Elisabeth Elliot (Pour ados)
La chose suivante

Chapitre 7 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

La chose suivante

« Le père des orphelins, le défenseur des veuves, C’est Dieu dans sa demeure sainte. » — Psaume 68:6

Le dimanche soir, on pouvait encore expliquer le silence de la radio. Le lundi matin, plus du tout. Un autre pilote, Johnny Keenan, survola la Curaray et vit le petit avion jaune sur le banc de sable, sa toile arrachée. Aucune trace des hommes. Les cinq épouses se réunirent à la base de la mission, à Shell Mera, pour attendre.

Une équipe de recherche partit par voie de terre : des missionnaires, des Quichuas et des soldats équatoriens. L’armée américaine envoya des avions et des hélicoptères. Au cours de la semaine, on retrouva dans la rivière les corps de quatre des hommes, qu’on identifia grâce à leurs montres et à leurs alliances. Un cinquième, presque certainement celui d’Ed McCully, avait été vu par des Quichuas plus en aval, mais on ne put pas le récupérer. Sous un violent orage, les sauveteurs enterrèrent les quatre ensemble au bord de la plage et repartirent en hâte, de peur d’être attaqués. Un photographe du magazine Life les accompagnait, et ses photos des veuves et de leurs enfants rendirent leurs visages célèbres dans le monde entier.

Ceux qui étaient présents furent stupéfaits du calme des épouses. Ce calme était réel, et il venait d’une foi réelle. Mais on en fit plus tard ce qu’il n’était pas : l’image de femmes qui ne pleuraient pas, ou qui pleuraient moins parce qu’elles croyaient davantage. Elisabeth passa des années à corriger cette image. Elle pleura, profondément et longtemps. Elle connut la solitude, l’épuisement et la peur. Elle avait des questions qui restèrent sans réponse. Ce qu’elle ne fit pas, c’est décider que Dieu l’avait abandonnée. Son calme n’était pas l’absence de chagrin. C’était une décision sur l’endroit où porter ce chagrin.

Elle avait vingt-neuf ans. Valerie avait dix mois. Elle n’avait plus de mari, pas de revenu fixe, et rien qui la retienne en Équateur. La plupart des gens s’attendaient à ce qu’elle rentre chez elle.

Elle retourna à Shandia. Elle ramena Valerie dans la maison que Jim avait construite et reprit son travail : l’enseignement, les soins médicaux, les jeunes croyants quichuas. Elle ne voyait là rien d’héroïque. Le travail était là, les gens étaient là, elle parlait leur langue, et personne d’autre ne pouvait le faire. C’était tout simplement la chose suivante, la plus évidente. Toute sa vie, elle aima un vieux poème anonyme anglais dont le refrain, écrit à l’ancienne, était : « Doe the nexte thynge », c’est-à-dire « Fais la chose suivante ». Tu n’as pas besoin de voir toute la route. Tu n’as pas besoin de comprendre ton chagrin avant de te lever le matin. Tu as seulement à faire ce qui est devant toi. Les autres veuves firent d’autres choix, et elle ne laissa jamais entendre que le sien était le seul choix fidèle.

Des lettres d’inconnus affluèrent. Beaucoup disaient qu’ils avaient donné leur vie à Dieu à cause de cette histoire. Et on lui demanda de l’écrire elle-même. Dans les premiers mois de son veuvage, elle lut page après page le journal intime de son mari et reconstitua, heure par heure, les semaines qui s’étaient terminées par sa mort. Le livre, Through Gates of Splendor (« Par les portes de la splendeur »), parut en 1957 ; son titre venait d’un vers d’un cantique que les hommes avaient chanté avant de partir. Il était simple et sobre. Il ne prêchait pas, et il ne prétendait pas savoir pourquoi Dieu avait permis cela. Il n’a jamais cessé d’être réimprimé, et des milliers de gens ont dit qu’il les avait conduits à servir Dieu. Un an plus tard, elle publia la vie de Jim, en laissant son journal tel qu’il l’avait écrit, ardent et parfois immature, au lieu de le polir pour en faire un saint.

Si tu as perdu quelqu’un, ne laisse personne te dire que les chrétiens solides ne pleurent pas. Le Psaume 68 dit que Dieu est un père pour les orphelins et le défenseur des veuves. Il a tenu cette promesse envers Elisabeth, non en lui enlevant sa perte, mais en étant avec elle au milieu de cette perte pendant qu’elle faisait la chose suivante. Si le chagrin ou un poids sur le cœur t’écrase et ne s’en va pas, parles-en à une personne de confiance : un parent, un pasteur, un professeur, un médecin, ou une ligne d’écoute là où tu vis.

Une chose à faire cette semaine : la prochaine fois que tu te sens débordé, n’essaie pas de tout régler. Écris seulement la toute prochaine chose que tu dois faire, fais-la, puis écris celle d’après.

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Le calme des veuves voulait-il dire qu’elles ne pleuraient pas ?

Non. Elisabeth pleura profondément et longtemps. Son calme était une décision sur l’endroit où porter son chagrin, pas l’absence de chagrin.

Pourquoi retourna-t-elle à Shandia ?

Parce que le travail et les gens étaient toujours là, qu’elle parlait leur langue et que personne d’autre ne pouvait le faire. Elle y voyait simplement la chose suivante.

Comment écrivit-elle sur Jim et les autres hommes ?

Simplement et sobrement. Elle ne prêcha pas, ne prétendit pas savoir pourquoi Dieu avait permis cela, et laissa le journal de Jim tel quel, sans le polir pour en faire un saint.

Chapitre 7 terminé

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