Réponses à la prière
Débuts et premiers jours de l’œuvre des orphelins

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Débuts et premiers jours de l’œuvre des orphelins

« Afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable (qui cependant est éprouvé par le feu), ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. » — 1 Pierre 1:7.


M. George Müller, fondateur des nouvelles maisons des orphelins d’Ashley Down, à Bristol (institutions qui sont depuis de longues années les plus grands monuments des temps modernes élevés à un Dieu qui exauce la prière), donne, dans ce livre si précieux et si instructif, « Récit de quelques-unes des voies du Seigneur envers George Müller », vol. I, parmi d’autres raisons de fonder une maison des orphelins, la suivante :

« Je trouvais parfois des enfants de Dieu tourmentés en esprit par la perspective de la vieillesse, lorsqu’ils pourraient ne plus être capables de travailler, et qui étaient, pour cette raison, harcelés par la crainte de devoir entrer à l’hospice des pauvres. Si, en pareil cas, je leur montrais comment leur Père céleste a toujours secouru ceux qui mettent leur confiance en lui, ils ne disaient peut-être pas toujours que les temps ont changé ; mais il était pourtant assez évident que Dieu n’était pas considéré par eux comme le Dieu vivant. Mon esprit en était souvent accablé, et je désirais ardemment placer sous les yeux des enfants de Dieu quelque chose qui leur fît voir qu’il n’abandonne pas, même de nos jours, ceux qui s’appuient sur lui.

« Une autre catégorie de personnes était celle des frères engagés dans les affaires, qui souffraient dans leur âme et chargeaient leur conscience de culpabilité en menant leurs affaires presque de la même manière que les inconvertis. La concurrence dans le commerce, la dureté des temps, le surpeuplement du pays étaient avancés comme autant de raisons pour lesquelles, si l’on conduisait ses affaires simplement selon la parole de Dieu, on ne pouvait s’attendre à les voir prospérer. Un tel frère exprimait peut-être le souhait d’être placé dans une autre situation ; mais il était bien rare que je visse qu’on prît position pour Dieu, qu’il y eût la sainte résolution de se confier dans le Dieu vivant et de s’appuyer sur lui, afin de garder une bonne conscience. À cette catégorie aussi, je désirais montrer, par une preuve visible, que Dieu est immuablement le même.

« Il y avait encore une autre catégorie de personnes : des gens qui exerçaient des professions dans lesquelles ils ne pouvaient demeurer avec une bonne conscience, ou des personnes qui se trouvaient dans une position contraire aux Écritures quant aux choses spirituelles ; mais les uns comme les autres craignaient, à cause des conséquences, d’abandonner la profession dans laquelle ils ne pouvaient demeurer avec Dieu, ou de quitter leur position, de peur de se retrouver sans emploi. Mon esprit aspirait à être un instrument pour fortifier leur foi, non seulement en leur donnant, tirés de la parole de Dieu, des exemples de sa volonté et de son pouvoir de secourir tous ceux qui s’appuient sur lui, mais encore en leur montrant par des preuves qu’il est le même de nos jours. Je savais bien que la parole de Dieu devrait suffire, et elle me suffisait, par la grâce ; mais je considérais néanmoins que je devais tendre une main secourable à mes frères, si par quelque moyen, par cette preuve visible de la fidélité immuable du Seigneur, je pouvais fortifier leurs mains en Dieu ; car je me souvenais de la grande bénédiction que mon âme avait reçue par les voies du Seigneur envers son serviteur A. H. Franke, qui, dans la seule dépendance du Dieu vivant, fonda une immense maison des orphelins, que j’avais vue bien des fois de mes propres yeux. Je me jugeai donc tenu d’être le serviteur de l’Église de Dieu sur le point particulier où j’avais obtenu miséricorde : à savoir, pouvoir prendre Dieu au mot et m’appuyer sur sa parole. Tous ces exercices de mon âme, nés du fait que tant de croyants avec qui je faisais connaissance étaient harcelés et tourmentés en esprit, ou chargeaient leur conscience de culpabilité, faute de se confier dans le Seigneur, furent employés par Dieu pour éveiller dans mon cœur le désir de placer sous les yeux de l’Église tout entière, et du monde, une preuve qu’il n’a nullement changé ; et la meilleure manière de le faire me parut être la fondation d’une maison des orphelins. Il fallait que ce fût quelque chose qui pût être vu, même de l’œil naturel. Or, si moi, un homme pauvre, j’obtenais, simplement par la prière et la foi, sans rien demander à personne, les moyens de fonder et de soutenir une maison des orphelins, il y aurait là quelque chose qui, avec la bénédiction du Seigneur, pourrait servir à fortifier la foi des enfants de Dieu, outre que ce serait, pour la conscience des inconvertis, un témoignage de la réalité des choses de Dieu. Telle fut donc la raison première de la fondation de la maison des orphelins. Je désirais certes de tout mon cœur être employé par Dieu à faire du bien au corps de pauvres enfants privés de leur père et de leur mère, et à chercher, à d’autres égards, avec l’aide de Dieu, à leur faire du bien pour cette vie ; — je désirais aussi tout particulièrement être employé par Dieu à faire élever ces chers orphelins dans la crainte de Dieu ; — mais le but premier et principal de l’œuvre était néanmoins (et il l’est encore) que Dieu fût glorifié par le fait que les orphelins confiés à mes soins reçoivent tout ce dont ils ont besoin, uniquement par la prière et la foi, sans que personne soit sollicité par moi ou par mes collaborateurs, afin que l’on voie que Dieu est ENCORE FIDÈLE et qu’il EXAUCE ENCORE LA PRIÈRE. Que je ne me sois pas trompé, cela a été abondamment prouvé depuis novembre 1835, tant par la conversion de nombreux pécheurs qui ont lu les comptes rendus publiés au sujet de cette œuvre, que par l’abondance du fruit qui s’en est suivi dans le cœur des saints ; ce dont je désire, du fond de mon âme, être reconnaissant envers Dieu, et dont l’honneur et la gloire non seulement lui reviennent à lui seul, mais encore, par son secours, je suis rendu capable de les lui attribuer. »


« OUVRE TA BOUCHE. »

Dans le compte rendu rédigé par M. Müller, daté du 16 janv. 1836, au sujet de la maison des orphelins qu’on se proposait de fonder à Bristol en lien avec l’Institution pour la connaissance des Écritures, dans le pays et à l’étranger, nous lisons :

« Lorsque, ces derniers temps, la pensée de fonder une maison des orphelins, dans la dépendance du Seigneur, se ranima dans mon esprit, je me bornai, pendant les deux premières semaines, à prier que, si la chose venait du Seigneur, il la fît aboutir, mais que, sinon, il voulût bien, dans sa grâce, ôter de mon esprit toute pensée à ce sujet. Mon incertitude quant à la pensée du Seigneur ne venait pas de ce que je doutais qu’il lui fût agréable que des enfants démunis, privés de père et de mère, reçoivent un foyer et une éducation conforme aux Écritures ; elle venait de ce que je me demandais si c’était sa volonté que je fusse l’instrument chargé de mettre en route une telle entreprise, mes mains étant déjà plus que remplies. Ma consolation, toutefois, était que, si c’était sa volonté, il pourvoirait non seulement aux moyens, mais aussi à des personnes capables de prendre soin des enfants, de sorte que ma part de l’œuvre ne me prendrait que la portion de mon temps que je pourrais lui donner, eu égard à l’importance de la chose, malgré mes nombreuses autres occupations. Pendant toutes ces deux semaines, je ne demandai jamais au Seigneur ni argent ni personnes pour s’engager dans l’œuvre.

« Le 5 décembre, toutefois, l’objet de ma prière changea tout à coup. Je lisais le psaume 81, et je fus particulièrement frappé, plus que jamais auparavant, par le verset 11 : “Ouvre ta bouche, et je la remplirai.” Je réfléchis quelques instants à ces paroles, puis je fus amené à les appliquer au cas de la maison des orphelins. Je fus frappé de ce que je n’avais jamais rien demandé au Seigneur à son sujet, sinon de connaître sa volonté quant à sa fondation ou non ; je tombai alors à genoux, j’ouvris largement ma bouche et lui demandai beaucoup. Je demandai en me soumettant à sa volonté, et sans fixer le moment où il devrait exaucer ma requête. Je le priai de me donner une maison, c.-à-d. soit en prêt, soit en amenant quelqu’un à en payer le loyer, soit en en faisant donner une à titre permanent pour cet objet ; je lui demandai en outre £1000, ainsi que des personnes capables de prendre soin des enfants. De plus, j’ai été amené depuis à demander au Seigneur de mettre au cœur de son peuple de m’envoyer des meubles pour la maison et quelques vêtements pour les enfants. En présentant cette requête, j’avais pleinement conscience de ce que je faisais, c.-à-d. que je demandais une chose que je n’avais aucune perspective naturelle d’obtenir des frères que je connais, mais qui n’était pas trop grande pour que le Seigneur l’accordât. »

« 10 décembre 1835. — Ce matin, j’ai reçu une lettre dans laquelle un frère et une sœur m’écrivaient ceci : “Nous nous offrons pour le service de la maison des orphelins projetée, si vous nous en jugez capables ; nous offrons aussi de céder pour son usage tout le mobilier, etc., que le Seigneur nous a donné, et de le faire sans recevoir aucun salaire, croyant que, si c’est la volonté du Seigneur de nous employer, il pourvoira à tous nos besoins, etc.” »

« 13 déc. — Un frère a été poussé aujourd’hui à donner 4s. par semaine, soit £10 8s. par an, aussi longtemps que le Seigneur lui en donnera les moyens ; il a remis 8s., correspondant à deux semaines de souscription. Aujourd’hui, un frère et une sœur se sont offerts, avec tout leur mobilier et toutes les provisions qu’ils ont chez eux, s’ils peuvent être utilement employés au service de la maison des orphelins. »


UN GRAND ENCOURAGEMENT.

« 17 déc. — J’étais plutôt abattu hier soir et ce matin au sujet de cette affaire, me demandant si je devais m’engager dans cette voie, et j’ai été amené à demander au Seigneur de me donner un nouvel encouragement. Peu après, un frère m’a envoyé deux pièces d’indienne, l’une de sept yards et l’autre de 23¾ yards, 6¾ yards de calicot, quatre pièces de doublure faisant environ quatre yards en tout, un drap et une mesure d’un yard. Ce soir, un autre frère a apporté un séchoir à linge, trois robes, quatre tabliers, six mouchoirs, trois couvre-lits, une couverture, deux salières en étain, six gobelets en fer-blanc et six cuillères à thé en métal ; il a aussi apporté 3s. 6d., que trois personnes différentes lui avaient donnés. En même temps, il m’a dit qu’il avait été mis au cœur de quelqu’un d’envoyer demain £100. »


MILLE LIVRES.

« 15 juin 1837. — Aujourd’hui, je me suis de nouveau livré à une prière fervente au sujet du reste des £1000. Ce soir, £5 ont été données, de sorte que la somme entière est maintenant réunie. À la gloire du Seigneur, à qui j’appartiens et que je sers, je tiens à déclarer de nouveau que chaque shilling de cet argent, ainsi que tous les vêtements et tous les meubles mentionnés dans les pages précédentes, m’ont été donnés sans que j’aie demandé quoi que ce soit à une seule personne. »


DES ORPHELINS POUR LA MAISON.

Dans une troisième déclaration, contenant l’annonce de l’ouverture de la maison des orphelins pour les petites filles démunies et une proposition de fonder une maison pour les orphelins en bas âge, et envoyée à l’impression le 18 mai 1836, M. Müller écrivait :

« Autant que je m’en souvienne, je présentai au Seigneur dans mes requêtes jusqu’aux moindres circonstances concernant la maison des orphelins, conscient de ma propre faiblesse et de mon ignorance. Il y avait cependant un point sur lequel je n’avais jamais prié : que le Seigneur envoie des enfants ; car je tenais naturellement pour acquis que les demandes ne manqueraient pas. Mais plus approchait le jour fixé pour recevoir les demandes, plus j’avais le sentiment secret que le Seigneur pourrait décevoir mes attentes naturelles et me montrer que je ne pouvais réussir en une seule chose sans lui. Le moment fixé arriva, et pas une seule demande ne fut faite. J’avais déjà été éprouvé à plusieurs reprises par la question de savoir si, après tout, je ne m’étais pas engagé dans l’œuvre contre la pensée du Seigneur. Cette circonstance m’amena alors à m’humilier profondément devant mon Dieu dans la prière pendant toute la soirée du 3 février, et à examiner une fois de plus mon cœur quant à tous les motifs qui m’animaient en cette affaire ; et pouvant dire, comme auparavant, que sa gloire était mon but principal, c.-à-d. qu’on pût voir que ce n’est pas une chose vaine de se confier dans le Dieu vivant, — que mon second but était le bien spirituel des enfants orphelins, — et le troisième leur bien corporel ; et persévérant encore dans la prière, je fus enfin amené à pouvoir dire de tout mon cœur que je me réjouirais de voir Dieu glorifié en cette affaire, dût-il l’être en réduisant le tout à néant. Mais comme, malgré tout, il me semblait plus propre à la gloire de Dieu de fonder la maison des orphelins et de la faire prospérer, je pus alors lui demander de tout cœur d’envoyer des demandes. Je jouis dès lors d’un cœur paisible à ce sujet, et j’étais aussi plus assuré que jamais que Dieu la fonderait. Dès le lendemain, 4 février, la première demande fut faite, et depuis, 42 autres l’ont été. »


« JUSTE POUR AUJOURD’HUI. »

Plus tard, alors qu’il y avait près de 100 personnes à entretenir et que les fonds étaient réduits à environ £20, M. Müller écrit :

« 22 juillet [1838]. — Ce soir, je me promenais dans notre petit jardin, méditant sur Hébreux 13:8 : “Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement.” Tandis que je méditais sur son amour, sa puissance, sa sagesse immuables, etc., — tournant tout en prière pour moi-même à mesure que j’avançais, et appliquant aussi son amour, sa puissance et sa sagesse immuables, etc., à ma situation présente, tant spirituelle que temporelle : — tout à coup, le besoin actuel de la maison des orphelins m’est revenu à l’esprit. Aussitôt, j’ai été amené à me dire : Jésus, dans son amour et sa puissance, m’a jusqu’ici fourni ce dont j’avais besoin pour les orphelins, et dans le même amour et la même puissance immuables, il me fournira ce dont je pourrai avoir besoin à l’avenir. Un flot de joie a envahi mon âme, tandis que je saisissais ainsi l’immutabilité de notre adorable Seigneur. Environ une minute après, on m’a apporté une lettre contenant un effet de £20. On y avait écrit : “Veuillez appliquer le montant de l’effet ci-joint à l’avancement des objets de votre Société pour la connaissance des Écritures, ou de votre établissement des orphelins, ou à l’œuvre et à la cause de notre Maître, de toute manière que lui-même, sur votre demande, pourra vous indiquer. Ce n’est pas une grosse somme, mais c’est une provision suffisante pour les besoins pressants d’aujourd’hui ; et c’est aux besoins d’aujourd’hui que, d’ordinaire, le Seigneur pourvoit. Demain, avec ses exigences, trouvera de quoi y répondre, etc.” »

« [De ces £20, j’ai pris £10 pour le fonds des orphelins et £10 pour les autres objets, et j’ai ainsi pu faire face à des dépenses d’environ £34 qui, en lien avec les maisons des orphelins, me sont survenues dans les quatre jours suivants, et que je savais d’avance devoir survenir.] »


ATTENDRE LE SECOURS.

« 21 nov. 1838. — Jamais nos fonds n’avaient été aussi bas qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas un seul demi-penny en caisse chez les directrices des trois maisons. Il y a eu néanmoins un bon dîner, et, en s’arrangeant pour s’aider les unes les autres avec le pain, etc., on avait l’espoir de passer encore cette journée ; mais pour aucune des maisons nous n’avions la perspective de pouvoir acheter du pain. Quand j’ai quitté les frères et les sœurs à une heure, après la prière, je leur ai dit que nous devions attendre le secours et voir comment le Seigneur nous délivrerait cette fois. J’étais sûr du secours, mais nous étions vraiment à l’étroit. Arrivé à Kingsdown, j’ai senti que j’avais besoin de prendre plus d’exercice, ayant très froid ; aussi ne suis-je pas rentré par le plus court chemin, mais en faisant le tour par Clarence Place. À une vingtaine de yards de ma maison, j’ai rencontré un frère qui a rebroussé chemin avec moi et qui, après un bref entretien, m’a donné £10 à remettre aux frères diacres pour procurer aux saints pauvres du charbon, des couvertures et des vêtements chauds ; et aussi £5 pour les orphelins et £5 pour les autres objets de l’Institution pour la connaissance des Écritures. Ce frère était passé deux fois pendant que j’étais aux maisons des orphelins, et si j’étais maintenant arrivé une demi-minute plus tard, je l’aurais manqué. Mais le Seigneur connaissait notre besoin, et c’est pourquoi il m’a permis de le rencontrer. J’ai envoyé aussitôt les £5 aux directrices. »


À L’ABRI DE LA DÉCEPTION.

« 21 sept. [1840], lundi. Grâce à ce qu’il y avait en caisse pour les orphelins et à ce qui était arrivé hier, le besoin d’aujourd’hui est plus que comblé, car il y a aussi de quoi pour demain. Aujourd’hui, un frère des environs de Londres m’a donné £10, à employer là où le besoin serait le plus grand. Comme nous prions depuis bien des jours pour les fonds des écoles, des Bibles et des missions, je les ai pris tout entiers pour eux. Ce frère ne savait rien de notre œuvre lorsqu’il est arrivé à Bristol il y a trois jours. C’est ainsi que le Seigneur, pour nous montrer qu’il continue à prendre soin de nous, suscite de nouveaux aides. Ceux qui se confient dans le Seigneur ne seront jamais confus ! Parmi ceux qui ont aidé pendant un temps, certains peuvent s’endormir en Jésus ; d’autres peuvent se refroidir dans le service du Seigneur ; d’autres peuvent désirer aider autant que jamais, mais n’en avoir plus les moyens ; d’autres encore peuvent avoir à la fois un cœur disposé à aider et les moyens de le faire, mais voir que c’est la volonté du Seigneur de les employer autrement ; — ainsi, pour une raison ou pour une autre, si nous nous appuyions sur l’homme, nous serions sûrement confus ; mais, en nous appuyant sur le seul Dieu vivant, nous sommes À L’ABRI de la déception, et À L’ABRI de l’abandon pour cause de mort, ou de manque de moyens, ou de manque d’amour, ou à cause des exigences d’une autre œuvre. Qu’il est précieux d’avoir appris, en quelque mesure, à se tenir seul avec Dieu dans le monde, et pourtant d’être heureux, et de savoir qu’assurément aucun bien ne nous sera refusé tant que nous marcherons dans l’intégrité ! »


UN GRAND PÉCHEUR CONVERTI.

Dans sa REVUE DE L’ANNÉE 1841, M. Müller écrit :

« Au cours de cette année, j’ai appris la conversion de l’un des plus grands pécheurs dont j’aie jamais entendu parler dans tout mon service pour le Seigneur. Bien des fois, je m’étais mis à genoux avec sa femme pour demander au Seigneur sa conversion, quand elle venait me trouver dans la plus profonde détresse d’âme, à cause des traitements les plus barbares et les plus cruels qu’elle recevait de lui, dans sa haine amère contre elle à cause du Seigneur, et parce qu’il ne parvenait pas à la mettre en colère, et qu’elle ne voulait pas lui rendre ses coups, et ainsi de suite. Au moment où c’était le pire, j’avais tout particulièrement invoqué en sa faveur la promesse de Matthieu 18:19 : “Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux.” Et maintenant, ce terrible persécuteur est converti. »


PRIÈRE POUR UNE BÉNÉDICTION SPIRITUELLE PARMI LES SAINTS.

« Le 25 mai, j’ai commencé à demander au Seigneur, pour les saints parmi lesquels je travaille à Bristol, une prospérité spirituelle réelle plus grande qu’il n’y en avait encore jamais eu parmi eux ; et maintenant je dois rapporter, à la louange du Seigneur, qu’il a vraiment exaucé cette demande ; car, tout bien considéré, à aucune époque il n’y a eu parmi nous plus de manifestation de grâce et de vérité, et de puissance spirituelle, qu’aujourd’hui, au moment où j’écris ceci pour l’impression (1845). Non que nous ayons atteint ce que nous pourrions atteindre ; nous en sommes loin, très loin ; mais le Seigneur a été très, très bon envers nous, et nous avons d’abondants sujets d’actions de grâces. »


LE RAPPORT DIFFÉRÉ.

« 9 déc. [1841]. — Il est entré aujourd’hui pour les orphelins, par la vente de bas, 10s. 10d. — Nous voici arrivés à la fin de la sixième année de cette partie de l’œuvre, n’ayant en caisse que l’argent mis de côté pour le loyer ; mais, pendant toute cette année, nous avons reçu tout ce qui était nécessaire.

« Pendant les trois dernières années, nous avions clos les comptes ce jour-là et tenu, quelques jours après, quelques réunions publiques où, pour le bien des auditeurs, nous exposions comment le Seigneur avait agi envers nous au cours de l’année ; et l’essentiel de ce qui avait été dit dans ces réunions était ensuite imprimé pour le bien de l’Église tout entière. Cette fois, cependant, il nous a paru préférable de différer pour un temps à la fois les réunions publiques et la publication du Rapport. Par la grâce, nous avions appris à nous appuyer sur le Seigneur seul, assurés que, même si nous ne devions plus jamais dire ni écrire un seul mot sur cette œuvre, nous serions pourtant pourvus de moyens aussi longtemps qu’il nous rendrait capables de dépendre de lui seul. Mais, bien que nous n’eussions ni tenu ces réunions publiques dans le but d’exposer notre besoin, ni fait publier le récit des voies du Seigneur envers nous afin d’agir par là sur les sentiments des lecteurs et de les amener ainsi à donner de l’argent, mais uniquement pour faire profiter d’autres saints de notre expérience, il aurait pu sembler à certains qu’en faisant connaître notre situation, nous étions poussés par de tels motifs. Quelle meilleure preuve pouvions-nous donc donner que nous dépendions du seul Dieu vivant, et non de réunions publiques ou de Rapports imprimés, que de continuer encore quelque temps tranquillement, sans rien dire, au milieu de notre profonde pauvreté, au lieu de nous réjouir de voir venu le moment où nous pourrions faire connaître notre situation ? Nous avons donc résolu, puisque nous cherchions et cherchons encore dans cette œuvre à agir pour le profit des saints en général, de différer de quelques mois les réunions publiques et le Rapport. Naturellement, nous aurions été, bien sûr, aussi heureux que quiconque d’exposer alors notre pauvreté ; mais spirituellement, nous étions rendus capables de nous réjouir, même alors, à la perspective du bien accru que l’Église tout entière pourrait retirer de notre manière d’agir.

* * * * *

« 18 déc. Samedi matin. Le besoin est maintenant extrême, et il n’y a que 4d. en caisse, que j’ai trouvés dans le tronc de ma maison ; je crois pourtant pleinement que le Seigneur nous fournira encore aujourd’hui tout ce qui est nécessaire. — Arrêtez-vous quelques instants, cher lecteur ! Remarquez deux choses ! Nous avons agi pour Dieu en différant les réunions publiques et la publication du Rapport ; mais la voie de Dieu mène toujours à l’épreuve, pour ce qui est de la vue et des sens. La nature sera toujours éprouvée dans les voies de Dieu. Le Seigneur disait par cette pauvreté : “Je vais voir maintenant si vous vous appuyez vraiment sur moi et si vous regardez vraiment à moi.” De toutes les saisons que j’avais traversées depuis que je vivais de cette manière, jusqu’à ce moment-là, je n’ai jamais connu de période où ma foi ait été éprouvée aussi durement que pendant les quatre mois allant du 12 déc. 1841 au 12 avril 1842. Mais remarquez encore ceci : nous aurions pu, même alors, changer d’avis au sujet des réunions publiques et de la publication du Rapport ; car personne ne connaissait notre résolution, à ce moment-là, sur ce point. Bien au contraire, nous savions avec quelle joie un grand nombre d’enfants de Dieu attendaient de recevoir de nouveaux comptes rendus. Mais le Seigneur nous a gardés fermes dans la conclusion à laquelle nous étions arrivés sous sa direction. »


« IL DEMEURE FIDÈLE. »

À la date du 25 janv. 1842, M. Müller écrit :

« Peut-être, cher lecteur, vous êtes-vous dit dans votre cœur, avant d’avoir lu jusqu’ici : “Qu’arriverait-il si les fonds des orphelins étaient réduits à rien, que ceux qui sont engagés dans l’œuvre n’eussent rien à donner de leur propre bien, que l’heure d’un repas fût venue et que vous n’eussiez pas de nourriture pour les enfants ?”

« Cela pourrait arriver, en effet, car nos cœurs sont désespérément méchants. Si jamais nous étions abandonnés à nous-mêmes au point de ne plus dépendre du Dieu vivant, ou de “concevoir l’iniquité dans notre cœur”, alors un tel état de choses, nous avons lieu de le croire, se produirait. Mais aussi longtemps que nous serons rendus capables de nous confier dans le Dieu vivant, et aussi longtemps que, tout en restant à tous égards en deçà de ce que nous pourrions et devrions être, nous serons du moins gardés de vivre dans le péché, un tel état de choses ne pourra se produire. C’est pourquoi, cher lecteur, si vous-même marchez avec Dieu et si, pour cette raison, sa gloire vous est chère, je vous prie affectueusement et instamment de le supplier de nous soutenir ; car quelle terrible honte serait jetée sur son saint nom si nous, qui nous sommes si publiquement glorifiés en lui et avons dit tant de bien de lui, étions laissés à nous-mêmes au point de le déshonorer, soit par l’incrédulité à l’heure de l’épreuve, soit par une vie de péché à d’autres égards. »


DIFFÉRÉ, MAIS ASSURÉ.

« 9 mars [1842]. — À un moment de très grand besoin, tant pour les écoles de jour que pour les orphelins, au point que nous n’aurions pu continuer plus longtemps sans secours, j’ai reçu aujourd’hui £10 d’un frère qui habite près de Dublin. L’argent a été partagé entre les écoles de jour et les maisons des orphelins. Il faut noter la petite circonstance suivante au sujet de ce don : comme notre besoin était si grand et que mon âme, par la grâce, s’attendait vraiment au Seigneur, je guettais l’arrivée de secours au cours de la matinée. Le courrier, cependant, était passé, et aucun secours n’était venu. Cela ne m’a pas découragé le moins du monde. Je me suis dit : le Seigneur peut envoyer des fonds sans le courrier ; ou même maintenant, bien que le courrier soit passé, il peut avoir envoyé des fonds par cette distribution même, quoique l’argent ne soit pas encore entre mes mains. Peu de temps après que je me fus parlé ainsi, nous avons été secourus, selon mon espérance en Dieu ; car le frère qui nous envoyait les £10 avait cette fois adressé sa lettre à la maison des orphelins pour garçons, d’où elle m’a été transmise. »


« COMME UN PÈRE. »

« 17 mars. — Du 12 au 16, il était entré £4 5s. 11½d. pour les orphelins. Ce matin, notre pauvreté, qui dure maintenant plus ou moins depuis plusieurs mois, était devenue extrêmement grande. J’ai quitté ma maison quelques minutes après sept heures pour aller aux maisons des orphelins, afin de voir s’il y avait assez d’argent pour prendre le lait, qu’on apporte vers huit heures. En chemin, ma requête particulière était que le Seigneur voulût bien avoir pitié de nous, comme un père a compassion de ses enfants, et qu’il ne mît pas sur nous plus qu’il ne nous rendrait capables de porter ; je l’ai supplié tout particulièrement de vouloir bien maintenant réjouir nos cœurs en nous envoyant du secours. Je lui ai aussi rappelé les conséquences qui en résulteraient, tant à l’égard des croyants que des incrédules, si nous devions abandonner l’œuvre faute de moyens, et je l’ai prié de ne pas permettre, pour cette raison, qu’elle fût réduite à néant. J’ai de plus confessé de nouveau devant le Seigneur que je ne méritais pas qu’il continuât à m’employer plus longtemps dans cette œuvre. Tandis que je priais ainsi, à environ deux minutes de marche des maisons des orphelins, j’ai rencontré un frère qui se rendait à cette heure matinale à ses affaires. Après avoir échangé quelques mots avec lui, j’ai poursuivi mon chemin ; mais il a bientôt couru après moi et m’a donné £1 pour les orphelins. Ainsi le Seigneur a promptement exaucé ma prière. Vraiment, cela vaut la peine d’être pauvre et grandement éprouvé dans sa foi, pour avoir jour après jour de si précieuses preuves de l’intérêt plein d’amour que notre bon Père porte à tout ce qui nous concerne. Et comment notre Père pourrait-il faire autrement ? Lui qui nous a donné la plus grande preuve d’amour qu’il pût nous donner, en nous donnant son propre Fils, nous donnera sûrement aussi toutes choses avec lui. »


MIEUX VAUT SE CONFIER DANS LE SEIGNEUR QUE DANS LES PROMESSES DE L’HOMME.

« 6 mai [1845]. — Il y a environ six semaines, un frère m’a aimablement fait savoir qu’il attendait une certaine somme d’argent considérable et que, s’il l’obtenait, une certaine partie en serait donnée au Seigneur, de sorte que £100 en seraient employées pour l’œuvre qui est entre mes mains, et le reste pour les dépenses personnelles du frère Craik et pour les miennes. Cependant, les jours ont passé l’un après l’autre, et l’argent n’est pas venu. Je ne me confiais pas en cet argent ; pourtant, comme pendant tout ce temps, à de rares exceptions près, nous étions plus ou moins dans le besoin, j’ai pensé à maintes reprises à la promesse de ce frère ; bien que, par la grâce de Dieu, je me confiasse non dans le frère qui l’avait faite, mais dans le Seigneur. Ainsi les semaines ont passé l’une après l’autre, et l’argent n’est pas venu. Or, ce matin, il m’est venu à l’esprit que de telles promesses doivent, en un certain sens, être comptées pour rien, c.-à-d. que l’esprit ne doit jamais, pas même un instant, se tourner vers elles, mais vers
le Dieu vivant, et vers le Dieu vivant seul. J’ai vu que de telles promesses ne devraient pas avoir la valeur d’un liard, pour ce qui est d’y penser en vue d’un secours. J’ai donc demandé au Seigneur, alors que, comme d’habitude, je priais avec ma femme bien-aimée au sujet de l’œuvre qui est entre mes mains, qu’il voulût bien ôter complètement de mon esprit toute cette affaire de promesse, et m’aider à n’y attacher pas la moindre valeur, oui, à la traiter comme si elle ne valait pas un liard, mais à garder mes regards tournés vers lui seul. J’ai été rendu capable de le faire. Nous n’avions pas encore fini de prier quand j’ai reçu la lettre suivante :

——5 mai 1845

Frère bien-aimé,

Vos banquiers sont-ils toujours MM. Stuckey et Cie, de Bristol, et leurs banquiers sont-ils toujours MM. Robarts et Cie, de Londres ? Veuillez me renseigner sur ce point ; et s’il en est ainsi, veuillez considérer la présente comme un avis que £70 sont versées à MM. Robarts et Cie, pour MM. Stuckey et Cie, à votre intention. Employez cette somme selon la sagesse que le Seigneur vous donnera. Je n’enverrai rien à Robarts et Cie avant d’avoir reçu votre réponse.

Toujours affectueusement à vous, * * * *



« Ainsi le Seigneur a aussitôt récompensé cette résolution de m’efforcer de ne pas regarder le moins du monde à cette promesse d’un frère, mais à lui seul. Mais ce n’est pas tout. Vers deux heures, cet après-midi, j’ai reçu du frère qui, il y a plus de quarante jours, avait fait cette promesse, £166 18s., car il a reçu aujourd’hui l’argent sur la foi duquel il avait fait cette promesse. Sur cette somme, £100 doivent être employées pour l’œuvre qui est entre mes mains, et le reste pour les dépenses personnelles du frère Craik et pour les miennes. »

À la date de 1842, M. Müller écrit :

« Je désire que tous les enfants de Dieu qui liront ces détails soient amenés par là à une confiance accrue et plus simple en Dieu pour tout ce dont ils pourront avoir besoin en toutes circonstances, et que ces nombreuses réponses à la prière les encouragent à prier, particulièrement pour la conversion de leurs amis et de leurs proches, pour leurs propres progrès dans la grâce et dans la connaissance, pour l’état des saints qu’ils peuvent connaître personnellement, pour l’état de l’Église de Dieu en général et pour le succès de la prédication de l’Évangile. Je les mets tout particulièrement en garde, avec affection, contre la ruse de Satan qui voudrait les entraîner à penser que ces choses me sont propres et ne peuvent être goûtées par tous les enfants de Dieu ; car, bien que, comme je l’ai déjà dit, tout croyant ne soit pas appelé à fonder des maisons des orphelins, des écoles de charité, etc., et à se confier dans le Seigneur pour les moyens, tous les croyants sont pourtant appelés, dans la simple confiance de la foi, à se décharger sur lui de tous leurs fardeaux, à se confier en lui pour toutes choses, et non seulement à faire de toute chose un sujet de prière, mais à attendre l’exaucement des requêtes qu’ils ont présentées selon sa volonté et au nom du Seigneur Jésus. — Ne pensez pas, cher lecteur, que j’aie le don de la foi, c’est-à-dire ce don dont nous lisons en 1 Corinthiens 12:9, et qui est mentionné avec “le don des guérisons”, “le don d’opérer des miracles”, “la prophétie”, et que ce soit pour cela que je puisse me confier dans le Seigneur. Il est vrai que la foi que je suis rendu capable d’exercer est entièrement un don de Dieu ; il est vrai que lui seul la soutient et que lui seul peut l’accroître ; il est vrai que, d’instant en instant, je dépends de lui pour elle et que, si j’étais laissé à moi-même un seul instant, ma foi défaillirait entièrement ; mais il n’est pas vrai que ma foi soit ce don de la foi dont il est parlé en 1 Corinthiens 12:9, et cela pour les raisons suivantes :

« 1. La foi que je suis rendu capable d’exercer à l’égard des maisons des orphelins et de mes propres besoins temporels n’est pas cette “foi” dont il est dit en 1 Corinthiens 13:2 (évidemment par allusion à la foi dont il est parlé en 1 Corinthiens 12:9) : “quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité (l’amour), je ne suis rien” ; c’est au contraire la même foi qui se trouve en tout croyant, et dont je ressens moi-même très vivement la croissance ; car, peu à peu, elle s’est accrue au cours des soixante-neuf dernières années.

« 2. Cette foi qui s’exerce à l’égard des maisons des orphelins et de mes propres besoins temporels se manifeste dans la même mesure, par exemple, sur les points suivants : il ne m’a jamais été permis de douter, au cours des soixante-neuf dernières années, que mes péchés soient pardonnés, que je sois un enfant de Dieu, que je sois aimé de Dieu et que je serai finalement sauvé ; parce que je suis rendu capable, par la grâce de Dieu, d’exercer la foi sur la parole de Dieu et de croire ce que Dieu dit dans les passages qui règlent ces questions (1 Jean 5:1 — Galates 3:26 — Actes 10:43 — Romains 10:9, 10 — Jean 3:16, etc.)… De plus, lorsque parfois tout a été sombre, extrêmement sombre, quant à mon service parmi les saints, à en juger par les apparences naturelles ; oui, lorsque j’aurais été vraiment accablé de chagrin et de désespoir si j’avais regardé aux choses selon l’apparence extérieure ; en ces moments-là, j’ai cherché à me fortifier en Dieu, en saisissant par la foi sa grande puissance, son amour immuable et sa sagesse infinie, et je me suis dit : Dieu peut et veut me délivrer, si c’est pour mon bien ; car il est écrit : “Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui?” Romains 8:32. Voilà, voilà ce que je croyais par la grâce, et qui a gardé mon âme dans la paix. — De plus, lorsque, en lien avec les maisons des orphelins, les écoles de jour, etc., des épreuves sont venues sur moi, bien plus lourdes que le manque de moyens, lorsque des rapports mensongers se sont répandus selon lesquels les orphelins n’avaient pas assez à manger ou étaient cruellement traités à d’autres égards, et ainsi de suite ; ou lorsque d’autres épreuves, plus grandes encore, mais que je ne puis mentionner, m’ont atteint en lien avec cette œuvre, et cela à un moment où j’étais à près de mille milles de Bristol et devais rester absent semaine après semaine : en ces moments-là, mon âme s’est appuyée sur Dieu ; j’ai cru à sa parole de promesse qui s’appliquait à de tels cas ; j’ai répandu mon âme devant Dieu et je me suis relevé de dessus mes genoux en paix, parce que le trouble qui était dans mon âme avait été, dans la prière de la foi, déchargé sur Dieu ; et ainsi j’ai été gardé dans la paix, bien que je visse que la volonté de Dieu était que je demeure loin de l’œuvre. — De plus, lorsque j’ai eu besoin de maisons, de collaborateurs, de maîtres et de maîtresses pour les orphelins ou pour les écoles de jour, j’ai été rendu capable de tout attendre du Seigneur et de me confier en lui pour le secours. — Cher lecteur, j’ai peut-être l’air de me vanter ; mais, par la grâce de Dieu, je ne me vante pas en parlant ainsi. Du fond de mon âme, j’attribue à Dieu seul de m’avoir rendu capable de me confier en lui, et de n’avoir pas jusqu’ici permis que ma confiance en lui défaille. Mais j’ai jugé nécessaire de faire ces remarques, de peur que quelqu’un ne pense que ma dépendance à l’égard de Dieu était un don particulier qui m’aurait été accordé, et que d’autres saints n’ont pas le droit d’espérer ; ou de peur qu’on ne pense que cette dépendance à son égard ne concernait que l’obtention d’ARGENT par la prière et la foi. Par la grâce de Dieu, je désire que ma foi en Dieu s’étende à TOUTE chose : aux plus petites de mes propres affaires temporelles et spirituelles, aux plus petites des affaires temporelles et spirituelles de ma famille, aux saints parmi lesquels je travaille, à l’Église en général, à tout ce qui touche à la prospérité temporelle et spirituelle de l’Institution pour la connaissance des Écritures, etc. Cher lecteur, ne pensez pas que j’aie atteint dans la foi (et combien moins à d’autres égards !) le degré auquel je pourrais et devrais atteindre ; mais remerciez Dieu pour la foi qu’il m’a donnée, et demandez-lui de la soutenir et de l’accroître. Et enfin, une fois encore, ne laissez pas Satan vous tromper en vous faisant croire que vous ne pourriez avoir la même foi, et qu’elle n’est que pour les personnes placées dans la même situation que moi. Quand je perds une chose telle qu’une clé, je demande au Seigneur de me diriger vers elle, et j’attends une réponse à ma prière ; quand une personne avec qui j’ai pris rendez-vous ne vient pas à l’heure fixée, et que je commence à en être incommodé, je demande au Seigneur de vouloir bien la presser de venir à moi, et j’attends une réponse ; quand je ne comprends pas un passage de la parole de Dieu, j’élève mon cœur vers le Seigneur, afin qu’il veuille bien m’instruire par son Saint-Esprit, et je m’attends à être enseigné, bien que je ne fixe ni le moment ni la manière ; quand je vais exercer le ministère de la Parole, je cherche le secours du Seigneur, et tandis que, conscient de mon incapacité naturelle aussi bien que de mon entière indignité, je commence ce service qui est le sien, je ne suis pas abattu, mais plein de courage, parce que je compte sur son assistance et crois qu’il m’aidera, pour l’amour de son Fils bien-aimé. Et ainsi, dans mes autres affaires temporelles et spirituelles, je prie le Seigneur et j’attends une réponse à mes requêtes ; et ne pouvez-vous pas, vous, faire de même, cher lecteur croyant ? Oh ! je vous en supplie, ne me regardez pas comme un croyant extraordinaire, ayant des privilèges supérieurs à ceux des autres enfants bien-aimés de Dieu, privilèges qu’ils ne pourraient avoir ; et ne regardez pas ma manière d’agir comme une chose qui ne conviendrait pas à d’autres croyants. Faites-en seulement l’essai ! Tenez-vous seulement tranquille à l’heure de l’épreuve, et vous verrez le secours de Dieu, si vous vous confiez en lui. Mais il arrive si souvent qu’on abandonne les voies du Seigneur à l’heure de l’épreuve, et ainsi l’aliment de la foi, le moyen par lequel notre foi pourrait être accrue, est perdu. Cela m’amène au point important qui suit. Vous demandez : Comment puis-je, moi qui suis un vrai croyant, voir ma foi fortifiée ? Voici la réponse :

« I. — “Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation.” Jacques 1:17. Comme l’accroissement de la foi est un don excellent, il doit venir de Dieu, et c’est donc à lui qu’il faut demander cette bénédiction.

« II. — Il faut toutefois employer les moyens suivants : — 1. La lecture attentive de la parole de Dieu, jointe à la méditation de cette parole. Par la lecture de la parole de Dieu, et surtout par la méditation de la parole de Dieu, le croyant connaît de mieux en mieux la nature et le caractère de Dieu, et voit ainsi de plus en plus, outre sa sainteté et sa justice, quel Être bon, aimant, plein de grâce, miséricordieux, puissant, sage et fidèle il est ; c’est pourquoi, dans la pauvreté, la maladie du corps, le deuil dans sa famille, les difficultés de son service, le manque de place ou d’emploi, il se reposera sur le pouvoir qu’a Dieu de le secourir, parce qu’il n’a pas seulement appris dans sa parole qu’il est d’une puissance souveraine et d’une sagesse infinie, mais qu’il a aussi vu, exemple après exemple, dans les saintes Écritures, comment sa toute-puissance et sa sagesse infinie se sont effectivement exercées pour secourir et délivrer son peuple ; et il se reposera sur la volonté qu’a Dieu de le secourir, parce qu’il n’a pas seulement appris dans les Écritures quel Être bon, excellent, miséricordieux, plein de grâce et fidèle est Dieu, mais parce qu’il a aussi vu dans la parole de Dieu comment, dans une grande variété de cas, il s’est montré tel. Et la considération de ces choses, si Dieu nous est devenu connu par la prière et la méditation de sa propre parole, nous amènera, en général du moins, à nous appuyer sur lui avec une certaine confiance : ainsi la lecture de la parole de Dieu, jointe à la méditation, sera un moyen tout particulier de fortifier notre foi. 2. Comme, pour la croissance de toute grâce de l’Esprit, il est de la plus haute importance que nous cherchions à garder un cœur droit et une bonne conscience, et que nous ne nous livrions donc pas sciemment et habituellement à ce qui est contraire à la pensée de Dieu, il en est tout particulièrement de même pour la croissance dans la foi. Comment puis-je continuer à exercer la foi envers Dieu en quoi que ce soit, si je l’attriste habituellement et si je cherche à diminuer la gloire et l’honneur de celui en qui je fais profession de me confier, de celui dont je fais profession de dépendre ? Toute ma confiance envers Dieu, tout mon appui sur lui à l’heure de l’épreuve disparaîtront si j’ai une conscience coupable et que je ne cherche pas à me défaire de cette conscience coupable, mais continue à faire les choses qui sont contraires à la pensée de Dieu. Et si, dans un cas particulier, je ne puis me confier en Dieu à cause de ma conscience coupable, alors ma foi est affaiblie par ce cas de défiance ; car la foi, à chaque nouvelle épreuve, ou bien s’accroît en se confiant en Dieu et en recevant ainsi le secours, ou bien décroît en ne se confiant pas en lui ; et alors on a de moins en moins la force de regarder simplement et directement à lui, et l’habitude de compter sur soi-même est engendrée ou encouragée. L’une ou l’autre de ces choses se produira toujours dans chaque cas particulier. Ou bien nous nous confions en Dieu, et dans ce cas nous ne nous confions ni en nous-mêmes, ni en nos semblables, ni dans les circonstances, ni en quoi que ce soit d’autre ; ou bien nous NOUS confions en l’une ou plusieurs de ces choses, et dans ce cas nous ne nous confions PAS en Dieu. 3. Si nous désirons vraiment que notre foi soit fortifiée, nous ne devons pas fuir les occasions où notre foi peut être éprouvée, et donc, par l’épreuve, fortifiée. Dans notre état naturel, nous n’aimons pas avoir affaire à Dieu seul. À cause de notre éloignement naturel de Dieu, nous nous dérobons devant lui et devant les réalités éternelles. Cela nous reste attaché plus ou moins, même après notre régénération. De là vient que, plus ou moins, même en tant que croyants, nous éprouvons le même recul devant le fait de nous tenir avec Dieu seul, — de dépendre de lui seul, — de regarder à lui seul : — et pourtant c’est là précisément la position où nous devrions être, si nous voulons que notre foi soit fortifiée. Plus je suis placé dans une position où ma foi est éprouvée à l’égard de mon corps, de ma famille, de mon service pour le Seigneur, de mes affaires, etc., plus j’aurai l’occasion de voir le secours et la délivrance de Dieu ; et chaque nouveau cas où il me secourt et me délivre tendra à l’accroissement de ma foi. C’est pourquoi le croyant ne doit pas fuir les situations, les positions, les circonstances dans lesquelles sa foi peut être éprouvée ; mais il doit les accueillir de bon cœur comme des occasions de voir la main de Dieu étendue en sa faveur pour le secourir et le délivrer, et par lesquelles il peut ainsi voir sa foi fortifiée. 4. Le dernier point important pour fortifier notre foi, c’est de laisser Dieu agir pour nous lorsque vient l’heure de l’épreuve de notre foi, et de ne pas opérer nous-mêmes notre propre délivrance. Partout où Dieu a donné la foi, elle est donnée, entre autres raisons, dans le but même d’être éprouvée.

« Oui, si faible que soit notre foi, Dieu l’éprouvera ; avec cette seule restriction que, de même qu’en toutes choses il conduit doucement, graduellement, patiemment, il en va de même pour l’épreuve de notre foi. Au début, notre foi sera très peu éprouvée en comparaison de ce qu’elle pourra l’être plus tard ; car Dieu ne met jamais sur nous plus qu’il n’est disposé à nous rendre capables de porter. Or, lorsque vient l’épreuve de la foi, nous sommes naturellement enclins à nous défier de Dieu et à nous confier plutôt en nous-mêmes, ou en nos amis, ou dans les circonstances.

« Nous préférons opérer d’une manière ou d’une autre notre propre délivrance plutôt que de regarder simplement à Dieu et d’attendre son secours. Mais si nous n’attendons pas patiemment le secours de Dieu, si nous opérons notre propre délivrance, alors, à la prochaine épreuve de notre foi, il en sera de nouveau ainsi : nous serons de nouveau enclins à nous délivrer nous-mêmes ; et ainsi, à chaque nouveau cas de ce genre, notre foi décroîtra ; tandis qu’au contraire, si nous nous tenions tranquilles pour voir la délivrance de Dieu, pour voir sa main étendue en notre faveur, en nous confiant en lui seul, notre foi s’accroîtrait, et à chaque nouveau cas où la main de Dieu s’étend en notre faveur à l’heure de l’épreuve de notre foi, notre foi s’accroîtrait encore davantage.

« Si donc le croyant veut que sa foi soit fortifiée, il doit surtout donner du temps à Dieu, qui éprouve sa foi afin de prouver à son enfant, à la fin, combien il est disposé à le secourir et à le délivrer, au moment même où c’est bon pour lui. »

Dans les premières années de l’Institution, M. Müller et ses collaborateurs eurent à endurer bien des épreuves de foi sévères, comme le montrent quelques-uns des exemples qui suivent.

Écrivant au sujet de cette période, M. Müller dit :

« Bien que maintenant (juillet 1845), depuis environ sept ans, nos fonds aient été si épuisés qu’il a été rare d’avoir en caisse de quoi subvenir aux besoins de plus de 100 personnes pendant trois jours de suite, je n’ai pourtant été éprouvé en esprit qu’une seule fois, et ce fut le 18 septembre 1838, lorsque, pour la première fois, le Seigneur sembla ne pas tenir compte de notre prière. Mais lorsqu’il envoya du secours à ce moment-là, et que je vis que c’était seulement pour l’épreuve de notre foi, et non parce qu’il avait abandonné l’œuvre, que nous avions été réduits si bas, mon âme fut si fortifiée et si encouragée que, non seulement il ne m’a pas été permis de me défier du Seigneur, mais je n’ai même pas été abattu dans la plus profonde pauvreté depuis ce temps-là. »


UN DON DE £12.

« 20 août [1838]. — Les £5 que j’avais reçues le 18 avaient été données pour le ménage, de sorte qu’aujourd’hui j’étais de nouveau sans le sou. Mais mes yeux étaient tournés vers le Seigneur. Je me suis livré ce matin à la prière, sachant que j’aurais encore besoin cette semaine d’au moins £13, sinon de plus de £20. Aujourd’hui, j’ai reçu £12, en réponse à la prière, d’une dame qui séjourne à Clifton et que je n’avais jamais vue. Adorable Seigneur, accorde que ce soit pour moi un nouvel encouragement ! »


UNE CRISE SOLENNELLE.

Au sujet de l’une des périodes d’épreuve les plus dures, M. Müller écrit :

« 10 sept. [1838]. Lundi matin. Ni samedi ni hier, il n’est entré d’argent. Il m’a paru alors nécessaire de prendre quelques mesures en raison de notre besoin, c.-à-d. d’aller aux maisons des orphelins, de réunir les frères et les sœurs (qui, à l’exception du frère T——, n’avaient jamais été informés de l’état des fonds), de leur exposer la situation, de voir combien d’argent il fallait pour le moment, de leur dire qu’au milieu de toute cette épreuve de la foi je croyais toujours que Dieu nous aiderait, et de prier avec eux. Je voulais surtout y aller aussi pour leur dire qu’il ne fallait plus rien acheter au-delà de ce que nous avions les moyens de payer, mais qu’il ne fallait laisser manquer de rien les enfants en fait de nourriture substantielle et de vêtements nécessaires ; car j’aimerais mieux les renvoyer tout de suite que de les laisser manquer. Je voulais y aller aussi pour voir s’il restait encore des objets qui avaient été envoyés pour être vendus, ou s’il y avait des objets réellement superflus, afin de les convertir en argent. Je sentais que l’affaire en était maintenant venue à une crise solennelle. Vers neuf heures et demie, il est entré six pence, qui avaient été mis anonymement dans le tronc de la chapelle Gideon. Cet argent m’a semblé comme un gage que Dieu aurait compassion et en enverrait davantage. Vers dix heures, après que je fus revenu de chez le frère Craik, à qui j’avais de nouveau ouvert mon cœur, alors que j’étais une fois de plus en prière pour obtenir du secours, une sœur est venue et a donné deux souverains à ma femme pour les orphelins, disant qu’elle s’était sentie poussée à venir et qu’elle avait déjà trop tardé à le faire. Quelques minutes après, lorsque je suis entré dans la pièce où elle se trouvait, elle m’a donné deux souverains de plus, et tout cela sans rien savoir de notre besoin. Ainsi le Seigneur, dans sa grande miséricorde, nous a envoyé un petit secours, au grand encouragement de ma foi. Quelques minutes après, on m’a demandé de l’argent pour la maison des orphelins en bas âge, à laquelle j’ai envoyé £2, et £1 0s. 6d. à la maison des orphelins pour garçons, et £1 à la maison des orphelins pour filles. »


UNE PRÉCIEUSE DÉLIVRANCE.

« 17 sept. [1838]. — L’épreuve continue. Elle devient de plus en plus éprouvante, même pour la foi, à mesure que chaque jour arrive. Vraiment, le Seigneur a de sages desseins en nous laissant si longtemps l’invoquer pour obtenir du secours. Mais je suis sûr que Dieu enverra du secours, si seulement nous savons attendre. L’un des ouvriers avait reçu un peu d’argent, dont il a donné 12s. 6d. ; une autre ouvrière a donné 11s. 8d., tout l’argent qui lui restait ; cela, avec 17s. 6d., qui étaient en partie arrivés et en partie déjà en caisse, nous a permis de payer ce qui devait être payé et d’acheter des provisions, de sorte que rien encore n’a manqué en aucune manière. Ce soir, j’étais plutôt éprouvé au sujet du long retard de sommes plus importantes ; mais, ayant été conduit aux Écritures pour y chercher du réconfort, j’ai senti mon âme grandement rafraîchie, et ma foi de nouveau fortifiée, par le psaume 34, de sorte que je suis allé très joyeusement retrouver mes chers collaborateurs pour la prière. Je leur ai lu le psaume, et j’ai cherché à réconforter leurs cœurs par les précieuses promesses qu’il contient. »

« 18 sept. — Le frère T. avait 25s. en caisse, et moi 3s. Cette £1 8s. nous a permis d’acheter la viande et le pain dont on avait besoin, un peu de thé pour l’une des maisons et du lait pour toutes ; il n’en faut pas davantage. Ainsi le Seigneur n’a pas seulement pourvu pour aujourd’hui ; car il y a du pain pour deux jours en réserve. Maintenant, cependant, nous voici à l’extrémité. Les fonds sont épuisés. Les ouvriers qui avaient un peu d’argent ont donné tant qu’il leur en restait. Voyez maintenant comment le Seigneur nous a secourus ! Une dame des environs de Londres, qui apportait un paquet contenant de l’argent de la part de sa fille, est arrivée il y a quatre ou cinq jours à Bristol et a pris un logement dans la maison voisine de la maison des orphelins pour garçons. Cet après-midi, elle m’a elle-même aimablement apporté l’argent, qui s’élevait à £3 2s. 6d. Nous en étions réduits à devoir vendre les objets dont on pouvait se passer ; mais ce matin j’avais demandé au Seigneur, si possible, de nous épargner cette nécessité. Que l’argent ait été si près des maisons des orphelins pendant plusieurs jours sans être donné est une preuve évidente qu’il était dès le commencement dans le cœur de Dieu de nous secourir ; mais parce qu’il prend plaisir aux prières de ses enfants, il nous avait laissés prier si longtemps, aussi pour éprouver notre foi et pour rendre la réponse d’autant plus douce. C’est vraiment une précieuse délivrance. J’ai éclaté en louanges et en actions de grâces à haute voix dès le premier moment où je me suis trouvé seul, après avoir reçu l’argent. J’ai retrouvé ce soir mes collaborateurs pour la prière et la louange ; leurs cœurs n’ont pas été peu réjouis. Cet argent a été partagé ce soir et pourvoira largement à tout ce dont on aura besoin demain. »


Chapitre 1 terminé

Débuts et premiers jours de l’œuvre des orphelins

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