Amanda Smith : une autobiographie
La bénédiction de la sanctification

Chapitre 9 · 44 min de lecture · 57 min d’écoute

La bénédiction de la sanctification

Le dimanche matin, je me levais toujours d’aussi bonne heure que les autres jours. Je prenais mon déjeuner, je faisais mon ménage, et à neuf heures ma petite Mazie partait pour l’école du dimanche. Pendant son absence, je préparais tout mon dîner et je mettais tout en ordre. Je n’avais guère le temps de faire la cuisine dans la semaine, car je devais souvent faire sécher mon linge dans la maison et je ne pouvais pas y laisser l’odeur de la cuisine ; aussi le dimanche était-il le seul jour où je faisais un vrai bon dîner, mais jamais je ne manquais l’église pour faire la cuisine. Ce matin-là donc, je donnai son bain à mon bébé et le couchai dans son berceau, puis je me mis à genoux et priai le Seigneur de garder Will endormi jusqu’à ce que je sois allée à l’église de Green Street, et de garder James de bonne humeur pour qu’il ne me gronde pas, car je détestais par-dessus tout être grondée. James était un homme particulier. S’il rentrait et qu’il m’arrivait d’être sortie, même si c’était pour aller porter du linge, il était contrarié. Quand Mazie fut rentrée, je lui dis donc : « Maintenant, lis ton livre de la bibliothèque et sois bien sage ; je vais ce matin à l’église de Green Street ; on en sort avant la nôtre, alors je serai rentrée à temps. Si ton papa arrive avant mon retour, tu pourras le lui dire. Si Will pleure, ne le prends pas ; berce-le seulement. »

C’était une bonne et solide fille de treize ans, bien capable de s’occuper de lui, et elle savait s’y prendre avec lui tout aussi bien que moi ; je partis donc et les laissai. En chemin vers Green Street, il me sembla que le diable me rattrapait. Juste au moment où je tournais dans Carmine Street, je sentis une influence satanique marcher à mes côtés et me chuchoter : « Allons, tu sais bien que si James rentre et ne te trouve pas, tu sais ce qui t’attend ; tu ferais mieux d’aller à Bedford Street entendre John Cookman. »

« Eh bien, j’irai. »

Arrivée au coin, comme j’allais justement tourner dans

Bleecker Street, une voix me dit : « Non, continue. » Je continuai. Quand j’eus fait à peu près un demi-pâté de maisons, Satan me chuchota de nouveau : « Tu recherches la sanctification ? »

« Oui. »

« Eh bien, si James rentre et que tu n’es pas là, il va être très en colère, et ce sera un péché, et tu ne dois faire pécher personne. »

« Non, dis-je, je ne le ferai pas. »

Alors Satan me dit : « Tu ferais mieux d’aller entendre ce pasteur presbytérien, au coin de Houston Street et de Prince Street. » J’avais entendu dire combien on y était bon pour les gens de couleur, et j’avais promis plusieurs fois d’aller entendre ce pasteur ; le diable l’avait découvert d’une manière ou d’une autre ; je ne saurais dire comment il le savait, mais il le savait. « Tu ferais mieux d’aller l’entendre ; et puis c’est plus près de chez toi, trois pâtés de maisons plus près, et tu pourras rentrer vite. »

« Oui, dis-je, c’est vrai. »

Arrivée au coin, comme j’allais tourner, une douce voix me chuchota, en me tirant doucement : « Non, non, continue. »

« Seigneur, aide-moi ! »

Oh ! comment pourrai-je jamais assez louer Dieu pour son tendre amour et sa fidélité envers moi en cette heure terrible ! Il donna de la force à mon esprit défaillant, et quand j’étais sans vigueur, il augmenta ma force. Alléluia ! Alléluia ! Gloire au Seigneur !

J’avançai encore un peu, et bientôt l’ennemi sembla m’assaillir de nouveau avec violence. Il me dit : « Tu es vraiment la plus grande sotte qui ait jamais existé. Tu crois que tu vas entendre John Inskip ; il n’y est pas, il est aux Five Points. »

« Oh ! si je pensais que frère Inskip n’y est pas, je n’irais pas. Je rebrousserais chemin. »

Je continuai. Quand j’arrivai sur les marches et que j’entendis frère Inskip prier, je sentis passer dans mon cœur un frisson de joie que je n’oublierai jamais. Avec le peu de force qui me restait, je dis : « Dieu soit loué, il est ici et pas aux Five Points. » Il me sembla sentir la présence satanique passer près de moi en disant : « Oh ! elle l’a découvert. » Le vieux Satan savait que je l’avais pris dans l’un de ses plus gros mensonges. J’entrai dans l’église et m’assis à environ trois bancs de la porte. Je n’étais venue dans cette église qu’une seule fois auparavant, et c’était le premier dimanche de frère Inskip. Quand j’habitais York Street, j’avais été très malade et ne pouvais pas marcher jusqu’à l’église Bethel de Sullivan Street, dont j’étais membre ; j’étais donc entrée là ce dimanche-là. Je m’étais assise à la

tribune. Les gens étaient si aimables ; un frère me tendit un livre et m’invita à revenir. Je remercie Dieu pour l’esprit qui régnait à Green Street en ce temps-là, même envers les gens de couleur. Le dimanche où je reçus la bénédiction, je ne m’assis pas en haut ; mais oh ! que j’étais fatiguée en entrant dans l’église ! Je penchai la tête en avant et priai Dieu de me donner des forces. Quand frère Inskip eut terminé sa prière, il se leva et fit les annonces ; on chanta le dernier cantique, puis vint le texte : — Éphésiens, chapitre 4, verset 24 : — « et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. » Il dit : « En prêchant ce matin sur ce texte, les frères remarqueront que je devrai faire quelque allusion à un sermon que j’ai prêché il y a quelques sabbats sur la sanctification. »

Je fus saisie, car je n’avais jamais entendu un pasteur prononcer ce mot en commençant son sermon, et je me dis : « Oh ! j’ai manqué ma chance ; il y a deux sabbats, je me sentais si fortement attirée à venir ici, et je ne l’ai pas fait ; ô Seigneur, j’ai désobéi à cet esprit et j’en suis si désolée ; pardonne-moi et aide-moi, je t’en prie. »

Oh ! comme je pleurai, car j’avais perdu ma chance, et j’ai si faim de la bénédiction ; mais : « Seigneur, pardonne-moi et aide-moi à écouter maintenant. »

Je relevai la tête, fixai mes yeux et mes pensées sur le prédicateur, et je fus si captivée qu’il me semblait qu’il prêchait pour moi seule, et je recueillais chaque mot. Bientôt j’entendis mon bébé pousser un cri, — je l’entendis crier aussi distinctement que j’aie jamais entendu crier un enfant. « Tu as dit à Mazie de ne pas prendre cet enfant, mais elle l’a fait et l’a laissé tomber », me suggéra Satan.

Un instant, la chose arriva réellement, et elle était devant mes yeux. Mon cœur s’arrêta, et une voix me dit : « Confie-toi au Seigneur. »

« Je le ferai », dis-je ; je fixai de nouveau mon esprit et j’écoutai ; et tandis que ce cher frère Inskip s’échauffait et que je me rassasiais, mon bébé cria de nouveau. Je sursautai, et il me sembla que tous les gens de l’église l’avaient entendu, tant c’était net.

« Là, dit le diable, James est rentré et Mazie n’a pas fait ce que tu lui avais dit, et tu vas en prendre pour ton grade en rentrant. »

Oh ! il me semblait que si j’avais eu des ailes, je me serais envolée. J’avais envie de crier. Une douce voix me dit : « Tu as dit que tu te confierais au Seigneur. »

« C’est vrai, je l’ai dit », répondis-je ; je me rassis donc et j’écoutais, buvant

chaque parole, et je pensais que tout allait bien maintenant. De nouveau j’entendis mon bébé crier.

« Là, dit le diable, Mazie l’a laissé tomber et lui a brisé le dos » ; et je me levai et m’avançai jusqu’au bout du banc.

« C’est inutile, dis-je, je serai tourmentée ici ; je rentre à la maison. » Et ce fut comme si quelqu’un se tenait devant moi et me disait : « N’as-tu pas dit que tu confierais cet enfant au Seigneur ? »

« Oui, dis-je, et je le confierai au Seigneur, même s’il est mort » ; et je me rassis. Au moment même où je me rasseyais, frère Inskip dit : « Il y a beaucoup de personnes qui se tourmentent au sujet de la bénédiction de la sanctification : comment la garder, si elles la reçoivent. »

« Oh ! dis-je, c’est de moi qu’il parle, car c’est exactement ce que j’ai dit. Avec mes épreuves, mon tempérament particulier et tout ce contre quoi j’ai à lutter, si je recevais la bénédiction, comment pourrais-je la garder ? Quelqu’un le lui a dit, car il me regarde droit dans les yeux, et je sais que c’est de moi qu’il parle. » Et j’essayai de me cacher derrière le pilier, mais il sembla regarder de ce côté-là. Alors je dis : « Eh bien, c’est de moi qu’il parle, et je vais simplement prendre ce qu’il dit. » Il employa cette illustration : « Quand vous avez travaillé dur toute la journée et que vous êtes très fatigués… » — « Oui », dis-je, et en un instant mon esprit parcourut ma lessive et mon repassage de toute une nuit — « quand vous vous couchez le soir, vous ne prenez aucune disposition pour pouvoir respirer » — « Non, dis-je, je n’y pense jamais » — « vous vous couchez, vous respirez toute la nuit, vous n’avez rien à faire pour votre respiration, vous vous réveillez le matin, vous n’y avez été pour rien. »

« Oui, oui, je comprends. »

Il continua : « Vous n’avez besoin de prendre aucune disposition pour que Dieu vive en vous ; ayez Dieu en vous dans toute sa plénitude, et il vivra de lui-même.

« Oh ! dis-je, je comprends. » Et je ne sais comment, il me sembla m’enfoncer hors de ma propre vue, puis remonter ; tout se passa en un instant. Il me semblait aller de deux côtés à la fois, vers le bas et vers le haut. À ce moment même, une vague passa sur moi, une source jaillit dans mon cœur, et ces paroles retentirent en moi comme une cloche : « Dieu en toi, Dieu en toi » ; et je pensai : pour faire quoi ? Pour gouverner toute ambition et tout désir, et amener toute pensée captive à l’obéissance à sa volonté. Comment j’ai pu le supporter, je ne saurais le dire, mais la félicité de cet amour, de cette paix et de cette puissance, je ne pourrai jamais la décrire. Oh ! quelle gloire remplit mon âme ! Le grand vide de mon âme commença à se combler ; c’était comme une agréable gorgée d’eau fraîche, et je la

sentis. J’avais envie de crier : Gloire à Jésus ! mais Satan me dit : « Si tu fais du bruit, on va te mettre dehors. »

J’étais la seule personne de couleur présente, et j’avais un sens très vif des convenances ; on m’avait élevée ainsi, et Satan le savait. Je me demande comment il a jamais pu connaître tous ces petits traits de mon caractère ; mais, malgré tout, mon Jésus eut le dessus. Comme nous, les gens de couleur, le chantions autrefois :


« Jésus est un puissant capitaine,
Jésus est un puissant capitaine,
Jésus est un puissant capitaine,
Soldat de la croix. »


« Jésus n’a jamais perdu de bataille,
Jésus n’a jamais perdu de bataille,
Jésus n’a jamais perdu de bataille,
Soldat de la croix. »

Alléluia ! Alléluia ! Amen.

Je ne criai pas, et bientôt frère Inskip en vint à une autre illustration. Parlant de la foi, il dit : « Cette bénédiction de la pureté, comme le pardon, se reçoit par la foi ; et si c’est par la foi, pourquoi pas maintenant ? »

« Oui », dis-je.

« Elle est instantanée, continua-t-il. Pour l’illustrer : combien de temps une pièce obscure reste-t-elle obscure quand on y apporte une lampe allumée ? »

« Oh ! dis-je, je comprends ! » Et de nouveau une grande vague de gloire déferla sur mon âme — une autre gorgée d’eau rafraîchissante — il me sembla l’avaler, puis la source qui jaillissait dans mon cœur sembla monter encore un peu plus. Gloire au Seigneur à jamais pour ce jour-là !

Parlant de la puissance de Dieu, il poursuivit avec une autre illustration encore. Il dit : « Si Dieu peut, en un clin d’œil, transformer nos corps vils et les rendre semblables à son propre corps tout glorieux, combien de temps faudra-t-il à Dieu pour sanctifier une âme ? »

« Dieu peut le faire, dis-je, en un clin d’œil » ; et, aussi vite que l’étincelle jaillit de l’acier frappé, je sentis la touche de Dieu du sommet de la tête à la plante des pieds ; la source jaillit, et je sentis qu’il me fallait crier ; mais Satan me résistait encore, comme il avait résisté à Josué. Mais le chef de l’armée de l’Éternel se tenait tout près et dit : « Otez-lui les vêtements sales », et Satan fut furieux. Une fois de plus je cédai au tentateur et ne criai pas. Alors je sentis l’Esprit me quitter. Je savais qu’il était parti, et je dis : « Ô Saint-Esprit, si seulement tu reviens, je te confesserai. » Je suis si

heureuse que Dieu m’ait mis le mot confession dans la bouche. Je pensai me tenir prête, afin de crier quand l’Esprit reviendrait ; mais avant que je m’en rende compte, comme si quelqu’un m’avait jeté une cuvette d’eau au visage, une grande vague vint, et juste comme j’allais dire « Gloire à Jésus ! », le diable me dit : « Regarde, regarde les Blancs ; prends garde, ils vont te mettre dehors » ; et je portai les mains à ma bouche et me tins tranquille, et de nouveau je sentis l’Esprit me quitter et s’éloigner.

Alors Satan me dit : « Maintenant, tu as menti au Saint-Esprit, car tu as dit que si le Saint-Esprit revenait tu le confesserais ; il est revenu et tu ne l’as pas confessé ; tu as menti au Saint-Esprit. »

Oh ! oublierai-je jamais l’horreur de cette heure-là ? Je pensai que j’avais commis un péché impardonnable et que j’étais donc perdue pour toujours. Tout espoir avait disparu, et une horreur de ténèbres fondit sur mon esprit. Pendant environ cinq minutes, il me sembla être en enfer ; mais, je ne sais comment, je dis : « Eh bien, je sais que le Seigneur a sanctifié mon âme » — j’en étais si sûre — « et je vais rentrer à mon église rendre témoignage. »

Juste à ce moment, Satan me dit : « Ils ne te croiront pas, parce que ce n’est pas là-bas que tu as reçu la bénédiction. »

Je savais alors qu’il y avait un peu de jalousie et de préjugés chez certains ; je dis donc : « Eh bien, peu importe, je sais de toute façon que le Seigneur a sanctifié mon âme. » Et je voulus me lever pour sortir, mais je ne pouvais pas tenir sur mes pieds. Oh ! j’étais si faible. Ma tête semblait un fleuve d’eau, et mes yeux une source de larmes. Je mis la main dans ma poche pour prendre mon mouchoir, mais je ne pus l’en sortir. Juste à ce moment, on se leva pour chanter le cantique final, ce cantique béni : « Mon dernier soleil décline vite. » J’essayai de me lever, mais je ne le pus ; alors le diable me dit : « Personne ne te connaît ici, et ils vont croire que tu es ivre. »

« Seigneur, que dois-je faire ? » Et une voix sembla me chuchoter à l’oreille gauche — car Satan se tenait à ma droite et me chuchotait ses suggestions — : « Demande la force de te lever. » Je saisis le banc devant moi et, tremblante de la tête aux pieds, je me levai, sans lâcher le banc. Juste comme je me retrouvais bien debout, on entonna le dernier couplet du cantique :


« Oh ! porte mon cœur languissant vers celui
Qui saigna et mourut pour moi,
Dont le sang purifie maintenant de tout péché,
Et me donne la victoire. »

Et quand on chanta ces mots : « Dont le sang purifie maintenant », oh ! quelle vague de gloire déferla sur mon âme ! Je criai gloire à Jésus. Frère Inskip répondit : « Amen, gloire à Dieu. » Oh ! quel triomphe pour notre Roi Emmanuel ! Je ne sais pas au juste de quoi j’avais l’air, mais je me sentais si merveilleusement étrange, et pourtant je me sentais dans la gloire. Un des bons frères officiers, à la porte, me dit au moment où je sortais : « Eh bien, ma tante, comment avez-vous trouvé ce sermon ? » mais je ne pouvais pas parler ; si je l’avais fait, j’aurais crié ; je fis simplement un signe de tête. Juste comme je posais le pied sur la marche du haut, il me sembla sentir une main, dont je ne puis décrire le toucher. Elle sembla me presser doucement sur le sommet de la tête, et je sentis quelque chose s’ouvrir, rouler sur moi et me couvrir comme un grand manteau ! Je le sentis distinctement ; ce fut fait en un instant, et oh ! quelle paix et quelle puissance immenses prirent possession de moi ! Je remontai Green Street. Les rues étaient pleines de gens qui revenaient des différentes églises, dans toutes les directions. Juste devant moi marchaient trois des sœurs les plus en vue de notre église. J’aurais préféré rencontrer n’importe qui plutôt qu’elles. J’avais peur d’elles. Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’étaient plutôt de celles qui vous font sentir que la sagesse habite chez elles. C’étaient de vieilles sœurs influentes, et j’ai constaté que les églises de couleur ne sont pas les seules à compter dans leurs rangs de ces sœurs influentes et pleines d’importance. Eh bien, comme je m’approchais, je les vis se dire quelque chose, et elles prirent un air très digne. Le diable n’était plus si près de moi qu’auparavant ; il semblait être assez loin derrière moi, mais il me cria : « Tu ne vas pas leur dire que tu es sanctifiée. »

« Non, dis-je, je ne leur dirai rien » ; mais, arrivée près d’elles, il me sembla avoir une force spéciale dans le bras droit, et je le faisais tournoyer, comme le font parfois les garçons ! Je ne sais pas pourquoi, mais oh ! je me sentais puissante en approchant de ces sœurs. Elles me dirent : « Eh bien, Smith, d’où venez-vous ce matin ? »

« Le Seigneur, dis-je, a sanctifié mon âme. » Et elles restèrent sans voix ! Je n’en dis pas davantage et passai mon chemin en faisant tournoyer mon bras ! Je suppose que les gens me crurent exaltée, et je l’étais, car Dieu m’avait embrasée ! « Oh, pensai-je, s’il y avait une estrade tout autour du monde, je serais prête à y monter et à marcher pour parler à tout le monde de cette puissance sanctifiante de Dieu ! »


« De la victoire sur le pouvoir de Satan,
Que tous les rachetés chantent l’hymne,
Et qu’ils triomphent à l’heure de la mort
Par Christ, le Seigneur notre Roi. »


« Oh ! c’était l’amour,
C’était un amour merveilleux,
L’amour de Dieu pour moi,
Qui fit descendre d’en haut mon Sauveur
Pour mourir au Calvaire. »

J’avais toujours eu une sorte de crainte des Blancs — je veux dire que je n’avais pas peur qu’ils me fassent du mal, ni rien de ce genre — mais une sorte de crainte parce qu’ils étaient blancs et qu’ils étaient là, et que moi j’étais noire et que j’étais ici ! Mais ce matin-là, à Green Street, comme je me tenais debout, toute tremblante, j’entendis distinctement ces paroles. Elles semblaient venir du coin nord-est de l’église, lentement, mais clairement : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » (Galates 3:28.) Je n’avais jamais compris ce texte auparavant. Mais à présent le Saint-Esprit me l’avait rendu clair. Et quand je regardai les Blancs, dont j’avais toujours semblé avoir peur, ils me parurent maintenant si petits. La grande montagne était devenue une taupinière. « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. » Toute louange à mon Christ victorieux !


« Il me délivra quand j’étais liée,
Et, blessée, il guérit ma blessure ;
Il me chercha errante et me remit dans le droit chemin,
Il changea mes ténèbres en lumière. »

Alléluia ! Alléluia ! Gloire au Seigneur !

En rentrant, j’ouvris la porte ; le bébé dormait encore. Je dis : « Mazie, est-ce que M. Smith est venu ? »

« Non. »

« Will a-t-il bien dormi ? »

« Oui, il ne s’est pas réveillé du tout. »

« Eh bien, le Seigneur a sanctifié mon âme ce matin. » Et elle me dit : « Vraiment, maman ? »

« Oui, dis-je, et je veux aller le dire à tante Scott. » C’était ma bonne sœur de bande. Elle habitait Clinton Court, donnant sur Eighth Street. Arrivée à la porte, je frappai et ouvris en même temps. Frère Scott était allongé sur le sofa ; il était conducteur de classe adjoint de frère Henry De Schield, qui était mon conducteur. Il croyait à la doctrine de la sainteté, mais n’en avait pas l’expérience à cette époque ; mais, grâce à Dieu, il y croyait et ne disait

rien contre, ce qui était en ma faveur. Frère Scott était « entre deux chaises » : tantôt il semblait y croire et en parlait comme s’il l’avait, tantôt il s’y opposait avec amertume, si bien qu’on ne savait jamais au juste quand il allait se retourner contre vous. Quand j’entrai ce matin-là, je dis : « Papa Scott, le Seigneur a sanctifié mon âme ce matin. »

Il se redressa et dit : « Vrai… vraiment ? » (Il bégayait un peu.) Je n’attendis pas la suite ; je me mis à chanter un vieux cantique que j’avais souvent entendu chanter autrefois dans nos agapes et nos réunions de classe, et qui semblait être le vrai chant de mon âme. Jamais de ma vie je n’avais senti une telle union d’âme avec Jésus ; je chantai donc :


« Je suis mariée à Jésus
Pour plus d’une année,
Je suis mariée à Jésus
Pour toute la durée de la guerre. »

Le vieil homme me regarda, sourit et se prépara à discuter. Les enfants avaient tous l’air stupéfaits. Sœur Scott n’était pas encore rentrée de l’église. Quand j’eus fini le couplet, je dis : « Bonne journée », et comme j’ouvrais la porte pour sortir, sœur Scott entrait justement. Je lui dis : « Oh ! Scott, le Seigneur a sanctifié mon âme ce matin. »

Je pensais qu’elle serait si contente, car elle m’avait raconté que, des années auparavant, au Canada, elle avait reçu la bénédiction par le moyen de Mme Dr Palmer. Elle n’en parlait jamais de façon précise et claire, si bien que je n’y avais jamais rien compris ; mais, à ma grande surprise, elle me dit très froidement : « Eh bien, j’espère que tu la garderas », passa tout droit devant moi et ne dit pas un mot de plus. Je sortis. Oh ! quel choc !

« Là, dit le diable, elle ne croit pas que tu aies reçu la bénédiction. »

« Ô Seigneur, dis-je, se peut-il que je me sois trompée, et faudra-t-il que je revienne en arrière et refasse tout le chemin ? J’aimerais mieux mourir ici même, sur place. »

Comme je quittais Eighth Street pour tourner dans Sixth Avenue, je m’écriai : « Ô Seigneur, aide-moi ; et si cette bénédiction n’est pas la sanctification, qu’est-ce donc ? » Et le Seigneur m’aida. Aussitôt ces paroles vinrent avec puissance à mon cœur : « C’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Le mot « croit » semblait si puissamment souligné ; et je dis : « Seigneur, je crois vraiment que tu as sanctifié mon âme » ; et la puissance de Dieu vint sur

moi, si bien que mes genoux fléchirent sous moi et que je tombai comme si l’on m’avait tiré dessus, en pleine Sixth Avenue. Les passants me regardaient et ne disaient rien. Je suppose qu’ils me croyaient un peu dérangée ; mais Dieu avait ramené ma captivité, et ma bouche était remplie de rires. Je me relevai tant bien que mal, car je n’étais pas tombée de tout mon long : mes genoux avaient fléchi et j’étais tombée sur les mains ; et chaque fois que je prononçais la parole que le Seigneur m’avait mise dans la bouche : « C’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit », une nouvelle vague de puissance venait sur moi. Je retombais, et ainsi, trois fois, avant d’arriver chez moi, je tombai sous la puissance souveraine de Dieu. Alléluia ! Aujourd’hui encore, c’est la même chose : « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » ; et je crois Dieu, et il m’a gardée dans le salut magnifiquement. Alléluia ! Il y a un grand triomphe dans mon âme. Je ne sais pas où le diable s’en alla, mais je n’entendis plus parler de lui pendant une semaine ; puis il me rendit visite et me dit : « Quand les gens sont sanctifiés, tout s’améliore autour d’eux. »

« Oui », dis-je.

« Eh bien, tu vois que James ne va pas mieux ; il est même plutôt pire. »

C’était vrai, si c’était possible, et je dis que je le pensais aussi et que je ne le comprenais pas, car j’avais cru qu’il serait content de savoir que j’avais reçu davantage de religion.

« Alors, dit-il, tu n’as aucun témoignage que tu es sanctifiée. »

« Eh bien, dis-je, je l’aurai, avec l’aide de Dieu, et tout de suite. »

C’était un vendredi. Je repassais ; je posai mon fer et j’allai le dire à Jésus. Je dis : « Seigneur, je crois que tu as sanctifié mon âme, mais Satan dit que je n’ai pas de témoignage. Eh bien, Seigneur, je ne sais pas quoi te demander comme témoignage direct de cette bénédiction, mais donne-moi quelque chose de si clair et de si net que le diable ne m’attaquera plus jamais sur ce point tant que je vivrai. »

Après une courte prière, j’attendis un moment en silence, puis je dis : « Maintenant, Seigneur, j’attends que tu me parles toi-même » ; un moment passa, et ces paroles vinrent : « Demande la conversion de Mlle Chapel. »

Je dis : « Seigneur, comme preuve véritable que tu as sanctifié mon âme, je te demande de convertir Mlle Chapel d’ici à dimanche matin. »

En un instant, ces paroles traversèrent mon âme comme un éclair : « Si

tu peux croire, tout est possible à celui qui croit. » Et je dis : « Seigneur, je crois que tu le feras », et un flot de lumière et de joie me remplit. Oh ! je loue le Seigneur. Je me relevai en louant Dieu. Je me remis à repasser ; peu après, Satan revint.

« Tu devrais aller voir si cette femme est convertie avant d’en être si sûre. »

« Eh bien, oui, j’aimerais y aller, mais c’est à deux milles d’ici, et j’ai peur que Will ne se réveille et ne pleure. »

Mais l’ennemi me pressait : « Tu ferais mieux de ne pas être trop sûre ; tu devrais aller voir » ; et je fus durement tentée. J’élevai mon cœur à Dieu dans la prière et dis : « Seigneur, aide-moi ; je crois que tu le feras, et je me confierai en toi. » Alors un grand calme, une grande paix descendit sur tout mon être, et je continuai à repasser en chantant. Gloire au Seigneur !

Mlle Chapel, dont il est question, était une jeune femme très bien, quoique non chrétienne. C’était une personne très droite et de bonne moralité. Elle était tombée malade, et sa sœur, chrétienne très fervente, était fort inquiète de son état et nous avait demandé, à moi et à d’autres, de venir prier avec elle. Un jour j’y allai et y rencontrai Mère Jones et plusieurs autres. Nous chantâmes et priâmes avec elle, puis nous la quittâmes. Et voilà qu’une semaine avait passé sans que j’aie eu de ses nouvelles, et j’avais pensé que c’était pour cela que l’ennemi m’avait attaquée si violemment le vendredi. Le dimanche matin arriva ; j’avais persévéré à croire et à louer Dieu, selon sa parole : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit. » J’allai à l’église, et comme j’étais assise sur mon banc, après le sermon, pendant qu’on faisait la collecte, sœur Jones, qui était assise sur le banc d’en face, se leva, vint à moi et me dit : « Smith, Chapel a reçu la bénédiction. » Je dis : « Gloire au Seigneur ! quand l’a-t-elle reçue ? » Elle répondit : « Hier après-midi. » Alors ces paroles furent dites à mon cœur avec puissance : « Voilà ton témoignage » ; et je dis : « Ô Seigneur, je te remercie ; tu as exaucé ma prière et tu m’as donné ce témoignage net que tu as sanctifié mon âme. »

Bien des fois depuis, ma foi a été durement éprouvée, j’ai eu beaucoup à lutter, et les traits enflammés de Satan ont parfois été cruels ; mais jamais, depuis ce jour-là, il n’a eu l’impudence de me dire que Dieu n’avait pas accompli cette œuvre bénie. Alléluia ! quel Sauveur !

Tout le monde ne reçoit pas de cette manière un témoignage direct de sa sanctification

ni de sa justification ; mais c’est le privilège de chacun d’avoir le témoignage clair et net de l’Esprit pour l’une et pour l’autre, la justification et la sanctification ; et, en règle générale, les personnes qui n’ont pas ce témoignage net sont instables dans leur vie chrétienne, chancellent et hésitent souvent, et se laissent plus facilement détourner vers de nouveaux ismes et de nouvelles doctrines ; mais, grâce à Dieu, il m’a gardée dans une paix parfaite tandis que mon esprit s’appuyait sur lui et que je me confiais en lui. Que son nom soit loué à jamais !

James ne rentra pas de deux semaines. Quand il revint, je m’assis sur ses genoux, lui passai les bras autour du cou et lui racontai tout. Il écouta patiemment. Quand j’eus fini, il reprit ses vieux arguments. Je lui dis : « Voyons, mon chéri, tu sais bien que je ne sais pas discuter. »

« Oh ! eh bien, dit-il, si tu as reçu quelque chose dont tu ne peux pas parler, je n’y crois pas. »

« Eh bien, dis-je, je t’ai dit tout ce que je pouvais, et je ne sais pas discuter. » Oh ! comme il me tourmenta de toutes les manières ! Mais Dieu gardait mon âme si tranquille, et mon pauvre mari était si contrarié que je ne veuille pas discuter. Je savais ce que cela signifiait, mais, Dieu soit loué, il me sauva. Je ne pouvais que pleurer et prier.

Peu après ma conversion, j’avais été profondément convaincue de mon besoin de la bénédiction de la pureté du cœur ; et si j’avais eu quelqu’un pour m’instruire, je vois bien comment j’aurais pu entrer dans cette expérience bénie. Mais, faute d’un enseignement convenable, comme Israël autrefois, j’errai dans le désert des doutes et des craintes, des hauts et des bas, pendant douze ans ; et si le Rév. John S. Inskip n’avait pas eu lui-même l’expérience et n’avait pas prêché ce mémorable dimanche matin de septembre 1868, dans la vieille église de Green Street, à New York, je ne serais selon toute probabilité jamais entrée dans la lumière bénie du plein salut.

Je remercierai toujours Dieu de ce que l’assurance de mon acceptation auprès de lui ait été si nette et si claire au moment où j’étais si profondément convaincue de mon besoin de la bénédiction de la pureté du cœur. Ce fut, de toute façon, une rude lutte ; mais si ce point n’avait pas été réglé si clairement, c’eût été bien pire — je veux dire la différence entre les deux convictions, celle du pardon et celle de la pureté. Quand j’étais convaincue de péché, j’étais sous la condamnation et je me sentais une pécheresse perdue et misérable. Or, quand Dieu, dans sa miséricorde, eut pardonné tous mes péchés, il ôta toute condamnation et me donna la joie et la paix dans la foi. Alléluia !

Mais quand je fus convaincue de mon besoin de la pureté, ou sanctification, ce fut

une profonde conviction de manque — un manque indescriptible ; non une condamnation. Mais oh ! ce profond besoin du cœur ! C’est comme lorsque, après avoir pris un bon et copieux déjeuner, vous avez travaillé dur toute la journée et que vous avez grand-faim de votre dîner ou de votre souper. Eh bien, mon cœur criait et soupirait comme celui qui « attend le matin ». Et pourtant je n’avais aucun moyen, aucun mot pour exprimer au juste ce que je voulais. Un jour, une amie vint me voir. J’habitais alors chez le colonel S. McGraw, à Lancaster. C’était une dame de couleur fort distinguée, car tout le monde connaissait la famille Porter, qu’on avait toujours considérée comme l’une des premières familles parmi les gens de couleur. Le père était un gros fermier du comté de Kent, et les fils étaient tous de beaux jeunes gens, assez instruits, de même que la fille. Celle-ci avait été institutrice pendant de longues années, mais elle était maintenant mariée au Rév. Lewis Hood, pasteur de l’Union Church de Lancaster. Je pensai donc pouvoir lui ouvrir mon cœur, et qu’elle serait capable de m’aider. Je lui dis donc : « Sœur Hood, je ne sais pas ce que j’ai. Il me semble que j’ai besoin de quelque chose, mais je ne saurais dire au juste quoi. Je prie, mais je ne reçois pas le secours comme je le voudrais. »

« Eh bien, dit-elle, qu’est-ce que tu as ? N’es-tu pas convertie ? »

« Oh ! si, dis-je, ce n’est pas cela. »

« Eh bien, n’as-tu pas le témoignage de l’Esprit ? »

« Oh ! si ; ce n’est pas cela. »

« Eh bien, dit-elle, si tu continues ainsi, tu vas devenir folle. »

Alors je fus effrayée et me dis : « Oh ! elle ne me comprend pas ; et maintenant, si elle répète à quelqu’un ce que j’ai dit, on ne le comprendra pas et on pensera que j’ai rétrogradé ; et me voici qui conduis une classe et qui dirige la réunion de prière des femmes. »

Aussi, dès qu’elle fut partie, je descendis en courant à la cave, me mis à genoux et demandai au Seigneur d’ôter de l’esprit de sœur Hood tout ce que j’avais dit, afin qu’elle ne le répète pas. J’étais dans une grande détresse.

Quelques jours plus tard, je lisais ma Bible, et j’arrivai au psaume quarante-deux, premier verset : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après le Dieu vivant. » Mon cœur bondit. « Oh ! dis-je, voilà ce que je voulais : Dieu ! Maintenant, si quelqu’un me demandait ce que je veux, comme l’a fait sœur Hood, je pourrais lui dire que c’est Dieu que je veux. » Plus je lisais ma Bible, plus je jeûnais et priais, plus ma faim devenait profonde. Un jour j’allai

trouver George James — je l’appelais d’ordinaire « Père James » —, un homme grand, d’un certain âge, très digne dans ses manières, mais bon. Il était très noir, il avait les cheveux blancs, et il était à cette époque l’un des principaux prédicateurs laïques et diacre de l’Église épiscopale méthodiste africaine (AME) de Lancaster, dont j’étais membre. J’allai donc le trouver et lui dis : « Père James, j’ai lu la Bible aujourd’hui, et je vois ceci : “Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu!” Qu’est-ce que cela veut dire ? »

« Vois-tu, dit-il, cela est dans la Bible pour que tu t’en approches autant que tu le peux. Mais Dieu sait que tu ne pourras jamais avoir “le cœur pur”. »

Puis il continua et m’expliqua les choses à sa manière. Naturellement, je ne reçus pas beaucoup de lumière. Et le diable me dit, tandis que je rentrais chez moi en repensant à tout cela : « Tu recherches quelque chose qui n’est pas pour toi. »

« Eh bien, dis-je, il y a des gens qui ont cette bénédiction. Il y a Job Morris, et Polly Waters, et d’autres ; ils disent qu’ils sont sanctifiés, et tout le monde les croit. »

« Oh ! mais ils sont presque prêts à mourir. Toi, tu es jeune, et tu ne peux pas t’attendre à avoir ce qu’ils ont. »

« Eh bien, c’est peut-être vrai », dis-je.

« Et puis, tu sais, Père James a dit que la Bible ne voulait pas dire cela. » Mais je ne sais comment, mon bon sens me disait qu’il avait tort. « Je crois ce que dit la Bible, et il doit y avoir un moyen d’obtenir cette grâce, sinon Dieu ne l’aurait jamais consignée par écrit. » Mais comment la saisir, je ne le savais toujours pas. Je lisais ma Bible, je priais, et je continuais de prier. Pas de lumière — seulement cette faim profonde. Bien sûr, j’avais la consolation de faire mon devoir — assister à ma réunion de classe et aux réunions de prière ; j’allais prier auprès des malades et des mourants, je travaillais dans les réunions de réveil, et de toutes les manières que je pouvais. Bien des fois, après avoir travaillé dur toute la journée, on venait me chercher à minuit ou à une heure du matin pour aller prier avec quelqu’un de malade ou de mourant. Je ne refusais jamais d’y aller, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, qu’il fasse froid ou chaud ; je sentais que c’était mon devoir, et j’étais toujours heureuse de le faire. Puis je rentrais — parfois à trois heures du matin — et je ne dormais que très peu, et j’étais debout et repartie au travail le lendemain matin, quand je n’avais pas de travail à la maison. Ma nourriture et ma boisson, c’était de voir des âmes venir à Christ. Je n’avais aucune crainte d’entrer dans une assemblée pour parler à des hommes ou à des femmes, jeunes ou vieux. Il m’arrivait rarement d’aller trouver quelqu’un dans une

assemblée, au temps des réunions extraordinaires, sans qu’il s’avance, et beaucoup furent convertis. Gloire à Dieu à jamais !

Et pourtant, par moments, mon esprit était vacillant. Parfois j’étais tout en haut sur la montagne. Quand je racontais le ravissement et la joie que je ressentais, les frères et les sœurs plus âgés me disaient parfois : « Ah ! mon enfant, moi aussi j’étais comme ça quand je me suis converti ; mais attends que le diable te lance quelques obus, et tu n’auras plus tant de joie. » Pauvre de moi ! J’essayais de guetter ces obus. Oh ! pourquoi ne m’ont-ils pas parlé du pays du blé, du vin et de l’huile, et ne m’ont-ils pas dit que le Dieu de Caleb et de Josué était capable de m’y faire entrer et qu’il le ferait, si seulement je me confiais en lui ? Mais, chères âmes, ils ne le savaient pas eux-mêmes, et ne pouvaient donc pas m’aider. Un jour, je sentis donc qu’il me fallait aller parler avec Père James, car j’avais lu au quatrième chapitre de la deuxième épître aux Thessaloniciens, au troisième verset : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification. » Je lui dis donc : « Père James, j’ai lu la Bible aujourd’hui, et je vois ceci. » Puis je citai le texte.

« Oh ! dit-il, mon enfant, ne sais-tu pas qu’il y a des gens qui meurent très heureux ? »

« Si », dis-je.

« Eh bien, vois-tu, Dieu ne te sanctifie que juste avant que tu sois prête à mourir. Bien sûr, tu ne pourrais pas aller au ciel si tu n’étais pas sainte, et la sanctification te rend sainte ; et tu ne pourrais pas vivre dans ce monde de péché si tu étais sainte. Donc, si tu étais sanctifiée, tu mourrais. »

« Oui, dis-je. Eh bien, si cela doit me tuer, je n’en veux pas. Je ne veux pas mourir. Le Seigneur a beaucoup fait pour moi. Je peux faire un peu pour lui ; je vais donc simplement continuer et faire de mon mieux. » Et je continuai mon chemin.

Quelque temps après, je lisais le cinquième chapitre de Matthieu, et quand j’arrivai aux onzième et douzième versets, je dis : « Mon expérience n’est pas à la hauteur de ceci : “Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.” “Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux.” Je ne peux pas me réjouir quand quelqu’un ment sur mon compte ; c’est inutile, je n’y arrive pas. » Alors toutes mes bonnes œuvres me revinrent à l’esprit. « Je vais à l’église ; je remplis tous mes devoirs ; je ne vais pas me mêler des affaires des autres ; je m’occupe de mes affaires ; et quand quelqu’un dit sur moi quelque chose qui n’est pas vrai, il me faut réparation. Je ne vais pas le supporter. » Je

n’avais pas lu : « Ceux qui aiment Dieu en Jésus-Christ seront persécutés. » Mais oh ! ne l’ai-je pas appris depuis ! Un jour, l’une des meilleures amies que j’avais, à ce que je croyais, fit courir sur moi un vrai mensonge. Cela fit beaucoup de bruit. Je me demandais d’où venait toute cette froideur, de divers côtés, mais je n’en connaissais pas la vraie cause. Je résolus donc d’aller demander aux intéressés ce qu’il y avait. Je me mis à genoux et priai le Seigneur de me donner le bon esprit, de ne pas me laisser m’irriter, de ne pas laisser les autres s’irriter non plus, et de les amener à me dire ce qu’il y avait. Je partis donc un peu après neuf heures du matin. Je marchai jusque vers deux heures de l’après-midi, et je me trouvai à peu près aussi près de la vérité quand je m’arrêtai qu’au moment de partir. Au premier endroit où je m’arrêtai, je dis à l’amie, en l’appelant par son nom : « J’entends dire ceci et cela ; je suis venue te demander ce qu’il en est. »

« Tout ce que je sais, répondit-elle, c’est ce que John B. a dit que Mary S. a dit que tu as dit que j’ai dit qu’elle a dit », et ainsi de suite.

Eh bien, j’allai chez les suivants. Ils dirent la même chose : « Eh bien, tout ce que j’en sais, c’est qu’Ann Une Telle a dit que tu as dit qu’elle a dit que j’ai dit qu’ils ont dit », etc. Je fis toute la tournée, puis je rentrai chez moi, si honteuse et si écœurée. Dès que je fus rentrée, j’ôtai mes vêtements de dehors, descendis à la cave et me mis à genoux, là où j’allais toujours régler les difficultés sérieuses, et je dis : « Oh ! Seigneur, si tu veux m’aider, jamais de ma vie je ne courrai après un autre mensonge. » Et, grâce à Dieu, je ne l’ai jamais fait, bien que j’aie parfois été tentée ; mais le Seigneur m’a toujours délivrée. Que son nom bien-aimé soit loué ! Amen.

Quelques mois plus tard, je m’intéressai à la question du baptême, et je pensai que, si j’étais immergée, cela m’aiderait à mieux voir le chemin. J’allai donc trouver Père James et lui dis que j’aimerais être immergée. Mon père et ma mère nous avaient fait baptiser, nous tous leurs enfants, comme l’exigeait la discipline de l’Église méthodiste ; mais je pensais qu’il vaudrait mieux que je puisse répondre pour moi-même. Alors, si je me conformais à tout ce que disait la Bible, autant que je le savais, le Seigneur serait obligé de me donner la grande bénédiction que je recherchais. Père James ne me découragea pas là-dessus ; il y était plutôt favorable. Cela m’aida à penser que j’étais maintenant sur la bonne voie. Il y avait quatre ou cinq autres personnes qui désiraient aussi être immergées ; j’allai donc les voir, et l’on décida de faire venir de Philadelphie un bon frère, prédicateur laïque de l’Église méthodiste africaine, un homme sanctifié nommé frère

Jones. Quelques années auparavant, il y avait eu un grand réveil à Columbia, et six ou huit des convertis voulaient être baptisés. On envoya donc chercher à Philadelphie le Rév. Bob Collins, qui fut en son temps un puissant prédicateur et l’un des principaux pasteurs de l’Église AME. C’était au cœur de l’hiver. La Susquehanna était gelée ; on tailla la glace, et frère Collins en baptisa huit, je crois. Et l’on poussa des cris de joie et l’on chanta. Les gens se tenaient sur la rive et tout autour, sur la glace, par centaines. Il était six heures du matin. Oh ! quel moment ! Naturellement, tous les baptistes croyaient à cela ; ils étaient là et se réjouirent avec ceux qui se réjouissaient. Notre pasteur était alors le Rév. Sanford. La sœur de sa femme, Henney Johnson, avait été très malade et s’était convertie. Mais elle penchait du côté des baptistes. Aussi, pour la garder à son Église, on la baptisa ce dimanche-là, et elle se rétablit ensuite, ce qui émerveilla beaucoup de gens. Sœur Harriet N. Baker était l’un des membres solides de l’Église. Elle fut baptisée le même dimanche matin. Lancaster n’était qu’à douze milles de Columbia, si bien que nous autres, à Lancaster, nous fûmes pris de la fièvre de l’eau ! Car presque tous les gens de couleur de Lancaster allaient à Columbia pour la réunion trimestrielle. Oh ! comme j’ai vu la puissance de Dieu se manifester dans le salut des âmes ! Quels hommes et quelles femmes de prière c’étaient en ce temps-là ! Comme je me souviens de Candes Watson, de Sarah Henderson, de Chris Stokes, de Simon Morris, de John Morris, de Jake Snively et d’une foule d’autres ! Comme ils reviennent devant moi maintenant, tandis que je repense à tout cela ! Mais tous sont partis, bien qu’il me semble que ce soit hier.

Mais revenons à mon histoire. Après avoir vu les intéressés, j’allai trouver Père James et lui demandai d’écrire à frère Jones pour savoir ce que cela coûterait. Il répondit que nous devions lui payer vingt dollars plus ses frais de voyage depuis Philadelphie, aller et retour. J’étais disposée à donner un mois de mes gages, qui étaient de six dollars, si les autres complétaient le reste. Ils devaient donc essayer. Quelques semaines passèrent ; puis l’une des principales du groupe, sœur Maxwell, tomba malade, et son mari ne voulut pas la laisser entrer dans l’eau. Frère Williams partit. J’avais préparé ma robe, mais les autres se dérobèrent tous. Puis Père James tomba malade. Il me dit alors que mars était un mauvais mois pour entrer dans l’eau, et que, si j’attendais jusqu’en avril ou en mai, il accomplirait la cérémonie. Mais hélas ! le pauvre homme ! Vers le premier avril, je me tins à son chevet, le vis mourir et entendis ses dernières paroles.

C’était un dimanche soir ; en revenant de l’église, j’étais allée tenir compagnie à sœur James, sa femme. Il était environ dix heures et demie ou onze heures du soir, et le vieil homme semblait dormir paisiblement. Tout à coup il s’agita, toussa et fit un bruit comme s’il avait quelque chose dans la gorge. Je dis : « Père James, qu’avez-vous ? Voulez-vous un verre d’eau ? »

« Non, dit-il, il me semblait qu’un grand homme noir se tenait près de moi et me faisait descendre des fers rougis au feu dans la gorge. »

Oh ! quelle déception pour moi ! Car je voulais qu’il soit sanctifié quelques minutes avant de mourir, comme il me l’avait enseigné. Mais maintenant tout était fini ; je n’avais plus personne à qui aller parler, et il me fallait continuer d’errer dans les ténèbres. Je ne voyais pas un rayon de lumière.

Au bout d’un an ou deux, j’allai à Philadelphie. Là, j’épousai mon second mari, James Smith. J’avais alors renoncé à rechercher la bénédiction de façon précise, et je continuai ainsi. Plusieurs années plus tard, nous nous installâmes à New York ; et, après bien d’autres épreuves dont j’ai déjà parlé, je fus de nouveau profondément convaincue de mon besoin de la pureté du cœur. Et de nouveau je me mis à la rechercher par les œuvres. Je lus dans la Bible : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres », Jean 13:14. Nous étions quatre sœurs unies en une bande pour prier en vue de nous aider mutuellement : sœur Scott, sœur Bangs, sœur Brown et moi. Je leur dis ce que la Bible en disait, et elles furent toutes d’accord. Je ne leur dis pas que je recherchais la bénédiction de la sainteté. J’avais peur qu’elles ne disent quelque chose qui me détourne, et j’avais tellement faim. Je me préparai donc, et je pensai que, puisque nous n’étions que quatre et que nous cherchions à nous aider les unes les autres, il convenait que nous soyons toutes les quatre ensemble à cette occasion. Mais maintenant je loue le Seigneur de ce qu’il n’a pas permis que cela se fasse, bien que je ne susse pas alors, comme je le sais maintenant, que c’était lui qui les en empêchait. J’étais la seule à avoir un petit bébé. Sœur Bangs et sœur Brown n’avaient pas de famille, et les enfants de sœur Scott étaient tous grands. Je les fis donc venir se réunir chez moi tous les lundis après-midi. Sœur Scott venait toujours. Sœur Bangs était là un après-midi, et sœur Brown n’y était pas. Puis, quand sœur Brown était là, sœur Bangs n’y était pas. Ainsi, elles ne furent jamais toutes là en même temps. Je persistai pourtant et pensai qu’il valait mieux ne pas faire ce lavement des pieds si nous n’étions pas toutes ensemble. Je le dis donc aux sœurs, et elles convinrent avec moi que nous devions être toutes les quatre ensemble. Nous ne cherchions pas à fonder une société de

ce genre ; nous étions simplement unies, nous quatre, pour nous aider mutuellement. Au bout de trois ou quatre semaines, voyant que nous étions mises en échec chaque fois, je décidai de ne pas le faire. J’en priai, et il me sembla que je ne devais pas le faire. C’est ainsi que le Seigneur me préserva de l’erreur de chercher le salut par les œuvres. Comme je le loue sans cesse pour sa bonté, pour sa tendre miséricorde, et pour sa grande patience et son support envers moi ! Je vois maintenant que, si je n’avais pas été empêchée comme je le fus, je serais allée enseigner que l’immersion et le lavement des pieds étaient nécessaires pour être sanctifié, ce qui aurait été une grave erreur ; mais le Seigneur m’en préserva. Que son nom soit loué ! Amen.

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