Chapitre 27 · 33 min de lecture · 43 min d’écoute
L’Afrique : arrivée à Monrovia
J’arrivai à Monrovia le 18 janvier 1882. J’avais quitté Liverpool le 31 décembre 1881. Le 7 janvier 1882, j’arrivai à Madère et passai quelques heures avec M. Wm. G. Smart, de la Société biblique britannique et étrangère. Il est missionnaire auprès des marins. Il monta à bord de notre vapeur. On me présenta à lui, et, après qu’il eut causé un moment avec les marins, il me demanda si j’aimerais descendre à terre. Je lui dis que oui, et quand il fut prêt, il fit venir sa barque, et nous voilà partis.
Nous fîmes une petite promenade à travers la vieille ville, fort primitive, jusqu’à la poste, puis jusqu’à la maison de M. Smart. Il me montra des réparations qu’ils avaient déjà faites ; un grand local était alors en travaux pour devenir une école et une salle de lecture pour les marins. Autrefois, c’était un entrepôt d’alcools. Quand il me parla de ce changement, j’en fus heureuse, et je chantai, debout dans la rue : « Louange à Dieu, de qui découle toute bénédiction. »
Puis nous entrâmes dans la maison. Mme Smart était malade, alitée ; mais, oh, quelle chrétienne douce, fervente, entière, comme on n’en rencontre pas souvent en terre étrangère ! Je passai trois heures avec eux ; on me servit un excellent dîner, et nous chantâmes et priâmes.
Madère est presque entièrement catholique romaine. La fenêtre de la maison du prêtre donne droit sur le salon de M. Smart. Les fenêtres de celui-ci sont souvent ouvertes, matin et soir, au moment du culte de famille ; on dit que le prêtre n’est pas sectaire, et on le voit souvent écouter les chants et les prières. Que le Seigneur le réveille puissamment ! Amen !
Vers huit heures, la barque me ramena au vapeur, et je repris ma route grandement rafraîchie et encouragée.
Le lundi, jour de l’An, nous étions à la Grande Canarie. Un endroit fort joli, vu du navire. Nous y prîmes des légumes. C’est, me dit-on, la patrie de tous les canaris du monde.
Le capitaine, quelques officiers et des passagers descendirent à terre. C’était une nuit magnifique, au clair de lune. Le capitaine m’invita à me joindre au groupe, mais je déclinai ; je préférais de beaucoup le calme et ce beau clair de lune. Au bout de quelques heures, le sifflet retentit, on leva l’ancre, et nous voilà repartis. Oh, cette couchette étroite, et cet épouvantable roulis ! Que je serai contente quand ce sera fini !
L’escale suivante est à Sierra Leone. Et de là, trois jours jusqu’à Monrovia. C’est un endroit qui paraît très animé. Beaucoup de gens montent à bord pour chercher du travail. On les appelle des coolies. Certains d’entre eux ouvrirent mes malles et se servirent. Un pasteur wesleyen blanc, qui monta à bord, fut très aimable, et comme nous restions là une journée, j’aurais aimé descendre à terre. Je l’interrogeai sur la prospérité de l’œuvre et des Églises. Il ne sembla pas en parler très favorablement. Il dit que les missionnaires de couleur n’étaient pas des hommes sur qui l’on pût compter pour faire avancer et développer l’œuvre comme on aurait pu le supposer.
Là-dessus, je fus tout indignée ; je pensai qu’il disait cela des hommes de couleur simplement parce qu’il était blanc. Mais quand j’eus passé quelque temps là-bas et que je compris mieux les choses, je tombai tout à fait d’accord avec ce que ce missionnaire m’avait dit à ma première arrivée sur ces rivages.
Le capitaine et le commissaire de bord furent très bons. Ils étaient fort contrariés à la pensée qu’on avait touché à mes malles. On fit escale à Sierra Leone pour prendre du charbon. Ma plus grande malle était en bas, dans la cale, avec toutes les grandes malles, et ces coolies chargèrent du charbon toute la journée, si bien qu’ils furent souvent en bas, dans la cale, là où se trouvaient les malles.
La première fois que je m’en aperçus, j’étais sur le pont ; en allant regarder par-dessus, vers le pont inférieur, juste au flanc du navire, là où descend l’escalier, je vis un des officiers qui tenait une paire de chaussures à la main, et il me sembla que c’étaient mes chaussures ; mais je savais que mes chaussures étaient dans la malle. Alors je pensai que quelqu’un était monté vendre des choses, comme ils le faisaient. Tout à coup, j’entendis un grand cri : « Au voleur, au voleur, au voleur ! » Et je vis qu’on amenait un homme de l’arrière : un beau garçon, grand, d’allure soignée ; et il jurait à tous, en haut comme en bas, qu’il n’avait touché à rien et qu’il n’était pas le voleur.
LE QUAI COOPER, MONROVIA
J’avais tant de peine pour lui. Le chef le tenait, affirmant qu’il avait bien les objets, et lui affirmait que non. Je trouvai alors que le chef, noir lui aussi, était bien dur. Mais il le lâcha, et l’orage s’apaisa un moment. Juste à ce moment, quelqu’un dit à voix basse : « Regardez sous sa chemise. » Le chef bondit donc sur lui et lui souleva la chemise (qu’il portait par-dessus son pantalon), et voilà-t-il pas que ce gaillard avait douze yards de flanelle enroulés tout autour du corps !
Je dis alors à l’homme d’en bas : « Ce sont peut-être mes chaussures. »
« Vous feriez mieux de descendre, dit-il, et de voir. »
C’est ce que je fis ; j’enfilai la chaussure, et, effectivement, c’était bien ma chaussure.
« Voilà, dis-je, on a ouvert ma malle. »
Je la fis donc monter ; le pêne de la serrure avait été cassé, puis on l’avait rempli de poix, pour qu’il tienne ; elle semblait n’avoir pas été touchée ; mais on la posa sur le pont, et tous restèrent autour pendant que j’y fouillais. Le plateau avait été soulevé avec soin, on avait pris exactement ce qu’on voulait, et le tour était joué. Je récupérai certaines choses. D’autres, et parmi elles quelques-unes de très belles, je ne les revis jamais. Mais le Seigneur garda mon cœur bien tranquille ; le capitaine et les officiers semblaient absolument stupéfaits de ce que je ne tempêtais pas. Le capitaine me dit :
« Madame Smith, je ne vois pas comment vous faites pour garder votre calme. »
« Eh bien, capitaine, dis-je, je regrette de perdre ces affaires, et si perdre mon calme et me mettre en rage pouvait me les rendre, vous me verriez faire un beau tapage. »
« Eh bien, dit-il, je n’y comprends rien, madame Smith ; c’est vraiment trop fort. »
Ils firent tout ce qu’ils purent pour moi, et voulaient que je descende à terre faire une déposition sous serment contre l’homme. Mais ils en avaient assez, car il y avait un autre passager dont on avait ouvert la malle et dont on avait sorti la flanelle, le savon, la quinine et toutes ces choses ; je trouvai donc que je ne m’en tirais pas si mal, et je lui dis que je n’irais pas.
Mercredi matin, 18 janvier. Monrovia. Nous sommes dans le port. Les beaux palmiers sont en vue. Nous avons jeté l’ancre. Petit déjeuner à neuf heures. Et voici Mlle Sharp. Contente de la voir.
Nous partons bientôt pour la terre. La marée est très haute, et en franchissant la barre, juste avant d’entrer, j’entonne la doxologie
et les autres reprennent en chœur. Cinq minutes plus tard, les Kroumen, attirés par notre chant et ne faisant pas attention, laissèrent une grosse vague déferler sur nous, et nous fûmes trempés jusqu’aux os. J’étais bien contente que nous ayons chanté avant d’être mouillés, car pas un de nous ne chanta après !
Il y avait dans notre barque un Blanc, un Allemand, un certain M. Amyre, puis Mlle Sharp et moi. J’allai chez elle, au séminaire, et j’y restai trois semaines et trois jours. Puis le Seigneur me fit partir. Amen.
Mon premier dimanche, le pasteur de l’Église méthodiste, le Rév. Charles Pitman, me demanda de présider le culte. Je le fis, et je parlai devant une salle comble ; le Seigneur m’aida merveilleusement ; et les mardi, mercredi et jeudi soir suivants, on me demanda de continuer, ce que je fis, et quelques-uns, je l’espère, furent sauvés.
Vendredi 20 janvier. J’ai fait ma première promenade en barque, en remontant le fleuve Saint-Paul jusqu’à la mission Muehlenberg, chez le Rév. David Day, de l’Église luthérienne. J’ai passé un temps délicieux chez frère Day.
Dimanche 22. Communion. Je parle trois fois, devant tout ce qu’on peut entasser dans la petite chapelle. L’après-midi était pour les enfants, que la foule avait évincés le matin ; mais les grandes personnes se sont pressées à l’intérieur une fois les enfants assis. Nous avons donc passé un bon moment. Gloire au Seigneur.
Lundi 23. Je pars pour New Georgia, le poste du Rév. M. Hargrave. Je parle à l’Église baptiste devant une nombreuse assemblée.
Mardi 24. Je pars ce matin pour Monrovia. Je vais dîner chez le Dr Stanford. Le soir, je rends visite au Dr Garnet.
Vendredi 27. Visite au président Payne. Et le lundi, je l’ai vu pour la dernière fois sur la terre. Le mardi soir, la fièvre m’a terrassée, et dix jours ont passé avant que je puisse ressortir. Le lundi soir 30, M. Payne est mort.
Mardi 7 février. Je quitte la maison de Mlle Sharp, et je suis invitée chez Mme Payne, un foyer que Dieu lui-même, je le sens, m’a donné. Oh, comme je le loue ! Je suis bien installée, entourée de tous les soins.
Mon premier « Quatre-Juillet » à Monrovia, en Afrique, ne doit pas passer sans une brève mention ; seulement, ils célèbrent le 28 au lieu du 4, comme nous le faisons en Amérique. Ce jour-là, l’honorable R. H. W. Johnson prononça une diatribe contre les Églises. Il dit :
« Le Liberia devrait être indépendant dans sa religion comme dans sa politique. Mais que nous apporte l’Église étrangère ? Ils ne viennent pas avec la pure Parole de Dieu. Ils viennent avec de vieilles traditions sur la méchanceté de Nimrod, et d’autres vieilles
coutumes transmises par les Juifs, qui envoient en enfer tout le monde sauf eux-mêmes. Ils viennent avec de vieilles traditions esclavagistes qui vouent tous les nègres à l’infériorité et à la perdition éternelle. Ils viennent avec toutes sortes d’“ismes” et de “schismes”, de doctrines, de disputes et de querelles vieilles de plus de quinze cents ans ; des querelles qui ont fait couler sur la terre des fleuves de sang ; des querelles et des doctrines que non seulement le peuple du Liberia ne comprend pas, mais que n’ont jamais comprises ceux-là mêmes qui nous les apportent. Soyez sûrs qu’aucune religion qui enseigne l’infériorité du nègre n’est jamais venue du ciel. »
C’était le premier grand discours que j’entendais, et j’en fus étonnée au-delà de toute mesure. L’église était remplie de la meilleure société de la capitale et de la république, dames et messieurs.
Ce discours fut accueilli avec enthousiasme et ravissement. Et pourtant chacun d’eux savait que jamais une telle religion n’avait été enseignée au Liberia. Mais voilà quelques-unes des choses qu’on rencontre à son arrivée. Je crois avoir discerné un changement avant mon départ, et j’espère que les choses vont toujours en s’améliorant.
Pendant mon séjour, je vis un grand besoin parmi les garçons indigènes qui vivaient dans des familles libériennes. Certains vont à l’école du dimanche, mais beaucoup, comme dans notre pays, n’y allaient pas du tout. Je pensai que si j’avais un local à moi, je pourrais faire quelque chose pour eux. Je voyais comment on pourrait les rassembler une heure ou deux après l’école du dimanche ordinaire. Je pensais qu’on pourrait les aider un peu. Ils se réunissaient et partaient en bande se promener, comme ils disaient, ou bien à Krootown, où ils ne gagnaient rien de bon à aller. Je voyais cela, dimanche après dimanche.
Je pensai que si j’avais l’argent, je pourrais trouver un local. Il n’y avait pas là-bas de maisons à louer comme ici. Il y avait un vieux bâtiment de séminaire, très délabré, mais il comptait encore plusieurs pièces utilisables si on pouvait les nettoyer. Il y avait un grand jardin tout envahi de mauvaises herbes.
Il faudrait de l’argent pour remettre tout cela en état. Je ne l’avais pas ; je me mis donc à prier le Seigneur de mettre au cœur de quelques-uns de mes amis restés au pays de m’envoyer de l’argent. J’avais parcouru l’Amérique, allant à tant de camp-meetings, dans tant d’Églises diverses et de régions différentes du pays, à l’est, à l’ouest, au nord et au sud, et tout le monde semblait connaître Amanda Smith ; tant de gens m’avaient souvent aidée quand j’y étais qu’ils se souviendraient de moi maintenant que j’étais en Afrique, et m’aideraient ainsi.
Jusque-là, personne ne m’avait envoyé d’argent du pays ; mais Dieu voulait m’enseigner une leçon qu’il me fallait apprendre. Je me mis donc, en toute bonne foi, à prier comme je l’avais toujours fait, car je ne dis jamais mes besoins aux gens ; je fais toujours connaître mes besoins directement à Dieu. Je priai le Seigneur de le mettre au cœur de quelques-uns de mes amis. Je pensais à l’un à New York, puis à un autre à Philadelphie, à un autre à Boston, à un autre dans l’Ohio, et je priais ainsi le Seigneur d’incliner le cœur de ceux-là à m’envoyer l’argent nécessaire pour cette œuvre.
Les semaines passèrent les unes après les autres, et aucun argent ne vint. Je continuai de prier ; je savais en combien de centaines de nécessités Dieu avait exaucé ma prière pour des choses temporelles. Je lui dis qu’il savait que je ne demandais pas pour moi-même ; j’avais un foyer confortable chez la chère sœur Patsey Payne, de précieuse mémoire.
Chez elle, je fus bien soignée et entourée quand j’eus la fièvre. Ma propre mère, ma sœur et mon frère n’auraient pu être meilleurs pour moi que sœur Payne, sa fille Mlle Clavender et son cher frère, B. Y. Payne. Je me sens poussée à dire, comme un homme d’autrefois : « Que ma droite m’oublie! Que ma langue s’attache à mon palais », si jamais j’oublie la bonté affectueuse qu’on me témoigna dans leur maison pendant que j’étais à Monrovia. Sans les soins que je reçus pendant ma fièvre, je crois que je serais morte et dans ma tombe aujourd’hui. Comme la chère Mlle C. veillait sur moi et me soignait ! Je voyais qu’elle était épuisée et lasse, et je fis venir une amie pour passer une nuit auprès de moi. Quand je le dis à Mlle C., elle répondit :
« Non, tantine (car tous m’appelaient tante Smith), j’aime mieux veiller moi-même ; je ne dormirai pas, même si je sais que vous avez quelqu’un avec vous. »
C’était une infirmière remarquable. On aurait pu croire qu’elle avait été formée dans quelque établissement américain ; mais j’insistai pour que cette personne vienne, et elle vint donc. Il ne fallut pas longtemps pour que la pauvre femme s’endorme. J’étais nerveuse et agitée ; je lui demandai donc quelque chose, et la chère Mlle C. vint me tendre ce que je voulais, en disant que Mme T. dormait.
Elle ne quitta pas ma chambre de toute la nuit ; après cela, je dis donc : « Eh bien, si vous ne voulez pas vous coucher, il ne sert à rien que je fasse venir Mme T. »
Elle en fut ravie, et dit : je vous avais bien dit de ne pas le faire. Je remercie Dieu pour ces soins bons et convenables. Bien que mes accès de fièvre
MLLE C. PAINE, MLLE CORRIN PAINE, M. B.Y. PAINE, MME PATSY PAINE.
fussent violents, ils ne me retenaient pas longtemps au lit : deux semaines au plus. Dès que j’en étais capable, je reprenais mon travail, tenant des réunions et sortant le soir, ce qui n’est ni le plus sage ni le meilleur pour un nouveau venu qui traverse la fièvre d’acclimatation.
Revenons à mon sujet. Je continuai de prier pour l’argent, puis j’attendis ; les semaines passaient, les vapeurs allaient et venaient, des lettres arrivaient, mais pas d’argent. Les dimanches se succédaient ; il y avait ces garçons indigènes que je voulais aider, et l’argent ne venait toujours pas. Un jour, j’allai donc au Seigneur et lui demandai ce que cela signifiait, puisqu’il savait ce que je voulais faire pour ces pauvres garçons indigènes ; et il me sembla qu’il me disait :
« Ce n’est pas en moi que tu te confies, c’est en l’Amérique ; tu regardes à l’Amérique pour être secourue plus qu’à moi. »
Je le vis en un instant. Oui, c’était vrai, je m’appuyais réellement sur l’Amérique.
« Seigneur, dis-je, pardonne-moi, et aide-moi à abandonner tout espoir en l’Amérique et à me confier en toi, le Dieu vivant » ; et je lâchai prise et me relevai en louant le Seigneur de m’avoir montré mon erreur.
Environ deux semaines plus tard arriva une lettre de ma bonne et très fidèle amie, Mme Margaret Davis, d’Irlande, que Dieu a suscitée pour m’aider aussi sûrement qu’il ait jamais suscité un prophète en Israël. Oh, ce que cette dame chrétienne fit pour moi pendant mon séjour en Afrique, nulle langue ne pourra jamais le dire ; l’éternité seule en garde le compte.
Dans sa lettre, il y avait un billet de cinq livres ; c’est ainsi que Dieu, à sa manière, commença à m’aider. Puis, peu après, un autre gage d’une autre réponse à la prière : un ami de l’Inde m’envoya cinq livres ; puis, quand j’eus bien appris ma leçon, une lettre du Western Christian Advocate arriva d’Amérique avec cinq dollars dedans, et à plusieurs reprises de petites sommes vinrent de la même source ; puis des amis de la maison de Mme Carrie Judd, à Rochester, m’envoyèrent une petite somme ; puis des amis m’en envoyèrent par l’intermédiaire de M. Richard Grant.
Ainsi Dieu me montra, quand j’eus appris à lâcher le secours et l’attente des hommes pour me confier en lui seul, qu’il pouvait prendre soin de moi sans l’Amérique s’il le voulait ; car c’était lui-même qui m’avait envoyée en Afrique, et je devais compter sur lui pour me mener jusqu’au bout.
J’allai voir frère Cooper, qui avait alors la garde du vieux bâtiment du séminaire, et j’obtins la permission d’utiliser une des pièces. Je pris un homme pour la blanchir à la chaux, pour débarrasser l’arrière et le jardin des mauvaises herbes et brûler les broussailles ; puis moi-même et
une ou deux personnes que je pus trouver, nous lavâmes les fenêtres et frottâmes les planchers ; je couvris les chaises d’une partie de l’étoffe que Mme Davis m’avait envoyée dans une caisse, je mis des rideaux aux fenêtres et fis poser des vitres, et après des jours de dur labeur, tout fut en ordre.
Mme Davis m’avait envoyé dans une caisse un certain nombre de cartes et de textes bibliques. Chaque fois qu’elle m’envoyait une caisse, elle semblait avoir pensé à tout. Si j’avais passé la commande moi-même, je n’aurais pu être plus précise ni plus attentive à ce dont j’avais réellement besoin que Mme Davis. J’avais donc ces jolies devises pour le mur. Oh, comme cela rendait la pièce douillette et agréable ! Divers amis venaient et les admiraient beaucoup.
Ma première réunion eut lieu un vendredi après-midi : c’était une lecture biblique, et un certain nombre de personnes vinrent. Puis le dimanche matin, à six heures, nous tînmes notre réunion de bande, que j’avais réorganisée des mois auparavant, et sœur Payne, mon hôtesse, en fut nommée responsable.
Une semaine ou deux après, un navire arriva, le trois-mâts barque « Monrovia », et la Conférence libérienne devait se tenir à Bassa. Je voulais aller à la Conférence, et c’était là ma seule occasion. Je la saisis, et, bien que cela me fît arriver une semaine d’avance, mieux valait partir alors que de ne pas y aller du tout ; je voulais rester trois semaines, du moins le pensais-je ; quand j’arrivai là-bas, le Seigneur sembla me diriger vers le cap des Palmes. Depuis deux ans, j’essayais d’aller au cap des Palmes, mais j’en avais été empêchée à maintes reprises, si bien que j’avais abandonné tout espoir d’y aller.
Or, quand j’arrivai à Bassa et que j’appris que l’évêque Taylor allait, après la Conférence, directement au cap des Palmes, je lui dis : « Évêque, j’ai tant essayé d’aller au cap des Palmes, et j’avais entendu dire que vous alliez directement de la Conférence à Monrovia. »
« Non, dit-il, je vais tout droit au cap des Palmes. »
« Eh bien, dis-je, puisque j’ai tant essayé d’y aller, il me semble que c’est ma chance ; qu’en pensez-vous, Évêque ? »
« Eh bien, Amanda, je pense que le Seigneur veut que vous y alliez maintenant, et je suis aussi sûr que le Seigneur est dans cette affaire que je l’aie jamais été de quoi que ce soit. »
J’avais laissé ma petite fille indigène à Monrovia ; je demandai donc à frère Palman s’il voulait bien prendre Frances chez lui. Ils habitaient Paynesville.
Mme P. était très bonne pour les enfants indigènes, et je savais que ce serait
RUE ASHMAN, MONROVIA, EMPLACEMENT DE LA PREMIÈRE ÉGLISE MÉTHODISTE ÉPISCOPALE.
un bon foyer pour Frances ; et puis, c’était hors de la ville. Frère Patman dit aussitôt : « Mais oui, sœur Smith, Frances sera tout comme les autres enfants ; si cela vous convient, nous veillerons sur elle et ferons tout notre possible pour elle. »
Alors je fus confirmée, car c’était là ma seule difficulté ; une fois réglée, tout était clair, et j’allai donc au cap des Palmes avec l’évêque Taylor.
Je ne m’arrêterai pas maintenant à parler de la réunion et des débuts de l’œuvre, mais je le ferai plus loin.
Je ne revins à Monrovia que deux ans et trois mois plus tard, ce qui mit fin à l’œuvre que j’espérais faire pour les garçons indigènes ; mais les lectures bibliques et les réunions du dimanche matin, sœur Payne les maintint jusqu’à sa mort ; puis sœur Julia Sanders, l’une des nobles femmes de Dieu, fut nommée, et elle a conduit la petite bande, qui est l’ossature et la force spirituelles de l’Église, jusqu’à ce jour.
Je n’ai jamais vu nulle part une plus noble bande de femmes chrétiennes, vu tout ce contre quoi elles ont à lutter, beaucoup d’entre elles dans leur propre foyer aussi bien qu’au-dehors. Elles ont été un phare et une source de sel pour tous les lieux marécageux qui les entourent.
Grâce à Dieu, même en Afrique, il y en a qui ont la force de tenir déployée la bannière de la sainteté et de chanter en marchant :
« Salut, opprobre ou douleur,
Car Jésus m’y conduit. »
Et elles marcheront avec Dieu, car elles en sont dignes. Amen.
1er juillet 1882. Clay-Ashland. Il y a juste deux semaines que je suis arrivée à Clay-Ashland ; je loge au bord du fleuve Saint-Paul, chez M. Henry et Mlle Martha Ricks, ou « oncle Henry » et « tante Martha », comme on a plutôt l’habitude de les appeler. Ce sont tous deux des chrétiens dévoués.
Je suis très bien installée et me sens tout à fait chez moi avec eux. Et la cousine Sarah est un trésor. Que Dieu la bénisse.
Le Rév. M. Richards est pasteur de l’Église méthodiste. Il m’a demandé si je voulais présider le culte du dimanche matin. J’ai choisi comme base de mon message ces paroles : « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts, Et Christ t’éclairera. » Ce sont les paroles que le Seigneur a semblé imprimer dans mon esprit, d’après ce que j’observais des dispositions des gens. Le Seigneur m’a aidée à délivrer le message et a béni le peuple ; et il a semblé
descendre sur eux un esprit de réveil ; on a fixé une réunion de prière, et le jeudi soir j’ai de nouveau présidé le culte ; puis on a fixé une réunion de prière pour le vendredi après-midi ; un chercheur s’est avancé pour qu’on prie pour lui ; puis on a fixé une autre réunion pour le lundi après-midi. Le mercredi et le jeudi, j’ai donné quelques lectures bibliques.
25 juillet 1882. Le jeudi soir, le Seigneur a été avec nous avec puissance ; l’autel était assiégé, et un certain nombre ont déclaré avoir trouvé la paix ; il y a eu quelques beaux cas de vraie conversion. Gloire au Seigneur.
Nous avons continué à tenir trois réunions par jour, le matin à six heures, l’après-midi à quatre heures et le soir à huit heures, jusqu’au dimanche. Comme c’était justement la saison des pluies, nous étions parfois gênés par des pluies torrentielles. Le dimanche soir a été l’un de ces soirs pluvieux, mais les gens sont venus ; en tout, vingt-six personnes ont déclaré s’être converties pendant cette semaine de réunions de réveil. Plusieurs garçons indigènes, domestiques dans les familles, se sont convertis ; c’étaient pour moi les cas les plus intéressants. Pauvres petits, comme mon cœur allait vers eux ! Personne ne pense beaucoup à eux, ni ne leur prête beaucoup d’attention. Mais c’est merveilleux, quand ils se mettent à prier, de voir comme ils persévèrent ; et, dans leurs ténèbres, ils cherchent Dieu à tâtons, pour voir s’ils pourront le trouver.
Le dimanche soir, j’ai parlé aux enfants de l’école du dimanche sur la tempérance, avec fruit, je l’espère. Le soir, frère Richards a prêché et j’ai donné une exhortation, et le Seigneur nous a grandement aidés. Le jeudi soir, j’ai parlé de la prière. Le dimanche, j’ai parlé à l’Église presbytérienne. Nous avons eu une bonne assemblée, et le Seigneur m’a aidée à parler aux gens, d’après le quinzième chapitre de Jean : « Le sarment et le cep. »
Puis je vais à Virginia et loge chez Mme Fuller. Je vais à l’agape le dimanche matin. Il faisait très humide et pluvieux, mais nous avons eu une bonne réunion toute la journée. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’un surcroît de la puissance du Saint-Esprit. J’ai eu une grande liberté pour parler l’après-midi devant une salle comble, sur Romains 12.
Le lundi, Mme Fuller et moi allons en pirogue à Clay-Ashland faire quelques visites. Nous allons voir une pauvre veuve malade, et lui donnons une parole d’encouragement, avec prière et chant. Puis nous allons voir frère Capehart, et enfin nous rentrons chez ma chère tante Martha et mon oncle Henry Ricks. Qu’il est bon de rentrer ! Et j’achève une longue lettre à mon amie, Mme McDonald, de Malden, dans le Massachusetts.
Bassa, Lower Buchanan, côte occidentale d’Afrique, 8 février 1883. M. Johnson m’interroge au sujet d’un certain M. Declaybrook, qui était venu ici il y a environ deux ans, disant qu’il venait recueillir des fonds pour une école de filles. Il voulait voir ce que les gens étaient disposés à faire ; ensuite il devait rentrer chez lui faire son rapport, et l’on devait envoyer aussitôt les institutrices.
M. Crusaw, qui en avait bien les moyens, s’inscrivit pour mille dollars, M. Johnson pour une grosse somme, et beaucoup d’autres.
Il parcourut tout le comté, à Clay-Ashland et à Arthington, et beaucoup donnèrent l’argent, de peur de ne plus l’avoir quand il reviendrait. Il se présentait comme pasteur d’une Église baptiste quelque part en Amérique.
Voilà comment on dupe notre peuple. On a tant besoin de bonnes écoles, et ces tromperies font un grand tort.
J’ai demandé au Seigneur de me donner une parole au sujet du cap Mount. J’ai ouvert la Bible au cinquième chapitre de Luc, et mon regard s’est arrêté sur la dernière ligne du dixième verset ; et aussi sur le dixième verset du quatrième chapitre : « Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d’hommes. » Et : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, Afin qu’ils te gardent. »
Mon troisième dimanche à Lower Buchanan, Bassa. Prédication le matin par le Rév. M. Briant. École du dimanche. M. Briant s’adresse aux enfants. Il a parlé quinze minutes, mais n’a rien dit ! À sept heures et demie, je préside le culte : une lecture biblique.
Le lundi soir, j’ai commencé une série de réunions. J’ai parlé le lundi soir et donné une lecture biblique sur la consécration ; peu de monde, mais le Seigneur m’a aidée à parler pour lui ; nous avons donc continué, et l’intérêt a grandi chaque soir. Le mercredi soir et le jeudi soir, un certain nombre se sont avancés à l’autel pour chercher la sanctification. Le vendredi soir, nous avons eu une réunion de tempérance évangélique. Quatre personnes ont signé l’engagement, et il y avait deux chercheurs à l’autel pour le salut.
Mon dernier dimanche. J’ai parlé sur Jean 17. Le Seigneur m’a aidée. Le reste de la journée, j’ai été malade. Seigneur, rends-moi forte.
Upper Buchanan, 23 février 1883. Je quitte aujourd’hui Lower Buchanan pour Upper Buchanan. Je loge chez Mme Horris. Agréable promenade tard dans la soirée. C’est un endroit magnifique. J’ai une jolie chambre face à la mer, avec une belle vue. Et c’est l’Afrique, et j’y suis ! Louange à Dieu pour sa bonté et sa miséricorde envers moi.
Je compte, si Dieu le veut, aller à pied demain jusqu’à Congotown pour
prêcher. Que Dieu bénisse ce cher peuple, et qu’il sanctifie le message qu’il me donnera pour eux. Les gens sont très aimables, mais l’indifférence spirituelle qui règne parmi les gens de Lower Buchanan est triste. Ô Dieu, réveille-les ! Réveille-les !
Le mardi, j’ai visité l’école de Mme T. Il y avait environ douze ou quinze élèves présents. Oh, quel manque de vie !
On a grand besoin de bons livres. Sur ce point, le gouvernement est très négligent ; et tant que nous ne ferons pas tout notre devoir à cet égard, notre pays est condamné. L’instruction est le grand besoin de notre pays. On accorde si peu d’attention à l’instruction des filles ; pas une seule école secondaire pour filles dans toute la république du Liberia. C’est une grande honte et un déshonneur pour le gouvernement.
Upper Buchanan. Je loge chez Mme Rebecca Horris. Elle a une belle et grande maison, qui a été de premier ordre, mais qui s’est beaucoup dégradée.
Hier matin, dimanche, je suis allée au culte dans le poste de frère Thomas, un village congo. Agréable promenade. J’ai fait une partie du chemin en hamac. Le matin, j’ai parlé sur ce texte de Luc : « Ayez foi en Dieu. » Le Seigneur m’a aidée.
L’après-midi, j’ai parlé à l’école du dimanche et obtenu quinze signatures pour l’engagement de tempérance évangélique. Le directeur de l’école du dimanche, les prédicateurs locaux et les conducteurs de classe n’ont pas voulu signer l’engagement. Oh, quels obstacles ils sont pour l’œuvre ! Seigneur, sauve-les, ou écarte-les du chemin.
Mauvaise nuit, mais je me sens mieux ce matin, grâce à Dieu. Sœur Thomas prépare un petit déjeuner de bonne heure, et je repars pour Upper Buchanan. Frère Thomas m’accompagne à pied. Sœur Toliver et sœur Marshal passent me voir, et nous avons une agréable causerie. Le Seigneur ouvre un chemin à son peuple. Ô Seigneur, donne-nous la ville entière ! Envoie sur le peuple l’esprit de réveil, le profond esprit de réveil du Saint-Esprit ! Envoie-le, Seigneur ! Amen. Amen.
Edina, Grand Bassa, Afrique occidentale. Le 12 avril 1883, au soir, je parlai à l’Église méthodiste sur le témoignage de l’Esprit. J’avais beaucoup prié toute la journée.
Mon cœur était lourdement chargé pour une âme précieuse, un certain Thomas Anderson. C’était un jeune avocat de grand avenir, mais la boisson avait fait sa ruine, si bien que ses plus belles perspectives dans la vie s’étaient ternies. Mais quand il entendit parler de la tempérance évangélique, il en fut heureux, et la première semaine où je tins des lectures bibliques, il vint et sembla très intéressé. Il vint aussi aux réunions du soir.
L’Esprit du Seigneur le saisit, et il s’abandonna pleinement à Dieu ; et le matin du 15 avril, il fut nettement baptisé de l’Esprit. Il sentit l’Esprit de Dieu rendre témoignage à son esprit qu’il était pleinement accepté de Dieu.
C’était le vendredi fixé par le président comme jour d’action de grâces ; à six heures du matin, nous eûmes donc une réunion de prière, et la puissance du Seigneur était là pour guérir les rétrogrades et sanctifier les croyants. Anderson avait signé l’engagement d’abstinence totale, et quand la société fut organisée, il en fut nommé vice-président ; mais il ne lui fut pas donné de servir bien longtemps.
C’est avec honneur qu’il prononça son premier discours, le 25 avril, à l’Église baptiste. Il commença, après s’être adressé à l’assemblée, par citer le couplet d’un vieux cantique bien connu :
« J’étais perdu, mais je suis retrouvé,
J’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Tous sentirent la force de ses paroles, car ils savaient fort bien ce qu’elles signifiaient. Le discours fut puissant, large et complet ; il traita son sujet en maître, de deux points de vue : l’expérience et l’observation.
Sa femme, qui avait partagé toutes les épreuves d’une femme d’ivrogne mais ne l’avait jamais quitté, signa l’engagement avec lui. Et bien qu’elle fît profession d’être chrétienne, accablée et si souvent dans la peine, elle s’était lassée et refroidie dans sa vie spirituelle ; mais elle se donna de nouveau à Dieu.
Quelques jours après, elle tomba gravement malade ; et, après dix jours de souffrances, elle s’en alla vers son repos final, le 26, et fut enterrée avec les honneurs de la toute nouvelle Société de tempérance évangélique « Band of Hope », depuis l’Église baptiste, le vendredi 27.
Ce fut un grand choc pour le pauvre Anderson. Lui-même n’allait pas bien depuis des semaines. Mais il était l’instituteur de l’école de l’endroit, et il continuait donc d’aller et venir. Il dut s’aliter vers le premier mai. Après que sa pauvre femme lui eut été enlevée, il sembla s’effondrer tout à fait. Ils n’avaient pas d’enfants, heureusement. Je dis heureusement, car de toutes les choses tristes qui peuvent arriver, la pire est qu’un enfant reçoive en héritage un père ivrogne.
La boisson ne détruit pas seulement l’âme et le corps des hommes ; elle les dépouille de tout réconfort dans la vie. Et c’était maintenant son lot ; et ceux qui avaient été ses amis dans la prospérité restèrent
introuvables au temps de sa grande détresse. Oh, comme il souffrit du dénuement et de l’abandon ! Je fis tout ce qu’une étrangère pouvait faire, car je ne le connaissais, lui et sa femme, que depuis peu. Mais je crois n’avoir jamais vu, de toute ma vie, pareille dureté de cœur dans une communauté chrétienne. Je demeurais dans la famille de Mme G. Williams, presque en face de chez M. Anderson. J’allais donc le voir en passant.
Le trois mai, j’y allai le matin. Il était tout seul. Mme Williams m’avait chargée de lui porter un petit déjeuner. La nuit, on laissait un petit garçon indigène pour veiller sur lui, et c’était tout ce qui restait auprès de lui la nuit. Tard dans l’après-midi, il eut un frisson. Il s’enveloppa dans une couverture comme il put, et pria, demandant à Dieu de lui montrer clairement qu’il lui appartenait pleinement, et de l’aider à se donner à lui sans réserve. Il avait désiré mourir et aller dans sa demeure céleste, comme sa femme y était allée ; il ne voulait pas rester ; mais, de peur d’y mettre trop de sa propre volonté, il demanda au Seigneur de l’aider à se remettre complètement entre ses mains. Après avoir prié, il s’était retourné et méditait, et ce cantique lui vint à l’esprit :
« Debout au bord du Jourdain grondant,
Je jette un regard d’envie
Vers le beau pays heureux de Canaan,
Où se trouve mon héritage. »
Il raconta qu’à mesure qu’il avançait, le Seigneur Jésus commença à se manifester à lui et à remplir son âme. Vague après vague passait sur lui. Et quand il arriva au couplet :
« Les doux champs, par-delà le flot qui monte,
Sont vêtus d’une verdure vivante ;
Ainsi, pour les Juifs, se dressait l’antique Canaan,
Tandis que le Jourdain roulait entre eux »,
le Saint-Esprit vint sur lui avec une telle puissance qu’il cria si fort que les gens dans la rue l’entendirent et entrèrent. J’entrai, et lui dis : « Anderson, qu’y a-t-il ? »
« Oh, il n’y a rien. Mon Jésus vient de passer, et il m’a laissé une telle bénédiction. Oh, une telle bénédiction ! »
« Voulez-vous quelque chose ? »
« Oh, non, dit-il. Sœur Smith, je ne veux rien. Jésus est là. Ô, gloire à son nom. »
« Amen. Gloire au Seigneur », dis-je, et je le laissai dans l’allégresse, dans la joie même du ciel.
J’allai le voir tous les jours. Il était toujours calme, joyeux et confiant. Je lui donnai le livre de Wood, « Pureté et maturité ». Il le lut deux fois d’un bout à l’autre. Son cœur s’en abreuva tout entier. Je crois que le baptême que le Seigneur lui donna fut le plein baptême sanctifiant du Saint-Esprit.
Le dimanche matin 6 mai, frère Rush prêcha à l’Église méthodiste. C’était le dimanche de communion. À la fin du culte, nous portâmes la communion à frère Anderson. Je suis heureuse de dire que nous pûmes célébrer cette communion avec du vin non fermenté. Ce fut un temps de grande bénédiction ; sa première et dernière communion sur la terre. Mais, oh, qu’il la renouvela vite avec lui dans le royaume !
Mardi 15 mai. J’ai quitté Edina ce matin pour Beulah. Je le regretterai toujours, car je crois qu’à ce moment-là je suis sortie de la direction du Seigneur et suis partie de moi-même, au lieu d’attendre une pleine lumière de Dieu. Que Dieu me pardonne.
Mlle Scott, la missionnaire épiscopale blanche, était descendue à Edina et m’avait très instamment invitée à venir à Beulah à ce moment-là. Mais, oh, comme j’ai vu mon erreur ensuite ! Je croyais que tout était sincère. Mais, oh, que de choses on doit découvrir par expérience personnelle, qu’on ne pourrait jamais découvrir autrement !
Le samedi 13, un certain M. Lloyd descendit le fleuve, alla voir M. Anderson et lui dit qu’il pouvait guérir ses rhumatismes ; et bien qu’il fût dans un état de si grande faiblesse, il n’eut aucun ami pour lui dire : « Vous feriez mieux de ne pas y aller », et il partit ; c’était la saison des pluies, et, mal installé et pauvrement vêtu, il fut trempé et prit froid ; et au lieu que M. Lloyd le prît dans sa maison et le mît dans un lit confortable, on le mit dans un hamac, et il resta balancé dans une cuisine ouverte jusqu’à deux heures du matin, le lundi ; alors on le porta dans la maison, et à sept heures, quand M. Lloyd alla le voir, il le trouva mort !
On raconta que toute la journée du dimanche on l’avait trouvé très heureux, et qu’il avait beaucoup parlé de s’en aller auprès de Dieu. Et maintenant le temps était venu, et le dur combat de la vie était fini. Thomas Anderson ne fut plus, parce que Dieu le prit.
« À l’abri dans les bras de Jésus,
À l’abri sur son tendre sein ;
Là, sous l’ombre de son amour,
Son âme trouve un doux repos. »
Chapitre 27 terminé
L’Afrique : arrivée à Monrovia