Amy Carmichael (Pour ados)
L’or ou le chaume

Chapitre 2 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

L’or ou le chaume

« Or, si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’œuvre de chacun sera manifestée ; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun. » — 1 Corinthiens 3:12-13

Vers 1883, les Carmichael s’installèrent à Belfast, et Amy fut retirée de l’école. L’affaire de farine périclitait. Puis, en 1885, son père mourut. Amy avait dix-sept ans, elle était l’aînée de sept enfants, et sa mère se retrouvait avec une grande famille, une entreprise en difficulté et des dettes. Amy devint, au vrai sens du mot, l’associée de sa mère. Vers la même époque, elle commença aussi à souffrir de névralgie, une maladie des nerfs qui provoquait des crises de douleur violente. Elle allait la tourmenter toute sa vie.

L’histoire la plus célèbre de ses années à Belfast, c’est elle-même qui la raconta, longtemps après. Un dimanche matin maussade, en rentrant de l’église, Amy et deux de ses frères virent une pauvre vieille femme qui avançait péniblement avec un lourd paquet. Ils firent demi-tour, la prirent par le bras et portèrent sa charge. Les gens respectables qui sortaient de l’église pouvaient les voir, et Amy sentit son visage brûler de gêne.

Alors qu’ils passaient devant une fontaine dans la rue, des mots lui vinrent à l’esprit avec tant de force qu’elle se retourna pour voir qui avait parlé : « de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume ». C’était Paul, dans la vieille version autorisée anglaise qu’elle connaissait. Il n’y avait personne. Mais à la maison, Amy monta seule dans sa chambre, et elle dit plus tard que ce jour-là, elle avait réglé quelque chose avec Dieu.

Paul parle de ce que nous bâtissons avec notre vie. Une partie dure ; une partie brûle. Le test n’est pas l’effet que cela fait aux autres, mais la façon dont cela tient dans le feu de Dieu. Ce matin-là, Amy vit que la respectabilité n’était que du chaume. L’amour qui se penche pour porter le paquet d’une vieille femme, lui, était de l’or. Elle continua à lutter contre l’orgueil toute sa vie, elle le reconnaissait. Mais elle savait où passait la ligne.

Ses biographes notent un deuxième tournant en 1886, lors d’une convention à Glasgow. Elle traversait une période difficile, et les orateurs ne l’aidèrent pas beaucoup. Ce qui la toucha, ce fut une courte prière vers la fin, tirée de Jude, au sujet de celui « qui peut vous préserver de toute chute ». Elle repartit en sachant que le Christ était capable de la garder. Elle n’avait pas à s’épuiser à poursuivre la sainteté par ses propres forces. Cela suffisait.

Puis elle remarqua les shawlies, les « filles à châle ». À Belfast, une dame portait un chapeau et une domestique un bonnet. Une ouvrière des filatures, qui n’avait les moyens ni de l’un ni de l’autre, s’enroulait un châle autour de la tête. Des milliers d’entre elles passaient chaque matin devant les églises pour aller aux filatures de lin, où elles travaillaient de longues heures dans des salles chaudes, humides et assourdissantes. Peu allaient à l’église. Une fille en châle se serait sentie déplacée au milieu des chapeaux, et bien des assemblées veillaient à ce qu’elle le sente.

Amy, qui n’était pas beaucoup plus âgée que beaucoup d’entre elles, ouvrit une classe du dimanche pour les shawlies dans une salle appartenant à son Église. Certains membres n’étaient pas contents de voir des ouvrières dans leurs locaux. Les filles continuèrent à venir, parce qu’elles sentaient qu’Amy tenait à chacune d’elles. La classe devint trop grande pour la salle, et Amy pria pour avoir un bâtiment. Elle vit une annonce pour une salle en fer de cinq cents places environ, qui coûtait cinq cents livres. Selon le récit qui nous est parvenu, une chrétienne nommée Kate Mitchell entendit parler du besoin et donna toute la somme, et un propriétaire de filature offrit un terrain près de Shankill Road. On l’appela la Bienvenue (en anglais, the Welcome). Les sources ne s’accordent pas sur la date de son ouverture : 1887 ou janvier 1889. Elle existe toujours : c’est aujourd’hui la Welcome Evangelical Church.

Dieu exauça sa prière, mais par l’intermédiaire d’une femme riche qui en avait entendu parler : ne pas demander ne veut pas dire que personne ne sait. Amy voyait ce danger et essayait de l’éviter.

Peut-être connais-tu ce sentiment de la rue de Belfast : être vu avec la mauvaise personne, et sentir ton visage brûler. La question de Paul n’est pas « Qu’est-ce que les gens vont penser ? » mais « Est-ce que cela va durer ? »

Une chose à faire cette semaine : repère une personne, au lycée, au travail ou à l’église, qui est laissée de côté comme l’étaient les shawlies. Fais une petite chose pour qu’elle se sente bienvenue, même si quelqu’un te voit et que tu te sens mal à l’aise.

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Qu’enseignèrent à Amy les paroles entendues près de la fontaine ?

Que ce que nous bâtissons avec notre vie sera éprouvé par le feu de Dieu. La respectabilité n’était que du chaume ; l’amour qui portait le paquet d’une vieille femme était de l’or.

Qui étaient les shawlies, et que fit Amy pour elles ?

Des ouvrières des filatures de Belfast, trop pauvres pour porter un chapeau, qui allaient rarement à l’église. Elle ouvrit pour elles une classe du dimanche, et quand celle-ci grandit, elle pria pour avoir une salle en fer, la Bienvenue, et elle la reçut.

Que retint Amy de la réunion de Glasgow ?

Que le Christ « peut vous préserver de toute chute ». Elle n’avait pas à s’épuiser à poursuivre la sainteté par ses propres forces ; c’est lui qui la garderait.

Chapitre 2 terminé

L’or ou le chaume

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