Chapitre 8 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
La parole d’un gentleman
« Jésus, s’étant approché, leur parla ainsi : Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples … Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » — Matthieu 28:18-20
Le retour prit un an. Livingstone réécrivit le journal qui avait sombré, et les hommes rapportèrent chez eux les marchandises qu’ils avaient gagnées. En septembre 1855, ils entrèrent à Linyanti en héros, racontant à tout le monde qu’ils étaient allés jusqu’au bout du monde. Leur fidélité fit de Livingstone un homme de confiance chez les Makololo.
La route de l’ouest était trop longue et trop malsaine, alors il essaya l’est, en descendant le Zambèze jusqu’à l’océan Indien. En novembre 1855, il partit avec plus de cent hommes de Sekeletu, et un guide et interprète nommé Sekwebu, qui connaissait les langues de l’est.
Il avait entendu parler d’une grande chute d’eau que les gens appelaient Mosi-oa-Tunya, « la fumée qui tonne ». Les hommes de Sekeletu l’emmenèrent en pirogue jusqu’à une île tout au bord des chutes, et il s’allongea pour regarder dans la gorge. Il écrivit que des paysages si beaux avaient dû être contemplés par des anges. Puis il leur donna le nom de la reine Victoria.
Ce moment en dit long. Les chutes avaient déjà un nom. Les gens qui vivaient tout près les connaissaient depuis des siècles, et c’étaient eux qui l’y avaient conduit. Il voulait que ce nouveau nom soit un hommage. Mais cela correspond à une façon de penser, la sienne et celle de son pays, où ce que savaient les Africains ne comptait pas tant qu’un Européen ne l’avait pas écrit. Aujourd’hui, le parc national autour des chutes s’appelle Mosi-oa-Tunya.
Sur le haut plateau frais, au nord du fleuve, il vit ce qu’il prit pour un pays sain, idéal pour des missions. C’est là que naquit le grand projet qui allait mener les huit années suivantes de sa vie.
Le 14 janvier 1856, le groupe arriva à l’endroit où la rivière Luangwa rejoint le Zambèze. Une foule de gens armés se rassembla sur l’autre rive, et les hommes de Livingstone s’attendaient à être attaqués pendant la traversée. Cette nuit-là, il écrivit dans son journal l’une des pages les plus célèbres de sa vie.
Il avoua un grand trouble intérieur. Tous ses projets risquaient d’être anéantis le lendemain, écrivit-il, par les gens de l’autre rive, qu’il désignait par un mot méprisant en usage à son époque. Puis il lut la promesse de Jésus d’être avec ses disciples tous les jours, jusqu’à la fin du monde. C’était, écrivit-il, la parole d’un gentleman d’un honneur absolu, et cela réglait la question. Il ne traverserait pas en cachette pendant la nuit. Il ferait ses relevés d’étoiles, même si c’étaient les derniers. Il se sentait maintenant tout à fait calme, et il remercia Dieu.
Remarque deux choses. D’abord, sa foi et ses préjugés se trouvaient dans le même paragraphe. Les gens de l’autre rive n’étaient pas hostiles, seulement prudents, comme n’importe qui le serait en voyant arriver par le fleuve un grand groupe armé. Ensuite, rien n’avait changé dans le danger. Ce qui le rendit ferme, ce fut une promesse. Il ne s’est pas senti calme pour ensuite croire. Il a cru, et ensuite il s’est senti calme.
Le lendemain matin, il fit traverser ses hommes dans une seule pirogue, quelques-uns à la fois, en attendant sur la rive que le dernier soit passé. Ceux qui regardaient n’attaquèrent pas.
En mai 1856, il arriva à Quelimane, au bord de l’océan Indien. Il avait traversé l’Afrique d’une côte à l’autre, le premier Européen connu à l’avoir fait, même si des marchands luso-africains l’avaient fait avant lui. Il laissa la plupart des hommes à Tete, en promettant de revenir les ramener chez eux.
Sekwebu continua avec lui en bateau vers l’Angleterre. Bouleversé par la mer et par l’étrangeté de tout, il sauta par-dessus bord à l’île Maurice et se noya. Il mérite qu’on se souvienne de lui comme de l’un de ceux dont le savoir-faire a rendu la traversée possible.
La promesse de Jésus n’est pas un sentiment. Elle tient, que tu la ressentes ou non.
Une chose à faire cette semaine : apprends Matthieu 28:20 par cœur : « voici, je suis avec vous tous les jours. » La prochaine fois que tu as peur, dis-le lentement, puis fais le petit pas suivant.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Qu’est-ce qui calma Livingstone la nuit du 14 janvier 1856 ?
La promesse de Jésus d’être avec ses disciples tous les jours, qu’il appela la parole d’un gentleman d’un honneur absolu. Sa situation n’avait pas changé ; sa confiance, si.
Pourquoi le fait d’avoir rebaptisé Mosi-oa-Tunya pose-t-il problème ?
Les chutes avaient déjà un nom, et les gens du pays les connaissaient depuis des siècles et l’y avaient conduit. Les rebaptiser, c’était faire comme si personne ne les avait vues avant qu’un Européen les voie.
Qui était Sekwebu ?
Le guide et interprète qui conduisit le groupe sain et sauf le long du Zambèze. Il prit la mer avec Livingstone, fut bouleversé par le voyage, et se noya à l’île Maurice.
Chapitre 8 terminé
La parole d’un gentleman