, et renonçant en même temps à leurs vanités païennes, à leurs pratiques idolâtres et superstitieuses ; s’engageant solennellement à prendre la Parole de Dieu, autant qu’elle leur était ou pourrait leur être connue, pour règle de leur vie ; promettant de marcher ensemble dans l’amour, de veiller sur eux-mêmes et les uns sur les autres, de mener une vie sérieuse et pieuse, et de remplir les devoirs qui leur incombaient respectivement selon leurs relations, etc. Cet acte solennel s’est accompli avec beaucoup de gravité et de sérieux, et en même temps avec la plus grande promptitude, la plus grande liberté et la plus grande joie ; et une union et une harmonie religieuses des âmes semblaient couronner toute la solennité. Le soir, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il y avait eu des marques manifestes de la présence divine avec nous dans tous les services de la journée, bien qu’il fût manifeste aussi qu’il n’y avait pas chez les âmes sans Christ cette inquiétude qui a souvent paru ici.
26 avril. — « Vers midi, j’ai prié avec un enfant mourant, et j’ai adressé une parole d’exhortation aux assistants pour qu’ils se préparent à la mort ; ce qui a paru produire son effet sur quelques-uns. L’après-midi, j’ai parlé à mon peuple sur Matthieu 26:26-30, de l’auteur, de la nature et des desseins de la sainte cène, et je me suis efforcé de leur montrer qui sont ceux qui reçoivent dignement cette ordonnance. Les personnes pieuses ont été touchées, et même attendries par la vérité divine, par la vue de l’amour de Christ mourant. Plusieurs autres, qui étaient depuis quelques mois sous la conviction de leur état de perdition, paraissaient maintenant fort émus d’inquiétude, et engagés de nouveau à rechercher une part en Christ ; bien que je ne puisse pas dire que la parole de Dieu ait paru aussi vivante et efficace, aussi tranchante et pénétrante pour l’assemblée qu’elle l’avait été quelquefois auparavant.
« Le soir, j’ai catéchisé ceux qui devaient participer le lendemain à la sainte cène, sur l’institution, la nature et la fin de cette ordonnance, et j’ai eu une abondante satisfaction quant à leur connaissance doctrinale et à leur aptitude, à cet égard, à y prendre part. Ils paraissaient aussi, en général, avoir un sentiment touchant de la solennité de cette ordonnance sacrée, être humiliés par le sentiment de leur propre indignité à s’approcher de Dieu par elle, et être vivement soucieux d’y être dûment préparés. Leur cœur était plein d’amour les uns pour les autres, et c’était la disposition d’esprit qu’ils semblaient soucieux de garder et d’apporter avec eux à la table du Seigneur. Pendant le chant et la prière qui ont suivi le catéchisme, il a paru parmi eux une tendresse et un attendrissement agréables, et de telles marques d’amour fraternel et d’affection qu’on aurait été contraint de dire : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici” ; il est bon d’habiter là où se répand une si céleste influence.
Jour du Seigneur, 27 avril. — « J’ai prêché sur Tite 2:14 : “qui s’est donné lui-même pour nous”, etc. La parole de Dieu a été accompagnée cette fois de quelque apparence de puissance divine sur l’assemblée, de sorte que l’attention et la gravité de l’auditoire ont été remarquables ; et surtout vers la conclusion de l’exercice, beaucoup de personnes ont été fort touchées. J’ai administré la sainte cène à vingt-trois des Indiens, les hommes et les femmes étant à peu près en nombre égal ; plusieurs autres, au nombre de cinq ou six, qui sans cela auraient communié avec nous, étant alors absents aux Fourches du Delaware. L’ordonnance a été célébrée avec une grande solennité, et avec une tendresse et une émotion des plus désirables. Il était remarquable que, pendant l’administration de l’ordonnance, surtout pendant la distribution du pain, ils semblaient touchés de la manière la plus vive, comme si Christ avait été réellement crucifié sous leurs yeux. Les paroles de l’institution, quand elles étaient répétées et développées pendant l’administration, semblaient rencontrer le même accueil, être reçues avec la même foi libre et entière et le même engagement ému de l’âme, que si le Seigneur Jésus-Christ lui-même avait été présent et leur avait parlé en personne. Les émotions des communiants, quoique considérablement élevées, étaient néanmoins agréablement réglées et contenues dans de justes bornes. De sorte qu’il y avait un attendrissement doux, paisible et plein d’émotion, sans aucune agitation inconvenante ou bruyante des passions.
« Après m’être reposé quelque temps après l’administration de la sainte cène, étant extrêmement fatigué par la longueur nécessaire de l’œuvre, je suis allé de maison en maison, et je me suis entretenu en particulier avec la plupart des communiants ; et j’ai trouvé qu’ils avaient presque tous été rafraîchis à la table du Seigneur, “comme par un vin nouveau”. Jamais de ma vie je n’ai vu une telle apparence d’amour chrétien chez aucun peuple. Elle était si remarquable qu’on aurait bien pu s’écrier avec une agréable surprise : “Voyez comme ils s’aiment les uns les autres !” Je pense qu’il ne pouvait y avoir de plus grandes marques d’affection mutuelle parmi le peuple de Dieu, aux premiers jours du christianisme, que celles qui paraissaient ici à présent. Ce spectacle était si désirable, et si digne de l’Évangile, qu’on ne pouvait en dire rien de moins que ceci : “C’est de l’Éternel que cela est venu” ; c’était l’opération authentique de celui “qui est amour”.
« Vers le soir, j’ai parlé de nouveau sur le texte déjà mentionné, Tite 2:14, et j’ai insisté sur la fin et le but immédiats de la mort de Christ, savoir : afin de racheter son peuple de toute iniquité, etc. Ce fut, semble-t-il, un temps de puissance divine parmi nous. Les personnes pieuses ont été fort rafraîchies, et paraissaient remarquablement tendres et affectueuses, pleines d’amour, de joie et de paix, et désireuses d’être complètement “rachetées de toute iniquité” ; si bien que quelques-unes m’ont dit ensuite “qu’elles n’avaient jamais rien senti de pareil auparavant”. Les convictions aussi ont paru se raviver en bien des cas, et plusieurs personnes ont été réveillées, que je n’avais jamais remarquées sous aucune impression religieuse auparavant.
« Telle était l’influence qui accompagnait notre assemblée, et si inexprimablement désirable la disposition d’esprit dont beaucoup jouissaient dans le service divin, qu’il semblait presque pénible de terminer le culte public. L’assemblée, une fois congédiée, bien qu’il fît alors presque nuit, paraissait répugner à quitter le lieu et les exercices qui lui avaient été rendus si chers par les bienfaits reçus, tandis qu’une influence bénie et vivifiante descendait sur elle goutte à goutte. Somme toute, je dois dire que j’ai eu une grande satisfaction, à divers égards, au sujet de l’administration de cette ordonnance. J’ai abondamment lieu de penser que ceux qui sont venus à la table du Seigneur avaient un bon degré de connaissance doctrinale de la nature et du but de l’ordonnance, et qu’ils ont agi avec intelligence dans ce qu’ils ont fait.
« Dans les services préparatoires, j’ai trouvé, je puis le dire avec justice, une liberté peu commune pour exposer à leur intelligence et à leur portée l’alliance de grâce, et pour leur montrer la nature de cette ordonnance. Ils comprenaient aussi parfaitement qu’elle n’était qu’un signe, et non le corps et le sang réels de Christ ; qu’elle était destinée au rafraîchissement et à l’édification de l’âme, et non au festin du corps. Ils connaissaient également la fin de l’ordonnance : qu’ils y étaient appelés à commémorer l’amour de Christ mourant.
« Cette connaissance doctrinale suffisante, jointe à leur assistance grave et décente à l’ordonnance, à leur attendrissement ému pendant sa célébration, et à la douce disposition d’esprit chrétienne qu’ils ont montrée ensuite, m’a donné une grande satisfaction quant à l’administration que je leur en ai faite. Oh ! quel temps doux et béni ce fut ! Dieu lui-même, j’en suis persuadé, était au milieu de son peuple. Je ne doute pas que beaucoup, à la fin de la journée, n’aient pu dire de tout leur cœur : “En vérité, un jour ainsi passé dans la maison de Dieu vaut mieux que mille ailleurs.” Il semblait n’y avoir qu’un seul cœur parmi les gens pieux. La douce union, l’harmonie, l’amour attachant et la tendresse qui régnaient entre eux étaient, me semblait-il, l’image la plus vivante du monde céleste que j’eusse jamais vue.
28 avril. — « J’ai conclu la solennité de la sainte cène par un discours sur Jean 14:15 : “Si vous m’aimez, gardez mes commandements.” Il a paru cette fois une tendresse très agréable dans l’auditoire en général, mais surtout chez les communiants. Oh ! combien ils paraissaient libres, ardents et pleins d’émotion dans le service de Dieu ! ils semblaient prêts à se faire percer l’oreille contre les poteaux de la porte de la maison de Dieu, pour être ses serviteurs à toujours.
« Voyant beaucoup d’entre eux dans cette excellente disposition, et l’assemblée en général touchée, et cela par une influence divine, j’ai jugé à propos de profiter de ce moment favorable, comme Ézéchias profita du temps désirable de sa grande Pâque, 2 Chroniques 31, afin d’avancer la bienheureuse réforme commencée parmi eux, et d’engager ceux qui paraissaient sérieux et pieux à y persévérer. Je leur ai donc proposé d’entrer de nouveau en alliance devant Dieu, s’engageant à veiller sur eux-mêmes et les uns sur les autres, de peur de déshonorer le nom de Christ en tombant dans des pratiques coupables et inconvenantes ; et surtout à veiller contre le péché d’ivrognerie, “le péché qui les enveloppe si facilement”, et contre les tentations qui y conduisent, aussi bien que contre l’apparence du mal à cet égard. Ils ont accepté de bon cœur la proposition et se sont expressément unis dans cette alliance ; sur quoi j’ai pris Dieu à témoin, de la manière la plus solennelle dont j’étais capable, de leurs engagements sacrés, et je leur ai rappelé la grandeur de la culpabilité qu’ils attireraient sur eux en la violant, en leur faisant remarquer aussi que Dieu serait un terrible témoin contre ceux qui oseraient le faire, au grand et glorieux jour du Seigneur. Ce fut un moment d’une solennité saisissante, et une crainte divine parut sur le visage de toute l’assemblée pendant cet acte. Les sanglots, les soupirs et les larmes émus étaient alors fréquents dans l’auditoire ; et je ne doute pas que beaucoup de cris silencieux ne soient montés alors vers la Source de la grâce, pour obtenir une grâce suffisante à l’accomplissement de ces engagements solennels.
Jour du Seigneur, 4 mai. — « Mon peuple étant maintenant transporté sur leurs terres, dont j’ai parlé dans mon journal du 24 mars, où ils étaient alors et où ils ont depuis préparé un établissement compact, afin de jouir plus commodément de l’Évangile et des autres moyens d’instruction, aussi bien que des commodités de la vie, je leur ai rendu visite aujourd’hui, étant maintenant obligé de prendre pension dans une famille anglaise à quelque distance d’eux ; et je leur ai prêché le matin sur Marc 4:5. Je me suis efforcé de leur montrer combien il y avait lieu de craindre que beaucoup d’apparences prometteuses et de commencements pleins d’espérance en religion ne finissent par avorter, comme la semence tombée dans les endroits pierreux.
« L’après-midi, j’ai parlé sur Romains 8:9 : “Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas.” J’ai lieu de penser que ce discours a été particulièrement de saison, et qu’il a eu un bon effet sur quelques-uns des auditeurs. J’ai passé ensuite quelques heures en entretien privé avec mon peuple, et je me suis appliqué à régler certaines choses que je jugeais aller de travers chez quelques-uns d’entre eux.
5 mai. — « J’ai de nouveau visité mon peuple, et je me suis occupé de leurs affaires temporelles, leur donnant des directions pour leur travail. Je découvre chaque jour davantage combien il importera sans doute à leurs intérêts religieux qu’ils deviennent laborieux et industrieux, au fait des travaux des champs, et capables dans une bonne mesure de produire par eux-mêmes les nécessités et les commodités de la vie ; car leur manière de vivre actuelle les expose grandement à des tentations de toutes sortes.
9 mai. — « J’ai prêché sur Jean 5:40, en plein désert, les Indiens n’ayant encore en ce lieu aucune maison pour le culte public, et à peine quelques abris pour eux-mêmes. Les vérités divines ont fait des impressions considérables sur l’auditoire, et ce fut un temps de grande solennité, de tendresse et d’émotion.
« Aujourd’hui, j’ai reçu dans la communion le sorcier, le meurtrier, etc., dont j’ai parlé dans mon journal du 8 août 1745 et du 1er février 1746, et qui paraît un exemple si remarquable de la grâce divine que je ne puis omettre d’en donner ici un bref récit. Il vivait près de ma réunion aux Fourches du Delaware, et y assistait quelquefois, depuis plus d’un an ; mais il était, comme beaucoup d’autres d’entre eux, extrêmement adonné à la boisson forte, et ne semblait en rien réformé par les moyens que j’employais avec eux pour leur instruction et leur conversion. À cette époque, il avait en outre tué un jeune Indien de belle espérance, ce qui l’avait jeté dans une sorte d’horreur et de désespoir, si bien qu’il se tenait à distance de moi et refusa de m’entendre prêcher pendant plusieurs mois de suite, jusqu’à ce que j’eusse l’occasion de m’entretenir librement avec lui et de l’encourager, en lui disant que son péché pouvait être pardonné à cause de Christ. Après cela, il assista de nouveau quelquefois à ma réunion.
« Mais ce qu’il y avait de pire dans toute sa conduite, c’était sa sorcellerie. Il était de ceux qu’on appelle parfois powaws, ou sorciers, parmi les Indiens ; et, malgré sa fréquente assistance à mes prédications, il continuait de pratiquer ses anciens charmes et ses tours de jonglerie, “se donnant pour un personnage important, et ils l’écoutaient attentivement”, le croyant doué d’une grande puissance. Lorsque je les instruisais des miracles opérés par Christ en guérissant les malades, etc., et que je les citais comme preuves de sa mission divine et de la vérité de sa doctrine, ils faisaient aussitôt remarquer les prodiges de ce genre que cet homme avait accomplis par ses charmes magiques. De là, ils avaient une haute opinion de lui et de ses notions superstitieuses ; ce qui semblait être, pour quelques-uns d’entre eux, un obstacle fatal à la réception de l’Évangile. J’avais souvent pensé que ce serait une grande faveur pour le dessein d’évangéliser ces Indiens si Dieu retirait ce misérable du monde ; car je n’avais presque aucune espérance qu’il devînt jamais bon. Mais Dieu, dont les pensées ne sont pas les pensées des hommes, a bien voulu prendre à son égard une voie beaucoup plus désirable ; une voie conforme à sa propre nature miséricordieuse, et, je l’espère, avantageuse à sa propre cause parmi les Indiens, aussi bien qu’efficace pour le salut de cette pauvre âme. À Dieu en soit la gloire !
« La première inquiétude véritable pour son âme fut éveillée en lui lorsqu’il vit mon interprète et sa femme faire publiquement profession de Christ, aux Fourches du Delaware, le 21 juillet 1745 ; ce qui agit si fort sur lui qu’à l’invitation d’un Indien ami du christianisme, il me suivit jusqu’à Crossweeksung, au commencement d’août, pour m’entendre prêcher ; et il y demeura plusieurs semaines, au temps du réveil le plus remarquable et le plus puissant parmi les Indiens ; il fut alors réveillé plus efficacement et amené à une grande inquiétude pour son âme. Et alors, dit-il, en “sentant la parole de Dieu dans son cœur”, comme il s’exprime, son esprit de sorcellerie le quitta entièrement, de sorte qu’il n’a pas eu depuis plus de pouvoir de cette nature que n’importe quel autre homme vivant. Il déclare aussi qu’il ne sait même plus comment il s’y prenait pour charmer et ensorceler, et qu’il ne pourrait plus rien faire de cette nature, quand même il le désirerait de toutes ses forces.
« Il demeura sous la conviction de son état de péché et de perdition, et dans un degré considérable d’inquiétude pour son âme, tout l’automne et la première partie de l’hiver dernier ; mais il ne fut pas aussi profondément éprouvé que vers le mois de janvier. Alors la parole de Dieu le saisit si fort qu’il fut plongé dans une profonde détresse, et ne savait que faire ni de quel côté se tourner. Il me dit alors que, lorsqu’il m’entendait prêcher de temps à autre en automne, ma prédication lui perçait le cœur et le rendait fort mal à l’aise, mais ne l’amenait pas à une si grande détresse, parce qu’il espérait encore pouvoir faire quelque chose pour se soulager lui-même ; mais à présent, disait-il, je l’avais acculé dans un coin si étroit qu’il n’avait plus aucune issue et ne pouvait éviter d’être dans la détresse. Il resta constamment sous le lourd fardeau et l’accablement d’un esprit blessé, jusqu’à ce qu’enfin il fût amené à l’angoisse aiguë et à l’extrême agonie d’âme dont j’ai parlé dans mon journal du 1er février, et qui dura cette nuit-là et une partie du jour suivant. Après cela, il fut amené au plus grand calme et à la plus grande tranquillité d’esprit ; son tremblement et son lourd fardeau lui furent ôtés, et il paraissait parfaitement paisible, bien qu’à son propre sentiment il n’eût presque aucune espérance de salut.
« Le voyant remarquablement calme, je lui demandai comment il allait. Il répondit : “C’est fini, c’est fini, tout est fini maintenant.” Je lui demandai ce qu’il voulait dire. Il répondit : “Je ne pourrai jamais rien faire de plus pour me sauver ; tout est fini pour toujours. Je ne puis plus rien faire.” Je lui demandai s’il ne pourrait pas faire encore un peu plus, plutôt que d’aller en enfer. Il répondit : “mon cœur est mort. Je ne pourrai jamais m’aider moi-même.” Je lui demandai ce qu’il pensait alors qu’il deviendrait. Il répondit : “Il faut que j’aille en enfer.” Je lui demandai s’il pensait qu’il était juste que Dieu l’envoyât en enfer. Il répondit : “Oh ! c’est juste. Le diable est en moi depuis que je suis né.” Je lui demandai s’il sentait cela lorsqu’il était dans une si grande détresse, la veille au soir. Il répondit : “Non ; je ne pensais pas alors que ce fût juste. Je pensais que Dieu m’enverrait en enfer, et que j’y tombais déjà ; mais mon cœur se querellait avec Dieu, et ne voulait pas dire qu’il était juste qu’il m’y envoyât. Mais maintenant je sais que c’est juste ; car j’ai toujours servi le diable, et mon cœur n’a maintenant aucune bonté en lui, mais il est aussi mauvais qu’il l’a jamais été”, etc. Je pensai que je n’avais presque jamais vu personne plus efficacement détaché de toute confiance en ses propres inventions et en ses propres efforts pour le salut, ni plus visiblement couché aux pieds de la miséricorde souveraine, que cet homme ne l’était sous ces vues des choses.
« Il demeura plusieurs jours dans cette disposition d’esprit, prononçant contre lui-même la sentence de condamnation, et reconnaissant constamment qu’il serait juste qu’il fût damné, et qu’il s’attendait à ce que ce fût là son partage à cause de la grandeur de ses péchés. Pourtant il était clair qu’il avait une secrète espérance de miséricorde, quoique imperceptible pour lui-même, qui le gardait non seulement du désespoir, mais de toute détresse pressante ; de sorte qu’au lieu d’être triste et abattu, son visage même paraissait agréable et serein.
« Pendant qu’il était dans cette disposition, il me demanda plusieurs fois “quand je prêcherais de nouveau”, et semblait désireux d’entendre la parole de Dieu chaque jour. Je lui demandai “pourquoi il voulait m’entendre prêcher, puisque son cœur était mort et que tout était fini ; qu’il ne pourrait jamais s’aider lui-même, et qu’il s’attendait à devoir aller en enfer”. Il répondit : “J’aime vous entendre parler de Christ malgré tout.” J’ajoutai : “Mais quel bien cela vous fera-t-il, s’il vous faut aller en enfer à la fin ?” — usant maintenant avec lui de son propre langage, car auparavant je m’étais efforcé de temps à autre, de la meilleure manière que je pouvais, de lui représenter l’excellence de Christ, sa pleine suffisance et sa volonté de sauver les pécheurs perdus, et les personnes précisément dans son cas, mais en vain, quant à lui procurer quelque consolation particulière. Il répondit : “Je voudrais que les autres viennent à Christ, même s’il me faut aller moi-même en enfer.” Il était remarquable qu’il semblait avoir un grand amour pour le peuple de Dieu, et que rien ne le touchait autant que la pensée d’être séparé d’eux. Cela semblait être une part très redoutable de l’enfer auquel il se voyait condamné. Il était remarquable aussi qu’en ce temps-là il était des plus diligents dans l’usage de tous les moyens du salut de l’âme, bien qu’il vît le plus clairement l’impuissance des moyens à lui porter secours. Il disait souvent que tout ce qu’il faisait ne signifiait absolument rien ; et pourtant il n’avait jamais été plus constant à le faire, assistant chaque jour à la prière secrète et à la prière en famille, et étonnamment diligent et attentif à écouter la parole de Dieu ; de sorte qu’il ne désespérait pas de la miséricorde, et ne présumait pas non plus d’espérer en ses propres œuvres, mais il usait des moyens parce qu’ils sont établis de Dieu en vue du salut, et parce qu’il voulait attendre Dieu dans la voie qu’il a choisie.
« Après qu’il fut resté dans cette disposition d’esprit plus d’une semaine, pendant que je parlais en public, il sembla avoir une vue vive et rafraîchissante pour l’âme de l’excellence de Christ et de la voie du salut par lui, qui le fondit en larmes et le remplit d’admiration, de consolation, de contentement et de louange envers Dieu. Depuis lors, il paraît être un chrétien humble, pieux et affectueux, sérieux et exemplaire dans ses propos et dans sa conduite, se plaignant souvent de sa stérilité, de son manque de chaleur, de vie et d’activité spirituelles, et pourtant souvent favorisé d’influences vivifiantes et rafraîchissantes. À tous égards, autant que je suis capable d’en juger, il porte les marques d’un homme “créé de nouveau en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres”.
« Son zèle pour la cause de Dieu m’a fait plaisir lorsqu’il était avec moi aux Fourches du Delaware en février dernier. Il y avait, à l’endroit où je prêchais, un vieil Indien qui menaçait de nous ensorceler, moi et mes gens pieux qui m’y avaient accompagné ; cet homme le défia aussitôt de faire du pis qu’il pourrait, lui disant qu’il avait été lui-même aussi grand sorcier que lui, et que néanmoins, dès qu’il avait senti dans son cœur cette parole qu’aimaient ces gens, voulant dire la parole de Dieu, son pouvoir d’ensorceler l’avait aussitôt quitté. “Et il en serait de même pour toi, dit-il, si tu la sentais une seule fois dans ton cœur ; et tu n’as aucun pouvoir de leur faire du mal, ni même de toucher l’un d’eux”, etc. De sorte que je puis conclure mon récit à son sujet en faisant remarquer, par allusion à ce qui fut dit de saint Paul, qu’il “défend maintenant avec zèle et prêche par sa vie la foi qu’il s’efforçait alors de détruire”, ou du moins qu’il contribuait à entraver. Que Dieu ait la gloire du changement étonnant qu’il a opéré en lui !
Jour du Seigneur, 18 mai. — « J’ai parlé, aux deux parties de la journée, sur Apocalypse 3:20 : “Voici, je me tiens à la porte, et je frappe.” Il a paru un attendrissement plein d’émotion vers la conclusion de l’exercice du matin, et un ou deux cas de nouveau réveil. Pendant l’intervalle du culte public, j’ai saisi l’occasion de parler à un certain nombre de personnes d’une manière plus privée de la bonté et de la patience du bienheureux Rédempteur qui se tient à la porte et frappe, qui continue ses appels de grâce aux pécheurs qui ont longtemps négligé et méprisé sa grâce ; ce qui a semblé produire quelque effet sur plusieurs.
« L’après-midi, la vérité divine a été accompagnée de solennité et de quelques larmes, bien qu’il n’y eût pas cette puissante influence de réveil et de vivification qui a été ordinaire autrefois dans nos assemblées. L’aspect de l’auditoire était comparativement décourageant, et j’étais prêt à craindre que Dieu ne fût sur le point de retirer de nous l’influence bénie de son Esprit.
19 mai. — « J’ai visité mon peuple et je lui ai prêché sur Actes 20:18, 19, et je me suis efforcé de redresser leurs notions sur les émotions religieuses ; leur montrant, d’une part, combien sont désirables l’émotion religieuse, la tendresse et l’ardeur fervente dans le culte et le service de Dieu, lorsqu’une telle émotion découle d’une véritable découverte spirituelle des gloires divines, d’un juste sentiment de l’excellence et des perfections transcendantes du Dieu béni, et d’une vue de la gloire et de l’amabilité du grand Rédempteur ; et que de telles vues des choses divines nous porteront naturellement à “servir le Seigneur avec beaucoup de larmes, avec beaucoup d’émotion et de ferveur, et pourtant en toute humilité d’esprit”. D’autre part, j’ai fait remarquer combien il est coupable de rechercher de hautes émotions directement et pour elles-mêmes, c’est-à-dire d’en faire l’objet sur lequel notre œil et notre cœur se fixent d’abord et principalement, alors que c’est la gloire de Dieu qui devrait être cet objet. Je leur ai montré que, si le cœur est fixé directement et principalement sur Dieu, et l’âme appliquée à le glorifier, un certain degré d’émotion religieuse en sera l’effet et l’accompagnement. Mais rechercher l’émotion directement et principalement, avoir le cœur fixé surtout sur elle, c’est la mettre à la place de Dieu et de sa gloire. Si on la recherche pour que d’autres la remarquent et nous admirent pour notre spiritualité et notre zèle en religion, c’est alors un orgueil abominable ; si c’est pour goûter le plaisir d’être ému, c’est alors de l’idolâtrie et de la complaisance envers soi-même. Je me suis appliqué aussi à montrer ce qu’ont de déplaisant ces émotions que l’on suscite parfois chez les gens par la puissance de l’imagination et par leurs propres efforts dans ce but, tout en continuant à leur recommander cette émotion religieuse, cette ferveur et cette dévotion qui doivent accompagner tous nos exercices religieux, et sans lesquelles la religion ne sera qu’un vain nom et un cadavre sans vie. Ce discours a paru venir à propos, et a donné une grande satisfaction à quelques-unes des personnes pieuses qui étaient auparavant troublées par certaines difficultés sur ce point. Ensuite, je me suis occupé de leurs affaires temporelles et j’ai donné à mon peuple des directions à ce sujet.
24 mai. — « J’ai visité les Indiens et je me suis occupé de leurs affaires temporelles, qu’ils ne sont pas capables de conduire eux-mêmes sans le soin et les conseils constants d’autrui. Ensuite, j’ai parlé à quelques-uns d’entre eux en particulier de leurs intérêts spirituels. — J’ai joui aujourd’hui un peu de la même disposition d’esprit que j’avais ressentie la veille.
Jour du Seigneur, 25 mai. — « J’ai parlé, aux deux parties de la journée, sur Jean 12:44-48. Il y a eu un certain degré de puissance divine accompagnant la parole de Dieu. Plusieurs ont pleuré et ont paru considérablement touchés ; et une personne, qui avait été longtemps dans le trouble spirituel, a maintenant obtenu clarté et consolation, et a paru se réjouir en Dieu, son Sauveur. Ce fut un jour de grâce et de bonté divine ; un jour où quelque chose, je l’espère, a été fait pour la cause de Dieu parmi mon peuple ; un temps de consolation et de douceur pour beaucoup de personnes pieuses, bien qu’il n’y eût pas sur l’assemblée l’influence qui était ordinaire il y a quelques mois.
Jour du Seigneur, 1er juin. — « J’ai prêché le matin et l’après-midi sur Matthieu 11:27, 28. La présence de Dieu semblait être dans l’assemblée, et beaucoup ont été considérablement attendris et touchés sous la vérité divine. Il y avait dans l’assemblée en général une apparence désirable, une attention sérieuse et une tendresse agréable ; et il semblait que Dieu eût le dessein de nous visiter par de nouvelles ondées de grâce divine. J’ai alors reçu dans la communion cinq personnes, et je n’ai pas été peu rafraîchi par cette addition, faite à l’Église, de gens qui, je l’espère, seront sauvés. J’ai lieu d’espérer que Dieu a dernièrement, lors de notre célébration de la sainte cène et depuis, amené à lui plusieurs personnes qui avaient été longtemps dans le trouble et l’inquiétude spirituels, bien qu’il y ait eu peu d’exemples de personnes réveillées dernièrement de leur état de fausse sécurité. Ceux qui ont été consolés ces derniers temps semblent avoir été amenés d’une manière plus silencieuse, ni leur inquiétude ni leur consolation n’étant aussi puissantes et aussi remarquables qu’elles le parurent chez ceux qui furent saisis plus soudainement au commencement de cette œuvre de grâce.
7 juin. — « Le révérend William Tennent m’ayant prié d’être son assistant pour l’administration de la sainte cène, je me suis rendu ce matin à cheval à Freehold pour lui prêter ce secours. Mon peuple, ayant été invité lui aussi à assister à cette solennité, a saisi l’occasion avec joie, et a assisté aujourd’hui avec moi aux services préparatoires.
Jour du Seigneur, 8 juin. — « La plupart de ceux de mon peuple qui avaient été communiants à la table du Seigneur auparavant, étant présents en cette occasion, ont communié avec d’autres dans la sainte ordonnance, à la demande, et, je l’espère, à la satisfaction et à la consolation de beaucoup d’enfants de Dieu qui avaient désiré ardemment voir ce jour, et dont le cœur s’était réjoui de cette œuvre de grâce parmi les Indiens, qui avait préparé la voie à ce qui parut si agréable en ce moment. Ceux de mon peuple qui ont communié ont semblé en général agréablement touchés à la table du Seigneur, et quelques-uns considérablement attendris par l’amour de Christ, bien qu’ils n’aient pas été aussi remarquablement rafraîchis et rassasiés cette fois que lorsque je leur avais administré cette ordonnance dans notre seule assemblée. Quelques-uns des assistants ont été touchés de voir ceux qui avaient été “privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse”, qui de tous les hommes avaient vécu “sans espérance et sans Dieu dans le monde”, maintenant rapprochés de Dieu, comme son peuple qui fait profession de lui appartenir, par une assistance solennelle et pieuse à cette ordonnance sacrée. Comme beaucoup d’enfants de Dieu ont été rafraîchis par ce spectacle, et portés par là à bénir Dieu de l’agrandissement de son royaume dans le monde, de même quelques autres, m’a-t-on dit, en ont été réveillés, comprenant le danger où ils étaient d’être eux-mêmes finalement jetés dehors, tandis qu’ils en voyaient d’autres, venus de l’orient et de l’occident, se préparer, et, on peut l’espérer, être préparés dans une bonne mesure, à se mettre à table dans le royaume de Dieu. En cette occasion, d’autres encore de mon peuple, qui n’étaient pas communiants, ont été considérablement touchés ; les convictions se sont ravivées en plusieurs cas ; et l’un d’eux, l’homme dont j’ai particulièrement parlé dans mon journal du 6 de ce mois, a obtenu consolation et apaisement, et m’a depuis rendu, de ses expériences spirituelles et de la manière dont il a obtenu le soulagement, un compte qui paraît plein d’espérance. Il semble que celui qui a ordonné à la lumière de briller du sein des ténèbres ait maintenant “fait briller la lumière dans son cœur, et lui ait donné la lumière de”, et une expérience de, “la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ”.
9 juin. — « Un nombre considérable de mon peuple se sont réunis de bonne heure dans un endroit retiré des bois, et ils ont prié, chanté et parlé des choses divines ; et quelques personnes pieuses d’entre les Blancs les ont vus touchés et ardents, et certains d’entre eux en larmes, dans ces exercices religieux.
« Après avoir assisté aux exercices de clôture de la sainte cène, ils sont rentrés chez eux, beaucoup se réjouissant de toute la bonté de Dieu qu’ils avaient vue et ressentie ; de sorte que ce temps a paru profitable aussi bien que consolant pour beaucoup de mon assemblée. Leur présence en cette occasion, et le fait qu’un certain nombre d’entre eux aient communié à la table du Seigneur avec d’autres chrétiens, a été, je l’espère, pour l’honneur de Dieu et l’intérêt de la religion dans ces contrées ; car beaucoup, j’ai lieu de le penser, en ont été vivifiés.
13 juin. — « J’ai prêché à mon peuple sur la nouvelle créature, d’après 2 Corinthiens 5:17. La présence de Dieu a paru être dans l’assemblée. Ce fut une réunion douce et agréable, où le peuple de Dieu a été rafraîchi et fortifié, contemplant son visage dans le miroir de la parole de Dieu, et trouvant en lui-même les marques et les traits de la nouvelle créature. Quelques pécheurs inquiets ont aussi été touchés de nouveau, et engagés à nouveau à assurer leurs intérêts éternels.
« Trois Indiens ont été reçus à cette occasion dans la communion. L’une d’eux était cette femme très âgée dont j’ai rapporté les expériences dans mon journal du 26 déc. Elle m’a maintenant fait un récit très exact, raisonnable et satisfaisant du changement remarquable qu’elle a éprouvé quelques mois après le début de son inquiétude, et qui, je dois le dire, a paru être l’opération authentique de l’Esprit divin, autant que je suis capable d’en juger. Bien qu’elle fût devenue si enfantine par l’âge que je ne pouvais rien obtenir d’elle en l’interrogeant, ni guère lui faire comprendre ce que je lui demandais, pourtant, quand je la laissais poursuivre son propre récit, elle pouvait faire une relation très distincte et très détaillée des nombreuses et diverses expériences d’âme qu’elle avait connues, tant étaient profondes les impressions laissées dans son esprit par cette influence et par ces expériences. J’ai tout lieu de penser qu’elle est née de nouveau dans sa vieillesse, ayant, je le présume, plus de quatre-vingts ans.
19 juin. — « J’ai visité mon peuple avec deux des révérends correspondants. J’ai passé quelque temps à m’entretenir avec quelques-uns d’entre eux de choses spirituelles, et je me suis occupé quelque peu de leurs affaires temporelles.
« Ce jour complète une année entière depuis la première fois que j’ai prêché à ces Indiens dans le New Jersey. Quelles choses étonnantes Dieu a accomplies, en ce temps, pour ce pauvre peuple ! Quel changement surprenant paraît dans leur humeur et leur conduite ! Comment des païens moroses et sauvages ont-ils été, en ce court espace de temps, transformés en chrétiens aimables, affectueux et humbles ! et leurs hurlements d’ivrognes et de païens changés en louanges pieuses et ferventes à Dieu ! Ceux “qui étaient autrefois dans les ténèbres sont maintenant devenus lumière dans le Seigneur”. Puissent-ils “marcher comme des enfants de la lumière et du jour” ! Et maintenant, à celui qui peut les affermir selon l’Évangile et la prédication de Christ — à Dieu, seul sage, soit la gloire par Jésus-Christ, aux siècles des siècles. Amen. »
Chapitre 9 terminé
Deuxième partie de son journal public de la continuation et des progrès d’une œuvre de grâce remarquable parmi les Indiens du New Jersey et de la Pennsylvanie, tenu par ordre de la Société écossaise pour la propagation de la connaissance chrétienne. — Reprise des travaux à Crossweeksung