Chapitre 4 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute
Depuis son autorisation de prêcher jusqu’à sa nomination comme missionnaire
30 juillet – 25 novembre 1742.
30 juillet 1742. — « Je suis allé à cheval de Danbury à Southbury ; j’y ai prêché sur 1 Pierre 4:8. J’ai beaucoup goûté la présence consolante de Dieu pendant le service. Il me semblait avoir de la puissance auprès de Dieu dans la prière, et de la puissance pour saisir le cœur des gens dans la prédication.
12 août. (Près de Kent.) — « Ce matin et hier soir, j’ai été exercé par de douloureuses épreuves intérieures : je n’avais aucune force pour prier, et je me semblais exclu de la présence de Dieu. J’avais en grande partie perdu l’espérance que Dieu m’envoie parmi les païens au loin, et de les voir accourir à Christ. Je voyais tant de ma bassesse que je m’étonnais que Dieu me laisse vivre, et que les gens ne me lapident pas ; et bien plus encore qu’ils veuillent jamais m’entendre prêcher ! Il me semblait que je ne pourrais plus jamais prêcher ; pourtant vers neuf ou dix heures les gens sont arrivés, et j’ai été obligé de prêcher ; et, béni soit Dieu, il m’a donné sa présence et son Esprit dans la prière et dans la prédication, si bien que j’ai été beaucoup aidé et que j’ai parlé avec puissance, sur Job 14:14. Quelques Indiens qui demeurent ici ont poussé des cris dans une grande détresse, et tous ont paru fort inquiets pour leur âme. Après que nous avons prié et que nous les avons exhortés à chercher le Seigneur avec constance, et que nous avons engagé une Anglaise pour tenir parmi eux une sorte d’école, nous sommes repartis. »
Jour du Seigneur, 15 août. — « J’ai ressenti aujourd’hui beaucoup de consolation et de consécration à Dieu. Le soir, il m’a été rafraîchissant de me retrouver seul avec Dieu, et de répandre mon âme. Oh ! qui peut concevoir la douceur de la communion avec le Dieu béni, sinon ceux qui en ont l’expérience ! Gloire à Dieu à jamais, de ce que je puis goûter le ciel ici-bas.
17 août. — « Extrêmement abattu d’esprit ; cela me déchire et me blesse le cœur de penser combien d’exaltation de moi-même, d’orgueil spirituel et d’emportement j’ai autrefois mêlés à mes efforts pour faire avancer l’œuvre de Dieu ; et parfois je désire me coucher aux pieds des opposants, et confesser quelle pauvre créature imparfaite j’ai été et je suis encore. Que le Seigneur me pardonne, et qu’il me rende à l’avenir “prudent comme le serpent, et simple comme la colombe” ! Ensuite j’ai goûté une consolation et une joie d’âme considérables.
19 août. — « Ce jour-là, étant sur le point de quitter la maison de M. Bellamy, à Bethlehem, où j’avais demeuré quelque temps, j’ai prié avec lui et avec deux ou trois autres amis chrétiens. Nous nous sommes donnés à Dieu de tout notre cœur, pour être à lui à jamais ; l’éternité m’a paru toute proche pendant que je priais. Même si je ne devais jamais revoir ces chrétiens en ce monde, il me semblait qu’il ne s’écoulerait que quelques instants avant que je les retrouve dans un autre monde.
23 août. — « J’ai eu un doux moment dans la prière secrète : le Seigneur s’est approché de mon âme, et m’a rempli de paix et de consolation divine. Oh ! mon âme a goûté la douceur du ciel, et s’est épanchée dans la prière pour le monde, afin qu’il revienne à Christ ! J’ai eu beaucoup de consolation dans la pensée et l’espérance du rassemblement des païens ; j’ai été grandement aidé dans l’intercession pour des amis chrétiens. »
1er septembre. — « Je suis allé à Judea, à l’ordination de M. Judd. M. Bellamy a prêché sur Matthieu 24:46. “Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi!” Je me suis senti très recueilli ; mes pensées se sont beaucoup portées sur le moment où notre Seigneur viendra, ce qui a grandement rafraîchi mon âme ; seulement je craignais de ne pas être trouvé fidèle, parce que j’ai un cœur si vil. Mes pensées étaient beaucoup dans l’éternité, où j’aime à demeurer. Béni soit Dieu pour ce moment solennel. Je suis rentré à cheval ce soir avec M. Bellamy ; j’ai conversé avec quelques amis jusqu’à une heure très avancée, puis je me suis retiré pour me reposer dans une disposition paisible.
4 septembre. — « Très souffrant, extrêmement abattu dans mon âme, et à une effroyable distance de Dieu. Vers le soir, j’ai passé quelque temps à des pensées profitables sur Romains 8:2. À la tombée de la nuit, j’ai eu un très doux moment dans la prière ; Dieu m’a rendu capable de lutter ardemment pour l’avancement du règne du Rédempteur ; j’ai plaidé avec instance pour mon cher frère John (qui devint finalement son successeur comme missionnaire auprès des Indiens), afin que Dieu fasse de lui davantage un pèlerin et un étranger sur la terre, et le rende propre à un service singulièrement utile dans le monde ; et mon cœur a tressailli doucement dans le Seigneur, à la pensée des détresses, quelles qu’elles soient, qui pourraient s’abattre sur lui ou sur moi pour l’avancement du règne de Christ. Ce fut une heure douce et consolante pour mon âme, tandis qu’il m’était accordé la liberté de plaider non seulement pour moi-même, mais aussi pour beaucoup d’autres âmes.
16 septembre. — « Le soir, j’ai beaucoup joui de Dieu dans la prière secrète : j’ai ressenti une résignation peu commune à être et à faire ce qu’il plairait à Dieu. Ces derniers jours, j’ai éprouvé une grande perplexité au sujet de ma conduite passée : mon amertume, et mon manque de bonté et d’amour chrétiens, ont fort affligé mon âme ; que le Seigneur me pardonne mon emportement si peu chrétien, et mon manque d’un esprit de douceur !
21 octobre. — « J’ai eu, la plus grande partie du jour, un sentiment très profond de la vanité du monde ; je n’en faisais guère plus de cas que si j’avais dû entrer dans l’éternité l’heure suivante. Par la bonté divine, je me suis senti très sérieux et recueilli. Oh ! j’aime à vivre au bord de l’éternité, dans mes vues et dans mes méditations ! Cela me donne un sentiment et une appréhension de Dieu et des choses divines doux, saisissants et pleins de révérence, quand je me vois, pour ainsi dire, debout devant le tribunal de Christ.
22 octobre. — « Singulièrement détaché du monde aujourd’hui : mon âme se plaisait à être “étranger et voyageur sur la terre” ; je sentais en moi une disposition à n’avoir jamais rien à faire avec ce monde. Le portrait donné de quelques-uns des anciens du peuple de Dieu, dans Hébreux 11:13, m’a été très agréable : “reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre”, par leur pratique de chaque jour ; et oh ! que je puisse toujours en faire autant ! J’ai passé quelque temps dans un agréable bosquet, dans la prière et la méditation. Oh ! qu’il est doux d’être ainsi détaché de ses amis et de soi-même, et mort au monde présent, afin de vivre entièrement pour le Dieu béni, et de lui ! Je me suis vu petit, bas et vil, tel que je suis en moi-même. L’après-midi, j’ai prêché à Bethlehem sur Deutéronome 8:2. Dieu m’a aidé à parler au cœur de chers chrétiens. Béni soit le Seigneur pour ce moment : j’espère qu’eux et moi, nous nous en réjouirons durant toute l’éternité. Mon cher M. Bellamy est entré pendant que je faisais la première prière (il revenait d’un voyage) ; après la réunion, nous sommes partis ensemble, et nous avons passé la soirée à converser doucement des choses divines et à prier ensemble, avec un tendre amour l’un pour l’autre ; et nous nous sommes retirés pour nous reposer, le cœur dans une disposition sérieuse et spirituelle.
26 octobre. — « [À West Suffield.] J’ai été dans une grande détresse, sous le sentiment de ma propre indignité. Il me semblait que je méritais plutôt d’être chassé du lieu que d’être traité avec bonté par qui que ce soit, ou que l’on vienne m’entendre prêcher. Et vraiment mon courage était si abattu à ce moment-là (comme en bien d’autres) qu’il m’était impossible de traiter avec fidélité les âmes immortelles. Je ne pouvais leur parler de près et avec fidélité, tant je me sentais infiniment vil en moi-même. Oh ! quelle poudre et cendre je suis, pour songer à prêcher l’Évangile aux autres ! En vérité, je ne puis jamais être fidèle un seul instant, mais je ne manquerai pas de “couvrir de plâtre”, si Dieu ne m’accorde un secours particulier. Le soir, je suis allé au temple, et il me semblait qu’il serait presque aussi facile à un homme de sortir du tombeau et de prêcher qu’à moi. Cependant Dieu m’a accordé quelque vie et quelque puissance, tant dans la prière que dans le sermon ; et il lui a plu de me relever, et de me montrer qu’il pouvait me rendre capable de prêcher. Oh ! la merveilleuse bonté de Dieu envers un pécheur si vil ! Je suis rentré à mon logis, j’ai goûté quelque douceur dans la prière solitaire, et j’ai pleuré de ne pouvoir vivre davantage pour Dieu.
4 novembre. — « [À Lebanon.] J’ai vu beaucoup de mon néant la plus grande partie de ce jour ; mais j’étais peiné de n’avoir pas un sentiment plus vif de mon insuffisance et de mon indignité. Oh ! qu’il est doux d’être couché dans la poussière ! Mais il est affligeant de sentir dans mon âme cet enfer de corruption qui demeure encore en moi. L’après-midi, j’ai eu le sentiment de la douceur d’une consécration à Dieu stricte, intime et constante, et mon âme a été réconfortée par ses consolations. Mon âme éprouvait une inquiétude à la fois agréable et douloureuse, de peur de passer quelques instants sans Dieu. Oh ! puissé-je toujours vivre pour Dieu ! Le soir, j’ai reçu la visite de quelques amis, et nous avons passé le temps dans la prière et dans des conversations propres à notre édification. Ce fut un moment de consolation pour mon âme : j’ai ressenti un désir intense d’employer chaque instant pour Dieu. Dieu est continuellement d’une bonté indicible envers moi. Dans le passé, il m’a donné une douceur inexprimable dans l’accomplissement du devoir. Souvent mon âme a beaucoup joui de Dieu ; mais elle a été prête à dire : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici”, et à s’abandonner ainsi à la paresse, tandis que je vivais de mes jouissances. Mais depuis peu, il a plu à Dieu de garder mon âme affamée presque continuellement, si bien que j’ai été rempli d’une sorte de douleur agréable. Quand je jouis réellement de Dieu, je sens mes désirs de lui d’autant plus insatiables, et ma soif de sainteté d’autant plus inextinguible ; et le Seigneur ne me permet pas de me sentir comme pleinement pourvu et rassasié, mais il me tient toujours tendu en avant. Je me sens stérile et vide, comme si je ne pouvais vivre sans avoir davantage de Dieu ; je me sens honteux et coupable devant lui. Je vois que “la loi est spirituelle; mais moi, je suis charnel”. Je ne vis pas, je ne puis vivre pour Dieu. Oh ! la sainteté ! Oh ! avoir davantage de Dieu dans mon âme ! Oh ! cette douleur agréable ! Elle fait que mon âme se presse vers Dieu ; son langage est : “Je serai rassasié quand je me réveillerai à la ressemblance de Dieu”, mais jamais, jamais auparavant ; et par conséquent, je suis engagé à “courir vers le but” jour après jour. Oh ! que je ressente cette faim continuelle, et que chaque grappe de Canaan, au lieu de me retarder, m’anime plutôt à avancer dans le chemin étroit vers la pleine jouissance et la pleine possession de l’héritage céleste ! Oh ! que je ne m’attarde jamais dans mon voyage vers le ciel ! »
Jour du Seigneur, 7 novembre. — « [À Millington.] Il me semblait qu’un misérable aussi impie que moi ne pourrait jamais parvenir à cette félicité, d’être “saint, comme Dieu est saint”. À midi, j’ai soupiré après la sanctification et la conformité à Dieu. Oh ! c’est là LE TOUT, LE TOUT. Que le Seigneur m’aide à me presser vers Dieu à jamais.
8 novembre. — « Vers le soir, j’ai goûté beaucoup de douceur dans la prière secrète, si bien que mon âme soupirait après l’arrivée dans la patrie céleste, le paradis béni de Dieu. Par la bonté divine, je n’ai guère vu passer un jour depuis deux mois où la mort ne m’ait paru si agréable, à un moment ou à un autre de la journée, que je me serais réjoui que ce jour fût mon dernier, malgré mes épreuves et mes combats intérieurs présents. J’espère que le Seigneur me rendra finalement vainqueur, et plus que vainqueur ; et que je pourrai employer ce langage triomphant : “O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon?”
19 novembre. — « [À New Haven.] J’ai reçu une lettre du révérend M. Pemberton, de New York, me priant de m’y rendre promptement pour délibérer au sujet de l’évangélisation des Indiens de ces régions, et pour y rencontrer certains messieurs à qui ces affaires étaient confiées. Mon esprit a été aussitôt saisi d’inquiétude ; je me suis donc retiré avec deux ou trois amis chrétiens, et nous avons prié ; et ce fut vraiment un doux moment pour moi. Il m’a été donné de remettre à Dieu ma personne et toutes mes affaires ; et, ayant pris congé de mes amis, je me suis rendu à cheval à Ripton, où j’ai été réconforté par l’occasion de voir mon cher M. Mills et de converser avec lui. »
24 novembre. — « Je suis arrivé à New York ; je me sentais encore fort préoccupé par l’importance de mon affaire ; j’ai adressé à Dieu beaucoup de requêtes ardentes pour obtenir son secours et sa direction ; j’ai été étourdi par le bruit et le tumulte de la ville ; je n’ai eu que peu de temps seul avec Dieu ; mais mon âme soupirait après lui.
25 novembre. — « J’ai passé beaucoup de temps dans la prière et la supplication ; j’ai été examiné au sujet de mon expérience chrétienne, de ma connaissance de la théologie et de quelques autres études, et de mes aptitudes pour l’œuvre importante de l’évangélisation des païens ; et j’ai été rendu sensible à ma grande ignorance et à mon inaptitude au service public. J’avais de moi-même les pensées les plus humiliantes ; je sentais que j’étais le plus misérable qui ait jamais vécu : cela me faisait mal au cœur même que qui que ce soit me témoigne quelque respect. Hélas ! pensais-je, combien ils se trompent tristement sur mon compte ! combien ils seraient misérablement déçus s’ils connaissaient mon intérieur ! Oh ! mon cœur ! Et dans cet état d’abattement, j’ai été obligé d’aller prêcher devant une assemblée considérable, en présence de quelques pasteurs graves et savants ; mais je sentais un tel poids, par le sentiment de ma bassesse, de mon ignorance et de mon inaptitude à paraître en public, que j’en étais presque accablé ; mon âme était affligée pour l’assemblée, qu’elle dût rester assise là à entendre prêcher un chien mort tel que moi. Je me suis cru infiniment redevable envers ces gens, et j’ai désiré que Dieu les récompense des récompenses de sa grâce. J’ai passé une grande partie de la soirée seul. »
M. Brainerd fut examiné par les correspondants, à New York, dans le New Jersey et en Pennsylvanie, de la Société écossaise pour la propagation de la connaissance chrétienne, à qui était confiée la direction de ses affaires dans ces régions, et qui étaient alors réunis à New York.
Chapitre 4 terminé
Depuis son autorisation de prêcher jusqu’à sa nomination comme missionnaire