Chapitre 4 · 28 min de lecture · 37 min d’écoute
Bref récit de l’appel de l’auteur à l’œuvre du ministère
265. Et maintenant que je parle de mon expérience, j’insérerai ici un mot ou deux au sujet de ma prédication de la Parole, et de la manière dont Dieu a agi envers moi sur ce point aussi. Car, lorsque j’eus été réveillé depuis environ cinq ou six ans, et aidé à voir moi-même à la fois le besoin que j’avais de Jésus-Christ notre Seigneur et le prix qu’il a, et rendu capable aussi de risquer mon âme sur lui, quelques-uns des plus capables parmi les saints qui étaient avec nous — je dis les plus capables quant au jugement et à la sainteté de vie — s’aperçurent, à ce qu’ils pensaient, que Dieu m’avait jugé digne de comprendre quelque chose de sa volonté dans sa sainte et bienheureuse Parole, et qu’il m’avait donné, dans une certaine mesure, de pouvoir exprimer à d’autres, pour leur édification, ce que je voyais ; c’est pourquoi ils me demandèrent, et cela avec beaucoup d’instance, de bien vouloir, de temps à autre, entreprendre, dans l’une des réunions, de leur adresser une parole d’exhortation.
266. Bien que cela, au premier abord, eût fort abattu et confondu mon esprit, cependant, comme ils continuaient à me le demander et à m’en supplier, je consentis à leur requête, et, à deux reprises, dans deux assemblées différentes, mais en privé, quoique avec beaucoup de faiblesse et d’infirmité, je fis connaître mon don parmi eux ; sur quoi non seulement ils parurent l’être, mais ils déclarèrent solennellement, comme en la présence du grand Dieu, qu’ils avaient été à la fois touchés et consolés, et ils rendirent grâces au Père des miséricordes pour la grâce qui m’avait été accordée.
267. Après cela, quand quelques-uns d’entre eux allaient dans la campagne pour enseigner, ils voulaient parfois que j’aille avec eux ; et là, quoique je ne fisse pas encore, et n’osasse pas faire, usage de mon don de manière ouverte, cependant, plus en privé, lorsque je me trouvais parmi les bonnes gens de ces endroits, je leur adressais parfois, à eux aussi, une parole d’avertissement ; et eux, comme les autres, la reçurent en se réjouissant de la miséricorde de Dieu envers moi, et déclarèrent que leur âme en était édifiée.
268. C’est pourquoi, pour abréger, à la fin, comme l’Église continuait à le désirer, après une prière solennelle au Seigneur, avec jeûne, je fus plus particulièrement appelé et désigné pour une prédication plus régulière et publique de la Parole, non seulement auprès de ceux qui croyaient, et parmi eux, mais aussi pour offrir l’Évangile à ceux qui n’en avaient pas encore reçu la foi ; vers ce temps-là, je sentis clairement dans mon esprit une secrète impulsion qui m’y poussait ; non pas toutefois, j’en bénis Dieu, par désir de vaine gloire, car à ce moment-là j’étais très cruellement tourmenté par les traits enflammés du diable au sujet de mon état éternel.
269. Mais je ne pouvais pourtant être content, à moins de me trouver dans l’exercice de mon don, à quoi j’étais grandement encouragé, non seulement par les désirs continuels des hommes pieux, mais aussi par cette parole de Paul aux Corinthiens : « Encore une recommandation que je vous adresse, frères. Vous savez que la famille de Stéphanas est les prémices de l’Achaïe, et qu’elle s’est dévouée au service des saints. Ayez vous aussi de la déférence pour de tels hommes, et pour tous ceux qui travaillent à la même œuvre. » (1 Corinthiens 16:15, 16).
270. Par ce texte, je fus amené à voir que le Saint-Esprit n’a jamais voulu que des hommes qui ont des dons et des capacités les enfouissent dans la terre, mais qu’au contraire il commandait à de tels hommes de s’exercer dans leur don, et les y excitait, et qu’il louait aussi ceux qui étaient aptes et prompts à le faire : « elle s’est dévouée au service des saints ». Cette parole de l’Écriture, en ces jours-là, ne cessait de me revenir à l’esprit, pour m’encourager et me fortifier dans cette œuvre pour Dieu ; j’ai aussi été encouragé par plusieurs autres passages de l’Écriture et par des exemples d’hommes pieux, rapportés tant dans la Parole que dans d’autres histoires anciennes (Actes 8:4 ; 18:24, 25 ; 1 Pierre 4:10 ; Romains 12:6 ; les Actes et Monuments de Foxe).
271. C’est pourquoi, bien que je fusse de moi-même le plus indigne de tous les saints, je me mis pourtant à l’œuvre, mais avec une grande crainte et un grand tremblement à la vue de ma propre faiblesse ; et, selon mon don et dans la mesure de ma foi, je prêchai ce bienheureux Évangile que Dieu m’avait montré dans la sainte Parole de vérité ; quand les gens du pays l’apprirent, ils vinrent par centaines entendre la Parole, et cela de toutes parts, quoique pour des raisons nombreuses et diverses.
272. Et je rends grâces à Dieu de ce qu’il me donna une certaine mesure de tendresse et de pitié pour leurs âmes, ce qui me poussa aussi à travailler avec beaucoup de diligence et d’ardeur à trouver une parole telle qu’elle pût, si Dieu voulait la bénir, saisir et réveiller la conscience ; en quoi le bon Seigneur eut égard au désir de son serviteur ; car je n’avais pas prêché longtemps que quelques-uns commencèrent à être touchés par la Parole, et à être grandement affligés dans leur esprit en comprenant la grandeur de leur péché et le besoin qu’ils avaient de Jésus-Christ.
273. Mais d’abord je ne pouvais croire que Dieu parlât par moi au cœur de qui que ce soit, me comptant toujours indigne ; et pourtant ceux qui avaient été ainsi touchés m’aimaient et avaient pour moi un respect particulier ; et, bien que je repoussasse l’idée qu’ils eussent été réveillés par moi, ils ne cessaient de le confesser et de l’affirmer devant les saints de Dieu ; ils bénissaient aussi Dieu à cause de moi, indigne misérable que je suis ! et me tenaient pour l’instrument de Dieu qui leur avait montré le chemin du salut.
274. C’est pourquoi, les voyant si constants dans leurs paroles comme dans leurs actes, et aussi, dans leur cœur, si ardemment tendus vers la connaissance de Jésus-Christ, se réjouissant que Dieu m’eût jamais envoyé là où ils étaient, je commençai alors à conclure qu’il pouvait bien en être ainsi, que Dieu avait reconnu dans son œuvre un insensé tel que moi ; et alors me vint au cœur, avec un doux rafraîchissement, cette parole de Dieu : « La bénédiction du malheureux venait sur moi; Je remplissais de joie le cœur de la veuve. » (Job 29:13).
275. Je me réjouis donc de cela ; oui, les larmes de ceux que Dieu réveillait par ma prédication étaient pour moi à la fois une consolation et un encouragement ; car je pensais à ces paroles : « qui peut me réjouir, sinon celui qui est attristé par moi? » (2 Corinthiens 2:2) ; et encore : « Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, je le suis au moins pour vous; car vous êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur. » (1 Corinthiens 9:2). Ces choses étaient donc pour moi comme un nouvel argument que Dieu m’avait appelé à cette œuvre et qu’il m’y soutenait.
276. Dans ma prédication de la Parole, je remarquai particulièrement une chose, à savoir que le Seigneur me conduisait à commencer là où sa Parole commence avec les pécheurs ; c’est-à-dire à condamner toute chair, et à montrer et soutenir que la malédiction de Dieu, par la loi, appartient à tous les hommes et les saisit dès qu’ils viennent au monde, à cause du péché. Or cette partie de mon œuvre, je l’accomplis avec un vif sentiment ; car les terreurs de la loi, et la culpabilité de mes transgressions, pesaient lourdement sur ma conscience. Je prêchais ce que je ressentais, ce que je ressentais avec douleur, cela même sous quoi ma pauvre âme gémissait et tremblait jusqu’à la stupeur.
277. En vérité, j’ai été pour eux comme un envoyé d’entre les morts ; j’allais moi-même dans les chaînes prêcher à ceux qui étaient dans les chaînes ; et je portais dans ma propre conscience ce feu dont je les persuadais de se garder. Je puis dire en vérité, et cela sans feinte, que, lorsque je suis allé prêcher, je suis allé plein de culpabilité et de terreur jusqu’à la porte même de la chaire, et que là, cela m’a été ôté, et que j’ai été libre dans mon esprit jusqu’à ce que j’eusse achevé mon œuvre ; et alors, aussitôt, avant même d’avoir pu descendre l’escalier de la chaire, je me suis retrouvé aussi mal qu’auparavant ; pourtant Dieu me fit avancer, mais assurément d’une main forte, car ni la culpabilité ni l’enfer ne pouvaient me détourner de mon œuvre.
278. J’allai ainsi pendant l’espace de deux ans, criant contre les péchés des hommes et contre l’état redoutable où ils les mettaient. Après quoi le Seigneur vint visiter ma propre âme avec une paix et une consolation solides par Christ ; car il me donna beaucoup de douces découvertes de sa grâce bénie en lui. C’est pourquoi je changeai alors ma manière de prêcher, car je prêchais toujours ce que je voyais et ressentais ; je travaillai donc beaucoup, désormais, à présenter au monde Jésus-Christ dans tous ses offices, toutes ses relations et tous ses bienfaits ; et je m’efforçai aussi de découvrir, de condamner et d’ôter ces faux appuis et ces faux étais sur lesquels le monde s’appuie, et par lesquels il tombe et périt. Je m’arrêtai sur ces choses aussi longtemps que sur les autres.
279. Après cela, Dieu me fit entrer dans quelque chose du mystère de l’union avec Christ ; c’est pourquoi cela aussi, je le leur découvris et le leur montrai. Et quand j’eus parcouru ces trois points principaux de la Parole de Dieu, pendant l’espace de cinq ans ou plus, je fus surpris dans l’exercice de mon ministère et jeté en prison, où je suis resté déjà plus longtemps encore, pour confirmer la vérité par la souffrance, que je n’avais été auparavant à lui rendre témoignage, selon les Écritures, par la prédication.
280. Lorsque j’ai prêché, j’en rends grâces à Dieu, mon cœur a souvent, pendant tout le temps de tel ou tel exercice, crié à Dieu avec une grande ardeur pour qu’il rende la Parole efficace au salut de l’âme ; toujours affligé à la pensée que l’ennemi n’enlevât la Parole de la conscience, et qu’ainsi elle ne devînt stérile. C’est pourquoi je travaillais à prononcer la Parole de telle manière que, s’il était possible, le péché et la personne coupable fussent par elle désignés en particulier.
281. De même, lorsque j’avais achevé l’exercice, cela me perçait le cœur de penser que la Parole allait maintenant tomber comme la pluie sur des endroits pierreux, et je souhaitais toujours du fond du cœur : Oh ! si ceux qui m’ont entendu parler aujourd’hui voyaient seulement, comme moi, ce que sont le péché, la mort, l’enfer et la malédiction de Dieu ; et aussi ce que sont la grâce, l’amour et la miséricorde de Dieu, par Christ, envers des hommes qui sont dans le cas où ils se trouvent, encore étrangers à lui ! Et en vérité je disais souvent dans mon cœur, devant le Seigneur, que si être pendu sur-le-champ sous leurs yeux devait être un moyen de les réveiller et de les affermir dans la vérité, j’en serais volontiers content.
282. Car j’ai été dans ma prédication, surtout lorsque j’exposais la doctrine de la vie par Christ, sans les œuvres, comme si un ange de Dieu s’était tenu derrière moi pour m’encourager. Oh ! cela s’est fait avec une telle puissance et une telle évidence céleste dans ma propre âme, tandis que je travaillais à la déployer, à la démontrer et à la fixer dans la conscience des autres, que je ne pouvais me contenter de dire : Je crois, et je suis sûr ; il me semblait que j’étais plus que sûr, s’il est permis de m’exprimer ainsi, que les choses que j’affirmais alors étaient vraies.
283. Quand je commençai à aller prêcher la Parole au-dehors, les docteurs et les prêtres du pays se déchaînèrent contre moi. Mais j’étais résolu à ceci : ne pas rendre injure pour injure, mais voir combien de leurs professants charnels je pourrais convaincre, par la loi, de leur misérable état, et du besoin qu’ils avaient de Christ et du prix qu’il a ; car je pensais : Ceci répondra pour moi dans les temps à venir, quand ils seront mon salaire devant leur face (Genèse 30:33).
284. Je ne me suis jamais soucié de me mêler des choses controversées et disputées parmi les saints, surtout des choses de la moindre importance ; il me plaisait pourtant beaucoup de combattre avec une grande ardeur pour la parole de la foi et la rémission des péchés par la mort et les souffrances de Jésus ; mais, dis-je, quant aux autres choses, je les laissais de côté, parce que je voyais qu’elles engendraient des querelles, et parce que, ni en les faisant ni en ne les faisant pas, elles ne nous recommandaient à Dieu pour être à lui. D’ailleurs, je voyais que l’œuvre placée devant moi coulait dans un autre lit, à savoir porter une parole qui réveille ; c’est donc à cela que je m’attachai et que je me tins.
285. Je ne me suis jamais efforcé, et n’ai jamais osé, de me servir de ce que d’autres avaient tracé (Romains 15:18), quoique je ne condamne pas tous ceux qui le font ; car je pensais vraiment, et j’ai trouvé par expérience, que ce qui m’était enseigné par la Parole et l’Esprit de Christ pouvait être dit, soutenu et maintenu par la conscience la plus saine et la mieux affermie ; et, bien que je ne veuille pas dire maintenant tout ce que je sais à ce sujet, mon expérience a pourtant plus de part à ce texte de l’Écriture que beaucoup parmi les hommes ne le savent (Galates 1:11, 12).
286. Si quelqu’un de ceux qui avaient été réveillés par mon ministère retombait ensuite, comme il n’est arrivé que trop souvent, je puis dire en vérité que sa perte m’a été plus sensible que si l’un de mes propres enfants, engendrés de mon corps, s’en était allé au tombeau ; je pense vraiment pouvoir le dire sans offenser le Seigneur : rien ne m’a touché d’aussi près, si ce n’est la crainte de perdre le salut de ma propre âme. J’ai estimé que j’avais comme de beaux édifices et des seigneuries dans les lieux où mes enfants étaient nés ; mon cœur a été tellement pris par la gloire de cette excellente œuvre que je me suis estimé plus béni et plus honoré de Dieu par elle que s’il m’avait fait empereur du monde chrétien, ou seigneur de toute la gloire de la terre sans elle ! Oh ! ces paroles : « celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort » (Jacques 5:20). « Le fruit du juste est un arbre de vie, Et le sage s’empare des âmes. » (Proverbes 11:30). « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice, à la multitude brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité. » (Daniel 12:3). « Qui est, en effet, notre espérance, ou notre joie, ou notre couronne de gloire? N’est-ce pas vous aussi, devant notre Seigneur Jésus, lors de son avènement? Oui, vous êtes notre gloire et notre joie. » (1 Thessaloniciens 2:19, 20). Ces paroles, dis-je, avec beaucoup d’autres de même nature, ont été pour moi de grands rafraîchissements.
287. J’ai remarqué que, là où j’avais une œuvre à faire pour Dieu, j’ai d’abord senti, pour ainsi dire, Dieu se mouvoir dans mon esprit pour me faire désirer d’y prêcher. J’ai aussi remarqué que telles ou telles âmes en particulier ont été fortement placées sur mon cœur, et que j’ai été poussé à souhaiter leur salut ; et que ces âmes-là mêmes, après cela, m’ont été données comme les fruits de mon ministère. J’ai aussi remarqué qu’une parole lancée en passant a fait plus d’effet dans un sermon que tout ce qui avait été dit par ailleurs ; quelquefois aussi, quand je pensais ne faire aucun bien, c’est alors que j’en faisais le plus ; et d’autres fois, quand je pensais les prendre, j’ai pêché pour rien.
288. J’ai aussi remarqué que, là où il y avait une œuvre à faire parmi les pécheurs, le diable commençait à rugir dans les cœurs, et par la bouche de ses serviteurs. Oui, souvent, quand le monde méchant faisait le plus rage, des âmes ont été réveillées par la parole. Je pourrais citer des cas particuliers, mais je m’en abstiens.
289. Mon grand désir, en accomplissant mon ministère, était de pénétrer dans les endroits les plus obscurs du pays, parmi ces gens-là mêmes qui étaient le plus éloignés de toute profession de foi ; non pas que je ne pusse supporter la lumière, car je ne craignais de montrer mon Évangile à personne, mais parce que je trouvais que mon esprit penchait surtout vers l’œuvre qui réveille et qui convertit, et que la Parole que je portais allait elle-même surtout dans ce sens ; « Et je me suis fait honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Romains 15:20).
290. Dans ma prédication, j’ai vraiment été dans la douleur, et j’ai, pour ainsi dire, enfanté avec travail des enfants à Dieu ; et je ne pouvais être satisfait à moins que quelques fruits ne parussent dans mon œuvre. Si j’étais sans fruit, peu m’importait qui me louait ; mais si je portais du fruit, peu m’importait qui me condamnait. J’ai pensé à cette parole : « le sage s’empare des âmes » (Proverbes 11:30) ; et encore : « Voici, des fils sont un héritage de l’Éternel, Le fruit des entrailles est une récompense. Comme les flèches dans la main d’un guerrier, Ainsi sont les fils de la jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois! Ils ne seront pas confus, Quand ils parleront avec des ennemis à la porte. » (Psaumes 127:3-5).
291. Il ne me plaisait en rien de voir les gens s’abreuver d’opinions s’ils semblaient ignorer Jésus-Christ et le prix de leur propre salut ; une solide conviction de péché, surtout du péché d’incrédulité, et un cœur embrasé du désir d’être sauvé par Christ, avec de fortes aspirations vers une âme vraiment sanctifiée : voilà ce qui me réjouissait ; c’étaient là les âmes que j’estimais bienheureuses.
292. Mais dans cette œuvre, comme dans toute autre, mes tentations m’accompagnaient, et cela de diverses sortes ; ainsi j’étais parfois assailli d’un grand découragement, craignant de ne pas pouvoir dire la Parole du tout pour l’édification ; bien plus, de ne pas pouvoir dire au peuple des choses sensées ; et alors une si étrange défaillance, une telle perte de forces s’emparait de mon corps, que mes jambes pouvaient à peine me porter jusqu’au lieu de l’exercice.
293. Quelquefois encore, pendant que je prêchais, j’ai été violemment assailli de pensées de blasphème, et fortement tenté de prononcer ces paroles de ma bouche devant l’assemblée. Il m’est arrivé aussi, même après avoir commencé à annoncer la Parole avec beaucoup de clarté, d’évidence et de liberté de parole, d’être pourtant, avant la fin de cette occasion, si aveuglé, si étranger aux choses dont je parlais, et si gêné aussi dans mon discours, quant à l’expression devant le peuple, que j’étais comme si je ne savais plus, ou ne me rappelais plus, ce que j’étais en train de faire, ou comme si j’avais eu la tête dans un sac pendant tout le temps de l’exercice.
294. De même, quand il m’est arrivé d’être sur le point de prêcher sur quelque passage cuisant et brûlant de la Parole, j’ai trouvé le tentateur qui me suggérait : Quoi, tu vas prêcher cela ? Cela te condamne toi-même ; ton âme est coupable de cela ; c’est pourquoi n’en prêche pas du tout ; ou, si tu le fais, adoucis-le de manière à te ménager une issue ; de peur qu’au lieu de réveiller les autres, tu ne fasses peser sur ta propre âme une culpabilité telle que tu ne pourras jamais t’en dégager.
295. Mais, j’en rends grâces au Seigneur, j’ai été gardé de consentir à des suggestions si horribles, et j’ai plutôt, comme Samson, fait effort de toute ma force pour condamner le péché et la transgression partout où je les trouvais, oui, même si, ce faisant, j’attirais aussi la culpabilité sur ma propre conscience ! « Que je meure avec les Philistins! » pensai-je (Juges 16:29, 30), plutôt que d’agir avec fausseté envers la bienheureuse Parole de Dieu. « toi donc, qui enseignes les autres, tu ne t’enseignes pas toi-même! » Il vaut bien mieux que tu te juges toi-même, en prêchant clairement aux autres, que de retenir injustement la vérité captive pour te sauver toi-même ; béni soit Dieu de son secours en cela aussi.
296. Pendant que j’étais occupé à cette bienheureuse œuvre de Christ, j’ai aussi été souvent tenté d’orgueil et d’élèvement de cœur ; et bien que je n’ose pas dire que je n’en aie pas été infecté, pourtant, en vérité, le Seigneur, dans sa précieuse miséricorde, s’y est pris de telle sorte avec moi que, la plupart du temps, j’ai eu peu de plaisir à céder à une telle chose ; car ç’a été ma part de chaque jour d’être introduit dans le mal de mon propre cœur, et d’être sans cesse amené à y voir une telle multitude de corruptions et d’infirmités que cela m’a fait baisser la tête sous tous mes dons et toutes mes acquisitions ; j’ai senti cette écharde dans la chair, qui est la miséricorde même de Dieu envers moi (2 Corinthiens 12:7-9).
297. J’ai eu aussi, avec cela, tel ou tel passage remarquable de la Parole placé devant moi, contenant quelque sentence aiguë et perçante au sujet de la perdition de l’âme, malgré les dons et les talents ; par exemple, celui-ci m’a été d’une grande utilité : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. » (1 Corinthiens 13:1, 2).
298. Une cymbale qui retentit est un instrument de musique dont un joueur habile peut tirer une musique si mélodieuse, si propre à enflammer le cœur, que tous ceux qui l’entendent jouer peuvent à peine s’empêcher de danser ; et pourtant voici, la cymbale n’a pas de vie, et la musique ne vient pas d’elle, mais de l’art de celui qui en joue ; de sorte qu’à la fin l’instrument peut être réduit à rien et périr, bien qu’autrefois on en ait tiré une telle musique.
299. Je vis qu’il en était et qu’il en sera exactement ainsi de ceux qui ont des dons, mais à qui manque la grâce qui sauve : ils sont dans la main de Christ comme la cymbale dans la main de David ; et comme David pouvait, avec la cymbale, produire une telle allégresse dans le service de Dieu qu’elle élevait le cœur des adorateurs, de même Christ peut se servir de ces hommes doués pour toucher par eux les âmes de son peuple dans son Église ; pourtant, quand il a tout fait, il les suspend de côté, sans vie, quoique cymbales qui retentissent.
300. Cette considération donc, avec quelques autres, fut, la plupart du temps, comme un maillet sur la tête de l’orgueil et du désir de vaine gloire. Quoi, pensais-je, serai-je orgueilleux parce que je suis un airain qui résonne ? Est-ce une si grande chose que d’être un violon ? La moindre créature qui a la vie n’a-t-elle pas plus de Dieu en elle que ces choses-là ? D’ailleurs, je savais que c’est l’amour qui ne doit jamais mourir, mais que ces choses doivent cesser et s’évanouir ; je conclus donc qu’un peu de grâce, un peu d’amour, un peu de la vraie crainte de Dieu, vaut mieux que tous ces dons ; oui, et j’en suis pleinement convaincu, il est possible qu’une âme qui peut à peine répondre à quelqu’un, sinon avec une grande confusion quant à l’ordre, je dis qu’il est possible qu’une telle âme ait mille fois plus de grâce, et soit ainsi plus avant dans l’amour et la faveur du Seigneur, que certains qui, en vertu du don de connaissance, peuvent s’exprimer comme des anges.
301. Ainsi donc je vins à comprendre que, bien que les dons en eux-mêmes fussent bons pour la chose à laquelle ils sont destinés, à savoir l’édification des autres, ils sont pourtant vides et sans pouvoir pour sauver l’âme de celui qui les possède, s’ils sont seuls ; et ils ne sont pas non plus, en tant que tels, un signe que l’état d’un homme est heureux, n’étant qu’une dispensation de Dieu envers quelques-uns, qui devront, quand encore un peu de vie se sera écoulé, rendre compte du bon ou du mauvais usage qu’ils en auront fait à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts.
302. Cela me montra aussi que les dons, lorsqu’ils sont seuls, sont dangereux, non pas en eux-mêmes, mais à cause des maux qui accompagnent ceux qui les possèdent, à savoir l’orgueil, le désir de vaine gloire, la suffisance, etc., toutes choses qui s’enflaient facilement aux applaudissements et aux louanges de tout chrétien inconsidéré, au péril, pour une pauvre créature, de tomber dans la condamnation du diable.
303. Je vis donc que celui qui a des dons a besoin d’être amené à voir quelle en est la nature, à savoir qu’ils ne suffisent pas à le mettre dans un état véritablement sauvé, de peur qu’il ne s’y repose, et qu’ainsi il ne soit privé de la grâce de Dieu.
304. Il a aussi sujet de marcher humblement avec Dieu, et d’être petit à ses propres yeux, et de se souvenir en même temps que ses dons ne sont pas à lui, mais à l’Église ; que par eux il est fait serviteur de l’Église ; et qu’il doit à la fin rendre compte de son administration au Seigneur Jésus ; et rendre un bon compte sera une chose bienheureuse.
305. Que tous les hommes fassent donc grand cas d’un peu, avec la crainte du Seigneur ; les dons sont certes désirables, mais une grande grâce avec de petits dons vaut mieux que de grands dons sans grâce. Il n’est pas dit : Le Seigneur donne les dons et la gloire, mais : L’Éternel donne la grâce et la gloire ; et bienheureux celui à qui le Seigneur donne la grâce, la vraie grâce, car elle est le précurseur certain de la gloire.
306. Mais quand Satan s’aperçut que ses tentations et ses assauts ainsi dirigés contre moi n’atteignaient pas son but, à savoir renverser mon ministère et le rendre inefficace quant à ses fins, il essaya alors d’un autre moyen, qui fut d’exciter l’esprit des ignorants et des malveillants à me charger de calomnies et d’opprobres ; je puis donc dire maintenant que tout ce que le diable pouvait imaginer, et ses instruments inventer, fut colporté çà et là dans le pays contre moi, dans la pensée, comme je l’ai dit, que par ce moyen ils feraient abandonner mon ministère.
307. On commença donc à faire courir parmi le peuple le bruit que j’étais un sorcier, un jésuite, un voleur de grand chemin, et autres choses semblables.
308. À tout cela je dirai seulement : Dieu sait que je suis innocent. Mais quant à mes accusateurs, qu’ils se préparent à me rencontrer devant le tribunal du Fils de Dieu, pour y répondre de ces choses, avec toutes leurs autres iniquités, à moins que Dieu ne leur en donne la repentance, ce pour quoi je prie de tout mon cœur.
309. Mais ce qu’on rapportait avec la plus grande assurance, c’était que j’avais mes maîtresses, mes prostituées, mes bâtards, oui, deux femmes à la fois, et autres choses semblables. Or ces calomnies, avec les autres, j’en fais ma gloire, parce que ce ne sont que des calomnies, des mensonges insensés ou fourbes, des faussetés jetées sur moi par le diable et par sa postérité ; et si je n’étais pas traité aussi méchamment par le monde, il me manquerait un des signes d’un saint et d’un enfant de Dieu. « Heureux serez-vous (disait le Seigneur Jésus), lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » (Matthieu 5:11).
310. Ces choses donc, pour ce qui me regarde, ne me troublent pas ; non, quand même elles seraient vingt fois plus nombreuses qu’elles ne sont. J’ai une bonne conscience, et là où ils disent du mal de moi comme d’un malfaiteur, ils seront couverts de confusion, ceux qui accusent faussement ma bonne conduite en Christ.
311. Que dirai-je donc à ceux qui m’ont ainsi éclaboussé ? Les menacerai-je ? Les gronderai-je ? Les flatterai-je ? Les supplierai-je de retenir leur langue ? Non, pas moi ; n’était que ces choses rendent mûrs pour la damnation ceux qui en sont les auteurs et les complices, je leur dirais : Rapportez-le, car cela augmentera ma gloire.
312. C’est pourquoi j’attache sur moi ces mensonges et ces calomnies comme un ornement ; il appartient à ma profession chrétienne d’être avili, calomnié, outragé et injurié ; et puisque tout cela n’est rien d’autre que cela, comme mon Dieu et ma conscience m’en rendent témoignage, je me réjouis des opprobres à cause de Christ.
313. J’appelle aussi fous ou fourbes tous ceux qui se sont ainsi fait une affaire d’affirmer sur mon compte l’une des choses susdites, à savoir que j’aurais eu une conduite coupable avec d’autres femmes, ou choses semblables. Qu’ils emploient jusqu’au bout tous leurs efforts, et fassent l’enquête la plus complète qu’ils pourront, pour prouver en vérité contre moi qu’il y a une femme au ciel, sur la terre ou en enfer, qui puisse dire que j’aie jamais, en quelque temps ou en quelque lieu que ce soit, de jour ou de nuit, seulement tenté d’avoir avec elle une conduite coupable. Et parlé-je ainsi pour mendier auprès de mes ennemis une bonne opinion de moi ? Non, pas moi : en cela, je ne mendierai le secours de personne ; qu’on me croie ou qu’on ne me croie pas en cela, tout m’est égal.
314. Mes ennemis ont manqué leur but en tirant ainsi sur moi. Je ne suis pas cet homme-là. Je souhaite qu’eux-mêmes soient innocents. Si tous les fornicateurs et les adultères d’Angleterre étaient pendus par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive, John Bunyan, l’objet de leur envie, serait encore vivant et en bonne santé. Je ne sais pas s’il y a une femme qui respire sous toute la voûte du ciel, si ce n’est par leurs vêtements, leurs enfants, ou par la rumeur commune, excepté ma femme.
315. Et en cela j’admire la sagesse de Dieu, qui m’a rendu réservé envers les femmes depuis ma première conversion jusqu’à maintenant. Ceux avec qui j’ai eu les relations les plus intimes le savent, et peuvent aussi m’en rendre témoignage : c’est chose rare que de me voir me montrer enjoué envers une femme ; la salutation ordinaire des femmes, je l’ai en horreur, elle m’est odieuse chez quiconque je la vois. Leur seule compagnie, je ne puis la supporter. Il est rare que je touche seulement la main d’une femme, car je pense que ces choses ne me conviennent pas. Lorsque j’ai vu de bons hommes saluer les femmes qu’ils avaient visitées, ou qui les avaient visités, j’ai parfois fait mes objections, et lorsqu’ils m’ont répondu que ce n’était qu’une marque de civilité, je leur ai dit que ce n’était pas un spectacle convenable ; certains, il est vrai, ont allégué le saint baiser, mais alors je leur ai demandé pourquoi ils faisaient des exceptions, pourquoi ils saluaient les plus belles et laissaient de côté les disgracieuses ; ainsi, si louables que ces choses aient pu être aux yeux des autres, elles ont été inconvenantes à mes yeux.
316. Et maintenant, pour conclure sur ce sujet, j’appelle non seulement les hommes, mais les anges, à prouver que je me sois rendu coupable d’avoir eu commerce charnel avec une femme quelconque, hormis la mienne ; et je ne crains pas non plus de le faire une seconde fois, sachant que je ne puis offenser le Seigneur en un tel cas, de prendre Dieu à témoin sur mon âme qu’en ces choses je suis innocent. Non que j’aie été gardé ainsi à cause d’une bonté qui serait en moi plus qu’en aucun autre, mais Dieu m’a fait miséricorde et m’a gardé ; et je le prie de me garder encore, non seulement de ceci, mais de toute mauvaise voie et de toute mauvaise œuvre, et de me conserver pour son royaume céleste. Amen.
317. Or, de même que Satan travailla, par des opprobres et des calomnies, à me rendre vil parmi mes compatriotes, afin que, si possible, ma prédication fût rendue sans effet, de même s’ajouta à cela un long et pénible emprisonnement, afin que par là je fusse effrayé et détourné de mon service pour Christ, et que le monde fût terrifié et eût peur de m’entendre prêcher ; de quoi je vous ferai maintenant un bref récit.
Chapitre 4 terminé
Bref récit de l’appel de l’auteur à l’œuvre du ministère