Chapitre 9 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Elle y est allée
« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » — Romains 12:21
Tout le monde ne pensait pas qu’elle devait y aller. Pour beaucoup de ses amis et de sa famille, c’était d’une imprudence qui frôlait la folie : une jeune veuve qui emmenait une enfant de trois ans vivre parmi ceux qui avaient tué son mari à coups de lance moins de trois ans plus tôt. Les Waorani tuaient des étrangers depuis des générations, et entre eux plus souvent encore. Personne ne pouvait garantir que l’invitation venait de tous. Si Elisabeth était tuée, Valerie serait orpheline. Si Valerie était tuée, on avait peine à imaginer ce que quiconque pourrait dire.
Elisabeth pesa tout cela. Elle n’écarta pas le danger d’un revers de main, et elle ne prétendit pas avoir reçu une promesse spéciale qu’elle serait en sécurité. Son raisonnement était plus simple. Les Waorani lui avaient demandé de venir. Elle était l’une des très rares personnes de l’extérieur à avoir commencé à apprendre leur langue. Elle croyait que Dieu l’avait appelée à faire connaître Christ à des gens qui n’avaient jamais entendu parler de lui, et ces gens-là, c’étaient eux. Elle ne pensait pas qu’être mère la dispensait d’obéir. Et elle ne pensait pas que l’obéissance garantissait une issue heureuse.
On a souvent raconté cette histoire comme un acte spectaculaire de pardon : une veuve qui part retrouver les meurtriers de son mari pour pouvoir les aimer. Ce n’est pas ainsi qu’elle la décrivait. Elle y alla comme missionnaire auprès d’un peuple. Le fait que certains d’entre eux aient tué Jim faisait partie de la situation, mais ce n’en était pas le but. Le pardon était réel et nécessaire, mais ce n’était pas un spectacle. C’était simplement la condition pour pouvoir y aller.
Début octobre 1958, Elisabeth, Valerie et Rachel Saint partirent à pied dans la forêt avec Dayuma et les Waorani venus les chercher. Il fallut porter Valerie. Le 8 octobre, selon la date qu’on donne habituellement, ils atteignirent une clairière au bord d’une petite rivière appelée la Tiwaeno. Ce jour-là, Jim aurait eu trente et un ans, et c’était leur cinquième anniversaire de mariage.
Les maisons étaient de grands abris couverts de feuilles de palmier, avec des hamacs suspendus à l’intérieur. Les gens cultivaient le manioc et la banane plantain, chassaient les singes et les oiseaux à la sarbacane et à la lance, et ne portaient presque rien. La plupart n’avaient jamais vu un étranger de près, encore moins une petite fille aux cheveux blonds. Elisabeth et Valerie vivaient dans un simple abri au toit de feuilles. Les Waorani donnèrent un nom à Elisabeth : Gikari, qui veut dire « pic-vert ». Valerie se mit à apprendre le waorani avec les enfants qui jouaient avec elle. Dayuma, enfin rentrée chez elle, commença à raconter à son peuple des histoires de la Bible, à sa façon.
Parmi les gens de la clairière se trouvaient des hommes qui avaient été sur la plage. Gikita, qui avait mené l’attaque, était là. Kimo, Dyuwi et Mincaye aussi. La plupart des hommes qui avaient tué Jim vivaient à quelques mètres de sa veuve et de sa fille.
Que ressentait-elle ? Elle ne prétendit pas ne rien ressentir, et elle ne prétendit pas ressentir seulement de l’amour. Ce qui la frappait encore et encore, c’était à quel point ils étaient ordinaires. Ils riaient, plaisantaient, se disputaient, s’occupaient de leurs enfants, pleuraient leurs morts et partaient à la chasse. Ils avaient tué les cinq hommes, comme ils en avaient tué beaucoup d’autres, par peur, par colère et par une longue habitude de la violence, et avec le temps ils en parlèrent ouvertement. Elle ne l’excusait pas. Elle ne faisait pas semblant que cela n’avait pas d’importance. Mais elle ne les haïssait pas. Elle avait réglé cette question avant de venir. Maintenant, il fallait le vivre, chaque jour, autour de leurs feux.
Surmonter le mal par le bien est l’un des commandements les plus difficiles de la Bible. Cela ne veut pas dire faire semblant qu’un tort n’était pas un tort. Et voici une chose importante : pardonner à quelqu’un, ce n’est pas la même chose que te remettre là où il peut te faire du mal. Elisabeth y alla parce qu’elle croyait que Dieu l’appelait et que ce peuple l’avait invitée, pas parce que le pardon l’exigeait. Si quelqu’un continue à te faire du mal, le pardon peut commencer par dire à un adulte de confiance ce qui se passe.
Une chose à faire cette semaine : pense à une personne à qui tu en veux. Prie pour elle en l’appelant par son nom chaque jour de cette semaine, en demandant à Dieu de lui faire du bien, même si tes sentiments ne suivent pas encore.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Pourquoi Elisabeth décida-t-elle d’aller chez les Waorani malgré le danger ?
Ils l’avaient invitée, elle était l’une des rares personnes de l’extérieur à apprendre leur langue, et elle croyait que Dieu l’avait appelée à faire connaître Christ à des gens qui n’avaient jamais entendu parler de lui.
Quel nom les Waorani lui donnèrent-ils ?
Gikari, qui veut dire « pic-vert ».
Qu’est-ce qui frappa le plus Elisabeth chez les hommes qui avaient tué Jim ?
À quel point ils étaient ordinaires. Ils riaient, se disputaient, s’occupaient de leurs enfants et pleuraient leurs morts ; ils avaient tué par peur, par colère et par une longue habitude de la violence.
Chapitre 9 terminé
Elle y est allée