Chapitre 2 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
La lettre froissée
« Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. » — Luc 11:13
Quand John Hyde monta à bord de son vapeur à New York, une lettre l’attendait. Elle venait d’un ami de son père, un chrétien plus âgé qui avait lui-même désiré être missionnaire, mais n’avait jamais eu la possibilité de partir. « La lettre n’était pas longue, raconta Hyde des années plus tard, mais en voici le sens : “Je ne cesserai pas de prier pour toi, cher John, jusqu’à ce que tu sois rempli du Saint-Esprit.” »
Hyde était furieux. Il raconta à un ami proche exactement comment il avait réagi :
« Mon orgueil était piqué ; je me suis mis dans une colère terrible, j’ai froissé la lettre, je l’ai jetée dans un coin de la cabine et je suis monté sur le pont, très en colère. Laisser entendre que je n’étais pas rempli de l’Esprit ! »
Il partait comme missionnaire. Pour qui se prenait cet homme, à insinuer qu’il n’était pas prêt ? Il arpenta le pont avec « une bataille qui faisait rage en lui ». Mais il aimait l’homme qui avait écrit la lettre, et il connaissait la vie sainte qu’il menait. Tout au fond, reconnut Hyde, « j’avais la conviction qu’il avait raison et que je n’étais pas digne d’être missionnaire ». Alors il redescendit dans sa cabine, se mit à genoux pour chercher la lettre froissée, la défroissa et la relut. Et la relut encore.
Pendant deux ou trois jours, il lutta contre elle, « jusqu’à me sentir parfaitement malheureux ». Puis, « dans une sorte de désespoir », il demanda au Seigneur de le remplir du Saint-Esprit, « et au moment même où je l’ai fait, toute l’atmosphère a semblé s’éclaircir. J’ai commencé à me voir moi-même, et à voir quelle ambition égoïste j’avais. »
Le combat dura presque jusqu’à la fin de la traversée. Mais avant que le bateau arrive au port, sa décision était prise. Il dit au Seigneur qu’il était même prêt à échouer à ses examens de langue en Inde. Il acceptait d’être un missionnaire « qui travaille tranquillement, loin des regards ». Il ferait n’importe quoi et serait n’importe quoi, « mais le Saint-Esprit, je le voulais à tout prix ».
Il existe deux versions de cette histoire. Dans l’une, il jette la lettre sur le pont ; dans l’autre, dans un coin de la cabine. Ce genre de détail varie quand une histoire est racontée à des années d’intervalle. Les deux versions s’accordent sur l’essentiel : une parole dure de quelqu’un qui l’aimait, une réaction d’orgueil, puis un changement de cœur. L’un des amis de Hyde avait compris que l’auteur de la lettre était le pasteur qui écrivit plus tard un petit livre sur Hyde. C’est peut-être vrai, mais personne ne peut en être sûr : considère-le comme une possibilité.
Le jeune homme qui voulait briller demanda au contraire à rester caché. Avec le recul, c’était presque une description du reste de sa vie.
Tout le monde reçoit un jour ou l’autre une lettre de ce genre : une remarque d’un parent, d’un entraîneur, d’un responsable de jeunes ou d’un ami, qui fait mal parce qu’une partie en est vraie. L’orgueil la froisse. La grâce revient la chercher. Toutes les critiques ne viennent pas de Dieu, et certaines méritent la poubelle. Mais certaines sont ce que les Proverbes appellent « les blessures d’un ami ». Et remarque à quel point Jésus rend simple la réponse au sentiment de vide spirituel. Tu demandes. Le Père donne le Saint-Esprit « à ceux qui le lui demandent ».
Une chose à faire cette semaine : pense à une critique que tu as balayée récemment. Reviens la chercher et défroisse-la : écris-la et demande-toi honnêtement si une partie en est vraie. Si c’est le cas, remercie la personne qui l’a dite, et demande à Dieu l’aide dont tu as vraiment besoin.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Que disait la lettre qui attendait Hyde sur le bateau ?
Son auteur, un ami du père de Hyde, promettait qu’il ne cesserait pas de prier pour John jusqu’à ce qu’il soit rempli du Saint-Esprit.
Comment Hyde réagit-il d’abord, et qu’est-ce qui le fit changer d’avis ?
Il froissa la lettre avec colère et la jeta. Tout au fond, il savait que l’auteur avait raison ; alors il se remit à genoux, la retrouva et la relut jusqu’à demander à Dieu de le remplir.
À quoi Hyde était-il prêt à renoncer à la fin de la traversée ?
Même à réussir ses examens de langue et à être remarqué. Il serait un missionnaire qui travaille tranquillement, loin des regards, pourvu qu’il ait le Saint-Esprit.
Chapitre 2 terminé
La lettre froissée