Chapitre 35 · 33 min de lecture · 42 min d’écoute
L’émigration et les écoles du Liberia
On me demande souvent si je suis favorable à l’émigration des gens de couleur vers le Liberia, en Afrique.
Ma réponse est : « Oui » et « Non ».
Oui, si ce sont des émigrants de la bonne sorte qui partent. Car dans ce pays-ci, si ce sont des émigrants de la bonne sorte qui arrivent, nous n’avons rien à craindre. Mais c’est ce flot d’Italiens ignorants, sans instruction et sans formation, de pauvres Juifs polonais, d’Irlandais et d’Allemands, qui ne portent aucun intérêt à l’Amérique, sinon pour ce qu’ils peuvent en tirer, qui n’ont aucun amour pour ses institutions, aucun amour pour son gouvernement, à qui l’on n’a enseigné aucun de ses principes, qui n’en savent rien et ne tiennent pas à en savoir quoi que ce soit — voilà les gens dont nous ne voulons pas en Amérique ; des femmes ignorantes, des hommes ignorants et, bien entendu, des troupeaux d’enfants tout aussi ignorants ; pires que les païens d’Afrique, et bien plus difficiles à éclairer, parce qu’ils ont été imprégnés de romanisme, tandis que l’Africain n’arrive qu’avec ses superstitions, qu’il abandonne bien vite sous les influences civilisées et chrétiennes. Or, à moins qu’il n’y ait eu une grande amélioration depuis que j’y étais, le gouvernement libérien est très pauvre, mais il parvient à s’en tirer tant bien que mal. Et si des hommes noirs instruits, travailleurs, intelligents, ayant de l’argent, voulaient y aller par amour de la race, avec l’amour de Dieu dans le cœur, et y aller sans autre but que de sacrifier leur vie et leur argent pour le bien de la république et de leurs semblables (et il ne leur faudrait pas longtemps pour cela ; mais c’est la seule manière pour des hommes noirs d’aller en Afrique ; et moi je crois que c’est la bonne manière), alors je dis : oui, émigrez.
D’autre part, je dis « Non ». Car je ne crois pas qu’il soit
juste d’emmener des hommes et des femmes sans discernement, et en général parmi les plus pauvres du Sud ou d’ailleurs, ignorants des principes, des besoins et des devoirs du gouvernement libérien, comme ces pauvres Italiens ignorants, ou ces Juifs polonais, ou d’autres qui ne connaissent ni le pays ni ses coutumes, qui n’ont pour lui aucun amour d’aucune sorte, sinon pour ce qu’ils en tirent, à qui l’on n’a rien enseigné, qui n’ont aucun amour de la loyauté, sinon dans la mesure où ils peuvent l’emprunter à des fins égoïstes ; alors je dis : « Non, non ! »
Dieu bénisse la Société de colonisation ! Elle a été suscitée en un temps de besoin impérieux ; et ainsi le furent John Knox en Écosse et Wesley en Angleterre. Elle a fait son œuvre. Mais du point de vue où je me place, je proposerais sa dissolution sur-le-champ, et je ferais savoir aux Blancs qui veulent que le Noir émigre en Afrique afin de faire davantage de place au grand flot d’étrangers qui débarquent sur nos rivages, qu’il y a une place aux États-Unis pour le Noir.
Ce sont de véritables citoyens américains, et ils sont chez eux. Ils ont combattu, versé leur sang et sont morts comme des hommes pour faire de ce pays ce qu’il est. Et s’il leur faut souffrir et mourir, être lynchés, torturés et brûlés sur le bûcher, je dis qu’ils sont chez eux.
Comme beaucoup des étrangers qui arrivent, ils ne sont pas tous travailleurs ; et être pauvre, ignorant et paresseux, c’est déjà bien assez triste chez soi. Mais l’être à sept mille milles de là, dans un pays païen, c’est dix fois pire.
À première vue, tout semblerait aller bien ; mais on ne peut pas connaître l’Afrique en une semaine, ni en un mois. Il est très facile pour un étranger d’y aller, de faire une visite ou deux chez quelques-uns des meilleurs habitants, de faire un bon dîner, d’entendre de grands discours, et tout le reste (ce qu’ils savent tous vous offrir) ; mais, Dieu vous bénisse ! ce n’est pas là connaître le peuple, pas plus que l’on ne connaîtrait le peuple d’Italie pour avoir dîné avec le roi. Et c’est là que l’on se trompe si souvent au sujet du Liberia, et que l’on présente souvent sous un faux jour l’état réel des choses. Quel dommage ! Quel dommage !
Je crois que si l’on avait connu, il y a vingt ans, les faits réels concernant cette république, elle serait aujourd’hui dans une meilleure situation, financièrement et commercialement, et elle aurait eu la sympathie, le respect et l’admiration du monde. Mais les Libériens se sont fait cette fausse idée que parler de leurs échecs ou de leurs erreurs, de quelque manière que ce soit, revient à jeter le discrédit sur eux, parce que c’est une république noire. Pour moi, je n’ai jamais pensé ainsi, et je leur ai dit que je ne le croyais
pas. Mais les miens m’ont souvent appelée « le nègre des Blancs », de toute façon. Me voilà donc engagée, et cela m’est égal. Tout ce qui m’importe, c’est de rester en faveur auprès de Dieu et des hommes, autant que cela dépend de moi.
Pendant les huit années que je passai en Afrique, il n’y avait pas un seul bâtiment scolaire du gouvernement dans la république, et il n’y en avait jamais eu, autant que je pus l’apprendre ; les écoles se tenaient dans les églises ou dans des maisons particulières. Je me souviens qu’on parla d’un lycée et qu’on prit des dispositions pour en ouvrir un pendant la session de la législature, en 1885 ou 1886. Un certain M. James Lewis, de Sinoe, fut nommé professeur par le gouvernement. J’étais à Greenville, dans le Sinoe, quand il rentra chez lui de la législature avec sa nomination.
Bien entendu, on parla beaucoup de cette nouvelle branche de l’enseignement. On jugeait que M. Lewis était l’homme qu’il fallait pour ce poste. Et je pensai, à entendre tout ce qu’on disait, qu’on allait construire un bâtiment à cet effet. Mais non : quand M. Lewis ouvrit son école, avec un assez joli nombre d’élèves, ce fut sur la véranda de sa propre maison ; et son siège était un hamac !
Bien des fois je passai devant chez lui, ou bien, de ma fenêtre, je pouvais le voir faire réciter ses élèves, tout allongé dans son hamac. C’était en pleine rue, de sorte que la chose ne se faisait pas en cachette. Je passai quelques semaines chez sa sœur, Mme Marshall, presque en face de sa maison ; je sais donc de quoi je parle.
Il y avait aussi deux autres écoles qu’on appelait écoles du gouvernement : l’une se tenait dans l’église congrégationaliste, et l’autre, destinée, disait-on, aux indigènes, se tenait dans un autre quartier de la ville. Cette école avait lieu environ trois fois par semaine, avec une fréquentation moyenne de cinq ou six garçons indigènes, qui vivaient en général dans les familles. L’institutrice était la sœur de Mme Marshall.
Bien entendu, le gouvernement avait un inspecteur des écoles ; mais être l’ami de l’inspecteur, ou avoir un ami qui était l’ami de l’inspecteur, comptait davantage pour garder son école que toute autre qualification.
Alors on dit : « Mais enfin, ils ont un collège. » Oui, ils se vantent d’avoir un collège. Je leur disais souvent qu’il ne valait pas un bon lycée de ce pays-ci, à aucun point de vue. Je pense qu’il y eut un temps où il était en meilleur état que lorsque j’y étais. Ce qu’il était alors, je ne le sais pas. Je parle simplement de ce qu’il était pendant les huit années de mon séjour. L’appeler un collège est, je pense, un terme impropre ; car cela faisait croire aux gens que nous avions des écoles graduées et tout ce qui est requis pour préparer à des études de collège. Mais en réalité, il n’en est rien.
Il n’y avait de manuel scolaire attitré dans aucune des écoles. Les enfants se servaient de n’importe quels livres qu’ils pouvaient trouver — livres de l’école du dimanche, livres d’histoires, n’importe quel livre. Partout où j’allais, je m’informais des écoles, et j’entendais toujours la même chose. Un jour, je visitai une école où je trouvai une fort jolie troupe d’enfants, âgés de six à quatorze ans. Beaucoup d’entre eux semblaient très éveillés. Ils venaient réciter un par un.
« Pourquoi ne les mettez-vous pas en classes ? » demandai-je.
« Oui, c’est bien ce que je voudrais faire, dit l’institutrice. Mais nous n’avons pas les livres. Il n’y a pas quatre enfants dans l’école qui aient les mêmes livres. Leurs parents les envoient avec n’importe quel livre, et je suis bien obligée de m’en servir ; et certains enfants viennent sans livre du tout ; mais ils viennent quand même. »
« Comment vous en tirez-vous ? »
« J’emprunte un livre à l’un des autres enfants, et je fais réciter la leçon. »
« Alors ils ne peuvent pas étudier quand ils rentrent chez eux ? »
« Non, dit-elle, il faut qu’ils étudient à l’école, c’est tout. »
« Depuis combien de temps enseignez-vous dans cette école ? »
« Deux ans », dit-elle.
« Eh bien, pourquoi n’en parlez-vous pas ? N’est-ce pas une école du gouvernement ? »
« Oui, mais j’en ai parlé, je suis même allée moi-même à Monrovia, et j’ai fait tout ce que j’ai pu à ce sujet ; mais ça ne sert à rien. »
Et c’est à peu près ainsi que je trouvais les choses partout, à moins qu’il n’y eût une école de mission.
Comme je me rendais au Liberia, en 1882, quand nous arrivâmes à Sierra Leone, un jeune Libérien, un garçon très gentil, âgé d’environ dix-sept ans, je suppose, M. Eddie Lisles, de Bassa, monta à bord du vapeur. Je vis que c’était un garçon très gentil, à la mine intéressante, et un jour qu’il était assis à fumer, j’allai vers lui et causai avec lui. Je lui demandai son nom et où il demeurait, et il me le dit. Il me dit qu’il avait été au loin, à l’école.
« Au loin, à l’école ? dis-je ; où donc ? »
« À Sierra Leone. »
« À Sierra Leone ? Mais ils ont un collège à Monrovia, n’est-ce pas ? »
« Oui », dit-il.
« Eh bien, dis-je, cela m’étonne. Je pensais que les gens d’ailleurs envoyaient leurs enfants à Monrovia, au collège. »
Il sourit, comme s’il me trouvait bien naïve. Et je l’étais, en effet. Il dit : « J’ai une sœur qui doit partir quand je rentrerai à la maison. »
« Y a-t-il de bonnes écoles à Sierra Leone ? » demandai-je.
« Très bonnes. »
« Et les gens de Sierra Leone n’envoient-ils pas leurs enfants au collège de Monrovia ? »
« Non », dit-il.
C’était pour moi un vrai mystère. Je n’arrivais pas à le comprendre. J’étais portée à croire qu’il n’était pas franc. Mais je n’en dis pas davantage. Bien entendu, je le compris après huit années d’expérience et d’observation.
Ce sont les écoles de mission qui ont fait le plus de bien, je pense. La mission presbytérienne de Clay-Ashland eut à une époque une école florissante. Elle avait une belle et grande maison de briques, avec ses dépendances. Quand j’allai en Afrique pour la première fois, ces bâtiments étaient tous en bon état, mais inoccupés. L’école se tenait dans la salle située sur l’autre rive du fleuve. M. Albert King était l’instituteur, et comme sa maison se trouvait de l’autre côté du fleuve, je présume que c’est pour cela qu’on y avait transféré l’école.
Quoi qu’il en soit, l’ancienne maison et ses bâtiments étaient tous debout quand j’y allai pour la première fois. Je suis souvent passée devant en remontant le fleuve. Quel joli emplacement c’était, et comme tout semblait agréable alentour ! Mais, comme le séminaire méthodiste de Monrovia, l’école Ann Wilkins à Millsburg, l’école de là-haut, à White Plains, et le séminaire du cap des Palmes, elle avait été florissante, puis elle avait périclité. Et c’est là l’une des bonnes choses que l’évêque Taylor a faites pour les Libériens : restaurer leurs écoles et les pourvoir de personnel, fonder des écoles parmi les indigènes et leur fournir des maîtres, aidant ainsi le gouvernement à tenir la promesse qu’il leur avait faite et qu’il n’avait pu tenir jusque-là.
On me dit que c’était l’une des causes de la guerre des Gredebos : le gouvernement avait promis de fonder des écoles parmi les indigènes et de leur envoyer des maîtres ; ceux-ci avaient attendu, et rien n’avait été fait.
Je fus heureuse quand l’évêque eut fait repartir ces écoles de Monrovia et du cap des Palmes. Il y eut à un moment beaucoup de mécontentement parmi les gens, parce que l’évêque avait commencé son œuvre parmi les indigènes. Ils disaient que la mission épiscopale avait instruit les Gredebos et que, en les instruisant, ils
étaient devenus les ennemis des Libériens. Ils n’avaient jamais eu d’ennuis avant l’école de Cavalla. J’ai oublié le nom du missionnaire blanc qui était à l’école épiscopale de Cavalla.
Les Gredebos sont des gens très éveillés et très habiles, et le missionnaire avait organisé une petite compagnie de garçons, des élèves, à qui il enseignait la tactique militaire et qu’il y exerçait ; et l’on disait que cet enseignement et cet exercice militaires furent la cause de tous les ennuis qu’ils eurent ensuite avec les indigènes.
Cavalla était le grand centre scolaire de l’œuvre épiscopale. Beaucoup de Libériens, parmi les hommes âgés, avaient été instruits à Cavalla ; et c’était une école florissante. Mais, chose étrange, que l’on dise vrai ou non quand on affirme que les indigènes leur causèrent des ennuis parce qu’ils avaient été exercés à la tactique militaire dans cette école, le fait est que toutes les menaces de guerre qui ont pesé et pèsent encore sur eux semblent prendre naissance à Cavalla ; à tel point que, juste avant que je quitte le cap des Palmes, cette grande station missionnaire et son école furent dispersées, et les élèves qui restaient vinrent tous au cap des Palmes, où ils sont encore, je suppose. Et la plupart des ennuis qu’eurent les missionnaires de l’évêque Taylor, une fois arrivés à Cavalla, en route pour leurs stations en amont, vinrent de la mission épiscopale. C’était un parfait mystère. Nous ne le comprenions pas. Mais c’était un fait.
C’est l’une de ces stations missionnaires qui coûta à l’évêque Taylor quelque trois ou quatre cents dollars, quand ils essayaient de remonter le fleuve, après que l’évêque fut lui-même allé en amont et eut conclu tous ses accords avec les rois et les chefs.
J’étais avec lui, j’assistai à chaque conseil et j’entendis tous les arrangements ; frère Pratt, son agent, était avec lui aussi ; et il n’y eut pas une voix discordante parmi les indigènes.
Il n’alla dans aucune ville où les missionnaires épiscopaux étaient passés ; il alla uniquement dans des endroits où il n’y avait jamais eu de missionnaires du tout, et il fut reçu avec bonté dans tous ces endroits, et on le supplia de venir et de leur envoyer un missionnaire pour instruire leur peuple. Ils acceptèrent toutes les propositions de l’évêque sans dire un mot ; et l’évêque accepta les leurs. Ils s’engagèrent à donner tant d’acres de terre pour une mission, à couper et à brûler tant de brousse pour une ferme, puis à la planter, et à abattre le bois et construire une cuisine pour le missionnaire. C’était leur part de l’accord.
La part de l’évêque Taylor était d’envoyer le missionnaire chez eux sans frais pour eux, et de lui fournir tout son équipement pour six mois.
L’ÉVÊQUE TAYLOR TENANT UNE PALABRE.
Cela fut accepté sans un mot de désaccord de la part de qui que ce soit. Les vieilles femmes venaient se jeter aux pieds de l’évêque Taylor et disaient :
« Oh ! Papa, tu es bon. Tu es bon, bien trop bon ! »
M. Pratt leur avait annoncé un an avant que l’évêque viendrait ; aussi l’attendaient-ils avec un ardent espoir ; et quand elles virent l’évêque et M. Pratt, les vieilles femmes se jetaient à terre et saisissaient les pieds de l’évêque, puis elles se tournaient vers Pratt et disaient :
« Oh ! Papa, ta bouche n’a pas menti cette fois. Ta bouche ne ment pas. Tu as une bouche vraie. »
Dans une ville où nous allâmes, nous n’étions pas là depuis deux heures qu’on nous apporta deux chèvres en présent. Oh ! qu’ils étaient contents ! J’avais le cœur serré de voir leur bonté, et je pleurai. Pauvres gens !
Nous redescendîmes le fleuve. Pas un mot de désaccord. Quand les missionnaires de l’évêque Taylor arrivèrent au cap des Palmes, M. Pratt mit une semaine à faire porter leurs affaires du cap des Palmes jusqu’à l’embouchure du fleuve Cavalla ; puis les indigènes de leurs stations devaient descendre dans leurs pirogues et monter les affaires jusqu’aux stations.
Quand il eut fait descendre toutes les affaires, il emmena les missionnaires eux-mêmes. Arrivés à Cavalla, comme ils remontaient le fleuve, au nombre de neuf, dont trois hommes avec leurs familles, ils furent arrêtés par les indigènes à l’une des stations de la mission épiscopale, et on ne leur permit pas de remonter plus loin. On avait dit aux indigènes que cela signifiait la guerre ; que ces missionnaires blancs ne venaient que pour leur prendre leur pays. Tel était le prétexte.
Dans leur querelle et leur emportement, ils jetèrent par-dessus bord, dans le fleuve, une grande caisse d’outils qu’on ne récupéra jamais, je crois ; et si les femmes n’avaient pas été avec eux, ils auraient passé un plus mauvais moment encore. Ils étaient terriblement hostiles. Ils repoussèrent les indigènes qui étaient descendus.
Chose étrange, ces gens qui vivent au bord du fleuve, pour beaucoup, ne veulent pas que les indigènes de l’intérieur soient éclairés. Les groupes de l’évêque Taylor furent donc refoulés et ne purent revenir qu’au bout d’une semaine. Oh ! ce fut terrible. Pauvres gens, combien ils souffrirent ! Finalement, ils revinrent tous au cap des Palmes, et il se passa des semaines avant qu’ils atteignent leurs stations.
M. Pratt dut les envoyer par voie de terre, et il dut payer quatre dollars la charge aux porteurs ; et pendant ce temps-là, beaucoup d’entre eux eurent la fièvre, et quelques-uns moururent.
Le jour où ils repassèrent la barre, la mer était forte sur la barre, il pleuvait, et la plupart d’entre eux furent trempés jusqu’aux os, ce qui n’aurait pas dû arriver ; et ce fut la cause de tant de fièvres et de maladies si tôt. Pour deux familles qui logèrent une semaine chez M. Gibson, membre de l’Église épiscopale, M. Pratt dut payer quatre-vingt-dix-neuf dollars ; l’un des hommes avait une femme et deux enfants, et l’autre une femme et trois enfants, tous en bas âge.
À l’endroit où Mlle McNeil, Mlle Whitfield et Mlle Bowers logèrent une semaine, on fut plus raisonnable : on ne demanda que quarante dollars. Et là où Mlle Wallace et Mlle Meeker logèrent une semaine, on demanda, je crois, trente-cinq dollars.
Oh ! je n’ai jamais traversé pareil siège de toute ma vie. L’évêque Taylor n’était pas là ; mais moi, j’y étais d’un bout à l’autre, et je n’ai pas emprunté un mot. C’était une œuvre de pionniers. Il n’en est plus ainsi aujourd’hui, je pense, car Mlle McNeil a un beau quartier général au cap des Palmes, et plusieurs missionnaires y sont, de sorte que ceux qui partent maintenant ont un foyer jusqu’à ce qu’ils puissent remonter le fleuve. C’était très différent à cette époque ; et ce n’est pas fini.
On peut donc voir pourquoi les Libériens pensaient que la fondation d’écoles parmi les indigènes par l’évêque Taylor allait leur attirer les mêmes ennuis. Mais à présent qu’il a ouvert les écoles et trouvé des maîtres pour les Libériens aussi bien que pour les indigènes, ils penseront autrement et, j’en ai la confiance, leurs sentiments changeront.
Pendant les huit années que je passai au Liberia, il y eut quatre émigrations vers la république. Trois allèrent à Brewerville, et la quatrième au cap des Palmes. J’allai à la maison de réception où on les logeait à leur débarquement, je les vis tous et causai avec eux ; puis je leur rendis visite dans leurs localités une fois qu’ils furent installés.
Certains étaient allés au cap Mount, et après qu’ils y eurent passé un an, je rendis visite à plusieurs de ces familles. J’en visitai d’autres à Brewerville, à Mount Tubman, au cap des Palmes et à Philadelphia, à environ trois milles de Mount Tubman. Je n’ai jamais vu de ma vie plus grande souffrance et plus grand dénuement que parmi ces pauvres nouveaux venus. La seule chose confortable (et encore était-elle inconfortable), c’était la chaleur du climat ; ils n’avaient guère besoin de feu
ni de vêtements chauds ; mais pour tout le reste des choses nécessaires à la vie que l’on pourrait nommer, ils étaient dans un grave dénuement.
Philadelphia était une très jolie localité, et elle fut à une époque densément et bien peuplée ; de la bonne terre tout autour, quelques maisons très convenables, et les choses allaient assez bien. M. Allen Yancy et son frère, qui fut tué dans la guerre du cap des Palmes, étaient les hommes de premier plan qui avaient fondé cette localité ; et à une époque elle prospéra ; mais elle fut dispersée au moment de la guerre des Gredebos, et elle n’a jamais été depuis ce qu’elle était auparavant.
Quand les gens, en Afrique, sont chassés par la guerre, ils ne se réinstallent pas vite dans leurs anciennes demeures. Pauvres gens ! La guerre n’élève pas l’homme, dans aucun pays ; son effet, moralement, socialement et religieusement, n’est pas salutaire. Je pense qu’à l’exception d’environ quatre sur une quarantaine, on n’aurait pu trouver un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants plus démunis et plus ignorants que ces émigrants qui arrivèrent pendant que j’étais là. Il y avait plusieurs jeunes gens, des garçons et des filles, âgés, je suppose, de dix à dix-huit ans.
J’étais clouée au lit par la fièvre quand ils arrivèrent, de sorte que je n’allai les voir qu’au bout de trois jours. Il y avait une assez bonne distance de l’endroit où j’étais jusqu’à la maison de réception où on les logeait en attendant qu’on leur attribue leur terre. J’en avais beaucoup entendu parler par les uns et les autres, car les gens allaient les voir, bien entendu, et causaient avec eux pour leur remonter le moral et les faire se sentir chez eux autant que possible ; et quand j’y allai, j’emportai quantité de journaux, de traités et de cartes pour les enfants ; et, à ma surprise, tandis que j’allais de chambre en chambre, et dans le vestibule, quand je rencontrais des jeunes gens et que je leur proposais un traité ou un journal, ils me répondaient : « Je ne sais pas lire » ; et de même les pères, les mères, les frères, les sœurs.
Il y avait parmi eux deux vieillards qui étaient prédicateurs. J’entrai dans une chambre ; le vieil homme était assis sur un tabouret, la Bible posée sur une vieille malle, et il lisait à haute voix, de toute évidence pour que je l’entende ; je m’approchai donc, me tins debout près de lui et l’écoutai.
« Eh bien, papa, lui dis-je familièrement, on dirait que vous prenez bien du plaisir à lire le bon Livre. »
Il leva les yeux d’un air plutôt digne, comme si j’avais rompu le charme qui le tenait ; puis il se remit à lire.
« Asseyez-vous », dit une femme.
« Je suis venue vous voir, dis-je ; vous avez eu bien des visites, je suppose, mais moi, je n’étais pas encore venue. »
Le vieil homme continua de lire. Mais de toutes les façons d’écorcher l’anglais que vous ayez jamais entendues, ce vieil homme se rendait coupable de toutes. « C’est mon mari. Il est prédicateur », dit la vieille femme avec un sourire de contentement. « Moi, je sais pas lire, mais j’aime bien l’entendre quand il lit. »
Alors je dis au vieil homme : « Papa, depuis combien de temps prêchez-vous ? »
« Ça fait dans les quarante ans, à peu près, que je prêche l’Évangile », dit-il en levant les yeux.
« Vraiment, dis-je, si longtemps ? Eh bien, je suis juste entrée vous voir un petit moment. J’aimerais vous chanter un petit cantique et prier ; ensuite il faudra que je m’en aille. »
Je me mis donc à chanter, et un certain nombre d’autres entrèrent ; je priai, puis je passai à l’endroit suivant.
Après avoir passé environ deux heures de cette façon, je rentrai chez moi en pleurant tout le long du chemin ; connaissant comme je les connaissais les besoins des Libériens comme des indigènes, je savais que ce groupe de gens ne pourrait aider aucun d’eux, mais qu’ils auraient certainement besoin d’aide eux-mêmes ; car je voyais qu’ils ne savaient pas grand-chose de la manière de se débrouiller même chez eux ; et maintenant, qu’allaient-ils faire dans ce pays inconnu, parmi des étrangers ?
Bien sûr, ils rencontreraient de la bonté ; cela va loin ; mais cela ne les nourrirait pas, ni ne les vêtirait ; et ceux qui étaient capables de travailler, et qui le voulaient bien, ne pourraient peut-être pas trouver de travail, du genre de celui qu’ils feraient dans ce pays-ci ; car ici, hommes et femmes peuvent mettre la main à presque n’importe quoi, et il y a presque de tout à quoi mettre la main ; mais là-bas, il n’y a ni roulage, ni charroi, ni agriculture comme ici ; ni construction de routes et de ponts, ni moissons, ni transport du mortier à l’oiseau, rien de comparable à ce qui se fait dans ce pays et à quoi ils étaient habitués ; et la plus grande partie du travail qui se fait là-bas est faite par les indigènes, et l’on paie des salaires d’indigène, en marchandises : tissu, tabac, poisson ou riz. Et il n’y a pas un homme noir au cap des Palmes, je veux dire un Libérien (à moins que ce ne soit l’évêque Ferguson, lui le pourrait peut-être), qui aurait pu engager six de ces nouveaux émigrants, leur payer cinquante cents par jour en bon argent, non en monnaie libérienne, mais en bon argent américain, et leur donner trois repas par jour pendant six mois.
Cela peut paraître étrange ; mais je ne crains pas le moindre démenti de la part de quelque homme ou femme vraiment droit et honnête que ce soit.
Voici donc ces pauvres hommes avec leurs familles. La Société de colonisation leur donne ce qu’ils appellent des « rations », pendant six
LA MAISON DE RÉCEPTION DES ÉMIGRANTS, MONROVIA.
mois. Au bout de ce temps, ils sont censés s’être mis en route et avoir bâti leurs maisons, ou plutôt des cabanes, car c’est à peu près tout ce que l’on bâtirait ; et peu importe, si seulement c’étaient de bonnes cabanes ; mais une bonne maison indigène est de loin préférable.
Six mois passent très vite au Liberia, et, entassés comme ils le sont sur le navire, et entassés comme on les loge dans la maison de réception où ils attendent qu’on leur assigne leur terre, beaucoup d’entre eux tombent malades de la fièvre. En outre, ils ne sont pas très ardents à se baigner et à se tenir propres, comme le sont les indigènes ; et, tout bien considéré, au bout de six mois ils sont plus mal en point que jamais. Ils ont troqué leur viande, ou leur farine, ou le tissu qu’ils avaient apportés, les uns contre des médicaments, les autres contre une volaille, ou quelque chose pour les soutenir pendant qu’ils sont malades ; et certaines des personnes chez qui ils demeurent ont appris l’art de vivre aux dépens de ces nouveaux venus et de ces novices. Mais le gouvernement n’y est pas plus à blâmer que nos États-Unis ne sont à blâmer si un homme est ce qu’on appelle un « filou ».
Puis il y a de grands garçons et de grandes filles qui ne savent ni lire ni épeler ; leurs parents non plus ; ces garçons et ces filles vont donc à l’école, et les enfants se moquent d’eux, presque jeunes hommes et jeunes femmes qu’ils sont, en train d’ânonner a, b, c ; alors ils ont honte d’y aller, et leurs parents n’insistent pas. Ils disent simplement :
« Bah, moi, je m’en suis bien tiré sans instruction, et si moi je m’en suis tiré sans instruction, vous autres, les enfants, vous pouvez bien faire pareil. »
En l’espace d’un an ou deux, ces garçons de quatorze et quinze ans sont presque des hommes ; et peu après, les voilà dans la politique. Ils ne savent ni lire ni écrire.
Puis, parmi les jeunes filles, quelques-unes sont très jolies, et elles se marieront, car elles se marient de toute façon. Or, si la Société de colonisation envoyait avec eux un bon maître, avec des livres, pour qu’ils puissent faire l’école pendant la traversée, et qu’ensuite il les instruise pendant six mois ou un an après leur arrivée, ils seraient mieux préparés à entrer dans les écoles. Car, si pauvres qu’elles soient là-bas, elles sont d’un niveau élevé pour des gens qui ne sont jamais allés à l’école.
De cette façon, ils seraient une aide ; car un gouvernement qui ne cherche pas de toutes les manières à éduquer, à instruire et à éclairer son peuple n’a guère d’espoir de durer longtemps. Il ne peut pas continuer à perpétuer l’ignorance et réussir.
J’ai entendu dire que la Société de colonisation envoyait parfois des livres avec les émigrants ; mais, en règle générale, ce sont des livres d’un niveau supérieur, et les agents les vendent à un prix si élevé que bien peu peuvent se les procurer.
Quand je vis ce besoin, je serais volontiers allée moi-même chaque jour, ou j’aurais payé quelqu’un, pour instruire ces enfants pendant les six mois qu’ils passaient à la maison de réception. Mais il n’y avait pas un abécédaire ni un livre d’épellation à se procurer nulle part. Il n’y a ni librairies ni papeteries où l’on puisse obtenir quoi que ce soit de ce genre. Et pour les malades, ni dispensaires, ni médecins, ni hôpitaux, pas même un hospice de comté, comme il y en a dans ce pays-ci.
Je suis allée voir beaucoup d’entre eux quand ils étaient malades et souffraient de grandes plaies causées par un petit insecte qu’on appelle la puce-chique, et ils m’ont dit que s’ils avaient eu un certain onguent dont ils se servaient chez eux et qu’ils connaissaient, cela les aurait soulagés. Mais on ne pouvait pas s’en procurer là-bas. Puis il y avait des herbes qu’ils connaissaient chez eux et qui étaient bonnes pour les fièvres ; mais ils ne connaissaient pas les herbes d’Afrique, et s’ils en obtenaient, il leur fallait les payer.
Or, chez eux, dans leur propre pays, si pauvres qu’ils fussent, ils pouvaient se tirer d’affaire pour ces petites choses ; mais en Afrique ils étaient vraiment sans ressources. Je pleurais sur eux, parce que je le savais et ne pouvais pas les aider.
En mars dernier, quand je rencontrai à New York un groupe d’une quarantaine d’émigrants qui avaient sacrifié leurs petites fermes et le peu qu’ils possédaient, et qui partaient pour l’Afrique afin d’y faire fortune sur-le-champ, j’essayai de leur dire quoi emporter. Je leur dis (car ils avaient avec eux une jolie troupe de garçons et de filles) : « Veillez à envoyer vos enfants à l’école, telles qu’elles sont là-bas. Si vous n’avez pas de livres d’école, ne manquez pas d’en emporter une bonne provision. Faites aller vos enfants à l’école. S’ils ne veulent pas y aller, donnez-leur le fouet. Si vous n’emportez pas de livres d’ici, vous ne pourrez pas vous en procurer au Liberia. »
Je leur dis tout cela et j’essayai de les aider autant que je le pus. Les Blancs furent très bons pour eux.
Nous fîmes tout notre possible, à l’église, pour prendre soin d’eux pendant les deux semaines qui précédèrent leur départ. Mais ils se méprirent sur ce que je voulais dire, les pauvres, et quand ils arrivèrent au Liberia, ils racontèrent aux gens que j’avais dénigré le pays et que j’avais dit qu’il n’y avait personne au Liberia qui fût digne de leur compagnie, et cela fit un terrible esclandre ;
alors que ce que je leur avais dit était exactement le contraire : il s’agissait pour eux de se mettre en état d’être ce qu’ils comptaient être dès leur arrivée.
Mais comme j’avais passé huit ans en Afrique parmi ces gens, et que j’y étais connue comme je l’étais, et que je les connaissais comme je les connaissais, certains d’entre eux étaient à même de juger de ce que j’avais réellement dit.
Il y a peu de temps encore, j’ai appris que quelques-uns de ceux-là mêmes, tous ceux qui avaient pu rentrer, étaient revenus.
S’il y avait un hôpital où l’on pût les soigner, ne fût-ce que peu de temps, ce ne serait pas si grave. Mais il n’existe rien de tel nulle part dans la république du Liberia, du moins il n’y en avait pas pendant que j’y étais, et il n’y en avait jamais eu. On parla d’en construire un à Monrovia pendant cinq ans ; et l’on alla jusqu’à acquérir un terrain et poser les fondations ; une partie des bois de charpente avait été rassemblée et était restée par terre pendant la saison des pluies, ce qui les abîma beaucoup ; de sorte que, si jamais on le construisait, le travail fait il y a cinq ans serait à refaire entièrement. Comment se sont-ils passés de ces choses essentielles pendant toutes ces années ? L’écho répond : « Comment ? »
Je ne sais pas si la Société de colonisation le pense ou non ; mais la plupart des Blancs pensent, et certaines gens de couleur aussi, je le crains, surtout ceux qui partent comme émigrants, que tous les Américano-Libériens sont sur un pied d’égalité parfaite les uns avec les autres dans toutes leurs relations sociales ; et que, parce qu’ils forment une république de couleur et un gouvernement de couleur indépendant, ils ne font qu’un. Mais ils ne se sont jamais plus lourdement trompés ; car dans cette république, il y a entre eux des rangs et des castes presque égaux à ceux que l’on trouve dans la haute société des gens de couleur en Amérique. Si bien que l’émigrant ignorant ne tombe pas sur la plus haute et la meilleure classe de la société dès son arrivée.
Cette classe se tient à l’écart et attend de voir ce qu’il est ; et la classe intelligente et supérieure des indigènes en fait autant. Ils ne trouvent donc pas de compagnie facilement, ni plus tôt que l’Italien, le Juif, l’Allemand ou l’Irlandais ne trouvent la compagnie ou la société de l’Américain de naissance ; et c’est pure sottise, pour les Blancs comme pour les Noirs, de s’imaginer rien de tel.
Je ne sus jamais ce qu’était une véritable aristocratie noire avant d’aller à Lagos et à Sierra Leone. À Lagos, j’ai vu des équipages aussi beaux que ceux que j’ai vus sur la Cinquième Avenue, à New York ; cocher et valet de pied vêtus à l’anglaise ; des dames et des messieurs noirs se promenant
à cheval ou circulant en cabriolet. Leurs maisons sont meublées dans le plus pur style anglais.
Il y avait de très nombreux marchands noirs à Lagos et à Sierra Leone ; leurs fils et leurs filles, pour beaucoup, sont instruits en Angleterre, en Allemagne et en France.
J’ai entendu dire qu’à Sierra Leone certains des ministres sont de meilleurs hellénistes et hébraïsants que quelques-uns des évêques qui étaient au-dessus d’eux.
Il est une chose en laquelle l’Église méthodiste d’Amérique a de l’avance : il y a davantage d’esprit de véritable consécration à l’œuvre missionnaire parmi les femmes chrétiennes d’Amérique que je n’en ai trouvé en Angleterre. À Lagos, en divers endroits où les wesleyens ont de grandes et belles maisons de mission, de magnifiques jardins, de belles églises, un lycée de garçons, un lycée de filles, ils ont les ministres, mais non leurs épouses.
Elles disent qu’elles ne peuvent pas vivre là-bas ; ainsi, tandis que les ministres sont en Afrique — dans la partie où j’étais —, leurs épouses sont en Angleterre. Mais les épiscopaux ont des lycées pour les garçons et pour les filles, avec une directrice et des institutrices blanches pour l’école de filles, aussi bien que des hommes pour l’école de garçons. Le conservatisme et les distinctions confessionnelles y sont très marqués. Mais tous furent bons pour moi à Lagos ; que Dieu les bénisse !
Avant de clore ce chapitre, je donnerai un très bref récit concernant une héroïne noire qui mérite cette mention pour l’œuvre qu’elle a accomplie et qu’elle accomplit en Afrique.
Mlle Susan Collins, la seule étudiante de couleur qui soit jamais entrée à l’École de formation de Chicago, et l’une des plus nobles dames qui aient quitté cette institution pour le champ missionnaire étranger, partit pour l’Afrique en 1887 ; elle travaille actuellement dans l’œuvre de l’évêque Taylor, en Angola.
Elle a la charge d’une petite sous-station, entretenue par la station de Pungo Andongo, et elle a ouvert une école maternelle.
On ne saurait trouver nulle part de missionnaire plus fidèle et plus dévouée, plus oublieuse d’elle-même, que cette chère Susan Collins. Je tiens à donner place à ce récit fort intéressant pour les miens, et aussi pour que d’autres puissent voir qu’il y a des femmes de couleur capables de rivaliser avec n’importe qui de l’autre race en ténacité véritable, en esprit de sacrifice et en endurance. Elle n’a jamais quitté son poste depuis qu’elle est partie pour l’Afrique, et elle a bien supporté le climat. Dieu l’a merveilleusement préservée en santé et en force, et il a fait d’elle une grande femme.
Je la rencontrai pour la première fois avec le groupe qui descendit vers le Congo. J’allai avec eux jusqu’au Vieux-Calabar ; et de tout le groupe, de seize personnes ou plus, je discernai en Susie Collins une étoffe qui promettait quelque chose. C’était une femme qui avait été bien élevée et bien formée ; elle avait un bon et large sens commun, et savait faire un peu de presque tout ; elle était patiente, d’un naturel heureux et aimable, d’une haute moralité et d’une piété solide.
Ce sont là les qualités qui, en général, tiennent bon sous le lourd fardeau de l’Afrique. Que Dieu la bénisse et continue de faire d’elle une bénédiction !
Chapitre 35 terminé
L’émigration et les écoles du Liberia