Chapitre 5 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
D’abord le quichua
« Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon salaire de leur travail. » — Ecclésiaste 4:9
Fin janvier 1953, Jim monta à Quito depuis la forêt de l’est, et Betty depuis celle de l’ouest. Après cinq années de lettres prudentes et de longs silences, Jim lui demanda de l’épouser. Elle dit oui. Ni l’un ni l’autre ne vit là une récompense de Dieu pour leur patience. C’était un nouveau pas d’obéissance, et il eut un prix tout de suite.
Jim s’était engagé auprès des Quichuas de la forêt tropicale de l’est, et il pensait qu’une épouse incapable de leur parler se sentirait seule et ne servirait guère au travail. Il posa donc une condition : qu’elle apprenne d’abord le quichua, et ensuite ils fixeraient une date. Un homme qui l’avait fait attendre cinq ans lui demandait d’attendre encore. La biographie complète reconnaît honnêtement que cela arrangeait les projets de Jim plus que les siens. Elle dit aussi que Betty accepta librement et n’en fit jamais un grief par la suite. Elle était linguiste de formation ; elle savait combien un missionnaire peut facilement vivre des années parmi un peuple en n’y comprenant pas grand-chose. Si elle devait partager le travail, elle voulait le partager pour de bon.
Elle s’installa dans une station missionnaire appelée Dos Ríos et apprit vite. Cet été-là, la rivière qui longeait la station de Jim, à Shandia, déborda et en emporta une grande partie, si bien qu’il était occupé à reconstruire. À l’automne, elle parlait assez bien le quichua pour le satisfaire.
Ils se marièrent le 8 octobre 1953, le jour des vingt-six ans de Jim, au bureau de l’état civil de Quito, en espagnol, comme l’exigeait la loi équatorienne. Une poignée d’amis étaient là. Il n’y eut ni cérémonie à l’église, ni cortège, ni réception. Ce n’est pas qu’ils étaient trop pauvres pour davantage : tous les deux détestaient l’étalage. Leurs familles apprirent la nouvelle par lettre. Après une courte lune de miel au Panama, ils prirent le chemin de la forêt.
Leur première maison fut une tente. Un chef quichua nommé Atanasio, dans un endroit appelé Puyupungu, avait demandé un missionnaire et une école ; les jeunes mariés vécurent donc sous la toile pendant qu’on construisait un bâtiment simple, en cuisinant sur un feu au milieu d’insectes infatigables. Il semble que cela leur ait plu. En 1954, ils retournèrent à la station reconstruite de Shandia, dans une maison que Jim avait bâtie. Jim parlait le quichua d’oreille, avec aisance et chaleur, et il prêchait. Betty entendait les structures cachées sous la langue, et elle savait la mettre par écrit et apprendre aux autres à la lire. Il était le prédicateur ; elle était celle qui avait le carnet. Le 27 février 1955 naquit leur fille, Valerie.
Plus tard dans sa vie, Elisabeth découragea fermement ceux qui s’imaginaient un mariage parfait. Ils eurent vingt-sept mois ensemble. D’après elle, ce furent des mois heureux, et aussi des mois ordinaires, pleins des petits agacements de deux fortes têtes partageant une petite maison.
Dès ses premiers mois en Équateur, Jim avait entendu parler d’un autre peuple, qui vivait entre les rivières Napo et Curaray. Ils avaient tué des étrangers venus sur leurs terres, et ils s’entretuaient dans des vendettas interminables. Les étrangers les désignaient par un mot quichua qui veut dire « sauvages ». Leur propre nom est Waorani : « les gens ». Jim désirait de tout son cœur les atteindre. Betty connaissait les risques et ne prétendait pas qu’ils lui étaient faciles à accepter. Mais elle n’essaya pas de l’en dissuader. En septembre 1955, deux amis de Jim, qui survolaient la forêt, repérèrent enfin un groupe de maisons waorani.
L’Ecclésiaste est un livre peu romantique, mais il fait une exception pour le travail d’équipe : « Deux valent mieux qu’un ». Pour Jim et Betty, l’amour et l’obéissance n’étaient pas opposés. Leur mariage était un vrai mariage d’amour et un vrai partenariat de travail, et cela ne vaut pas seulement pour le mariage. Dieu place exprès côte à côte des gens aux dons différents.
Une chose à faire cette semaine : pense à quelqu’un dont les dons sont différents des tiens : un frère ou une sœur, un coéquipier, un ami. Dis-lui précisément une chose qu’il fait bien et que tu ne saurais pas faire.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Quelle condition Jim mit-il aux fiançailles ?
Que Betty apprenne le quichua avant qu’ils fixent la date du mariage, pour qu’elle puisse partager le travail auprès des Quichuas.
Pourquoi leur mariage fut-il si simple ?
Non parce qu’ils étaient pauvres, mais parce que tous les deux détestaient l’étalage. Ce fut un mariage civil au bureau de l’état civil de Quito, comme l’exigeait la loi équatorienne.
Comment les dons de Jim et de Betty s’accordaient-ils ?
Jim parlait facilement le quichua d’oreille et prêchait ; Betty, linguiste de formation, savait analyser la langue, la mettre par écrit et apprendre aux autres à la lire.
Chapitre 5 terminé
D’abord le quichua