Vie et journal de David Brainerd
Depuis sa nomination comme missionnaire jusqu’au début de sa mission parmi les Indiens de Kaunaumeek, dans la province de New York

Chapitre 5 · 15 min de lecture · 19 min d’écoute

Depuis sa nomination comme missionnaire jusqu’au début de sa mission parmi les Indiens de Kaunaumeek, dans la province de New York

26 novembre 1742 – 31 mars 1743.

26 novembre 1742. — « J’avais encore le sentiment de ma grande bassesse, et je me suis efforcé, autant que je le pouvais, de rester seul. Oh ! quel néant, quelle poudre et quelle cendre je suis ! J’ai goûté quelque paix et quelque consolation en exposant mes plaintes devant le Dieu de toute grâce.

27 novembre. — « J’ai remis mon âme à Dieu avec quelque consolation ; j’ai quitté New York vers neuf heures du matin ; je suis parti avec un sentiment encore douloureux de mon indicible indignité. Assurément je puis bien aimer tous mes frères ; car aucun d’eux n’est aussi vil que moi : quoi qu’ils fassent extérieurement, il me semble pourtant qu’aucun n’a conscience d’une aussi grande culpabilité devant Dieu. Oh ! ma maigreur, ma stérilité, ma charnalité, mon amertume passée et mon manque d’un esprit conforme à l’Évangile ! Ces choses oppriment mon âme. Je suis allé à cheval de New York à White Plains, trente milles, et pendant la plus grande partie du chemin j’ai continué d’élever mon cœur à Dieu pour obtenir miséricorde et grâce purifiante ; et j’ai passé la soirée très abattu d’esprit.

1er décembre. — « Mon âme a soupiré après Dieu, dans de doux désirs spirituels et ardents d’être rendue conforme à lui ; elle a été amenée à se reposer sur sa riche grâce, et elle a senti de la force et du courage pour faire ou souffrir quoi que ce soit que la providence divine voudrait m’assigner. J’ai fait environ vingt milles à cheval, de Stratfield à Newtown. »

Dans l’espace des neuf jours suivants, il fit un voyage de Newtown à Haddam, sa ville natale ; et, après y être resté quelques jours, il revint dans la partie occidentale du Connecticut, et arriva à Southbury.

11 décembre. — « J’ai conversé avec un cher ami à qui j’avais pensé donner une éducation libérale, en en prenant à ma charge tous les frais, afin qu’il soit rendu propre au ministère de l’Évangile. Je lui ai fait part de mes pensées à ce sujet, et je l’ai laissé y réfléchir jusqu’à ce que je le revoie. Puis je suis allé à cheval à Bethlehem, je suis arrivé au logis de M. Bellamy, et j’ai passé la soirée avec lui dans une douce conversation et dans la prière. Nous avons recommandé au Dieu de toute grâce le projet d’envoyer mon ami au collège. Béni soit le Seigneur pour l’occasion que nous avons eue ce soir d’être ensemble.

Brainerd, ayant désormais entrepris la charge de missionnaire auprès des Indiens, et son père lui ayant laissé quelque bien, jugea qu’il ne pouvait l’employer d’aucune manière plus propre à la gloire de Dieu qu’en prenant à sa charge l’éducation, en vue du ministère, de quelque jeune homme doué et pieux. Le jeune homme dont il est question ici fut choisi dans ce but, et reçut son éducation aux frais de Brainerd aussi longtemps que vécut son bienfaiteur, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il fût parvenu à sa troisième année de collège.

Jour du Seigneur, 12 décembre. — « Je me sentais, le matin, comme si je n’avais que peu ou point de force pour prier ou pour prêcher ; et j’éprouvais un besoin pressant du secours divin. Je suis allé à la réunion en tremblant ; mais il a plu à Dieu de m’assister dans la prière et dans le sermon. Je crois que mon âme n’a presque jamais pénétré aussi loin dans le monde immatériel, dans aucune des prières que j’aie jamais faites, et que mes dévotions n’ont jamais été aussi libres de conceptions grossières et d’images formées à la vue des objets matériels. J’ai prêché avec quelque satisfaction sur Matthieu 6:33 : “Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu”, etc. ; et l’après-midi, sur Romains 15:30 : “Je vous exhorte, frères”, etc. Il y avait beaucoup d’émotion dans l’assemblée. Ce sabbat a été doux pour moi ; et, béni soit Dieu, j’ai lieu de penser que ma religion est devenue plus spirituelle par le moyen de mes combats intérieurs de ces derniers temps. Amen. Puissé-je toujours consentir à ce que Dieu use avec moi de ses propres méthodes !

14 décembre. — « Une certaine perplexité pesait sur mon esprit ; j’ai été affligé hier soir et ce matin pour les intérêts de Sion, surtout à cause des fausses apparences de religion, qui ne font plutôt qu’engendrer la confusion, particulièrement en certains lieux. J’ai crié à Dieu pour qu’il m’aide et me rende capable de rendre témoignage contre ces choses qui, au lieu de favoriser les progrès de la piété vivante, ne font que les entraver. L’après-midi, je suis descendu à cheval jusqu’à Southbury, et j’ai conversé de nouveau avec mon ami sur le sujet important de son entrée dans l’œuvre du ministère ; et il a paru fort disposé à s’y consacrer, si Dieu faisait réussir ses efforts pour se rendre propre à une si grande œuvre. Le soir, j’ai prêché sur 1 Thessaloniciens 4:8, et je me suis efforcé, avec tendresse cependant, de saper la fausse religion. Le Seigneur m’a accordé quelque secours.

15 décembre. — « J’ai joui quelque peu de Dieu aujourd’hui, tant dans la prière secrète que dans la prière en commun ; mais j’ai été sensible à beaucoup de stérilité et de défaillance dans le devoir, ainsi qu’à mon incapacité à m’aider moi-même pour l’avenir, ou à accomplir l’œuvre et la tâche que j’ai à faire. Ensuite, j’ai beaucoup ressenti la douceur de la religion et la tendresse de l’esprit de l’Évangile. J’ai trouvé en moi un tendre amour pour tous les hommes, et je craignais beaucoup que quelque mouvement de colère ou de ressentiment ne se glisse de temps à autre dans mon cœur. J’ai eu un entretien consolant, rafraîchissant pour l’âme, avec de chers amis, au moment même où nous prenions congé les uns des autres ; et j’ai pensé que peut-être nous ne nous reverrions pas avant d’arriver au monde éternel. Je ne doute pas que, par la grâce, quelques-uns d’entre nous auront là une heureuse rencontre, et béniront Dieu pour ce moment-ci, comme pour bien d’autres. Amen.

Les commissaires qui employaient Brainerd comme missionnaire avaient décidé qu’il irait, dès que cela pourrait se faire commodément, chez les Indiens qui vivaient près des Fourches du Delaware, et chez les Indiens de la rivière Susquehanna. L’éloignement de ces lieux, et les nombreuses privations et dangers auxquels il serait probablement exposé, furent l’occasion de ces adieux à ses amis.

18 décembre. « J’ai passé beaucoup de temps en prière dans les bois ; et il me semblait être élevé au-dessus des choses du monde : mon âme était forte dans l’Éternel des armées ; mais j’étais sensible à une grande stérilité.

23 décembre. — « J’ai joui, je l’espère, de la présence de Dieu ce matin dans le secret. Oh ! qu’il est divinement doux d’entrer dans le secret de sa présence, et de demeurer sous sa tente !

27 décembre. — « J’ai eu en vérité un moment précieux ; j’ai eu un sentiment attendrissant des choses divines, de la pure spiritualité de la religion de Jésus-Christ. Le soir, j’ai prêché sur Matthieu 6:33 avec beaucoup de liberté, de puissance et de force pénétrante : la présence de Dieu a accompagné notre réunion. Oh ! la douceur, la tendresse que je ressentais dans mon âme ! Si jamais j’ai senti l’esprit de Christ, j’en ai eu quelque sentiment à ce moment-là. Béni soit mon Dieu, j’ai rarement goûté une journée plus consolante et plus profitable que celle-ci. Oh ! que je puisse employer tout mon temps pour Dieu !

14 janvier 1743. — « Mes combats spirituels ont été aujourd’hui d’une horreur indicible, plus lourds que les montagnes et que les flots débordants. J’étais privé de tout sentiment de Dieu, et même de l’existence d’un Dieu ; et c’était là ma misère. Les tourments des damnés, j’en suis sûr, consisteront en grande partie dans la privation de Dieu, et par conséquent de tout bien. Cela m’a enseigné la dépendance absolue de la créature à l’égard de Dieu le Créateur, pour chaque miette de bonheur dont elle jouit. Oh ! je sens que, s’il n’y avait point de Dieu, même si je pouvais vivre ici à jamais, et jouir non seulement de ce monde-ci mais de tous les autres mondes, je serais dix mille fois plus misérable qu’un reptile.

Jour du Seigneur, 23 janvier. — « Je ne me suis presque jamais senti aussi indigne d’exister que maintenant : j’ai vu que je n’étais pas digne d’une place parmi les Indiens, où je vais, si Dieu le permet ; j’ai pensé que j’aurais honte de les regarder en face, et bien plus encore de recevoir là quelque marque de respect. En vérité, je me sentais banni de la terre, comme si tous les lieux étaient trop bons pour un tel misérable. Je pensais que j’aurais honte d’aller même chez les sauvages de l’Afrique ; je me paraissais à moi-même une créature bonne à rien, ni pour le ciel ni pour la terre. Nul ne sait, sinon ceux qui l’éprouvent, ce qu’endure l’âme qui se sent exclue de la présence de Dieu : hélas ! c’est plus amer que la mort.

2 février. — « J’ai prêché hier soir mon sermon d’adieu, dans la maison d’un vieillard qui, depuis quelque temps, ne pouvait plus assister au culte public. Ce matin, j’ai passé le temps en prière presque partout où j’allais ; et, ayant pris congé de mes amis, je me suis mis en route vers les Indiens ; bien que je dusse d’abord passer quelques semaines à East-Hampton, dans Long Island, avec la permission des commissaires, la saison d’hiver ayant été jugée défavorable au commencement de la mission.

12 février. — [À East-Hampton.] « J’ai goûté un peu plus de consolation ; il m’a été donné de méditer avec un certain calme d’esprit ; et surtout le soir, j’ai trouvé mon âme plus rafraîchie dans la prière qu’à aucun moment ces derniers temps ; mon âme semblait “saisir la force de Dieu”, et elle a été réconfortée par ses consolations. Oh ! que certains aperçus de la gloire divine sont doux ! qu’ils fortifient et qu’ils vivifient !

15 février. « De bonne heure dans la journée, j’ai ressenti quelque consolation ; ensuite je suis allé me promener dans un bosquet voisin, et je me suis senti, je crois, plus étranger sur la terre que jamais auparavant, mort à toutes les jouissances du monde. Le soir, j’ai eu une douceur divine dans le devoir secret : Dieu était alors mon partage, et mon âme s’est élevée au-dessus de ces eaux profondes où j’étais tombé si bas ces derniers temps. Mon âme a alors crié pour Sion, et elle a trouvé de la douceur à le faire. »

17 février. — « J’ai prêché aujourd’hui dans un petit village d’East-Hampton ; et il a plu à Dieu de m’accorder sa présence et son secours pleins de grâce, si bien que j’ai parlé avec liberté, avec hardiesse et avec quelque puissance. Le soir, j’ai passé quelque temps avec un cher ami chrétien ; et je me suis senti sérieux, comme au bord de l’éternité. Notre entretien a été vraiment une petite image du ciel même. Je trouve que mon âme est plus épurée et plus détachée de toute dépendance à l’égard de mes dispositions et de mes sentiments spirituels.

18 février. — « J’ai eu quelque jouissance la plus grande partie du jour, et j’ai trouvé accès auprès du trône de la grâce. Béni soit le Seigneur pour tous les intervalles de délices et de calme célestes, tandis que je suis engagé sur le champ de bataille. Oh ! que je sois sérieux, recueilli et toujours vigilant, tant que je suis dans un monde mauvais ! J’ai eu aujourd’hui quelques moments seul, et j’ai trouvé quelque liberté dans l’étude. Oh ! je désire ardemment vivre pour Dieu ! »

Pendant les deux semaines suivantes, il semble que, pour la plus grande partie du temps, il jouit de beaucoup de paix et de consolation spirituelles. Dans son journal de cette période s’expriment des choses comme celles-ci : la tristesse au sujet du péché qui habite en lui, et de son inutilité ; la mort au monde ; l’ardent désir de Dieu, et de vivre pour sa gloire ; des désirs qui font fondre le cœur, tournés vers sa demeure éternelle ; une ferme confiance en Dieu pour son secours ; l’expérience d’un grand secours divin, tant dans les exercices privés que dans les exercices publics de la religion ; une force et un courage intérieurs dans le service de Dieu ; de très fréquents rafraîchissements, consolations et douceurs divines dans la méditation, la prière, la prédication et la conversation chrétienne. Et il ressort de son récit que cette période fut remplie par une grande diligence et un grand zèle à servir Dieu : dans l’étude, la prière, la méditation, la prédication, et dans l’enseignement et le conseil donnés en particulier.

7 mars. — « Ce matin, en me levant, j’ai trouvé mon cœur s’élancer vers Dieu dans d’ardents désirs d’être rendu conforme à lui ; et dans la prière secrète, je me suis senti doucement vivifié et porté à louer Dieu pour tout ce qu’il a fait en moi et pour moi, et pour toutes mes épreuves et ma détresse intérieures de ces derniers temps. Mon cœur rendait gloire, gloire, gloire au Dieu béni ! et accueillait de nouveau toute détresse intérieure, s’il plaisait à Dieu de m’y exercer. Le temps ne me paraissait long que d’un pouce, et l’éternité toute proche ; et je pensais pouvoir supporter avec patience et avec joie n’importe quoi pour la cause de Dieu ; car je voyais qu’un instant m’amènerait dans un monde de paix et de félicité. Mon âme, par la force du Seigneur, s’est élevée bien au-dessus de ce bas monde, et de tous ses vains amusements et de ses effrayantes déceptions.

Jour du Seigneur, 13 mars. « À midi, je pensais qu’il m’était impossible de prêcher, à cause de ma faiblesse corporelle et de ma torpeur spirituelle. Pendant la première prière, j’étais si faible que je pouvais à peine me tenir debout ; mais pendant le sermon, Dieu m’a fortifié, si bien que j’ai parlé près d’une heure et demie avec une douce liberté, avec clarté et avec une certaine puissance pleine de tendresse, sur Genèse 5:24 : “Hénoc marcha avec Dieu.” J’ai été doucement aidé à insister sur une marche intime avec Dieu, et à laisser ceci comme mon conseil d’adieu au peuple de Dieu de cet endroit : qu’ils “marchent avec Dieu”. Que le Dieu de toute grâce fasse prospérer mes pauvres travaux en ce lieu !

14 mars. « Le matin, j’ai été très occupé à préparer mon voyage, et j’ai été presque continuellement engagé dans des prières jaculatoires. Vers dix heures, j’ai pris congé du cher peuple d’East-Hampton ; mon cœur était triste et affligé, et se réjouissait en même temps ; j’ai fait près de cinquante milles à cheval jusqu’à une partie de Brook-Haven, où j’ai logé, et j’ai eu une conversation rafraîchissante avec un ami chrétien. »

En deux jours de plus, il atteignit New York ; mais il se plaint d’avoir éprouvé en chemin beaucoup de délaissement et de torpeur spirituelle. Il resta un jour à New York, et le vendredi il se rendit chez M. Dickinson, à Elizabeth-Town.

19 mars. « J’ai été amèrement affligé sous le sentiment de mon ignorance, de mes ténèbres et de mon indignité ; je me suis retiré seul, et j’ai répandu ma plainte devant Dieu dans l’amertume de mon âme. L’après-midi, je suis allé à cheval à Newark, et j’ai goûté quelque douceur dans la conversation et la prière avec M. Burr. Oh ! béni soit Dieu aux siècles des siècles, pour tous les moments où il ranime et vivifie !

Jour du Seigneur, 20 mars. « J’ai prêché dans la matinée : Dieu m’a accordé quelque secours, et m’a rendu capable de parler avec une réelle tendresse, avec amour et avec impartialité. Le soir, j’ai prêché de nouveau ; et vraiment il a plu à Dieu d’assister un pauvre ver de terre. Béni soit Dieu, il m’a été donné de parler avec vie, avec puissance, et avec le désir de l’édification du peuple de Dieu ; et avec quelque puissance pour les pécheurs. Le soir, j’ai veillé, de peur que mon cœur ne se laisse en aucune manière détourner de Dieu. Oh ! quand arriverai-je dans ce monde béni où toutes les facultés de mon âme seront sans cesse et éternellement tendues, au plus haut degré, vers les occupations et les jouissances célestes ! »

Le lundi, il se rendit à Woodbridge, dans le New Jersey, où il rencontra les correspondants, qui, au lieu de l’envoyer chez les Indiens des Fourches du Delaware, comme on l’avait projeté auparavant, lui enjoignirent d’aller vers un certain nombre d’Indiens à Kaunaumeek, lieu situé dans la province de New York, dans les bois, entre Stockbridge et Albany. Ce changement fut occasionné par deux choses. 1. Les informations que les correspondants avaient reçues au sujet d’une contestation entre les Blancs et les Indiens du Delaware, concernant leurs terres ; ce qui, pensaient-ils, ferait obstacle au succès d’un missionnaire parmi eux à ce moment-là. 2. Certaines indications qu’ils avaient reçues de M. Sergeant, missionnaire auprès des Indiens de Stockbridge, au sujet des Indiens de Kaunaumeek, et des perspectives encourageantes de succès qu’un missionnaire pourrait avoir parmi eux.

Le lendemain, il se mit en route pour Kaunaumeek, et arriva le 31 mars chez M. Sergeant, à Stockbridge.

Page 1 / 1 · 15 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant