Amanda Smith : une autobiographie
Ma première tentation

Chapitre 10 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

Ma première tentation

Pendant environ trois semaines après que Dieu eut sanctifié mon âme, il sembla me laisser marcher au-dessus du monde.


« Je chevauchais alors le ciel,
Gratuitement justifiée,
Sans envier à Élie sa place.
Mon âme joyeuse montait plus haut,
Dans un char de feu,
Et la lune était sous mes pieds.
Je ne pouvais croire
Que je dusse jamais m’affliger,
Que je dusse jamais souffrir encore. »

Mais le Seigneur savait que je devais être disciplinée pour le service. Il commença, par degrés, à me faire redescendre, et le tentateur sembla être lâché contre moi. J’ai dit que le diable tourna sa lance d’arrosage contre moi, car c’était comme un homme qui lave un trottoir ou une voiture : Satan semblait venir sur moi de toutes sortes de manières, et avec une telle puissance. Je me tins tranquille en Dieu ; j’en vins au point de ne pouvoir faire le moindre effort pour prier ou pour faire quoi que ce soit. J’étais impuissante, je ne pouvais pas m’écarter. Oh ! quelles tentations ! Alors je dis : « Eh bien, tire tant que tu voudras, mais je me confierai en Dieu, dût-il me tuer. » Il faisait sombre, mais il ne tarda pas à poindre une lumière qui chassa entièrement les ténèbres.

Pourquoi Dieu permet-il ces violentes tentations ? C’est, je crois, premièrement pour développer la force et la vigueur de votre propre âme, et vous préparer ainsi à un plus grand service ; et secondement pour vous faire compatir aux autres, qui sont souvent durement tentés après avoir été sanctifiés, afin que vous puissiez les aider. Par exemple :

Après la terrible tentation dont j’ai parlé, je rencontrai deux personnes qui souffraient, comme moi, des assauts du vieil Accusateur. L’une était à Sea Cliff, l’autre au camp-meeting de Chester Heights. La dame de Sea Cliff était une dame très intéressante et intelligente. Elle était surintendante adjointe d’une école du sabbat, en même temps qu’institutrice. Elle avait une grande classe biblique de jeunes gens, et elle avait une grande influence sur eux, ainsi que dans l’Église dont elle était membre. Elle venait de Greenpoint ou de Williamsburg, je ne me souviens plus lequel des deux. Elle avait recherché et trouvé la grande bénédiction du salut complet, et elle avait marché pendant plus d’un an dans sa bienheureuse lumière et sa consolation ; elle était d’un grand secours pour beaucoup de ses amis, et particulièrement pour sa grande classe biblique de jeunes gens, dont un certain nombre avaient été amenés, par son moyen, à se consacrer entièrement au Seigneur et étaient entrés dans la pleine lumière de cette expérience de l’amour parfait. Naturellement, Satan voulut l’empêcher de faire une telle œuvre ; aussi jeta-t-il un lourd nuage noir sur son âme, et elle fut dans d’affreuses ténèbres pendant trois mois. Elle reprit sa consécration point par point, encore et encore, pour voir si elle n’avait rien repris d’une manière ou d’une autre. Non, elle savait qu’elle avait été fidèle à toute la lumière que Dieu lui avait donnée ; pourtant Satan l’accusait et lui disait qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, sans quoi ce nuage ne serait pas suspendu au-dessus d’elle. Elle avait peur de le dire à ses jeunes croyants, de crainte de les décourager ; aussi dut-elle continuer son œuvre, témoignant d’une manière précise de ce que Dieu avait fait pour elle, mais ne tenant bon que par la foi toute nue. Bien des fois, rentrée chez elle après les réunions, elle passait des heures dans sa chambre à pleurer et à prier devant le Seigneur, mais aucun secours ne venait. Le tentateur l’assaillait en la traitant d’hypocrite qui témoignait de ce qu’elle ne sentait pas dans son cœur ; mais Dieu l’aida à s’en tenir aux faits. Elle s’était donnée au Seigneur, et elle était à lui, dans les ténèbres ou dans la lumière, dans la joie ou sans joie ; cela ne changeait rien au fait, et elle résolut de le déclarer. Quand elle vint à Sea Cliff dans cet état d’esprit, elle fut obéissante. Elle rendait témoignage et disait simplement où elle en était, puis elle s’avançait pour être aidée. Tandis qu’elle racontait sa triste histoire, elle pleurait amèrement ; puis les uns et les autres essayaient de lui dire ce qu’elle devait faire, et elle disait : « Je suis prête à faire n’importe quoi » ; alors l’un et l’autre lui disaient de faire ceci ou cela ; puis on l’invitait à s’avancer. Elle était toujours la première à aller s’agenouiller pour recevoir secours et lumière. Tout le monde semblait avoir une grande sympathie pour elle et essayait de l’aider. Je voyais où elle en était, et je savais qu’elle était sous une tentation

du diable ; mais j’étais une femme de couleur, et je n’aimais pas me mettre en avant. J’entendis l’histoire de cette jeune femme pendant trois jours ; aussi je priais pour elle, mais je n’eus jamais l’occasion de lui parler. Un matin, sœur Inskip dirigeait une réunion de jeunes gens sous une tente, dans la partie haute du terrain. Je me glissai à l’intérieur et m’assis sur l’un des bancs du bord. Je vois maintenant pourquoi le Seigneur me fit asseoir là. La tente se remplit ; sœur Inskip parla, puis invita d’autres personnes à prendre la parole. De nouveau, cette chère jeune dame se leva et dit qu’elle avait obtenu ce qu’elle était venue chercher, qu’elle avait reçu quelque secours, mais qu’elle devait rentrer chez elle ce jour-là, et qu’elle aimerait mieux mourir que de rentrer dans l’état où elle était. Mme Inskip dit : « Eh bien, donnez-vous simplement au Seigneur. »

« Oh ! pensai-je, encore et encore, pourquoi ne lui dit-elle pas de pousser des cris de joie ? »

Personne n’avait jamais laissé entendre que c’était une tentation de Satan. Quand on alla s’agenouiller, cette jeune femme s’agenouilla juste devant moi, de sorte que je n’eus pas à quitter la place où je m’étais assise ; et pendant que Mme Inskip parlait et aidait les autres, je me penchai en avant et je dis à cette dame : « C’est une tentation du diable ; louez le Seigneur, et il vous en fera sortir. »

Elle leva les yeux et, à travers ses larmes aveuglantes, elle dit : « Oh ! Amanda Smith, avez-vous jamais été ainsi depuis que vous êtes sanctifiée ? »

« Oui, mon enfant. J’ai été enfermée en prison pendant trois semaines, et je viens à peine d’en sortir l’autre jour. »

« Oh ! dit-elle, je le vois. Satan me disait que les gens sanctifiés n’avaient jamais de nuage. »

« Ne faites pas attention à lui, dis-je ; louez le Seigneur. »

« Gloire à Jésus ! » Elle se leva d’un bond et s’écria : « J’ai la victoire, je suis sauvée, je peux rentrer chez moi, Jésus m’a rendue libre ! Oh ! Gloire au Seigneur ! »

« Celui que le Fils affranchit est réellement libre. » Alléluia !

Je vis alors que mon expérience des semaines précédentes lui avait été en bénédiction, de même que l’expérience de Job devait être une bénédiction pour les hommes et les femmes de tous les temps à venir.

J’allai à New Utrecht, chez M. Roberts, pour voir mon mari, James Smith. Son gendre, John Bentley, était là quand j’arrivai. Ce qui s’était passé auparavant, je ne le sais pas. Je connaissais ce jeune homme. Il était venu chez moi à New York. Je l’avais bien traité, et j’avais fait tout mon possible pour lui, et pour sa femme aussi. Mais ce jour-là, il me maudit et me dit que je n’avais rien à faire

là. Je trouvai étrange qu’il me parlât ainsi, et je crois qu’il s’attira le déplaisir de Dieu, comme Élymas, le magicien, qui résista à Paul et chercha à détourner de la foi Sergius Paulus, homme intelligent, qui avait fait appeler Barnabas et Saul et désirait entendre la parole de Dieu. Mais cet homme leur résista. Mais Paul, rempli du Saint-Esprit, fixa les regards sur lui, et dit: « Oh ! Homme plein de toute espèce de ruse et de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur? Maintenant voici, la main du Seigneur est sur toi, tu seras aveugle, et pour un temps tu ne verras pas le soleil. » « Aussitôt l’obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui, et il cherchait, en tâtonnant, des personnes pour le guider. » (Actes 13:8-12.) Ainsi donc, ce jour-là, à New Utrecht, John Bentley entra pendant que j’étais dans la pièce voisine à causer avec James, mon mari. J’étais allée le voir. Mon loyer était échu ; il n’était pas venu depuis deux semaines et ne m’avait pas envoyé d’argent. Je n’étais pas bien, mon bébé était malade, et j’insistais pour que James me donnât un peu d’argent, au moins les soixante cents que m’avait coûtés le voyage depuis New York. Mais il ne voulut pas. Je pleurais et je parlais, car mon cœur était presque brisé. Alors, quand John Bentley se mit à me maudire et à jurer contre moi, je me tournai tranquillement vers lui et je lui dis : « Voyons, John Bentley, n’ai-je pas le droit de venir là où est mon propre mari ? » Mais il était furieux. Je ne savais pas s’il n’allait pas me frapper. Mais j’allai vers lui, je le regardai en face et je lui dis : « Quand vous êtes venu chez moi, ne vous ai-je pas toujours bien traité ? Je n’ai jamais mis un fétu en travers de votre chemin de ma vie ; et je ne sais pas pourquoi vous me parlez de cette manière. »

Il continua à parler et à m’injurier terriblement. Il sembla venir sur moi une puissance indescriptible ; je me tournai, levai la main vers lui et lui dis : « Prenez garde, John Bentley : le Dieu que je sers vous fera payer cela avant la fin de l’année. »

Il dit : « Eh bien, ça m’est égal, qu’il le fasse. Qu’il le fasse donc. »

À peine eut-il prononcé ces mots qu’il sembla trembler et chanceler. Il y avait une chaise derrière lui, et il se laissa tomber sur la chaise. Je ne le revis jamais depuis ce jour-là. C’était environ deux semaines avant Noël ; et avant que le Nouvel An fût arrivé, John Bentley était mort et enterré !

Je suis toujours triste quand j’y pense, mais je crois que Dieu fut mécontent de cet homme pour m’avoir maudite ce jour-là.

Mon mari, James Smith, était autrefois de Baltimore, dans le Maryland. Il fut pendant bien des années chef du chœur de l’église Bethel de l’Église épiscopale méthodiste africaine, dans cette ville. Plus tard, il s’installa à Philadelphie et fut ordonné diacre dans l’Église épiscopale méthodiste africaine. Il mourut en novembre 1869, à New Utrecht, dans l’État de New York. Depuis lors, je suis veuve ; j’ai fait la moitié du tour du monde, et Dieu a toujours été fidèle. Il ne m’a jamais laissée un seul instant ; et pendant toutes ces années j’ai éprouvé la vérité de cette parole : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin. »


« Parfois au sein de la plus sombre nuit,
Parfois où fleurissent les bosquets d’Éden,
Près des eaux paisibles ou sur la mer agitée,
C’est toujours mon Dieu qui me conduit. »

Amen. Amen.

J’avais dit au Seigneur que je serais obéissante et que je ferais tout ce qu’il m’ordonnerait ; aussi, un jour que j’étais occupée à mon travail, il fut murmuré à mon cœur : « Va à Bedford Street dimanche. »

« Oui, dis-je, j’irai. » J’aimais toujours aller entendre le révérend John Cookman, qui en était alors le pasteur. Le dimanche matin arriva ; c’était le dimanche de Pâques. Mon amie, sœur Scott, et moi, nous y allâmes. Chose étrange, le placeur nous conduisit tout devant, à ce qu’on appelle, ou à ce qu’on appelait autrefois, « le coin des Amen ». Je n’oublierai jamais le texte et le sermon de John Cookman. Les paroles étaient : « Aie soin, de faire tout d’après le modèle qui t’a été montré sur la montagne. »

Oh ! quelle assemblée, et quelle puissance ce jeune homme semblait avoir en ce temps-là ! Il présentait la sainteté d’une manière si claire et si précise. J’avais été merveilleusement bénie pendant qu’on chantait le vieil hymne de Pâques, comme Bedford Street seule savait le chanter en ce temps-là. Oh ! comme j’en frémis encore maintenant, en repassant tout cela dans mon esprit ! Comme frère Cookman poursuivait son sermon avec une ferveur et une puissance croissantes, l’Esprit me murmura distinctement : « Lève la main droite », et j’allais justement le faire, quand le diable dit, tout aussi distinctement : « Oui, tu as bonne mine, à lever ta main noire devant tout le monde » ; et je reculai et ne le fis pas.

Alors l’Esprit dit : « L’autre jour, tu as dit au Seigneur que tu ferais tout ce qu’il te dirait de faire. »

« Oh ! oui, dis-je, je l’ai dit. Ô Seigneur, pardonne-moi, donne-moi encore une occasion, et je lèverai la main pour toi ! »

Au bout d’un moment, l’Esprit dit de nouveau : « Lève la main droite »,

et je la levai ; et la puissance de l’Esprit tomba sur les gens et sur toute l’assemblée. On entendit des « Amen ! » et encore des « Amen ! », des sanglots, des pleurs et des « Gloire au Seigneur ! » dans toute l’église, et beaucoup furent tirés de prison par ce simple acte d’obéissance à Dieu. Il ne m’avait pas dit de pousser des cris de joie, mais de lever la main pour lui ; et ce furent les gens qui crièrent de joie, et mon propre cœur se remplit alors de louanges et d’adoration. Oh ! plût à Dieu que je lui eusse toujours obéi ! Alors ma paix aurait coulé comme un fleuve ; mais bien des fois j’ai manqué. Une fois, dans le tramway, en revenant de New Utrecht où j’étais allée voir mon mari, j’avais à la main un traité contenant un message pour un garçon qui monta. Je le vis me regarder, puis se détourner vivement, comme s’il avait peur que je ne le lui tende. Mon cœur me poussait à le lui donner, mais je ne cessais d’hésiter. D’abord je me dis : « J’attendrai que quelques-uns des voyageurs soient descendus. » Puis je me dis : « J’attendrai d’être descendue moi-même. » Le tramway s’arrêta ; le garçon descendit et s’enfuit en courant, comme si je le poursuivais. Je le suivis des yeux et voulus l’appeler, mais il était parti. Alors ces paroles me vinrent avec une telle force que je ne les ai jamais oubliées : « je te redemanderai son sang. » Depuis ce moment jusqu’à mon arrivée à la maison, je ne fis que prier Dieu de m’accorder sa miséricorde qui pardonne et qui absout ; enfin je sentis qu’il me pardonnait et qu’il me donnait la paix du cœur.

Je désire consigner ici certaines choses que le Seigneur m’enseigna au sujet de ce qu’on appelle aujourd’hui la guérison par la foi, ou guérison divine.

Ce fut, je crois, en octobre 1868, peu de temps après que j’eus reçu la bénédiction de la sanctification. Il semblait que ma foi s’était accrue et fortifiée en ce peu de temps, de sorte que je ne trouvais pas difficile de croire Dieu pour tout ce dont j’avais réellement besoin. Je n’avais jamais entendu parler du docteur Cullis, du docteur Bordman, ni du docteur Mahan, d’Oberlin, dans l’Ohio. Je n’avais jamais lu sur ce sujet ni livre ni journal d’aucune sorte. Je croyais ce que je lisais dans la Bible au sujet des miracles accomplis par le Seigneur Jésus, qui ouvrait les yeux des aveugles, débouchait les oreilles des sourds et guérissait les malades ; mais je pensais que cela appartenait surtout au temps des miracles, et que c’était pour prouver aux Juifs incrédules la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ. J’avais souvent prié pour des malades, et demandé au Seigneur de bénir les remèdes employés, et bien des fois il l’avait fait, en réponse à la prière, je le crois ; mais je n’en fis jamais une affaire, comme si c’était quelque état de grâce particulier, tellement plus élevé que l’entière sanctification ou la sainteté. Je continuai donc à réclamer l’accomplissement des promesses, éteignant la puissance du feu, échappant au tranchant de l’épée, rendue forte de faible que

j’étais, devenant vaillante à la guerre, et mettant réellement en fuite des armées étrangères. Et je découvris ainsi que rien ne manque à ceux qui craignent le Seigneur. Mais je ne me sentis pas conduite à faire un évangile à part des choses grandes et profondes que Dieu m’avait enseignées. L’Évangile de Jésus était si complet et si pratique, et, avec un bon sens ordinaire, il semblait répondre à tous mes besoins. Gloire au Seigneur pour cette leçon ! Car je trouve que, quel que soit l’état de grâce auquel on soit parvenu en cette vie, on peut toujours apprendre quelque leçon nouvelle. Apprendre à se connaître soi-même. Apprendre à connaître sa faiblesse. Apprendre à connaître la beauté de l’amour, de la puissance et de la sympathie de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Et ainsi de suite.

C’était un samedi. J’étais très occupée, car c’est un jour chargé, surtout pour une blanchisseuse. Après avoir balayé ma chambre, je donnai la pelle à poussière à Mazie pour qu’elle aille la vider dans la caisse à cendres qui se trouvait sur le trottoir. C’était à l’époque où je demeurais sur l’arrière, au 135 Amity Street, à New York. Quand elle rentra, elle dit : « Oh ! maman, quelqu’un a jeté un tas de beaux livres dans la caisse à cendres ; il y en a qui sont presque neufs. » Elle aimait beaucoup lire ; aussi dit-elle : « Est-ce que je peux en rapporter quelques-uns ? »

« Oh ! non, Mazie, dis-je ; j’ai déjà bien assez peu de place, et je ne veux pas qu’on apporte ici de vieux livres ni de vieilleries. » Mais, contrairement à mes ordres, l’enfant fit entrer en cachette trois de ces livres dans la maison et les cacha dans le petit placard, sur l’étagère, derrière les fers à repasser. Au fond de ce placard, sur le plancher, je mettais mon charbon. Je pouvais y mettre environ deux seaux à la fois, soit à peu près un demi-boisseau. Le lundi matin donc, après la prière, Mazie étant partie à l’école, j’allai mettre du charbon dans le poêle, et j’allais ensuite rassembler mon linge. Mais je remarquai que mes fers n’étaient pas remis à leur place sur l’étagère comme il faut. J’allai donc les ranger, et je trouvai ces livres.

« Voilà, dis-je, j’avais dit à Mazie de ne rapporter aucun de ces livres ; elle ne m’a pas obéi. » Mais en les regardant, je me dis : « Peut-être n’aurais-je pas dû lui dire “non” avant de les avoir vus ; car ils sont vraiment presque neufs. » Je ne me rappelle pas ce qu’étaient les deux premiers, mais le troisième était un petit livre intitulé « Livre de physiologie pour les enfants ». Je me mis donc à le lire. Je le parcourus. À mesure que je lisais ses explications, simples et si belles, du corps humain dans toutes ses parties, d’une manière que n’importe quel enfant pouvait comprendre, je m’y intéressai tellement que je m’assis, bien que je fusse si pressée. Après avoir lu et réfléchi, je revins à la première page.

Il y avait sur la feuille de garde une gravure représentant la charpente humaine. En la regardant et en l’étudiant, je dis : « Vraiment, comme le dit le psalmiste, “l’homme est une créature merveilleuse et redoutable”. » Alors, en imagination, je couvris cette charpente de chair, de peau, de tendons, de sang, de pouls et de vie. Puis je lui donnai une douleur, ou un rhumatisme, dans le bras gauche ou dans le dos ; et je dis : « Voilà un homme qui souffre au bras et au dos. Je lui mets un remède dans la bouche, et il faut que ce remède fasse tout ce tour pour atteindre cet endroit ; alors que Dieu, qui l’a fait, sait comment atteindre directement le mal. » Or, tout cela se passait dans mon imagination. Il n’y avait pas une âme dans la maison, sauf moi. Alors je dis, en levant les yeux au ciel : « Oh ! Seigneur, je ne prendrai plus jamais un seul remède de toute ma vie, à moins que tu ne me dises de le faire. » Et je me levai, je jetai tous mes remèdes — j’avais quelques remèdes simples à la maison — et pendant un an et huit mois je ne touchai à rien. Oh ! quelles merveilleuses leçons le Seigneur m’enseigna pendant ce temps ! Il semblait vraiment veiller sur moi comme un père veille sur son enfant. Quelquefois je rentrais une corbeille de linge, et il faisait si chaud que je m’asseyais entre la fenêtre et les portes pour attraper vite la brise ; et j’entendais l’Esprit murmurer, aussi distinctement qu’un homme, si doucement, mais clairement : « Tu es assise dans le courant d’air. » Souvent j’ai regardé autour de moi pour voir s’il n’y avait pas réellement une personne qui parlait. Si j’obéissais promptement et que je me déplaçais, tout allait bien. Mais quelquefois, quand le murmure venait, je disais : « Oh ! oui, mais j’ai si chaud » ; et j’oubliais, jusqu’à ce que je sente une douleur dans le dos, ou dans le cou, ou ailleurs. Alors aussitôt je regardais à Dieu et je disais : « Maintenant, Seigneur, enseigne-moi la leçon que tu veux que j’apprenne ; et puis, je t’en prie, délivre-moi de cette douleur. » Pouvez-vous comprendre la patience et la longanimité de Dieu ? Moi, je ne le puis. Quelquefois il me bénissait tellement, j’étais si heureuse, que je tournoyais sur moi-même en riant et je disais : « Oh ! Seigneur, que c’est beau ! Je n’aurai plus jamais à prendre de remèdes, et je pourrai garder pour d’autres usages l’argent que je dépensais en remèdes. » Mais le Seigneur savait comment m’instruire, que son nom soit loué ! Ainsi, au bout d’un an et huit mois — c’était en novembre, je crois — je pris un gros rhume. Je n’ai jamais su comment j’avais attrapé ce rhume, et si la grippe avait été connue alors comme aujourd’hui, j’aurais dit que je l’avais sous sa forme la plus grave. Je ne pensai jamais aux remèdes. Le Seigneur était mon médecin ; il avait fait tout ce que je lui avais demandé pour moi et pour mon enfant pendant un an et huit mois ; naturellement il le ferait encore. Je priai donc comme

auparavant, mais mon état ne fit qu’empirer. Oh ! que j’étais terriblement malade ! Mais je tins bon. Oh ! comme je criai à Dieu pour être délivrée ! Pendant trois jours et trois nuits, je ne pus me coucher, tant ma toux était mauvaise. J’avais une fièvre ardente. J’avais mal à la tête, et chacun de mes os me faisait mal. Mon état continua d’empirer jusqu’au matin du quatrième jour. J’essayai de m’habiller, mais je ne pouvais rester debout assez longtemps. « Oh ! que vais-je faire ? » J’allai dans ma chambre à coucher et je m’agenouillai près d’une chaise. Oh ! comme je pleurai et priai ! « Oh ! Seigneur, qu’y a-t-il ? Qu’ai-je fait ? Tu m’as toujours guérie quand je te l’ai demandé ; et maintenant, tu le vois, je peux à peine tenir la tête droite, tant je suis malade. Oh ! Seigneur, montre-moi si j’ai fait quelque chose qui t’ait déplu ; fais-le-moi voir clairement, et pardonne-moi, pour l’amour de Jésus. Maintenant, Seigneur, je vais simplement me tenir tranquille jusqu’à ce que tu me parles et que tu me dises ce que j’ai fait, et pourquoi tu ne me guéris pas comme tu le faisais autrefois. »

J’attendis donc quelques minutes, je ne sais combien de temps ; alors il me sembla que le Seigneur Jésus en personne se tenait près de moi ; un tel silence de paix se répandit sur tout mon être, et il sembla me dire si tendrement, oh ! si tendrement : « Maintenant, si tu savais que le Seigneur veut que tu prennes un remède, y consentirais-tu ? »

« Non, Seigneur ; tu m’as toujours guérie sans remède, et pourquoi pas maintenant ? Qu’ai-je fait ? »

Alors ce fut tout à fait comme si une personne parlait, et elle dit : « Non, non, mais si tu savais que c’est la volonté de Dieu, y consentirais-tu ? » Je dis : « Non, Seigneur ; tu peux me guérir sans remède, et je ne veux pas en prendre. » Alors la voix patiente et douce dit pour la troisième fois : « Non, non », et, posant la question un peu autrement, elle dit : « Si tu savais que c’est la volonté de Dieu que tu prennes un remède, consentirais-tu à faire la volonté de Dieu ? »

Oh ! comme je pleurai ! Je le voyais, mais je dis : « Non, Seigneur, je n’aime pas les remèdes ; mais tu peux vaincre ma volonté. Je ne veux pas vivre avec ma volonté opposée à ta volonté. Il faut que tu sois vainqueur. »

Oh ! quel combat ! Il me fallut une heure entière avant que ma volonté fût abattue. Je me cramponnais à la chaise, car je sentais qu’il me fallait me lever, mais je dis : « Non, je mourrai ici même. » Et je restai cramponnée à la chaise. Je dis : « Je ne me relèverai jamais d’ici tant que ma volonté ne sera pas morte. » Et je sus quand la mort fut donnée et quand vint la victoire. Je restai tranquille et repassai tout cela dans mon esprit. Et je dis : « Seigneur, je te remercie. Dis-moi maintenant ce que je dois faire. » Car je sentais que si le Seigneur m’avait dit : « Maintenant, va là-bas, sur la Sixième Avenue, à

la pharmacie, et prends tous les remèdes, flacons compris », j’y consentais ! Oh ! j’y consentais d’un bout à l’autre ! Cela me parut merveilleusement doux de mourir à ma propre volonté et de m’enfoncer en Dieu. À ce moment même, il me vint à l’esprit d’employer un remède simple dont je m’étais servie mille fois auparavant, et en vingt-quatre heures j’étais aussi bien portante que jamais. Jamais de ma vie je ne m’étais remise d’un pareil rhume en si peu de temps ; un rhume comme celui-là était toujours un siège de trois semaines. Mais il me sembla voir ce que tout cela signifiait. Dieu me le montra. J’adorais ma volonté.

Quelquefois, quand j’ai raconté cette étrange expérience à quelques-unes des bonnes gens d’aujourd’hui, elles lèvent les bras dans une sainte horreur et disent : « Oh ! je ne vois pas comment vous osez dire une chose pareille. » Mais je vois le même esprit d’adoration de la volonté chez beaucoup de ceux qui professent ce qu’ils préfèrent appeler « la guérison divine » ; le même esprit d’adoration de la volonté que j’avais. Mais je ne pense pas qu’ils le sachent. Je ne suis en controverse avec personne sur ces questions. Mais oh ! comme je remercie et loue Dieu de m’avoir ouvert les yeux pour voir, et, je pense, pour comprendre sa volonté au sujet d’Amanda Smith. Je ne crois pas qu’il faille appeler le médecin pour la moindre chose, ni faire de soi-même une pharmacie ; mais je crois qu’il est juste, quand on a besoin de remèdes ou de médecin, de recourir aux uns et à l’autre, avec prière et avec bon sens, d’un œil simple. Mais dire que l’emploi des moyens dans la maladie est contraire à la volonté de Dieu, et que tous les chrétiens doivent avoir la foi et se confier au Seigneur pour être guéris sans employer aucun moyen, même quand leur bon sens, qui est un don de Dieu tout autant que n’importe quelle autre bénédiction, leur dit d’employer les moyens ; qu’ils doivent fermer les yeux, ne tenir compte d’aucun symptôme, et, par la force de la volonté, qu’ils doivent appeler « la foi », passer par-dessus tout ; — voilà où commence le grand combat pour Amanda Smith. Ma voisine prie et elle est merveilleusement guérie ; elle est chrétienne ; moi aussi ; nous avons toutes deux été bénies de Dieu ; je prie, et je ne suis pas guérie ; quelqu’un me dit que c’est un manque de foi de ma part, ou qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans ma consécration, ou quelque chose qui ne va pas en moi quelque part, et que c’est pour cela que je ne suis pas guérie. Alors se pose la question : « Comment le savez-vous ? Qui vous l’a dit ? » De sorte qu’il me faut, ou bien être jugée, ou bien juger moi-même ; et où trouverais-je l’autorité pour le faire ? Que le Seigneur m’aide. Amen.

Le temps des miracles n’est pas passé. Dieu a guéri sans l’emploi d’aucun moyen, aussi bien qu’avec des moyens ; et pourquoi il ne guérit pas maintenant tous les cas comme il le faisait autrefois, je ne pense pas avoir le

droit de dire que c’est à cause d’un manque de foi chez quelque pauvre et faible enfant de Dieu, et de les vouer ainsi à la perdition. Et puis il y a des choses que Dieu veut que nous fassions nous-mêmes. Il n’y a pas longtemps, j’étais chez un bon pasteur, un homme qui connaissait le Seigneur et qui, depuis des années, marchait dans la lumière et dans la félicité du salut complet. Il avait commencé à devenir sourd de l’oreille droite ; cela était venu peu à peu, tantôt pire, tantôt mieux. Il pria donc avec ferveur, crut Dieu, et tint bon pendant environ un an. Finalement son état sembla empirer. Sa femme, une femme bonne, sauvée, orthodoxe et pleine de bon sens, lui avait souvent dit qu’il devrait consulter un médecin à ce sujet. Mais il avait une volonté assez forte, et ne cédait pas facilement à ses instances. Elle, cependant, était douce et patiente. Un matin qu’il était assis dans la pièce à causer avec moi, elle entra et dit : « Voyons, mon ami, il faut vraiment que tu ailles voir le médecin ce matin au sujet de ta surdité ; laisse-le examiner ton oreille ; ton état empire tout le temps, et il ne faut pas que tu te promènes partout sourd comme cela. »

Le brave homme regarda sa femme, puis il se tourna vers moi et dit en souriant : « Sœur Smith, ma femme sait généralement fort bien ce qu’elle veut quand elle a pris une décision. »

« Oui, sœur Smith, dit-elle, cela ne ferait aucun mal d’aller voir ce qu’il en est, de toute façon. »

« Sœur M., dis-je, vous avez tout à fait raison ; c’est justement ce que je dis. »

Le voilà donc parti. Il fut absent environ deux heures. Quand il revint, je dis : « Eh bien, frère M., qu’a dit le médecin ? »

« Oh ! gloire au Seigneur, dit-il, tout va bien ; j’entends clair comme une cloche. » Puis il raconta l’histoire et rit de bon cœur. Je dis : « Qu’a fait le médecin ? »

« Oh ! dit-il, il m’a dit de m’asseoir et qu’il allait examiner mon oreille ; il a dit qu’il n’y avait rien de grave, que le cérumen était très sec. Il a donc pris ses instruments, il en a retiré à peu près plein un dé à coudre, il y a mis un peu d’huile douce ou quelque chose de ce genre, et tout va bien. »

« Oui, dis-je, gloire au Seigneur. Il y a des gens qui auraient importuné le Seigneur pour qu’il leur nettoie les oreilles, alors qu’ils pourraient le faire eux-mêmes, ou le faire faire par quelqu’un à qui Dieu a donné le bon sens et la capacité voulus. »

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