Vie et journal de David Brainerd
Ses travaux pendant près d’un an parmi les Indiens de Kaunaumeek — privations et souffrances matérielles — il fonde une école — confession présentée aux autorités du collège de Yale — jours de jeûne — méthodes d’instruction des Indiens — voyage au New Jersey et au Connecticut

Chapitre 6 · 59 min de lecture · 1 h 16 min d’écoute

Ses travaux pendant près d’un an parmi les Indiens de Kaunaumeek — privations et souffrances matérielles — il fonde une école — confession présentée aux autorités du collège de Yale — jours de jeûne — méthodes d’instruction des Indiens — voyage au New Jersey et au Connecticut

1er avril 1743 — 12 juin 1744.

1er avril 1743. « Je suis allé à cheval jusqu’à Kaunaumeek, dans le désert, à près de vingt milles de Stockbridge et à peu près autant d’Albany, là où vivent les Indiens dont j’ai la charge ; j’ai logé chez un pauvre Écossais, à environ un mille et demi de chez eux, sur un petit tas de paille, dans une pièce de rondins sans aucun plancher. J’ai été fort éprouvé par des combats intérieurs, et il me semblait n’avoir aucun Dieu vers qui me tourner. Oh ! que Dieu veuille me secourir !

7 avril. « Je me suis paru à moi-même extrêmement ignorant, faible, impuissant, indigne, et tout à fait inégal à ma tâche. Il me semblait que je ne rendrais jamais aucun service et que je n’aurais jamais aucun succès parmi les Indiens. Mon âme était lasse de la vie ; je désirais la mort outre mesure. Quand je pensais à quelque âme pieuse déjà partie, mon âme était prête à lui envier son privilège, et je me disais : “Oh ! quand mon tour viendra-t-il ? faudra-t-il d’abord des années ?” Mais je sais que ces désirs ardents, en ce moment comme en d’autres, venaient en partie d’un manque de résignation à Dieu sous toutes les misères, et qu’ils n’étaient donc qu’impatience. Vers le soir, j’ai pu exercer la foi dans la prière, et j’ai reçu quelque secours pour écrire. Oh ! que Dieu veuille me garder près de lui !

Jour du Seigneur, 10 avril. « Je me suis levé de grand matin, je suis sorti et j’ai passé un temps considérable dans les bois, dans la prière et la méditation. J’ai prêché aux Indiens, le matin et l’après-midi. Ils se sont en général conduits avec sérieux : deux ou trois en particulier semblaient touchés de quelque souci religieux ; je me suis entretenu avec eux en particulier, et une femme m’a dit “que son cœur n’avait cessé de crier depuis qu’elle m’avait entendu prêcher pour la première fois”.

16 avril. — « L’après-midi, j’ai prêché à mon peuple ; mais j’ai été plus découragé à leur sujet qu’auparavant ; je craignais que rien ne se fît jamais pour eux avec un heureux effet. Je me suis retiré et j’ai répandu mon âme devant Dieu pour implorer sa miséricorde, mais sans aucun soulagement sensible. Peu après, deux hommes impies sont arrivés, dans l’intention, disaient-ils, de m’entendre prêcher le lendemain ; mais nul ne peut dire ce que j’ai éprouvé en entendant leurs propos profanes. Oh ! je désirais qu’un cher chrétien connût ma détresse. Je me suis glissé dans une sorte de cabane, et là j’ai gémi ma plainte devant Dieu ; et en même temps j’ai ressenti une gratitude et une reconnaissance plus vives envers Dieu de ce qu’il m’avait distingué de ces hommes, comme je savais que, par grâce, il l’avait fait.

Jour du Seigneur, 17 avril. — « Le matin, j’ai de nouveau été affligé dès mon réveil, en entendant beaucoup parler du monde et des choses du monde. Je me suis aperçu que ces hommes me craignaient en quelque mesure ; et j’ai parlé de la sanctification du sabbat, pour rendre, s’il était possible, leurs esprits plus graves ; mais lorsqu’ils étaient à quelque distance, ils parlaient de nouveau librement des affaires séculières. Oh ! je pensais quel enfer ce serait que de vivre avec de tels hommes pour l’éternité ! Le Seigneur m’a accordé quelque secours pour prêcher, toute la journée, ainsi qu’un peu de résignation, et une petite mesure de consolation dans la prière, le soir.

19 avril. — « Le matin, j’ai goûté un doux repos et une douce paix en Dieu ; j’ai senti quelque force et quelque confiance en lui ; et mon âme a été en quelque mesure rafraîchie et consolée. J’ai passé la plus grande partie de la journée à écrire, et j’ai éprouvé quelque exercice de la grâce, sensible et consolant. Mon âme semblait élevée au-dessus des grandes eaux où elle était depuis longtemps presque noyée ; j’ai ressenti quelques aspirations et quelques soupirs spirituels après Dieu, et je me suis trouvé engagé pour l’avancement du règne de Christ dans ma propre âme.

20 avril. — « J’ai mis à part ce jour pour le jeûne et la prière, afin d’incliner mon âme devant Dieu pour obtenir le don de la grâce divine ; surtout pour que toutes mes afflictions spirituelles et mes détresses intérieures soient sanctifiées à mon âme. Je me suis aussi efforcé de me rappeler la bonté de Dieu envers moi durant l’année écoulée, ce jour étant celui de mon anniversaire. Ayant obtenu le secours de Dieu, j’ai vécu jusqu’ici, et me voici parvenu à l’âge de vingt-cinq ans. Mon âme souffrait de penser à ma stérilité et à ma torpeur spirituelle, et d’avoir si peu vécu pour la gloire du Dieu éternel. J’ai passé la journée seul dans les bois, et là j’ai répandu ma plainte devant Dieu. Oh ! que Dieu veuille me rendre capable de vivre pour sa gloire à l’avenir !

10 mai. — « Je suis demeuré, quant à mon esprit, dans le même état où je suis depuis quelque temps ; extrêmement accablé par le sentiment de ma culpabilité, de ma souillure et de mon aveuglement : “L’iniquité de mes talons m’a enveloppé ; les fautes de ma jeunesse ont été rangées devant moi ; elles s’élèvent au-dessus de ma tête; Comme un lourd fardeau, elles sont trop pesantes pour moi.” Presque toutes les actions de ma vie passée me semblent recouvertes de péché et de culpabilité ; et celles-là mêmes que j’ai accomplies le plus consciencieusement me remplissent à présent de honte et de confusion, au point que je ne puis lever les yeux. Oh ! l’orgueil, l’égoïsme, l’hypocrisie, l’ignorance, l’amertume, l’esprit de parti, et le manque d’amour, de franchise, de douceur et de bonté, qui ont accompagné mes tentatives pour servir les intérêts de la religion ; et cela, lorsque j’ai lieu d’espérer que j’avais un réel secours d’en haut et un doux commerce avec le ciel ! Mais hélas, quels mélanges corrompus ont accompagné mes meilleurs devoirs ! »

18 mai. — « Ma situation est telle que je n’ai aucune consolation d’aucune sorte, sinon celle que j’ai en Dieu. Je vis dans le désert le plus solitaire ; je n’ai qu’une seule personne avec qui m’entretenir qui sache parler anglais. La plupart des conversations que j’entends sont soit en gaélique des Highlands, soit en indien. Je n’ai aucun frère chrétien à qui ouvrir mon cœur, ou découvrir mes peines spirituelles ; avec qui je puisse me concerter doucement en m’entretenant des choses célestes, et me joindre dans la prière en commun. Je vis pauvrement pour ce qui est des commodités de la vie : la plus grande partie de ma nourriture consiste en maïs bouilli, en bouillie de farine, etc. Je couche sur une botte de paille, mon travail est pénible et extrêmement difficile, et j’ai peu d’apparence de succès pour me consoler. Les Indiens n’ont point de terre où vivre, sinon celle que réclament les Hollandais ; et ceux-ci menacent de les en chasser. Ils n’ont aucun égard pour les âmes des pauvres Indiens ; et, d’après ce que je puis apprendre, ils me haïssent parce que je viens leur prêcher. Mais ce qui rend toutes mes difficultés si pénibles à supporter, c’est que Dieu me cache sa face.

Cette personne était l’interprète de Brainerd, un jeune Indien ingénieux de Stockbridge, du nom de John Wauwaumpequunnaunt. Il avait été instruit dans la religion chrétienne par M. Sergeant ; il avait vécu chez le révérend M. Williams, de Long-Meadow ; il avait été instruit plus avant par lui, aux frais de M. Hollis, de Londres ; il comprenait très bien l’anglais et l’indien, et il avait une belle écriture.

20 mai. — « J’ai été fort perplexe une partie de la journée ; mais vers le soir j’ai eu quelques méditations consolantes sur Ésaïe 40:1 : “Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu”, et j’ai goûté quelque douceur dans la prière. Ensuite mon âme s’est élevée si haut au-dessus des grandes eaux que j’ai osé me réjouir en Dieu. J’ai vu qu’il y avait en ce Dieu béni un sujet suffisant de consolation. »

Le lundi 30 mai, il partit pour le New Jersey afin de consulter les commissaires et d’obtenir d’eux l’ordre d’établir une école parmi les Indiens de Kaunaumeek, et que son interprète fût nommé maître d’école ; ce qui fut fait en conséquence. Du New Jersey, il se rendit à New Haven, où il arriva le lundi 6 juin ; il tenta une réconciliation avec les autorités du collège ; et il passa cette semaine à visiter ses amis de ces contrées, puis à faire route vers chez lui, jusqu’au samedi, dans une disposition d’esprit assez sereine. Le samedi, sur le chemin de Stockbridge à Kaunaumeek, il s’égara dans les bois et passa toute la nuit à la belle étoile ; mais il retrouva heureusement son chemin au matin, et arriva auprès de ses Indiens le jour du Seigneur, 12 juin, et il reçut pour prêcher parmi eux un secours plus grand que jamais depuis sa première venue chez eux.

À partir de ce moment, il passa par diverses dispositions et divers exercices d’esprit, en général à peu près de la même manière que depuis sa première venue à Kaunaumeek, jusqu’à ce qu’il fût installé dans sa propre maison (une petite cabane, qu’il construisit surtout de ses propres mains, au prix d’un long et rude labeur). Il trouva que l’éloignement de la famille chez qui il avait d’abord logé le privait de bien des occasions favorables d’approcher les Indiens, surtout le matin et le soir ; et au bout d’environ trois mois, il déménagea et vécut avec les Indiens dans un de leurs wigwams. Il y demeura environ un mois, après quoi il acheva la petite maison dont il parle maintenant.

Bien qu’il fût très abattu pendant la plus grande partie de cette période, il eut cependant bien des répits dans sa mélancolie, et quelques saisons de consolation, de douce tranquillité et de résignation d’esprit, et souvent un secours particulier dans les services publics, comme le montre son journal. La manière dont il fut soulagé de sa tristesse, une fois en particulier, mérite d’être rapportée dans ses propres termes.

25 juillet. — « Je n’avais guère ou point de résolution pour une vie de sainteté ; j’étais presque prêt à renoncer à mon espérance de vivre pour Dieu. Et oh ! comme il était sombre de penser à demeurer impie pour toujours ! Cela, je ne pouvais le supporter. Le cri de mon âme était celui du Psaume 65:4 : “Les iniquités m’accablent.” Mais j’ai été en quelque mesure soulagé par une méditation consolante sur l’éternité de Dieu, sur le fait qu’il n’a jamais eu de commencement. J’ai été conduit par là à admirer sa grandeur et sa puissance, de telle manière que je me suis arrêté et que j’ai loué le Seigneur pour ses propres gloires et perfections : bien que je fusse (et dussé-je l’être pour toujours) une créature impie, mon âme a été consolée de contempler un Dieu éternel, infini, puissant et saint. »

30 juillet. — « À la tombée de la nuit, j’ai emménagé dans ma propre maison, et j’y ai logé cette nuit-là ; j’ai trouvé bien meilleur de passer le temps seul que dans le wigwam où j’étais auparavant.

Jour du Seigneur, 31 juillet. — « Je me suis senti mieux que ces derniers jours. Béni soit le Seigneur, qui m’a maintenant donné un lieu de retraite. Oh ! puissé-je y trouver Dieu, et puisse-t-il habiter avec moi pour toujours !

1er août. — « J’étais encore occupé à de nouveaux travaux sur ma maison. J’ai senti un peu de la douceur de la religion, et j’ai pensé qu’il valait la peine de suivre Dieu à travers mille pièges, mille déserts, et la mort même. Oh ! puissé-je toujours rechercher la sanctification, afin d’être pleinement conformé à Dieu ! J’ai trouvé quelque douceur dans la prière secrète, bien que j’eusse beaucoup de tristesse.

3 août. — « J’ai passé la plus grande partie de la journée à écrire. J’ai goûté quelque sentiment de la religion. Par la bonté divine, je suis maintenant seul sans interruption, et je trouve ma retraite agréable. J’ai éprouvé, ces quelques derniers jours, un plus vif sentiment des choses divines que depuis quelque temps. J’ai soupiré après la sainteté, l’humilité et la douceur : oh ! que Dieu veuille me rendre capable de “me conduire avec crainte devant lui pendant le temps de mon pèlerinage ici-bas”, et de toujours vivre pour lui !

4 août. — « J’ai été rendu capable de beaucoup prier tout au long de la journée ; et, par la bonté divine, j’ai trouvé dans ce devoir quelque ardeur d’âme, comme j’en avais autrefois, et quelque capacité de persévérer dans mes supplications. J’ai eu quelques aperçus des choses divines, qui m’ont donné courage et résolution. Il est bon, je le constate, de persévérer dans les efforts pour prier, si je ne puis prier avec persévérance, c’est-à-dire demeurer longtemps à m’adresser à l’Être divin. J’ai généralement constaté que plus j’en fais dans la prière secrète, plus j’ai pris plaisir à en faire, et plus j’ai joui d’un esprit de prière ; et souvent j’ai constaté le contraire, lorsque les voyages ou autre chose m’ont beaucoup privé de retraite. L’accomplissement opportun et régulier des DEVOIRS SECRETS À LEURS HEURES PROPRES, et un SOIGNEUX EMPLOI DE TOUT LE TEMPS, en remplissant chaque heure de quelque travail profitable, du cœur, de la tête ou des mains, sont d’excellents moyens de paix spirituelle et d’assurance devant Dieu. Remplir notre temps avec Dieu et pour Dieu, voilà le moyen de se lever et de se coucher en paix.

13 août. — « Dans la prière secrète, j’ai été rendu capable d’élever mon âme à Dieu, avec désir et délice. Ce fut vraiment une saison bénie. J’ai éprouvé la consolation d’être chrétien ; et j’ai “estimé que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire” des jouissances divines, même en ce monde. Toutes mes tristesses passées semblaient s’évanouir avec douceur, et “je ne me suis plus souvenu de la souffrance, à cause de la joie”. Oh ! avec quelle douceur, avec quelle tendresse filiale l’âme se confie, en une telle saison, dans “le rocher des siècles”, assurée qu’il “ne la délaissera point et ne l’abandonnera point”, qu’il fera que “toutes choses concourent à son bien” ! Je désirais que d’autres sachent quel bon Dieu est le Seigneur. Mon âme était pleine de tendresse et d’amour, même envers les plus acharnés de mes ennemis. Je désirais qu’ils aient part à la même miséricorde ; et j’aimais que Dieu fît de moi et de toute chose exactement ce qu’il lui plaisait. Je me suis senti particulièrement sérieux, calme et paisible, et encouragé à poursuivre la sainteté aussi longtemps que je vivrai, quelles que soient les difficultés et les épreuves qui se trouvent sur mon chemin. Que le Seigneur m’aide toujours à agir ainsi ! Amen, et amen.

15 août. — « J’ai passé la plus grande partie de la journée à travailler, pour me procurer de quoi nourrir mon cheval pendant l’hiver. Je n’ai pas eu beaucoup de jouissance spirituelle le matin ; j’ai été très faible de corps tout le jour ; j’ai pensé que ce corps fragile retournerait bientôt à la poussière, et j’ai eu des pressentiments très vifs d’une prompte entrée dans un autre monde. Dans cet état de faiblesse corporelle, je n’ai pas été peu affligé faute d’une nourriture convenable. Je n’avais pas de pain, et je ne pouvais en obtenir. Je suis obligé d’aller ou d’envoyer à dix ou quinze milles pour tout le pain que je mange ; et parfois il est moisi et aigre avant que je le mange, si j’en ai pris une quantité un peu considérable. Et puis il m’arrive de n’en avoir point pendant plusieurs jours de suite, faute d’une occasion d’en faire chercher, et de ne pouvoir trouver mon cheval dans les bois pour y aller moi-même ; et tel était mon cas à présent ; mais, par la bonté divine, j’avais un peu de farine indienne, dont j’ai fait des galettes que j’ai fait frire. Pourtant, je me suis senti content de ma situation, et doucement résigné à Dieu. Dans la prière, j’ai joui d’une grande liberté ; j’ai béni Dieu pour ma situation présente autant que si j’avais été roi ; et j’ai cru trouver en moi une disposition à être content en toute situation. Béni soit Dieu. »

Dans son journal du samedi, il dit qu’il était un peu mélancolique et triste d’esprit ; et il ajoute : « Je ne me sens jamais bien que lorsque je trouve mon âme s’élançant après Dieu. Si je ne puis être saint, je serai nécessairement misérable pour toujours.

Jour du Seigneur, 21 août. — « J’ai été très à l’étroit dans le service du matin ; mes pensées semblaient toutes dispersées jusqu’aux extrémités de la terre. À midi, je me suis jeté devant le Seigneur, j’ai gémi sous ma bassesse, ma stérilité et ma torpeur spirituelle ; et je me suis senti comme coupable de meurtre d’âmes, pour avoir parlé à des âmes immortelles de la manière dont je l’avais fait. L’après-midi, il a plu à Dieu de m’accorder quelque secours, et j’ai été rendu capable d’exposer à mes auditeurs la nature et la nécessité de la vraie repentance. Ensuite, j’ai éprouvé une petite mesure de reconnaissance. J’ai été très malade et plein de douleur le soir, et mon âme a déploré d’avoir passé tant de temps pour si peu de profit.

23 août. — « J’ai étudié le matin, et j’ai joui de quelque liberté. L’après-midi, j’ai travaillé dehors ; je me suis efforcé de prier, mais je n’ai trouvé ni beaucoup de jouissance ni beaucoup d’ardeur d’esprit. Vers le soir, j’étais très las, et fatigué de ce monde de douleur : la pensée de la mort et de l’immortalité m’a paru très désirable, et a même rafraîchi mon âme. Ces vers me revenaient à l’esprit avec plaisir :

« Viens, ô mort, la main dans la main ; je baiserai tes liens ;
« C’est un bonheur pour moi de mourir. —
« Quoi ! — penses-tu que je vais reculer ?
« Je m’en vais vers l’immortalité. »

« Dans la prière du soir, il a plu à Dieu de s’approcher de mon âme, si pécheresse et indigne qu’elle fût ; en sorte que j’ai été rendu capable de lutter avec Dieu, et de persévérer dans mes demandes de grâce. J’ai répandu mon âme pour le monde entier, amis et ennemis. Mon âme était en souci, non pas tant pour les âmes en tant que telles, que pour le règne de Christ, afin qu’il paraisse dans le monde, et que Dieu soit connu comme Dieu sur toute la terre. Et oh ! mon âme avait en horreur la seule pensée d’un parti en religion ! Que la vérité de Dieu paraisse, où qu’elle soit ; et que Dieu ait la gloire pour toujours. Amen. Ce fut vraiment une saison de consolation. Il m’a semblé avoir un avant-goût des jouissances et des occupations du monde d’en haut. Oh ! si seulement mon âme y était mieux accordée !

31 août. — [En voyage vers New York.] « J’étais dans une disposition douce, sérieuse, et, je l’espère, chrétienne. Les choses éternelles absorbaient toutes mes pensées ; et je désirais être dans le monde des esprits. Oh ! quel bonheur d’avoir toutes nos pensées englouties dans ce monde-là : de se sentir étranger en ce monde, cherchant diligemment un chemin à travers lui, le meilleur, le chemin sûr qui mène à la Jérusalem céleste ! »

Il poursuivit son voyage, et, après s’être arrêté deux ou trois jours à New York, il quitta cette ville pour New Haven, avec l’intention d’y être pour la cérémonie de remise des diplômes.

Jour du Seigneur, 11 septembre. — « [À Horse-Neck.] L’après-midi, j’ai prêché sur Tite 3:8. Je crois que Dieu ne m’a jamais mieux aidé à dépeindre la vraie religion, et à démasquer clairement et à désavouer avec tendresse les fausses apparences de religion, le feu sauvage, l’esprit de parti, l’orgueil spirituel, etc., ainsi qu’un esprit d’assurance dogmatique, et sa source, à savoir l’ignorance du cœur. Le soir, je me suis donné beaucoup de peine, dans des entretiens privés, pour apaiser certains désordres que j’avais remarqués parmi ce peuple.

13 septembre. — « Je suis allé à cheval à New Haven. J’ai été par moments abattu ; je n’étais pas dans la plus douce disposition. J’ai logé chez ****. J’ai eu quelque entretien chrétien profitable. Je constate que, bien que mes épreuves intérieures soient grandes, et qu’une vie de solitude leur donne plus de prise pour s’installer et pénétrer jusqu’aux replis les plus intimes de l’âme, il vaut pourtant mieux être seul qu’embarrassé de bruit et de tumulte. Je trouve très difficile de garder quelque sentiment des choses divines tandis que je vais de lieu en lieu, distrait par des objets nouveaux, et rempli de soucis et d’affaires. Une occupation fixe et régulière est ce qui convient le mieux à une vie de stricte piété.

14 septembre. — « C’est aujourd’hui que j’aurais dû recevoir mon grade ; mais Dieu juge bon de me le refuser. Et bien que j’eusse grand-peur d’être accablé de perplexité et de confusion en voyant mes camarades de promotion recevoir le leur, pourtant, au moment même, Dieu m’a rendu capable de dire avec calme et résignation : “Que la volonté du Seigneur se fasse !” En vérité, par la bonté divine, je n’ai guère senti mon esprit aussi calme, posé et serein depuis quelque temps. Je redoutais depuis longtemps ce moment, et je m’attendais à ce que mon humilité, ma douceur, ma patience et ma résignation fussent mises à rude épreuve ; mais j’y ai trouvé beaucoup plus de plaisir et de consolation divine que je ne m’y attendais. Je me suis senti spirituellement sérieux, tendre et affectueux dans la prière privée avec un cher ami chrétien aujourd’hui.

15 septembre. — « J’ai eu quelque satisfaction à entendre les entretiens des pasteurs. C’est toujours une consolation pour moi d’entendre une conversation religieuse et spirituelle. Oh ! si les pasteurs et le peuple étaient plus spirituels et plus consacrés à Dieu ! Vers le soir, sur l’avis d’amis chrétiens, j’ai présenté par écrit les réflexions suivantes au recteur et aux administrateurs du collège — qui sont pour le fond les mêmes que j’avais librement présentées au recteur auparavant, en le suppliant de les accepter — afin, s’il était possible, de retrancher toute occasion de scandale à ceux qui cherchent une occasion. Ce que j’ai présenté est ce qui suit :

« “Attendu que j’ai dit devant plusieurs personnes, au sujet de M. Whittelsey, l’un des tuteurs du collège de Yale, que je ne croyais pas qu’il eût plus de grâce que la chaise sur laquelle je m’appuyais alors, je confesse humblement qu’en cela j’ai péché contre Dieu, que j’ai agi contrairement aux règles de sa parole, et que j’ai fait tort à M. Whittelsey. Je n’avais aucun droit de traiter si librement sa réputation, et aucune juste raison de parler de lui comme je l’ai fait. Ma faute en cela était d’autant plus grave que je disais cela d’un homme qui m’était si supérieur, et que j’étais tenu de traiter avec un respect et un honneur particuliers, en raison de la relation où je me trouvais avec lui au collège. Une telle conduite, je le confesse, ne convenait pas à un chrétien ; c’était trop présumer de moi-même, et cela ne respirait pas ce respect humble que j’aurais dû témoigner envers M. Whittelsey. Je suis depuis longtemps convaincu de la fausseté des idées par lesquelles je justifiais alors une telle conduite. J’ai souvent réfléchi à cet acte avec douleur ; j’espère, à cause du péché qu’il renferme : et je suis disposé à m’abaisser et à m’humilier pour cela devant Dieu et devant les hommes. Je demande humblement pardon aux gouverneurs du collège et à toute la communauté, mais à M. Whittelsey en particulier. Et attendu qu’une personne m’a accusé d’avoir dit, au sujet du révérend recteur du collège de Yale, que je m’étonnais qu’il ne s’attendît pas à tomber mort pour avoir mis à l’amende les étudiants qui avaient suivi M. Tennent à Milford, je déclare sérieusement que je ne me souviens pas d’avoir rien dit de tel ; mais si je l’ai dit, ce dont je ne suis pas certain que je ne l’aie point fait, je le condamne absolument, et je déteste toute conduite de ce genre, surtout de la part d’un étudiant envers le recteur. Et je me présente maintenant pour me juger et me condamner moi-même d’être allé une fois à l’assemblée séparée de New Haven, peu avant mon exclusion, bien que le recteur m’eût refusé la permission. Pour cela, je demande humblement pardon au recteur. Et, que les gouverneurs du collège voient jamais une raison de lever ou non la censure académique qui pèse sur moi, ou de m’admettre aux privilèges que je désire, je suis néanmoins disposé à paraître, s’ils le jugent bon, pour reconnaître ouvertement les choses que j’ai ici confessées et m’en humilier.” »

« Dieu m’a rendu disposé à faire tout ce que je puis faire en accord avec la vérité, pour l’amour de la paix, et afin de n’être pas une pierre d’achoppement pour les autres. C’est pour cette raison que je puis renoncer de bon cœur, en certains cas, à ce que je crois véritablement, après l’examen le plus mûr et le plus impartial, être mon droit. Dieu m’a donné cette disposition que, si un homme m’a fait cent torts, et que je ne lui en aie fait qu’un seul (si fort que j’y aie été provoqué), je me sens disposé et tout prêt de bon cœur à lui confesser humblement ma faute, et à lui demander pardon à genoux ; quand même il se justifierait en même temps de tous les torts qu’il m’a faits, et ne se servirait de mon humble confession que pour noircir davantage ma réputation, et me représenter comme le seul coupable ; oui, quand même il m’insulterait pour ainsi dire, et dirait “qu’il savait déjà tout cela, et que je me préparais à moi-même un sujet de repentance”. Bien que ce que j’ai dit au sujet de M. Whittelsey n’ait été dit qu’en privé, à un ou deux amis ; et qu’ayant été en partie surpris, cela ait été rapporté au recteur, et arraché par lui à mes amis ; cependant, puisque la chose a été divulguée et rendue publique, j’ai consenti à confesser publiquement ma faute en cela. Mais j’ai confiance que Dieu plaidera ma cause. »

Je fus témoin de l’esprit très chrétien que Brainerd montra à cette époque, me trouvant alors à New Haven, et étant l’un de ceux qu’il jugea bon de consulter en cette occasion. Ce fut ma première occasion de faire personnellement sa connaissance. Il parut vraiment en lui une grande mesure de calme et d’humilité, sans la moindre apparence d’irritation pour les mauvais traitements qu’il croyait avoir subis, ni la moindre répugnance à s’abaisser devant ceux qui, à son avis, lui avaient fait tort. Ce qu’il fit, il le fit sans aucune objection ni apparence de répugnance, même en privé devant ses amis, auxquels il s’ouvrait librement. On fit d’instantes démarches en sa faveur auprès des autorités du collège, afin que son grade lui fût alors conféré ; en particulier le révérend M. Burr, de Newark, l’un des correspondants de la Société d’Écosse, qui avait été envoyé du New Jersey à New Haven par les autres commissaires dans ce but ; et l’on fit valoir bien des arguments, mais sans succès. À vrai dire, les gouverneurs du collège furent si satisfaits des réflexions que Brainerd avait faites sur lui-même qu’ils parurent disposés à le réadmettre au collège, mais non à lui conférer son grade avant qu’il y fût resté au moins douze mois ; ce qui étant contraire à ce que les correspondants, au service desquels il était désormais engagé, avaient déclaré être leur intention, il n’y consentit pas. Il désirait son grade parce qu’il pensait que cela contribuerait à le rendre plus largement utile ; mais lorsqu’on le lui refusa, il ne manifesta ni déception ni ressentiment.

20 septembre. — « [À Bethlehem.] Je pensais poursuivre mon voyage vers mes Indiens ; mais vers le soir j’ai été pris d’une violente douleur aux dents et d’un froid accompagné de frissons ; et je n’ai pu en aucune façon retrouver un degré de chaleur supportable de toute la nuit suivante. Je suis resté plein de douleur toute la nuit ; et au matin j’avais une très forte fièvre, et des douleurs presque par tout le corps. J’ai eu le sentiment de la bonté divine qui avait choisi ce lieu pour celui de ma maladie, au milieu de mes amis, qui ont été très bons pour moi. J’aurais probablement péri si j’étais d’abord rentré dans ma propre maison au désert, où je n’ai personne avec qui m’entretenir, sinon les pauvres Indiens, rudes et ignorants. Ici, je l’ai vu, il y avait miséricorde au milieu de l’affliction. Je suis resté ainsi, presque toujours alité, jusqu’au vendredi soir ; plein de douleur la plupart du temps, mais, par la bonté divine, sans crainte de la mort. Alors j’ai vu l’extrême folie de ceux qui remettent leur conversion à Dieu jusqu’au lit de maladie. Assurément, ce n’est pas là un temps propre à se préparer pour l’éternité. Le vendredi soir, mes douleurs ont cessé assez soudainement. J’étais extrêmement faible, et j’ai presque perdu connaissance ; mais j’ai été très soulagé la nuit suivante. J’ai pensé que nous ne devions estimer la prolongation de la vie qu’à ce seul titre : afin de pouvoir “publier la bonté de Dieu et ses œuvres de grâce”.

4 octobre. — « Aujourd’hui je suis rentré à cheval dans ma propre maison et auprès de mon peuple. Les pauvres Indiens ont paru très heureux de mon retour. J’ai trouvé ma maison et toutes choses en sûreté ; aussitôt je suis tombé à genoux, et j’ai béni Dieu pour mon heureux retour. J’ai fait bien des voyages considérables depuis cette époque l’an dernier, et pourtant Dieu n’a jamais permis qu’un seul de mes os fût brisé, ni qu’aucune calamité affligeante m’arrivât, excepté le malaise que j’ai eu lors de mon dernier voyage. J’ai souvent été exposé au froid et à la faim dans le désert, où l’on ne pouvait avoir les commodités de la vie ; je me suis souvent égaré dans les bois ; parfois j’ai été obligé de chevaucher une bonne partie de la nuit ; et une fois j’ai couché dehors dans les bois toute la nuit ; pourtant, béni soit Dieu, il m’a préservé !

3 novembre. — « J’ai passé cette journée dans le jeûne et la prière secrète, du matin jusqu’au soir. De grand matin, j’ai eu une petite mesure de secours dans la prière. Ensuite j’ai lu l’histoire du prophète Élie, 1 Rois, chapitres 17, 18 et 19 ; et aussi 2 Rois, chapitres 2 et 4. Mon âme a été très émue en observant la foi, le zèle et la puissance de ce saint homme ; comment il luttait avec Dieu dans la prière, etc. Mon âme a crié alors avec Élisée : “Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie ?” Oh ! je désirais plus de foi ! Mon âme soupirait après Dieu, et le suppliait qu’une “double portion de cet esprit” qui fut donné à Élie “repose sur moi”. Et ce qui a été divinement rafraîchissant et fortifiant pour mon âme, c’est que j’ai vu que Dieu est le même qu’il était aux jours d’Élie. J’ai été rendu capable de lutter avec Dieu par la prière d’une manière plus affectueuse, plus fervente, plus humble, plus intense et plus insistante que je ne l’avais fait depuis bien des mois. Rien ne paraissait trop difficile pour que Dieu l’accomplît ; rien de trop grand pour que je l’espère de lui. J’avais depuis bien des mois entièrement perdu tout espoir d’être rendu l’instrument de quelque service particulier pour Dieu dans le monde ; il m’avait paru tout à fait impossible qu’un être si vil fût ainsi employé pour Dieu. Mais en ce moment il a plu à Dieu de ranimer cette espérance. Ensuite j’ai lu l’Exode depuis le chapitre 3 jusqu’au chapitre 20, et j’ai vu dans ces chapitres plus de la gloire et de la majesté de Dieu que je n’en avais jamais vu auparavant ; tombant souvent à genoux dans l’intervalle, et criant à Dieu pour obtenir la foi de Moïse, et une manifestation de la gloire divine. Surtout les chapitres 3 et 4, et une partie des chapitres 14 et 15, ont été d’une douceur inexprimable pour mon âme : mon âme a béni Dieu de ce qu’il s’était montré si plein de grâce envers ses serviteurs d’autrefois. Le chapitre 15 m’a semblé être le langage même que mon âme adressait à Dieu au temps de ma première consolation spirituelle, quand je venais de traverser la mer Rouge, par un chemin auquel je ne m’attendais nullement. Oh ! combien mon âme s’est alors réjouie en Dieu ! Et maintenant ces choses me revenaient à l’esprit, fraîches et vivantes ; maintenant mon âme bénissait Dieu de nouveau de ce qu’il avait ouvert ce chemin inespéré pour me délivrer de la crainte des Égyptiens, alors que je désespérais presque de la vie. Ensuite j’ai lu l’histoire du pèlerinage d’Abraham dans le pays de Canaan. Mon âme a été attendrie en observant sa foi, comment il s’appuyait sur Dieu ; comment il était en communion avec Dieu ; et combien il était étranger ici-bas dans le monde. Après cela, j’ai lu l’histoire des souffrances de Joseph, et de la bonté de Dieu envers lui : j’ai béni Dieu pour ces exemples de foi et de patience. Mon âme a été ardente dans la prière ; j’ai été rendu capable de lutter ardemment pour moi-même, pour mes amis chrétiens et pour l’Église de Dieu ; et j’ai ressenti plus de désir de voir la puissance de Dieu dans la conversion des âmes que je n’en avais éprouvé depuis longtemps. Béni soit Dieu pour cette saison de jeûne et de prière ! — Que sa bonté demeure toujours avec moi, et attire mon âme à lui !

10 novembre. — « J’ai passé cette journée seul dans le jeûne et la prière. Le matin, j’étais très lourd et sans vie, mélancolique et découragé. Mais au bout de quelque temps, en lisant 2 Rois 19, mon âme a été émue et touchée ; surtout en lisant à partir du verset 14. J’ai vu qu’il n’y avait pas d’autre voie pour les enfants affligés de Dieu que d’aller à Dieu avec toutes leurs peines. Ézéchias, dans sa grande détresse, alla étendre sa plainte devant le Seigneur. J’ai été alors rendu capable de voir la grande puissance de Dieu, et mon extrême besoin de cette puissance ; et de crier à lui avec affection et ardeur pour que sa puissance et sa grâce s’exercent envers moi. Ensuite j’ai lu l’histoire des épreuves de David, et j’ai observé la conduite qu’il tint sous ces épreuves, comment il se fortifia en Dieu ; par quoi mon âme a été entraînée après Dieu, rendue capable de crier à lui et de s’appuyer sur lui, et je me suis senti fort dans le Seigneur. J’ai été ensuite rafraîchi en observant l’heureuse disposition que ses épreuves avaient produite en David : toute amertume et tout désir de vengeance semblaient entièrement ôtés ; si bien qu’il pleura la mort de ses ennemis. 2 Samuel 1:17, et 4:9-12. J’ai été rendu capable de bénir Dieu de ce qu’il m’avait donné quelque chose de cette disposition divine, en sorte que mon âme pardonne librement, et aime de tout cœur mes ennemis.

29 novembre. — « J’ai commencé à étudier la langue indienne, avec M. Sergeant, à Stockbridge. J’ai été tourmenté faute d’une retraite plus grande. J’aime vivre seul dans ma petite cabane, où je puis passer beaucoup de temps dans la prière, etc.

Les commissaires qui l’employaient lui avaient prescrit de passer une bonne partie de cet hiver auprès de M. Sergeant, pour apprendre la langue des Indiens ; ce qui l’obligeait très souvent à faire à cheval l’aller et le retour, vingt milles à travers les bois inhabités qui séparent Stockbridge de Kaunaumeek ; et cela l’exposa bien des fois à des épreuves extrêmes pendant les rigueurs de l’hiver.

22 décembre. — « J’ai passé cette journée seul dans le jeûne et la prière, et à lire dans la parole de Dieu les épreuves et les délivrances de ses enfants. J’ai eu, je l’espère, quelque exercice de foi, et une vive perception de la puissance, de la grâce et de la sainteté divines ; et aussi de l’immutabilité de Dieu, qui est le même que lorsqu’il délivrait ses saints d’autrefois d’une grande tribulation. Mon âme a été à plusieurs reprises élargie dans la prière pour l’Église et le peuple de Dieu. Oh ! que Sion devienne la “joie de toute la terre” ! Il vaut mieux s’attendre à Dieu avec patience que de mettre sa confiance en quoi que ce soit dans ce monde d’ici-bas. “Mon âme, attends-toi au Seigneur” ; car “de lui vient ton salut”.

Jour du Seigneur, 1er janvier 1744. — « Le matin, j’ai eu une petite mesure de secours dans la prière. Je me suis vu si vil et si indigne que je ne pouvais regarder mon peuple en face quand je suis venu prêcher. Oh ! ma bassesse, ma folie, mon ignorance et ma souillure intérieure ! — Le soir, j’ai eu un peu de secours dans la prière, de sorte que ce devoir a été un délice plutôt qu’un fardeau. J’ai réfléchi à la bonté de Dieu envers moi durant l’année écoulée, etc. En vérité, Dieu a été bon et plein de grâce envers moi, bien qu’il m’ait fait passer par bien des tristesses ; il a pourvu à mes besoins avec largesse, si bien que j’ai pu, en quinze mois environ, consacrer à des œuvres de charité près de cent livres en monnaie de la Nouvelle-Angleterre, autant que je puisse m’en souvenir à présent. Béni soit le Seigneur, qui s’est jusqu’ici servi de moi comme de son économe, pour distribuer une portion de ses biens. Puissé-je toujours me souvenir que tout ce que j’ai vient de Dieu. Béni soit le Seigneur, qui m’a fait traverser tous les travaux, les fatigues et les épreuves de l’année écoulée, ainsi que les tristesses et les combats spirituels qui l’ont accompagnée. Oh ! si je pouvais commencer cette année avec Dieu, et la passer tout entière à sa gloire, soit dans la vie, soit dans la mort !

3 janvier. — « J’ai été occupé une grande partie de la journée à écrire, et j’ai passé quelque temps à d’autres occupations nécessaires. Mais mon temps s’écoule si vite que je suis stupéfait quand j’y réfléchis et que je vois combien peu je fais. Ma solitude ne fait pas que les heures me pèsent. Oh ! quel sujet de reconnaissance j’ai à cause de cette retraite ! Je constate que je ne mène pas, et qu’il semble que je ne puisse mener, une vie chrétienne quand je suis au-dehors, et que je ne puis consacrer à la dévotion, à la conversation chrétienne et à la méditation sérieuse le temps que je devrais. Les semaines que je suis maintenant obligé de passer loin de chez moi, afin d’apprendre la langue indienne, se passent pour la plupart dans la perplexité et la stérilité, sans beaucoup de douce saveur des choses divines ; et je me sens étranger devant le trône de la grâce, faute d’une retraite plus fréquente et plus suivie. Quand je rentre chez moi et que je m’adonne à la méditation, à la prière et au jeûne, une scène nouvelle s’ouvre à mon esprit, et mon âme aspire à la mortification, au renoncement à soi-même, à l’humilité, et à un divorce d’avec toutes les choses du monde. Ce soir, mon cœur était quelque peu chaud et fervent dans la prière et la méditation, si bien que j’avais peine à me laisser aller au sommeil. J’ai continué ces devoirs jusque vers minuit.

6 janvier. — « Sentant mon extrême faiblesse, et mon manque de grâce, la souillure de mon âme, et le danger des tentations de tous côtés, j’ai mis à part ce jour pour le jeûne et la prière, sans manger ni boire d’un soir à l’autre, suppliant Dieu d’avoir pitié de moi. Mon âme désirait intensément que les affreuses taches et souillures du péché en fussent lavées. J’ai entrevu quelque chose de la puissance et de la toute-suffisance de Dieu. Mon âme semblait se reposer sur sa puissance et sa grâce ; j’ai désiré la résignation à sa volonté, et la mortification à l’égard de toutes les choses d’ici-bas. Mon esprit était fortement fixé sur les choses divines : mes résolutions pour une vie de mortification, de vigilance continuelle, de renoncement à soi-même, de sérieux et de dévotion, étaient fortes et arrêtées ; mes désirs, ardents et intenses ; ma conscience, tendre, et craignant toute apparence de mal. Mon âme s’affligeait au souvenir de sa légèreté passée, et de son manque de résolution pour Dieu. J’ai solennellement renouvelé la consécration de moi-même à Dieu, et j’ai désiré la grâce de toujours garder l’alliance avec lui. Le temps m’a paru très court, l’éternité proche ; et un grand nom, soit pendant la vie, soit après, avec tous les plaisirs et tous les profits de la terre, rien qu’une bulle vide, un songe trompeur.

7 janvier. « J’ai passé cette journée dans le sérieux, avec de fermes résolutions pour Dieu et pour une vie de mortification. J’ai étudié assidûment, jusqu’à sentir mes forces corporelles défaillir. J’ai éprouvé quelque résignation à Dieu, avec un acquiescement à ses dispensations. J’ai été affligé de pouvoir faire si peu pour Dieu avant que mes forces corporelles ne défaillent. Le soir, quoique fatigué, j’ai été rendu capable de persévérer dans la prière quelque temps. J’ai passé le temps à lire, à méditer et à prier, jusqu’à une heure avancée de la soirée ; j’ai été affligé de penser que je ne pouvais veiller dans la prière toute la nuit. Mais béni soit Dieu, le ciel est un lieu de dévotion continuelle et incessante, bien que la terre soit lourde.

14 janvier. « Ce matin, j’ai joui d’une saison très solennelle dans la prière : mon âme semblait élargie et secourue pour se répandre devant Dieu, afin d’obtenir la grâce et toutes les bénédictions dont j’avais besoin pour moi-même, pour mes chers amis chrétiens et pour l’Église de Dieu ; et j’ai été si bien rendu capable de “voir celui qui est invisible” que mon âme se reposait sur lui pour l’accomplissement de tout ce que je demandais conformément à sa volonté. C’était alors mon bonheur de “persévérer dans la prière”, et j’ai été rendu capable d’y persévérer près d’une heure. Mon âme était alors “fortifiée dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante”. J’ai désiré extrêmement une sainteté et une pureté angéliques, et que toutes mes pensées, en tout temps, fussent employées aux choses divines et célestes. J’ai ressenti le même secours divin dans la prière à plusieurs reprises au cours de la journée. Mon âme s’est confiée en Dieu pour moi-même et pour sa Sion : je me suis fié à la puissance et à la grâce divines, pour qu’il fasse des choses glorieuses dans son Église sur la terre, pour sa propre gloire.

3 février. « J’ai joui de plus de liberté et de consolation que ces derniers temps ; j’ai été occupé à méditer sur les différents murmures des diverses facultés et affections d’une âme pieuse, exercée par une grande variété de dispensations ; et je n’ai pu m’empêcher d’écrire, autant que de méditer, sur un sujet si attachant. J’espère que le Seigneur m’a donné aujourd’hui quelque vrai sentiment des choses divines ; mais hélas, combien grands et pressants sont les restes de la corruption qui habite en moi ! Je sens plus que jamais que Dieu seul est “le chef et le consommateur de la foi”, c’est-à-dire que la sanctification tout entière, et chacune de ses parties, et toute bonne parole, toute bonne œuvre ou toute bonne pensée qui se trouve en moi, est l’effet de sa puissance et de sa grâce ; que “sans lui je ne puis rien faire”, au sens le plus strict ; et que “c’est lui qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir”, et non par aucun autre motif. Oh ! qu’il est étonnant que l’on puisse tant parler de la puissance et de la bonté des hommes, alors que, si Dieu ne nous retenait à chaque instant, nous serions des démons incarnés ! Voilà ce que mon amère expérience, ces quelques derniers jours, m’a abondamment appris sur moi-même.

7 février. « Mon âme a senti et goûté que le Seigneur est plein de grâce ; qu’il est le souverain bien, le seul bonheur qui rassasie l’âme ; qu’il est une part complète, suffisante et toute-puissante. Le langage de mon cœur était : “Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi.” Oh ! je sens que c’est le ciel que de lui plaire, et d’être exactement ce qu’il voudrait que je sois ! Oh ! si mon âme était “sainte, comme il est saint” ! Oh ! si elle était “pure, comme Christ est pur” ; et “parfaite, comme mon Père céleste est parfait” ! Ce sont là, je le sens, les plus doux commandements du livre de Dieu, qui renferment tous les autres. Et je les transgresserais ! faut-il que je les transgresse ! suis-je sous cette nécessité aussi longtemps que je vivrai dans le monde ! Ô mon âme, malheur, malheur à moi, qui suis un pécheur, qui ne cesse d’attrister et d’offenser ce Dieu béni, infini en bonté et en grâce ! Oh ! il me semble que, s’il me punissait pour mes péchés, cela ne blesserait pas mon cœur aussi profondément que de l’offenser ; mais bien que je pèche continuellement, il ne cesse pourtant de me renouveler sa bonté ! Oh ! il me semble que je pourrais supporter toutes les souffrances ; mais comment puis-je supporter d’attrister et de déshonorer ce Dieu béni ! Comment lui rendrai-je dix mille fois plus d’honneur ? Que ferai-je pour glorifier et adorer ce meilleur des êtres ? Oh ! si je pouvais me consacrer, âme et corps, à son service pour toujours ! Oh ! si je pouvais me livrer à lui, de manière à ne plus jamais chercher à être à moi-même, ni à avoir aucune volonté ni aucune affection qui ne lui soient parfaitement conformes ! Mais hélas ! je constate que je ne puis être ainsi entièrement consacré à Dieu ; je ne puis vivre sans pécher. Ô vous, anges, glorifiez-le sans cesse ; et, s’il est possible, prosternez-vous plus bas encore devant le Roi béni du ciel ! Je désire avoir part avec vous ; et, si c’était possible, vous aider. Oh ! quand nous aurons fait tout ce que nous pouvons, pendant toute l’éternité, nous ne pourrons offrir la dix-millième partie de l’hommage que mérite le Dieu glorieux !

3 mars. « Le matin, j’ai passé (je crois) une heure dans la prière, avec une grande ardeur et une grande liberté, et avec l’affection la plus douce et la plus tendre envers tous les hommes. Je désirais que ceux qui, j’ai lieu de le penser, me veulent du mal, soient éternellement heureux. Il me semblait rafraîchissant de penser à les retrouver au ciel, quel que soit le tort qu’ils m’aient fait sur la terre : je n’avais aucune envie d’exiger d’eux une confession, comme condition de la réconciliation et de l’exercice de l’amour et de la bonté envers eux. Oh ! c’est une image du ciel même, que d’aimer le monde entier d’un amour de bonté, de pardon et de bienveillance ; de sentir nos âmes posées, douces et débonnaires ; d’être exempts de tout mauvais soupçon et de toute méfiance, et à peine capables de penser du mal de qui que ce soit en quelque occasion que ce soit ; de trouver nos cœurs simples, ouverts et libres envers ceux qui nous regardent d’un autre œil ! — La prière était pour moi un exercice si doux que je ne savais comment cesser, de peur de perdre l’esprit de prière. Je n’éprouvais aucune envie de manger ou de boire pour le plaisir, mais seulement pour soutenir ma nature et me rendre propre au service divin. Je ne pouvais être satisfait sans faire une mention très particulière d’un grand nombre de chers amis devant le trône de la grâce, ainsi que de la situation particulière de beaucoup, autant qu’elle m’était connue.

10 mars. « Le matin, je me suis senti extrêmement mort au monde et à toutes ses jouissances. Je pensais être prêt et disposé à abandonner la vie et toutes ses consolations, dès que j’y serais appelé ; et pourtant j’avais alors autant de joie de vivre que je n’en ai presque jamais eu. Je désirais être perpétuellement et entièrement crucifié à toutes les choses d’ici-bas, par la croix de Christ. Mon âme était doucement résignée à ce que Dieu disposât de moi à tous égards ; et j’ai vu que rien n’était arrivé qui ne fût le meilleur pour moi. Je me suis confié en Dieu, assuré qu’il ne m’abandonnerait jamais, quand même je devrais “marcher dans la vallée de l’ombre de la mort”. C’était alors ma nourriture et mon breuvage d’être saint, de vivre pour le Seigneur et de mourir pour le Seigneur. Et je pensais jouir alors d’un ciel qui dépassait de loin les conceptions les plus sublimes d’une âme non régénérée ; et même, d’une manière inexprimable, ce que je pouvais moi-même concevoir en d’autres temps. Je ne m’étonnais pas que Pierre eût dit : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici”, lorsqu’il était ainsi rafraîchi par les gloires divines. Mon âme était pleine d’amour et de tendresse dans le devoir de l’intercession ; j’ai ressenti surtout une très douce affection pour quelques précieux pasteurs pieux de ma connaissance. J’ai prié ardemment pour de chers chrétiens, et pour ceux que j’ai lieu de craindre être mes ennemis ; et je n’aurais pu prononcer une parole d’amertume, ni nourrir une pensée amère, contre le plus vil des hommes vivants. J’ai eu le sentiment de ma grande indignité. Mon âme semblait exhaler de nouveau l’amour et la louange envers Dieu, quand je pensais qu’il permettrait à ses enfants de m’aimer et de me recevoir comme l’un de leurs frères et concitoyens. Quand je pensais qu’ils me traiteraient de cette manière, je désirais me coucher à leurs pieds ; et je ne trouvais aucun moyen d’exprimer la sincérité et la simplicité de mon amour et de mon estime pour eux, comme étant bien meilleurs que moi.

Jour du Seigneur, 11 mars. « Mon âme a été en quelque mesure fortifiée en Dieu, dans la dévotion du matin ; si bien que j’ai été délivré de la crainte tremblante et de la détresse. J’ai prêché à mon peuple sur la parabole du semeur, Matthieu 13, et j’ai joui de quelque secours aux deux services de la journée ; j’ai eu quelque liberté, quelque affection et quelque ferveur pour m’adresser à mon pauvre peuple ; je désirais que Dieu saisisse leurs cœurs et les rende spirituellement vivants. Et en vérité, j’avais tant à leur dire que je ne savais comment cesser de parler. »

Ce fut le dernier sabbat où il accomplit jamais un service public à Kaunaumeek, et ce furent les derniers sermons qu’il prêcha jamais aux Indiens de ce lieu. Les méthodes qu’il adopta pour leur salut, il les décrit ainsi dans une lettre au révérend M. Pemberton, de New York.

« Dans mes travaux parmi eux, afin de “les faire passer des ténèbres à la lumière”, j’ai cherché ce qui était le plus simple et le plus facile, et le mieux adapté à leurs capacités ; et je me suis efforcé de leur présenter de temps à autre, à mesure qu’ils étaient capables de les recevoir, les vérités les plus importantes et les plus nécessaires du christianisme ; celles qui concernaient le plus immédiatement leur prompte conversion à Dieu, et celles qui, à mon jugement, tendaient le plus, comme moyens, à opérer en eux ce glorieux changement. Mais surtout j’ai fait le but et la visée de tous mes travaux de les amener à une connaissance approfondie de ces deux choses : (1.) Le péché et la misère de l’état où ils se trouvaient par nature ; le mal de leurs cœurs, la souillure de leur nature ; la lourde culpabilité qui pesait sur eux, et leur exposition au châtiment éternel ; ainsi que leur entière incapacité de se sauver eux-mêmes, soit de leurs péchés, soit des misères qui en sont le juste châtiment ; et leur indignité de toute miséricorde de la part de Dieu, en raison de quoi que ce soit qu’ils pussent faire eux-mêmes pour obtenir sa faveur, et par conséquent leur extrême besoin de Christ pour les sauver. Et (2.) je me suis souvent efforcé de leur découvrir la plénitude, la toute-suffisance et la gratuité de cette rédemption que le Fils de Dieu a accomplie par son obéissance et ses souffrances, pour des pécheurs qui périssent : comment cette provision qu’il avait faite répondait à tous leurs besoins ; et comment il les appelait et les invitait à accepter gratuitement la vie éternelle, malgré tout leur péché.

« Après avoir passé plusieurs mois avec les Indiens, j’ai composé diverses formes de prière, adaptées à leur situation et à leurs capacités ; avec l’aide de mon interprète, je les ai traduites dans la langue indienne ; et j’ai bientôt appris à prononcer leurs mots, de manière à prier avec eux dans leur propre langue. J’ai aussi traduit divers psaumes dans leur langue, et peu après nous avons pu chanter dans le culte de Dieu.

« Lorsque mon peuple eut acquis quelque connaissance de bon nombre des vérités les plus simples du christianisme, de sorte qu’ils étaient capables d’en recevoir et d’en comprendre d’autres, je leur ai fait un récit historique de la manière dont Dieu avait agi envers son ancien peuple, celui qui faisait profession de le servir, les Juifs ; de quelques-uns des rites et des cérémonies qu’ils étaient tenus d’observer, comme leurs sacrifices, etc., et de ce qu’ils étaient destinés à leur représenter ; ainsi que de quelques-uns des étonnants miracles que Dieu accomplit pour leur salut, tant qu’ils se confiaient en lui ; et des sévères châtiments qu’il fit parfois venir sur eux, lorsqu’ils l’abandonnaient et péchaient contre lui. Ensuite je leur ai raconté la naissance, la vie, les miracles, les souffrances, la mort et la résurrection de Christ ; ainsi que son ascension, et la merveilleuse effusion du Saint-Esprit qui s’ensuivit.

« Et ayant ainsi tâché de préparer la voie par un tel exposé général des choses, j’ai ensuite entrepris de leur lire et de leur expliquer l’Évangile selon saint Matthieu (du moins pour l’essentiel) de suite, d’un bout à l’autre ; ils y ont eu une vue plus distincte et plus particulière de ce dont ils avaient eu auparavant quelque notion générale. Je me suis consacré à ces explications presque tous les soirs, lorsqu’un nombre assez considérable d’entre eux se trouvait chez eux ; sauf lorsque j’étais moi-même obligé de m’absenter, afin d’apprendre la langue indienne auprès du révérend M. Sergeant. Outre ces moyens d’instruction, il y avait aussi une école anglaise tenue régulièrement par mon interprète parmi les Indiens ; je la visitais fréquemment, afin de donner aux enfants et aux jeunes gens quelques instructions convenables, et de sérieuses exhortations adaptées à leur âge.

« Le degré de connaissance auquel quelques-uns d’entre eux sont parvenus était considérable. Beaucoup des vérités du christianisme semblaient fixées dans leur esprit, surtout en certains cas, au point qu’ils m’en parlaient et me posaient à leur sujet les questions nécessaires pour les rendre plus simples et plus claires à leur intelligence. Les enfants aussi, et les jeunes gens qui fréquentaient l’école, ont fait des progrès considérables (du moins quelques-uns d’entre eux) dans leurs études ; de sorte que, s’ils avaient bien compris la langue anglaise, ils auraient été capables de lire assez couramment dans un psautier.

« Mais ce qui était le plus désirable de tout, et ce qui m’a donné le plus grand encouragement au milieu de bien des difficultés et de bien des heures désolées, c’est que les vérités de la parole de Dieu semblaient, par moments, accompagnées de quelque puissance sur les cœurs et les consciences des Indiens. Et cela a paru particulièrement évident chez quelques individus, qui ont été réveillés à quelque sentiment de leur misérable état naturel, et ont paru désireux d’en être délivrés. Plusieurs d’entre eux sont venus de leur propre mouvement s’entretenir avec moi de ce qui regardait leur âme ; et quelques-uns, avec larmes, m’ont demandé ce qu’ils devaient faire pour être sauvés. »

Les Indiens de Kaunaumeek n’étant qu’en petit nombre, et Brainerd ayant travaillé parmi eux environ un an, et les ayant amenés à consentir à quitter Kaunaumeek pour s’établir à Stockbridge, afin de vivre constamment sous le ministère de M. Sergeant, il pensa qu’il pourrait désormais rendre davantage de service à Christ parmi des Indiens d’ailleurs ; il se rendit donc au New Jersey, et exposa l’affaire aux commissaires, qui se réunirent à cette occasion à Elizabeth-Town, et décidèrent qu’il quitterait sans délai Kaunaumeek pour aller chez les Indiens du Delaware.

Par les invitations que Brainerd avait reçues peu de temps auparavant, il apparaît que ce ne fut ni par nécessité ni faute d’occasions de s’établir dans le ministère qu’il résolut d’abandonner toutes les commodités extérieures dont il aurait pu jouir ainsi, pour passer sa vie parmi des sauvages, et endurer les difficultés et les renoncements d’une mission indienne. Au moment même où il quittait Kaunaumeek, il avait reçu une invitation pressante à s’établir à East-Hampton, l’une des villes les plus agréables de Long Island. Les habitants y étaient unanimes à désirer l’avoir pour pasteur ; ils le sollicitèrent longtemps avec instance, et ce ne fut qu’à grand-peine qu’ils se résignèrent à renoncer à leurs efforts et à l’espoir de l’obtenir. Outre cela, il avait reçu une invitation à prêcher en vue de s’établir à Millington, près de sa ville natale, et au milieu de ses amis. Et si Brainerd choisit l’œuvre de missionnaire auprès des Indiens plutôt que d’accepter ces invitations, ce n’était pas parce qu’il ignorait les difficultés et les souffrances qui accompagnaient un tel service ; car il avait fait l’expérience de ces difficultés en été comme en hiver, ayant passé environ un an dans un désert solitaire parmi ces sauvages, où il avait traversé des épreuves extrêmes et connu une suite de tristesses extérieures et intérieures, qui étaient encore toutes fraîches dans son esprit.

Après cela, il resta deux ou trois jours au New Jersey, très malade ; puis il retourna à New York, et de là en Nouvelle-Angleterre ; et il se rendit dans sa ville natale de Haddam, où il arriva le samedi 14 avril. Et il continue encore ses plaintes amères sur le manque de retraite. Pendant qu’il était à New York, il dit ceci : « Oh ! ce ne sont pas les plaisirs du monde qui peuvent me consoler ! Si Dieu refuse sa présence, que me sont les plaisirs de la ville ? Une heure de douce retraite là où Dieu est vaut mieux que le monde entier. »

17 avril. — « Le soir, chez mon frère, tandis que nous chantions des cantiques avec des amis, mon âme semblait se fondre ; et ensuite, dans la prière, j’ai joui de l’exercice de la foi, et j’ai été rendu capable d’être fervent d’esprit : j’ai trouvé plus de la présence de Dieu qu’à aucun moment de mon récent et fatigant voyage. L’éternité m’a paru très proche ; ma nature était très faible, et semblait prête à se dissoudre ; le soleil déclinait, et les ombres du soir s’avançaient rapidement. Oh ! je désirais remplir tous les moments qui me restent uniquement pour Dieu ! Bien que mon corps fût si faible, et épuisé par la prédication et par beaucoup d’entretiens privés, je voulais pourtant veiller toute la nuit pour faire quelque chose pour Dieu. À Dieu, qui donne ces rafraîchissements, soit la gloire aux siècles des siècles. Amen.

18 avril. — « J’ai été très faible, et je n’ai goûté que peu de consolation spirituelle. J’ai été éprouvé par un homme qui chicanait contre le péché originel. Que le Seigneur lui ouvre les yeux pour voir la source du péché en lui-même ! »

Après cela, il visita plusieurs pasteurs du Connecticut ; puis il se dirigea vers Kaunaumeek, et arriva chez M. Sergeant, à Stockbridge, le jeudi 26 avril, ayant accompli le voyage dans un état de grande faiblesse corporelle.

27 et 28 avril. — « J’ai passé quelque temps à visiter des amis et à m’entretenir avec mon peuple (qui avait maintenant quitté son propre lieu pour descendre chez M. Sergeant), et je les ai trouvés très heureux de me voir de retour. J’ai été éprouvé en mon esprit par le sentiment de ma propre indignité.

Jour du Seigneur, 29 avril. — « J’ai prêché pour M. Sergeant aux deux services de la journée, sur Apocalypse 14:4. J’ai joui de quelque liberté dans la prédication, mais de peu de spiritualité. Le soir, mon cœur s’est en quelque mesure élevé en reconnaissance envers Dieu pour le moindre secours.

30 avril. — « Je suis allé à cheval à Kaunaumeek, mais j’étais extrêmement malade ; je n’ai pas goûté dans ma propre maison la consolation que j’espérais.

1er mai. — « Ayant reçu de nouveaux ordres de me rendre auprès d’un certain nombre d’Indiens sur la rivière Delaware, en Pennsylvanie, et mon peuple d’ici ayant pour la plupart déménagé chez M. Sergeant, j’ai pris aujourd’hui tous mes vêtements, mes livres, etc., je m’en suis défait, et je suis parti pour la rivière Delaware ; mais j’ai pris le chemin du retour chez M. Sergeant, où je suis arrivé aujourd’hui même, à la tombée de la nuit. J’ai chevauché plusieurs heures sous la pluie à travers le désert hurlant, bien que je fusse si dérangé de corps qu’il ne sortait presque rien de moi que du sang.

8 mai. — « J’ai parcouru environ quarante-cinq milles jusqu’à un lieu appelé Fishkill, et j’y ai logé. J’ai passé une grande partie de mon temps, en chevauchant, à prier pour que Dieu m’accompagne jusqu’au Delaware. Mon cœur était parfois prêt à défaillir à la pensée de mon œuvre, et de m’en aller seul dans le désert, je ne savais où ; mais il était pourtant consolant de penser que d’autres enfants de Dieu avaient “erré dans les cavernes et les antres de la terre” ; et qu’Abraham, lorsqu’il fut appelé à sortir, “partit sans savoir où il allait”. Oh ! puissé-je suivre Dieu ! »

Le lendemain, il poursuivit son voyage ; il traversa l’Hudson, et se rendit à Goshen, dans les Highlands ; puis il traversa les bois, de l’Hudson au Delaware, environ cent milles, à travers une contrée désolée et affreuse, au-dessus du New Jersey, où il y avait très peu d’établissements ; et il souffrit beaucoup de fatigue et de privations dans ce voyage. Il visita en chemin quelques Indiens, en un lieu appelé Miunissinks, et s’entretint avec eux du christianisme. Il fut assez mélancolique et désolé, étant seul dans un désert étranger. Le samedi 12 mai, il arriva à un établissement d’Irlandais et de Hollandais, et, poursuivant environ douze milles plus loin, il parvint à Sakhauwotung, un établissement indien situé dans les Fourches du Delaware.

Jour du Seigneur, 13 mai. — « Je me suis levé de bonne heure ; je me sentais très mal après mon long voyage, et après avoir été mouillé et harassé. J’ai été très mélancolique ; je n’ai presque jamais vu de ma vie une matinée aussi sombre ; il ne semblait pas y avoir de sabbat ; les enfants étaient tous à jouer ; moi, étranger dans le désert, je ne savais où aller ; et toutes les circonstances semblaient conspirer à rendre mes affaires sombres et décourageantes. J’ai été déçu au sujet d’un interprète, et j’ai appris que les Indiens étaient très dispersés. Oh ! je soupirais après la présence de Dieu, et je semblais une créature bannie de devant sa face ! pourtant il lui a plu de soutenir mon âme défaillante au milieu de toutes mes tristesses ; si bien que je n’ai jamais eu la moindre pensée d’abandonner mon œuvre parmi les pauvres Indiens ; mais j’étais consolé de penser que la mort me délivrerait bientôt de ces détresses. Je suis allé à cheval à trois ou quatre milles, chez les Irlandais, où j’en ai trouvé quelques-uns qui paraissaient sérieux et préoccupés de religion. Mon cœur a alors commencé à être un peu encouragé : je suis allé prêcher d’abord aux Irlandais, puis aux Indiens ; et le soir j’ai été un peu consolé : mon âme semblait se reposer sur Dieu et prendre courage.

Jour du Seigneur, 20 mai. — « J’ai prêché deux fois aux pauvres Indiens ; et j’ai joui de quelque liberté pour parler, tandis que je m’efforçais de dissiper leurs préjugés contre le christianisme. Mon âme soupirait continuellement après le secours d’en haut ; car je voyais que je n’avais pas une force suffisante pour cette œuvre. Ensuite j’ai prêché aux Irlandais ; j’ai été très secouru dans la première prière, et quelque peu dans le sermon. Plusieurs personnes ont paru très inquiètes pour leur âme ; je me suis entretenu avec elles ensuite avec beaucoup de liberté et quelque puissance. Béni soit Dieu pour tout secours accordé à un ver indigne. Oh ! si je pouvais vivre pour lui !

Jour du Seigneur, 27 mai. — « J’ai visité mes Indiens le matin, et j’ai assisté à des funérailles parmi eux ; j’ai été affligé de voir leurs pratiques païennes. Oh ! que je voudrais “qu’ils passent des ténèbres à la lumière” ! Ensuite j’en ai réuni un nombre considérable, et je leur ai prêché ; et je les ai trouvés très attentifs. Après cela, j’ai prêché aux Blancs sur Hébreux 2:3 : “comment échapperons-nous en négligeant un si grand salut ?” J’ai été rendu capable de parler avec quelque liberté et quelque puissance : plusieurs personnes ont paru très inquiètes pour leur âme ; en particulier un homme qui avait été élevé dans la religion catholique romaine. Béni soit le Seigneur pour tout secours.

28 mai. — « Je suis parti de chez les Indiens au-dessus des Fourches du Delaware, pour me rendre à Newark, dans le New Jersey, selon mes ordres. J’ai chevauché à travers le désert ; j’ai été très fatigué par la chaleur ; j’ai logé en un lieu appelé Black River ; j’étais extrêmement las et épuisé.

Jour du Seigneur, 10 juin. — « [À Newark.] Le matin, j’étais très inquiet de savoir comment j’accomplirais l’œuvre de la journée, et je tremblais à la pensée d’être laissé à moi-même. J’ai joui d’un secours très considérable dans toutes les parties du service public. J’ai eu de nouveau l’occasion de participer au sacrement de la cène du Seigneur, et, par la bonté divine, j’y ai été rafraîchi : mon âme était pleine d’amour et de tendresse envers les enfants de Dieu, et envers tous les hommes. Le soir, j’ai joui de plus de spiritualité et d’un plus doux désir de sainteté que je n’en avais éprouvé depuis quelque temps : je craignais chaque pensée et chaque mouvement, de peur que mon cœur ne fût par là détourné de Dieu. Oh ! puissé-je ne jamais quitter le Dieu béni ! “Seigneur, il y a d’abondantes joies devant ta face.” Oh ! le bonheur de vivre pour Dieu !

11 juin. — « Aujourd’hui le presbytère s’est réuni à Newark en vue de mon ordination. J’étais très faible et dérangé de corps ; pourtant je me suis efforcé de reposer ma confiance en Dieu. J’ai passé la plus grande partie de la journée seul, surtout la matinée. À trois heures de l’après-midi, j’ai prêché mon sermon d’épreuve sur Actes 26:17, 18, texte qui m’avait été donné à cet effet. Je ne me sentais bien ni de corps ni d’esprit : cependant Dieu m’a fait traverser cela avec sérénité. Ensuite j’ai subi un examen devant le presbytère. J’étais très las, et mon esprit était accablé par la grandeur de la charge que j’étais sur le point d’assumer de la manière la plus solennelle : mon esprit était si oppressé par le poids de l’œuvre qui m’incombait que je n’ai pu dormir cette nuit-là, bien que je fusse très las et que j’eusse grand besoin de repos.

12 juin. — « Ce matin, j’ai été examiné plus avant sur ma connaissance expérimentale du christianisme. À 10 heures a eu lieu mon ordination ; le sermon a été prêché par le révérend M. Pemberton. À ce moment-là, j’étais touché du sentiment de l’important dépôt qui m’était confié ; j’étais pourtant recueilli et grave, sans distraction ; et j’espère qu’alors, comme bien des fois auparavant, je me suis donné à Dieu, pour être à lui, et non à un autre. Oh ! puissé-je toujours être engagé au service de Dieu, et me souvenir comme il convient de la charge solennelle que j’ai reçue en présence de Dieu, des anges et des hommes. Amen. »

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