Amanda Smith : une autobiographie
Retour à Liverpool, et la guérison par la foi

Chapitre 40 · 26 min de lecture · 34 min d’écoute

Retour à Liverpool, et la guérison par la foi

Je quittai Sierra Leone en novembre 1890. J’étais si mal en point que je ne me donnais plus que trois semaines à vivre ; je pensais pouvoir peut-être me traîner à peu près jusque-là.

Je n’allai chez aucun de mes amis de Liverpool ou de Southport, comme ils le souhaitaient. J’étais si fatiguée et si faible, et je pensais au souci et à l’inquiétude que je leur causerais, et puis au surcroît de travail pour les domestiques — je pensais à tout cela —, bien que je n’aie jamais vu de ma vie des domestiques d’aussi bons principes qu’en Angleterre.

Je suppose qu’il n’est pas une dame en Angleterre qui songerait à consulter ses domestiques pour savoir si elle doit recevoir chez elle une personne de couleur ; je ne crois pas qu’on ait jamais entendu parler d’une telle chose en Angleterre. Mais en Amérique, une telle chose ne serait pas jugée déplacée. J’en ai vu des exemples plus d’une fois.

J’étais, il n’y a pas longtemps, chez une excellente dame de Philadelphie ; elle était très bonne pour moi, et elle aurait voulu me prier de rester pour le thé, mais elle n’osa pas le faire, à cause d’une vieille servante qui aurait été fâchée de devoir servir une femme de couleur que la dame elle-même aurait invitée à sa table. Il faisait nuit, et je n’avais que deux heures et demie de voyage, de Philadelphie à Newark, où j’habite, et je me préparai moi-même mon souper, grâces en soient rendues au Seigneur.

Eh bien, je n’avais aucune crainte de ce genre en Angleterre. Mais je sentais que j’avais besoin de calme, et qu’on me laissât simplement tranquille. J’avais déjà tout à fait clairement dans l’esprit ce que je ferais du petit Bob.

Pendant la traversée, j’eus ma première attaque de « la grippe ». Je n’en avais pas entendu parler en Afrique ; elle n’y était pas encore arrivée ; de sorte que je ne savais pas vraiment ce qui m’arrivait. Mais le bon

médecin du vapeur parut savoir comment la traiter, et, avec les petits remèdes que je savais prendre moi-même, je fus soulagée en quelques jours. Puis le mal sembla reprendre ; et, oh ! quelles douleurs j’endurai ! Je demandai au Seigneur de ne pas me laisser mourir et être ensevelie en mer.

J’avais vu la pauvre Mme Beede ensevelie en mer, quand je revenais du Vieux-Calabar. Et je savais tout ce qu’il faudrait faire, et j’en reculais d’effroi. Je dis : « Oh ! Seigneur, si seulement tu veux me donner la force d’arriver à Liverpool, je ne t’importunerai plus. »

Car j’étais si lasse de tenir bon et de m’efforcer de rester debout ; et, pendant trois semaines après mon arrivée à Liverpool, je ne priai pas. Il me semblait que le Seigneur avait fait tout ce que je lui avais demandé, et que maintenant il ne me restait qu’à faire le peu que je pouvais pour moi-même, et à attendre simplement de voir ce que le Seigneur ferait ensuite.

J’examinai calmement tout ce que j’avais dans l’esprit, et mon œuvre en Afrique. Je sentais que, s’il y avait tant à faire et que je n’en avais fait qu’un peu, j’avais pourtant l’approbation de Dieu d’avoir fait tout ce que je pouvais. J’étais allée en Afrique sur son ordre, et je n’en étais partie qu’après m’être assurée de son assentiment. Aussi je sentais que, si je devais mourir, ma conscience était nette devant mon Dieu. J’avais travaillé de bon cœur et souffert joyeusement dans l’œuvre, pour l’amour de lui. Et il n’y avait pas une ombre entre mon âme et Dieu, et je sentais que je n’avais rien à demander.

Nous arrivâmes à Liverpool le vendredi soir. L’hôtesse du bord me dit que je pouvais loger chez elle. Elle m’emmena donc dans sa maison. Toute la nuit je souffris. Le samedi matin, je me sentis un peu reposée ; mais les douleurs me tourmentaient beaucoup ; aussi, comme le soir approchait, j’envoyai chercher un remède, pensant me coucher de bonne heure. Mais vers huit heures, ma chère amie Mme Stavely (à qui j’avais écrit pour lui dire que j’étais arrivée, mais que je ne pensais pas voir avant le lundi) entra avec son mari. Chères âmes, comme ils furent bons ! Ils étaient ravis de me voir, et me dirent qu’ils me trouvaient bonne mine, en comparaison de ce à quoi ils s’attendaient. Je leur racontai combien j’avais été mal et combien j’avais souffert. Aussitôt Mme Stavely dit :

« Oh ! pourquoi ne vous confiez-vous pas au Seigneur pour qu’il vous guérisse ? »

« Mais, dis-je, c’est ce que j’ai fait tout le temps ; et je crois que, si je ne l’avais pas fait, je serais morte depuis longtemps. »

Elle m’avait souvent écrit, pendant que j’étais en Afrique, au sujet de la guérison par la foi, et m’avait envoyé quantité de brochures ; de plus, je connaissais la chère Mme Baxter, et Mme Bordman, la femme du docteur, et beaucoup d’autres de ces âmes d’élite. Mais je ne semblais pas pouvoir voir cet

enseignement comme elles. Elles ne pouvaient comprendre comment une personne aussi forte dans la foi que je semblais l’être ne le voyait pas ; et elles savaient, et je savais, que le Seigneur était avec moi, qu’il me conduisait et me bénissait. Mais, pas plus qu’elles, je ne le comprenais moi-même.

« Cependant, dis-je à Mme Stavely, si un effort de ma part est nécessaire, je ne puis le faire, je suis trop faible. Mais, comme l’homme dont nous lisons l’histoire dans l’Évangile, je consens à ce que n’importe qui fasse pour moi tout ce qu’il pourra. »

L’homme dont nous lisons l’histoire dans l’Évangile était trop faible pour rien faire lui-même, mais il consentit à ce qu’on découvrît le toit de la maison et qu’on le descendît devant Jésus ; et Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Lève-toi. » Alors je dis : « Voilà justement où j’en suis. Je consens, du sommet de la tête à la plante des pieds. »

« Eh bien, dit-elle, si vous y consentez, le Seigneur peut le faire. »

« Mais c’est que, dis-je, je viens d’avaler une dose d’huile de ricin et de laudanum, cinq minutes avant votre arrivée. »

« Eh bien, dit-elle en riant, vous pouvez vous confier au Seigneur. »

Je savais combien ce bon M. Stavely était prudent et réservé ; ce n’était nullement un exalté, bien qu’il fût l’un des hommes les plus admirables que j’aie jamais connus ; et il prit la parole :

« Oui, sœur Smith, pourquoi ne pas vous confier au Seigneur pour la guérison ? »

« Ma foi, pensai-je, s’il en est venu à croire cela, c’est merveilleux. »

Après une agréable causerie, ils rentrèrent chez eux. Tout le dimanche je souffris. Il y avait une dame malade dans la chambre voisine de la mienne, et on fit venir un médecin pour elle. C’était un bon chrétien. Comme j’étais très malade, mon hôtesse me dit que je ferais bien de me faire voir par le médecin. J’y consentis, et il entra. Il était très aimable, et je lui dis que j’arrivais d’Afrique. Il s’y intéressa beaucoup, et me dit qu’ils avaient une grande mission sur le Congo. Il fut ravi de voir le petit Bob, et me dit qu’il aimerait que Bob et moi venions à l’école du dimanche de leur église.

Il me laissa un remède qui me fit du bien et calma la douleur, si bien que je pus dormir un peu le dimanche soir. Puis, comme il devait revenir voir l’autre dame le lundi et le mardi, il passa chaque fois me voir aussi.

Je pris le remède le dimanche et le lundi, mais je ne le pris pas le mardi.

« Maintenant, je dois me confier au Seigneur, maintenant que j’y consens,

me dis-je ; mais le docteur est si bon, il ne sera peut-être pas content s’il apprend que je ne prends pas le remède ; malgré tout, s’il me le demande, je lui dirai que je ne le prends pas. » Puis je priai : « Seigneur, fais qu’il ne me pose aucune question là-dessus. »

Et, de fait, il passa le mercredi, bavarda agréablement et dit : « Eh bien, madame Smith, je vois que vous allez mieux. »

« Oui, docteur, dis-je, je me sens beaucoup mieux. Combien vous dois-je ? »

« Oh ! rien du tout. Je suis très heureux de faire pour vous ce que je peux. »

Je le remerciai donc, et il s’en alla.

Le vendredi, j’appris que l’évêque Taylor était en ville et qu’il repartirait le samedi. Je me rendis donc au bureau de M. Stavely, au Temple, dans Dale Street, à Liverpool, et je trouvai que le bureau d’Anderson Fowler, l’agent de l’évêque Taylor, était voisin de celui de M. Stavely.

C’était la première fois que je voyais fonctionner un téléphone. C’était une chose toute nouvelle pour moi. Mais j’eus bientôt des nouvelles de l’évêque. On répondit : « Oui, il était là ; il venait de sortir il y a cinq minutes. »

Je laissai donc mon adresse, et priai l’évêque de venir me voir à mon logement. Mais, comme l’évêque était souffrant, pris d’asthme, ce furent son fils, M. Ross Taylor, et M. Welch, ancien rédacteur des « African News », qui vinrent à mon logement.

Je fus ravie de les voir. Nous passâmes ensemble un moment bien agréable. Nous chantâmes un petit cantique, puis nous nous agenouillâmes pour prier. Ma foi ! comme frère Ross Taylor pria, et frère Welch aussi ! Ils étaient très pressés, et ne restèrent donc pas longtemps.

M. Ross me dit que son père devait partir pour l’Afrique le samedi. Le lendemain matin, je pris donc un fiacre, et Bob et moi descendîmes à l’embarcadère pour dire adieu à l’évêque. J’arrivai avant lui, et je le vis monter à bord ; et je crois n’avoir jamais eu tant pitié d’un homme de ma vie. Il semblait pouvoir à peine marcher, tant il était faible et maigre. Je me dis : « Ce n’est pas l’évêque Taylor que j’ai laissé en Afrique. » Oh ! comme il était changé ! Après l’avoir regardé un moment (car il ne me voyait pas), j’allai à lui et je dis :

« Comment allez-vous, monsieur l’évêque ? »

« Assez bien », dit-il.

Qu’il fut content de voir Bob et moi ! La dernière fois qu’il nous avait vus, c’était au cap des Palmes, en Afrique. Puis je dis : « Quel affreux rhume vous avez ! »

« Oui, dit-il, une crise d’asthme. Je n’en avais pas eu depuis (je crois qu’il dit) trente ans. L’autre nuit, je me demandais si je n’allais pas partir. J’avais le souffle si court. Mais j’ai dit au Seigneur que, s’il voulait m’épargner, j’aimerais vivre encore un peu pour l’Afrique. »

Et je vis de grosses larmes dans ses yeux, et ses lèvres tremblaient. Puis il essuya ses larmes et dit, avec une lueur malicieuse dans le regard :

« Vous savez, Amanda, j’ai connu des hommes qui sont morts faute de souffle. »

« Oui, dis-je, c’est généralement de ce manque-là qu’on meurt. »

Oh ! comme j’aurais aimé repartir avec lui ! En le regardant, je me dis : « Oh ! quel sacrifice, et tout cela pour mon peuple ! À son âge, il devrait avoir les douceurs de son foyer, sa femme pour prendre soin de lui, et ses enfants autour de lui. Et le voilà si faible et si malade. Et puis il part tout seul sur ce vapeur, sans une âme pour faire quoi que ce soit pour lui. »

Je ne puis dire combien j’étais triste. Je dis à M. Ross : « Ne pouvez-vous pas aller avec l’évêque jusqu’à Madère ? »

« Non, répondit-il, mon père dit que je dois rentrer à la maison. »

Puis l’évêque me dit : « Eh bien, adieu, Amanda. Prenez bien soin de Bob. »

Je lui fis mes adieux du mieux que je pus, et je m’en allai. Je ne pensais jamais le revoir en cette vie. Quand je fus montée dans le fiacre, oh ! comme je pleurai ! Et pendant trois jours, chaque fois que je pensais au cher vieux héros, je pleurais tout mon soûl ; je ne pouvais m’en empêcher. Que le Seigneur fut bon de le mener en Afrique et de le ramener dans son pays si bien portant et si fort ! Qu’il est bien Dieu, celui qui fait tout à merveille ! Amen.

Je reviens à mon récit. Être sortie à ce moment-là me valut un nouveau refroidissement ; je n’avais pas encore mes vêtements d’hiver ; aussi une toux terrible se déclara, avec un rhumatisme dans le bras gauche ; et ce que je souffris, Dieu seul le sait. Mais j’avais cessé de prendre aucun remède. J’étais disposée à me confier au Seigneur.

« Seigneur, dis-je, voilà toutes les choses que j’ai prises ; elles m’ont aidée jusqu’à un certain point, et puis il m’a fallu me confier à toi. Je me confierai donc à toi et je me passerai de rien prendre. »

Or, cette fois, le Seigneur ne parut pas m’éprouver comme auparavant. Je voulais seulement un peu de soulagement à ma douleur, car de toute façon j’allais mourir. Je continuai donc ainsi.

Une nuit, vers deux heures, je n’avais pas fermé l’œil jusqu’à ce

moment-là, j’étais assise dans mon lit, pleurant de douleur à cause de mon bras. Le cher petit Bob était couché à côté de moi, dormant à poings fermés. Tout le monde dans la maison dormait ; ma toux était terrible ; et je dis : « Oh ! Seigneur, aide-moi. Que dois-je faire ? » Et, comme si quelqu’un se tenait près de moi et me parlait, j’entendis : « Mets de l’ouate de coton sur ton bras. »

« Tu sais, répondis-je, que je n’en ai pas ; mais demain matin, je demanderai à la dame si elle en a. »

C’est ce que je fis, et elle m’en donna. Je m’agenouillai devant le feu, et je mis l’ouate de coton. Cela sembla vraiment me soulager, et la douleur parut s’apaiser tandis que j’étais à genoux devant le feu et que mon bras se réchauffait, et je tombai dans un petit assoupissement. Le lendemain, cela allait mieux, mais, oh ! que c’était douloureux ! Je dis à mes amies que je croyais que c’était le bon Esprit qui m’avait inspiré de mettre l’ouate de coton. Mais elles pensaient que je n’aurais pas dû le faire, et que j’aurais dû simplement ignorer ce moyen et me confier uniquement au Seigneur.

Eh bien, je fis de mon mieux. On m’envoya des livres sur la question ; mais je dis : « Je ne lirai rien d’autre que la Bible. Je vais prendre la Parole de Dieu, et demander le secours de l’Esprit. »

Fort bien. Une nuit, après cela, ma toux me tourmentait au point que je ne pouvais dormir. Après une violente quinte, je dis : « Oh ! Seigneur, aide-moi donc. Que dois-je faire ? » Et en un instant une voix me dit distinctement : « Une tisane de betterave calmera l’irritation. » Et je dis : « Maintenant, Seigneur, si c’est ta voix qui me parle, garde-le, je te prie, dans mon esprit jusqu’au matin, et je le ferai. »

Je me rappelai que, vingt ans auparavant, on m’avait dit cela, et que je l’avais fait pour une amie malade d’un refroidissement, et que cela l’avait soulagée ; mais je ne me souvenais pas d’y avoir jamais repensé depuis, jusqu’à ce que cela me revînt cette nuit-là.

C’était entre trois et quatre heures du matin. Vers le point du jour, je fus un peu plus tranquille ; et à sept heures, une servante entra et fit le feu, et la betterave me revint à l’esprit. Je dis : « Bon, je vais mieux maintenant, je n’ai pas besoin de m’en occuper. »

Je me levai à huit heures, et cela me revint encore : « Tisane de betterave. » Mais je n’y pris toujours pas garde. Vers neuf heures, le même murmure me revint :

« Tu as dit que, si le Seigneur le gardait dans ton esprit jusqu’au matin, tu ferais la tisane de betterave. »

« C’est vrai, je l’ai dit. »

Et j’appelai Bob et l’envoyai en bas demander à la dame si elle avait des betteraves rouges. Elle m’en envoya deux petites, mais très belles

et bien rouges ; j’avais une petite casserole, je les y mis, les fis bouillir et en tirai une pleine tasse bien forte que je bus ; et cela calma si bien l’irritation qu’après cela je ne toussai plus guère, en comparaison d’auparavant ; et je croirai toujours que Dieu m’enseignait à ne pas rejeter l’usage de tout moyen dans la maladie.

Je crois que Dieu est honoré autant quand il me dit de faire une chose et que j’obéis, que lorsqu’il me dit de ne pas la faire et que j’obéis. « Tu ne convoiteras point. » « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur. » Pour moi, l’obéissance dans les deux cas est absolument nécessaire pour honorer Dieu. Je ne reçois de bénédictions que dans la mesure où j’obéis.

Le pasteur D. F. Sanford, de Boston, fut très bon pour Bob et pour moi ; lui et sa femme étaient à la maison Berachia, à Southport, et, pendant la série de réunions qu’il y tenait, il donna des lectures bibliques sur ce sujet ; et cela parut si clair, et beaucoup semblèrent y trouver secours et bénédiction, et moi aussi.

Mais beaucoup pensaient que je n’étais pas encore à moitié tirée d’affaire. Ainsi, un jour, après mon retour à Liverpool, deux dames vinrent me voir. Je ne les avais jamais vues, mais elles me dirent qu’elles avaient entendu parler de moi ; et l’une d’elles, Mme A., me raconta sa merveilleuse expérience : comment elle avait été guérie de l’hydropisie.

Je l’écoutai avec un profond intérêt, tandis qu’elle me racontait tous les détails qui s’y rapportaient, et comment elle avait pris de l’huile et s’en était ointe, comme elle sentait, disait-elle, que le Seigneur la conduisait à le faire.

« Oh ! dis-je, je suis allée hier soir à la boutique, et il m’est venu à l’esprit d’acheter de l’huile douce. »

« C’est cela même », dit-elle aussitôt.

« Mais, dis-je, je ne l’ai pas achetée. »

« Eh bien, dit-elle, l’huile d’olive est la meilleure ; mais je n’en avais pas, dans mon cas. N’avez-vous pas une huile quelconque dans la maison ? »

« Seulement un peu d’huile de ricin qui est restée dans le verre. »

« Il n’en faut que quelques gouttes, et cela suffira. »

Je m’agenouillai donc, elles m’oignirent de cette huile et prièrent très ardemment. Elles dirent toutes deux avoir reçu un tel baptême quand elles avaient été guéries ; aussi je ne pouvais m’empêcher d’attendre quelque assurance de cette œuvre de guérison de mon corps, comme j’en avais reçu pour ma sanctification et ma justification.

Elles me dirent que j’avais raison de l’attendre, car Dieu avait pourvu à la guérison du corps en même temps qu’à celle de l’âme ; et je m’efforçai honnêtement de voir la chose exactement comme elles. Mais je ne le pus pas. Je continuai pendant dix jours à attendre cette assurance spéciale que j’étais

réellement guérie. Oh ! comme je la désirais ! mais je ne reçus jamais une telle assurance. Pourtant je tins bon par la foi.

Noël arriva. Ma chère amie Mme Stavely m’avait invitée à Seaforth. C’est à grand-peine que j’y parvins. Une fois là, oh ! quelle nuit de souffrance ! Elle pria avec moi. Oh ! qu’elle était fidèle et bonne ! Sa foi s’attachait à Dieu pour moi.

Le lendemain, une autre chère amie, Mme D., vint ; et toutes deux ensemble prièrent et m’encouragèrent à tenir bon encore, disant que toute la douleur que j’endurais n’était qu’une tentation, et que le Seigneur me guérirait. Je fis faire à ma volonté tout ce qu’elle pouvait ; mais je sentais la douleur tout autant.

Vers midi, je me levai, et elles m’aidèrent à m’habiller. Elles tenaient tant à ce que je descende pour le repas de Noël avec elles ! Je descendis donc, et, tant bien que mal, je supportai la douleur pendant tout le repas. Quand il fut fini, je ne pus tenir plus longtemps ; je montai dans ma chambre, et j’arpentai le plancher dans l’angoisse. J’essayai d’ignorer la douleur ; mais en dépit de ma volonté et de ma foi, elle ne se laissa pas ignorer le moins du monde !

Vers le point du jour, je fus un peu plus tranquille et je dormis un peu ; et, bien que la douleur ne fût plus aussi vive qu’elle l’avait été, il se passa trois semaines avant que je pusse lever le bras au-dessus de la tête. Et quand j’employais quelque moyen, ou que j’en parlais, mes amies avaient grand-pitié de moi et disaient que ce n’était pas honorer le Seigneur que d’agir ainsi.

Mais j’avais sincèrement prié pour être éclairée. Et je crois que Dieu m’a donné la lumière ; s’il ne la donne à personne d’autre, il la donne à Amanda Smith, et je suis bien sûre de ne pas me tromper sur la manière dont Dieu me conduit. Je crois qu’il m’a délivrée de la servitude sur ces points. Amen. Amen.

Parmi les petits incidents qui trouvèrent leur dénouement après mon retour d’Afrique en Angleterre, je dois raconter ici l’histoire de mon chapeau — histoire peu importante en elle-même, mais qui, comme la plupart des histoires, a aussi sa morale, si nous voulons bien la voir.

Comme il m’en coûta de renoncer à mon beau chapeau de Quakeresse ! Je n’avais aucun sentiment particulier à le porter, pour ce qui est des plumes et des fleurs. J’avais réglé cette question quand je m’étais convertie. Toutes ces choses avaient été abandonnées, quoique leur amour fût profondément ancré dans mon cœur, de sorte que, quand je recherchai la bénédiction de la purification, je n’eus aucune difficulté sur la question de la toilette.

J’avais toujours admiré la mise des Amis ; ce fut donc tout de suite mon choix ; et à cette époque, beaucoup de sœurs chrétiennes dans toutes

les églises de couleur de Philadelphie, de New York et de Baltimore s’habillaient comme les Amis ; on les appelait généralement les Sœurs de la Bande, et elles étaient en règle générale réputées pour leur profonde piété et leur caractère chrétien. Je les aimais pour cela, autant que j’admirais leur mise très simple, car le comble de mon ambition était d’être une chrétienne conséquente, franche et entière.

Il n’était pas question d’appartenir à la Société des Amis parce qu’on choisissait de s’habiller comme eux. Je me souviens que non seulement les méthodistes de couleur s’habillaient comme eux, mais aussi les méthodistes blancs, si bien que je n’avais jamais imaginé qu’on pût me questionner sur ma mise simple. Arrivée en Angleterre, je trouvai qu’il en allait autrement : s’habiller comme une Amie sans être une Amie, et sans que personne des miens fût de la Société des Amis. On ne le comprenait pas, de sorte qu’au cours de mes déplacements, on me questionnait souvent, quoique d’une manière fort aimable.

J’étais beaucoup avec les Amis, et ils étaient on ne peut plus hospitaliers et bons. Ils me disaient parfois :

« Est-ce que tu appartiens à la Société des Amis ? »

« Non. »

« Ton père et ta mère en étaient-ils ? »

« Non. »

« Et personne des tiens n’est de la Société des Amis ? »

« Non. »

« Comme c’est étrange que tu portes l’habit des Amis. »

Eh bien, alors je me lançais dans une longue explication ; je parlais de l’indépendance des Américains dans leurs choix ; de ce que personne ne se sentait obligé de porter un habit déterminé ; que des méthodistes ou des presbytériens, n’importe qui, s’il leur plaisait de s’habiller comme les Amis, ou comme n’importe qui d’autre, et s’ils en avaient les moyens, se procuraient simplement l’article, quel qu’il fût, et que personne n’y attachait la moindre pensée.

Ils écoutaient patiemment, puis disaient avec bonté : « Eh bien, je crois qu’à ta place je ne le ferais pas. »

Je ne le compris pas d’abord, mais plus tard je découvris qu’en Angleterre personne ne porterait un chapeau d’Amie sans être de la Société des Amis ; ceux qui le feraient seraient soupçonnés de vouloir passer pour ce qu’ils n’étaient pas. Quand j’appris cela pour la première fois, je fus effrayée. Je dis : « Oh ! mon Dieu, est-ce pour cela qu’on m’a tant questionnée ? »

Tandis que j’allais d’un lieu à un autre, tout le monde me traitait avec la plus grande bonté ; « mais, oh ! dis-je, est-ce là la pensée qu’ils avaient dans l’esprit, que je voulais passer pour ce que je ne suis pas ? »

Je priai et pleurai beaucoup à ce sujet, car le Seigneur seul

sait combien je hais la tromperie ou le faux-semblant en quoi que ce soit, mais surtout dans le christianisme ou la religion ; mais je ne pouvais rien y faire. Je pensais que, si j’ôtais mon chapeau — et je ne le voulais pas, car je l’aimais vraiment —, mais si je l’ôtais pourtant, et que je rencontrais des personnes d’Amérique qui me connaissaient, elles diraient : « Oui, c’est justement ce que nous pensions : Amanda Smith ôterait son chapeau simple une fois arrivée en Angleterre ! »

D’un autre côté, les gens de ce côté-ci de l’océan pensaient qu’en portant l’habit des Amis, je me faisais passer pour ce que je n’étais pas.

J’étais donc prise entre deux feux, et la pensée de naviguer sous un faux pavillon m’était plus que je n’en pouvais supporter ; mais je tins bon jusqu’à mon retour à Liverpool ; alors il me fallut un nouveau chapeau. Je redoutais de recommencer toute l’explication. Je voyais que les dames d’âge posé portaient de petits chapeaux. Je pensai : « Que vais-je faire ? je ne pourrai jamais porter un petit chapeau. »

Je pensais que, si je pouvais trouver une modiste de la Société des Amis, je me procurerais un chapeau simple, même si ce n’était pas un vrai chapeau d’Amie. Je savais que je ne trouverais pas ce que je voulais chez une modiste ordinaire, et je ne savais où aller, à Liverpool, pour trouver une modiste des Amis.

J’écrivis à mon amie Mme Margaret Davis, de Fox Rock, près de Dublin, et je lui exposai mon embarras. Elle me répondit qu’à son avis j’avais tout à fait raison de me procurer le chapeau que je voulais, et qu’elle chercherait où je pourrais trouver une modiste des Amis à Liverpool. Mais avant que j’eusse reçu sa réponse, deux dames vinrent me voir et voulurent m’accompagner pour m’acheter des vêtements plus chauds. Il faisait très froid, et je n’avais que mes vêtements d’Afrique, quatre épaisseurs, sans pour autant avoir chaud ; nous allâmes donc faire des emplettes, comme on dirait en Angleterre.

Ces dames m’achetèrent un beau manteau de fourrure, de chauds sous-vêtements de flanelle, une jolie veste de jersey, des bas, des gants, etc. ; puis elles dirent :

« Y a-t-il autre chose, Amanda ? »

« C’est tout », répondis-je.

Juste à ce moment, l’une des dames dit : « Oh ! il vous faut un joli chapeau ! »

Je leur dis alors que j’attendais une lettre pour savoir où aller. Elles dirent : « Vous ne remettrez pas ce grand chapeau. »

J’essayai de leur expliquer de mon mieux, mais elles insistèrent pour que je prenne un chapeau « convenable », comme elles disaient. Nous allâmes donc au rayon des modes, et l’on me prit un « joli chapeau », le plus grand qu’ils eussent, et il n’était pas bien grand, et le plus simple.

Tout alla donc bien jusqu’à mon retour en Amérique ; mais là, cela recommença : « Oh ! qu’avez-vous fait de votre chapeau simple ? » J’étais si lasse de m’expliquer que j’eus envie de lancer une nouvelle mode et de ne plus porter de chapeau du tout !

Des quantités de gens m’ont questionnée sur mon chapeau qui n’ont jamais songé à me demander comment prospérait mon âme ; et cela, après tout, est plus important aux yeux de Dieu que si je portais cent chapeaux simples.

J’ai cru bon de donner cette explication définitive. Amen.

J’eus beaucoup de dépenses pendant mon séjour à Sierra Leone. J’avais avec moi mes deux enfants indigènes, Bob et Frances, et la petite fille était tout le temps malade. Je fis tout ce que je pus pour la rétablir assez pour l’emmener avec moi.

Elle était malade depuis trois mois quand je quittai Monrovia ; mais je l’avais assez rétablie pour aller jusqu’à Sierra Leone, où j’espérais que, grâce à de meilleurs soins médicaux, elle se porterait assez bien pour que je l’emmène en Angleterre.

Après avoir passé trois ou quatre mois à Sierra Leone et fait tout ce que je pouvais pour elle, payant les notes des médecins et tout le reste, le docteur finit par me dire que l’enfant ne supporterait pas le climat si je l’emmenais, et qu’elle me donnerait beaucoup de peine et de soucis ; je dus donc me décider à la laisser, puisque j’avais le petit Bob à soigner.

Puis il me fallut pourvoir Frances de tout, afin de la laisser bien installée, puisque j’emmenais le petit Bob avec moi. Cela augmenta mes dépenses ; mais j’avais bien assez pour me rendre à Liverpool, si je pouvais vivre jusqu’à mon arrivée, ce dont je doutais parfois un peu. Mais le Seigneur connaissait mon cas.

Je n’étais pas là depuis longtemps que mon Père, mon Dieu plein d’amour, commença d’accomplir cette bénie et vieille promesse qu’il m’avait donnée quand je quittai l’Amérique : « Mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. » Philippiens 4:19. Divers amis se mirent à m’envoyer de l’argent, comme je l’ai déjà montré ; les uns, trois livres ; puis deux livres ; d’autres, une livre.

Une semaine où j’avais besoin de quatre shillings tout juste pour payer mon logement à Liverpool, avant de partir chez mon amie Mme Staveley, à Seaforth, où je devais aller cet après-midi-là, le facteur m’apporta une lettre le matin ; quand je l’ouvris, elle venait d’Amérique et contenait un dollar. Je ne connaissais pas l’expéditeur — pas de

nom —, seulement : « Que Dieu vous bénisse ; je vous souhaite la bienvenue à votre retour d’Afrique. » C’était tout. Je louai donc le Seigneur, payai mon logement et partis.


« Voilà, voilà le Dieu que j’adore,
Mon ami fidèle, immuable ;
Son amour est grand comme sa puissance,
Qui n’a ni mesure ni fin. »

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