Chapitre 3 · 22 min de lecture · 29 min d’écoute
Depuis le moment où il commença l’étude de la théologie jusqu’à ce qu’il reçût l’autorisation de prêcher
1er avril 1742 – 29 juillet 1742.
Au printemps de 1742, Brainerd alla vivre chez le révérend M. Mills, de Ripton, pour poursuivre auprès de lui ses études en vue du ministère. Il y passa la plus grande partie du temps jusqu’à ce qu’il reçût l’autorisation de prêcher ; mais il se rendait souvent à cheval chez les pasteurs du voisinage, en particulier M. Cooke, de Stratford, M. Graham, de Southbury, et M. Bellamy, de Bethlehem. Voici des extraits de son journal à cette époque.
1er avril 1742. — « Il me semble que je décline, quant à ma vie et à ma ferveur dans les choses divines ; je n’ai pas eu aujourd’hui dans la prière un accès aussi libre auprès de Dieu que ces derniers temps. Oh ! que Dieu veuille m’humilier profondément dans la poussière devant lui ! Je mérite l’enfer chaque jour, pour ne pas aimer davantage mon Seigneur, lui qui, je l’espère, “m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi” ; et chaque fois qu’il m’est donné d’exercer de nouveau quelque grâce, je deviens de nouveau redevable au Dieu de toute grâce d’un secours particulier. “Où donc est le sujet de se glorifier?” Assurément, quand nous considérons combien nous dépendons de Dieu pour l’existence et pour chaque acte de grâce : “Il est exclu.” Oh ! si jamais j’arrive au ciel, ce sera parce qu’il plaît à Dieu, et pour nulle autre raison ; car je n’ai jamais rien fait de moi-même, sinon m’éloigner de Dieu ! Mon âme sera saisie d’étonnement devant les richesses incompréhensibles de la grâce divine, quand j’arriverai aux demeures que le Sauveur béni est allé préparer d’avance.
2 avril. — « L’après-midi, dans la prière secrète, je me suis senti très résigné, calme et serein. Que sont toutes les tempêtes de ce bas monde, si Jésus, par son Esprit, vient seulement à nous, marchant sur la mer ! — Il y a quelque temps, j’éprouvais beaucoup de plaisir à la perspective de voir les païens ramenés à Christ, et je désirais que le Seigneur m’emploie, moi, à cette œuvre ; mais à présent mon âme désire plus souvent mourir, pour être avec Christ. Oh ! que mon âme soit enveloppée de l’amour divin, et que mes ardents désirs de Dieu grandissent ! Le soir, j’ai été rafraîchi dans la prière par l’espérance de l’avancement du règne de Christ dans le monde.
Jour du Seigneur, 4 avril. — « Mon cœur était errant et sans vie. Le soir, Dieu m’a donné la foi dans la prière, a fait fondre quelque peu mon âme, et m’a donné de goûter une douceur divine. Ô mon Dieu béni ! Laisse-moi monter tout près de lui, et aimer, et soupirer, et plaider, et lutter, et tendre de tout mon être vers lui, et vers la délivrance de ce corps de péché et de mort. Hélas ! mon âme s’affligeait à la pensée de jamais perdre de vue son bien-aimé. “Oh ! Viens, Seigneur Jésus, Amen.”
6 avril. — « Je suis sorti marcher ce matin ; j’ai eu un sentiment saisissant de ma propre bassesse, et j’ai crié à Dieu pour qu’il me purifie, qu’il me donne la repentance et le pardon. J’ai alors commencé à trouver doux de prier ; je pouvais envisager avec plaisir de subir les plus grandes souffrances pour la cause de Christ ; et je me suis trouvé disposé, si Dieu en ordonnait ainsi, à souffrir l’exil loin de mon pays natal, parmi les païens, afin de faire quelque chose pour leur salut, au milieu des détresses et des morts de toute sorte. Puis Dieu m’a donné de lutter avec ardeur pour les autres, pour le règne de Christ dans le monde, et pour de chers amis chrétiens.
8 avril. — « J’ai eu aujourd’hui des espérances ravivées au sujet des païens. Oh ! que Dieu en amène un grand nombre à Jésus-Christ ! Je ne puis m’empêcher d’espérer que je verrai ce jour glorieux. Toute chose en ce monde me paraît extrêmement vile et petite ; et je me parais tel à moi-même. J’ai eu aujourd’hui dans la prière une petite aube de consolation ; mais surtout ce soir, je crois avoir eu quelque foi et quelque puissance d’intercession auprès de Dieu. Il m’a été donné de plaider auprès de Dieu pour la croissance de la grâce en moi ; et beaucoup de chers enfants de Dieu pesaient alors de tout leur poids sur mon âme. Béni soit le Seigneur ! Il est bon de lutter pour obtenir les bénédictions divines.
9 avril. — « J’ai passé la plus grande partie de ma dévotion du matin sans douceur sensible ; j’ai eu pourtant une perspective délicieuse d’arriver au monde céleste. Je suis plus stupéfait que jamais de telles pensées ; car je me vois infiniment vil et indigne. Aucune pauvre créature n’a plus besoin que moi de la grâce divine, et aucune n’en abuse plus que je ne l’ai fait et ne le fais encore.
Jour du Seigneur, 11 avril. — « Le matin, je n’ai senti que peu de vie ; pourtant mon cœur s’est quelque peu épanché en reconnaissance envers Dieu pour sa grâce et sa condescendance étonnantes envers moi, dans les influences et les secours passés de son Esprit. Ensuite, j’ai éprouvé quelque douceur à la pensée d’arriver au monde céleste. Oh ! vienne ce jour heureux ! Après le culte public, Dieu m’a accordé un secours particulier dans la prière ; j’ai lutté avec mon cher Seigneur, et l’intercession m’est devenue une occupation délicieuse. Le soir, comme je contemplais la lumière au nord, j’ai été ravi dans la méditation du glorieux matin de la résurrection.
12 avril. — « Ce matin, il a plu au Seigneur de faire lever sur moi la lumière de sa face dans la prière secrète, et il a rendu ce moment très précieux à mon âme. Bien que j’aie été si abattu ces derniers temps quant à mes espérances d’être utile à l’avenir dans la cause de Dieu, j’ai maintenant reçu beaucoup d’encouragement. J’ai été particulièrement aidé à intercéder et à plaider pour les pauvres âmes, pour l’extension du règne de Christ dans le monde, et pour obtenir une grâce particulière pour moi-même, afin d’être rendu propre à des services particuliers. Ma foi m’a élevé au-dessus du monde et a ôté toutes ces montagnes par-dessus lesquelles, ces derniers temps, je ne pouvais voir. Je n’avais pas besoin de la faveur des hommes pour m’y appuyer ; car je savais que la faveur de Christ était infiniment meilleure, et qu’il importait peu quand, où ou comment Christ m’enverrait, ni par quelles épreuves il m’exercerait encore, pourvu que je sois préparé pour son œuvre et pour sa volonté.
14 avril. — « Mon âme a soupiré après la communion avec Christ et après la mortification de la corruption qui habite en moi, surtout de l’orgueil spirituel. Oh ! il vient un jour bien doux, où “ceux qui sont fatigués se reposeront” ! Mon âme a goûté beaucoup de douceur aujourd’hui dans l’espérance de sa prochaine venue.
15 avril. — « Mes désirs se sont visiblement concentrés en Dieu, et j’ai senti à plusieurs reprises aujourd’hui une attraction sensible de mon âme vers lui. Je sais que je soupire après Dieu, et après la conformité à sa volonté, dans la pureté et la sainteté intérieures, dix mille fois plus qu’après quoi que ce soit ici-bas.
Jour du Seigneur, 18 avril. — « Je me suis retiré de bonne heure ce matin dans les bois pour prier ; j’ai eu le secours de l’Esprit de Dieu, et ma foi était en exercice ; il m’a été donné de plaider avec ferveur pour l’avancement du règne de Christ dans le monde, et d’intercéder pour de chers amis absents. À midi, Dieu m’a rendu capable de lutter avec lui, et de sentir, je l’espère, la puissance de l’amour divin dans la prière. Le soir, je me suis vu infiniment redevable envers Dieu, et j’ai eu une vue de mes manquements au devoir. Il me semblait que je n’avais, pour ainsi dire, rien fait pour Dieu, et que je n’avais vécu pour lui que quelques heures de ma vie.
19 avril. — « J’ai mis à part cette journée pour jeûner et prier Dieu de m’accorder sa grâce ; surtout de me préparer à l’œuvre du ministère, de me donner son secours et sa direction divine dans mes préparatifs pour cette grande œuvre, et, en son temps, de m’envoyer dans sa moisson. En conséquence, le matin, je me suis efforcé de plaider pour obtenir la présence divine pendant la journée, et non sans quelque vie. Dans la matinée, j’ai senti la puissance de l’intercession pour les âmes précieuses et immortelles, pour l’avancement du règne de mon cher Seigneur et Sauveur dans le monde ; et avec cela une très douce résignation, et même de la consolation et de la joie, à la pensée de souffrir des privations, des détresses, et la mort même, pour le faire avancer ; et j’ai eu une liberté particulière pour plaider en faveur de l’illumination et de la conversion des pauvres païens. L’après-midi, Dieu a été avec moi en vérité. Oh ! quelle compagnie bénie ce fut ! Dieu m’a rendu capable de lutter dans la prière avec une telle angoisse que j’étais tout trempé de sueur, bien que je fusse à l’ombre et au vent frais. Mon âme s’est fortement épanchée pour le monde ; je cherchais à saisir des multitudes d’âmes. Je crois que j’avais plus de liberté pour les pécheurs que pour les enfants de Dieu, bien que j’eusse le sentiment de pouvoir passer ma vie à crier pour les uns et pour les autres. J’ai eu une grande jouissance dans la communion avec mon cher Sauveur. Je crois n’avoir jamais de ma vie senti un détachement si entier de ce monde, ni été si résigné à Dieu en toutes choses. Oh ! que je puisse toujours vivre pour mon Dieu béni, et de lui ! Amen, amen.
20 avril. — « J’ai aujourd’hui vingt-quatre ans. Oh ! que de miséricorde j’ai reçue au cours de l’année écoulée ! Que de fois Dieu “a fait passer devant moi sa bonté” ! Et que j’ai mal répondu aux vœux que j’ai faits il y a un an, d’être entièrement au Seigneur, d’être à jamais consacré à son service ! Que le Seigneur m’aide à vivre davantage pour sa gloire à l’avenir. Ce jour a été pour moi un jour doux et heureux ; béni soit Dieu. Je crois que mon âme ne s’est jamais autant épanchée en intercession pour les autres que ce soir. J’ai eu ce soir une lutte très fervente avec le Seigneur pour mes ennemis ; et je n’ai presque jamais tant désiré vivre pour Dieu et lui être entièrement consacré ; je voulais user ma vie à son service et pour sa gloire.
21 avril. « J’ai ressenti beaucoup de calme et de résignation ; et Dieu m’a de nouveau rendu capable de lutter pour un grand nombre d’âmes, et m’a donné de la ferveur dans le doux devoir de l’intercession. Je goûte depuis peu plus de douceur dans l’intercession pour les autres que dans toute autre partie de la prière. Mon Seigneur béni m’a réellement permis de m’approcher tout près de lui et de plaider avec lui.
Jour du Seigneur, 25 avril. « Ce matin, j’ai passé environ deux heures dans les devoirs secrets, et il m’a été donné, plus qu’à l’ordinaire, de lutter dans l’angoisse pour les âmes immortelles. Le soir, j’ai été extrêmement attendri par l’amour divin, et j’ai eu quelque sentiment vif de la félicité du monde d’en haut. Ces paroles me sont restées à l’esprit avec une grande douceur divine. Psaume 84:8. “Leur force augmente pendant la marche, Et ils se présentent devant Dieu à Sion.” Oh ! quel accès intime Dieu nous accorde parfois quand nous nous adressons à lui ! On peut bien appeler cela “se présenter devant Dieu” : c’est bien cela en vérité, au vrai sens spirituel, et au sens le plus doux. Je crois n’avoir pas eu depuis bien des mois une telle puissance d’intercession, tant pour les enfants de Dieu que pour les pécheurs morts, que ce soir. Je souhaitais et je désirais ardemment la venue de mon cher Seigneur ; je désirais me joindre aux armées angéliques dans leurs louanges, entièrement libre de toute imperfection. Oh ! le moment béni approche ! Tout ce que je désire, c’est d’être plus saint, plus semblable à mon cher Seigneur. Oh ! la sanctification ! Mon âme même soupire après la restauration complète de l’image bénie de mon Sauveur, afin que je sois rendu propre aux jouissances et aux occupations bénies du monde céleste.
« Adieu, monde vain ; mon âme te dit adieu ;
« Mon Sauveur m’apprit à te quitter pour Dieu.
« Tes charmes peuvent flatter un esprit SENSUEL ;
« Mais non plaire à une âme formée pour le ciel.
« Cesse de me tenter ; cesse d’appeler mon âme ;
« Par grâce c’est fixé : mon Dieu sera mon TOUT.
« Tandis qu’il me fait voir ainsi les gloires d’en haut,
« Tes beautés pâlissent ; mon cœur n’a plus de place pour toi. »
« Le Seigneur a rafraîchi mon âme par beaucoup de doux passages de sa parole. Oh ! la nouvelle Jérusalem ! mon âme soupirait après elle. Oh ! le cantique de Moïse et de l’Agneau ! Et ce cantique béni que personne ne peut apprendre, sinon ceux qui ont été “rachetés de la terre” !
« Seigneur, je suis ici seul, étranger ;
« La terre n’offre aucun vrai réconfort ;
« Pourtant, loin de mon Bien-Aimé,
« Mon âme aime à crier : “Mon Seigneur !”
« Jésus, mon Seigneur, mon unique amour,
« Possède mon âme, et ne t’en éloigne pas ;
« Accorde-moi tes douces visites, céleste Colombe ;
« Mon Dieu aura alors tout mon cœur. »
27 avril. « Je me suis levé et retiré de bonne heure pour mes dévotions secrètes ; et dans la prière, il a plu à Dieu de répandre dans mon âme des consolations si ineffables que, pendant quelque temps, je ne pouvais rien faire d’autre que redire sans cesse : “Ô mon doux Sauveur ! Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi.” Si j’avais eu mille vies, mon âme les aurait toutes données avec joie, d’un seul coup, pour être avec Christ. Jamais auparavant mon âme n’avait goûté tant du ciel ; c’était le temps de communion avec Dieu le plus pur et le plus spirituel que j’aie jamais connu.
28 avril. — « Je me suis retiré à mon lieu habituel de retraite, dans une grande paix et une grande tranquillité ; j’ai passé environ deux heures dans les devoirs secrets, et j’ai éprouvé à peu près la même chose qu’hier matin, seulement plus faible et plus accablé. Il me semblait que je dépendais entièrement de mon cher Seigneur, détaché de tout autre appui. Je ne savais que dire à mon Dieu, sinon m’appuyer sur son sein, pour ainsi dire, et exhaler mes désirs d’une parfaite conformité à lui en toutes choses. Une soif ardente de sainteté parfaite et d’insatiables aspirations possédaient mon âme. Dieu m’était si précieux que le monde, avec toutes ses jouissances, me paraissait infiniment vil. Je ne faisais pas plus de cas de la faveur des hommes que de cailloux. Le Seigneur était mon TOUT, et je me réjouissais grandement de ce qu’il gouverne toutes choses. Je crois que ma foi et ma dépendance de Dieu ne s’étaient presque jamais élevées si haut. Je voyais en lui une telle source de bonté qu’il me semblait impossible de me défier encore de lui, ou d’être inquiet en aucune manière de quoi que ce soit qui pourrait m’arriver. J’ai eu alors une grande satisfaction à prier pour des amis absents et pour l’extension du règne de Christ dans le monde. Une grande part de la puissance de ces jouissances divines est restée avec moi tout le jour. Le soir, mon cœur a semblé fondre, et j’ai été, je l’espère, réellement humilié à cause de la corruption qui habite en moi, et je “gémissais comme la colombe”. J’ai senti que tout mon malheur venait de ce que je suis un pécheur. Avec résignation, j’aurais pu accueillir toutes les autres épreuves ; mais le péché pesait lourdement sur moi ; car Dieu m’a découvert la corruption de mon cœur. Je suis allé me coucher le cœur lourd, parce que j’étais un pécheur, bien que je ne doutasse nullement de l’amour de Dieu. Oh ! que Dieu veuille “fondre mes scories et enlever tout mon plomb”, et me rendre dix fois plus pur !
1er mai. — « Il m’a été donné de crier à Dieu avec ferveur pour obtenir les qualités nécessaires au ministère, afin qu’il intervienne pour l’avancement de son propre règne, et qu’il amène les païens. J’ai été beaucoup aidé dans mes études. Cette semaine m’a été profitable ; j’ai goûté dans mon âme beaucoup de communications de l’Esprit béni.
3 mai. — « J’ai eu le sentiment de ma vile ingratitude. Le matin, je me suis retiré à mon lieu habituel de retraite, et j’ai pleuré sur l’abus que j’ai fait de mon cher Seigneur ; j’ai passé la journée dans le jeûne et la prière. Dieu m’a donné beaucoup de force pour lutter en faveur de sa cause et de son règne ; et ce jour a été heureux pour mon âme. Dieu a été avec moi toute la journée ; et j’ai été plus au-dessus du monde que jamais de ma vie.
13 mai. — (À Wethersfield.) « J’ai vu tant de la méchanceté de mon cœur que je désirais m’échapper loin de moi-même. Je n’avais jamais pensé auparavant qu’il y eût tant d’orgueil spirituel dans mon âme. Je me suis senti presque écrasé à mort sous le poids de ma propre bassesse. Oh ! quel “corps de cette mort” il y a en moi ! Seigneur, délivre mon âme ! Je n’ai pu trouver aucun lieu commode pour me retirer, et j’ai été fort éprouvé. Je me suis rendu à cheval à Hartford l’après-midi ; j’ai eu quelque rafraîchissement et quelque consolation dans des exercices religieux avec des amis chrétiens ; mais je désirais davantage de retraite. Oh ! la marche la plus intime avec Dieu est le ciel le plus doux dont on puisse jouir sur la terre !
14 juin. — « J’ai senti quelque chose de la douceur de la communion avec Dieu, et de la force contraignante de son amour : combien admirablement il captive l’âme, et fait converger en Dieu tous les désirs et toutes les affections ! — J’ai mis à part cette journée pour le jeûne et la prière secrète, afin de supplier Dieu de me diriger et de me bénir au sujet de la grande œuvre que j’ai en vue, celle de prêcher l’Évangile — et pour que le Seigneur revienne à moi et, à moi personnellement, “me fasse voir la lumière de sa face”. J’ai eu peu de vie et de force dans la matinée ; vers le milieu de l’après-midi, Dieu m’a rendu capable de lutter ardemment dans l’intercession pour des amis absents ; mais juste à la tombée de la nuit, le Seigneur m’a visité merveilleusement dans la prière. Je crois que mon âme n’a jamais été dans une telle angoisse auparavant. Je ne sentais aucune contrainte, car les trésors de la grâce divine m’étaient ouverts. J’ai lutté pour des amis absents, pour la moisson des âmes, pour des multitudes de pauvres âmes, et pour beaucoup de ceux que je croyais être des enfants de Dieu, en bien des lieux éloignés. J’ai été dans une telle angoisse, depuis une demi-heure avant le coucher du soleil jusque vers la nuit, que j’étais tout trempé de sueur ; et pourtant il me semblait que j’avais gaspillé la journée et n’avais rien fait. Oh ! mon cher Sauveur a sué du sang pour les pauvres âmes ! Je désirais avoir plus de compassion pour elles. Je me suis senti encore dans une douce disposition, sous le sentiment de l’amour et de la grâce divine ; et je suis allé me coucher dans cette disposition, le cœur fixé sur Dieu.
15 juin. — « J’ai eu les plus ardents désirs de Dieu. À midi, dans ma retraite secrète, je ne pouvais rien faire d’autre que dire à mon cher Seigneur, dans un doux calme, qu’il savait que je ne désirais rien d’autre que lui-même, rien d’autre que la sainteté ; qu’il m’avait donné ces désirs, et que lui seul pouvait me donner la chose désirée. Je ne m’étais jamais senti si détaché de moi-même, ni si entièrement consacré à Dieu. Mon cœur a été englouti en Dieu la plus grande partie du jour. Le soir, j’ai eu une telle vue de l’âme comme élargie, pour ainsi dire, afin de contenir plus de sainteté, qu’elle semblait prête à se séparer de mon corps. J’ai alors lutté dans l’angoisse pour obtenir les bénédictions divines ; mon cœur s’est épanché dans la prière pour quelques amis chrétiens, plus que jamais auparavant. Je me sens maintenant tout autre que sous aucune des jouissances précédentes ; plus engagé à vivre pour Dieu à jamais, et moins content de mes propres dispositions. Je ne suis pas satisfait de mes dispositions, et je ne me sens nullement plus à l’aise après de telles luttes qu’auparavant ; car cela me paraît bien trop peu, même si je pouvais toujours être ainsi. Oh ! combien je reste en deçà de mon devoir dans mes moments les plus doux !
18 juin. — « Considérant ma grande inaptitude à l’œuvre du ministère, ma torpeur spirituelle présente et mon incapacité totale à faire quoi que ce soit dans cette voie pour la gloire de Dieu, me sentant tout à fait impuissant et fort en peine de savoir ce que le Seigneur voulait que je fasse, j’ai mis à part cette journée pour prier Dieu, et j’ai passé la plus grande partie du jour à ce devoir ; mais je me suis senti étonnamment délaissé presque toute la journée. Pourtant j’ai trouvé Dieu près de moi dans sa bonté, une fois en particulier : tandis que je plaidais pour obtenir plus de compassion envers les âmes immortelles, mon cœur a semblé s’ouvrir tout à coup, et il m’a été donné de crier avec une grande ardeur pendant quelques minutes. Oh ! j’étais affligé à la pensée d’offrir au Dieu vivant des services si morts et si froids ! Mon âme semblait soupirer après la sainteté, après une vie de consécration constante à Dieu. Mais je suis parfois presque perdu dans la poursuite de cette félicité, et prêt à sombrer, parce que je reste continuellement en deçà et que je manque l’objet de mon désir. Oh ! que le Seigneur m’aide à tenir bon, encore un peu de temps, jusqu’à ce que vienne l’heureuse heure de la délivrance !
30 juin. — « J’ai passé cette journée seul dans les bois, dans le jeûne et la prière ; j’ai subi dans mon âme les plus terribles combats. Je me suis vu si vil que j’étais prêt à dire : “Je périrai maintenant par la main de Saül.” Je pensais n’avoir aucune force pour tenir ferme dans la cause de Dieu, et j’avais presque peur du bruit d’une feuille agitée. J’ai passé presque toute la journée en prière, sans relâche. Je ne pouvais supporter la pensée que des chrétiens me témoignent quelque respect. Je désespérais presque de rendre aucun service dans le monde ; je ne pouvais éprouver aucune espérance ni aucune consolation au sujet des païens, ce qui m’apportait d’ordinaire quelque rafraîchissement dans les heures les plus sombres de ce genre. J’ai passé la journée dans l’amertume de l’âme. Vers le soir, je me suis senti un peu mieux ; et ensuite j’ai goûté quelque douceur dans la prière secrète.
1er juillet. — « J’ai eu quelque jouissance dans la prière ce matin ; et bien plus qu’à l’ordinaire dans la prière secrète ce soir ; et je n’ai rien désiré aussi ardemment que ceci : que Dieu fasse de moi exactement ce qui lui plaira.
2 juillet. — « Je me suis senti apaisé dans la prière secrète le matin. Mes désirs sont montés vers Dieu aujourd’hui, pendant que je voyageais ; j’ai été dans une bonne disposition le soir. Béni soit Dieu pour toutes mes consolations.
3 juillet. — « Mon cœur a semblé de nouveau sombrer. La disgrâce qui m’a frappé au collège semblait abattre mon courage, car elle ouvre la bouche des opposants. Je n’avais de refuge qu’en Dieu. Béni soit son nom de ce que je puis aller à lui en tout temps, et trouver en lui un secours.
Jour du Seigneur, 4 juillet. — « J’ai reçu un secours considérable. Le soir, je me suis retiré et j’ai goûté un heureux moment dans la prière secrète. Il a plu à Dieu de me donner l’exercice de la foi, et par là il a rapproché de mon âme le monde invisible et éternel, qui m’est apparu plein de douceur. J’espérais que mon pénible pèlerinage dans le monde serait court, et qu’il ne tarderait pas que je sois amené à ma demeure céleste, dans la maison de mon Père. J’étais résigné à la volonté de Dieu, prêt à attendre son heure, à faire son œuvre et à souffrir selon son bon plaisir. J’ai ressenti de la reconnaissance envers Dieu pour tous les délaissements accablants de ces derniers temps ; car je suis persuadé qu’ils ont servi à me rendre plus humble et beaucoup plus résigné. J’étais content d’être petit, de n’être rien, et d’être couché dans la poussière. J’ai goûté de la vie et de la consolation en plaidant pour les chers enfants de Dieu et pour le règne de Christ dans le monde ; et mon âme soupirait ardemment après la sainteté et la jouissance de Dieu. “Oh ! Viens, Seigneur Jésus, viens bientôt.”
29 juillet. — « J’ai été examiné par l’Association réunie à Danbury, quant à mon savoir et aussi quant à mon expérience religieuse, et j’ai reçu d’elle l’autorisation de prêcher l’Évangile de Christ. Ensuite je me suis senti très consacré à Dieu ; je me suis joint dans la prière, en un lieu convenable, à l’un des pasteurs, mon ami particulier ; et je suis allé me coucher résolu à vivre consacré à Dieu tous les jours de ma vie. »
Chapitre 3 terminé
Depuis le moment où il commença l’étude de la théologie jusqu’à ce qu’il reçût l’autorisation de prêcher